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lame d’acier, quelquefois un couteau de pierre ou une dent de phoque, A l’instant où l’'urs se jette bouche béante sur le chasseur, celui-ci enfonce sa lame dans la gueule, et, s’il a frappé juste, le monstre s’affaisse en le couvrant de son sang. Une femme m'’a raconté plusieurs fois qu’elle s'était battue avec un ours pendant plus d’un quart d'heure, et qu’elle avait fini par le terrasser.
« Cependant, au milieu de cette nature désolée, se révèle comme partout la bonté paternelle du Créateur. Outre les ours, les lièvres, les castors et les loups marins, dont les Indiens font leur nourriture principale, ils reçoivent encore de la Providence un ample secours par la migration périodique des outardes. Leur passage, qui s'opère deux fois par an, au printemps et en automne, dure de deux à trois semaines, durant lesquelles un chasseur habile peut en tuer, dit-on, deux à trois cents en un jour, Voici là ruse qu’il emploie : il place une outarde de bois dans un lieu apparent et se blottit derrière quelque arbrisseau, en contrefaisant le cri de cette gallinacée. Bientôt une multütude de dupes s’empressent d’accourir; alors le chasseur jâche son coup de fusil; beaucoup restent sur la place, les autres s’envolent en maudissant le perfide oiseau qui les a trompées, et reviennent bieutôt après donner dans le même piége.…
« La rivière Albany, q: i coule de l’ouest à l’est, prend sa source dans le lac du Chat, à neuf cents milles de la baie James, où elle se décharge. Son eau est limpide, passable au goût, mais peu poissonneuse ; ses bords sont bas et marécageux. J’en puis dire autant de toute la côte occidentale des deux baies, car depuis les bords de la mer jusqu’à cent lieues dans les bois, on ne marche que sur un terrain mouvant, ayant de l’eau jusqu’à mi-jambes. Dans ces tristes marais pullulent les maringouins, ou moucherons, dont la piqûre venimeuse cause une doulour cuisante. Ils sont plus nombreux et plus gros que ceux que j'avais vus jusqu'ici dans les forêts du nouveau monde. Dès que notre goëleite entra dans la rivière, elle en fut littéralement couverte. Le ciel en était obscurci
comme d’un nuage. Je doute qu'ils fussent ni plus nombreux ni plus cruels lorsque le Seigneur les envoya, sous les ordres de Moïse, visiter le roi Pharaon. Pour se défendre de leurs impitoyables aiguillons, les sauvages n'ont pas d'autre expédient que de s’oindre tout le corps avec de l’huile de poisson pourri, qui répand une odeur infecte; les animaux domestiques du fort voisin, pour s’en garantir, se jettent à la nage et passent la journée dans un îlot au milieu de la rivière. Quoique j’eusse la précaution, pour célébrer les saints mystères, de m’entourer d’une épaisse fumée, mon visage et mes mains en étaient tellement couverts, que les nappes d’autel étaient toujours tachées par le sang qui coulait des piqûres. Ils ont plus d’une fois éteint les cierges en venant s’y accumuler durant le service divin. On peut juger, d’après cet aperçu, de ce que la nature doit avoir à souffrir de la part de ces petits tyrans ailés.
