‹ Le Canada [microforme]Chapitre 11 sur 40 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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92 TROIS ANS DANS L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE expulsés de France occupent près de la ville un château anglais qu’ils ont à la hâte transformé en collège. Le R. P. du Lac y a réuni autour de lui toute sa chère jeunesse de la maison de Boulogne, à laquelle se sont joints des jeunes gens venus de tous les coins de la patrie. Parmi eux j'ai trouvé le fils de M. Albert de Mun, qui venait tout juste de tomber d’une fenêtre du second, et s'était ramassé en remarquant « que c'était bien haut ».

Les petits-fils de Louis Veuillot s’y trouvaient en compagnie du fils de l’amiral Courbet. J’y trouvai quelques jeunes Belges, entre autres le fils de M. Le Jeune, ministre de la Justice. J’y rencontrai aussi un élève de Notre-Dame de la Paix à Namur, don Francisco de Vélasco qui me pria « de porter une lettre à son père, au Mexique ». L’élite de la France, du reste, était représentée là, et ce qui me frappa beaucoup, c’est qu’on ne remarque point de «gommeux» parmi les jeunes gens de la bonne société française. Tout cela est simple et dégagé, tout cela porte le cachet de la vraie noblesse, le naturel.

La cathédrale de Cantorbéry ou la métropole anglicane.

Un vétéran des missions de la Chine et du Japon, un ami des arts, le bon P. Vasseur qui porte allègrement ses soixante et des :nnées, me conduisit

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à la cathédrale de Saint-Thomas Becket. Je ne pouvais désirer un guide plus autorisé. Il connaît les plus belles cathédrales et les plus beaux vitraux du monde. | |

La ville de Cantorbéry est simple et tranquille. C’est la ville sainte de l'Angleterre.

Au point de vue du pittoresque c’est Dinant ou les vieux quartiers de Bruges.

La cathédrale, longue de cinq cent quatorze pieds, se compose de deux églises, et au rebours de Notre-Dame de Tournai, les nefs de Cantorbéry sont de style gothique à lancettes, tandis que le chœur est roman et normand.

Quoique plus vaste, cet immense vaisseau est moins majestueux que les vaisseaux de Notre-Dame d'Anvers, de Saint-Bavon ou de Sainte-Gudule. Le transept est admirable. Il est séparé du chœur par un jubé qui, vu de la nef, n’est absolument qu'un mur prodigieusement élevé, par-dessus lequel on voit à grand peine les voûtes du chœur. A travers une poterne basse et étroite on entre dans ce chœur qui fait la seconde église. Là tout est roman, tout est admirable. Disgracieux cependant l’étranglement des lignes convergentes au second transept. |

La cathédrale de Cantorbéry et Notre-Dame de Tournai peuvent être mises en parallèle. Pour moi, je ne marchanderai pas mes préférences pour

l’admirable basilique des « Chonq Clotiers! »

Dans la cathédrale de Cantorbéry, je me suis arrêté sur les dalles mêmes, et j’ai considéré attentivement la place où, dans le grand transept de gauche, fut massacré S' Thomas Becket. Les deux mausolées du martyr ont disparu durant les persécutions protestantes. ;

Toute la partie ancienne, le chœur de la oathé drale, est rempli de tombeaux catholiques, de mausolées d’évêques catholiques. J’ai visité les cryptes de Cantorbéry et le tombeau du Prince Noir. J’ai vu le missel de Cranmer, premier évêque anglican et grand-père du protestantisme en cette Angleterre jadis le « douaire de Marie ». Je n'ai pas touché ce livre comme le font les visiteurs. Après avoir considéré la place où fut martyrisé saint Thomas, je visitai celle où il fut d’abord déposé et plus tard inhumé. Rien n’y existe plus du glorieux martyr que le souvenir de son héroïque triomphe.

J'ai entendu les chants protestants dans la vénérable basilique chrétienne, et j’ai respiré l’encens brûlé par l'erreur au Dieu de toute vérité. Quelle peine pour le cœur catholique, et quelle compassion il éprouve là pour nos frères séparés |

Trois bons mots sur les moines, les cloîtres et Henri IV, version protestante.

Le cicerone de la métropole religieuse nous dé-

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roulait ses explications historiques. Arrivé devant une tribune dérobée de l’abside, il nous dit que c’était là que les clercs du quatorzième siècle faisaient pour les rois d'Angleterre les priéres de ce tempslà, c'est-à-dire catholiques.

Parvenu dans les admirables cloîtres où pria Thomas Becket, il eut l’idée de nous apprendre que ce fut là que « probablement les moines passaient la meilleure partie de leur temps ». Probablement donc, ils ne passaient pas tout le jour au réfectoire.

