‹ Le Canada [microforme]Chapitre 15 sur 40 · LULU · texte numérisé non relu

LULU

PEL TELILEELE) A LE

à d fl © © © TT ) © À = © © Se:

ss] ni «

EE Bras.

marquis de Gamache, entré depuis dans la compagnie.

Je viens de contempler les ruines de ce vieil édifice.

Là avaient prié les Pères Jogues, Lallemant et de Brébœuf, et bien des martyrs au pays de Canada. Leurs ossements reposaient sous leur église. IL y a très peu d'années on a démoli ce vénérable monument, témoin de tant de sainteté et d’héroïsme. Il menaçait ruine, disait-on ! Il a fallu la dynamite pour l’entamer ! et une partie du matériel a servi à la construction du nouvel Hôtel de Ville. L'architecte, M. Taché, auteur du magnifique plan de ce palais en construction, avait placé dans la façade, parmi les ‘ondateurs de la colonie, les statues des martyrs. C’en était trop pour les démolisseurs du plus ancien monument de Québec, le vieux collège. Ces statues devaient disparaître de la façade ! L'architecte, en homme de caractère autant que de génie, répondit fièrement « C’est à prendre ou à laisser : vous tiendrez mes Jésuites ou vous n'aurez pas mon palais. » —- Il fallut tenir les Jésuites. A Détroit, entre les lacs Huron et Erié, sur la façade de l'Hôtel de Ville, se trouve de même la statue du jésuite Marquette qui découvrit le cours du Mississipi. Les Américains l'ont réclamé comme une gloire nationale.

Lors de la destruction du collège, les ossements des Pères ont été exhumés. Des mains inconnues les firent disparaître. Qu'en a-t-on fait? Au dernier jugement

ee VAE dé d'a deg ee 9 LÉ nn NS Ga NE à NAS:

nous le saurons (1). Pourtant, ce ne sont pas des ennemis qui ont fait cela.

Ce pays est admirablement fidèle; mais, le démon y sème la zizanie, et, à la faveur de la zizanie, le libéralisme et la franc-maçonnerie commencent à lever la tête. On y va doucement, prudemment, mais avec décision.

Les coryphées visent au monopole de l'instruction et procèdent méthodiquement, même dans la province toute catholique de Québec.

(1) Ces ossements ont élé retrouvés depuis au cimetière de Belmont, où ils avaient été enfouis secrètement à la démolition en 1878.

Le 12 mai 1891 a eu lieu la translation solennelle des restes mortels du Frère Liégeois, martyr, et des PP. de Quën et du Peron, missionnaires, inhumés dans les caveaux de la chapelle du vieux collège en 4655, 1658 et 1665. Celte cérémonie, d’après le « Courrier du Canada » a pris les proportions d’un vrai triomphe. Une procession de toutes les paroisses de Québec s’est organisée en un magnifique cortège de plus de 6,000 hommes. Collèges et écoles, soldats et zouaves pontificaux, le clergé de toutes les paroisses, les hauts dignitaires du gouvernement, les consuls de divers pays, les archevêques et les évêques de la province de Québec avaient tenu à honneur d’accompagner à leur demeure définitive les restes mortels des trois humbles religieux. Des Hurons et des Montagnais se relevaient pour porter les trois cercueils. Le cortège s'arrêta d’abord devant l'église de la Compagnie de Jésus où Mgr Fabre, archevêque de Montréal, chanta le Libera. Puis on se dirigea vers la basilique de Québec. Là les sauvages des trois tribus voisines déposèrent de nouveau les cercueils sur le catafalque du chœur, autour duquel avaient pris place les évêques et archevêques ainsi que le lieutenant-gouverneur. Le recteur de l’Université-Laval prononça l’oraison funèbre. Le cortège se reforma ensuite et alla déposer les restes des trois religieux dans le Panthéon canadien, l’antique chapelle des Ursulines, où le gouvernement leur a fait ériger un monument funèbre entre les mausolées des Montcalm et des Jacques Quartier. C’est juste : tous sont morts pour la patrie.