« Le commandant du fort d’Albany est un gentilhomme irlandais catholique, qui habite depuis trente-deux ans les bords de la baie d'Hudson. Venu d'Irlande à l’âge de seize ans, et seul de sa religion dans ces pays sauvages, il a toujours su conserver une foi pure et une piété fervente. Son dévouement à toute épreuve, sa probité et sa franchise lui ont gagné l'estime de ceux qui l’ont connu, de quelque croyance qu'ils fussent. La joie qu’il ressentit en voyant arriver chez lui un prêtre ne peut se dépeindre. Nous nous jetâmes dans les bras l’un de l’autre; nos larmes se confondirent, et nous fûmes longtemps sans pouvoir exprimer autrement notre bonheur. Son épouse, que j'avais baptisée l’année précédente, partageait son allégresse. Il eut le bonheur de communier et d'assister tous les jours à la messe, qu’il servait avec une touchante piété. Après mon départ, il ne craignit pas de s’embarquer dans un petit canot d’écorce, en compagnie de deux sauvages, de naviguer le jour et la nuit sur cette mer agitée et couverte de glaçons, pour venir me trouver à cinquante lieues de distance; et quand je lui manifestai ma surprise de le revoir sitôt, il me fit cette réponse, quirésume toute l’ardeur de sa foi:
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« IL eût été trop pénible pour moi de demeurer tran- « quille à mon poste, sachant qu’un prêtre catholique, « que depuis si longtemps j’appelais de tous mes vœux, « était à ma portée. Je veux avoir encore une fois le « bonheur de participer aux saints mystères. » C'était devant des protestants étonnés qu’il tenait ce langage.
« À mon arrivée au poste d’Albany, j’y trouvai une trentaine d’Indiens, venus les uns du fort Osnabruck, à six cents milles de distance, les autres du lac Salé, à neuf cents milles environ. Ces derniers sont tellement adonnés à l’ivrognerie, qu’ils m'ont avoué n'être accourus de si loin que dans le désir d’avoir du rhum à discrétion. Leur passion pour les liqueurs fortes et pour la magie les avait trop endurcis pour qu’ils témoignassent de l’empressement à embrasser une religion qui commande avant tout la sobriété. Ceux d’Osnabruck, au contraire, me parurent beaucoup mieux disposés à se faire instruire. Ils semblaient prendre plaisir à entendre la bonne nouvelle. « Ton arrivée dans notre tribu, me « disaient-ils quelquefois, causerait une joie bien vive à « tous nos frères. Ils embrasseraient avec ardeur la re- « ligion dont tu nous parles. » Et moi, en gémissant de ne pouvoir voler à leur suite, je les berçais de l’espérance d’aller les voir une autre année...
« Si les sauvages sont éloignés d’un des postes de la compagnie de la baie d'Hudson, ils sont quelquefois réduits à une telle détresse qu’ils se dévorent entre eux. Il y en a même qui vont jusqu’à se repaître du cadavre de leurs propres enfants!
« On m’a cité, à ce propos, des traits dont je ne puis sans frémir me retracer le souvenir. J’ai eu même une fois occasion de voir le triste héros de la scène que je vais décrire. C'était un sauvage qui vient faire la traite de ses pelleteries au poste d’Albany; mais sa terre de chasse est éloignée de deux cent cinquante milles, distance effrayante dans un pays où le froid est si vif que le mercure gèle dans le thermomètre. Il y avait déjà une semaine que ce malheureux, après avoir couru toute la journée sans rencontrer de bêtes fauves, rentrait le
soir dans sa triste cabane, accablé de faim et de fatigue. Là une ferme et deux enfants l’attendaient, en proie à une faim non inoins cruelle, Un soir il rentra le désespoir dans l’âme, et, saisissant son casse-tête, il assomma ses deux enfants. Son infortunée compagne prit part à horrible festin. De concert, ils dévorèrent les membres encore palpitants de leur jeune famille. Plusieurs jours s'étaient déjà écoulés depuis, et la faim recommençait à se faire sentir. La saison était toujours mauvaise. Les deux malheureux époux se mettent en route pour se rendye au fort d’Albany. Après six journées de marche pénible, la femme tombe, épuisée de fatigue et d’inanition. Elle n’a pas encore rendu Île dernier soupir, que son mari commence à s’en repaître!!! Quelques jours après il arriva enfin au poste, où il raconta lui-même ce que a plunie vient de tracer. Ce trait, au reste, n’est malheureusement pas unique dans ces pays désolés; il se renouvellerait chaque jour sans la générosité de l’honorable compagnie de la baie d'Hudson.
