‹ Le Canada [microforme]Chapitre 78 sur 116 · DUC · texte numérisé non relu

DUC

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I. — Considérations générales. — Le Canada fait appel aux cultivateur européens. — Avis aux personnes exerçant une profession libérale, aux employés, artisans et autres.

L'émigration, quand elle n’est pas à envisager sous le rapport »ersonnel ou philanthropique, ne laisse pas d'intéresser à un point de vue politique. Aussi bien faut-il considérer qu’une détestable étroitesse de vues caractérise les peuples dont les visées sont concentrées sur leur seul territoire.

Le droit à l’émigration, souvent méconnu, est légitime et respectable; un homme sain de corps et d'esprit doit pouvoir changer de milieu, quand i acquiert l’assurance de trouver ainsi une meilleure application de ses aptitudes et un travail plus fructueux pour lui-même et pour autrui.

Mais d’autres cas se présentent. Tel individu es animé du vague désir d'améliorer son sort par le fai d'un simple dép'acement; il va demander les nécessités et les luxes de l’existence à une communauté nouvelle, sans être sûr de lui apporter en échange un concours utile; celui-là n’est pas un émigrant, mais un aventurier. Si la patrie qu’il abandonne n’est pas tentée

de le retenir, celle qu’il recherche peut justement

manifester quelque répugnance à le recevoir.

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Aventurier encore, mais digne de protection, le pauvre hère qui, peu favorisé dans la lutte pour l’existence au pays natal, prête l'oreille aux conseils perfides d'agents intéressés, se laisse bercer d'illusions, rassemble son restant d'énergie et de ressources pour sembarquer vers l'inconnu, source de toutes les déceptions.

Quel doit être dans l'espèce le rôle des pouvoirs publics? Il est naturel que les pays à coloniser fassent

| œuvre de propagande, de sélection, qu'ils surveillent

leurs frontières pour en écarter le parasite. D’un autre côté, la nécessité de se répandre au dehors, s’imposant à une population trop resserrée dans les vieux pays, crée pour les gouvernants des obligations spéciales. Sans aller jusqu’à stimuler l’émigration, ce qui entrainerait pour eux des responsabilités inacceptables, ils peuvent contribuer à orienter son mouvement. En sinclinant devant l'initiative particulière, ils doivent lui faciliter les moyens de s'exercer en pleine connais-

B sance de cause.

Cest la solution qui a prévaln chez nous en principe. Denombreux renseignements, recueillis par l’intermé-

} diaire G2s agents du service extérieur, ont été publiés

où mis à la disposition du public dans les bureaux du ministère et des administrations provinciales. Encore reste-t-il beaucoup à faire, non seulement pour com- Pléter ces renseignements et en développer le caractère Pratique, mais aussi pour les répandre davantage. N'oublions pas que la population où se recrutent les.

Ménigrants est souvent illettrée.

Le fait est que jusqu'à présent, la généralité de

ceux-ci ne paraissent pas avoir connu la vérité en ce qui concerne les contrées à coloniser. Ils ont surtout été éclairés à cet égard par l'effet d’une propagande de source étrangère, parfois destinée plutôt à éblouir,

Occupons-nous davantage du sort de ceux de nos compatriotes qui sont voués à l'exil. Tandis que la densité trop grande de la population est illogique, dangereuse mème à l’intérieur, les Belges avantageusement établis à l’extérieur rendent des services considérables à la patrie. Ils contribuent à la faire connaitre et aimer, à répandre plus ou moins ses usages: ils exercent une heureuse influence sur notre commerce, notre industrie, nos finances, deviennent promoteurs d'entreprises favorables aux manifestations diverses de l’activité nationale.

Pour compléter une pensée déjà formulée, nous sommes heureux de constater qu'aucun des pays à coloniser n’a encouru le reproche de vouloir s'attirer un mouvement d'émigration en abusant de la crédulité du public. Mais celui-ci est particulièrement accessible aux espérances chimériques; des excès de zèle ou de patriotisme sont toujours à craindre de la part des agents chargés des opérations de recrutement; dès lors, l'intervention des autorités locales connaissant bien les aspirations, les besoins et les facultés de leurs administrés, est nécessaire pour dissiper de fatals malentendus.

