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développement du commerce occidental. De nombreuses lignes subsidiaires partant de diverses villes pour les riches districts miniers et agricoles, favorisent encore le trafie général, Un projet éminemment national est le Canadian Pacific Railway, qui forme une route continue de 3000 milles, depuis l'océan Pacilique jusqu'à Montréal. De sa prompte exécution dépend en grande partie l'avenir du Canada, car, avec le développement du Nord-Ouest, une ère nouvelle doit s'ouvrir pour le peuple canadien.
Il y a tout lieu de croire qu'à l'automne de 1883 une communication par chemin de fer, allant au moins jusqu’au pied des montagnes Rocheuses, traversera ee beau pays, dont lord Lorne a parlé en termes si éloquents. Des embranchements sant également projetés dans diverses directions, dont un se drigeant sur la baie d'Hudson par la rivière Nelson, et il est tout à fait possible que les demandes du commerce dans le Nord-Ouest fassent ouvrir cette nouvelle route, qui offrira certainement une communication de trois mois avec l'Europe. On assure que le Northern Pacific, maintenant que les Etats- Unis sont entrés dans une nouvelle ère d'entreprise commerciale, sera terminé dans le cours de 1883, et, comme le Canadian Pacific se veliera à cette ligne par ses embranchements, le commerce du Nord-Ouest ne manquera pas de débouchés à l'avenir, Le puissant syndicat qui administre actuellement le Canadian Pacifie attire largement les colons paï les conditions avantageuses auxquelles il leur cède les terres qu'il tient dela libéralité du gouvernement canadien. Espérons que les efforts faits par la compagnie ct par les autorités canadiennes pour le développement du Nord-Ouest éveilleront dans le peuple anglais une sympathie qui assurera l'avenir de cette région. À l'heure qu'ilest, il existe dans la Dominion plus de 8000 milles de chemins de fer construits. Quant à leur produetion totale, les statistiques officielles de 1881 accusent un accroissement de 90 livres et { shilling par mille sur les profits de l'année précédente; et les profits nets de cette même année ont dépassé 1400000 livres. L'année actuelle présentera sans aueun doute un progrès analogue, ear elle s'est distinguée
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jusqu'ici par une grande activité dans toutes les branches d'industrie. Pour donner une idée de l'intérêt que prend le peuple canadien au développement industriel de son beau pays, il suflira de dire qu'il a contribué jusqu'ici pour plus de 200 millions de dollars (4 milliard) à la construction de ses chemins de fer et de ses canaux. C'esi là une réponse suffisante à ces écrivains anglais qui, de loin, accusent le Canada de prodigalité et signalent ses dettes fédérales et provinciales comme autant de raisons pour que les capitalistes anglais ne lui prètent point leur assistance. C'est de l'ingratitude, car les grosses sommes dépensées par le Canada l'ont été pour les intérêts impériaux sur le continent américain, Il faut signaler notamment l'/ntercolonial et le Pacific Railway, qui sont certainement impériaux dans leur conception, et auxquels le gouvernement n'a donné aucune aide substantielle, sauf, dans une occasion, la garantie impériale.
Une autre considération à noter, c'est que le développement du Nord-Ouest doit donner une impulsion considérable à l'esprit d'entreprise dans les anciennes provinces, qui ont déjà créé une superbe marine. Le commerce de l'Ouest appartient dans l'avenir aux navires anglais et canadiens. Il est notoire que le tralic américain est en grande partie transporté par des navires étrangers. Le New-York World disait, le lendemain des funérailles du président Garfield : «Mardi dernier, il y avait dans le port de New-York cinq cent quatrevingt-quatorze navires, bateaux à vapeur ou embarcations de toute sorte, dont le pavillon flottait à mi-mäât en signe de deuil. Tous les steciners océaniques et les deux tiers des autres navires portaient des pavillons étrangers.» Pendant que la marine äméricaine est dans un tel état d'infériorité, les Canadiens construisent et emploient une flotte considérable. En 1881, les Etats-Unis, avec une population de 50 millions d'habitants, ne possédaient qu'une marine commerciale de & willions de tonnes, dont 1 million était employé sur les lacs du Nord et les rivières de l'Ouest. En 1880-1881, la marine du Canada, pour une population qui n'était que du douzième de celle des Etats-Unis, s'élevait à 4 300 000 tonnes. Les Ca-
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nadiens espèrent donc naturellement que, par l'extension de leur commerce, leur marine pourra un jour dépasser les Etats- Unis, et même prendre rang après la Grande-Bretagne sur la liste des puissances maritimes.
