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qui était autrefois le centre agricole du Bds-Canada, à toujours été renommé pouf sa fertilité. La vallée du Saint Maurice, qui s'étend en arrière des Trois Rivières, est couverte des plus belles forêts du monde. Les cantons de l'Est se sont transformés depuis trente ans d’un territoire à peine çà et là défriché, eu une véritable province, riche et puissante. La vallée de l’Ottawa est particulièrement riche en phosphates. Celle du lac Saint-Jean nous prépare, diton, des surprises; elle esi dès maintenant considérée comme offrant à l’agriculture des ressources inépuisables. Dans la Gaspésie le cultivateur se double d’un pêcheur, parfois d’un hardi marin.
Le progrès, néanmoins, est bien autrement rapide dans le Nord-Ouest. Le Manitoba est en train de renouveler les prodiges qui ont tant de fois signalé la carrière des nouveaux Etats américains. Le chemin de fer du Pacifique, qui le traverse et qui s'étend déjà jusqu'aux Montagnes Rocheuses, l’aiguillonne sans relâche et le pousse vers les plus hautes destinées.
Winnipeg, qui n'avait pas un millier d'habitants en 1870, en compte aujourd'hui 30,000. La valeur de la propriété s’y accroît d’une façon extraordinaire. On en jugera par un simple trait. Il y a douze ans, l’archevêque Taché voit arriver à Saint-Bonifacé, qui fait face à Winnipeg, un de ses paroissiens qui lui annonce qu'il lui faut quitter le pays. Les temps sont durs et la fortune n’arrive pas. Ce qui désole le plus le brave homme cependant et lui cause un véritable remords, c’est qu’il n’a pas de quoi payer le banc qu'il avait à l’église. E se trouvera donc avoir volé les messes qu'il a entendues, dévotement du reste. Il n’a à offrir, pour acquitter sa dette et apaiser ses remords, qu’un petit morceau de terrain dans Saint-Boniface, à peine de quoi payer une messe basse. L'archevêque console le pauvre homme, le bénit et accepte le terrain. Dix ans après, le terrain était vendu 430,000 fr. ; les messes étaient payées au centuple.
La construction des chemins de fer a été, particulièrement depuis dix ans, très active sur toute l'étendue de notre territoire. Déjà en 1878, nous occupions, après les Etats-Unis, le deuxième rang parmi les pays qui comptent le plus de voies ferrées en proportion de leur population, soit un mille (1,610 mètres) pour 690 habitants, alors que la France, d’après la statistique que j'ai sous les yeux, comptait 2,860 habitants par mille de chemins de fer. Avec 5,700 milles de lignes en exploitation, le Canada occupait le huitième rang pour la longueur totale, après la France qui n’en avait à cette époque que 12,722 milles. Depuis, la progréssion a été constante. En 1881, nous en avions 4,895 milles de plus en exploitation, soit un total de 7,595 milles, ou 12,224 kilomètres, non compris 2,910 milles, ou 4,683 kilomètres de lignes, achevées maintenant, qui étaiént alors en construction. Une des compagnies canadiennes de chemin de fer, le Grand Tronc, a un réseau de 3,550 milles, ou 5,713 kilomètres. Deux grandes voies ont été construites uniquement à l’aide de capitaux canadiens : l'Intercolonial, qui va d'Halifax»
le port le plus rapproché de l'Europe, à Lévis-Québec ; le chemin de fer du Nord, qui unit Québec à Ottawa, la capitale provinciale à la capitale fédérale, c'est-à-dire les deux gouvernements, après avoir plus d’une fois failli les brouiller.
Mais l'œuvre la plus hardie en même temps que la plus récente, a été l'établissement de la grande ligne du Pacifique canadien qui reliera les deux Océans et mettra le Japon et une partie de l’Asie en communication avec l’Europe, par la voie la plus courte et la plus rapide, même après le percement de l’fsthme de Panama. De Montréal à Port-Mood;, point terminus choisi sur la côte du Pacifique, la ligne principale du chemin de fer, aura, non compris les embranchements, une longueur totals de 2,889 milles, ou 4,650 kilomètres.