Abordant enfin l’objet principal de cette étude, exprimons la conviction que le Canada applaudirait tout le premier aux mesures prises pour combattre un optimisme exagéré chez ses futurs colons. Ce n'est pas

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sous l'empire d'un désappointement qu'ils doivent débuter dans un milieu nouveau où, aflirmons-le nettement, les succès sont subordonnés à l'exercice préalable d'une grande somme de travail et d'énergie. Impossible de réussir sans enthousiasme; quand celui-ci est provoqué par de vaines espérances, il s'évanouit nécessairement au contact d’une sobre réalité. À moins d’avoir le caractère très fortement trempé, l’émigrant désabusé succombe au découragement et à la nostalgie. Il contribue alors à discréditer le pays, sans d'ailleurs lui apporter un concours utile.

Le gouvernement fédéral d'Ottawa ne doute pas de la justesse de ces observations. 11 comprend qu'indépendamment de la probité, son véritable intérêt lui commande d’être absolument sincère dans sa propagande d'émigration. Si tel n’eût point été le cas, il y a beaux jours que nous eussions mis en garde nos compatriotes contre les publications de source officielle, faites à ce propos et répandues avec une certaine profusion en Europe. La matière étant d’ailleurs des plus délicates, nous avons été heureux de n'avoir à prendre aucune initiative en ce qui la concerne avant d’avoir fait dans le pays un long séjour, facilitant une étude consciencieuse de la question et l’observation attentive d’expériences se poursuivant pour ainsi dire sous nos yeux.

Constatons tout d’abord que le Canada fait surtout appel à une catégorie bien déterminée d’émigrants, à recruter parmi les cultivateurs : fermiers, maraichers et ouvriers agricoles Ceux-là ne doivent pas avoir en vue (le faire une fortune rapide. Existe-t-il un pays

pouvant leur offrir une telle perspective ? Le but auquel le colon canadien peut prétendre est d'acquérir une terre, de la mettre en valeur, de voir cette valeur s’accroitre insensiblement, de faire provision pour les années de vieillesse, de vivre avec simplicité, tout en éprouvant la satisfaction d'ètre à même de réaliser de petites économies et d'assurer l'avenir de la famille. Encore le succès, dans les limites ainsi prévues, doit-U dépendre des qualités personnelles des inté. ressés, des conditions de leur premier établissement et des circonstances aléatoires qui sont inséparables de toute entreprise humaine.

Quant aux émigrants se déstinant à une profession ou à un métier, leur cas ne rentre pas dans le cadre de ce livre.

Cependant, nous croyons devoir envisager sommairement l'avenir qui les attendrait au Canada, notre silence à cet égard pouvant donner lieu à des interprétations erronées.

En général, toutes les carrières dites libérales sont aussi encombrées au Canada qu’en Belgique. Nous déconseillons donc à nos compatriotes architectes, avocats, ingénieurs, médecins, pharmaciens, d'aller chercher fortune dans la Fédération, surtout s'ils ne disposent pas de ressources suffisantes pour leur permettre d'attendre longter1ps un emploi ou une clientèle. Nous aurons, d’ailleurs, à démontrer que la pratique de la plupart des professions n’est pas libre, mais bien entourée de restrictions souvent variables d’une province à une autre. Ajoutons qu’à Québec, comme dans les autres parties de la Fédération, le succès

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ne serait possible que moyennant de bien savoir l'anglais.

Barreau. Les lois applicables aux droits civils et de propriété au (Canada dépendent des législatures locales et reposent sur le droit anglais, excepté dans la province de Québec, où elles sont basées sur les anciennes ordornances royales, la coutume de Paris et le code civil. Même pour Québec, le droit criminel anglais, amendé et amplifié par le Parlement fédéral, est en vigueur.

