‹ Le Canada [microforme]Chapitre 12 sur 46 · D > CU · texte numérisé non relu

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avec respect devant le signe sacré äe la rédemption, et chantent des hymnes en son honneur.

À une époque peu éloignée de celle qui nous occupe, le P. Mesnard, accablé par l’âge et les infirmités, apprend que les Algonquins recherchent l’alliance française. Présumant que de telles dispositions lui promettent des succès pour son ministère, il part sans consulter ses forces, et ses œuvres ajoutent beaucoup à l’attrait des pauvres sauvages pour nos compatriotes. Son zèle ne veut accepter ni trêve ni repos. Les Hurons de l’île Saint- Michel l’appellent ; il cède à leurs instances et se dirige vers eux, suivi d’un seul homme. Mais, pendant que son compagnon transporte le canot, le vénéré viëillard se nerd dans la forêt, et y meurt. Les sauvages pour lesquels il venait d'offrir sa vie conservèrent longtemps, comme de précieuses reliques, son bréviaire et sa soutane.

« Le prêtre catholique, dit M. Washington Irving, a devancé (près des sauvages) les solaats et les marchands. De lac en lac, de rivière en rivière, les jésuites s’avançaient sans jamais se reposer; et, prenant sur ces sauvages un ascendant queles autres missionnaires n'avaient pas au même degré, ils convertissaient les belliqueux Miamis comme les voluptueux Illinois. »

Le P. Marquette explore les terres qui bordent le Mississipi : pour y chercher des âmes à sauver, et plante la croix sur les bords de ce fleuve, appelé par les sauvages Meschacéhé, le Père des eaux (1673). Les Indiens convertis ont bean le conjurer de ne pas poursuivre ses explorations, parce qu’il s'expose aux plus g'ands périls: il va, lui disent-ils, rencontrer des monstres qui se nourrissent de chair humaine, et qui n’épargnent personne; mais rien n'arrête l’élan de son zèle : il est prêt à donner sa vie pour Jésus-Christ. Accompagné par Joliet, il parvient au dernier village connu des Français,

1 La longueur totale du Mississipi, y compris ses détours, est de 6,000 kilomètres. Entre autres affluents, il compte le Missouri, plus grand que lui. Quand il a reçu le Missouri, sa largeur ordinaire varie de 1,600 à 3,200 mètres.

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fait connaître dans l’assemblée des anciens le but de son voyage, distribue de petits présents, et reçoit en échange une natte qui lui servira de lit. Deux guides, chargés de conduire le P. Marquette et Joliet, disparaissent au bout de peu de jours; abandonnés alors à eux-mêmes dans ces déserts sans limite, les voyageurs se recommandent à leurs anges gardiens et parviennent heureusement à trois villages peuplés par les Illinois, dont ils recoivent un cordial accueil. L’un des chefs, d’un âge avancé, les conduit à sa cabane en disant : « Que le soleil est radieux, à Français! en ce jour où vous venez à nous! Nous vous attendons, et vous entrerez en paix dans toutes nos demeures. » Le grand conseil est convoqué pour entendre le P. Marquette. Ce religieux annonce le seul vrai Dieu, créateur de l'univers. Sa parole, inspirée par la foi et par le cœur, charme les auditeurs, qui offrent aux messagers de la bonne nouvelle un banquet composé de viandes recherchées, de poissons et de miel.