« Je trouvai un assez bon nombre d’Indiens réunis au fort d’Albany lors de mon arrivée; mais je m’aperçus bientôt qu'ils étaient imbus des mêmes préventions contre nous que ceux de Moose. C'était en vain que je faisais Le tour des cabanes, une clochette à la main; personne ne venait m’écouter. Cela nr’affligea sans me surprendre, sachant qu’on leur avait fait de notre sainte religion la plus effrayaute peinture. Cependant j'étais venu de trop loin, je m'étais exposé volontairement à trop de dangers dans l'intérêt de leur salut, pour demeurer maintenant spectateur oisif de leur état. J’allai donc les visiter chacun dans leur hutte, les saluant comme des amis,m'asseyant au milieu d'eux sans façon, embrassant et earessant les petits enfants, et Dieu sait quels enfants! fumant le calumet avec les chasseurs, priant les vieillards de me conter quelques-unes de leurs aventures des forêts, leur promettant de leur en citer, à mon tour, qui les intéresseraient, et tout cela sans faire semblant de m’apercevoir que la vermine qui échappait à leur voracité se hâtait à toutes jambes de se réfugier
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par millions sur ma robe noire : celle-ci en devenait littéralement grise. Étonnés d’un procédé si nouveau pour eux, je les vis me fixer de la tête aux pieds et se demander à eux-mêmes si j'étais bien cet homme dont on leur avait fait un si hideux portrait. Bientôt j’eus la satisfaction d’en voir un bon nombre accourir, au premier signal, à la cabane qui me servait de chapelle.
« Parmi ceux que la grâce a touchés d’une manière aussi efficace que prompte était un jeune polygame. Ses amis et surtout sa mère, qui est un modèle de vertus, avaient fait tous leurs efforts pour l’engager à n’avoir qu’une épouse, sans pouvoir y réussir. Il y avait deux jours que j'étais à Albany quand il y vint avec sa nombreuse famille. Dès qu’il apprit ma présence au fort, il en fut effrayé et voulut repartir ; sa mère eut beaucoup de peine à le retenir; mais il évitait ma rencontre, et quand je me présentai à sa hutte pour le voir, il s'était caché, On me fit connaître le lieu de sa retraite ; je fus l'y trouver, et comme j'avais encore bien plus à cœur la régénération de ses enfants que son divorce, je tâchai de lui faire comprendre l'importance du baptême.
« Au premier abord, redoutant sans doute mes reproches, il s’était pris à trembler de tous ses membres; mais il se rassura bientôt, et le même jour il m’apporta tous ses enfants pour que j’en fisse des chrétiens. Après leur baptême , il me demanda d’une manière touchante la même faveur pour lui : c'était là que je l’attendais. « Tu ne pourras être baptisé, lui dis-je, tant que tu « auras deux femmes, le Grand-Esprit ne le veut pas ; « si tu continues à violer sa défense, au lieu de te mettre « avec lui dans sa vive lumière, il te jettera avec le « mauvais manitou dans le feu de l'abime. » Ces paroles firent sur l’âme du sauvage tout l'effet que je pouvais en attendre. La tête appuyée sur sa poitrine, 1i ne répondit rien , et durant quelques minutes il parut plongé dans une réflexion profonde; puis, se levant tout à coup: « Père, me dit-il, ce que tu me prescris est juste. Puis- « que le Grand-Esprit n’a donné qu’une compagne au « premier homme, je ne dois pas en garder deux. La-
« quelle veux-tu que je renvoie? — Tu dois garder la « première, lui dis-je; mais les enfants de la seconde « étant les tiens, il faut que tu les élèves et que tu « prennes soin de leur mère comme de ta propre sœur. « — Merci, » me dit-il; et il sortit aussitôt pour aller annoncer à la plus jeune sa résolution. Celle-ci montra une générosité égale à la sienne, et depuis lors je ne les vis plus ensemble qu’à la chapelle, où ils rivalisaient de zèle pour se faire instruire.
« Il y avait un mois que j'étais à Albany, lorsqu'il me fallut profiter du départ d’un canot pour regagner le sud.
