‹ Le Canada [microforme]Chapitre 10 sur 40 · EN DE NP TON AA ENNEMI 2 ART NT A RON · texte numérisé non relu

EN DE NP TON AA ENNEMI 2 ART NT A RON

Line et autres, appartiennent à la réserve de la marine d'Angleterre. |

Le 25 nous eûmes le bonheur de réunir à la sainte table les quelques catholiques qui vivent sur cette île. Le grand salon de l'hôpital militaire fut gracieusement mis à notre disposition.

Chaleur croissante. À bord du Grantully-Castle

Pic de Ténériffe,

28° à 36° centigrades, sur la plage et sous les

monts 45° à une heure. Nous passons l’équateur le 29 par un temps superbe, et sous un ciel d’airain, puis, nous remontons par le cap Vert et le cap Blanc, jusqu'aux îles Canaries.

Nous ne pûmes apercevoir que dans la nuit les deux pics majestueux de Ténériffe. Par moments toutefois, quand le voile des nuages qui les enveloppe venait à se déchirer, nous les vîmes étiaceler

sur la profondeur du ciel. Ils ressemblaient alors à deux icebergs flottants parmi les brumes polaires, Nous passâmes les Canaries en traversant les

eaux mêmes des îles de Palma et de Goméra où

Ignace d'Azévédo et ses quarante compagnons furent martyrisés pour la foi en 1570. Nous continuons à jouir d’un temps à souhait les jours suivants. Même, la température s’étant rafraïchie, en approchant des îles fortunées de Madère, tous nos malades relèvent du mal de mer; le pauvre phtisique embarqué presque mourant à Port-Elizabeth commence, lui aussi, à s’accrocher à la vie. A notre arrivée à Funchall, ce brave protestant me manda, et me pria d’expédier un télégramme à son frère, pour l'inviter à venir le recevoir à Plymouth. Malheureusement, à peine avons-nous quitté la rade et doublé l’ilot de Porto-Santo que la mer devient houleuse. Le Vendredi-Saint les vagues commencent à déferler et le thermomètre tombe rapidement. Nous courons à la rencontre d’une tempête. Tous nos convalescents sont redevenus malades, et l’infortuné protestant se trouve .bientôt à toute extrémité. La tempête devient furieuse le samedi, et se change en ouragan durant la nuit de Pâques. L'’énorme vaisseau embarque la mer, tantôt de l’avant, tantôt de l'arrière dans l’effrayant tangage,en même temps que par le roulis, il plonge ses vergues do droite et de gauche dans les flots.

Tout le navire est dans un tumulte indescriptible. Le cliquetis de la vaisselle et des verres, le battement des portes, le roulement subit de l’hélice tournant à faux quand la poupe émerge, et le grondement du navire battu par les vaguss se mêlent au sifflement de la tempête, aux ordres répétés des officiers, aux cris désespérés des enfants et des malades ! Plusieurs passagers réfugiés auprès de moi, me supplient de prier pour eux dans leur détresse. C’est à ce moment le plus terrible de l'ouragan, qu’un vieux colonel pénètre dans ma cabine et me présente une fiole d’eau de Lourdes. Je ne puis dire quelle consolation, quelle confiance cette eau, garante de la protection de « l'Etoile de la Mer », nous apporte à tous ! J’en donnai aux catholiques que je pus aborder, et tous se mirent à prier avec l'assurance de leur préservation.

Le jour parut enfin après cette affreuse nuit ; l'aurore amena la fin de la tempête, et, quand le soleil se leva, nous voguions en eau tranquille.

Durant trois jours nous avions été suspendus entre la vie et la mort, et il ne nous avait pas été possible d'approcher de l’autel.

Aussi ce fut avec une joie extrême que les catholiques accoururent à la messe du saint jour de Pâques. Nous la célébrâmes en grande pompe au salon des dames. Presque tous communièrent en

action de grâces, et les protestants semblaient nous envier notre bonheur.

Cette joie fut, hélas !: mêlée de tristesse. Au fort .

de la tempête, le pauvre protestant de Port-Elizabeth était mort, sans que personne eût pu l’assister dans ses derniers moments.

A peine eûmes-nous déjeuné, que la cloche sonna le glas funèbre. Aussitôt les matelots se multiplient sur le pont pour ranger tout à la hâte, et une demi-heure après, nous nous trouvons alignés sur l'arrière, en attendant la funèbre procession.