Dans chaque province se trouve un conseil de discipline, dont dépend naturellement l’admission des membres du barreau. Cette admission, relativement facile dans le cas des hommes de loi venus de Granûe- Bretagne, serait entourée de grandes difficultés en ce

| qui concerne nos compatriotes. Ils auraien: d'abord à

remplir de longues formalités, indépendamment de

passer des examens portant sur une jégislation et une

procédure très ét'angères à celles de la Belgique. Médecine et chirurgie. — Les élèves sortis des princi-

| pales universités du Canada sont admis à pratiquer la | médecine ou la chirurgie, avec l’assentiment des com- | missions médicales établies dans chaque province. Le | mème privilège pourrait s'étendre aux possesseurs de

diplômes conférés en Angleterre. Les candidats belges

| Où étrangers seraient probablement tenus de se sou- | mettre à l'examen avant d’être autorisés à exercer l’art | de guérir dans la Fédération. La facnité y est si nom- E breuse que pour se distinguer de leurs concurrents, | beaucoup de jeunes gradués fréquentent, avant de

Sétablir, des cours et des hôpitaux en Europe.

LU SANTÉ SAS re

{rt dentaire. — Il n’est soumis à une législation spéciale que dans deux des provinces. En Ontario, la possession d’un certificat de capacité émanant du « Royal College of Surgeons of Ontario » est indispensable pour exercer ia profession. Dans Québec, les diplômés des universités bien connues à l'étranger sont ordinairement admis à pratiquer leur art. Les médecins et chirurgiens obtiennent la même autorisation moyennant de passer un examen sur la prothèse dentaire.

Pharmucie. — Les pharmaciens doivent passer un examen et obtenir une auturisation à délivrer par la ne « Société provinciale des pharmaciens » Les méde- | jee, cins et chirurgiens sont exernptés de l’examen. Dans Et le Manitoba, tous les diplômes d'origine britannique sont reconnus.

Art vélérinaire. — Sa pratique est linitée aux possesseurs de diplômes locaux; mais dans le Manitoba, l’on admet les diplômes provenant de tout pays anglais.

(rénie civil, art des mines, archilecture, arpentage. — La pratique de ces professions est relativement libre, tout en entrainant souvent la nécessité de s’affilier aux sociétés spéciales, constituées pour représenter les intérêts collectifs de leurs membres dans chacune des ! provinces. Comme dans les autres carrières libérales | déjà citées, un étranger aurait peu de chance de réus- | sir, à moins d’avoir un réel talent, d’être bien appuyé

et de se trouver en état d'attendre longtemps l’occasion de travailler lucrativement.

Enseignement. — L'organisation de l’enseignemett dans les provinces canadennes suffit à y assurer le

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recrutement d’un nombre convenable d’instituteurs primaires et moyens. Les facultés des universités se composent d'excellents éléments, choisis parmi des graduëés nationaux Avant de représenter une valeur quelconque dans le pays, tout diplôme étranger devrait ètre entériné sur place par le ministre de l'instruction publique. Même dans ces conditions, un emploi ne pourrait être obtenu que très exceptionnellement par une personne qui ne serait pas de nationalité britannique. Le cas s’est pourtant présenté dans la province

de Québec, où un Belge remplit, depuis de longues

années, les fonctions d’inspecteur de l’enseignement primaire.

Enfin, nous tenons à déclarer nettement que les employés de commerce ne doivent pas songer à émigrer vers le Canada; ils y auraient moins de chances que chez nous de voir accueillir leurs offres de service. Les candidats nationaux, toujours trop nombreux, doivent nécessairement être préférés à des étrangers, ignorants des us et coutumes de l'endroit et dépourvus de relations. Aussi bien faut-il remarquer que dans les villes etcampagnes de la Fedération, les commis de bureau et même de magasin doivent généralement posséder les deux langues, anglais et français, savoir sténographier et manier avec dextérité le clavigraphe.

Les artisans, mineurs, elc., s'exposeraieut aux plus g'aves mécomptes en s’embarquant pour le Canada sans bien connaitre les circonstances entourant leur métier dans la partie de la Fédération qu'ils auraient pour objectif. Nous les engageons d’ailleurs à ne pas perdre de vue que beaucoup d'industries représentées

on Belgique n'existent point là-bas ; que la maind'œuvre y est plutôt abondante et souvent jalousement organisée ; que l'intervention d'ouvriers étrangers peut devenir difficile ou inutile, à raison de l’emploi d'outils et de procédés de fabricationavec lesquelsils ne seraient point familiarisés. En somme, la prudence défend aux gens de métier d’aller tenter fortune au Canada, si ce n’est en exécution d’un engagement préalable, consenti par des personnes dignes de foi. Le cas peut se présenter à l’occasion d’une entreprise nouvelle dans le domaine de la construction, des manufactures ou des mines.

