P …# | P- 'REL
?. Le Poe cn Pr A
Durant les quinze mois qui ont fini au 30 septembre dernier, les Etats-Unis ont reçu près de neuf cent mille émigrants, la plupart appartenant à la Grande-Bretagne et à l'Irlande. C'est là un fait qui ne peut être vu avec satisfaction par les Anglais, désireux de voir les vides du vaste empire britannique remplis par une population industrieuse. Il est vrai que, durant la mème période, il y a eu un mouvement d'émigration vers le Canada, particulièrement au Nord-Ouest; mais ce n'était en quelque sorte là qu'une goutte d’eau comparée aux flots abondants qui ont inondé le pays voisin, pour donner une nouvelle impulsion à son industrie, déjà si active. Est-il besoin de prouver l'avantage qu'il y aurait pour le Canada et les colonies australiennes à posséder la richesse nationale représentée par la moitié seulement de la population qui, depuis plusieurs années, a donné la préférence aux Etats- Unis? C'est là un vieux grief des dépendances coloniales de l'Angleterre. Plus de 2 millions d'âmes ont élu domicile aux Etats-Unis dans le cours de cette période. Depuis 1867, époque à laquelle les provinces du Canada s'unirenten confédération, l'Europe a déversé sur les Etats-Unis une population d'immigrants
plus considérable que la population actuelle du Canada tout entier, Il est vrai que le Canada a prospéré pendant tout ce temps, en dépit de cette politique d'indifférence qui a laissé couler sans le diriger le flot d'émigration échappé à la Grande-Bre tagne. Et si la Dominion (1) possède 4 à 5 millions d'habitants, jouissant d'une prospérité suffisante; si ses progrès indus-
triels et commerciaux sont, à certains égards, supérieurs
mème à ceux de ses voisins; si son état social et politique repose sur une base saine et durable, si enfin son avenir se présente sous l'aspect le plus encourageant, elle le doit à ses hommes publics qui ont réussi, en dépit de maint obstacle, à développer un pays dont l'importance commence à être reconnue, non seulement en Angleterre, mais chez les Français, ses premiers, colonisateuis! '
Il était inévitable. que le Canada occupât, dans la première période de sa carrière, une position désavantageuse sur le continent américain. Dans ces temps qui semblent aujourd'hui si éloignés, où il était colonie française, le peuple riverain du Saint-Laurent et de ses tributaires souffrait à la fois de la guerre et d'un système de gouvernement peu propice au développement colonial. Les institutions plus libérales des vieilles colonies anglaises situées sur le même continent donnèrent un plus grand essor à l’activité commerciale de ce peuple et le préparèrent à tous les résultats légitimes de l’indépendance nationale. Toutefois les désavantages de la situation du Canada persistèrent encore longtemps après qu'il fut devenu possession britannique. Longtemps les provinces anglaises d'Amérique furent éclipsées par la puissante confédération républicaine, leur limitrophe au Sud. Antéricurement à 1840, il y avait sans nul doute quelque chose de vrai dans les comparaisons défavorables que faisaient entre les deux pays les hommes d'Etat et les écrivains anglais, « Le contraste que j'ai déerit, dit lord Durham dans son rapport, frappe les yeux de tot voyageur qui observe: d'un côté, l'abondance , de l'autre, la rareté de tout signe de la prospé-
(1) C'est ainsi que les Anglais désignent leur possession du Canada.