Le cortège s’avance lentement de la proue du navire. En tête marchent sur deux lignes les marins et les matelots en grande tenue. Quatre hommes portent sur leurs épaules le cadavre cousu dans le canevas et posé sur la planche. Le drapeau national rouge et bleu couvre la dépouille mortelle. Le capitaine conduit le deuil, suivi des officiers, des quartiers-maîtres et des ingénieurs. En face de nous, au pied du mât, la tête du cortège s'arrête, et l’équipage se range en hémicycle, tandis que le défunt, porté sur la planche, est déposé par les ‘pieds sur le parapet du vaisseau et soutenu par deux matelots du côté de la tête.

En ce moment, sur un coup de sifflet du premier officier, la vapeur est renversée, et le navire, tremblant sur lui-même, badine quelques moments, puis s'arrête. Un silence profond et saisissant succède

CE

au bruit de l’hélice et des machines. Le capitaine, à défaut d’un ministre protestant, se découvre alors, et, récitant d’une voix claire et distincte les prières liturgiques anglicanes, il arrive enfin à cette dernière oraison: « O Dieu, dans la miséricorde de qui reposent les âmes des fidèles, daignez bénir l’abîme de ces eaux et envoyer votre ange tutélaire pour les garder, et que celui dont nous immergeons aujourd’hui les restes mortels dans les flots de la mer soit absous de tous ses crimes, afin que pour toujours il jouisse de Vous avec vos saints. »

En ce moment tous les assistants courbèrent la tête, l'équipage porta la main à la toque, le canon tonna sur l’immensité de l’océan. Il y eut un instant de pénible attente et puis, les deux matelots ayant soulevé la fatale planche, le cadavre glissa de dessous le drapeau qui le couvrait, et plongea dans les flots ! Immédiatement le sifflet retentit, et le roulement de la machine et de l’hélice poussa le vaisseau, qui reprit son cours, tandis que la dépouille mortelle, descendant en zig-zag, disparaissait dans les insondables abîmes de l'océan. Ce fut le dernier épisode de la traversée.

Le 8 avril, après six jours d’un froid piquant qui chassa du pont tous les passagers, nous mouillâmes à l'entrée du port de Plymouth pour décharger la malle coloniale. Un homme fendit la foule du quai et se précipita sur la passerelle :

c'était le frère de l’infortuné, dont nous avions célébré en mer les tristes funérailles. On me confia la pénible mission de lui apprendre qu’il ne lui restait plus même le cadavre de son frère |

Nous levâmes l’ancre incontinent, et nous longeâmes la côte de l'Angleterre déjà couverte de verdure. Durant la nuit nous traversämes la Manche et le Pas-de-Calais au milieu d’un épais brouillard et le 9, à marée haute, nous débarquions aux East India Docks.

J'avais souvent entendu parler de la proverbiale capacité des voitures de place de la cité de Londres. Les cab-men en sont fiers et je constatai qu'il y a de quoi. Mon automédon mit dans son four-wheeler et par-dessus, outre ma personne, la totalité de mes bagages. En voici la liste :

Un portemanteau, une sacoche, un chien de Ténériffe, une caisse contenant seize tortues vivantes, trois grands colis qui m’étaient confiés pour divers amis, un autel portatif, la canne, le chapeau, le parapluie et la chaise de bord. A Bruxelles il eût fallu requérir une voiture de déménagement.

Le ben À dj:

Du 9 avril au 2 août.

Cantorbéry. — Slough. — Windsor. — Eton College. — Sur le continent. — En famille, — William Towry-Law. — Cardinal Manning. — Littie-Hampton. — Park Minster. — Londres, — Liverpool. — L'interview. — Les Jésuites Anglais. — Une œuvre de charité. — La verte Erin. — En mer. — Canada et Canadiens. — Icebergs. — Le Labrador. — Terre-Neuve.,— Nous entrons dansle Saint-Laurent. — Les Acadiens. — L'ile d'Orléans. — Le Sault de Montmorency. — Québec.

Quelques jours de repos m'étaient nécessaires. Une lassitude inacc outumée m'avait pris dans les derniers jours de la traversée ; j'avais ressenti les premières atteintes du mal de foie, et comme la cité de Londres avec son agitation fiévreuse n’était point de nature à me défatiguer,. je me retirai au beau pays de Kent dont l’air est si pur à cette époque de l’année.

12 avril. — Me voici à la maison de nos Pères français de Cantorbéry, jouissant auprès d'eux d’une hospitalité attentive'et toute fraternelle. Les

Page 1