‹ Le Canada, son histoire, ses produits et ses resources naturellesChapitre 29 sur 29 · CHASSE ET PÊCHE · texte numérisé non relu

CHASSE ET PÊCHE

Le Canada a longtemps passé pour le paradis des chasseurs, à raison de son gibier. Les règlements de chasse ne sont pas aussi sévères que dans le vieux monde. Ils ne se rapportent qu'à la prohibition pendant la période " close " ou l'époque de la reproduction. Le gibier est propriété commune, on a le droit de chasse sans même po.sséder de fief. Le colon y trouve sa subsistance, le di.sciple de St. Hubert son plaisir, le chasseur et le trappeur leur gagnepain. Les animaux sauvages ou carnassiers, comme la panthère, l'ours et le loup, autrefois si nombreux, ont été refoulés vers les profondeurs des grandes forêts septentrionales, ou se sont réfugiés sur le haut des chaînes de montagnes. Pour l'aventureux chasseur que n'eflTraient pas les sommets neigeux

LE GUIDE CAXADIEX. 167

des Montagnes Rocheuses et les chaînes du Selkirk, dans le Far West, nul doute qu'il a))attrait encore de belles pièces et en abondance.

Les eaux du Canada fourmillent de gibier sauvage, le printemps et l'automne, lors de ses migrations, vers le sud où il passe l'hiver.

Quant à la geute poissonnière, nulle part ailleurs, sur le côté américain do l'Atlantique, la pêche n'est comparable à celle des eaux du Dominion.

Pour donner un avant-goût au chasseur du plaisir qui l'attend, dans nos parages, esquissons les différents animaux de nos i'ox'éts, et les endroits de chasse les plus fameux.

En tête des animaux sauvages figurent : la panthère, le chat sauvage, le lynx ou loup cervier, le renard, le loup, l'ours, le bison, l'orignal, le wapite, le caribou, le chevreuil, le cerf, l'antilope, la chèvre des montagnes, le bœuf musqué, le mouton des montagnes, l'écureuil, la marmotte, le lièvre, le porc-épic, le lapin, le chat sauvage, le blaireau. Font partie des animaux à fourrure, la belette, l'hermine, le rat musqué, la loutre, le castor, la martre, le putois, le carcajou. et sur les côtes maritimes, le phoque.

En fait de gibier à plumes, le Canada possède la perdrix, poule de prairies, bécasse, outarde, canard sauvage, oie sauvage, bécassine, caille, pleuvier, pigeon, cygnes, grues, héron, alouette ; puis les oiseaux de proie suivants : aigles, éperviers, hiboux, corneilles et autres ; et toute la tribu des chouettes et chats-huants. Parmi la gente ailée, n'oublions pas les oiseaux chanteurs ou renommés pour la rareté de leur plumage, ils sont légion pendant l'été, et l'ornithologiste enrichirait sa collection de spécimens rares et de toute beauté.

Les pêcheries par excellence, sont celles des baies et des havres du littoral où abondent le maquereau, la morue, le hareng, l'égrifîn, le flétan (espèce de turbot monstre), la sardine, la truite de mer, l'alose, le saumon et l'anguille, La pêche des homards et des huîtres est aussi des plus fructueuse.

Les rivières tributaires do l'océan Atlantique et de l'océan Pacifique fourmillent d'excellents poissons, tels que

truite saumonée, poisson blanc, maskinongc, brochet, doré, perche, aohigan, esturgeon ; et une variété infinie de poissons. Les montagnes sont sillonnées de ruisseaux peuplés de truites.

Les serpents fuient le Canada, à raison des longs froids d'hiver, à part les serpents à sonnettes, qui sont comparativement rares, il n'y a presque pas de serpents vénéneux. Les Jézards sont rares, par contre les grenouilles et leurs congénères abondent. Le mienohronclais des grands lacs, espèce de lézard d'eau menu d'ouïes extérieures, et le siredon des lacs du Nord Ouest sont deux espèces rares de la famille des reptiles. Les sangsues infestent les cours d'eau du Nord-Ouest, au grand ennui des explorateurs et arpenteurs qui traversent les marécages et les mares à eau basse.

Pendant les chaleurs, pullulent une infinité d'insectes ; le papillon est de toute beauté et l'escarbot remarquable par la variété de ses nuances. Autrefois des nuées de sauterelles du Far West, semaient la terreur dans les districts où elles venaient s'abattre par milliards. Se sentant des ailes elles s'envolaient du fond du grand désert aride, sur les ailes du vent et semaient la dévastation partout, sur leur passage; pareille plaie ne s'est pas répétée depuis nombre d'années.