Ce fut à regret que je quittai mes bons sauvages. J’eus la
satisfaction de voir qu’en éclairant leur esprit j'avais touché leur cœur. Ils vinrent, dans un profond silence et les yeux baissés vers la terre, m’accompagner jusqu’au rivage. Chez l’Indien, le silence est le signe d’une grande tristesse. Je les consolai en leur promettant de revenir les visiter l’été suivant.
« De retour au lac Abbitibbi, jy trouvai le vieux chef de la tribu qui m’attendait avec une quinzaine de familles, Dès qu’il aperçut notre canot, il accourut sur le rivage; les autres Indiens le suivirent, et tous, agenouillés devant moi, me prièrent de les bénir comme mes enfants. J’avais dessein d’aller coucher plus loin; mais ils firent tant d’instances, que je fus obligé de dresser ma tente parmi eux. Je passai la nuit à les instruire et à les confesser. Ge ne fut qu’au point du jour que j'interrompis ce pieux exercice pour recommencer mes pérégrinations. C'était un samedi, je voulais me rendre au lieu de la mission pour le leñdemain ; je savais qu'un grand nombre de sauvages m’y attendaient, et nous avions plus de vingt lieues à faire sur un lac dangereux.
« À peine fûmes-nous embarqués, que nous vimes nos hôtes lever leur camp pour nous suivre. Il y avait parmi eux un métis canadien dangereusement malade. Quoique je l’eusse administré, il pria instamment sa femme et son fils de le conduire à la mission pour avoir, disait-il, le bonheur de mourir sous les yeux de la Robe-
Noire. Comme j'avais une bonne troupe de rameurs, notre canot semblait voler sur l’eau, et nous atteignimes le fort ce soir-là même. Pour les pauvres Indiens, ils furent obligés de naviguer toute la nuit, et n’arrivèrent que le lendemain vers les onze heures, au moment où, désespérant de les revoir, je me disposais à monter à l'autel. Le malade se fit aussitôt apporter à la chapelle, où il reçut le saint viatique. Peu d’instants après il n’était plus; mais, par une coïncidence singulière, j’eus le bonheur, ce même jour, de baptiser sa mère, vieille sauvagesse endurcie, qui n’avait pas encore voulu entendre parler de religion. Depuis plusieurs années, nous avions fait auprès d’elle bien des démarches inutiles; jamais nous n'avions pu l’amener à faire seulement un signe de croix. C'était la sainte Vierge qui devait obtenir la conversion de cette âme obstinée. Nous étions enñn parvenus, non sans peine, à lui mettre au cou une médaille bénite de l’Immaculée Conception. J’appris bientôt que son cœur était changé et qu’elle demandait à me voir. Une protestante vint m'annoncer cette nouvelle. Je volai aussitôt auprès de cette femme, et ma présence parut lui causer autant de joie qu’elle lui inspirait naguère de répugnance. Je la vis baiser souvent la médai!!a avec affection. Elle me dit que, depuis qu’elle la portait, elle ressentait un grand désir d’être baptisée, et qu’elle craignait de mourir avant d’avoir reçu cette grâce. Je l’instruisis du mieux qu’il me fut possible. Les bonnes dispositions que je voyais en elle, ses quatre-vingts ans et l’hydropisie dont elle était attaquée, ne me permettaient pas de lui différer le baptême, et, au moment où le fils expirait, l’eau sainte coulait sur le front de la mère. Quelques heures après, elle était aussi allée au ciel, remercier sa hhératrice..