Si l'on considère la Dominion au point de vue de la condition sociale, on verra que les anciennes provinces offrent plusieurs avantages à ceux qui veulent s'y établir; mais il est à peine besoin de dire que le pionnier du Nord-Ouest doit s'attendre aux privations et aux difficultés dans les premières années de sa résidence. Toutefois, les communautés nouvelles de l'Ouest progressent rapidement aussitôt l'apparition des chemins de fer, et l'on peut affirmer que, d'ici à dix ans, Manitoba et les nouvelles provinces à former dans la région ne seront pas au-dessous des anciennes sous le rapport de leur condition sociale. Un laps de peu d'années opère une métamorphose frappante dans la vie du pionnier industrieux. L'auteur de cet article se souvient d'avoir visité, il y a vingt ans, un établissement nouveau dans un comté du Nord-Ouest. Une hutte en bois, au milieu d'une petite clairière, abritait un jeune couple qui travaillait à se faire un Aome à quelque vingt milles du village le plus voisin. Quelques ilots de blé et de pommes de terre perçaient au milieu de trones d'arbres; une vache et un cheval formaient tout leur stock de bestiaux. Le jeune colon et sa femme étaient deux courageux Anglais du Devonshire, un peu mieux élevés que ne l'est la généralité des paysans en Angleterre, et, d'année en année, le soleil éclaira des emplacements plus vastes et mürit des moissons plus étendues. Les communications se créèrent; un village surgit sur le bord d'un courant d’eau, qui mit bientôt en mouvement les roues de quelques industries.
L'année dernière, le même auteur revint dans ces mêmes lieux. Quel chan,;ement ! La cabane avait fait place à une jolie maison de briques, derrière laquelle une belle grange renfermant les récoltes du propriétaire. L'habitation montrait une
aisance et même un luxe que les gens de la même condition, en Angleterre, n'auraient jamais rèvés : dans le salon, un piano, des gravures d'un bon choix, des tapis, un mobilier de noyer, tandis que la cuisine et l'office aceusaient une chère très confortable. Trois robustes garçons et deux belles filles, instruits à l'école du village, représentaient une nouvelle génération des Canadiens, élevés dans l'aisanee et n'ayant jamais connu la gène primitive de leurs parents. C'était jour de marché au village, et l'auteur y compta vingt-sept tilburys fort bien tenus et plusieurs chariots appartenant aux cultivateurs des environs. Tel est le progrès qu'il ÿ a raisonnablement lieu d'atterdre dans les années à venir.
Le Canada est, sans aucun doute, la vraie patrie des gens peu fortunés qui n'arrivent pas à joindre les bouts dans l’ancien monde. Un homme possédant 100 ou 200 livres sterling de revenu peut acheter une petite ferme ou un lopin de terre dans le voisinage d'un bourg ou d’une ville, et jouit d'une somme d'indépendance impossible à réaliser au milieu de la concurrence européenne; #00 livres au Canada donneront plus de bien-être que le triple de cette somme en Angleterre, En somme, les habitants du Canada vivent aussi bien que leurs voisins des Etats-Unis. Toutes les nécessités de la vie y sont abondantes et à bon marché. La terre y produit ces fruits que les classes pauvres de la Grande-Bretagne sont obligées de s'interdire. Les pommes et les prunes viennent à profusion dans toutes les provinces; les pèches et les raisins mürissent à merveille dans l'Ontario. La vigne devient même, d'année en année, un important objet de culture et donne des vins comparables aux vins légers de France et d'Allemagne.
Les importations du Canada indiquent la façon de vivre de la population au point de vue de ce qu'elle achète aux pays étrangers. Le Canada paye annuellement à l'Angleterre 1 600 000 livres sterling pour lainages et 2 millions pour coton manufacturé. Mais ce sont là des articles de nécessité; il faut regarder ailleurs pour apprécier les goûts plus ou moins dispendieux des Canadiens : 500 000 livres en moyenne sont payées pour les
soieries ; 200 000 livres pour chapeaux et coiffures des deux sexes ; 101 000 livres pour les fourrures; 100 000 livres pour bijouterie et orfèvrerie ; plus de 200 000 livres pour le tabac et les cigares. Les maisons absorbent pour 450 000 livres sterling de tapis et toiles cirées, la plupart venus d'Angleterre. L'horlogerie fait sortir du pays une somme de 50 000 livres, les instruments de musique 600 000 livres. Le dehors fournit encore en papier de toute sorte, y compris les tentures d'appartements, une valeur de 200 000 livres. La carrosserie importée représente une somme d'environ 30 000 livres. La consommation du thé, du café et du sucre peut s'apprécier par ce fait que la population dépense annuellement de 4 400 000 à 1 600 000 livres pour ces articles.