Les maringouins vous tourmentent jusqu'à Tété . les endroits marécageux sont leur empire. Une grosse mouche, le " bull dog," et une fourmi volante, sont très ennuyeuses pour le voyageur qui traverse les plaines de l'Ouest.

Nous faisons, faute d'espace, l'esquisse des principaux animaux ; ce pamphlet est publié à titre d'informations générales efc non, comme œuvre scientifique.

La panthère, le couguar de l'Amérique, ressemble beaucoup au puma de l'Amérique du Sud. C'était le lion d Amérique pour les premiers découvreurs du Nouveau Mor ^.e ; autrefois abondant, il a disparu, devant les pas de l'homme civilisé. Il se montre rarement, c'est à la suite d'un jeûne forcé, pendant un hiver excessif, qu'il sort pour chercher pâture des jungles inextricables ou des déserts- septentrionaux. C'est un redoutable animal ; attaqué il se réfugie dans jin arbre, prêt à s'élancer sur le chasseur et ses chiens.

On retrouve h peine des traces du chat sauvage et du lyny. dans les anciennes provinces; on les rencontre dans le Far West, sur les frontières de la rivière de la Paix.

Le renard rouge est de peu de valeur ; les renards noirs et argentés au contraire sont précieux. Ils sont tués ou pris au piège, sans merci ; cependant plusieurs clubs de chasse bien •organisés, dans le Dominion, tiennent à honneur, de conserver ses anciennes traditions, et, à l'aide de fox hounds continuent le bon vieux sport. Le chenil du Montréal Hiint est un léo-itime sujet d'orgueil, pour le sport, dans cette cité, et tout amateur est toujours sûr d'y trouver bon accueil.

Dans les vieilles provinces, les loups ne se montrent que sur les confins des établissements. Ils sont lâches, à moins -qu'on ne les rencontre, en troupeaux nombreux, pendant Thiver. Le loup gris est un animal fort et puissant, et surtout très rusé. On le relance dans les plaines du Nord Ouest près des saules touffus ou blottis dans les hautes herbes des prairies, il habite surtout les forêts septentrionales en quête ■du cerf dont il est très friand.

Le loup des prairies ou coyotte est de petite taille et poltron. Ce quadrupède infeste les prairies de l'ouest ; ces loups se montrent en groupes, sur le haut des collines voisines, et viennent rôder autour des campements pendant la nuit.

La peau de cet animal ajoute au eomfort du colon dans sa cabane ; c'est à la fois un tapis soyeux et un joli trophée.

L'ours n'est pas rare dans plusieurs parties du Canada. Il nest visible qu'aux chasseurs, car c'est un rôdeur nocturne. L'ours noir, le plus commun de son espèce, est tout à fait inoflfensif, il ne s'attaque à l'homme qu'après avoir été blessé Il se noui-rit de baies, de larves d'insectes et de fourmis. Il saccage les champs d'avoine lorsqu'ils sont en maturité, et c'est alors que le cultivateur ou le chasseur le tue souvent sur place. La peau de l'ours est très recherchée, et la viande est souvent étalée pour la vente sur nos marchés pendant 1 hiver.

Le grizzly, le redoutable monarque des Montagnes Rocheuses, fait ses sorties dans la plaine ; il est le plus féroce et le plus dangereux de son espèce. Doué d'une force

et d'une agilité sans pareille, il pèse à sa pleine maturité 600 à 700 livres. Il ne peut pas grimper dans les arbres comme ses congénères, une fois attaqué il se retourne prêt à défendre chèrement sa vie. Cette chasse est dangereuse et requiert beaucoup d'habilité, ce qui rend le sport doublement émouvant.

L'ours brun des déserts du Nord-Ouest et des environs de la rivière de la Paix, ressemble beaucoup à l'ours noir par sa taille et ses habitudes. C'est un animal comparativement rare.

Parmi les animaux des grandes chasses, la famille du chevreuil est la plus nombreuse ; le plus gros de l'espèce, le caribou, est de la taille d'un cheval.

La chasse au caribou est un art : cet animal a une oreille très fine et le sens du flair très développé à raison de la longeur de son museau. Le bois gigantesque est très connu et en grande demande, et la chair de ce ruminant est très recherchée par les gourmets.