Les gens de maison, munis de bons certificats et connaissant bien leur service, pourront généralement se placer sans trop de peine au Canada, surtout s'ils savent l’anglais. Mais pourquoi, possédant toutes ces qualités, quitteraient-ils la Belgique? Nous doutons que leur situation pécuniaire en soit améliorée.

Quant aux manœuvres, ils se trouveraient au Canada dans les mêmes conditions que chez nous, à moins d'aller dans l’Ouest, d'encourir courageusement des vicissitudes probables, d'acquérir quelques connaissances agricoles en travaillant pour les colons et de s'établir en fin de compte sur une terre du domaine de la Couronne. Bien rares sont les gens de cette classe qui auraient assez d'énergie et d’esprit de suite pour atteindre un fe! résultat,

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J. — Situation respective du Canada et des États-Unis sous le rapport de la colonisation agricole. — Les anciennes provinces de la Fédération. — Terres vierges, leur défrichement, leurs inconvénients, — Fermes disponibles dans les anciens établissements. — Valeur des terres arables et prix des fermages. — Taux des salaires agricoles, — Culture horticole et potagère.

Ilest incontestable que le sort auquel peuvent prétendre les cultivateurs au Canada offre suffisamment d'attraits pour appeler sur ce pays la sérieuse attention des émigrants européens. :

Est-il une contrée aussi peu éloignée, aussi salubre, aussi paisible, où des terres fertiles se donnent pour rien?

Par la possession des mêmes avantages, les États- Unis se sont longtemps attiré la légion des travailleurs fuyant les centres trop peuplés du vieux continent. La moitié septentrionale du Nard-Amérique, soit à raison des craintes mal fondées qu'inspirait son climat, soit pour des motifs moins puérils, restait en dehors du mouvement. Dans les provinces laurentines, la nécessité de conquérir le sol arable sur la forêt rebutait les colons. Les territoires presque inaccessibles de l'Ouest étaient le domaine d’une puissante société, que rien ne poussait à réagir contre les préventions dont ils étaient l'objet.

Mais aujourd’hui, l’Union américaine n'offre plus guère les mêmes nerspectives à l’émigration européenne. Il est à remarquer qu’en prévision d'une insuflisance de terres disponibles, permettant à l’agri- Culture de s’étendre d'une manière proportionnelle à l'accroissement normal de la population, le gouverne-

ment de Washington fait étudier le projet d’un vaste système d'irrigations destiné à rendre fertile un désert jusqu'ici improductif, Le sol, arraché ainsi à sa stérilité naturelle, restera grevé de charges qui en écarteront les coions ordinaires. Ceux-ci doivent renoncer désor. mais à obtenir la concession, plus ou moins gratuite de bons terrains dans le pays. N’en est-il pas à envisager l'avenir rapproché où, faute d'espace, ses récoltes alimentaires ne présenteraient plus d’excédent pour l'exportation?

Tindis qee les États-Unis se peuplaient et affirmaient ieur grandeur, la vaillante ration canadienne a créé l'unité politique de ses provinces, mis fin au monopole de la Compagnie de la baie de Hudson, multiplié les voies de communication entre la prairie médiane et la mer, pratiqué de larges défrichements dans les forêts. Ces œuvres considérables, accomplies à l'intervention des capitaux anglais, mais presque sans autre concours extérieur, ont été couronnées par un redoublement d'activité dans tous les domaines de la production. Tels sont les faits que les citoyens de la jeune Fédération peuvent opposer fièrement aux préjugés de cenx qui prennent encore au sérieux la fameuse boutade de Louis XV : « Ce sont quelques arpents de neige », disait-il, en cédant à Georges II la Nouvelle-France et toutes ses dépendances (traité de Paris, 1763). En vérité, les arpents du Canada donnent de belles moissons à qui sait y semer, ils attendent les laboureurs auxquels les États-Unis ne prêteront plus asile : point de déshérités parmi ceux qui peuvent aller réclamer une part d'un aussi riche patrimoine.

