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et qui, pour la plupart, demandent des Robes- Noires, seraient bientôt membres de la grande famille catholique ! »
La lettre du P. Laverlochère est datée de 1843. Les vœux de son zèle apostolique ne tardèrent pas à être exaucés : quelques mois plus tard (janvier 1844) les oblats venaient. se fixer à Ottawa. Un nouveau siége épiscopal y fut érigé en 1848; et un religieux oblat, M‘' Guigues, fut le premier évêque de ce diocèse. L’année même de son sacre, Sa Grandeur fondait, près de son palais, le collége de Saint-Joseph, dont la prospérité va toujours en s’augmentant, et son épiscopat se distingue par le nombre et l’importance des œuvres qu’il a créées ou développées.
Les vingt mille catholiques qui habitent l’industrieuse cité sont pour ia plupart des Canadiens et des Irlandais pauvres, attirés par l’espoir d'y gagner leur vie. Ils trouvent dans le clersé la lumière et la protection dont ils ont besoin contre l’envahissement des erreurs protestantes, propagées par les redoutables influences du crédit et de la fortune. Des antipathies nationales divisent ces deux nations; mais la communauté de la foi les rapproche, et les efforts de la charité sacerdotale apaisent les querelles réciproques.
A l'évêché même résident un certain nombre d’oblats, qui s’adonnent à toutes les fonctions du ministère paroissial, et se chargent des missions si importantes et si difficiles des chantiers. Dans ce modeste palais chacun s'exerce aux œuvres de miséricorde : personne n’invoque l’âge ou les infirmités pour obtenir du repos, et, dès l’entrée, on rencontre un vieux frère portier occupé dans ses temps libres à fabriquer des chapelets, dont la vente lui procure assez de bénéfices pour lui permettre de faire l’aumône; il donne à “tous les pauvres qui lui demandent,
Des sociétés de tempérance travaillent à guérir la plaie sociale de l’ivrognerie.
Des asiles sont ouverts aux orphelins et aux vieillards.
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Deux conférences de Saint-Vincent-de-Paul comptent beaucoup de membres, qui se font remarquer par leur fidèle assistance aux séances hebdomadaires. Deux sections de darnes de charité se réunissent chaque semaine pour travailler aux vêtements des pauvres.
Les religieux ont embelli les églises et augmenté le nombre des sanctuaires. Ils ont construit une cathédrale, devenue l’ornement et l'honneur de la ville ; ses proportions imposantes, ses flèches découpées à jour, ses tours élancées qui portent à deux cents pieds dans les airs le symbole de la foi, ses quatre cloches qui s’associent aux joies et qui sympathisent avec les tristesses, ses belles cérémonies, ses prédications éloquentes et ses importantes communions, où les hommes se comptent par milliers, tout dans ce pieux monument parle aux yeux pour les charmer et aux âmes pour les émouvoir. Entre les deux grandes tours on admire une statue de l’Immaculée Conception qui domine le portail du temple. C’est un don offert par les ouvriers qui passent l’hiver dans les forêts pour les exploiter, et qui font descendre ensuite en radeau sur le fleuve Ottawa le bois qu’ils ont coupé. Dans les périls des rapides ils aiment à invoquer Notre-Dame des Voyageurs; dès qu’ils l’aperçoivent, ils se rappellent les bienfaits de la religion et les promesses qu'ils ont faites à Dieu.
Les populations se donnent souvent à qui leur parle le premier, et on sait quelle activité déploie l'erreur pouf s'emparer de l'esprit public. Aussi les oblats s’efforcentils d'attirer les hommes à l’église : ils ne se contentent pas de les y attendre avec leur plus gracieux accueil, ils vont les chercher dans la ville et dans la campagne.
Ils saisissent toutes les occasions de les rencontrer pour se mettre en relations avec eux et les attirer dans des associations catholiques. Des cercles de jeunesse réunissent, à l'évêché et dans d’autres quartiers, les jeunes hommes pour les amuser, les instruire et les préser’er des mille dangers auxquels ils sont exposés durani les longues soirées d’hiver.
Enfin les oblats de cet immense diocèse vont chercher
les ouvriers jusque dans les forêts, en pratiquant l’œuvre des chantiers, que nous avons déjà vue fonctionner dans les environs de Montréal. Les religieux qui s’adonnent à ce fécond labeur fsconsacrent la saison d’hiver, et s’appliquent pendant l’été à l’évangélisation des sauvages.