L'orignal, le wapite ou cerf canadien n'existent plus dans les vieilles provinces, ils sont rendus au sud du Manitoba et les environs de la rivière de la Paix, fuyant devant les pas de l'homme civilisé. Le bois de ce ruminant se divise en cepspalmés ou andouillers, trophée magnifique mais terrible moyen de défense pour l'animal attaqué dans ses derniers retranchements.

Le chevreuil se plaît dans les régions boisées, c'est la chasse par excellence des sportsmen- Le massacre en tcute saison de ce noble animal jusqu'à ces dernières années, aurait causé son extinction complète, mais des lois sévères adoptées pour l'observance du temps pendant lequel la chasse est défendue, ont eu pour résultat de nous donner maintenant le chevreuil en abondance.

Le cerf mulet s'est réfugié ay fond des bois du Nord- Ouest ; il se fait rare et difficile à approcher.

La chasse au chevreuil, excepté pendant la période close, se fait à l'aide d'un guide.

Farouche et d'un accès impossible, le caribou joint, à une merveilleuse agilité et une rapidité sans pareille dans sa.

LE GUIDE CAXADIEX. 171

course ; il est le plus sauvage de son espèce. Il habite le Labrador et on le trouve en grande abondance dans le Nouveau-Brunsvvick. Dans la Nouvelle-Ecosse il tend à disparaître. Il se réfugie dans les montagnes Cobequid et sur les hauteurs du Cap Breton. Puis, en gagnant vers W 'Utst on le retrouve dans Gaspé, la région située au sud-ouest de Québec et dans les districts au nord en arrière des rivières Ottawa et le St-Laurent jusqu'aux limites sud du territoire de la baie d'Hudson. Dans ces derniers parages nous trouvons un autre caribou appelé caribou du désert. Cet animal est beaucoup plus petit que le premier, ne pesant que 150 livres, tandis que certains cariboux des bois pèsent au delà de 400 livres.

La chèvre des montagnes est commune, au-delà de la ligne des arbres qui dominent les Montagnes Rocheuses, mais à l'approche de l'hiver, elle descend en dessous de cette ligne. Sa longue laine blanche est so^^euse et superbe. Le professeur Macoun la dit très nombreuse sur le Mont Selwyn^ et très agile à sauter, de roche en roche. On la trouve, en grand nombre, dans la " Bow River Pass." La chasse de cet animal requiert beaucoup de soin ; ses habitudes sont celles du chamois de la Suisse.

Le mouton, à grandes cornes, de l'Amérique ou des Montagnes Rocheuses, se confine entièrement dans la chaîne des montagnes du Far West, où il vit en sûreté, sur le sommet des collines escarpées, sautant de roche en roche, sans danger. C'est un animal rusé et d'un accès difficile, plus difficile même que le chevreuil. Les cornes du mâle sont si grosses à sa base, qu'elles couvrent presque toute la partie supérieure de la tête, jusqu'à la hauteur des yeux et le crâne est excessivement dur. Ses cornes et la tête pèsent jusqu'à 50 livres.

L'antilope est le plus rapide, à la course, de tous les mammifères du Canada, une fois au repos, elle est à peindre, tant ses formes sont belles et gracieuses. L'immensité de la plaine est son empire, elle tend à disparaître devant ks progrès de la civilisation. Elle distance facilement un cheval à la course, puis s'arrête, subito, après une certaine distance.

t72 LE G UIDE CANADIEN.

Si le chasseur a soin de se cacher, elle revient sur ses pas, pour tomber sous la balle du chasseur. On se sert quelquefois de chiens-lévriers pour lui faire la chasse; cependant, la chasse à l'affût est mieux goûtée.

C'est une chasse qui requiert beaucoup de soins et de patience. L'œil de l'animal est si perçant, qu'il faut tout l'art d'un chasseur émérite, pour l'approcher.

Le bœuf musqué est relégué maintenant au voisinage du cercle arctique, sur les frontières septentrionales du Dominion. Il est de la grosseur d'un bœuf de petite taille, est bas sur pattes, et cependant très léger, à la course. Il semble vêtu d'une double toison ; sous une lonîrue crinière de surface, abonde une laine de toute beauté et bien fournie. Une robe de fourrure, de bœuf musqué, est préférable à celle du buffle, qui du reste tend à disparaître complètement.

