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DECISION DES JUGES

Le comité exécutif a donc à annoncer que le premier prix est adjugé à Jolm Sheridau HoRan, écuycr, auteur de l'essai portant l'épigraphe "Labor omnia >incit." (♦)le second pris à Alexander Morris, écuyer, de Montréal, avec l'épigraphe " Virtute et labore. dum spiro. spero."-ct le troisième prix à J. C. Taché, écuyer. M. P. P.. auteur de l'essai portant l'épigraphe " J'ai vu ce que je raconte."

Conformément à la recommandation des juges, le comité exécutif a accordé trois prii extra de £25 chacun, aux auteurs des essais portant les épigraphles " Suam quisque pellem portât,"-" Eeddit ubi Cerercm tellus inarata quotannis."-ct " is mth nations as with nature, she knows no pause in progress and development, and attaches her ciu^e to ail inaction." Les auteurs de ces essais sont Hector L. Langevin, écuyer. de la cité de Québec ; E. Billings. écuyer. do la Cité de l'Outaouais, et William Hutton, écuyer. secrétaire du bureau de la Statistique, Québec. Les auteurs des autres essais pourront les ravoir, en s'adressant à l'assistant-secrétaire, L E. Eckart. écuyer, Québec. ^^^^^^^^ ^^^^^^^

Président du comité exécutif.

(*) La carte de M. Hogan contenait, outre son nom, la note suivante :-" D saisit cette occasion pour dire que les précieux renseignemens statistiques sur l'agnculture et le commerce, ont été obtenus d'Evelyn CampbeU. écuyer, du bureau delà statistique."

En Angleterre, en France, ou dans quelqu'autre que ce soit des états de l'Europe, si plus d'un million d'individus des classes ouvrières s'étaient, dans un court espace de temps, et par des moyens jusqu'alors inconnus ou inimaginés, élevés à un état d'aisance et d'indépendance comparatives, leur exemple aurait été un sujet d'étonnement et d'instruction en même temps. Pour les gens pauvres, qui s'évertuent pour ne pas devenir plus pauvres ; pour ceux qui, quoiqu'en état de se mettre au-dessus du besoin actuel, ont continuellement présente à l'esprit la triste perspective de voir ou de laisser leurs enfans dans l'indigence ; pour les simples scieurs de bois et charrieurs d'eau, trop abjets même pour songer à devenir plus à leurs aises, ou respectables, combien devrait être intéressante la connaissance du fait que, non-seulement un million et demi d'individus comme eux ont pu jetter derrière eux le fardeau de la pauvreté, mais que plusieurs millions de plus pourraient " aller et faire de même." Un tel fait ne doit être ni moins intéressant ni moins précieux pour l'homme d'état qui tire de ces exemples le secret de rendre les nations grandes, et de devenir grand lui-môme, ou pour ceux qui se sont chargés de la tâche philanthropique de mitiger les inconvéniens d'une population surabondante. Et c'est, sans exagération, la leçon qu'on peut apprendre de l'histoire industrielle du Canada, et particulièrement de la province Supérieure.

En 1829, la population du Canada Occidental, (car cette pro^ ▼ince ayant fait le plus grand progrès en population et en richesse, j'y ferai présentement allusion,) n'était que de cent-quatre-vingtseize mille habitans. Les propriétés taxables, formant les biens meubles et immeubles (réels et personnels) de ses habitans, étaient estimées, et, je pense, assez libéralement, à £2,500,000. En 1854, sa population était parvenue à 1,237,600, et ses propriétés taxées ou taxables, non compris ses terres publiques, le bois qu'elles portant, ou leurs minéraux, étaient estimées, en nombres ronds, à cinquante millions de livres, courant. Cette somme est au-dessus de celle que montrent les rapports des assesseurs ou cotiseurs, mais si on considère que les cotisations ont été basées sur les estimations que les gens faisaient eux-mêmes de leurs propriétés, et qu'on fait ces estimations bien plus dans la vue d'éviter d'être surtaxé que de paraître riche, et que les obligations et hypothèques et autres effets de valeur n'ont pas été inclus dans les cotisations, on ne trouvera pas que l'addition de quinze pour cent, qui est celle qui * été faite, soit une erreur du côté de l'exagération. Les officiers nommés pour corriger des rapports semblables, dans les Etatsfjnis, font une beaucoup plus grande addition, quoique les propriétés que j'ai mentionnées comme exemptées en Canada, soient 'XHites taxées dans les Etats-Unis.

Ainsi les habitans survivants de 1829, et les descendans de ceux qui sont morts, avec les colons qui sont venus depuis dans la province, partagent entre eux des propriétés de la valeur de cinquante millions de livres, faisant £200 43. 2d. pour chaque famille de cinq individus, et £40 Os. 2d. pour chaque homme, femme et enfant, degré de prospérité auquel il serait difficile d'aujouter foi, «'il n'était pas établi par les preuves les plus incontestables.

Et qui sont les gens qui partagent entre eux cette magnifique propriété ? Et comment l'ont-ils acquise ? Sont-ils venus en r>x>nquérans, et se sont-ils emparés du bien d'autrui ? Ils ne sont venus que pour subjuguer un désert, et ils ont suin l'inverse des lois de la conquête, car l'abondance, le bon voisinage et la ci\nlisation •>nt marqué leur passage. Ou des capitalistes les ont-ils accompagnés, pour reproduire leurs richesses par des enterprises et des

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améliorations dans un pays nouveau ? Non ; car les capitalistes attendent que leur pionnier, l'industrie, ait fuit son rapport, et co n'est que maintenant qu'ils étudient l'intéressante industrie du Canada. Ou la générosité de quelques princes européens, ou la richesse et la bienveillance européenne leur ont-elles fait des avances de nature à leur assurer le succès ? Au contraire, les torts des princes et la pauvreté des nations ont été les causes principales de l'établissement de l'Amérique. Sa prospérité est le fruit de la misère européenne. Sa haute position dans le monde est le résultat des efforts sublimes du désespoir. Et celui qui voudrait apprendre qui sont ceux qui partagent entre eux cette splendide propriété créée en Canada, n'a qu'à se transporter sur les quais de Liverpool, de Dublin, de Glasgow et de Hambourg, et voir s'y embarquer des émigrans qui n'ont connu ni le progrès ni l'espérance dans les pays où ils sont nés, pour se mettre pleinement au fait de ce qu'il veut savoir.

Le but de cet Essai est de décrire le pays où ces gens ont prospéré, son sol, son climat et ses ressources ; de suivre leur progrès et ses causes ; de décrire les ouvrages publics et les améliorations qu'ils possèdent ; de montrer c-omment ils se gouvernent, et quelles sont leurs institutions religieuses, scholaires et municipales ; d'exposer, enfin, ou faire connaître, ce qui peut guider l'homme indiistrieux à la recherche d'une place où il puisse améliorer sa condition, ou le capitaliste en quête de champs pour placeraens lucratifs.

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