Il reste à terminer 866 milles pour que la ligne soit ouverte dans toute son étendue. L'inauguration en est dès maintenant fixée à 1886. La Compagnie a construit, dans la seule année dernière, 693 milles (1,115 kilomètres). Même aux Etats-Unis et à aucune autre époque, on n’a vu une rapidité de construction aussi prodigieuse.
La nature a doté notre pays de voies navigables qui, améliorées par une série de canaux, sont dignes de figurer à côté des voies ferrées. Montréal, qui est en même temps le grand port d'exportation pour l'Europe par l'Atlantique, se trouve à la tête d’une très importante uàvigation fluviale. Plus rapproché de l’Europe de 250 milles et plus près du marché central agricole, Chicago, de 140 milles, ce port est plus avantageux que le port de New-York pour charger les blés et les produits de l'Ouest.
La navigation sur les grands lacs et par le Saint-Laurent canalisé, de Chicago à Montréal, est plus courte de sept à huit jours que celle de Chicago à New-York par le canal de l’Erié; de plus, les canaux du Saint-Laurent sont plus larges et peuvent recevoir des navires d’un tonnage plus élevé. Les derniers travaux accom permettraient au besoin à des steamers de 1,500 tonneaux, de venir charger jusque dans le port de Chicago, tandis que le tonnage des bateaux de l’Erié ne peut être que de 240 tonneaux au maximum.
Le commerce canadien est servi par une marine marchande qui occupe le quatrième rang dans le monde. Le Canada possède 954 steamers dont le tonnage net est de 119,158 tonneaux, et 6,440 navires à voiles dont le tonnage net est de 1,191,738, ce qui donne un tonnage total de 1,310,896 tonnes. Il vient donc immédiatement après la Norvège dont la marine marchande, d’après la même statistique, atteint un tonnage total de 1,449,629 tonnes ; avant l'Allemagne, qui n’en a que 1,180,356, et l'Italie, qui n’en a que 1,006,222.
En attendant l'établissement d’une ligne entre la France et le Canada pour
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font le service direct avec l’Europe ; l’une, la compagnie Allan, rivalise avec les plus puissantes compagnies anglaises ou américaines. Un de ces vapeurs, le Parisien, est peut-être le plus solide des vapeurs qui traversent l'Atlantique : il a presque résolu ce problème : supprimer le mal de mer. Si vous vouliez bien, Mesdames, tenter ce petit voyage, huit jours de Liverpool à Québec, dont trois passés dans le Saint-Laurent, il y a des moments où sur le pont du navir vous vous croiriez encore sur le boulevard des Italiens, ou au Concours hippique.
S'il n'y a plus ou presque plus de mer, grâce à la rapidité du voyage, je n’irai pas cependant jusqu’à dire qu’il n’y a plus d'hiver au Canada ; car nous y tenons, à notre hiver. Le triomphe de notre climat, c’est l'hiver, l'hiver aux jours clairs, aux nuits sereines : la nature canadienne y prend sa revanche sur ses rivales des pays méridionaux. Notre climat atteint sa perfection lorsqu'il y a de cinq à dix pieds de neige dans les champs. Il n'y a que la Russie et autres pays favorisés du froid qui puissent, comme nous, montrer d’éblouissants tapis de neige s'étendant à perte de vue dans les campagnes: à nos yeux, la neige étalant sa blancheur immaculée, miroitant au soleil, a autant de charme que la verdure, qui ne brille qu’après l'orage. Ceux qui regrettent alors l’ombre tant vantée des grands bois, le murmure des clairs ruisseaux, ne sont pas de vrais Canadiens : ils sont aussitôt suspects à leurs compatriotes. Le froid, la neige, la glace font partie de notre patrie, il les faut aimer. C’est un dicton populaire que l’homme qui aime bien son pays n'y a jamais froid. Le plus extraordinaire, c’est que les Européens qui nous viennent pensent de suite comme nous; ils sont seulement un peu déçus dans leur attente: ils trouvent qu’il ne fait pas assez froid; mais j'avoue qu’ils sont exigeants. La seconde année, cependant, lorsque l’ardeur qu’ils ont apportée du Midi, se dissipe, ils reconnaissent qu'après tout, il fait assez froid.