On rencontrait le bison ou buffle, autrefois, sur les frontières de l'est de Manitoba, à venir aux Montagnes Rocheuses, et depuis la frontière internationale à la rivière de la Paix. Avant l'apparition de l'homme blanc, le bison régnait en maître, dans les plaines de l'Ouest où on le rencontrait par milliers ; cette race aujourd'hui est pratiquement éteinte. A l'instar du sauvage, il a fui devant la civilisation, et le cri strident de la locomotive à travers les prairies, a sonné le dernier glas du grand gibier de l'Ouest.

Au Canada, il y a toujours quantité de petits quadrupèdes, de toutes espèces, Dour l'amateur qui veut faire le coup de feu. Dans les vieilles provinces, la chasse à l'écureuil d^nne de jolies émotions aux chasseurs ; les gris et les noirs surtout, sont deux beaux spécimens de l'espèce.

Le lapin habite partout ; mais, différent du lapin anglais qui fait ses propres trous en terre, il cherche refuge, alors qu'il est traqué par les chiens, sous des billots ou dans des arbres creux. En hiver, il échange sa livrée grise-brune, pour une fourrure d'un blanc pur comme la neige. Cet animal a les habitudes du lièvre, mais il ne ressemble au lapin anglais que par la taille. Le Nord Ouest en est tout plein ; certaines

années, cependant, il brille presque complètement, par son absence.

Dans les plaines de l'Ouest, et près des Montagnes Rocheuses le lièvre des prairies ressemble à son congénère anglais par la taille et les allures.

Dans les anciennes provinces, le chat sauvage se fait plus rare. Il doit à ses habitudes nocturnes de ne pas avoir été complètement exterminé. La chasse au clair de la lune, avec des chiens, est très divertissante. On suit l'animal à la piste, sur la lisière d'un champ de blé où il vient pour se nourrir, et on le chasse ainsi avec succès.

Parmi la tribu des marmottes, la grande marmotte se tient sur le bord des clairières, et le chiendes prairies et le "gopher " sont aussi très communs. Les trous creusés par ces derniers, sont une source d'ennui pour le cavalier et sa n; on ture ; ces quadrupèdes sont aussi ennuyeux, sous ce rapport, que le blaireau. Ce dernier, inconnu dans les vieilles provinces, habite le Far West. Il est à la fois très farouche et très curieux, il se réfugie dans le fourré à quelques mètres du sentier, où il se blottit, les oreilles droites, assis sur ses hanches et écoutant, puis sort de sa retraite, pour découvrir s'il esi- poursuivi.

Le porc-épic, plus gros que le hérisson anglais, se cache dans les talus et fourrés épais ; semblable à son congénère anglais, il est lent dans ses mouvements.

Les animaux à poil semblent rester le patrimoine exclusif du trappeur et du sauvage, et malgré qu'on leur fasse une chasse bien sévère ils sont toujours en abondance.

Le carcajou disparait rapidement. Sa fourrure est un magnifique trophée , l'animal est de la grosseur d'un chien de forte taille.

Le castor se tient loin de toute habitation. Il forme toute une colonie, dans les régions de la rivière de la Paix ; d'après les explorateurs du pa3's, l'on est redevable aux castors des inondations périodiques des environs. Plusieurs petits lacs doivent leur existence aux écluses créées par ces ronçreurs.

174 LE GUIDE CAyADIEX.

Presque dans tous les étangs, les mares et les rivières du Canada nos trouvons des rats-musqués ; ces derniers sont de la famille des castors, mais de mœurs toutes différentes. Il se fait un grand commerce de peaux de rats-musqués. Cette race doit sa préservation à son extrême fécondité, car le fusil et le piège ne cessent de lui faire une guerre à mort.

Nou.s nous arrêtons sur cette courte esquisse des mammifères; ce qu'il importe surtout au public de connaître, es sont nos animaux de grande chasse, le menu fretin n'est que secondaire.

L'énumération des volatilles ou gibier à plumes, remplirait des volumes ; qu'il suffise de dire que nulle part on ne trouve une aussi grande variété de canards sauvages qu'au Canada.

Les outardes font leur ponte dans l'extrême nord ; on ne les aperçoit qu'à l'époque de leur migration.

Les oies sauvages couvent au sein des lacs du nord. Les sarcelles abondent. Les butors se trouvent en quantité près des endroits marécageux, et les battures des rivières couvertes d'ajoncs.

Le héron n'est pas rare. Le Manitoba et le Nord Ouest reo-orgent de pélicans. Quant aux coqs de bruyère, pluviers, bécasses, bécassines et autres menus gibiers, nous en parlerons en faisant la nomenclature des principaux endroits de chasse des provinces.

