‹ Le Canada [microforme]Chapitre 24 sur 40 · PET · texte numérisé non relu

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le F. De Sadeleer et ils burent tous les quatre « à leur santé réciproque. » Braves gens! ils l’avaient bien mérité, et j’eusse applaudi à leur joie si j'avais pu les voir dans ce moment.

Bientôt ils retombèrent sur la route des chasseurs. Laissant au nord les Entab’Insimbi, ils traversèrent l'Umniati et la Sébakwé. Ils passèrent par Umslangeen où ils furent reçus comme en triomphe par les ministres et les habitants protestants, puis doublèrent le mont Enduna (Entab’Enduna) pour aller à Chilo. La dame de la maison, femme de l’ex-ministre protestant Th..., les aida le mieux qu’elle put. C’est de Chilo que le F. De Sadeleer m’envoya à Bulawayo une lettre ainsi conçue : « Eerwaarde Pater en Broeders, Wy zyn hier,ik, Br. Hedley, Cape-Corps en Zambeez; onze ossen zyn allen vet, uitgenomen dry die dood zyn,en Tom ook, of verloren, dat weet ik niet. Kom, als tu blieft, want ik zou den koning niet geern meer zeggen als ik zou willen. Wy zullen over morgen in Gobulawayo zyn. Er is geen tent op onzen wagen, want zy is er af.» Ce qui signifie : « Révérend Père et chers Frères. Nous y sommes, le F. Hedley et moi, Cape-Corps et Zambeez. Nos bœufs sont tous gros et gras hormis trois qui sont morts et Tom aussi, ou perdu, je ne saurais dire. Venez, s’il vous plaît, à nous; car je n’aimerais pas de dire au roi plus que je ne voudrais. Nous serons à Gobulawayo aprèsdemain. Il n’y a pas de toile sur le wagon, car

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elle est emportée par les buissons de la route. »

Cette lettre si laconique me disait assez la double et lamentable perte que nous avions faite. Je n'avais pas de cheval, mon rossinante était au service de la station de Tati, où le R. P. de Wit, dans ses vieux jours, apprenait à monter à cheval, pour rendre plus de services aux nègres dispersés. Je dus donc me contenter d'envoyer prier MM. Philips et Fairbairn, alors chez le roi, d'interpréter prudemment les nouvelles apportées par nos Frères. Ces messieurs firent fête à nos hommes, et enfin, le 1°" octobre 1881, j’eus le bonheur de serrer dans mes bras ces deux bons et fidèles serviteurs de Dieu, si admirablement dévoués et que le Ciel nous ramenait à travers tant de périls.

Le F. Hedley se porte mieux que jamais. Le F. De Sadeleer souffre d’un peu de fièvre intermittente (polder koorts) rapportée de Sofala, mais le mal va s’effaçant. N’en ayant pas de gras, nous tuâmes le veau maigre ; nous fimes main basse sur les plus gras chapons et nous fêtâmes le retour de nos Frères sauvés des eaux de tant de douleurs.

Pour-comble de joie, le P. de Wit qui ignorait tout, nous arriva à l’improviste de Tati, et eut ainsi la joie de trouver ensemble quatre des onze premiers pionniers de 1879 : les deux revenants d'Umzila, le F. Nigget moi. Quatre jours après, le P. de Wit emmena à Tati le F. De Sadeleer, bien que le bon Frère eût eu ce jour-là une forte atteinte de la fièvre. J’eusse

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936 TROIS ANS DANS L'Ai ÉRIQUE SEPTENTRIONALE

préféré le garder à Bulawayo, — dans l'air salubre de mes montagnes; mais ce que l’obéissance ordonne vaut mieux.

L'expédition d'Umzila coûta deux vies précieuses, un guide dévoué et plus de cinq cents livres sterling. Dominus dedit, dominus abstulit; sit nomen Domini benedictum.

Avant de partir d'Umzila, les Frères avaient eu la prudence de faire savoir au roi que de nouveaux abafundisi arriveraient prochainement; car ils n’eurent jamais l’idée que la mission dût être abandonnée, ce qui, j'espère sera comme ils l’ont pensé; ainsi plaise à Dieu (1).

J’ai payé largement les deux serviteurs survivants. À Zambeez, le fidèle bouvier, je remis une carabine de 125 francs, deux livres de poudre, huit livres de plomb, cinquante capsules, un briquet et une charge de vieux habits. Il est parti « #abile » (heureux) et « unotile » (riche) pour longtemps. Ces honoraires si minimes à nos yeux sont une vraie fortune en Afrique. Un coup de fusil peut valoir un éléphant dont livoire vaut de 50 à 1,000 francs! Cinquante capsules sont donc un trésor.