Les nombreux chantiers dont l’entrepôt général est placé à Ottawa sont des ateliers de bûcherons établis dans les bois par groupes de dix, vingt, trente et quarante hommes, pour dépouiller la forêt de ses richesses. Ce sont en général des jeuncs gens, venus des diverses parties du Canada, aitirés par l’espoir du gain, éloignés de leur famille, exposés sans défense aux entraînements des passions et aux exemples de compagnons débauchés. Ils se divisent en trois catégories : les piqueurs abattent lés arbres; les équarrisseurs les dégrossissent et les taillent à angles droits; les charretiers les conduisent sur des traîneaux à la rivière voisine, en faisant des abatis pour arriver par la ligne la plus directe.
Dès le mois de novembre, lorsque la neige couvre la terre, les bûcherons vont s'établir dans les bois pour un séjour de six à sept mcis. Les murailles de leur abri sont des troncs d'arbres garnis de mousse ; le toit se compose de légers madriers couverts d’écorces, étendues en sens divers.
Quand les pères arrivent, c’est le soir ; les ouvriers sont réunis : les religieux sont accueillis avec reconnaissance. Ils abordent les hôtes de la forêt avec une grande cordialité,serrent affectueusement les mains dirigées vers eux, et prennent immédiatement-une attitude ouverte qui appelle la confiance. Après les premières politesses, les missionnaires se mettent à raconter des histoires dramatiques choisies pour exciter l'intérêt et captiver l'attention, pendant que les auditeurs achèvent d'énormes morceaux de pain accompagnés d’une tranche de lard. Puis, au moment favorable, on entonne le cantique suivi du sermon. Ensuite vient la prière en commun; après une exhortation au sacrement de pénitence, des couvertures se dressent aux deux extrémités des chantiers ; alors des deux côtés les confessions commencent. Les
bons viennent les premiers, et leur influence décide beaucoup de ceux qui hésitent. Le lendemain de grand matin les messes se célèbrent, et les communions sont nombreuses : parfois tout le chantier correspond à l’appel de la grâce. Dans l’une de ces réunions ouvrières, un seul homme avait résisté ; le jour suivant, de bonne heure, il vint trouver le religieux en sanglotant. « Mon père, lui dit-il, j’ai sérieusement réfléchi à vos paroles ; je n’ai pas pu dormir cette nuit : je vous en prie, écoutez ma confession. » Il resta longtemps agenouillé, et il se releva joyeux.
On cite un missionnaire qui, dans l’espace de deux mois, avait visité cinquante-cinq chantiers, avait entendu treize cents confessions et distribué plus de mille fois le pain des anges.
Les oblats résidant à Temiskaming et à la Rivière-au- Désert reçoivent les ressources et la direction de la maison d'Ottawa, qui s'occupe aussi de Canadiens français, d’'Irlandais, et de cinq mille sauvages, pour la plupart Algonquins, disséminés sur une grande étendue de terrain. Ces chrétientés se distinguent par leur esprit de foi et de soumission à l’autorité de l'Église. Elles ne sont pas exemptes de fautes; elles se laissent aller aux excès de la boisson. Mais les scandales reçoivent un châtiment public; depuis les chefs jusqu'aux derniers de la tribu, les coupables s’y soumettent avec respect : ils demandent eux-mêmes la pénitence quand elle tarde à venir, parce qu’ils sont heureux d’expier leurs péchés et de recouvrer ainsi la paix de la conscience.
La mission du Sault-Saint-Louis dessert surtout un gros village appelé Canghnawaga, presque exclusivement composé d'anciens sauvages, Il est agréablement situé sur les bords du Saint-Laurent, à trois lieues de Montréal. Ses habitants, au nombre de plus de deux mille, sont des débris de la célèbre tribu des Iroquois, convertis enfin par la compagnie de Jésus. Après avoir martyrisé plusieurs de ses membres, ils devinrent si fervents qu’ils firent revivre pendant un temps les. exemples et les vertus des premiers chrétiens.
A l’époque où il fut impossible aux pères jésuites de continuer cette belle œuvre, par suite de la suppression momentanée de leur institut, des prêtres séculiers se succédèrent dans la conduite de la mission. L’un d’eux, M. l'abbé Narcoux, de pieuse et chère mémoire, conserva soigneusement les traditions établies, passa trente-six ans avec les sauvages, composa pour leur idiome une grammaire , un dictionnaire , un livre de cantiques et de prières, fit construire une belle église ornée de statues, de reliques, de riches offrandes envoyées par le saintpère et par les souverains de la France; puis, à la fin de sa carrière sacerdotalé, il demanda que son héritage spirituel fût dévolu à une congrégation religieuse, persuadé qu’on trouverait ainsi plus sûrement des prêtres toujours disposés à perpétuer son ministère : c’est alors que les pères oblats furent appelés au Sault - Saint- Louis.
