QUELS SONT LEN BONS EMIGRANTS
Comme je l'ai dit plus haut, il ne suffit pas de lire cette brochure à la hâte : il faut la lire attentivement, l’étudier, la comprendre.
I] faut surtout ne pas me faire dire ce que je n'ai pas dit, T1 faut tout lire, ou, si vous ne lisez pas toutes les pages, lire au moins entièrement les phrases.
Quand je dis par exemple : ** Au Canada, avec du couruge et de la persévérance, on est certain de trourer l'aisance, sinon la fortune..." ne lisez pas: * An Cunadi on est certain de trouver..….la fortune." Ne prenez pas ce qui vous plait, en jetant loin de vous ce qui vous déplait. Sans être évanséliste, je tiens à ce que l’on ne falsifie pas mes écrits.
Tâchons done de nous comprendre ; il me semble que cela n'est pas bien difficile. J'ai rédigé en Belgique plusieurs journaux populaires, écrit des douzaines de brochures, donné des centaines de conférences, écrivant et parlant toujours pour le peuple qui me comprenait et qui prouvait même qu'il m'aïmait. Pourquoi ne comprendrait-on pas mes brochures sur l'Emigration ?
Je mettrai donc attentivement les points sur les TL. J'ai le droit de dire clairement et franchement tout ce que je pense, car je ne suis payé ni pour écrire, ni pour parler, ni pour me taire. Je ne suis l'agent salarié d'aucun gouvernement, d'aucune société. Ce que je décris, je l'ai vu; ce que je dis, je suis prêt à le prouver.
Je vais donner une preuve de ma franchise. Ce n'est pas le seul
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désir de rendre service à mes compatriotes qui me fait écrire cette bro- Mes faibles moyens ne
chure et entreprendre un voyage en Belgique, Puis,
me permettent pas ces grandes dépenses de temps et d'argent. je compte moins que jamais sur la reconnaissance de ceux que je pour: ais obliger. Des amis de la Colonisation ont dû me presser longtemps et prendre sur eux la plus grosse part de mes frais de voyage pour me décider à partir.
Vous le voyez, lecteurs, je ne m° pose pas même en bienfaiteur de l'humanité.
[ m2 plait de donner des conseils à ceux qui m'en demandent, Mais à cela seul se borne la mission que je me suis imposée.
Je ne veux ni ne puis rendre d'autres services aux colons, qu'on C'est encore un avertissement crès-important. Cette
le retienne bien.
Un in-
année, certains de mes compatriotes ont trop compté sur moi, dividu que j'ai hébergé avec toute sa famille pendant trois semaines, à qui j'ai procuré une bonne place, (qu'on a été forcé de lui retirer plus tard) à qui j'ai prêté de l'argent qu'il n'a pas encore eu le temps de me rendre, au lieu de travailler passe son temps à écrire de nombreuses lettres dans l'intention de me nuire. S'il m'apportait rien que l'argent des timbres qu'il dépense inutilement, ee serait toujours cela de pris sur l'ennemi.
Voilà donc bien du trouble et cela pourquoi ?
Un homme que je n'aurais pas reçu chez moi, à qui je n'aurais pas rendu de grands services, pouvait-il me jouer la même farce ? Evidemment non. Que l’on dise du mal de moi, que l'on me calomnie, cela m'inquiète fort peu. Chaque homme a ses ennemis et ses. détracteurs, et l’on doit en avoir beaucoup quand on quitte comme moi le chemin battu. Mais ce serait une folie que de m'exposer une seconde fois à payer moi-même: les frais de la guerre qu'on me fait.
Je ne parlerais pas de tout cela, si le même individu ne me fournissait l’occasion de prouver que, pour réussir au Cunadu, on doit pouvoir compter sur soi-même, sur son travail, sur les fonds dont on dispose pour les frais d'installation. J'aurai d’ailleurs la charité de ne pas nommer mon Calomniateur...... intéressé.
Quand c2 monsieur est arrivé ici, il n’avait pas même les fonds J'eus le malheur de lui
névsssaires pour retirer ses malles à la gare.
sl |
venir en aide avec trop d'empressement, Le lendemain il revint à la «charge, Puis il s'établit et, ne connaissant pas le métier qu'il voulait | faire, manqua de besogne. Quand je dus renoncer à nourrir une se-
conde famille, il arriva ce qui arrive toujours: on voulut me mordre. | Belges, qui voulez venir au Canada, n'agissez pas en aveugles. |
Songez-y bien, voyez si vous réunissez les conditions voulues pour
réussir, conditions que je vais développer le plus clairement possible.