Dans la crypte, vraie basilique souterraine, il eut une autre rengaine à l’adresse de la rapacité monacale. « Un roi de France, nous dit-il, vint ici prier au tombeau de Thomas Becket. Il avait au doigt un diamant d’un prix inouï, La convoitise monacale s’étant éveillée, on lui demanda ce diamant comme gage de sa dévotion. Le roi, continuat-il, pour sauver son diamant, tendit aux moines une forte somme d’or; mais, au moment où il la livra, son diamant sauta de son anneau et se ficha si fortement dans la voûte qu’il ne put l’en retirer; d’où il suivit que.le bon roi y perdit son or et son diamant.» Et les visiteurs d'écouter pieusement, mon compagnon et moi de partir d’un rire quelque peu gaulois! Sur ce, le cicerone, nous ayant jeté un regard furtif, changea de ton et devint presque catholique dans ses explications. Question de pennies pour ces hommes !

Toute la cathédrale est nue, ce n’est plus qu’un squelette religieux, l’image de l’arbre mort du protestantisme.

Après la cathédrale, j'ai visité le collège de Saint-Augustin, ancienne abbaye gothique des Bénédictins, maintenant séminaire des missions protestantes. Henri VIIL, Élisabeth, Wolsley et d’autres y logèrent successivement.

Il y a là des murs romains bien reconnaissables ; des constructions normandes en silex brut, des édifices romans, de superbes bâtiments gothiques. C’est beau, c'est émouvant à voir. On se sent renaître aux nobles sentiments des grands âges de foi, en parcourant ces admirables constructions élevées par la piété de nos pères. Les heures libres que je ne donnaïis pas à la visite des monuments de la ville, si intéressants pour l'artiste et l’archéologue, ou à celle des manoirs et des parcs voisins, tout remplis de daims, de chevreuils et de cerfs : je les consacrais à nos braves collégiens qui, dans leur juvénile ardeur, étaient aussi avides de nouvelles des missions australes que friands d’anecdotes des grandes chasses du « Continent mystérieux. »

Heureusement que les sept années que j'avais passées parmi nos pauvres nègres de l'Afrique m'offraient abondamment de quoi les satisfaire. Mais, je dus me borner. La fièvre cynégétique se fut bientôt emparée des uns, et l’ardeur apostolique

des autres. Ces bons jeunes gens insistèrent pour me faire accepter une généreuse aumône qu'ils prélevaient sur leurs menus plaisirs pour le soulagement des nouveaux chrétiens du sud.

Autant était riche et somptueuse même l’habitation de cette brillante jeunesse française à Saint- Mary’s de Cantorbéry, autant je trouvai pauvre et nue la modeste maison de probation de Saint- Joseph’s house à Slough près de Windsor.

Je visitai ces autres expulsés de France, les scolastiques, qui se forment ici aux études de la compagnie, et les Pères qui y font cette troisième année de probation « après laquelle l’année du repos ne se retrouvera plus sur terre. » Qu'ils sont édifiants ces chers exilés ! Je les aime beaucoup. C’est peut-être parce que je suis un peu comme eux, n'ayant plus de chez moi, au moins pour bien du temps.

Non loin de Slough s'élève, sur les bords là encore riants de la Tamise, une masse imposante de tours et de constructions élevées. C’est Windsor, ce palais cyclopéen qui domine le plat pays. C’est la gloire des âges autour d’une royauté respectée. Dans la chapelle Saint-Georges, un bijou de l’architecture ogivale, j'ai vu avec émotion le mausolée du prince impérial, mort au pays de mes Zoulous quand nous montions pour la première fois

de la côte du sud vers leurs congénères, les farouches Matabélés. Le jeune prince est là, couché en marbre blanc, dans sa tunique de guerre, les mains croisées sur son épée qui repose de sa poitrine à ses pieds. Sur ce mausolée on lit avec une indicible émotion ces mots touchants :

« Je mourrai avec un sentiment de profonde gratitude pour Sa Majesté la reine d'Angleterre, pour toute la famille royale et pour le pays où j'ai reçu pendant huit ans une si cordiale hospitalité. »

(Testament du prince impérial, 26 février 1879.)

Je me souvins que ce jour-là même je m'étais trouvé à Sainte-Hélène au tombeau de Napoléon I".

Dans le bas-côté se trouve la statue de Léopold I*.

On y lit en anglais :

« Erigé par Sa Majesté la reine Victoria, en souvenir aimant de Léopold I‘ roi des Belges, son oncle maternel, qui fut un père pour elle comme elle fut une fille pour lui. 1879. »

Hormis ces mausolées, il n’y a là que deux autres monuments. C’est simple et digne, et cela est anglais.

Sur la route de Windsor à Slough se trouve l'immense édifice d’ « Eton-College », le moyen-âge devenu protestant. C’est là qu’étudia le Père Au-

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