La neige nuit bien un peu quelquefois à l’arrivée régulière des trains, mais il en faut pour cela des amoncellements énormes. On en est quitte alors pour voyager à petites journées, bien nourris, bien couchés dans un wagon bien chauffé. On parle encore d’un train qui mit huit jours à aller de Montréal à Québec : il passait d’un banc de neige à l’autre, et, de temps à autre, versait, comme un simple fiacre, les voyageurs sur la route. La même aventure, dans une des provinces maritimes, faillit avoir des suites funestes pour l’État. Le train portait un député dont le vote était nécessaire au salut du ministère ; et le train n’arrivait pas. En vain, pour l’attendre, tous les orateurs de la droite avaient-ils épuisé leur éloquence : il ne restait plus sur la brèche que le premier ministre, qui parlait déjà depuis quarante-huit heures et qui commençait à se sentir un peu las. Enfin, le train entre en gare, et, de joie, le premier ministre s’évanouit dans les bras de la majorité,
L'hiver a inspiré, ces années dernières, à un de nos plus entreprenants compatriotes, l’idée de faire un chemin de fer sur la glace. En quelques
jours, les rails ont été posés entre.les deux rives du Saint-Laurent ; et tandis que les trains du Grand-Trone passent sur le magnifique pont Victoria, les trains du Nord circulent sur la glace et arrivent les premiérs. Si Phiver durait seulement six mois de plus, le Saint-Laurent se couvrirait de chemins de fer.
Vous le voyez, le climat n’est pas pour nous un obstacle, et nous l’avons dompté.
Voilà, Messieurs, en abrégé, ce que nous avons fait et ce que nous sommes. Il me semble, qu’en face des résultats acquis, nous pouvons Sans témérité . nous tourner vers vous, et vous demander de renouer avec le Canada des relations trop longtemps interrompues, à peine reprises en ces années dernières.
Ce n’est point ici que je songerais à médire de l'esprit de conquête. Mais à côté, j'oserai dire au-dessus de la conquête par les armes, n’y a-t-il pas la conquête par l’influence, par l'expansion régulière et pacifique du génie national ? A notre époque, possession ne saurait plus signifier absolument monopole. Le lendemain de la conquête, le pays conquis s'ouvre à l'univers entier. Quelle nation pourrait garder pour elle seule ce qu’elle a repris sur l'inconnu ? Après que les armées ont passé, le commerce arrive, et qu'il =’abrite sous un drapeau ou sous un autre, il s'empare de ce qui lui revient par la force des choses. Ces territoires conquis, on ne saurait les confisquer au profit d’un seul maître, et ils tombent dans le domaine de l’industrie universelle.
L’Angleterre l’a depuis longtemps compris au Canada. Elle s’y est ellemême placée sur un pied d'égalité avec les autres nations, nous reconnaissant en toutes choses la première place. Aucune faveur ne lui est accordée ; elle n’en sollicite aucune. Elle bore son ambition à laisser flotter son drapeau sur ce pays qui lui doit sa grandeur naissante. Sa suzeraineté tient, dans l’ordre des sentiments politiques, au platonisme le plus pur ; jamais une parole, jamais un geste qui trahisse une convoitise mal contenue, uue 28spiration vers une possession plus complète. Le tarif canadien frappe à la frontière les articles anglais tout comme les autres : l'égalité devant la douane. Tout d’abord, les fabricants de Manchester ont murmuré; mais à leurs doléances le gouvernement anglais a répondu : Que voulez-vous ? Nous avons enseigné à ce jeune pays à s'occuper de ses intérôts, il s'en occupe !
Ce n’est pas à dire cependant que le Canada soit ingrat à l'égard de l’Angleterre et qu'il se prépare à l'indépendance complète, qu’on lui a déjà offerte et qu’il a refusée, par l'indépendance du cœur. L’Angleterre a fait mieux que de nous faire ses tributaires, elle nous a fait ses obligés.