rité matérielle manifestée par des villes florissantes et des champs fertiles, et de cette civilisation dont témoignent les écoles et les églises. » Ces paroles étaient justes au moment de leur publication, il y a quarante ans, lorsque le Canada était déchiré par les luttes intestines. Mais l'union de 1840 produisit un changement considérable dans l'état social, matériel et intellectuel des provinces canadiennes ; l'avénement des libres institutions et d'un gouvernement responsable fit éclore de tous côtés les écoles, prospérer le commerce, surgir sur tous les points du pays les villages et les villes. Néanmoins, en règle générale, les Etats-Unis ont continué d’exercer une irrésistible attraction sur l'émigrant européen, anxieux d'échanger sa misérable place dans un monde trop rempli contre les espérances que lui offre l'Amérique, pour lui et pour ses enfants. L'influence de l'immigration sur les progrès respectifs du Canada et des Etats-Unis, pendant les quarante dernières années, peut se mesurer par ce fait qu'aujourd'hui l'un de ces deux pays a 50 millions d'habitants, et que l'autre en possède de 4 à 5. Cependant, tous les deux ont pris place en même temps dans l’histoire du monde. Québec et Port- Royal existaient déjà lorsque les pionniers puritains arrosaient de leurs sueursles rochers de la Nouvelle-Angleterre. Mais, depuis que le Canada est devenu une dépendance de l’Angleterre, ses progrès ont été plus ou moins retardés par le fait seul de sen voisinage avec la république américaine. Des millions de sujets britanniques ont longtemps ignoré l'existence d'une section de l'empire où ils pouvaient trouver tous les éléments du bien-être sans briser les liens qui les unissaient à la mère patrie. En parcourant les statistiques de l'émigration, tout homme étranger au Canada et ignorant de ses ressources supposerait naturellement qu'il y a quelque faiblesse radicale dans les institutions politiques de cette contrée, quelque défaut de libéralisme dans son système de gouvernement, quelque obstacle insurmontable venant du sol ou du climat. Comment expliquer autrement la préférence systématique du monde européen pour les Etats d'Amérique, lorsqu'il s'agit d'abandonner la terre natale pour chercher une autre patrie
au-delà des mers? Nul doute qu'une grande ignorance n'ait prévalu jusqu'à ce jour relativement aux avantages offerts par le Canada comme terre d'établissement. Il semble même que les hommes d'Etat et les écrivains anglais contemporains se soient attachés à détourner le courant au préjudice des provinces canadiennes, qui n'avaient pourtant d'autre aspiration que d'accomplir leur destinée nationale dans la plus étroite connexion possible avec l'empire britannique. Tel publiciste qu'on pourrait citer a paru se complaire à jeter sa douche d'eau froide sur les aspirations canadiennes, ou à préconiser ce « système continental » qui, s'il était mis en pratique, ne tendrait à rien moins qu'à faire entrer la Dominion dans l'Union américaine. Heureusement pour le Canada, l'intérêt publie a fini par s'éveiller en sa faveur. Le développement du vaste territoire situé au nord-ouest, en même temps que les difficultés agraires survenues en Angleterre et en Irlande, ont ouvert les yeux à quelques économisi ?s sur la valeur de la Dominion, comparée à celle des Etats-Unis comme but d'émigration, et il sera fort heureux pour l'empire que cet intérêt croissant ait pour effet de détourner le courant de l'émigration britanniq ‘le son ancien objectif pour le diriger sur le Canada. Dans ce cas, la condition même de l'Irlande peut tourner au bénéfice de l'empire. Les Irlandais entrent pour une proportion considérable dans la grande immigration qui s'est portée vers les Etats-Unis pendant les deux ou trois dernières années. C'est une chose triste à dire, mais vraie, que la plupart d'entre eux apportent dans leur nouvelle résidence un sentiment d’amertume contre l’Angleterre, sentiment qui trouve tôt ou tard son expression dans les épreuves et les difficultés de ce grand pays. D'un autre côté, l'élément irlandais au Canada forme dans la population une section digne d'égards, car elle est industrieuse, rangée, occupant des positions honorables et importantes. Il est certain qu'en l'absence de ses vieux griefs, jouissant de la liberté civile et religieuse, l'Irlandais se trouve heureux et semble avoir oublié ces jours néfastes où il était toujours un sujet en révolte contre la couronne. On ne peut donc que déplorer, en
voyant de tels résultats, que cette classe d'émigrants aille chercher fortune aux Etats-Unis au lieu d’affluer dans un pays où ils trouveraient les institutions et les avantages qui font du Canada une des plus heureuses contrées de l'empire.
On ne saurait contester les progrès accomplis, en un siècle d'existence, par la grande république américaine. Son système de gouvernement, en dépit de certains germes de faiblesse dont nous aurons à iparler, a cette puissance qui stimule la fierté et l'ambition de ses citoyens, puisque les plus humbles peuvent aspirer aux plus grands honneurs. L'esprit y est essentiellement commercial, et néanmoins la culture intellectuelle ne se développe nulle part plus rapidement. La variété du climat, la richesse du sol, l'abondance des ressources en font un pays tout à fait privilégié. Les Canadiens sont les premiers à reconnaitre tout cela; mais ce qu'ils ne peuvent admettre, c'est que la Dominion offre des avantages inférieurs à ceux de sa grande rivale, comme terre d'établissement. Ils sont convaineus que les Etats-Unis seraient beaucoup moins riches et moins peuplés, si les hommes d'Etat et les écrivains de la Grande-Bretagne avaient su diriger le flot de la population vers les dépendances de l'empire qui semblent le mieux faites pour développer l'énergie britannique.
