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des républiques alliées, plutôt que des colonies dépendantes de l'Angleterre.
Nul ne pourrait dire quelle cornpiication internationale en Europe ou en Amérique, quel incident colonial quelconque peut, d’un jour à l’autre, déterminer ou forcer les gouvernements locaux à rompre les derniers liens d’allégeance envers la dynastie, à séparer leurs intérêts de ceux de la Grande-Bretagne, et à courir les chances de leur propre fortune.
Dans le Royaume-Uni cette possibilité n’est plus un mystère, au Cap et en Australie elle est regardée comme une solution naturelle qui s’imposera dans un temps donné. L’Angleterre s’y prépare en s’assurant un nouveau cercle d'activité dans l'Afrique centrale ; les colonies sont prêtes à en subir l’éventualité.
Bien que dans le Dominion aucune idée générale ne semble encore avoir pris corps à cet égard, on peut cependant reconnaître certains indices d’aspirations séparatistes (1). D'une part l’antagonisme entre la race française et la race anglo-saxonne subsiste et s’accentue. D’autre part, on ne peut méconnaître l'existence d’une fraction libérale avancée, qui caresse l'espoir d’une réunion aux Etats-Unis.
(1) Aux récentes élections de Toronto, Mac Donald, le candidat du parti de l'Annexion, n'a obtenu que 166 voix sur 9,000 votants.
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Pour le moment, ‘°s différents partis se bornent à préconiser wne réciprocité commerciale, large, mais limilée avec l'Amérique. Tous ils repoussent l'abolition complète des droits douaniers proposée au Dominion par les Etats-Unis.
Ce premier pas, il est vrai, est un pas en avant vers l’union pan-américaine.
Toutefois, hâtons-nous de le dire, le temps où l'influence américaine se sera affirmée dans le Dominion au point de supplanter la prépondérance britannique, ne s'annonce pas encore comme prochain.
Il y a une force réelle de résistance dans l’élément canadien. Tout en revendiquant le respect de sa langue, de sa religion et de ses us et coutumes, tout en proclamant ies droits de sa nationalité, le Canada français reste loyalemeni fidèle à l'Angletcrre ; et, d'autre part, aux Canadiens se rallie toute la partie conservatrice de la race anglo-saxonne.
Le grand parti des conservateurs un's des deux races, est parfaitement édifié sur le fau que, le Dominion, avec ses ressources à peine entrevues, avec sa population inférieure, avec ses territoires immenses et non exploités, avec ses principes monarchiques et ses cultes établis, n’est pas en mesure d'entrer à partie égale dais le mouvement social, religieux, politique et commercial de l’Amérique républicaine.
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Il n’y a donc dans le Dominion actuel ni aspiration séparatiste sérieuse, ni tendance américaine généralisée.
On peut assurer également qu'aux Etats-Unis, ni l'opinion publique, ni le pouvoir ne songent à étendre les frontières américaines au nord des limites actuelles.
Mais si, vis-à-vis de l'Angleterre et de l’Amérique, le s{atu quo s'impose au Dominion, si même cet état de choses semble lui être garanti tant que la Grande-Bretagne tiendra l’empire des mers, on peut se demander quelle sera la situation respective des trois races, ou plutôt, des trois influences qui s’exercent dans l'Amérique anglaise.
Remarquons d’abord que le mouvement de la population suit dans l'Amérique anglaise la même direction qu'aux Etats-Unis. Il y a immigration et il y a émigration, et le flot de l'immigration comme celui de l’émigration se porte de l’est à l’ouest.
Sans cette remarque on ne s’expliquerait point comment le Canada françai, avec l'excès considérable des naissances sur les décès, et avec l’appoint des étrangers, n’accuserait qu’une augmentation annuelle d’à peine deux pour cent sur sa population globale.
Cette remarque s'applique avec plus de raison
encore à ia région anglo-saxonne dont l'Ontario
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est le centre. L’augmentation n’y atteint qu’un pour cent par an.
Ceci posé, il faut s'attendre à voir un développement de densité relative beaucoup plus considérable dans les contrées de l’ouest.
En effet, les régions où se portent l'immigration étrangère et le mouvement d’émigration de l’est, accusent un accroissement de population d’environ neuf pour cent. Il en est ainsi dans le Manitoba, dans le British Columbia et dans l’Assiulboia.
La conclusion s'impose. Un peuple cosmopolite se groupera au nord et à l’ouest des Grands-Lacs. Placé dans des conditions climatériques, agricoles, forestières et commerciales exceptionnellement avantageuses, le Far-West canadien deviendra, avec le temps, l’émule de rIlinois ou de l’Ohio; Winnipeg, dans cinquante ans, sera peut-être un autre Chicago.
Des régions de l’ouest, les produits naturels trouveront leurs débouchés à travers la région anglo-saxonne de l'Ontario. L'industrie s’établira là, ainsi que le grand commerce et la haute finance. Les villes de Toronto et de Kingston, situées sur le lac, verront croître leur prospérité. La cité de Montréal même, placée au confluent de l’Ottawa et du Saint-Laurent, en même temps qu’à la jonction du chemin de fer transcontinental canadien
avec les lignes de l'Atlantique, peut se promettre une ère de grandeur et de fortune qui la rendra la rivale des grandes cités de l'Amérique.
Un peu à l'écart de l’activité moderne, le vieux Canada continuera son développement normal et régulier, sa vie classique et pastorale. Il ira développant chaque année sa population, un peu plus que l’émigration ne la diminuera; il gardera la langue, les mœurs et la foi que ses enfants iront semer au loin, dans le Far-West et jusque dans les profondeurs des Etats-Unis. Proportionnellement parlant, l’élément cosmopolite et l'élément anglosaxon se développeront plus rapidement que le Canada ; mais, longtemps encore, l'influence canadienne restera prépondérante dans les conseils de la nation, et avec elle continueront à triompher, Dieu aidant, l'esprit de foi et le respect de la loi, de la moralité publique, de la propriété et de la liberté de tous, ces principes tutélaires des nations, qui ont assuré au Dominion, comme autrefois à la colonie française, un siècle de paix et de vrai bonbeur.
Un jour viendra sans doute où les éléments multiples, les nationalités diverses qui se coudoient dans le Nouveau Monde, auront fini par former des groupes, des nations nouvelles. L'histoire de l'avenir ne peut être que l’histoire du passé.
Le Canada sera pour lors un peuple uni dans le
respect des lois et de la liberté; il sera ce que ses fondateurs avaient rêvé, la Nouvelle France, la terre classique des souvenirs et des beaux-arts, la nation fidèle à Dieu, et la File-Cadette de l'Eglise. Qu'il en soit ainsi, tel est le vœu qu’en là quittant je forme pour la terre hospitalière du Canada.
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