On pourrait prolonger encore cette énumération, qui démontre que les Canadiens ne se refusent point les jouissances de la vie. Ges chiffres augmentent graduellement à mesure qu'augmente la capacité d'achat. Les importations de 1880- 1881 ont atteint la somme de 21 millions de livres sterling, ce qui constitue un excédent de 4 millions sur celles de l’année précédente, Et il ne faut pas oublier que le Canada est un pays manufacturier et qu'il exporte un grand nombre d'articles, tels que pianos, voitures, chaussures, papier, tweeds, sucres, etc. En somme, les exportations sont dans une proportion rationnelle des importations, grâce à la surabondance des récoltes et aux demandes constantes de l'étranger.
Les Canadiens ont eu de longues luttes à soutenir contre la mer et la forêt, mais depuis qu'ils ont pris le dessus, ils ont pu acquérir cette culture intellectuelle qui accompagne un état social perfectionné. Il y a quarante ans, à peine un enfant sur quinze fréquentait les écoles; aujourd’hui la proportion est de un sur quatre, Les universités, collèges ou écoles supérieures sont au nombre de 500 environ; les écoles primaires se chiffrent par 44000, fréquentées par plus de 4 million d’élèves et entretenues par une contribution de
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1400 000 livres sterling. La province de l'Ontario, la première sous le rapport de l'instruction comme sous tous les autres, dépense pour ses écoles de 600 000 à 800 000 livres sterling, soit 100 pour 100 de plus qu'en 1867, et il n'y a qu'à visiter ces établissements, supérieurement aménagés et pourvus, pour voir de quelle manière profitable cet argent est employé. De 1855 jusqu'au jour présent, il a été dépensé environ 440000 livres en cartes, matériel scolaire et livres de prix, à l'exclusion des bibliothèques publiques, qui comptent 300 000 volumes. L'importation annuelle de la Dominion en livres et publications périodiques forme une valeur de 200000 livres, ce qui, joint aux 30 millions de jour. naux ou revues qui passent annuellement par les bureaux de poste du Canada, indique jusqu'à quel point la population est désireuse de suivre le mouvement intellectuel. Toutefois, ce serait une erreur de croire que le Canada dépend exelusivement de l'extérieur pour la nourriture littéraire ou les informations courantes; ses 400 à 500 journaux quotidiens ou hebdomadaires fournissent amplement de quoi lire à chaque section de la Dominion. Le Nord-Ouest, lui-même, qui n'avait qu'un seul journal il y a dix ans, en possède aujourd'hui 16 pour le moins, dont 4 quotidiens. Les auteurs du Canada augmentent en nombre autant qu'ils se perfectionnent dans l’art d'écrire, et chaque année voit éclore des récits d'un ordre non inférieur, dont la plupart, il faut le remarquer, se rapportent à l'histoire nationale de cette contrée si intéressante.
Les églises et les édifices publics peuvent soutenir la com. paraison avec l'architecture de « l'Etat empire » de New-York. Quant aux habitations privées, elles attestent, par leur élégance et leur aménagement, une civilisation qui n’est point à son début. Il y a douze ans, les représentations théâtrales se donnaient dans des constructions rudimentaires qui n'étaient, en certains endroits, que de simples baraques en planches; aujourd'hui, toutes les grandes villes ont une ou plusieurs salles de spectacle fort bien appropriées à leur destination. Une autre preuve de l'esprit de culture actuellement répandu
dans le Canada, jusqu'ici regardé comme une contrée prosaïque et purement utilitaire, est l'établissement des écoles d'art dans les grands centres. Il existe même une Académie des beaux-arts, due à la généreuse initiative du marquis de Lorne et de la princesse Louise. Déjà un grand nombre de jeunes gens ont embrassé la carrière artistique et quitté momentanément leur pays pour aller se perfectionner dans les écoles d'Europe par l'étude des grands modèles, Les goûts artistiques de la population canadienne ont leur mesure dans la valeur des tableaux et gravures de mérite apportés dans le pays, valeur dont le chiffre s'élève annuellement à plus de 100 000 livres. Ces importations ont lieu en franchise de tous droits, dans le but de favoriser autant que possible l'introduction d’un aussi précieux agent de culture.