LE DE QUÉBEC À MONTRÉAL 155 s des J'en juge d’après les extraits suivants de l'ouvrage # intitulé : « L’instruction publique au Canada. Qué- k non y bec, 1876. » Cet ouvrage est de M. Chauveau, ancien ü libé- ministre de l’Instruction publique, ami de M. V. Duruy, 4 lever et un des chefs del’école catholique-libérale du Ca- F avec | nada. On y lit à la page 354 : 4 « L’Instruction publique a pu obtenir et conserver ï iction jusqu'ici quelques-uns des moyens indispensables à “4 vince son développement et qui existent sous diverses formes dans tous les autres pays. C’est ainsi que nous Le Her: avons conquis successivement les bureaux d'examen n 1878. pour l’admission des instituteurs, l'inspection des ‘À ru écoles, le conseil de l'instruction publique, les deux collège journaux de l'instruction publique, les conférences bit | d’instituteurs, les écoles normales, la caisse de retraite ue cor- des instituteurs, les écoles d’agriculture, les écoles de Fe réforme et d'industrie, et, tout dernièrement, les et les écoles de sciences appliquées aux arts. Par ces divers “al moyens d'action une meilleure méthode pédagogique at pour se répand graduellement, une classe d’instituteurs 4 Hbt mieux préparés à leurs importantes fonctions se forme : ec. Là et lutte avec courage contre les difficultés de leur état; bre les branches les plu:: pratiques, telles que /es leçons de brneur. choses, le calcul mental, la tenue des livres recrutent me un plus grand nombre d’élèves et le niveau de l’en- ; lines, seignement s'élève graduellement, quoique moins 3 Sidi rapidement qu’on pourrait le désirer » (p. 354). À

« Dans toutes les provinces du Dominion canadien

gr dard nrdqu de das a LL A nie (à) Le cibe LS jo D dun AU D à ee LS à Os NA

les écoles sont sous la direction immédiate des syndics chargés de taire exécuter les règlements de l’autorité centrale, et surveillés pour cela par les surintendants et les inspecteurs » (p. 274).

Sous un gouvernement franchement catholique toutes ces mesures seront sinon bonnes, du moins peu dangereuses. Mais les batteries sont dressées pour des temps où des novateurs arriveront au pouvoir.

Il n’y a pas à en douter d’ailleurs, au fond se trouve l’action maçonnique, laquelle vise à se servir de ces mesures de perfectionnernent, la plupart excellentes en elles-mêmes, pour parvenir à son heure et graduellement à l’enseignement neutre, officiel et obligatoire, et finalement à la « déchristianisation » des écoles canadiennes. On calque ïe système officiel de France, d'Italie et d’autres pays européens ; c’est pour arriver aux mêmes fins, et les Canadiens catholiques auront raison de dire : Timeo Danaos ct dona ferentes.

Est-il donc besoin de tant de centralisation pour réaliser tous les progrès avoués et désirables ?

Ma première visite officielle fut à l’archevéché.

Le vénéré Père Saché, qui depuis la rentrée des Jésuites à Québec, en 1847, édifie la ville par ses vertus, me présenta à l'audience de l’illustre prélat, Mgr Elzéar Taschereau, élevé depuis à la dignité de cardinal primat. (1) Il m'était resté peu d’espoir d’être favora-

(1) Les Jésuitesrentrèrent au Canada en 1842, et s’établirent la même année à Montréal. Le P. Saché mourut à Québec le 24 octobre 1889.

LE

yndics utorité ndants

olique ns peu ur des

trouve de ces lentes aduelatoire, les carance, rriver uront

| pour

es Jéertus, or Elrdinal vora—

amême re 4889.

blement reçu dans cette vaste province ecclésiastique du Bas-Canada. Les besoins des églises y sont grands. Les diocèses comme les paroisses se subdivisent et se multiplient. De plus, des missionnaires de diverses parties de l'Orient étaient venus récemment solliciter la charité des fidèles, et refroidir la faveur des prélats pour les œuvres étrangères. Mes prévisions se vérifièrent. Je plaidai la cause de mes enfants du désertavec toute la prudence possible ; le bon Père Saché vint à mon aide comme il put; je n’obtins pas la permission de prêcher pour la malheureuse Afrique. Tout ce que Sa Grandeur put m’accorder, ce fut l’autorisation de solliciter la charité de quelques-uns de nos amis. C'était une rude épreuve à mon entrée sur le sol de l'Amérique! Tout l'horizon parut se rembrunir devant mes yeux. Du coup les onze diocèses de la province de Québec venaient de m'être fermés.

La consolation surgit cependant sur place. Dans le palais même de l’illustre prélat, je reçus dela main de son secrétaire les prémices de la charité dans le Nouveau Monde.

Au fond du cœur, là, cette première aumône, ce denier à Dieu me sembla une pierre précieuse, l’équivalent d’un trésor. Je sortis du palais archiépiscopal si pas exaucé, du moins consolé, et la journée justifia mon espérance. Je fus conduit auprès d’un digne et généreux chrétien, un vieillard resté tout seul au monde. Il était avocat dela Reine au grand tribunal de Québec.

