‹ Le Canada, son histoire, ses produits et ses resources naturellesChapitre 3 sur 29 · ABRÉGÉ D'HISTOIRE DU CA^^ADA · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ D'HISTOIRE DU CA^^ADA

L'Histoire du Canada embrasse tant d'événements si extraordinaires, que ça n'est pas tâche facile que celle imposée à l'auteur, de donner un récit fidèle de ce passé, quand il est à ce point limité dans son œuvre. Il doit se borner à passer en revue, les principaux événements et les personnages les plus marquants, indiquer aussi succinctement que possible leur influence, sur la formation de son histoire et la marche des événements.

L'Histoire du Canada peut se diviser en trois périodes : la première couvrant la découverte et l'exploration du pays ; la seconde, son occupation et sa colonisation par les Français ; et la troisième, sou développement, comme partie de l'Empire britannique.

1ère période — Découveiie et exploration du Canada.

Les ouvrages des savants Norvégiens ont démontré, dans ces dernières années, leur valeur, au point de vue historique. " Les légendes de Vinland et du fils de Leif Eric sont intimement liées avec l'histoire authentique de la Norvège et de la Terre de Glace." Depuis les savants du dix et onzième sciècle, nous avons le récit de plus récents voyages de découvertes sur les côtes nord-est de ce continent. L'émigration de la Norvège après la bataille navale de d'Hafursford, en 872, donna, en quelques années, à la Terre de Glace, une population de 50,000 âmes. De ce nombre, un colon, du nom de Gunnbjorn, qui en 876, fut poussé par une violente tempête sur les côtes de Groenland, où il passa l'hiver avec son équipage, revint à la Terre de Glace, le printemps suivant. L'histoire de leurs aventures

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défrayèrent, pendant de longues années, les soirées passées au coin du feu, sur la Terre de Glace, et après un sciècle, Eric le Rouge, mis hors la loi, pour avoir tué un voisin, dans une bagarre, songea à eruployer ses années d'exil, à la découverte des terres de l'ouest, témoins des avantures de Gunnbjorn. Il partit de la Terre de Glace, en 9S3, et, dans l'espace de trois ans, il explora le sud -est du Groenland et, contournant le cap Farewell, avait aussi exploré la partie ouest, quand il découvrit dans une de ces baies profondes, un endroit propice pour s'y axer. De retour à la Terre de Glace, il se fit si bon agent d'émigration, qu'il partit bientôt après avec 25 vaisseaux. Il fut assailli par de violentes tempêtes et perdit la moitié de sa tlotte. Le i-este des navires ayant quatre à cinq cents personnes à bord, arriva sain et sauf à destination. L'établissement de la colonie fut couronné de succès et, pendant quatre cents ans les descendants vécurent et travaillèrent en harmonie, sur la partie ouest du littoral auquel Eric donna le nom de Groenland. Durant plusieurs années des communications s'échangèrent constamment entre les colons et l'ile mère. Au nombre des compagnons d'Eric, fut un certain Herjulf, qui, dans une certaine circonstance, vint à l'ile de Glace pour y faire un long séjour. Son fils, Bjarni, eut aussi l'idée de traverser à l'ile de Glace pour y voir son père. A son arrivé, il apprit que son père était reparti, pour le Groenland ; mettant à la voile après lui, Bjarni fut emporté par les vents contraires loin dans le sud, abordant aprè? plusieursjours, sur une terre inconnue. Il retourna dans le nord, et huit ou dix jours après découvrit la fameuse baie sur les côtes du Groenland.

Naturellement il s'éleva beaucoup de conjectures au sujet de cette terre inconnue découverte par Bjarni, et quelques années plus tard, Leif. fils d'Eric, fit voile, durant l'été de l'an 1000, vers le sud, et aborda sur une terre stérile et presque entièrement couverte de pierres plates. Cette terre fut surnommée Heluland ou terre d'ardoise. Continuant son voyage d'exploration, il découvrit une autre terre boisée. Il donna à ce littoral, le nom de Markland ou Terre à bois. De là, il reprit la mer, et poussé par un vent de nord-est, une terre

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se présente à sa vue. Cottoyantle littoral, il se trouve en face d'une grande nappe d'eau reliée à la mer par un bras de rixiêre. Entrant dans le lac, il se décida à y passer l'hiver, et, comme l'un de ses matelots avait trouvé du raisin en abondance, Eric nomma l'endroit, Vinland, (Terre à vigne) et y passa l'hiver, retournant au Groenland, Tannée suivante, avec une cargaison de bois.

