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L'HABITANT OU CULTIVATEUR DU BAS-CANADA

Il n’y a pas au monde de contraste plus marqué que celui qui existe entre l'habitant (ou cultivateur) du Bas-Canada et le fermier du Haut-Canada. Le dernier est entreprenant, aventurier et cosmopolite dans ses sentimens. Il est toujours prèt à changer le lieu de sa demeure pour un meilleur, et sa ferme de cent acres de terre défrichée ne lui est jamaiïs plus chère que cinq cents acres de terre inculte, s’il peut se persuader que la dernière sera plus avantageuse à ses enfans. T’habitant (du Bas-Canada,) au contraire, n’aïme rien tant que sa ferme souvent rétrécie. La terre sur laquelle il est né, quoique ne lui donnant souvent qu’une chétive subsistance, lui est encore plus chère que tout ce qu’il y a au monde. C’est vainement pour lui que les riches contrées de l’ouest ont été ouvertes ; c’est vainement pour lui que l'Amérique et l’Europe ont été remplies des rapports de la prospérité dont on y jouit. Ses rèves planent autour de ses foyers ; son imagination est bornée par les clôtures qui entourent sa ferme; il ne demande pas un sort plus heureux que celui de vivre où son père a vécu, et de mourir où son père est mort.

Comme on pourrait naturellement s’y attendre, l’avarice a peu à faire avec un pareil caractère. S'il ne connaît pas les récompenses d’une ambition avide, il ne connaît pas non plus ses fiévreux contretems, ou son orgueil mortifié. Il n’est pas conséquemment un mortel plus gai, plus content et plus heureux que le cultivateur du Bas-Canada. Sa petite ferme, car généralement parlant, en sonséquence de fréquents partages, les fermes du Bas-Canada sont petites, lui donne suffisamment de quoi vivre, et jamais il ne lui arrive de s'inquiéter du lendemain. Il a cinq ou six vaches, et il sait qu’elles donneront assez de lait pour lui et sa famille, et il ne se met jamais en peine de l’avantage d’en augmenter le nombre, ou d’en améliorer la qualité. Il a six ou huit pores, et au lieu d’en engraisser deux ou trois pour le marché, comme ne manquerait pas de faire un cultivateur européen, il prend les bienfaits du Ciel comme ils lui sont envoyés, et il mange le tout. Il ne copie les améliorations de personne, il n’imite le genre de vie de per-

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