‹ Le Canada [microforme]Chapitre 71 sur 116 · LE A · texte numérisé non relu

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emprunter en banque les sommes considérables avan. cées durant la période d'activité des « chantiers »: il lui faut donc liquider sa situation immédiatement après le flottage et, au besoin, les opérations dans les scieries. C’est ici qu'intervient l’exportateur, lequel dispose de ressources plus considérables et d’appuis financiers dans le Royaume-Uni. Il prend livraison de toute la coupe qui, le plus souvent, n'a été faite qu’en vertu de contrats préalables entre les parties. Ces contrats, le négociant en a mesuré l'importance suivant les apparences du marché anglais et les ordres à terme qu'il a pu y recueillir; son commerce ne laisse donc pas d’avoir un caractère de spéculation qu’accroissent encore les incertitudes entourant, le taux des frets maritimes.

La Grande-Bretagne, seule parmi les pays d'Europe, est aujourd’hui intéressée dans le commerce des bois au Canada. Nous constations plus haut qu’autrefois la métropole délaissait elle-même au profit de la Scandinavie les richesses forestières de ses possessions d'Amérique. Pour la décider à faire acte d'initiative en ce qui les concerne, il a fallu le blocus continental. Cependant, les relations créées sous l'influence de celui-ci ont continué après son retrait. Ce fait donnerait à croire que. dans le commerce des bois, la libre concurrence du nord de l’Europe n’est point fatale au nord de l’Amérique. L'Angleterre n’a pas coutume d’être dans une situation désavantageuse en matière de transports maritimes. Les frets de la Baltique ne seraient pas plus élevés sur Londres qu’à destination d'Anvers ou du Havre. Prétendrait-on dès lors que si la Scandinavie

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pouvait réellement fournir des qualités similaires à meilleur compte que le Canada, ce dernier conserverait une part importante de la clientèle anglaise”?

Faudrait-il plutôt conclure que les bois du Canada sont à la fois plus chers et de meilleure qualité? Ce serait admissible dans le cas du pin; to"itefois, il y a les épinettes, blanche et rouge, se répartissant d’ailleurs sous quatre numéros de classement. Reste à savoir si le Royaume-Uni aurait réellement le monopole de l'emploi des bons buis.

N'en croyons rien. Fa Belgique, comme la France, sont des marchés à conquérir pour les bois canadiens. Les difficultés qui seraient à écarter au préalable nous apparaissent clairement, savoir :

1° L'organisation du commerce des bois au Canada ne comprend que des rouages dont le pouvoir moteur se trouve en Angleterre ;

?" Les unités de mesure, les modes de mesurage et la manière de débiter les bois, au Canada, se concilient mal avec les usages du commerce, de la construction, de l'industrie dans les pays de l’Europe continentale;

3 [Il y a défaut d’entente en ce qui concerne le lieu et les conditions de livraison.

Pour faire disparaître ces obstacles, il n’y aurait que deux partis à prendre. Le plus radical serait de se substituer à l’exportateur en créant sur place un comptoir d'achat. Celui-ci entrerait directement en rapport avec l'exploitant, en lui prescrivant des coupes avantageuses pour la vente sur nos marchés. Il pourrait être nécessaire aussi de faire apporter au matériel des scieries de légères modifications permettant d'y débiter le

bois selon le système métrique. La livraison opérée dès lors sur place n'entrainerait plus aucune complication.

La seconde combinaison serait plutôt à recommander si elle est en effet réalisable dans des conditions qui satisfassent aux exigences de la situation. Il s'agirait de profiter de l'initiative dont feraient preuve certains négociants anglo-canadiens qui, exceptionnellement, se sont attachés à conclure des opérations en Belgique et en France. Qu’un groupe se forme dans ces pays afin de répondre pratiquement à de telles ouvertures : il lui faut d’abord faire examiner les bois canadiens sur pied; constater si, débités au gré des acheteurs dans l’Europe continentale, ces bois peuvent, en principe, y rivaliser avec les bois du Nord; agir suivant les conclusions de cette enquête qui, à l’égard de certaines essences, ne inanqueraient pas d’être affirmatives; dès lors, faire contrat en temps utile et pour les frets et pour les bois, les quantités étant suffisantes pour occuper spécialement un « chantier » et une scierie. Un agent réceptionnaire particulier pourrait contrôler le classement des bois par qualités n° 1, 2, 3 et 4, sous la surveillance d’un inspecteur officiel, le « supervisor of cullers », dont les décisions, sans appel au Canada et spontanément acceptées en Angleterre, devraient être accueillies au même titre chez nous.

Faire marché pour des hois encore sur pied, c’est spéculer sur leur valeur marchande au moment où ils pourront être livrés, les cours étant sujets, dans l’'intervalle, à de grandes fluctuations. Mais, en traitant avec l’exportateur canadien, nos campatriotes pour-

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raient tenir compte du fait qu’il ne se laisse pas rebuter par ce côté aléatoire de l'opération.

La plupart des entreprises industrielles sont d'’ailleurs entourées des mêmes incertitudes, surtout dans l'hypothèse où la fabrication se poursuit en l’absence de commandes, pour la formation d’un stock.

En terminant, nous ferons remarquer qu’à l’époque où le chène, provenant du Canada et des États américains de l'Ouest, s’expédiait en quantités considérables par la voie du Saint-Laurent, la Belgique comptait parmi les pays auxquels était destinée cette exportation. Nous recevions, en même temps, des lots de pin blanc et jaune, ajoutés peut-être à titre de complément de cargaison. Ce bois, qu’utilisaient les chantiers de construction maritime, coûtait alors moins cher qu’aujourd’hui, les centres forestiers d'exploitation étant plus rapprochés des ports d'embarquement.

Exportation des bois canadiens en 1892-93.

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