Ainsi furent ouvertes les premières counnunications avec une terre boisée, jusqu'au printemps de 1007, alors que Thorfinn Karlsefni résolut d'établir une colonie à Vinland, et fit voile en conséquence. La colonie, cependant, fut loin d'être prospère et les survivants reprirent la route du Groenland, en 1012. Le Dr. Storm, (l'autorité la plus compétente), conclut, après de consciencieuses recherches, que Vinland n'était autre que cette partie du Canada, connue sous le nom de Nouvelle- Ecosse et que ces voyageurs Norvégiens, après avoir fait voile le long des côtes du Labrador et de celles de Terreneuve, traversèrent le détroit et tentèrent de coloniser l'Acadie.

Les résultats pratiques de ces premiers voyages d'exploration furent de peu de valeur. Seuls, les Norvégiens eurent connaissance de ces découvertes ; mais le sud de l'Europe n'ayant presque pas de communication, avec les pays du nord, ignora longtemps l'existence du nouveau continent.

Ce n'est que plus tard, que Jean et Sébastien Cabot, père et fils, après avoir obtenu une commission d'exploration de Henri VII, firent un voyage de découverte, en faisant voile vers l'ouest et découvrirent de nouveau Vinland, en 1497, abordant, comme il a été clairement établi, au Cap Breton. L'année suivante, Sébastien Cabot fit un autre voyage faisant voile, vers les hautes latitudes, dans le but de trouver un passage dans le nord-ouest, pour les Inde.s. Lors de ce voyage il fit voile vers le nord, jusqu'au d'étroit de l'Hudson.

Stimulé par son exemple, Gaspard Cortéréal, gentilhomme portugais, côtoya le littoral de la mer de l'Est, en face du pays maintenant appelé Canada, depuis les détroits de l'Hudson, (qu'il surnomma Ria Nevado, la " Rivière de Glace "), jusqu'à la baie de Fundy.

Il explora partiellement, dit-on, le golfe de Saint-Laurent, mais il n'est resté aucun rapport du résultat de cet exploration.

L'Angleterre et le Portugal s'étant ainsi mis en rapport, par ces voyages d'exploration, avec le Canada, la France ne fut pas lente à marcher sur leurs traces.

La date probable de la première expédition française au Cap Breton, est 1504. Le navigateur français Denys explora le golfe Saint-Laurent, en 1506.

Depuis lors, les riches Bancs de Terreneuve et du littoral du Golfe furent l'aimant qui attira sur nos rivages les hardis pêcheurs Bretons, Basques, Normands et ceux de l'ouest de l'Angleterre.

Le Cap Breton, dont le nom figure sur les cartes de géographie primitives, vient du nom des pêcheurs Bretons, qui ont toujours conservé depuis la vieille coutume de donner des noms de leur pays d'origine, à ce continent.

Aucun des voyages ainsi entrepris, n'avait pour but la colonisation du pays. Il était réservé à la France de faire la première tentative dans cette direction, quand, dans Tannée 1518, le baron de Lery prépara une expédition, avec ce projet en vue. Malheureusement, les destins ne se montrèrent pas propices à cette entreprise, et si l'on excepte le débarquement de quelques chevaux, sur l'Ile de Sable, où ils se sont grandement multipliés, et ont formé des troupeaux de chevaux de prairie^, jusqu'ici, rien n'a été accompli.

La France n'avait encore rien accompli, soit en fait d'exploration ou conquête, pour s'assurer quelque portion de ce continent .sans bornes, dont la richesse emplisait les cofFres-forts de ses rivaux, et François 1er résolut de reclamer sa part des dépouilles. " Les rois d'Espagne et de Portugal," s'écriait-t-il, vont-ils se diviser l'Amérique entr'eux ? " Je voudrais voir la clause dans le testament du père Adam qui leur lègue cet immense héritage." Sous sa direction, en conséquence, en 1524, Verrazano, un Florentin, fut envoyé de l'avant. Il visita les côtes des Etats-Unis, depuis la Floride jusqu'au 50ème degré de latitude nord, il arbora le drapeau français, dans toutes les contrées précédemment explorées par les Cabots, et appela

