‹ Le Canada [microforme]Chapitre 11 sur 46 · D % CR · texte numérisé non relu

D % CR

il y en eut une entre autres qui la mit en grand péril. Dans cette grave occurrence, un bourgeois de la petite cité prit une résolution héroïque. Il décida quinze à vingt de ses compatriotes à faire avec lui, pour la défendre, le sacrifice de leur vie : ces pieux guerriers allèrent d’aboràä puiser le courage à sa meilleure source, reçurent ensemble les sacrements de pénitence et d’eucharistie; puis, inspirés par le Dieu qu’ils portaient dans leur cœur, ils s’enfermèrent dans un petit fort construit en avant de la ville. Là ils se battirent avec un invincible courage, et périrent tous les armes à la main ; mais ils avaient tenu les ennemis en échec, et avaient retardé leur marche : le temps nécessaire avait été gagné, des secours étrangers avaient pu arriver, et la cité était sauvée!

Pendant vingt ans, la compagnie de Montréal s’efforça de peupler et de défricher l’île dont elle était propriétaire ; puis la mort de la plupart de ses membres décida les survivants à transmettre cette onéreuse propriété aux sulpiciens, afin d’assurer l’avenir de la colonie. En acceptant cette lourde charge, les fils spirituels de M. Olier ne se dissimulaient pas les sacrifices qu’elle allait leur imposer. Il fallait tout d’abord éteindre une dette de cent trente mille livres, et réunir des sommes bien plus considérables pour subvenir aux besoins de la colonisation. Mais la Providence bénit le désintéressement des nouveaux propriétaires, et l’on assure que dans la période de cinquante ans ils purent, grâce à leurs aumônes personnelles, à leurs démarches et à leurs quêtes, faire parvenir à Ville-Marie des ressources dont la valeur représenterait aujourd’hui plus de quatre millions.

L'intelligente charité des bienfaiteurs attira sur leur entreprise d’abondantes bénédictions. L'ile de Montréal peu à peu défrichée et peuplée, des églises bâties, douze paroisses organisées pour des Européens laborieux, choisis avec soin et venus des diverses parties de la France avec un esprit d'initiative et de foi trop affaibli de nos jours, des missions entretenues pour les sauvages: tels furent les résultats de tant de sacrifices et de persévérance. L'île a conservé le bénéfice de sa chrétienne

and péril.

e la petite Ze à vingt défendre, èrent d’a- > reçurent Charistie ; eur cœur, avant de Durage, et aient tenu arche : le étrangers

s’efforça Propriées décida Driété aux e. En ac- > M. Olier Ilait leur dette de ien plus olonisanent des S la péumônes es, faire leur re-

ur leur

Montbâties, s labo- ‘ties de affaibli vages:

e pertienne

origine. « Longtemps, suivant l'expression du P. Charlevoix, elle a ressemblé à une communauté religieuse. » Longtemps, selon le témoignage d’un autre historien, il a existé entre les habitants une telle union, qu'ils étaient toujours prêts à se rendre mutuellement service. Quand on voyageait et qu’on arrivait dans un village, on se logeait chez les premiers venus, et on était sûr d’y trouver un bon accueil; rien n’était fermé à clef, et il était inouï qu’on eût à se repentir de sa confiance.

En 1677, Ville-Marie ne comptait guère que seize cents habitants : un siècle : lus tard, sa population égalait celle de Québec. Elle est aujourd’hui de cent vingt mille âmes. L'œuvre de Me Manse y est florissante : c’est la maison mère des hospitalières qui rayonnent au loiu. Celle de la sœur Bourgeois ne fait pas moins de bien: c’est la pépinière sans cesse renouvelée des religieuses qui se vouent à l’éducation des enfants.

Pendant que les colouisateurs de l’ite Montréal s’efforcent de civiliser cette fraction du Canada, les pères de la compagnie de Jésus étendent au loin leur action bienfaisante, et défendent avec une infatigable ardeur les intérêts de la vérité. Leur première ambition est de propager les lumières de l'Évangile; mais il leur est donné par surcroît de servir la science et la patrie. L'histoire, la philologie, la littérature leur sont redevables de nombreux travaux, et, grâce à leur héroïque charité, la plupart des tribus sauvages se sentent attirées vers les Français, qui ont l'honneur de compter parmi leurs compatriotes des hommes d’un dévouement si admirable.

C’est ainsi que les peuplades groupées autour du lac Supérieur, de la source de la rivière Rouge et de celle du Mississipi, se réunissent aux chutes Sainte - Marie vers 1670, et se placent sous la protection de la France, qui les accueille avec bienveillance. Le délégué de l’intendant Talon vient les haranguer avec le P. Allouez, érudit mis-

sionnaire qui a découvert le lac Supérieur, et qui a porté la foi chez plus de vingt nations difféfentes. “Une croix de cèdre est dressée au milieu de massifs d’arbres imposants : les Français, défilant en procession, s’inclinent

Page 1