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Mais ce n’est pas tout d’être dans un milieu favorable, de posséder les qualités morales et physiques voulues : pour mener à bien une entreprise agricole, encore faut-il l'avoir choisie avec discernement. Où s’orienter dans la Fédération canadienne? Faut-il séjourner dans les anciennes provinces ou se diriger vers le Manitoba et l'Ouest? Nous pouvons émettre à ce sujet des avis généraux, y joindre des descriptions souvent Gétaillées et citer même des exemples. C’est d’ailleurs notre projet. Mais, en fin de compte, la question ne peut être bien tranchée qu’eu égard à la situation des intéressés eux-mêmes. Que l’émigrant soit d'âge mûr ou dans la première vigueur de la jeunesse ; célibataire ou marié, avec ou sans enfants ; que ses ressources soient plus ou moins considérables; qu’il ait ou non un caractère sociable ; que la solitude lui répugne ou n'ait à ses yeux aucune terreur — toutes ces considérations et bien d'autres d’ordre aussi personnel doivent influer sur le choix de la local té où il s’établira.

Dans les anciennes provinces, les travaux aratoires entrent dans une phase toute de perfectionnements, où ils tendent à se rapprocher de la culture qui se

pratique chez nous. Il y a là une période de transition

durant laquelle le concours de nos campagnards, accoutumés à appliquer les meilleurs principes d’agronomie, . serait précieux. Maïs pour faire valoir leur habileté particulière, nos compatriotes doivent bien se garder le s'attaquer aux terres vierges qui, dans la partie orientale de la contrée, sont toutes plus ou moins en forêts ou taillis. Laissons faire les défrichements par les Canadiens, rompus dépuis de nombreuses géné-

rations aux fatigues et aux privations entourant ces rudes travaux. Aussi bien, avons-nous constaté l’insuc. cès de nombreuses tentatives que des Belges ont faites pour créer des fermes dans ces conditions.

Ceux de nos nationaux qui voudraient s'établir dans les provinces maritimes ou laurentines doivent donc louer ou acquérir, suivant l'état de leur bourse, des terres déjà productives.

Les unes, situées aux confins des régions habitées, ont été défrichées depuis peu par des gens du pays, dont l'objectif est de les vendre après en avoir retiré quelques récoltes, et d'aller recommencer ailleurs la même opération. Après l’abatage et l’ébranchage des arbres, les troncs sains, convenables comme essence et grosseur, se vendent pour la construction, tandis que les autres sont débités sous forme de bois à brüler. Il faut ensuite raser les taillis qui, avec Jes ramures jonchant déjà le sol, se dessèchent sur place On y met alors le feu; en les consumant, celui-ci carbonise aussi les souches, dont l'arrachage ne se pratique ordinairement que beaucoup plus tard, quand elles ont été désagrégées davantage par les intempéries. Nous ferons remarquer, comme conclusion utile de celle courte description, que si les cendres obtenues par ce . mode de défrichement contribuent à fertiliser le sol, l'incendie en dévore profondément l’humus, quand on fait appel à l'élément destructeur après une absence continue de pluie. D’un autre côté, le premier exploitant n’a pas manqué d'épuiser beaucoup la terre, qu'il s’est bien gardé de fumer, tout en lui demandant plusieurs moissons successives de sarragsin, d'avoine,

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d'orge, etc. Les propriétés de ce genre pourraient être graduellement amendées et mises en valeur par des émigrants qui sauraient les soumettre à un mode rationnel de culture. La modicité de leur prix, variant de 100 à 200 francs l’hectare, doit les recommander à ceux qui n'auraient ni les fonds pour acheter une ferme d'ancienne date, ni l'occasion ou le désir d'en occuper un comme locataire. Ajoutons cependant que les terres nouvellement défrichées peuvent présenter des désavantages assez sérieux aux yeux de nos villageois : ètre relativement isolées et se trouver à une longue distance de l’école, de l’église, de lhabitation du médecin, du marché. La situation se complique du fait qu'aux avant-postes de la civilisation, sont nécessairement primitifs.