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" Nouvelle-France," les pays qu'il avait ainsi visités et annexés. Les réclamations rivales qui surgirent, après ces conquêtes, furent les principaux griefs de cette guerre longue et sanglante qui sévit entre la Grande-Bretagne et la France, pour la possession de cette magnifique région au delà des mers, et qui décida, en même temps, de la suprématie maritime

Telles furent les premières tentatives faibles et incertaines faites, pour fonder une colonie, sur les côtes de l'Amérique Britannique du Nord, jusqu'à la tin du premier quart du seizième ciècle, sang que rien de pratique ou permanent n'ait été accompli.

^ème période. — Prise de possession et colonisation j)ar les

Français

En l'an 1534, quand la France se fut un peu remise des désastres essuyés pendant ses dernières guerres, de nouvelles entreprises furent encore tentées, dans le Nouveau-Monde, et le 20 avril de la même année, le vrai découvreur du Canada, à proprement parler, Jacques-Cartier, natif de Saint- Malo, fut investi de cette mission, et parti avec deux petits vaisseaux d'environ 60 tonneaux chacun. Entrant dans le Détroit de Belle-Isle, il longea les côtes du Labrador, et contourna presque les côtes de Terreneuve. De là, tournant au sud-ouest, il passa les Isles de la Madeleine, et en un glorieux jour du mois de juillet, il entra dans une grande baie, qu'il surnomma baie des Chaleurs, (nom qui existe encore), à raison de la chaleur intense qu'il endura.

Sur la pointe de l'entrée du j^ort de Gaspé, où il venait d'aborder, Cartier planta une croix, haute de trente pieds, surmontée des armes de la France, fleur-de lis, et prit possession du pays, au nom de son souverain, François 1er.

Apprenant des sauvages l'existence d'un grand fleuve pénétrant si loin dans l'intérieur que " pas un homme n'avait pu le retracer jusqu'à sa source," il remonta le golfe Saint- Laurent, jusqu'à ce qu'il put voir la rive de chaque côté. Mais la saison étant passablement avancée, il jugea prudent de rebrousser chemin, quitte à revenir l'été suivant.

François 1er, satisfait du rapport do ses fidèles lieutenants, donna à Cartier, l'année suivante, le commandement de trois magnifiques vaisseaux, dont le plus large de 120 tonnes, et le chargea, après avoir reçu la bénédiction de 1 evêque de Saint- Malo et une commission spéciale pour lui-même, " de l'établissement d'une colonie et du droit d'ouvrir des relations commerciales avec les tribus sauvages." La petite flotille arriva à l'embouchure du Saint-Laurent, vers la mi-juillet ; le 10 août, il entra dans une baie qu'il appela " Saint-Laurent," en l'honneur du Saint dont on célébrait la fête ce jour là, et qui s'applique aujourd'hui à toute l'étendue du golfe et du fleuve en question. Continuant toujours à remonter le grand fleuve, Cartier arriva le 7 septembre, devant une île fertile et couverte de vignes qu'il nomma l'ile de Bacchus, aujourd'hui, Ile d'Orléans. Ici Dounacona, le Grand Chef de la nation algonquine, lui fit une visite, au nom de sa tribu, accompagné de pas moins de cinq cents sauvages, tous montés dans douze immenses pirogues ; et sept jours après, a}' ant arrêté l'idée de passer l'hiver au pays, Cartier jeta l'ancre à rembouchure de la rivière Saint-Charles, où était bâtie la ville indienne de Stddacona, au pied de l'immense promontoire aujourd'hui couronné par les remparts historiques de Québec.

Impatient de remonter le fleuve qui se déroulait si majestueusement devant lui, Cartier s'avança avec 50 honnnes, dans le plus petit de ses vaisseaux. Mais les battures de sable du lac Saint-Pierre le forcèrent à se servir de ses embarcations. Il activa sa marche en avant, et le 2 octobre, il aborda à la populeuse bourgade indienne d'Hochelaga, située au pied d'une montagne qu'il appela, avec une loyauté caractéristique "Mont- E/Dyal," depuis anglisicé en Montréal. La petite population indienne se porta par centaines, sur le rivage, pour recevoir les étrangers. L'allégresse était à son comble. Ils jetaient du poisson et des galettes de maïs dans leurs barques. De ses bons amis, les indiens, Cartier apprit l'existence, loin dans la direction du sud et de l'ouest, de mers intérieures, d'immenses terres et de fleuves géants, qui étaient alors une immense solitude sans fin, aujourd'hui la patrie d'un peuple prospère.