Nos remarques sur le gibier s'appliquent aussi aux poissons du Dominion ; leur nom est légion, et le pêcheur à la ligne, à la mouche artiticielle ou à la ligne traînante, peut se donner tous les genres de sport désirables, tant les rivières, les lacs et les ruisseaux sont poissonneux.

Les principaux endroits de chasse et de pêche sont, d'abord la Nouvelle-Ecosse, renommée surtout pour l'orignal et le saumon. L'orignal est toujours abondant, malgré la chasse incessante qu'on lui fait, et les officiers anglais, en garnison à Halifax, ont d'agréables passe-temps, à ce sport quasiroyal. Les environs de la chaîne des lacs, entre Annapolis et Liverpool, la Petite Rivière et la rivière Jordan, passent pour

LE GUIDE CAXADIEX. 175

les meilleure endroits de chasse, trndis que les guides indiens, sans lesquels il n'y a pas de véritable S2)ori vous mettent habilement sur la piste du gibier. Le caribou se tient dans les montagnes de Cobequid, le coq de bruyère partout ; la chasse par excellence, est celle de la bécasse. Il se rencontre quelques pluviers, toutes les rivières abondent de saumon, le pêcheur qui ne connaît pas la Nouvelle-Ecosse, resterait stupéfait à la vue des milliers de truites qui fourmillent au sein des ondes.

Les principales attractions, pour le sportsman, au Nouveau-Brunswick, sont: l'orignal, le caribou, le saumon et la truite de Ste-Croix ou le saumon d'eau douce. L'orignal est plus rare qu'autrefois, il faut nécessairement l'aide d'un guide, poui le relancer. Le grand marais Tantamar dans le sud -est de la province est renommé pour la bécassine ; non moins célèbre est le Restigouche, surtout pour la chasse à l'outarde.

Les rivières du Nouveau-Brunswick sont excellentes pour la pêche. La Nipisiguit, Miramichi, Restigouche, St-Jean et autres rivières sont les endroits favoris pour l'incomparable pêche au saumon. Une excursion au Restigouche donnerait à un amateur, des émotions telles, qu'il s'en rappellerait une partie .de sa vie. Un sportsman Américain bien connu ne dit-ii pas "que les contrées septentrionales de la province qui bordent If baie des Chaleurs, sont sans contredit les meilleurs champs de sport qui existent en Amérique, à l'est des Montagnes Rocheuses." Dans la rivière Ste-Croix et la splendide chaîne de lacs qui s'y jettent, la truite abonde, d'une espèce toute particulière appelée le saumon d'eau douce. Est-ce un saumon dégénéré ou d'une espèce différente '^ C'est là une question de controverse. C'est un poisson alerte, aguerri, qui vous donne tout le sport désirable et dont la chair est excellente. La rivière Ste-Croix située dans un milieu très pittoresque et facile d'accès, est l'endroit favori des touristes.

La province de Québec est très appréciée par les chasseurs ; outardes, oies sauvages, canards, bécasses et bécassines, orignal, caribou, saumon et truite semblent s'être donné rendez-vous dans ces parages La chasse à l'orignal et au

caribou ne se fait qu'en hiver; c'est une chasse émouvanteautant qu'attrayante, mais pour celui qui veut s'y h\rer résolument et sérieusement c'est une chasse qui en vaut la peine. Les tributaires du fleuve et du golfe St-Laurent regorgent de saumons, le roi des poissons, et la pêche ordinaire ou à la mouche artificielle est tout simplement grandiose. Le fleuve St-Laurent est le rendez-vous des outardes, oies et canards sauvages, bécassines et pluviers, courlis et poulesd'eau • les forêts, les clairières et les fourrés épais abritent le coq de bruyère et la bécasse dans le temps de la ponte, La conservation du gibier qui tend à disparaître dans les anciennes provinces, est due à l'étendue du territoire qui reste encore à défricher.

Dans Ontario, les endroits de chasse diffèrent matériellement les uns des autres. Là, comme ailleurs, le gibier a disparu avec le défrichement, mais partout où restent debout de grandes étendues de forêts vierges, troublées seulement par la hache des chantiers, le gibier de toutes sortes abonde. Tels sont les districts d'Ottawa, Nipissing, Muskoka et Témagomi. Le Pacifique Canadien, avec ses embranchements, est à ouvrircette partie du pays au défrichement, et bientôt cette région si giboyeuse deviendra chose du passé. On fait la chasse à l'orio-nal sur les rivières Dumoine et Coulonge et sur les rives nord de l'Ottawa, jusqu'au lac Témiscaming ; on y trouve aussi le chevreuil en quantité. La chasse au canard et à la perdrix est excellente, la bécasse et la bécassine, sont plus rares. Les rivières et les lacs fourmillent de mashinongés, dorés et achigans, surtout de truites, au nord de la rivière Ottawa.