« Nous avions déjà laissé bien loin derrière nous les bords de la mer Glaciale, nous avions franchi les limites qui séparent le Canada du territoire de la baie d'Hudson, et salué en passant plusieurs groupes d’Indiens accourus sur notre passage, afin, disaient-ils, de camper encore une fois à côté de la Robe-Noire,; parvenus à la rivière
Creuse, nous y trouvâmes une vingtaine de familles, faible reste d’une tribu autrefois florissante, qui nous attendaient avec impatience autour d’une petite chapelle que le chef iui-même avait bâtie. Pour se faire une idée de la joie que leur causa notre arrivée, 1l suffira de savoir qu’ils étaient là dans un jeûne forcé depuis cinq semaines. N'ayant moi-méme aucunes provisions, je leur annonçai mon prochain départ. Aussitôt l’un d’eux courut à la chasse , un autre à la pêche; un troisième, qui possédait à une grande distance un petit champ de pommes de terre, s’en fut avec sa pioche rendre visite aux tubercules. Admirable providence de mon Dieu! le gibier qu’on n’apercevait plus vint de lui-même se ranger sous les coups du fusil ; le poisson avait vu tendre le filet, et s’y était jeté; et la terre avait donné son fruit. Nous n’avions le matin qu’une poignée de biscuit de mer, et le soir nous étions en possession de deux canards, de trois poissons, et d’un sac rempli de patates. Dès lors je ne pensai plus à partir de sitôt; deux jours après je devais bénir une double union dont les noces rappellent par leur simplicité les usages des temps anciens.
« Le chef de la peuplade avait un fils et une fille nubiles; le genäre et la bru étaient prêts. Lorsque les cérémonies religieuses du mariage furent terminées, le nère, ayant fait préparer une collation champètre, vint me prier d'y prendre part. Tous les convives étaient assis à terre autour d’une large marmite contenant un mélange de poissons, de lièvres et autre gibier bouillis ensemble. Il n’y eut aucune dispute sur la préséance ; chacun prit la place qu’il voulut, et mangea dans la mesure de son appétit; seulement le chef était à la droite de la Robe-Noire, assis à terre comme les autres, tandis que j'occupais un petit siége d'honneur, Des écuelles d’écorce tenaient lieu de porcelaine et de faïence ; deux morceaux de bois, dont l’un pointu, Pautre concave, remplaçaient l’arcenterie. Tous buvaient dans le creux de la main ou avec le couvercle de la chaudière, Une gaieté douce et franche animait toutes les physionomies,
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« Le repas achevé, le chef me présenta le calumet pour dessert; et tandis que les femmes, réunies en groupe autour des nouveaux mariés, faisaient des vœux pour leur bonheur, et que les jeunes gens se livraient à des jeux gymnastiques, les anciens s’entretenaient gravement avec moi de politique indienne et des projets de colonisation. Nous décidämes de réunir le plus possible de familles indigènes pour les mettre à la culture. Le chef Tekkavannens, homme rempli d'intelligence, de zèle et de piété, devait s’adjoindre son nouveau gendre pour partager l'autorité et la direction des travaux. Après m'avoir cordialement remercié de mon séjour parmi les siens, il me demanda la permission de m’accompagner jusqu'aux Allumettes-Kirvegamang, à quinze lieues de distance. Là nous trouvâmes un autre chef, que la maladie et la décrépitude de l’âge avaient empêché de venir à la mission. « Mon père, me dit-il en me voyant, tu sais « que le vieux castor qui a été longtemps privé d’eau
pour se rafraichir, languit et se jette avec joie dans la
rivière; que la zibeline, après un long et rigoureux hiver, court se réchauffer aux premiers rayons d’un soleil printanier : c’est ainsi que je soupirais, dans ma triste cabane, en attendant ton retour. J'ai compté les heures depuis que l’on m'a dit : « La Robe - Noire est
à quelques lieues d'ici. » Enfin tu es arrivé, je suis
content. Tu vas rafraîchir mon âme languissante par
la parole du Grand-Esprit; tu réchaufferas mon cœur
en me disant l’amour de son Fils Jésus pour nous.Oh!
comme nous allons écouter tout ce qui s’échappera de
tes lèvres! » Je passai deux jours auprès de cet excellent sauvage , et il m’avoua, quand je le quittai , que c’étaient les plus beaux de sa vie. Il avait eu le bonheur de communier, ainsi que toutes les personnes de sa suite : il avait, comme il le disait si bien, rafraichi son âme en buvant à la source d’eau vive qui rejaillit jusqu’à la vie éternelle, »