‹ Le Canada [microforme]Chapitre 8 sur 40 · PERLES · texte numérisé non relu

PERLES

une glace, chaleur croissante. Scindés par la proue tranchante du navire, les bancs de poissons ailés s’élancent de l’eau à droite et à gauche, et filent comme des hirondelles en rasant la mer. Par moments des escadrons “e marsouins leur font la chasse, et bondissant, plongeant et reparaissant, les poursuivent comme au galop. Le matin des bouffées de vapeur partent de l’eau à l’horizon. On dirait la fumée d’autant de mousquets. Ce sont les baleines qui respirent à la surface.

Un de ces monstres, qui dort sur l’eau, nous laisse venir jusqu’à cent mètres de lui, et ne s'éveille qu'au contact des vagues du sillage. Quel émoi sur le navire! Il plonge comme un roc en formant un abime.

Les requins nous tienne nt aussi compagnie. Volontiers nous leur ferions don d’un crochet de boucher chargé d’un kilo de lard ; mais la course du navire est trop rapide pour une pêche.

22 mars. — C'est dimanche. À 7 heures la parade, Le capitaine et son état-major passent l’équipage en revue. Quelle tenue, quel air martial, quelle propreté! Immédiatement après, le tintement de la cloche du bord annonce le service religieux! À défaut de ministre, le capitaine lit la Bible dans le grand salon et préside aux chants religieux. Les catholiques se réunissent au « salon des

dames » où le commandant a détaché les matelots et les marins catholiques qui ne sont pas de service. Le Rev. Mr Fanning célèbre la première messe tandis que j'entends les confessions des fidèles. À la messe de l’abbé Allen, 8 matelots irlandais s’approchent de la sainte table. Je dis la troisième messe tout seul, pendant que les passagers se rendent au breakfeast réglementaire.

Un dimanche, à bord d’un navire anglais, est d'un calme saisissant. Les jeux de hasard sont défendus. On voit les protestants lire la Bible, et les catholiques prier partout. L'après-midi on se livre à des jeux d'adresse; le soir, les passagers organisent d'ordinaire un concert au salon, parfois un bal sur le pont. Le capitaine allume la morality lantern.

Les soirées dans les mers austraies, sont empreintes d’un charme qui va à l’âme. Une brise légère ramène la fraîcheur après la toufleur du jour; le doux roulis du vaisseau ressemble à un bercement; dans les mâts et dans les cordages vont et viennent les brillantes constellations du sud qui scintillent sur un fond d’indigo, et le navire poursuit sa route silencieuse en traçant sur les flancs et derrière lui, deux berges phosphorescentes et comme une chaussée lumineuse.

C’est l’heure des méditations, c’est l’heure des graves conversations. Que d’hommes deviennent

meilleurs dans ces heures ’énies ! que de conversions s’y préparent! Je m’en rappelle plus d’une.

23 mars. — Nous anprochons de la prison du grand captif, nous sommes en vue de Sainte- Hélène. C’est la quatrième fois que j'aborde au sombre rocher de basalte, et mon émotion est plus profonde que les autres fois. La couronne de nuages qui enveloppe les sommets émerge lentement à l'horizon : nous sommes à 70 milles de l’île. Je vais m’asseoir à l’éperon du navire avec quelques amis, On braque les jumelles, et on évoque... Bonaparte... « le héros expiré » dont « l’ombre encore inquiète » semble hanter ces mers.

A mesure que le nuage se détache de l'horizon et que grandissent les montagnes qu’il recouvre, tous les regards se fixent davantage et cherchent à distinguer un point blanc. Le voilà, sur la longue pente du sud!... c’est Longwood !.. et

Sur un écueil battu par la vague plaintive, Le nautonier de loin voit blanchir sur la rive Un tombeau près du bord par les flots déposé;

Ici gîit... Point de nom! demandez à la terre!

Ÿe nom ? il est inscrit en sanglant caractère,

Des bords du Tanaïs au sommet du Cédar,

Sur le bronze et le marbre, et sur le sein des braves,

Et jusque dans le cœur de ces troupeaux d'esclaves Qu'il foulait tremblants sous son char.

ENT NES PNA: LA PTT AU

MP OA SE OR re D UP OU CO PP AT TERRA TN EI AL EE

Jamais ’aucun mortel le pied qu’un soufile efface N'imprima sur la terre une plus forte trace ; Et ce pied s’est arrêté là !….

Il est là!.. à quelques centaines de pas de Longwood, sous le feuillage des cyprès et des saules, dans le ravin qu’il aimait, près de la source à laquelle il étancha sa dernière soif.

Il est là !.. sous trois pas un enfant le mesure!

Son ombre ne rend pas même un léger murmure.

Le pied d’un ennemi foule en paix son cercueil.