Dans les vieux districts de Frontenac et Kingston, au centre d'Ontario, autrefois si renommés pour la chasse aux canards, perdrix et bécassines, les disciples de Pt-Hubert font encore quelques bons coups de fusil. Le pays, en arrière, peu propre à la culture, à raison de son caractère rocailleux et marécageux, est un endroit favori pour la chasse au chevreuil, surtout le long de la section de l'Opéongo et d'Hastings Les Mille Iles qui couvrent une vaste étendue du fleuve St-Lau-

LE GUIDE CAXADIES. 177

rent, d'une beauté incomparable et le rendez-vous favori des touristes, en été, sont très poissonneuses • on y prend beaucoup de maskinongés et d'achigan? à la ligne tramante, sans compter le menu fretin. Le lac Rice, en arrière de Cobourg, et les lacs environnants sont fameux pour le maskinongé et l'achigan, sans compter le canard sauvage qui vient s'abattre par voliers, dans les champs de riz qui bordent ces nappes d'eau. Le marais Holland, entre Toronto et Collingwood, est très giboyeux en pluviers, bécassines et canards. Autrefois dans les environs, les tourtes, par milliers, s'y rendaient pour la ponte, et faisaient des incursions dans les champs voisins, pour leur pâture. Ces parages sont aujourd'hui déserts, et si une tourte isolée y fait de temps à autre son apparition, les beaux voliers d'autrefois semblent avoir pris, pour toujours, leur volée vers l'Amérique du sud. On les apperçoit encore, à l'automne, sur le bord des clairières, se nourrissant de blé, mais en petites bandes, jusqu'à ce qu'elles aient disparu pour ne plus revenir. Des endroits admirables, pour la chasse aux canards, sont les lacs Erié, Long Point et Point Pelée, les battures du lac St-Clair, sur la frontière ouest, et le "Baptiste Creek."

" Long Point," d'une moyenne de huit milles de largeur, s'avance jusqu'à vingt milles, dans le lac, bordée de chaque côté, par de larges marécages où domine le riz sauvage. Ce vaste domaine est strictement privé, sous le contrôle d'un club de sportsmen, qui le peuple constamment de gibier de toutes espèces. La caille et le coq de bruyère ont établi leur séjour, sur les hauteurs ; plus tard s'est joint à eux le dindon sauvage ; ce noble gibier s'abrite sous le dôme des chênes, érables, ormes et noyers qui couronnent le plateau s'étendant d'un bout de la pointe à l'autre. Le dindon sauvage ne fréquente que les comtés d'Essex et de Kent, encore y est-il passablement rare. Lors des premiers défrichements toute la péninsule de l'ouest d'Ontario abritait ce gibier ; la forêt clair semée de broussailles, offrait un magnifique champ de sport. Un peu vers le nord, les bords du lac Huron sont couverts de pluviers, poules d'eau et courlis ; les îles Manitoulines sont

178 LE GUIDE CAXADIEX.

aussi ti'ès poissonneuses et très giboyeuses. Le détroit de Mackinaw et Sault Ste-Marie sont renommés pour la pêche ; la truite saumonnée des lacs Huron et Supérieur est remarquable par sa grosseur ; tous les tributaires de la biie Géorgienne et du lac Supérieur sont des endroits favoris de pêche, la truite surtout est en abondance. Le pays est-il à l'état sauvage, le sportsiium doit y frayer son chemin et vivre sous la tente, ayant soin d'apporter avec lui tout le nécessaire voulu, pour le campement, et des pi-o visions en abondance.

Les rivières et les cours d'eau, (pli se jetient, dans le lac Supérieur, surtout le Nepigon, sont un vrai Eden, pour les pêcheurs à la truite ; cette pêche est aussi abondante aujourd'hui que lors de sa découverte. Le chasseur peut abattre un ours, un chevreuil, et même un loup, au besoin; quant au gibier à plumes, son garde-manger en sera toujours bien pourvu.