Dans le passé, la victoire est aux Etats-Unis, et il faut reconnaitre que le monde a beaucoup gagné aux succès remportés par la république, en créant de nouveaux Etats à l'aide des émigrants européens. Les Canadiens ne sont point jaloux de ces succès ; ils les regardent comme d’un bon augure pour l'avenir de leur pays, pour peu qu'il soit aidé dans la carrière qui lui est ouverte. Nous nous proposons, dans cet article, de grouper avec toute la coneision possible les faits et les arguments qui prouvent que la Dominion est la plus désirable des patries pour toutes les classes de gens industrieux, pour ceux-là surtout qui, possédant un petit capital, sont disposés à prendre des terres, soit dans les anciennes provinces, soit dans les nouveaux territoires. Ce que nous ambitionnons pardessus tout, c'est d'attirer l'attention des hommes éminents dont l'influence doit agir sur les classes désireuses de cher-
cher leur fortune dans une nouvelle contrée, C'est à ces hommes que le Canada demande sympathie et assistance pour l'œuvre nationale où il est engagé; car nulle œuvre n'est plus nationale que celle qui consiste à développer les ressources d'une dépendance importa te et à resserrer par là les liens qui l'unissent à la mèr patrie. Heureux si nous parvenons à démontrer que le Canada peut réaliser toutes les aspirations de cette elasse intéressante, et malheureusement trop nombreuse, qui se consume en efforts impuissants dans la lutte qu'elle soutient contre les difficultés de la vie.
Plusieurs questions préoccupent naturellement l'émigrant doué d'une intelligence ordinaire, lorsqu'il songe à sa future patrie. En premier lieu, et celle-ci les embrasse toutes, le Canada possède-t-il les ressources qui lui permettront de placer sûrement et avantageusement son capital, que ce capital soit représenté par son argent ou par son labeur? La stabilité et le caractère libéral du gouvernement sont encore une question du plus h&ut intérêt pour celui qui s'embarque dans une aventure où il risque tout. Tel autre s’informera avec anxiété des conditions sociales du pays. Parmi les émigrants qui abondent chaque année en Amérique, il y a toujours un certain nombre de personnes, non absolument dépourvues de moyens pécuniaires, qui désirent vivre dans le voisinage des villes et s'inquiètent des facilités qu'elles pourront avoir pour l'éducation de leurs enfants. Sans doute, l'homme qui n'a d'autre alternative que de s'en aller dans la forèt avec sa hache et de se bâtir une maison de bois — et cet homme représente la masse des émigrants — songe peu, pour le moment, à l'éducation et aux avantages sociaux. Mais, à mesure que le temps s'écoule et que le soleil luit sur les clai-
rières élargies, à mesure que les voisins se rapprochent de sa ferme, il commence à désirer quelques améliorations, il pense à l'avenir de sa famille. Alors, en regardant autour de lui, il découvrira tout un système qui permet à chacue groupe éta-
bli dans la Dominion de faire élever ses enfants. Sous ce rapport, comme sous plusieurs autres, le Canada soutient la comparaison avec ses puissants voisins, nonobstant la supériorité acquise par ceux-ci au point de vue de la richesse et de la population,
Quant aux avantages naturels possédés par les Etats-Unis, ils existent avec plus ou moins d'intensité dans la Domiuion. Nous laissons de côté les Etats du Sud, où la population qui afflue en Amérique s'aventure rarement. Les chaleurs tropicalcs ‘ es régions éloignent les races du Nord, qui forment la majorité des émigrants. C'est vers le nord et l'ouest que se tournent les espérances des Européens ; or, il est certain que le Canada possède un sol et un climat qui ne le cèdent à aucun autre pour le soutien de la vie et la production de tout ce qui est demandé dans le commerce du monde. Les pècheries, en y comprenant celles de la côte du Pacifique et des lacs intérieurs, sont les plus estimées de tout le globe, et elles ont fortement contribué au développement de