Après trois jours d'échanges de cordialités réciproques, Cartier retourna à Stadacona et y passa l'hiver ; sa petite troupe souffrit beaucoup, à raison du manque de nourriture et de vêtements propres au climat, elle fut aussi atteinte d'une maladie maligne appelée le scorbut, dont les processions, les vœux, les litanies ne purent venir à bout. Le printemps suivant, Cartier retourna en France, amenant avec lui, malgré leur volonté, le Chef Donnacona et neuf de ses chefs, comme ti-ophées vivants de son expédition.

Cinq ans plus tard, Cartier retourna au Canada, comme c ipitiine Général et maître Pilot. Il eut comme associé, le Sieur de Roberval, que le roi dos Français avait nommé lieutenant Général et Vice-Roi de ses nouvelles possessions. Les indigènes se montrèrent tout d'abord aussi bien disposés à leur égard qu'autrefois, mais devinrent hostiles, en apprenant que Donnacona et ses compagnons n'étaient pas de retour : et la trahison de Cartier finit par retomber sur sa tête. L'hiver se passa misérablement, et cette fois encore les futurs colons s'en retournèrent découragés, bien que Roberval qui avait été retenu en France près de douze mois, essa^ya de les retenir, les ayant rencontrés en route à Terreneuve. Roberval continua sa course et hiverna au Cap-Rouge, où, en 1543, Cartier fut envoyé porteur d'ordres pour sou rappel, et ce dernier, après avoir fait la dure expérience d'un troisième hiver, laissa le pays, dans le printemps de 3544, pour ne plus revenir.

A raison de l'insuccès désastreux de toutes ces premières expéditions, la France abandonna ses efforts de colonisation du Canada, de près d'un demi sciècle, à l'exception cependant de la tentative extravagante du marquis do LaRoche, qui tenta de peupler l'ile de Sable avec une bande de repris de justice, choisis dans les prisons royales, tentative, est-il besoin de le dire, qui n'eut pas d'autre résultat que celui de fournir aux historiens un des épisodes les plus romantiques, et un endroit sur "cette île noire de deuil," avec le surnom de "jardins français."

A l'aurore du dix-septième siècle apparut, sur la scène, l'un des hommes les plus remarquables parmi tant d'autres

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qui ont pris une part active, dans les destinées du Canada. Ce fut Siiniuel de Champlain dont les doubles qualités de marin et de soldat le rendaient éminemment propre à la tâche d'implanter le drapeau de la civilisation dans la Nouvelle-France-

En conséquence, en 1G03, il fut chargé, de concert avec Ponto-ravé, de cette lourde entreprise, et son premier voyage, qui consista en une cargaison de fourrures, eut lieu cette année là. Deux ans après cependant, il revint en compagnie d'une plus nombreuse expédition, ayant à sa tête le Sieur de Monts, qui avait obtenu des lettres-patentes comme Vice-Roi de La Cadie ou Acadie, maintenant appelée la Nouvelle-Ecosse. Et la première colonie digne du nom, dans les limites du pa3's, (actuellement le Dominion du Canada), fut fondé là et alors, (en 1605), par de Monts, à Port-Royal, (maintenant Annapolis Royal), dans la Nouvelle-Ecosse. Ce fut aussi là que fut semé, par la main d'un blanc, le premier champ de blé qui fut jamais semé par la main de l'homme, au Canada, et ce fut un blé d'hiver, car Poutrincourt nous dit : " qu'il poussa sous la neige."