Après un séjour d’une semaine, les deux compagnons poursuivirent leur marche, dépassèrent les confluents du Missouri et de l’Ohio, arrivèrent à l'Arkansas, et abordèrent à une tribu guerrière qui vini à la rencontre des voyageurs, armée de boucliers, de flèches, de haches, de massues. Là fut le terme de zur entreprise; là comme partout ils exercèrent leur salutaire influence, et ils furent accueillis avec respect ; ils acquirent à ce moment la certitude que le Mississipi se jetait dans le golfe du Mexique, et le descendirent jusqu’à sa jonction avec l’Arkansas. Leur retite provision de blé d'Inde et de viande fumée était alors épuisée; ils remontèrent le fleuve. Joliet revint à Québec annoncer au gouverneur cette découverte qui intéressait la France; le P. Marquette resta chez les Miamis. Le saint missionnaire écrivait à propos de ces lointaines explorations : « Quand iout le voyage n'aurait valu que le salut d’une âme, j'estimerais mes peines bien récompensées, et c’est ce que j'ai sujet de présumer, car lorsque je retournai,

nous passâmes par les Illinois ; je fus trois jours à leur

publier les mystères de notre foi dans toutes leurs cabanes ; après quoi, comme nous nous embarquions, on m’apporta au bord de l’eau un enfant moribond, que je baptisai un peu avant qu’il mourût, par une providence admirable pour le salut de cette âme innocente. »

Deux ans plus tard, en hiver, le P. Marquette se dirigeait vers une autre tribu, quand un matin, étant entré dans la petite rivière de Michigan, il suspendit sa course pour célébrer la messe à l’aide d’un autel improvisé sur le rivage. Les saints mystères accomplis, il demanda une demi-heure de solitude et de prières destinées à l’action de grâces dans une épaisse forêt; dès que le temps prescrit fut écoulé, les conducteurs de son canot allèrent le chercher : ils ne trouvèrent que des restes inanimés! L’extase, commencée sur la terre, se continuait au ciel. La mémoire de son nom, donné à la rivière, ne s’est pas effacée chez les peuplades de l'Ouest; le souvenir de ses bienfaits est encore vivant chez elles, et on assure qu’elles veulent en quelque sorte l’immortaliser en lui érigeant une statue.

En présence de ces vies admirables, les ministres protestants eux-mêmes s’émeuvent, et témoignent leur vénération. L’un d’eux, M. Kip, après avoir raconté l'histoire de plusieurs martyrs, s’écrie : « Combien peu mouraient au milieu du repos! Mais les obstacles qu’ils rencontraient purent-ils arrêter les progrès des jésuites ? Non, les fils de Loyola ne voulurent jamais se retirer. La mission qu’ils fondaient dans une tribu ne finissait qu’à l'extinction de la tribu elle-même. Leur vie n’était qu’une longue suite d’actes d’admirable dévouement et d'immenses sacrifices. Tout en pleurant leurs frères morts, ils s’empressaient de venir occuper leurs places, et, s’il le fallait, partager leur sort. » — « Tout ce qui est arrivé à ces 2xcellents missionnaires, écrivait le P. Petit, après avoir raconté le martyre de ses frères, ils l’avaient prévu en se consacrant aux missions indiennes. Si la chair frémissait et tremblait, l'esprit ne défaillait pas. Chacun sentait qu’il était baptisé pour la mort, et que son sang, versé à flots dans les grandes

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Il conviendrait de citer un à un les noms des pères qui ont successivement évangélisé le Canada; car ces noms signifient esprit de foi, d'amour de Dieu et de sacrifice porté jusqu’à l’héroïsme. Si nous passons sous silence cette longue et glorieuse nomenclature, nous mentionnerons cependant plusieurs religieux, choisis parmi ceux dont le passage en ce monde a laissé dans ‘histoire une trace plus profonde.

Le P. Pinet, fondateur de Cahokia, parlait avec tant

d’attrait, que l’église où il prêchait ne pouvait contenir la foule des auditeurs.

Le P. Gabriel Marest eut la pieuse énergie d'aller Eplanter la croix au milieu des montagnes de glace de la baie d'Hudson; il échappa aux coups des barbares, mais il fut fait prisonnier des Anglais.

Le P. Mermet créa la mission de Kaskaskia par son éloquence et ses vertus aimables.

