BON CONSEIL
Il y à un conseil d’une très grande importance que nous devons donner aux émigrants, c'est d’être bien attentifs à adopter les méthodes dont lu sagesse et les avantages ont été démontrés par l'expérience, et non pas de perdre leur temps à vouloir implanter dans un jeune pays les coutumes et les usages de leur patrie. Par exemple, pour ce qui regarde le labour des prairies, la méthode suivie dans le Manitoba est bien différente de celle des autres pays. Les prairies sont couvertes d’un gazon très dur qu'il faut détruire pour rendre le terrain propre à la culture. L'expérience a prouvé que la meilleure manière est de ne labourer qu’à une profondeur de deux pouces et de retourner un sillon de 12 à 14 pouces de large.
Tout labour fait avant la mi-juin doit être semé en avoine, en lin ou en pommes de terre. Le colon pourra ainsi s'assurer d’une récolte et préparer en même temps sa terre pour les récoltes suivantes. En conséquence, l’immigrant doit, autant que possible, arriver au printemps pour opérer ce labour en temps opportun. Après la mi-juin l'immigrant devra renoncer à la récolte de l’année, mais pourra employer le reste de la saison à faire ses constructions, préparer ses instruments et ses plans d'opération pour la campagne suivante. De fait, les mois de juillet et septembre sont très propres pour arriver au pays,
faire le choix des terres et adopter les démarches nécessaires à une installation.
Cet automne, on a récolté 40 ou 50 minots d'avoine sur une terre labourée au printemps de la même année. Un colon pourra parfaitement récolter quelque chose sur une terre labourée en mai ou pendant un autre mois. Lorsque le gazon est bien détruit, la terre devient molle et friable. Les gelées d'hiver semblent avoir pour effet de pulvériser la terre et de suppléer grandement aux travaux de l’homme.
Il est arrivé quelquefois que des colons des vieux pays, habitués au labour profond, ont essayé ce système au Manitoba, au mépris des conseils de Icurs devanciers. Ces hommes ont appris à devenir plus sages, par les désappointements cruels qu'ils ont éprouvés. Cela leur a servi de leçon, mais elle coûte si cher qu’il vaut mieux s’en dispenser,
Avant que les prairies n'aient été labourées, le gazon est très dur et très difficile à briser, mais les années suivantes le labour devient très facile, vu la friabilité du sol et on emploie alors avec avantage les charrues à plusieurs socs.
En conséquence des difficultés que présente le premier labour, il est plus avantageux au colon de se servir de bœufs que de chevaux, surtout si l'on considère que les chevaux soumis à un ouvrage fatigant sont exposés à devenir malades, s'ils ne sont pas habitués à la nourriture et au climat du pays. Un correspondant, engagé depuis longtemps dans de grandes opérations agricoles, donne ainsi le résultat de ses expériences : ‘J'ai examiné la somme d'ouvrage faite par les ‘ charrues de différentes grandeurs, et voici le résultat que j'ai obtenu ‘ après des examens nombreux et attentifs. Premièrement, la char- “ rue de douze pouces trace un sillon de 114 pouces environ, dix sil- ‘ Jons mesurant de 9 pieds 6 pouces à 9 pieds 8 pouces. La charrue “ de 14 pouces creuse un sillon de 13 pouces en moyenne, et la char- “ rue de 16 pouces, un sillon d'environ 15 pouces. Comme nos sil- “ons ont exactement deux milles de longueur, d’après mes calculs, “ trois charrues de 12 pouces, laboureront 5 acres 147 perches, ou ‘ chaque charrue, 2 acres moins 44 perches par jour. Six chevaux ‘ ou deux charrues de 14 pouces, laboureront 4 acres et 52 perches “ par jour. Deux charrues de 16 pouces, avec trois chevaux chacune, & feraient 5 acres par jour, laissant en faveur de la charrue de douze
( pouces, une différence de & d'acre. Les trois charrues de 12 pouces ‘* exigent un homme de plus, mais son salaire est plus que compensé “ par les & d’acre labouré.” On doit remarquer cependant que des chevaux nouvellement importés dans le Manitoba ne sont pas en état de résister pendant deux mois à un travail aussi fatigant que celui dont parle le correspondant dans la lettre que nous venons de citer. C'est pour cette raison qu’il est plus avantageux de se servir de bœufs qui ne sont pas exposés aux mêmes inconvénients, Le même correspondant ajoute qu’une paire de bœufs peut labourer un acre et demi par jour, et cela tous les jours, tout en ne nécessitant que très peu de dépense pour leur nourriture. Les gages d’un homme pour les conduire sont d'environ trente piastres, ou 150 francs par mois sans pension.