La petite colonie établie à cette endroit, après une existence incertaine de plusieurs années, fut finalement détruite par les Anglais sous Argall, la lutte ardente entre les nations française et anglaise, qui bouleversa le continent pendant cent cinquante ans, prit naissance à cet endroit et rendit, pendant sa durée, Port Royal fameux, comme l'endroit le plus éprouvé du continent par les assauts répétés qu'il eût à repousser. Port Roj^al a été pris cinq fois, par la force, par les Anglais, Argall en 1G13, Kirk 1G21, Sedgwick 1654, Phipps 1690 et Nicholson 1710. Il fut abandonné ou rendu quatre fois aux Français — par Argall en 1613, par le traité de St-Germain en 1632, par le traité de Bréda en 1667 et le traité de Ryswiek en 1697. Los Anglais furent repoussés trois fois de Port Royal, sous Church en IGOl-, i\Iarch en 1707, et Wainwright aussi en 1707. Les Français, à leur tour, ne réussirent pas plus dans leurs attaques avec les indiens, savoir : en juillet 1744, par l'abbé de Loutre et en septembre 1744, par Dudivier. Il fut pris, mis à sac et à sang et abandonné deux

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fois, par les pirates en 1G90 et par les forces révolutionnaires des Etats-Unis en 1781.

Cet endroit peut être considéré, comme la pépinière modeste mais vigoureuse au début, d'où sont sorties les deux maîtresses branches des deux grandes races qui, après cent cinquante ans de batailles sanglantes autour de Port Royal, pour obtenir la suprématie par l'art de la guerre, sont et ont été pendant un sciècle et un tiers, les co-propriétaires du Canada, s'entendant pour rivaliser d'une manière plus noble dans l'art de la paix, avec la pensée commune de faire de leur pays d'adoption un exemple frappant de la prospérité qu'enfantent toujours la concorde et l'union bien cimentée.

Passant de l'Acadie au Canada, à proprement parler, nous trouvons Champlain en 1608, remontant encore le large St- Laurent, et le 3 juillet au pie<l du promontoire escarpé de Québec, jetant les fondations de l'une des plus fameuses cités du Nouveau-Canada. Les colons furent bientôt logés confortablement et les champs préparés pour la culture. Depuis lors, durant plusieurs années, l'histoire de Québec fut l'histoire du Canada, et les annales du temps sont remplis des récits pathétiques des efforts des colons pour surmonter les obstacles sans nombre, dans leur situation, et les dangers dont ils étaient sans cesse menacés par leurs ennemis, les sauvages.

Si les Français ont été si en butte à l'hostilité des Indiens, ils en portent eux-même une grande part de responsabilité. Nous avons vu comment Cartier eut à souffrir de sa conduite vis-à-vis Donacona ; à son tour, Champlain circonvenu par les circonstances, vu la nécessité de diviser les tributs sauvages, pour sa propre conservation, se fit un ennemi irréconciable de la nation la plus brave, les Iroquois, en s'unissant aux Algonquins, dans une attaque commune contre un de leurs forts. L'avantage momentané obtenu en cette circonstance, fut durement payé, par un siècle et demi de rapine, de pillage et de barbaries sans nom.

Le prince de Condé, l'amiral Montmorency et le duc de V^antadour furent tour à tour Vice-Rois du Canada, mais la valeur, la fidélité et le zèle de Champlain surent lui faire méri-

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ter la confiance de tous. Intrépide et infatigable, il explora les rivières Saint-Laurent et Ottawa, fit la guerre contre les indiens, visita de temps en temps la mère-patrie, dans l'intérêt de sa chère colonie, fortifia les défences de Québec ; en un mot, il fut lame et le cœur, en même temps que la tête dirigeante de toute l'entreprise. Pendant qu'il était gouverneur de Québec, la petite bourgade eut à soutenir îe premier des six sièges que Québec eut à subir pendant son histoire mouvementée. Sir David Kirk en fit rinvestissement, sur les ordres de la couronne d'Angleteri'O, et la place réduite à la famine se rendit honorablement, en 1629.

Mais la cessation des hostilités ayant eu lieu, entre les deux nations, avant la reddition de la place, par le traité de Saint-Germain signé en 1632, tout le Canada, le Cap Breton et l'Acadie furent rétrocédés aux français.

Trois ans plus tard, la carrière si bien remplie de Champlain prit fin, et le jour de Noël, l'âme de ce noble preu, dont le caractère ressemble plutôt aux chevaliers errants des légendes du moyen âge qu'au soldat pratique du dix-septième siècle, s'envolait paisiblement en son château St-Louis, qu'il avait lui-même construit sur le sommet de l'une des collines de Québec.