Cape-Corps engagé pour trois livres sterling seulement, recut une vache, une carabine, deux cents capsules, une barre de plomb, deux livres d’étain, un

(1) La mission du pays des Machounas a été reprise en 1891.

zèle pour le soutien des œuvres apostoliques parmi les races du « Continent obscur ». Comme les auditeurs

ubre chapeau, un couteau, des habits et huit livres ster- )nne ling, en tout la valeur de vingt-sept livres. Lui aussi est parti content et satisfait. On l’est à moins en ce 1868, pays-là.

ing. Voilà, mon R. P. lerécit fidèle, quoique succinct de bene- tout ce que le bon Dieu a décidé de la mission d'Umzilas. Lœtus exitus ce fut, mais hélas ! quel retour ! Que su la la sainte volonté de Dieu soit faite. Il ne doit arriver aba- que ce qui lui plaît; autre chose ne vaudrait pas nos arent peines.

e, ce J'apprends en ce moment le massacre de trois des )laise Mazizis et d’une de leurs femmes par ordre de Lobengula. Cette exécution sommaire s’est faite hier. Le ants. roi n’oubliera jamais la violence faite par un Mazizi à bine une des reines matabélés. :k es de Je me recommande aux bons et pieux souvenirs du # arge R. P. Baesten, du P. $., je dirais volontiers de toute 4 x) et la chère Province Belgique dont les travaux et les ë aires succès me comblent de joie. d e en Votre tout dévoué, ; phant Ci. CROONENBERGHS, S. J. É ante : 4 Cette lettre et les deux récits qu’on vient de lire don- : eule- neront assez bien la note des conférences et des ser- ! cents mons qui me sont demandés. Le but reste le même : 1 a, un promouvoir la charité des fidèles, et stimuler leur [dl él .-& |

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auxquels je m'adresse, s’attendent à être édifiés sur les travaux des missionnaires et sur les progrès des œuvres dont je viens plaider la cause, il est naturel que je choisisse le thème ordinaire de mes discours dans les documents nombreux que m'’offrent les rapports de mes confrères d'Afrique et mes propres souvenirs.

La nationalité des diversauditoires que je rencontre, l’âge et la condition me forcent à modifier le ton, la forme et le choix des matières selon les circonstances. Tous les idiomes de l’Europe se parlant dans l’Amérique du Nord, j'ai besoin du don des langues pendant un certain temps.

Je prie Dieu qu’il me l’accorde dans la mesure de mes besoins. Il y va du succès de l’entreprise qui n’est autre que le soutien de la grande œuvre des missions, la propagation de notre sainte foi.

21 août. — Montréal sur le fleuve Saint-Laurent, porte bien son nom.

C’est jusqu’au havre de Montréal que les plus grands vapeurs, les vaisseaux du plus fort tonnage, et de vingt à vingt-trois pieds de tirant d’eau, peuvent monter à pleines voiles et échanger les produits du vieux monde contre les richesses du nouveau.

Montréal est la ville des églises, des tours, des minarets, des coupoles et des dômes. Montréal, bâtie sur l’île de ce beau nom, est la reine du commerce de l'Amérique anglaise, Cette île a onze lieues de long

et trois de large. Le beau fleuve qui la baigne et l’embrasse, est large d’un mille de chaque côté, et des ilots pittoresques ajoutent à sa splendeur. Sainte- Hélène est un de ces ilots et la niniature de la prison du grand captif.

Jusque dans ces dernières années, les Sulpiciens restèrent les seigneurs de l’île de Montréal. Cédée à la Compagnie de Saint-Sulpice au temps de l’occupation française (1662), cette île se peupla autour du séminaire, lequel continua longtemps à prélever « la dîime par capitation » d’une piastre par communiant. C’est avec ce revenu croissant que plusieurs églises et divers monuments de cette superbe ville ont été bâtis. Ce droit de taxe n’a pas été révoqué mais depuis des années les messieurs de Saint-Sulpice ne le revendiquent plus guère.

Il n’y eut longtemps qu’une ou deux cures dans la ville. 11 y a maintenant vingt-et-une paroisses et plusieurs autres églises.

Au centre de cette grande île de Montréal s'élèvent à cinq ou six cents pieds, et se dressent majestueusement dans les airs les flancs boisés du Mont-Royal.

Quelle fraîcheur dans ces bois, quelle délicieuse ascension ! Ce sont les bois de la Cambre montant en spirale !

Sur la douce pente s’étend un paradis aérien ; c’est Ville-Marie, ou Villa-Maria (1).

(1) Actuellement les sœurs de Notre-Dame du Canada sont au

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Dans ce splendide monastère, au temps des grandes retraites, quatre cents Sœurs de Notre-Dame chantent les louanges de la reine des cieux. Cette « villa » d’édifices romans dresse ses minarets, ses tours élancées jusqu'aux nues.

C’est le plus splendide couvent moderne que j’aie jamais vu. Un pensionnat y est attaché, dans lequel 280 jeunes filles reçoivent une éducation supérieure.

Je ne me rappelle pas d’abbaye dont la vue d'ensemble m’ait autant frappé.

En montant plus haut, on entre dans une forêt majestueuse où les hêtres, les bouleaux, les érables, les mélèzes, les ormes, ies chênes et les saules pleureurs varient le paysage à l'infini. Là, tout est solennel, sévère, imposant de grandeur!

On est dans la forêt vierge; là se trouve la demeure des morts, donnan: à travers des éclaircies, un horizon lointain sur l’immensité des solitudes, comme pour appeler nos espérances vers les rivages éternels. C’est le cimetière de Montréal, le Campo Santo, qu'on traverse comme pour monter dans un ciel, la cime du mont, le Mont Royal!

Quel spectacle s'offre ici à l’œil émerveillé ! Le

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