‹ Le Canada ou Notes d'un colon [microforme]Chapitre 5 sur 17 · NON · texte numérisé non relu

NON

Pourquoi cela ?.. Les ouvriers européens sont-ils donc tellement bornés, tellement malad :s ct incapables, qu'ils ne sauraient vivre ici? Ou bien, est-ce la besogne qui manque au Canada ?

Rien de tout cela, mais.

Mais...la vérité est suuvent assez difficile à dire. Cependant j'ai toujours été sincère et je suis trop vieux pour changer. Je vais donc expliquer franchement pourquoi je ne puis conseiller aux ouvriers bel-

Re TIR

ges de venir ici. Les ouvriers français ou hollandais, qui liront cette brochure, verront jusqu'à quel point m:s observations leur sont applicables.

L'ouvrier b:lge, surtout l'ouvrier des grandes villes, tient, en général, beaucoup trop aux amusements. Il a ses cafés de prédilection, ses sociétés, ses réunions, scs habitudes auxquelles il ne renonce pas volontiers. Sans être toujours ce qu’on appelle un bon chrétien, il fête non-seulement les grands saints du calendrier, mais il en invente encore lui-même, par exemple Saint Lundi. Souvent il lui faut son petit verre le matin, à midi et le soir ; ce dernier est même à répétition.

L'ouvrier des petits villages et de la campagne est aussi grand partisan des fêtes. Il fait partie d'une société colombiphile, d'une société d'Harmonie ou de Fanfares, d’une société de Tir-à-l’Arc à la perche ou au berceau, d’une société dramatique, etc., etc. Kermesse du village; Kermesse du village voisin ; funérailles suivies d'actions... d'éclat à table et au comptoir du plus proche café; veilles des fêtes, fêtes et lendemains des fêtes ; noces et baptêmes; réunions et excursions : deux cents jours de fêtes plus ou moins observées... par année.

C’est une habitude, c’est une manie, c'est une maladie, c'est une vraie épidémie de fêtes, de distractions, de plaisirs et de réjouissances.

Quand on vient ici avec ces habitudes, on a perdu avant de jouer. Je me suis expliqué à ce sujet dans le second chapitre de cette brochure.

Puis, vient la question du salaire,

J'ai dit, dans une de mes brochures distribuées en Belgique l’an dernier, qu'ici la moindre journée est de cinq francs. Cependant beaucoup d'ouvriers belges ont dû se contenter d’une somme inférieure. On 4, par exemple, donné à des valets de ferme de cinquante à soixante francs par mois, avec logement et nourriture; il en est même à qui l'on

n'a payé que quarante francs.

Cela fait dire à certains gros malins que j'ai mal renseigné les colons.

Je vais prouver à ces messieurs qu'ils se trompent.

À Bruxelles, un bon ouvrier typographe, gagne facilement cinq

francs par jour; j'en ai connu qui gagnaient beaucoup plus. Suppo-

sons maintenant qu'un excellent ouvrier forgeron, ou un menuisier

DE y PO

tout-à fait au courant de son métier, aillent se présenter chez un imprimeur en prétendant gagner—comme typographes—le même salaire que les typographes de profession. Leur offre sera-t-elle acceptée ?.. Evidemment non; mais le patron leur dira: “ Quand vous connaîtrez le métier, vous aurez droit au salaire.”

Eh bien ! la même chose se passe ici. Les ouvriers qui ærrivent au Canada, quelles que soient leurs capacités, doivent s'habituer au système canadien. Il n'y a pas plus de différence entre un forgeron et un typographe belges, qu'entre un cultivateur belge et un cultivateurdéfricheur Canadien. L'homme qui arrive ici, doit tout apprendre, mais l'apprentissage peut être de courte durée, quand on possède les premières notions.

Pas loin de ma maison iravaillaient, il y à quelques semaines, trois bûcherons canadiens. (C'étaient trois jeunes gens, dont l'aîné n'avait pas trente ans. Ils gagnaient fr. 5.25 par jour, le logement et la nourriture. J'allais les voir tous les jours, et j'avais d'autant plus de plaisir à leur voir abattre beaucoup de besogne, que c'était moi qui les payais.

Un jour je vis arriver chez moi un jeune ouvrier belge qui avait l'air mécontent, très-mécontent.

“ Il voulait avoir UNK EXPLICATION avec :aoi !…

Je priai mon visiteur de s’asscoir et de me dire ce qu’il voulait.

Voici le compte-rendu exact de notre entrevue et de ce qui s’en suivit :

“Vous avez écrit dans votre brochure flamande, à la page 29, que JE gagnerais ici cinq francs par jour, le logement et la nourriture, et cela pendant les 365 jours de l'année, On ne veut pas me payer ce salaire-là, donc vous avez menti.

—Merci du compliment..….Je vais chercher une de mes brochures et voir si, en effet, j'ai écrit cela...Ce serait un grand bonheur pour vous, car je m'engagerais volontiers à vous payer ce salaire afin d'échapper à vos justes reproches...”

J'ouvre la brochure à la page indiquée et je lis :

“ Lorsque le petit cultivateur a terniiné ses travaux agricoles et & qu’il n’a plus rien à défrich:r pour sou propre compte, il se dirige

rest RTS APE pd TPE

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