Champlain eut plusieurs successeurs, dans la position difficile de gouverneur de la Nouvelle France, mais aucun ne fût son égal, jusqu'à l'arrivé de Frontenac en 1672, et la colonie progressa lentement, à peine cent européens grossissant le nombre laissé par Champlain, lors de sa mort, remontant à cinq ans auparavant, et quand, en 1663, la Compagnie des Cent Associés, compagnie qui promit plus qu'elle ne tint, prit fiiU, le total de la population de race étrangère ne dépassait prs en tout, deux mille âmes.

La principale cause de ce peu d'augmentation, comparée au progrès rapide, sous ce rapport, des colonies anglaises de la Virginie et de la Nouvelle-Angleterre, est due aux Jésuites qui, sous leur administration, s'occupaient beaucoup plus d'évangéliser les sauvages, que du soin de coloniser le pays. De 1632 à 1682 les prêtres, de l'ordre des Jésuites, des

Récollets et autres, traversaient le paj-s, sans se laisser arrêter par les forêts insurmontables, les terribles privations, les ennemis impitoyables, et l'immensitée des solitudes, poursuivant l'œuvre d evangélisation partout où pouvait se trouver un être humain, partout où il y avait nnî âme à sauver.

Les Recollets furent les premiers européens à traverser le désert qui sépare le Saint- Laurent de la baie de Fundy. Depuis les cinq années de leur arrivée, on trouve partout l'empreinte laissée, par leurs sandales, au Nepisignit et au Saint-Jean, au Cape-Sable et à Port-Royal. Quand Cbamplain fit son expédition au pays des Hurons, le Père LeCaron un Récollet, le précéda, dans son zèle et fut le premier à porter la croix aux tribus des grands lacs des Laurentides. Les Jésuites furent les pionniers de la civilisation aux confins de l'Ouest. Leurs rapports annuels contiennent une mine inépuisable d'informations sans prix, sur l'histoire du Canada primitif.

Les plus célèbres d'entr'eux sont : Le Père Hennepin, Lalemant, Jogues, Brebœuf, Chauminot, Marquette et Dablon, et plus d'un prêtre eut l'héroïsme de sacrifier sa vie plutôt que dévier de sa voie ou d'abandonner la mission qu'il croyait lui avoir été départie par la Providence.

Dans le printemps de 1G42, les premières fondations de Montréal, la future métropole commerciale du Canada, furent posées par Maisonneuve, avec toute la pompe religieuse et le cérémonial possible de l'église, au milieu de ses peuplades primitives, et ainsi la civilisation fit tranquillement son œuvre, en avant, dans le cœur du pays, disputant pas à pas le terrain aux féroces indiens.

En 1672, le Père Jésuite Albanel traversa tout le territoire, depuis le Saint-Laurent jusqu'au fond de la baie d'Hudson, et en prit formellement possession, au nom du roi de France. Les représentants du roi d'Angleterre l'y avaient précédé. Plus tard la question de priorité de découverte fut vivement contesté de part et d'autre.

Souvent ce sont les circonstances qui font les hommes, et durant les années 1686-1697, Pierre LeMoyne, Sieur d'Iberville, à la tête d'une famille de quatorze enfants, dont trois furent

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tués au service de leur prince, et dont quatre furent Gouverneurs de Forts ou de Provinces, commença sa cari'ière remarquable en traversant tout le désert qui s'étend entre le Saint- Laurent et la baie d'Hudson, et enleva Moose Factory aux Anglais. Après cette première victoire, il poussa sa campagne, avec tant de vigueur, qu'il livra plusieurs batailles sur terre et sur mer, l'une des dernières, la bataille de la baie d'Hudson, en 1697, étant regardée par les autorités militaires les plus coml^étentes en Angleterre et eu France, comme la plus sanglante et la plus violente de toute la guerre. En 1697, lorsqu'il quitta la Grande Baie pour retourner en France, il pouvait compter à son acquit, six Forts et sept Gouverneurs de la Compagnie de la baie d'Hudson qu'il avait capturés, sans compter ses exploits dans la Nouvelle-Angleterre, l'Acadie et Terreneuve.

En 1672, la même année où le Père Albanel visita la baie d'Hudson, le comte de Frontenac fut nommé gouverneur, et après Champlain, il est, à tous égards, la physionomie la plus remarquable, parmi les premiers titulaires de cette charge. La plus grande gloire de son administration et l'un de ses traits les plus caractéristiques, c'est l'esprit d'explorations et de découvertes poussées jusqu'à l'extrême hardiesse, l'une des plus remarquables étant, sans contredit, l'exploration du ]\[ississipi et du G.>rrr^ Ouest sous Joliet, Marquette, LaSalle et Hennepin.