Sa dévotion était de bâtir une église dans chacune des cinq parties du monde. J’arrivais un peu tard; Louis de Gonzague Baillargé venait de fonder son église en Afrique ! Quelle déception pour moi, pour le Zambèze! Il m'octroya pourtant cent piastres « pour bâtir une chapelle en ma terre chérie » et « cinq piastres » pour acheter... une cloche! Au port on achète cela à bas prix parmi les épaves des naufrages. D’autres catholiques vinrent encore à mon aide et je trouvai dans Québec assez de fonds pour ériger trois chapelles dans nos missions !

5 août, — Québec est l’entrepôt principal des pelleteries de la baie d'Hudson, du pays des Esquimaux, et de toutes les régions de l’intérieur. Je visite quelques grands magasins. Je vois exposées en vente de su- ‘ perbes peaux d'ours blancs du pôle à cinquante piastres (deux cent cinquante francs); des têtes d’orignals et de caribous, toutes prêtes pour salons ou trophées, à trente ou quarante piastres. L’idée me vient un moment d'acheter une peau d’ours blanc. Elle ferait la paire avec une énorme peau de lion d'Afrique que j'ai rapportée du sud pour le salon d’un ami en Belgique.

Cette peau d'ours mesure près de 6 mètres carrés. Réflexion faite, je renonce à l’achat. Mon illustre ami la voudrait-il, et s’il n’en veut point, comment vendre alors la peau de l’ours? Je me contente de lui en

icune tard ; * son pour Stres ) »et port naumon pour

DE QUÉBEC À MONTRÉAL 159 écrire, et j'attends la réponse. CL me sœur Anne, je ne vois rien venir.

L’après-dinée, un bon Père de la rue Dauphine me mène hors de la cité. Nous descendons la côte du sud, en longeant le bord abrupt du Saint-Laurent. Dans un abîme, sous nos pieds, le fleuve roule majestueusement ses eaux puissantes. Une ligne très-nette dessine au milieu de la rivière la démarcation entre les eaux limpides de l’Ottawa et les eaux jaunâtres qui sortent du lac Ontario. Lorsque l'hiver est venu, ces eaux se gèlent moins vite l’une que l’autre, et ilse fait au milieu du fleuve une crevasse comme un chenal. Autour de nous les lianes et les lichens enlacent les géants de la forêt vierge. L’insondable forêt ressemble aux forêts des bords des grands fleuves de l’Afrique australe. Nous descendons dans une petite vallée dont la tendre verdure contraste avec les teintes vigoureuses des massifs. Dans cette clairière nous découvrons un chalet entouré de son jardinet et de son charmant boulingrin. Je reconnais la « mansion » du pays de Kent. Nous entrons, et le thé traditionnel de la blanche Albion nous est servi, tout noir comme du café ! — Nous visitons la bibliothèque du savant retiré dans le silence de cette solitude, et M. N. me montre un petit livre manuscrit, une vraie miniature, une géographie de 1663 rédigée en latin par un professeur inconnu du vieux collège de Québec. Le Zambèze y est indiqué avec ses chutes ! et la distance de Quili-

160 TROIS ANS DANS L’AMÉRIQUE SE7:ENTRIONALE mane au Cap y est donnée : 1,000 milles anglais en ligne droite ! C’est exact. Comment a-t-on pu préciser la distance à cette époque-là?

6 août. — Sainte-Anne de Beaupré est le grand pèlerinage du Canada, du Dominion, et même des rives des Grands-Lacs. Cette dévotion fut apportée du Morbihan par les vieux colons normands et bretons, habitués dans la patrie à se rendre au vénéré sanctuaire de Sainte-Anne d’Auray.

« Tout est beau, tout est bien, tout est grand, à sa place. » Le pèlerinage de Sainte-Anne de Beauprédu Canada est beau, est bien, est grand, est à sa place. J'ai vu beaucoup de pèlerinages, j'ai bu les délices de la grâce à bien des sources : la source de PeRapre est pure et salubre ; elle est enivrante.

Ce matin l’air était froid et vivifiant. Il avait la saveur âpre des montagnes et des grandes eaux. Des hauteurs de la ville nous descendimes à travers les méandres des rues encore silencieuses de Québec, de Québec la française, la royale. Près du port il y avait une foule recueillie. C’étaient en majeure partie les membres de la congré, ation du Rosaire vivant de la paroisse Saint-Roch, et de la grande congrégation d'hommes dirigées par le P. Désy, de notre maison.

Des dames, des messieurs, des jeunes gens et des jeunes filles et des vieilles filles aussi ; des riches et des pauvres de la ville et des villages ; les malades comme

d pèrives Morhabiire de

à sa pré du place.

ces de ré est

la sa- «. Des rs les ec, de avait ie les de la ration on.

it des et des mme

les alertes, tous s’en vont confiants et allègres à « la bonne sainte Anne » (prononcer long : sainte Adne)? exposer les multiples besoins de leur vie ou de leur avenir.