cette importante marine qui assigne au Canada un rang si distingué parmi les puissances maritimes. Ses intérêts maritimes, c'està-dire ses pêcheries et constructions de navires, ont une valeur annuelle estimée au plus bas 10 millions de livres sterling. L'agriculture offre aussi des intérêts considérables, dont l'importance s'accroit à mesure qu'on avance vers l'ouest. L'exportation annuelle des produits agricoles dépasse 42 millions de livres, dont 600 000 ou 800 000 livres sont représentées par le bétail à cornes. Les côtes de l'Atlantique et du Pacifique ont des mines de charbon inépuisables. Le charbon de la Nouvelle-Ecosse, comme celui de la Terre de Vancouver, est bitumineux et excellent pour l'usage domestique aussi bien que pour l’industrie. Leur exportation annuelle, sans compter celui qui se consume dans les provinces, dépasse 600 000 livres sterling. Les Etats de l'Union situés dans l’extrême Ouest tirent toute leur consommation des riches mines de Vancouver, qui sont encore dans l'enfance de leur exploitation, Les forêts for“nissent à l'Angleterre et aux Etats-Unis de magnifiques bois de pins, dont l'exportation annuelle
s'élève à 4 millions de livres (100 millions de francs). Les couches aurifères du Canada sont insignifiantes, comparées à celles des Etats-Unis ; la Colombie britannique exporte néanmoins pour une valeur annuelle de 200 000 livres. Le fer, le cuivre, les phosphates et la pierre de construction des provinces canadiennes ont une grande réputation au dehors, et ces produits se développent graduellement, en dépit de plusieurs obstacles, notamment l'insuffisance du capital. Bref, le progrès de toutes ces industries si variées et si précieuses par leur nature se poursuit d'une façon très encourageante, les Américains eux-mêmes venant chaque année dans le pays et y apportant, avec leurs capitaux, leur esprit industrieux.
Mais c'est surtout l'agriculture qui forme pour le Canada la principale source de sa future prospérité. Toutes les espèces de grains et de fruits que fournissent les latitudes du Nord viennent à merveille dans toutes les sections de cette terre, jadis méconnue par la France, qui n'y voyait qu'une région stérile de glace et de neige. D’immenses étendues de terre cultivable existent dans toutes les provinces, même dans la Nouvelle-Ecosse, dont les côtes rocheuses abritent dans leurs nobles ports plus de navires indigènes qu'il n’y en a, relativement à la population, dans aucun Etat de l'Union américaine, Le Nouveau-Brunswick et Québec offrent encore de très grands parcours ouverts à l'exploitation, et il y a dans ces provinces plusieurs distriets où les émigrants, surtout ceux qui possèdent un petit capital, peuvent s'établir avec avantage. L'ile du Prince-£douard, dans son étendue limitée, est un vrai jardin pour la fertilité. Toutefois c'est l'Ontario, avec sa vaste étendue de sol excellent et son climat tempéré, modifié par sa situation sur les grands lacs, qui constitue en quelque sorte la terre protaise de l'agriculture. On peut voyager pendant plusieurs jours sur les diverses lignes de chemins de fer qui sillonnent cette belle province, et sans cesse apercevoir de tous côtés de confortables demeures, de vastes champs de blé ou autres récoltes. Il est vrai qu'en ce moment un certain nombre de fermiers abandonnent l'Ontario pour Mani-
toba ou le Nord-Ouest; mais ces transfuges représentent, pour la plupart, soit des hommes peu satisfaits de leur établissement dans quelque localité moins favorisée, soit des esprits aventureux qui se laissent tenter par une nouvelle existence dans l'Ouest. D'autres ont contracté des engagements onéreux envers des compagnies étrangères de crédit, qui les forcent à bâtir des maisons trop coûteuses ou exigent d'eux des amtliorations inutiles. Le plus grand nombre, il faut le dire, est poussé par ce besoin-d'agitation inhérent au caractère américain, qui, d'année en annéc, emporte les habitants de la Nouvelle-Angleterre et des