Le P. Guignes franchit six cents lieues pour arriver au territoire habité par les Sioux ; il allait être martyrisé, quand un chef de tribu, pénétré d’admiration pour sa sainteté, voulut l’arracher à la mort en l’adoptant comme son fils.

Le P. Pierron avait fait tant de bien aux Mohawks, qu'ils disaient de lui : « Ce Français a changé nos cœurs et nos âmes ; ses pensées et ses désirs sont les nôtres. »

Le P. Carheil, dont l'intelligence était à la hauteur de son zèle, parlait aussi facilement que sa langue maternelleles divers dialectes destribushuronnes etiroquoises. Le P. Dreuillettes était si éminerament charitable, que les Anglais eux-mêmes, après avoir médité sa mort, ne ipouvaient s'empêcher de l’admirer.

Le P. Picquet, orateur, poëte, théologien distingué, fut le missionnaire des sauvages pendant trente ans. En trois années il avait su grouper autour de lui cent quatre-vingt-seize chefs de famille. Aussi le marquis Duquesne disait-il à son sujet : « A lui seul il vaut plus de dix régiments. »

Le P. Lamberville, par sa douceur et son habileté à soigner les malades, gagne la confiance des farouches Iroquois.

Nous ne finirions pas, si nous entreprenions de dire tout ce qui mérite d’être proposé à nos hommages. Aussi que de précieux résultats, que de conversions obtenues et que d’âmes sauvées!

Après avoir rappelé les victoires morales des missionnaires, il est à propos de relater ici les découvertes d’un Normand dont les courageuses explorations vinrent promptement contrôler et compléter celles du P. Mar- |} quette.

Robert Cavalier de la Salle, né à Rouen, vers 1640, après de brillantes études faites dans un collége de la compagnie de Jésus, vint au nouveau monde à l’âge de trente ans, pour y chercher la gloire dans de périlleuses aventures. Une première fois, il explora les lacs Érié et Ontario, puis il réunit quelques éléments de colonisation près du fort Frontenac. Après ces utiles travaux, que { le roi récompensa par des lettres de noblesse, il revint en France, afin d’y chercher des ressources et d’y ob- | tenir des concessions. Ce fut alors que le marquis de Seignelay, fils aîné de Colbert et son successeur au mi- | nistère de la marine, appréciant les services de Robert de la Salle, consentit à lui donner une commission À très-étendue, comprenant le monopole de l'important | commerce des peaux de buffles. Après avoir surmonté ! des obstacles de tout genre, et couru des dangers où il sut déployer une rare énergie, Robert parvint, en 1682, jasqu’à l'embouchure du Mississipi; il prit, au nom de la France, possession de ce fleuve, le désignant sous le beau nom de Saint-Louis, et appelant Louisiane la contrée environnante. Mais malheureusement il était mal entouré; il avait admis des criminels dans son escorte, | et cinq ans après cette importante excursion (1687) il périssait assassiné par un de ceux qui partageaient sa | vie périlleuse. Il a mérité de M. Bancroft, dans son Histoire des États-Unis, le témoignage suivant : « Par la force de sa volonté, la variété de ses connaissances,

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à vaincre les plus grandes difficultés, par sa résignation à la volonté de Dieu et son héroïque fermeté dans le malheur, par l’énergie de ses résolutions et son infatigable persévérance, il égalait les plus grands de ses concitoyens... Après avoir commencé la colonisation du haut Canada, il acheva la découverte du Mississipi depuis les chutes Saint-Antoine jusqu’à son embouchure. On se souviendra de lui à travers les âges, comme du père de la colonisation dans la grande vallée centrale de l'Ouest. »

Bienville, dont les dix frères consacraient comme lui leur vie au service de la France, continua la colonisation commencée par Robert de la Salle à la Louisiane. Il s’y dévoua pendant quarante ans, et opposa à d’immenses obstacles une inébranlable fermeté. Il revint en France dans sa vieillesse, laissant une population de six mille âmes là où il avait amené deux cent cinquante hommes.

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