Sur ce front foudroyant le moucheron bourdonne,

Et son ombre n’entend que le bruit monotone D'une vague contre un écueil.

Napoléon mourut le 5 mai 1821, dans la maison de Longwood. Cette maison, une ancienne ferme, avait été aménagée avec simplicité et décence. A gauche on voit une véranda où l’empereur passait les heures du soir. Elle est contiguë à une chambre qui lui servait d'étude et de biblic‘*èque. Au milieu se voit la salle à manger. C’est 1à que Napoléon mourut. Son portrait a été placé entre les deux fenêtres à l'endroit où il exhala le dernier soupir. L’aile en saillie était la chambre à coucher de l’empereur. Montholon et les personnes de la maison impériale logeaient dans is combles. Le corps de bâtiments de droite était occupé par lord Hudson.

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Le Grantully-Castle mouilla devant la ville, située dans la seule crique abordable de l’île. Contre le roc abrupt qui en fait le coin de gauche, il y a une pierre rouge et unie, de trois mètres de long, qui est l’unique débarcadère du sombre rocher.

+ EE É F ‘ à 55 à Min he,

Longwood.

C’est là qu’en 1815 la chaloupe du Bellérophon avait déposé le conquérant, au soir de sa grandeur. Nous foulâmes avec respect cette pierre qui avait reçu l'empreinte « du pied qui fit trembler la terre ».

L'île de Sainte-Hé‘ène est située à 19° de latitude S. et 1°31’ de longitude O.

L'intérieur en est aussi fertile que les bords en sont sauvages. Le figuier, le bananier, le palmier

y abondent à côté de tous les arbres fruitiers de l'Europe. Le versant septentrional est brûlé par les chaleurs torrides qui viennent de l’équateur. Les hauteurs de Longwoo1 et les pentes du sud ont un climat tempéré, d’une agréable douceur. Le thermomètre centigrade y marque 24°.

Deux jours plus tard nous touchâmes à l’île de l’Ascension, par 8° de latitude sud et 17° de longitude ouest. Cette île n’est qu’un amas brûlé de 28 volcans éteints, sur les flancs desquels s’ouvrent autant de cratères béants.

Le pic qui les domine tous à une hauteur de 3,000 pieds, et qu’enveloppent les nuages de la mer, est seul couvert de verdure, et présente une végétation luxuriante ct d'autant plus agréable à voir que le reste de l’île volcanique est plus désolé. J'y étais monté en 1879 et j'avais été littéralement trempé, saturé par les vapeurs palpables de l’éternel nuage. Deux choses intéressent surtout le voyageur dans cette halte sur l'océan. La première est la vallée des wide-awakes, grands oiseaux particuliers à ces parages, et qui ont presque la taille et le plumage des cigognes. Ils sont d’une voracité telle qu’ils plongent du haut des airs sur les appâts que nous lançons par-dessus le bord pour la pêche.

Nous en prîmes trois à l’hameçon en leur tendant l’appât avec ia main. Mis en cage, ils dévo-

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rèrent immédiatement les poissons que nous leur jetèmes.

Ils pêchent en troupes innombrables à cent lieues alentour et font leur ponte dans deux ou trois vallées de l’île. Ces vallées de cinq à six cents mètres de longueur sont littéralement couvertes de

L'ile de l’Ascension.

nids, en sorte qu’on a peine à ne pas écraser les œufs etles jeunes en marchant. Nous fimes une ample récolte d'œufs que nous emportâmes au navire, mais ce ne fut pas sans avoir à essuyer les assauts des wide-awakes au bec crochu.

L’autre curiosité de l’île c’est le réservoir aux tortues de mer. Dans les bas-fonds les pêcheurs les arrêtent au lacet, les lLissent dans leurs barques ou les traînent au rivage pour les déposer dans le

réservoir, d'où on les expédie vivantes en An- | :| gleterre. Couchées sur le dos à l’arrière-pont, | ces amphibies de quatre à cinq pieds de long vivent sans nourriture jusqu’en Europe. Chaque steamer en destination de la mère-patrie en emporte une en don gracieux pour Sa Majesté la reine d'Angleterre. Les œufs de tortues sont abondants à l’Ascension. On en use pour la seule rareté. La partie solide de la tortue se mange sous forme de « steaks » comme du veau; les parties visqueuses sont servies en étuvée d’où nous vient « la tête de veau à la tortue » ; les parties blanches, cartilagineuses et intestinales, sont préparées sous forme de consommé. De quelque manière qu’on la prépare, la tortne vaut ce que vaut la sauce.

L'île de l’Ascension fut occupée en 1815 par les Anglais pour observer de là le « dangereux 5 Prisonnier » de l’Europe coalisée et parer à toute tentative d’un second retour de l’île d’Elbe. | Actuellement l’Ascension est, comme False-bay à la pointe de l'Afrique, un arsenal de la marine mili-

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