vieux Etats vers de nouveaux territoires — besoin inexplicable, si l'on veut, mais dont le résultat a été la création de l'Illinois et des grandes républiques de l'Ouest. Malgré tout cela, l'Ontario n’en est pas moins la province Ja plus riche, la plus entreprenante, la plus populeuse de la Confédération. Sa population, comme sa prospérité, s’accroissent dans une proportion supérieure à celle des plus vieux Etats de l'Union américaine. Elle a toujours un excédent de récolte à exporter au dehors. Sa production en blé dépasse en moyenne celle de la plupart des Etats américains, et nulle part en Amérique il n’y a un stock plus considérable, si ce n'est peut-être dans les circonscriptions orientales de Québec, toujours célèbres pour leur culture et leurs bestiaux de pur sang. C'est dans l'Ontario que se trouvent les plus belles villes de la Dominion, à l'exception de Montréal, qui doit en grande partie sa prospérité au commerce occidental. Toronto, Hamilton, Ottawa, London, Kingston, Sainte-Catherine, par l'aspect de leurs bâtiments et le caractère de leur population, aceusent l’activité proverbiale de l'Ouest. A l'extrémité d'un lac, ou bien là où un cours d'eau se jette dans une de ces mers intérieures et forme un port naturel, où sur les bords d'une rivière qui arrose une contrée fertile, un pionnier, un spéculateur aventureux s'établit et dit : « Lei il y aura une ville. » La prédiction ne tarde pas à se réaliser. Telle est littéralement l'histoire de la fondation de Brantford, du Londres canadien et de mainte autre place du Canada. On cite bon nombre de propriétés, valant aujourd'hui des milliers QC SERIE, — TOME IV. 4
ou même des dizaines de mille livres, qui ont été acquises, il ya peu d'années, pour une vache où pour un cheval, pour quelques marchandises ou quelques semaines de travail d'ouvrier. Ces exemples forment le sujet d'entretien des familles, à la veillée. Le pauvre fonde sur eux ses espérances; le riche y trouve un sujet de félicitation ; le spéculateur et l'homme entreprenant apprennent par là comment se fondent les villes et se bâtissent les fortunes.
C'est dans ee vaste territoire du Nord-Ouest, vers lequel l'attention est aujourd'hui dirigée, qu'on verra, sans nul doute, se réaliser ces progrès rapides dont l'Illinois et autres Etats occidentaux forment de si curieux exemples. L'étendue et la valeur de cette immense région qu'arrosent la rivière Rouge, le Saskatchewan, l'Athabasea, la Paix et autres cours d'eau de moindre importance, ne peuvent encore être fixées d'une façon précise ; mais les explorations déjà faites prouvent qu'il y a un territoire assez vaste et assez riche pour y créer dir Etats aussi grands et aussi productifs que lTIlinois. On à noirei là-dessus des rames de papier; chaque touriste qui passe quelques jours dans les prairies se croit obligé d'octroyer au publie le hienfait de ses expériences sous une forme ou sous une autre. Il faut faire la part de l'enthousiasme chez le voyageur ou le spéculateur, comme aussi celle du patriotisme qui porte tout bon Américain à faire l'éloge de son pays ; mais, à tout prendre, il n'en paraît pas moins certain que, tôt ou tard, les provinces qui sont actuellement en cours de développement dans le Nord-Ouest formeront le grand centre de la production agricole du Canada. Les autorités américaines reconnaissent que les terres arrosées par la rivière Rouge, le Saskatchewan et la Paix sont tout aussi fertiles que celles d’aueun Etat de l'Union américaine de l'Ouest. Un écrivain des Etats-Unis n'hésite pas à affirmer, dans le Harper’s Monthly de septembre!1881, que cette région produit des céréales supérieures à celles des contrées qui la bornent au sud. Il résulte de toutes les données qu'on a sous la main que la latitude et le sol du Nord-Ouest se prêtent admirablement à la culture du froment. Dans un climat plus
ur JUes, he me les
uel nul au- Da t la tres ètre ites our Louligé une sme | pa- SOn rtain t en nt le utoar la | feruest.
