‹ Le Canada [microforme]Chapitre 70 sur 116 · FRE · texte numérisé non relu

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former par exemple aux exigences nouvelles d'un marché continental d'Europe, il faudrait donc sy prendre une saison à l'avance et faire des coupes spé. ciales.

Le voyageur désireux de visiter un «Chantier » doit faire cette intéressante expédition au cœur de l'hiver, alors que les chemins ont été battus. Son costume: dessous de flanelle, veston et gilet quelconques, culottes larges boutonnées sur la jambe, bas de laine tirés sur une paire de cl'aussettes de la mème matière; mocassins en peau d’orignal ou de carribou, bottes mocassin dites bottes sauvages en cuir de bœuf, ou bottes en caoutchouc fourrées ; pelisse ou « capot » au poil tourné en dehors, une ceinture bien sanglée, bonnet de fourrure dit « casque » recouvrant au besoin une partie des oreilles.

On s'installe de préférence dans un traineau bas ou « carriole » attelé d’un cheval léger et rapide; deux couvertures, soit une peau de buffalo enroulée autour du corps, plus une pelleterie d’ours ou de bœuf musqué disposée en tablier et assujettie au véhicule par des courroies.

Parti dans ces conditions, sans oublier des gants chauds, l'on est — suivant une expression du terroir — très bien gréé. Nulle crainte du froid qui fait crier la neige sous les patins de la « voiture ».

Au « chantier » se trouvent la demeure des bücherons, une écurie avec fenil pour les chevaux, des magasins, constructions massives en troncs d'arbres ou « log-houses » de grandes dimensions. Au centre de l'habitation, une longue table flanquée de bancs, k

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tout faconné à coups de hache. Contre chaque paroi latérale, un rang de deux couchettes superposées sont aménagées dans des conditions dont la rusticité est loin d’exclure un certain confort, grâce surtout à une épaisse couche des branchelettes aromatisées du sapin, Celle-ci est avec une couverture toute la literie

- du bûcheron, qui, dormant paisiblement dans une

atmosphère surchauffée par d'immenses poêles, semble emmagasiner du calorique pour le restant de ses jours.

Notre voyageur n'aura point souffert du froid en traversant la forêt, où le vent est coupé par le feuillage épais des arbres conifères. Il arrive devant le chantier, la barbe emprisonnée dans un glaçon. Il « débarque », fait soigner le cheval, se débarrasse des « frimas » en plongeant la figure dans l’eau. Puis il prend place à la table hospitalière du « chantier ».' L'’ordinaire n’y est pas à dédaigner ; souvent, des viandes de boucherie ou venaison qui, tout naturellement, se conservent durant l'hiver; toujours du porc salé, aussi gras que possible, éluvé avec des fèves : c’est le « porc and beans » cher aux Américains ; des soupes aux pois, du pain excellent, du beurre, du sucre, du sirop d'érable, le tout à discrétion. N'oublions pas, d’ailleurs, d'adresser aux maitres-coq de chantier les éloges que notre reconnaissance doit à leurs talents incontestables dans un genre assez particulier de cuisine. En somme, la pen- Sion de ses employés, dont le breuvage usuel est le thé, ne laisse pas de constituer une dépense considérable pour je patron.

Au contact d’une nature âpre, dans la solitude

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immense des forêts septentrionales, les liens de soli. darité semblent se resserrer entre tous ces hommes, peinant et hivernant ensemble. Autour du foyer, le soir, dans la fumée épaisse des pipes, les conversations animées ne sont interrompues que pour chanter des airs de la vieille France, racler un violon ou écouter un conteur inspiré des « sauvages ».

La phase la plus dure de cette existence se présente au printemps, à l’occasion du flottage des bois faits durant la saison. Réveillée par les ardeurs d’un soleil clair, la nature semble violenter son enveloppe de glace, qui se déchire comme sous l'effort de forces mystérieuses. L'air se remplit des rumeurs de la débâck, tandis que des torrents de neige fondue se précipitent des hauteurs, envahissent la plaine submergée, s’engouffrent dans les ravins. Sur les cours d’eau coulant à pleins hords, les troncs d'arbres, abandonnés à l’impétuosité des courants, sont balayés en tournoyant parmi les banquises amoncelées. Bientôt, dans la gorge resserrée de quelque rapide, se forment des barrages, des digues contre lesquelles s'élèvent les vagues écumeuses. Alors, armé d’une longue gaffe, le Canadien s'élance; il court sur les bois flottants, saute de l'un à l’autre, atteint la clef de l'obstacle, y fait une ouverture qui s'agrandit brusquement sous la poussée énorme des flots. Parfois, l’intrépide travailleur n’a pas le temps de se mettre en lieu sûr; en dépit de son expérience, de son agilité, il est entrainé dans la tourmente, debout sur une épave d’où la moindre défaillance peut le précipiter.

Le métier consistant à diriger les troncs d'arbres

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dans leur voyage mouvementé jusqu'aux rivières navigbles est donc à ranger parmi les plus dangereux.

Quand il s’agit de franchir une cataracte, où les bois æraient déchirés, sinon fracassés sur les rocs, on les fait glisser sur un plan incliné, vaste charpente avec revètement en madriers dit « timber-slide », que le gouvernement construit partout où la nécessité en est démontrée.

Afin de soustraire les bois à l'action d'un courant qui les écarterait de leur destination, l’usage est d’établir des « booms » ou barrages flottants composés de grosses poutres euchaînées les unes aux autres, Là circulent, comme des sentinelles, les bûcherons armés de longues piques pour repousser l'assaut des troncs d'arbres, les remettre dans la bonne voie. La situation peut être telle que la rupture d’un « boom » entraine des pertes considérables pour l'exploitant. Aussi ses inquiétudes sont-elles vives pendant tout le temps que durent les plus grandes crues.

Les arbres, en rangs pressés, parqués parmi les «booms », reposent enfin dans l’eau calme de quelqué port de refuge -— une anse protectrice à côté des scieries. Sur les rivières donnant accès à des « limites » différentes, la distinction entre les bois provenant de l'une et de l’autre est rendue possible par l'existence de marques connues, incisées sur chaque tronc. Après les triages s'opère sous le contrôle d’un inspecteur officiel dit « supéervisor of cullers », un classement par qualités; dans le cas des bois ronds, il se fait Apres que ceux-ci ont été débités.

L'exploitant, qui est rarement capitaliste, a dû

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