PET ln nes
Ni vous êtes bien en règle, vous pouvez sans crainte entreprendre | le voyage. Si au contraire vous passez mal cet examen, restez où vous l êtes.
Si vous partez dans de mauvaises conditions, ne vous en prenez - qu'à vous-mêmes en cas d’insuccès.
ps VA FAR. DE nt
d Quels sont les Belges qui peuvent venir s'établir au Canada ? |
Je ne conseille le voyage ni aux artisans, ni aux marchands, ni aux artistes, ni aux buralistes, ni aux littérateurs,
PE
Les cultivateurs seuls peuvent réussir ici, ou, pour mieux dire, <ertains cultivateurs trouveront ici le succès.
Quels sont ces cultivateurs ?....….
Ceux qui possèderont, arrivés ici, au moins trois mille francs. A -&ertains colons il faut une somme beaucoup plus grande. Le Los | Je vais m'expliquer.
> Rob ec es à
Pour commencer, je dirai que la question d'argent n'est pas ici la + question principale, Donnez cinquante piastres (1) à un bon bûche- ; .-+on-Cultivateur canadien, et il se tirera admirablement d'affaire.
. Avec 3,000 francs et mêm: plus, je ne réponds pas toujours du succès 1 + d'un cultivateur belge.
Si j'avais l’idée de faire venir ici le plus grand nombre de Belges
“possible, sans m'inquiéter de ce qu'ils peuvent devenir, je ne tiendrais « -ÿas le même langage.
Il y à au Canada, comme dan: tous les pays du monde, des ter- | -68 très-bonnes, des terres d'une valeur moyenne et des terres tout-à-
‘fait mauvaises, Même les meilleures terres sont assez difficiles à cul- “«biver les deux premières années.
Donc, pour commoncer, plus de futiques qu'au vieux pays.
-{1) La piavtre vaut fr 5.25 de notre monnaie.
it à Ja voulait une $semordre.
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Mais on obtient ces terres à un prix si minime, qu'il y a une large compensation. L2s plus médiocres donnent à leurs propriétaires des revenus satisfaisants. Nous ce rapport, le cultivateur canadien est beaucoup plus heureux que le cultivateur belge.
Il y à huit ans, un de nos compatriotes (1) s'établit à deux kilomètres de Sherbrooke sur une terre de peu de valeur: elle était rocheuse et, à certains endroits, bsaucoup trop humide, Mais le fermier avait de l'énergie et de l'ordre: aujourd'hui il est tout-à-fait à l'aise, Cependant il commença dans de mauvaises conditions. Ilétait veuf et de ses quatre enfants l'ainé seul pouvait lui rendre quelques légers services.
L'hiver du Canada ne saurait être comparé à l'hiver de nos elimats. Il est beaucoup plus rigoureux et dure plus longtemps. Gens frileux et maladifs, ne vous y exposez pas...
Mais ici le cultivateur ne doit jamais chômer pendant ja mauvaise saison : il transporte le bois de charpente ou de chauffage qu'il a bûché pendant les premières semaine: du printemps et il double ainsi ses revenus,
La bel!e saison étant plus courte que chez nous, on doit aussi $avoir travailler plus vite, perdre moins de temps. On plante les pôinmes de terre, on sème l’avoine, l'orge, le froment, le sarrasin, les betferaves et les navets, on cultive son jardin, on fauche les foins, on récolte ce que l'on a planté et semé, on fait les labours d'automne...en àllant d'une besogne à l'autre, pour ainsi dire sans trève ni repos.
Tout cela peut paraître assez dur; mais travaille-t.on beaucoup moins en Belgique ?...Et puis, qzelle différence pour les résultats ! Visitez l'habitation d’un petit fermier belge ; visitez ensuite celle d'un petit cultivateur canadien, et vous serez surpris en faisant la compa- Taison. D'un côté, à peine le stricte nécessaire: de l'autre l’ubondande. Je l'ai déjà dit et répété dans mes brochures: l’ouvrier eanadièn à une meilleure table et un meilleur lit que la plupart des bons fèrtiers belges,
Certains Européens trouveront qu'on ne s'amuse pas bexucoup i&i. Ên effet, sauf les fêtes nationales, on voit au Canada peu de ces réjouissances publiques dont on a l'habitude d'user et d’abuser en Euro-
(1) M. Luc, dé Bastogne,
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