Deux bateaux à vapeur, reliés de conserve côte à côte, emportent tout ce monde en fête, frais de simplicité, et radieux d’expansion. C’est la vieille France, belle et croyante comme aux grands jours de Notre-Dame d'Embrun ou de Saint-Jacques de Compostelle.

Le Saint-Laurent roulait ses eaux fumantes entre ses deux rives vaporeuses. Le soleil versait ses premiers feux par-dessus l’azur des montagnes lointaines. Tout le monde priait à bord. Dans la chambre du clergé les Prêtres confessent avec rapidité. On se prépare à la communion. Les petites filles n’osent s'asseoir ; elles craignent de maculer la pureté de leur blanc lin ét de leurs guirlandes de fleurs. Elles doivent être belles « pour les yeux de la bonne sainte Aüne. » Nous glissons mollement, en suivant le courant du beau fleuve, entraînés par la vapeur et par la marée basse. Nous ne voyons qu’en passant la cataracte étincelante du Sault de Montmorency. Dix heures sonnent de village en village, aux clochers des rives verdoyantes. Nous abordons à la jetée de Sainte-Anne de Beaupré.

Il faut une demi-heure pour que les onze cents pèlerins sortent des entrailles des deux monstres, La

longue jetée, la route, et la rue qui mènent à l’église de la bonne sainte Anne, présentent une masse mouvante de bannières, de banderoles, de guirlandes, de couronnes aux mille couleurs. On pénètre sous les voûtes de la basilique au chant du Magnificat, que ces. voix canadiennes, harmonieuses et limpides comme le murmure et le cristal des cascades, élèvent par les mains de la Vierge Mère jusqu’aux pieds de la patronne de Beaupré. Les immenses nefs s’'emplissent d’une foule fervente et avide de miracles. La presse s'engage parmi les longues et superbes colonnades corinthiennes et bientôt se fond dans un ensemble saisissant avec les mille teintes du splendide édifice polychrome.

Oh ! qu’elles étaient suaves ces hymnes canadiennes, ces voix mélodieuses, veloutées et fraîches comme l’érable des rivages d'Orléans, pures comme le cristal du Montmorency qui se précipite en une avalanche d'argent vers le majestueux Saint-Laurent !

Tous les prêtres trouvèrent place aux nombreux autels latéraux. Les Pères et les Frères, des rédemptoristes belges, se multipliaient autour de leurs hôtes, parmi lesquels, excusez mon humilité, je ne fus pas le moins fraternellement accueilli. Des Belges qui se rencontrent au loin sont comme des camarades d’enfance qui se retrouvent : nous formons une si petite famille. Je célébrai àl’autel des Saints-Anges. On ne célèbre pas la sainte messe avec plus d’onction, avec plus de con-

LE

église ) moudes, de ous les at, que mpides élèvent ds de la plissent a presse ades co- \ble saifice po-

diennes,

comme le cristal alanche

bmbreux demptos hôtes, s pas le i se ren- ’enfance famille.

èbre pas de con-

solation à Lourdes, à Oostacker, à l’antique Montaigu! Je voulais prier pour tout le monde, et après avoir beaucoup prié je n'étais pas satisfait. Les anges semblaient se multiplier pour m’apporter de nouveaux noms. Ils me distrayaient par leur saint empressement. Quand j'eus fini, je ne fus pas encore tranquille. Je me demandai si je n’avais oublié personne. Je pense que non.

Les PP. Rédemptoristes desservent depuis six ans ce beau pèlerinage et secondent cette dévotion amenée autrefois des côtes bretonnes par les Français du temps de François I‘. Ils s'entendent à exercer’ la plus franche, la plus cordiale hospitalité. Parfois ils hébergent et logent jusqu’à trente-cinq prêtres aux jours des grands pèlerinages, comme il en vint en juillet, lorsque soixante-dix-neuf mille pèlerins prirent comme d’assaut le sanctuaire de la bonne sainte Anne (1). Avec mes compatriotes, j’eus l’occàsion de parler le flamand et ce que je sais de wallon. Le Père ministre me rappela les « chonq clotiers » de Tournai. En l’entendant je me croyais sur le « Pont-à-pon »!

Le bon P. Fiévet est du Hainaut. Quelle expansion dans cet homme, et quelle sympathique figure !

Le voilà qui monte en chaire. Il proclame en une langue riche de poésie et de cœur, les louanges de la

(1) Le nombre des pèlerins qui: visitent Sainte-Anne s'élève à 120,000 par an.

Page 1