Les faits qui précèdent ne sont qu'un abrégé des renseignements à l'aide desquels on peut rendre palpables les progrès intellectuels accomplis dans une région qui n'était, il y a cinquante ans, qu'une solitude de rivière et de forêt, et n'avait pas { million d'habitants. Et pourtant il sera difficile de détruire les préjugés qui dominent à cet égard dans certaines classes du peuple anglais. Grâce aux journaux illustrés de la Grande-Bretagne, bien des gens se représentent le Canadien comme un homme blane, il est vrai, mais vètu d'une simple couverture et ne marchant que sur des raquettes. Il faut savoir gré à ces feuilles de n'en pas faire un sauvage avec le costume indien et les plumes. Les plaisirs du pays consistent, il est vrai, dans certaines pratiques toutes locales. telles que patiner, glisser sur la neige, pècher le saumon ou camper dans le voisinage d’intéressantes tribus indiennes; mais il ne s'ensuit pas qu'elles résument toutes les jouissances des classes aisées, Si ces écrivains et ces artistes veulent se faire une juste idée des mœurs canadiennes, ils n'ont qu'à venir dans la Dominion à la condition de pénétrer dans le cœur du pays et de se mèler à la vie intime des habitants; ils pourront se convaincre alors que les connaissances et le bon goût ne sont pas absolument confinés au centre de l'empire britannique, mais que tout cela fleurit dans une dépendance qui a
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d'ailleurs conservé les traditions de la civilisation française au dix-huitième siècle.
Il nous reste maintenant à examiner les institutions politiques du Canada. Ces institutions paraissent admirablement combinées pour stnauler l'énergie nationale, et donner la plus grande somme de liberté compatible avec Ia paix publique et les conditions d'un bon gouvernement. Antérieurement à 4840, les provinces étaient agitées par des troubles politiques, aujourd'hui heureusement apaisés, grâce à l’extension des droits populaires et à la concession d'un gouvernement responsable. Depuis lors, elles sont régies par un système calqué sur la constitution britannique, autant que cette constitution peut s'appliquer à une dépendance coloniale, et il en est résulté un accroissement notable de prospérité dans toutes les elasses. Les gouvernants anglais ont appris par l'expérience que le meilleur moyen de rattacher à l'empire une possession importante était de lui octroyer un gouvernement local, dans le sens le plus étendu de ce terme, et de n'exercer de contrôle que sur les matières d'intérêt impérial, par le ministère d'un gouverneur général, agissant au nom de la couronne et responsable envers elle. En effet, l'union fédérale des provinces a développé leurs ressources intérieures, en même temps qu'elle leur à donné, au point de vue des intérêts britanniques, une importance qu'elles n'auraient jamais acquise en demeurant isolées. Dans la mise en pratique de ce système, le peuple canadien n'avait qu'à se modeler sur deux grandes nations, l'Angleterre et les Etats-Unis, auxquelles il a nécessairement et sagement emprunté certaines institutions politiques. Le régime fédéral du Canada se rapproche beaucoup de celui de la grande république américaine, avec cette différence qu'il présente un plus grand élément de force par la distribution des pouvoirs respectifs du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux. Dans le système en vigueur aux Etats-Unis, chaque Etat est souverain, en ce sens
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qu'il possède tous les pouvoirs non attribués par la constitution au gouvernement fédéral, Dans le système canadien, le pouvoir législatif des assemblées locales est limité aux objets qui leur sont spécialement assignés par l’Acte de l'Union; tout le reste rentre dans le domaine du parlement du Canada. Dans les cas de conflit, la décision des hautes cours a toujours eu pour effet d'assurer au parlement de la Dominion le contrôle et la détermination de toutes les questions d'intérêt national, et de maintenir les législatures locales dans les limites de leurs pouvoirs statutaires, De cette façon, les gouvernements provinciaux ne sont pas autant de souverainetés partielles, recélant une menace permanente pour la paix et la stabilité du gouvernement général, duquel dépend la grandeur future de la Dominion; ce sont des corps investis de certains pouvoirs inférieurs et définis, ayant un caractère purement local où municipal. Il faut ajouter que, tout en fortifiant ainsi l'autorité centrale, la constitution a donné à chaque province toute la liberté d'action nécessaire au développement de ses propres ressources, L'éducation, les travaux d'utilité publique, les communaux, les mines, tout ce qui est, en un mot, d'intérêt local, appartient aux provinces; et il n'y a qu'à suivre l'histoire des quinze dernières années pour voir quels progrès ont été réalisés dans toutes ces branches. Aucun autre système, c'est-à-dire un système moins protecteur des franchises et des institutions locales, ne pourrait satisfaire la section française du peuple canadien, Tel qu’il fonctionne actuellement, depuis le grand acte de l'Union, il a supprimé toutes les causes de mécontentement, et il n'y a pas aujourd'hui de membre plus loyal de la confédération que la province de Québec, autrefois vue avec défiance par le gouvernement anglais.