ms le pr'oqui la sous ‘êtent , plus
chaud qu'il n'est nécessaire pour sa maturité, le froment donne un grain peu développé et manquant de poids, parce qu'il est sujet à se dessécher, Le froment du Nord est plus dur et contient plus de gluten ; celui du Sud est doux et renferme plus d'amidon. Il esi également reconnu que, dans le Nord-Ouest, le froment peut se semer en avril, et aussitôt que le blé de printemps se sème aux Etats-Unis. En ce qui concerne la rapidité de croissance, l'explication est bien simple. Dans une haute latitude, la végétation à un plus grand nombre d'heures pour jouir du soleil, durant la saison d'été. Le froid de l'hiver gèle la terre à une très grande profondeur, et la désagrège aussi fortement que les meilleurs moyens artiliciels ; il en résulte que, plus tard, dans leur période de croissance, les plantes y trouvent une humidité qui rend la sécheresse impossible, La vailée de la rivière Rouge est un terrain d'alluvion de vingt pouces de profondeur en moyenne, reposant sur un sous-s0l d'argile. L'écrivain, déjà cité semble convaineu « qu'avant peu, si l'exploitation du terrain poursuit son mouvement actuel, les Etats-Unis demanderont du grain à ces nouvelles contrées ». Quel que soit l'effet de ee mouvement à l'égard des Etats-Unis, il y a lieu de croire que le centre d'activité, en fait de céréales, qui n'est jamais bien stable, passera bientôt à la vallée de la rivière Rouge, pour s'étendre ensuite, plus loin, vers le nord.
Les progrès que l'on est en droit d'attendre sur le territoire en question peuvent se mesurer par ce fait que, l'année dernière, dans P'Etat du Kansas, il n'a pas été bâti moins de 45 000 maisons et de 450 écoles, tandis que 700 000 acres de terrain ineulte étaient mises en exploitation. La population dt t'Ontario s'est accrue de 300 pour 100 dans l'espace de vingt années, de 4841 à 1861 ; celle de Toronto de ©5 pour 100, dans la même période. Gertaines indications font présager que le progrès du Nord-Ouest sera plus rapide que celui de l'Ontario; mais tout dépend de Fintérèt que prendra l'Angleterre à son développement, Winnipeg, en 1870, n'avait que 300 âmes de population ; en 1873, elle en possédait 2 300; aujourd'hui, elle en à 20 000 pour le moins, avec la perspec-
tive de devenir le Chicago de tout le pays qui l'entoure, et sans doute au delà, jusqu'aux montagnes Rocheuses.
« Nulle part, dit lord Lorne, dans un récent et admirable discours, vous ne trouverez une situation dont les avantages naturels promettent un avenir aussi grand que celui qui sem-
ble réservé à Manitoba, et à Winnipeg, la cité-cœur de la Dominion. Les immenses prairies, quicommencent là, s’étendent sans interruption vers l'ouest, jusqu'aux limites de la province. Manitoba est un océan de verdure, sur lequel le vent d'été suscite en passant les riches gazons et les fleurs, et dans cette étendue incommensurable de terre fertile, c'est à peine si l'on aperçoit de loin en loin la tache jaune de quelque gigantesque champ de blé. »
Ces taches jaunes promettent de s'étendre vite et loin, Des cités embryonnaires surgissent déjà sur les points que la nature semble avoir marqués comme centres d'industrie. Emerson es’ déjà une ville considérable, Rapid City — nom caractéristique — et Battleford donnent les plus belles espérances. La visite récente de S. Exe. le gouverneur général, qui a parcouru presque tout le nord-ouest de la Dominion, aura les plus heureuses conséquences, en montrant au peuple anglais l'opinion favorable conçue par ce haut personnage sur cette vaste région, objet d'une si ardente expectative pour l'avenir du Canada. Tôt ou tard, elle doit devenir le grenier de l'Amérique, et nourrir mème des millions d'Européens. Pour les habitants de l’ancien monde, le progrès de ces nouvelles contées a quelque chose de surprenant, Les mèmes faits se reproduiront sûrement sur chaque nouveau territoire ouvert dans l'Ouest. Aujourd'hui devient demain, comme par miracle; l'événement suit de si près la prédiction qu'ils semblent marcher tous deux la main dans la main. Le railway crée le tralie, au lieu d'être créé par lui; les fermes se multiplient avee une rapidité qui confond tous les calculs ; le ministre du culte, le maître d'école, la modiste et le professeur de musique arrivent avec la première moisson; le journal s'imprime sous un arbre
:onle vert
misCMcrée lient istre ur de s'im-
Tandis qu'au-dessus des tombeaux D'une vieille peuplade indienne Les murs montent de toutes parts, Et qu’une ligne de poteaux Marque les futurs boulevards
De la cité canadienne.