Ils conservent religieusement les livres, le modeste mobilier et les usages de leurs devanciers. Comme eux, ils font chanter dans la langue du pays les cantiques, les prières du matin, celles du soir, etles parties de la messe que le prêtre ne ciante pas seul. L’assiduité de leurs ouailles les récompense de leurs travaux. L'assistance est nombreuse à la célébration des saints mystères, même pendant la semaine; les communions sont fréquentes, et il est très-rare que le devoir pascal ne soit pas rempli par tous,
L'administration temporelle du village est confiée à sept chefs élus à de longs intervalles. Plusieurs femmes respectables par leur âge et la vertu portent les titres de cheffesses; elles surveillent les jeunes personnes et signalent leurs écarts afin d'appeler la répression. Deux associations exercent une heureuse influence : celle de la Sainte-Famille entretient chez les mères les pratiques de la piété; la société de tempérance, sous l’invocation de saint Jean - Baptiste, avec ses réunions mensuelles, prémunit les jeunes gens et les hommes contre le goût irès-vif qui les entraine à l’abus des boissons enivrantes. Les efforts des missionnaires sont secondés par les se-
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cours des fervents catholiques. Les pères citent entre autres l'exemple donné par Timmins. Ce propriétaire canadien, qui a contribué à l’érection d’une chapelle, travaille avec persévérance à diminuer la plaie de l’ivrognerie. Un jour, rencontran: de bonne heure un ouvrier déjà ivre, il lui dit : « Eh bien! tu bois donc toujours! Veux-tu faire un marché”? Veux-tu t’engager à ne plus boire, et de mon côté je promets, tant que Dieu voudra bien m'en laisser les moyens, de te procurer chaque année trois sacs de farine? — Ainsi soit-il, » répondit le fils civilisé des sauvages. Et depuis longues années le marché a tenu de part et d’autre. L'ancien ivrogne est maintenant propriétaire d’un terrain qui donnera de l’aisance à sa nombreuse famille.
Les oblats établis à Québec obtiennent d'importants résultats. Non-seulement ils y exercent leur ministère au grand profit des âmes, mais ils y encouragent les bonnes œuvres. Ils soutiennent un cercle littéraire où plus de cent jeunes gens trouvent la préservation. Deux magnifiques écoles pouvant recueillir quinze cents enfants ont été fondées, et font bénir dans le pays le nom des religieux. Une société de bon secours procure des livres et des vêtements aux élèves pauvres et à leurs parents. Les ressources matérielles ne leur manquent pas, et quand il s’agit de les attirer, les associés battent monnaie en préparant un bazar. Tel est le nom d’une vente organisée par des dames qui quêtent pour garnir leur comptoir et décident de charitables auxiliaires à les seconder. Quand les tables sont couvertes d'objets confectionnés, la publicité attire les acheteurs, et le bénéfice s’élève à quinze mille francs et plus.
Dans la mission du Labrador, la sollicitude des oblats s'étend aux Canadiens, aux sauvages nouvellement convertis, et spécialement aux Montagnais (habitants des montagnes ), disséminés sur un parcours de deux cent cinquante lieues, au milieu desquels s'élèvent quatorze chapelles en bois, Au village des Escoumins on voit encore la vieille chapelle des jésuites, c’est là que reposent les restes de plusieurs de leurs missionnaires,
morts au champ d'honneur en civilisant les sauvages Montagnais, devenus de nos jours bons chrétiens. On y voit encore les ruines de la résidence de la compagnie, ainsi que deux canons laissés par Jacques Cartier. Les Cenadiens pieux et instruits continuent à s’y rendre comme à un pèlerinage qui relève leur courage, leur rappelle un héroïque passé, et leur obtient âu ciel la protection de ceux qui ont si bien soutenu le bon combat sur la terre.
Quand les ovlats reviennent aux Escoumins, la joie du village est générale, et chacun s’empresse de la leur témoigner. Les habitants fabriquent des pianches, cultivent la terre, ou se livrent au double exercice de la chasse et de la pêche. Quelle que soit leur profession, dès que la cloche appelle pendant la semaine à un exercice religieux, aussitôt le bruit cesse, le mouvement général s’interrompt, le travail est suspendu, tout le monde se dirige vers l’église. En l’absence des religieux partis pour d’autres missions, on se réunit toujours deux fois, les dimanches et les fêtes, pour réciter ensemble les prières, entendre de pieuses lectures et faire le chemin de la croix. Les chefs du commerce et de l’industrie remplissent les devoirs chrétiens, et leur exemple est suivi.