Mais ce n'est pas uniquement dans la distribution des pouvoirs que le régime canadien possède un élément de force qui le rend supérieur à la constitution des Etats-Unis. Si le Canada à pris pour modèle, à certains égards, Union fédé-
rale de ses voisins, d'un autre côté son gouvernement repose sur les grandes et intbranlables bases de la constitution non
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écrite du peuple anglais, La reine, d'après l'Union Act, fait partie du parlement canadien, et c'est en elle que réside le pouvoir exécutif, exercé par un gouverneur général, nommé et révocable uniquement par la couronne. Conséquemment le souverain y est toujours représenté ; il ne meurt jamais, il ne change pas avec la fortune des partis politiques, et c'est la permanence du pouvoir exéeutif qui donne au Canada, comme à toutes les autres dépendances de l'empire, les garanties d'ordre et de stabilité inconnues dans un système électif, sans cesse agité par la lutte des ambitions rivales, Le gouverneur général, dans l'exercice de ses fonetions, agit invariablement d'après l'avis des ministres, conformément à ce sage principe britannique qui isole le souverain de tous débats parlementaires, et veut qu'il y ait toujours un ministre responsable pour chaque acte du pouvoir exécutif. Les périls qui environnent l’exéeutif dans la république américaine ont été tristement mis en évidence, il y a peu de temps, par la mort du président Garfield,
Homme de cœur, luttaut contre la destinée Et tombant avec gloire.
Il est reconnu que M. Gartield est tombé vietime du fatal système qui rend le président responsable de toutes les nominations aux emplois publies. « Un million d'hommes besogneux où ambitieux, à dit un penseur américain à cette occasion, assiègent le président pour les cent mille places dont il dispose, L'assassinat le guette constamment dans la concentration et la distribution du patronage. » Toutes les querelles pour la distribution de ces places, toutes les compétitions qui surgissent dans le parti qui a élu le président retombent plus où moins sur la tète du chef de la nation, qui supporte tout le poids de ce périlleux fardeau. Il n'en est point de même pour le gouverneur général du Canada ; représentant d'un souverain «qui ne peut faillir », il demeure étranger à toutes les luttes des partis.
La distribution des emplois est toujours grosse de difli-
cultés dans un pays où règnent les institutions populaires.
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L'atroce doctrine : « Aux vainqueurs les dépouilles », est la loi fatale de la démocratie, et il faut plaindre les nations que les politiciens ont infectées d'une aussi honteuse plaie. Le Canada, jusqu'ici, a heureusement échappé à cette infection ; aussi ses fonctionnaires sont-ils en général des hommes honorables et dévoués au bien public. Les cas de malversation sont parmi eux extrèmement rares, bien que les occasions soient nécessairement fréquentes, dans un pays où chaque section a ses banques publiques d'épargne, ses bureaux de poste, ses douanes, etc.; c’est pourquoi ils jouissent d'une grande réputation d'intégrité.
Avec un système fédéral réunissant la force du pouvoir central et la liberté locale d'action, avec un exécutif permanent et indépendant des caprices et des passions populaires, avec un service civil étranger à la politique et assuré de son lendemain, le Canada possède !: éléments de stabilité très encourageants pour ceux qui vicunent s'établir sur son territoire. Et ce n'est pas non plus un des moindres avantages du Canada que son peuple se montre plus respectueux de la loi et du bon ordre que ne l'est, en certaines circonstances, le peuple américain. De temps en temps, on voit, aux Etats-Unis, des bandes de citoyens pénétrer de force dans les prisons et pendre les criminels, sous prétexte que « la justice et les tribunaux ne sont qu'une farce. » Le vicieux système d'une judicature élective n’a jamais trouvé de partisans au Canada. Les juges sont heureusement en dehors de toute influence politique, et ne peuvent ètre révoqués que par des décisions du Sénat et de la Chambre des communes ; conséquemment il ya une confiance générale dans l'intégrité et l'indépendance de la magistrature. Depuis que le régime britannique est établi au Canada, on n'a pas vu un seul juge remplacé pour corruption où conduite répréhensible dans l'administration de la justice. Ajoutez à cela que la population est douée d'un sens moral qui sauvegarde la pureté de la vie domestique et fortilie le lien du mariage. Tout dernièrement, à New-York, un elergyman signalait du haut de la chaire ce fait regrettable que, depuis un an, deux mille quatre cents di-
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