Au Manitoba, à quelques milles de Winnipeg, la poule de prairie foissonne dans toutes les directions, à la satisfaction du chasseur le plus exigeant ; à l'automne, la surface des lacs et des étano-s est littéralement couverte de cmards et de poules-d'eau. Les voliers qui passent, tour à tour, au-dessus ai vos têtes, vous tiennent constamment sur le qui-vive. En août, les canards gris et les plongeurs font leur apparition suivis, en septembre, par les cananls de mer de toutes espèces ; durant ces deux mois, les outardes, les canards et les poules de prairie font leurs incursions, dans les champs couverts de chaume, près des centres de colonisation, et tombent aisément sous le plomb du chasseur. Au temps de la chasse, on compte, d'après le professeur Macoun, quarante sortes de gibier, qui viennent s'abattre, dans ces parages.

L'élai se rencontre parfois dans le sud de Manitoba, près de la montagne de l'Orignal, (surnommée ainsi à tort, car ce ruminant colossal habite le pays plus au nord, entre les lacs Manitoba et Winnipeg et l'ouest du lac Manitoba). Ces deux lacs sont renommés pour la qualité et la dimension de leur poisson blanc ; à l'instar des rivières Rouge et Saskatchewan, leurs esturoeons sont énormes. Dans tous les ruisseaux qui

• LE GUIDE CAXADIEX. 179

descendent des montag-nes du Nord Ouest et forment la Saskatchewan Sud, l'on trouvera des multitudes de truites de toute beauté, dont la chair est colorée, comme celle du saumon. Pour 1 amo qui se complaît dans la grande nature, et pour le sportsïiian, il n'y a pas d'endroit plus pittoresque au Canada, que le panorama qui se déroule autour de la rivière Bow. A la chasse comme h la pêche, s'il porte ses regards vers l'ouest, il verra les cimes après ks cimes s'élancer, comme pour escalader le ciel et former les montagnes éternelles. Si ce spectacle le lasse, il n'a qu'à se retourner vers l'est, et suivre du reganl le cours de la plaine, jusqu'au pied du mur échancré des montagnes lointaines se perdant dans l'horizon, sans bornes. Le district de la rivière de la Paix est le repaire de l'ours noir et d 1 grizzly ; c'est aussi l'endroit de la giande chasse à l'élan, l'orignal et le clievreuil. Les lacs environnants foissonnent de poissons de toutes sortes ; les oies et les canards, pendant leurs migrations, se comptent par milliers; le fait, qu'à l'automne des milliers d'oies sont tuées et mises en conserve, pour l'hiver, au poste de la baie d'Hudson, Fort Chippewayan, en est la meilleure preuve. Chaque année, sont séchés pour l'hiver, près de 25,000 poissons blancs. Le pays a toute l'apparence d'un immense parc public, les ondulations de la plaine sont parsemées de bocao-es.

Près des Montagnes Rocheuses, outre la pêche, la chasse à la chèvre de montagne et à grosses cornes, est très divertissante. Le printemps et l'été, les mâles, par troupes de trois à vingt à la fois, montent brouter sur la pente des glaciers ou se reposent sur les rochers en forme de castel qui dominent la cime des monts. Qu'ils escaladent les pics sauvages ou paissent tranquillement, ils ne manquent jamais par la beauté de leurs formes et la noblesse de leurs mouvements, de frapper le spectateur d'admiration en face d'un tel tableau. En novembre et décembre, mâles et femelles, jeunes et vieux ne forment qu'un seul et même troupeau. Farouches à l'extrême, ils sont de ditïicile accès ; il faut avoir recours à toutes les ruses d'un chasseur consommé, pour avoir la chance de faire le coup de feu. Et encore ! L'animal devient de plus en plus sauvao-e

18U LE GUIDE CAXADIEy.-

par suite des incursions de l'homme dans les montagnes ; n'était-ce les endroits inaccessibles qu'il peut gravir et les hauteurs vertigineuses qu'il atteint, sans crainte, et devant lesquels le chasseur reste impuissant, ses jours seraient bientôt comptés, et comme le buffle, il ne serait plus pour l'histoire, qu'un animal du passé.

A la Colombie Britannique, la première impression que ressent naturellement le sportsman à l'aspect général du pays, c'est qu'il se trouve dans une contrée excessivement giboyeuse. Les chaînes des monts sauvages, aux flancs couverts de forêts, sont tapissés de lacs, étangs et de pre's naturels ; on y trouve des lacs de toute grandeur, depuis le minuscule étang jusqu'aux grands lacs de 100 milles de long, à l'eau transparente comme le erystal, souvent liés par des torrents; les lacs se suivent et se pourchassent pour trouver un débouché vers l'océan, ou plutôt vers l'une ou l'autre des grandes rivières de cette province, et qui toutes abondent en poissons de toutes espèces.