La plus jolie des quatorze chape’ t celle de Notre- Dame-de-Bethsiamits, située dans 2.2 position ravissante , sur les bords du fleuve dont elle porte le nom. En été, les Montagnais aiment à se réunir dans ce riche sanctuaire, dont les ornements sont dus à leur piété; on les reconnaît à leur taille élevée, à leur épaisse et noire chevelure, à leur couleur bronzée, à leur tempérament sanguin. lis savent lire l'unique livre qu’ils possèdent; ils y trouvent les cantiques, les prières, la doctrine chrétienne, l’'énumération des vices à combaitre, des vertus à pratiquer; et avec ce seul livre ils se distinguent des autres tribus par la vivacité de leur foi.
lis fabriquent les vêtements et les meubles de leur intéricur, chassent, péchent avec une adresse prodigieuse, et puurvoient très-iargement à leurs besoins, Ils sont
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encore imprévoyants et r’ont aucun soin Ge l'avenir; maisils s'aiment beaucoup, s’enir'aident généreusement, et accucillent avec bonne grâce ceux qui sont dans le besoin. Ils ont de l'horreur pour le vol, ne jurent jamais, et auraient honte de blasphémer contre le Dieu dont ils reconnaissent la miséricordieuse tendresse. Matin et soir ils se réunissent pour la prière. Pendant la mission ils entendent chaque jour la messe; après le travail ils réciteuc le chapelet, écoutent la parole de vie, et assistent au salut. Leur tenue est édifiante, leurs yeux modestement baissés ; leurs chants sacrés en langue montagnaise sont doux et mélodieux, les voix des hommes alternant avec celles des femmes.
Suivant un usage répandu au Canada, les enfants qui viennent souhaiter la bonne année à leurs parents recoivent leur bénédiction. Bon nombre, même après leur mariage, font dix à vingt lieues pour aller demander à leur père de les bénir. Quelquefois ces assemblées de famille réunissent trois ou quatre générations. Il faut de graves obsiacles pour se dispenser de s’y rendre, et quand il y a des absents le chef de la famille s’en afflige. « J'ai une grande peine sur le cœur, disait l’un d’eux ; tous mes enfants sont veaus chercher ma bénédiction, à l’exception de l’aîné, qui s’est abstenu. Le malheureux ne sait pas le chagrin qu’il me cause i »
On rencontre parmi les Montagnais des modèles de piété et de vertu, depuis les chefs qui les dirigent jusqu'aux derniers membres de la tribu. On raconte © run jour une Montagnaise, remarquable par sa taille et ses avantages extérieurs, vint trouver un missionnaire pour retremper son courage dans la réception des sacrements. Les larmes dans les veux et le cœur brisé de douleur, elle lui parla d’abord de son fils aîné, le soutien de sa
farnille, si aimé, si regretté de tous, qu’elle venait de perdie; puis elle ajouta ! « Père, j'avais un excellent mari : le Grand-Esprit l’a retiré de ce monde lorsque,
jeune encore, j'avais six enfants à élever. Bien des mois après mon tnalhour, un bon chasseur vint me proposer de m'épouser, « Femme, me dit-il, te voilà sans appui,
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« presque sans secours ; que vas-tu devenir? Je suis prêt « à te rendre heureuse. » Je repoussai ses offres, parce que je pensai que si je me remariais je ne pourrais plus aimer autant l’époux avec lequel j'ai vécu plusieurs années, et les enfants qu’il m'a laissés. Je résolus dès cette époque de rester veuve, afin d’être toute à ceux que j'aime en ce monde et dans l’autre. » Quelle délicatesse de sentiments la grâce divine avait inspirée à cette femme, vraiment forte parce qu’elle était sérieusement chrétienne |!
Un autre missionnaire reçut une troupe de vingt-cinq Montagnais qui avaient fait deux cents lieues pour s’instruire des vérités de la foi. « Père, lui dirent-ils, nous arrivons de bien loin afin de goûter le bonheur de te voir; et nous ne regrettons pas les fatigues de notre voyage. Nous te demandons la lumière; nous voulons devenir les enfants de la prière, et nous désirons ardemment être arrosés de l’eau qui purifie. » Pleins d’ardeur pour apprendre les vérités du salut, ils pleuraient de bonheur en recevant le baptême.
Ces faits, cités entre bien d’autres, nous prouvent l’opportunité des travaux entrepris pour répandre la foi chez les veuplades de l'Amérique du Nord; ils nous montrent quelle bénédiction la Providence accorde au zèle et à labnégation des ouvriers évangéliques.