les chemins Peut-être n'est-il pas putril de signaler aussi que depuis la fonte des neiges de moustiques ou

de « maringouins » et autres terribles moucherons de

E chercher

connus sous les désignations locales de «brûlots » où «sand flies », de « tappe-d'abord », etc.,

mème nature,

persécutent cruellement les personnes habitant le voi-

| sinage des forêts. Il est incontestable que les morsures

cuisantes de ces détestables insectes pourraient exas-

pérer un nouveau venu, trop douillet, au point de lui

hire fuir le pays: les petites causes produisent souvent de grands effets, Hâtons-nous de rappeler que la con- É trée ne laisse rien à désirer sous le rapport de Ja | salubrité et de la sécurité la plus parfaite : il faut y la petite bête, pour en trouver de malfaisanites

Les anciens colons de l'Est canadien se sont natu-

rellement établis dans le voisinage des cours d'en navigables qui fertilisent le sol tout en facilitant les

communications. C'est ainsi qu’en ja vallée du Saint. !

Laurent, les habitants se sont d’abord massés dans l'espace compris entre le fleuve et les montagnes rive. raines. Les fermes ont une contenance d’au moins 90 arpents — erviron 30 hectares — et forment

des rectangles étroits, dont le côté long est dirigé vers ?

l'intérieur.

D'une manière générale, en procédant au partage des terres, on a d’abord créé un « rang » de fermes juxtaposées, confinant à la rivière et suivant tous ses méandres. Puis, au fur et à mesure du peuplement, d’autres « rangs » sont venus s’aligner dans l’intérieur, parallèlement au premier. Des chemins les séparent à intervalles réguliers. Les rangs étant numérotés, il est facile de s'orienter dans les campagnes et de s’y rendre compte de la localisation de chaque ferme.

De nos jours, les colons peuvent se répandre davantage, en suivant la voie ferrée, comme leurs prédéceseurs ont suivi la voie navigable.

Peut-être faut-il attribuer en partie à cette extension du rayon des cultures le fait que, dans certains établis: sements, un assez grand nombre de fermes demeurent vacantes, Mais leur abandon est dû aussi à des causes plus normales. Nous regrettons de devoir conshier par exemple que dans les vieilles municipalités ‘1

paroisses canadiennes, les jeunes gens accusel, à

comme en d’autres pays, la tendance d’affluer vers les villes, afin de s’y livrer à des occupations commerciales et industrielles. Que les grands centres soient de l'un

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ou l'autre côté de la frontière, leur pouvoir d'attraction reste le mème : telle est l’origine d'un certain mouvement d'émigration dont bénéficient surtout les États manufacturiers de la Nouvelle-Angleterre.

D'un autre côté, beaucoup d'agriculteurs ont quitté les provinces laurentines et maritimes pour aller se fixer dans le Manitoba et les territoires. Ces dépla- «ments ne s'expliquent point par le seul fait de la crise qui a pris fin avec la nouvelle prospérité de l’élevage et de la laiterie, ainsi que la transformation des cultures dans la région orientale, Il est à remarquer que les familles y étant ordinairement très nombreuses, des garçons en âge de s’établir doivent souvent abandonner la terre patrimoniale devenue insuffisante. Parmi ceux qui désirent rester fermiers, les uns font choix d’une exploitation dans le voisinage ; d'autres préfèrent en créer une sur le domaine forestier de leur province natale, Mais beaucoup de ces jeunes citoyens sont plutüttentés d'aller chercher fortune dans lesriches plaines de l'Ouest, d’où est venue la concurrence dont ils ont ressenti les eflets. En somme, la désertion d’un assez grand nombre de fermes dans l'Est canadien peut être diversement expliquée. Mais elle n’est point occasionnée par une mauvaise situation économique. Elle

| ne résulte pas davaatage d’une exagération dans la H valeur vénale de la terre ou du taux des fermages.

Quant au premier point, nous croyons avoir suffisamment démontré que l’état de la production et du com-

L merce des denrées agricoles est satisfaisant. Reste le

second point, au sujet duquel nous croyons devoir

| donner quelques éclaircissements, d’ailleurs utiles pour

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entreprise agricole dans les anciennes provinces. :

Valeurs des fermes dans l'Ontario (1893) (.

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