‹ Le Canada [microforme]Chapitre 13 sur 51 · ADA · texte numérisé non relu

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Je ne puis prendre congé de l’habitant du Bas-Canada sans faire allusion à son aimable disposition d'esprit, et à sa politesse naturelle. Passez-vous par une paroisse de la campagne, quelque reculée qu’elle soit, dans une partie quelconque de la province, vous êtes salué de tous côtés par jeunes et vieux, avec tant de grâce, et en même temps tant d’aise et de franchise, que pour Île moment vous oubliez où vous êtes. Entrez-vous dans la maison d’un habitant, vous la trouvez toujours propre, ornée de fleurs aux fenêtres, et blanchie à la chaux ; et le maître, fût-il l’homme le plus pauvre de la paroisse, vous offrira l’hospitalité avec tant de cordialité et de goût, d’une façon si peu embarrassée et si peu embarrassante, que vous aurez de la peine à croire que ces gens ont toujours vécu dans un tel endroit. Vous parlez un français exécrable, comme font malheureusement beaucoup d’Anglais ; vous faites des fautes qui provoqueraient le rire d’un saint même, et cependant jamais vous n’appercevez un sourire sur la face de votre hôte, non plus que sur les faces de ses enfans. Sans doute, après que vous êtes parti, ils rient de bon cœur de votre jargon. Votre religion, vos opinions politiques, ou votre pays peuvent, en conséquence de circonstances accidentelles, n’être pas de son goût, mais tant que vous êtes sous son toît, serait-ce pendant des mois, jamais vous n’entendrez un mot qui puisse heurter vos sentimens, ou blesser votre orgueil. Dans l'esprit d’entreprise, dans cette hardiesse de pensée et d’action qui rendent un peuple grand et un pays florissant, ils sont incontestablement beaucoup au-dessous du reste des Américains. En ne cherchant pas à se mettre au fait d'améliorations palpables et d’inventions utiles, et quelquefois en s’opposant à leur introduction, ils tiennent une conduite qui est

au-dessous de leur intelligence. Maïs quant à la politesse et aux bonnes manières, quant à tout ce qui peut fasciner un étranger, et rendre heureux celui qui réside parmi eux, ils sont infiniment audessus de ceux de la même classe sur ce continent. El tout ce que l'Amérique pourrait leur apprendre en fait d'entreprise n’excéderait pas ce qu’ils pourraient apprendre à l'Amèrique dans les plus beaux traits de la civilisation, savoir, l'obligeance, la politesse et les bonnes manières.

D'après ces observations générales, on pourrait inférer que l’agriculture n’a pas fait beaucoup de progrès dans cette province : mais tel n’est pas le cas. Depuis quelques anuées, particulièrement depuis l’union des provinces, les meilleures races d'animaux ont été introduites graduellement dans les établissemens du Bas- Canada; et des sociétés d'agriculture, les grands foyers des connaissances et des améliorations pratiques, se sont formées et se forment dans les établissemens les plus avancés. A une exposition tenue à Québec l’automne dernier, la montre de bôtes à cornes de Durham, de cochons et de chevaux importés, aurait fait honneur à une partie quelconque de l'Amérique; en même temps queleslégumes, particulièrement les pommes deterre, lesbetteraves, ct les navets, pour lesquels, néanmoins, il faut dire que la terre aux environs de Québec est singulièrement bien adaptée, étaient plus beaux que ceux qui ont été exposés dans le Haut- Canada. Si ces expositions sont encouragées et réussissent aussi bien dans le Bas-Canada qu’elles ont réussi dans le Ilaut, et on ne voit pas pourquoi il n’en serait pas ainsi, —elles changeront en peu d’années l'aspect entier de l’économie rurale du Bas-Canada. Les mauvaises coutumes disparaîtront devant elles comme les mauvaises herbes, car quand les cultivateurs en viendront à comparer les produits du travail et de l’habileté, ils ne pourront que préférer ee qui apporte de l'honneur aussi bien que du profit à ce qui cause des inconvénens, et invite au mépris ; et ils ne continueront pas longtems à se nourrir d'erreurs, car ils auront découvert que la vérité est une denrée beaucoup plus précieuse. La concurrence fera que l'erreur sera honteuse de sa folie, car nul homme, quelque entèté ou revèche qu’il puisse être, n’affrontera volontiers le ridi-

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