Dans les terrains bas et près du littoral, le cerf à queue noire est très nombreux en hiver. Cet animal fréquente les forêts denses connifères des côtes du Pacifique, se délectant à l'ombre de ces retraites sombres et épaises. Il se tient à portée de la forêt, ou près d'un fourré épaises, prêt à s'y réfugier à la moindre alerte. Pans la direction nord, où il a été peu chassé, il descend assez souvent jusqu'à l'eau salée, pour se repaître d'une certaine herbe marine apportée par le flot sur le rivage ; c'est alors que l'indien, caché à portée de fusil, dans so:i frêle canot, les tue en grand nombre. Le chevreuil est abondant dans les îles et les montagnes du littoral ; mais il y a de vastes territoires, où à raison de l'épaisseur des menus arbres et des branchages inextricables, la chasse est hors de question, vu l'impossibilité d'avancer à travers les épais fourrés sans faire de bruit. L'élan se complaît sur la lio-ne du littoral, surtout à l'est dci la chaîne de la Cascade. La perdrix se trouve, partout sur la terre ferme comoie dans les îles ; elle se tient parmi les épaisses fougères et les pinières ; le lagapède des saules ressemble beaucoup à la perdrix anglaise.

La poule de prairie peuple les vallées à l'est de la région de la Cascade, et quelquefois le coq de bruyère, ce gibier devenu si rare, se retrouve au delà d'Osoyoos. En tout sens passent de nombreux voliers de canards, oies, bécassines et tourtes ; l'embouchure de la rivière Fraser est très giboyeuse, surtout pour le gibier sauvage.

Les vallées du Thompson, Okonagon et Cache Creek sont remplies de gros et menus gibiers. Dans les parties montagneuses, un chasseur expérimenté avec l'aide d'un guide peut avoir à se mesurer avec l'ours. Le grizzly et l'ours brun, le loup et le lynx ont leurs tannières dans ces parages ; c'est une chasse dangereuse et qui n'est pas sans fatigue.

La Colombie Britannique dépasse par la quantité de ses saumons tout le reste du Dominion, sur le littoral de l'Atlantique ; ils montent par millions de la mer, soit dit sans exagération. On en compte six espèces sur le littoral du Pacifique, dont quatre sont excellentes et d'une grande importance commerciale.

Des industries considérables de conserses sont établies sur les bords des rivières Fraser, Skeena et Bass. Tous les lacs et cours d'eau sont épais de truites ; le poisson blanc se tient dans les eaux du nord et de l'intérieur. Deux espèces d'éperlan fréquentent les côtes; au printemps, un poisson succulent, le oolachan vient en grand nombre sur ces bords.

Dans quelques parties de la province le pays est déboisé et clairsemé d'arbres, ayant toute l'apparence d'un parc du vieux monde, où l'on peut se promener au petit trofc de son cheval, sans crainte d'être arrêté par les broussailles. La neige ne tombe jamais en grande quantité excepté dansles montagnes; le gibier séjourne dans ces parages et n'est pas. chassé par le froid, comme dans les anciennes provinces.

Pour terminer, une dernière remarque d'application générale ; plus la civilisation poursuit sa marche en avant, plus l'animal est obligé de retraiter. Les plaines de l'ouest qui,, naguère, regorgeaient de troupeaux d'élans, d'antilopes, où les bisons venaient rôder par bandes innombrables, ces mêmes plaines sont aujourd'hui désertées par le gibier, ouvertes

qu'elles sont à la colonisation. Collines, vallées, forêts et prés, la main de l'homme les a tous en son pouvoir, pourchassant, jusqu'à la presqu'extinction, de leurs dernières retraites, plusieurs espèces d'animaux autrefois si nombreux. Mais pour le vrai chasseur, il y a encore abondance de sport, et les migrations de gibier sauvage sauvent ces derniers de la destruction universelle qui menace les quadrupèdes. Le Canada est facile d'accès, ses endroits de chasse ne le cèdent à aucun des pays de l'Europe, tous y ont un libre accès sans rétribution aucune; le pittoresque et la beauté de son paysage, la majesté de ses forêts, les sauvages solitudes de ses montagnes, la limpidité de ses lacs intérieurs, font du Canada un pays sans rival.

FORM loa

Page 1