Dans sa préoccupation d'ouvrir toutes les issues possibles à son industrie de l'Ouest et de la conduire à l'Océan, pour la distribuer sur le marché européen, le Canada a pleinement emboité le pas de sa rivale américaine, La nature l'a doué d'une noble artère de communication dans le Saint-Laurent, fleuve non moins remarquable par sa valeur commerciale que par la magnificence de ses aspects. De toutes les rivières d'Amérique, aucune ne surpasse le Saint-Laurent pour la longueur de son parcours navigable, le volume de ses eaux, et la fertilité du territoire qu'il relie à l'océan Atlantique. Son parcours, depuis l'extrémité du lac Supérieur jusqu'aux détroits de Belle-Isle, est de près de 3 000 milles. Pour apprécier dans toute son étendue l'importance de ce cours d'eau au point de vue commercial, il suffit de considérer sa situation naturelle et ses relations avec le vaste territoire qui s'étend depuis la chaine des Alleghany, à l'est, jusqu'aux montagnes Rocheuses, à l'ouest, c'est-à-dire jusqu'à la partie du continent qui avoisine le Pacifique. Les ressources de ce territoire sont très variées et ont été développées depuis quelques années avee une intensité qui n'a point d'égale dans l'histoire des entreprises industrielles. A une date déja vieille dans les annales du haut Canada, ses hommes publies avaient conçu l'ambition de faire de ee fleuve la grande ligne de communication entre les contrées de l'Ouest et de l'Océan ; aussi dépensèrent-ils en canaux plus qu'il ne semblait raisonnable pour an pays dont les moyens étaient encore si bornés. L'union de 1840, loin d'interrompre eette sage politique, ne fit que la confirmer, et, jusqu'à ce jour, 10 millions de livres
sterling ont été dépensés pour la navigation du Saint-Laurent, de façon à le rendre praticable aux plus grands navires d'eau douce, depuis les lacs supérieur: jusqu'à l'Océan, sans rompre une seule fois leurs chargements, Le nouveau eanal de Welland, aujourd'hui presque terminé, est "ès justement décrit de la sorte par les éerivains américain: Une œuvre titanique, par laquelle les Canadiens espèrenc attourner le trafie du transport non seulement de Buffalo, mais de New- York, et commander les exportations du puissant Ouest pendant plus de la moitié de l'année. »
Le système de chemins de fer du Canada est encore une preuve de lintelligence et de l'énergie déployées par le peuple canadien dans ses efforts pour lutter contre la compétition américaine, Des einquante-neuf Etats et royaumes du monde entier qui possèdent des réseaux de chemins de fer, le Canada est le huitièine en parcours total, et le cinquième quant au nombre de milles! par chaque habitant. Le Grand frunk Railway suit parallèlement le système de navigation du Saint-Laurent, et se prolonge, à l'est, jusqu'a Québec et Portland. Le tralie sur cette longue ligne est déjà énorme, et il est établi qu'elle transporte annuellement pour 300000 iivres de grain. l'origine de cette entreprise se rattache à de grandes folies d'agiotage, comme ne le savent que trop, pour leur malheur, ses primitifs actionnaires anglais; mais, dans ces derniers temps, grâce à une prudente et énergique direction, elle marche de pair avec la prospérité génerale du pays, et spécialement de l'Ouest, dont elle tire ses principales ressources. Sur le Grand Trunk, à Levis, s'embranche F{rtercolonial Railway, construit par le gouvernement, qui traverse le Nouveau-Brunswiek et la Nouvelle-Écosse à Halifax, avec une branche sur Saint-Jean, et le boyau de Canso, d'où
il doit bientôt se relier au port historique de Louisbourg, le plus rapproché de l'Europe. Sur la rive septentrionale du Saint-Laurent s'étend, de Québec à Ottawa et au delà, une autre ligne, qui, dans une certaine mesure, fait concurrence
au Grand Trunk. Le Great Western du Canada touche à des
points importants de la frontière américaine et contribue au
de ur ns y5, es- COrse vec ‘où , le du une nee des au