La France est chez elle au Canada tout comme l’Angleterre. Si trois - millions d'habitants d’origine britannique sont naturellement plus accessibles à tout ce qui norte le cachet anglais, près d’un million et demi d'habitants
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d’origine française recherchent tout ce qui vient de France, Divisés entre nous, pour suivre votre exemple, pour rester bien Français, nous 5ommes tous d'accord lorsqu'il s’agit de la France. J'ajoute que les Anglo-Canadiens eux-mômes voient sans jalousie le mouvement qui tend depuis quelques années à nous rapprocher de vous. De même que l’Angleterre a compris qu’en favorisant notre développement par la liberté commerciale la plus complète, elle servait ses propres intérêts, puisqu'elle est en situation de bénéficier la première de notre prospérité, de même nos concitoyens anglais du Canada ont senti que l’affluence des capitaux français sur notre sol, opérant d'abord à notre profit, serait aussi un facteur puissant dans l’accroissement de la fortune publique. Le commerce, l'industrie française n’ont donc à redouter chez nous aucune entrave, ni même à lutter contre aucun secret mauvais vouloir, Le Canada ne saurait faire moins que l'Angleterre et refermer la porte qu’elle ouvre toute grande à tous.
Grâce à son génie, à son industrie, à l'art qu’elle apporte en toutes choses, la France obtiendrait bientôt chez nous. sur bien des points une sorte de suprématie, Les affinités nationales reprendraient toute leur force, et, par degré, l’industrie canadienne, du moins l’industrie canadienne-française, deviendrait une des branches de l’industrie française. Nos hommes d’affaires, nos industriels élevés aujourd’hui à l’école anglaise, à l’école américaine, les seules qui leur soient ouvertes, viendraient chercher des modèles en France et bientôt n’en connaîtraient plus d’autres. Nous vous emprunterions votre manière de faire les affaires, ce qui nous conduirait à ne plus aimer à les faire qu'avec vous. De ce jour-là, nos relations seraient mieux assurées que par le plus solide traité de commerce.
Durant un siècle, les rapports entre les deux pays ont été nuls, et cependant, nous avons conservé tout ce qui est essentiel dans le caractère national. Durant cette longue séparation la langue seule s’est un peu appauvrie ; elle a gardé le nécessaire et perdu le superflu : des relations plus intimes avec la France lui rendraient tout son éclat, la trtelle de l’Académie toute sa pureté. Songez qu’à une époque, au commencement du siècle, lorsqu’un livre français parvenait jusqu’à nous, on en faisait aussitôt des copies manuscrites qui circulaient ensuite de main en main par tout le pays et faisaient les délices des esprits cultivés. La fondation de la première librairie française date de 1816, plus de cinquante ans après la conquête. Gette librairie se composait de quelques centaines de volumes apportés de Paris par un homme dont le nom est resté cher aux lettrés canadiens qui le considèrent comme leur premier bienfaiteur, M. Hector Bossange.
Le terrain aujourd'hui est tout préparé, la voie est grande ouverte. C’est tout un peupie qui ne demande qu'à s'initier davantage à votre art, qu'à s'imprégner de votre esprit, qu'à vous suivre de loin et, autant que ses forces le lui permettent, de régler son pas sur le vôlre.
Un dernier mot, Messieurs.
La patrie française renferme bien des provinces glorieuses. Ce sont là les sommets qui frappent tous les regards. Elle renferme aussi des coins de terre plus obscurs, des populations presque ignorées de leurs aînées, qui, par la seule force de leur origine, par la seule vertu de leurs qualités natives, se sont maiutenues françaises. Leur isolement même ne fait que mieux ressortir l'intensité du sentiment national qui domine en elles.
Que la France soit restée la France, qui peut s’en étonner ? Qu'est-ce donc qui aurait pu vous faire consentir à l'effacement, à l’abdication? Mais une population comme la nôtre, laissée isolée et comme perdue, qu'est-ce qui l'empêchait de faillir à la tâche, qui eût pu la blâmer de se fondre dans la masse victorieuse ? On voit bien au peu de compte qu'un grand nombre de nos nationaux lui tiennent de sa constance quelle indulgence ils auraient eue pour ses faiblesses. C’est à peine si sa lente disparition eût laissé trace dans le monde où sa présence attire si peu l'attention.
Ce n'est pas ici, je le sais, que nous sommes oubliés. En vous parlant de mon pays, j'ai répondu au but de cette admirable S'ociétè des Études Maritimes et Coloniales, qui veille sur l'intérêt et l'honneur français dans le monde entier, et c'est suus sa sauvegarde que je place le Canada se rap-
pelant, par ma bouche, au souvenir de la France.
VERSAILLES, — JMPRIMERI
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