Les pertes infligées aux colonies par les sauvages, et surtout par les Iroquois, furent terribles durant cette époque, et parfois l'on fut porté à croire que les sauvages réussiraient à cha.sser les " faces pâles," du pays. Ce fut alors, en 1688, que la guerre éclata, entre la France et l'Angleterre, amenant du même coup, les hostilités, entre les colonies françaises et celles de la Nouvelle-Angleterre. La guerre dura pendant quelque temps, avec des fortunes diverses de part et d'autre, jusqu'à ce que la paix fut conclue entre les deux nations, et par le traité de Rysv;ick (1697), chacun des belligérants reprit tout ce qui lui appartenait antérieurement, par droit de conquête. Frontenac mourut l'année suivante et De Callières lui succéda.

Après quatre ans de paix, la guerre, au sujet de la succession au trône d'Espagne entraîna de nouveau, l'Angleterre et la France dans un sanglant conflit, auquel durent nécessairement prendre part les colonies, et jusqu'en 1713, depuis les bords de l'Acadie lavée par l'océan jusqu'aux forets vierges de l'ouest. Dieu sait, combien de scènes tragiques ensanglantèrent ce vaste théâtre, auquelles prirent part les Français, les Anglais et les Indiens rivalisant les uns les autres, dans la soif du sang.

Par le traité d'Utrocht (1713), tout l'Acadie, Terre-Neuve et la baie d"Hudson furent données à l'Angleterre, qui en a toujours gardé, depuis, la possession.

Durant la longue période de paix qui s'en suivit, la population du Canada, qui, d'après le recensement du Canada, en 1721, n'était que de 25,600, augmenta sensiblement, et le développement du pays fit des progrès considérables. La culture du sol fut, cependant, grandement négligée, pour le commerce plus séduisant des fourrures, qui offre tant d'attraits à l'aventureux "voyageur" et "au coureur des bois," qui ne peut pas même expliquer complètement l'énormité des profits réalisés. En endossant le costume des peaux rouges, ils adoptent aussi les habitudes de leur vie sociale, vivant dans leurs wigwams, mariant leurs filles, et élevant une progéniture d'enfants bruns, d'où descendent les métis dont nous trouvons tant de représentants dans les provinces de l'ouest.

En 1744, la guerre, au sujet de la succession au trône d'Autriche, entraîna une fois encore les colonies dans une séries d'hostilités, qui furent surtout remarquables, par la prise jusque-là considérée impossible de la forteresse de Louisbourg, au Cape-Breton, par les anglais, sous Pepperele (1745), et la première apparition sur la scène de George Washington, "le père de sa patrie," qui était alors un officier de grande réputation dans les colonies anglaises. Le traité d'Aix-La Chapelle (1748), mit fin aux hostilités, mais cet armistice fut considéré par les deux nations, que comme un temps d'armistice, pour mieux se préparer à la grande lutte qui devait décider de la possession du continent.

En 1754, le conflit attendu commença par une attaque, entre un petit corps de troupe, sous le commandement de Washington et une poignée de soldats français commandée par Jumonville au Fort Duquesne. Washington prit l'initiativ^e, et, comme dit Bancrof t, en donnant l'ordre de faire " feu," "il mit le monde en feu." Alors commença cette guerre mémorable qui, du sein des forêts de l'Amérique en flammes, lançait ses étincelles sur les royaumes d'Europe et jusque sur l'Empire étouffant du Grand Mogol. Cette guerre rendue glorieuse par la mort de Wolfe et Montcalm, les victoires de Frederick et les exploits de Clive ; cette guerre qui décida des destinées de l'Amérique et fut le premier chaînon de la chaîne des événements qui amena la révolution américaine avec toutes ses vastes et incalculable conséquences.

Nous ne suivrons pas les diverses péripéties de ce grand conflit, suivant que le llux de cette guerre monte et redescend sur les plaines, le cours des rivières, ou à travers les forêts de la Nouvelle-France, la Nouvelle-Angleterre et le Sud et l'Ouest. Cette guerre est connue, dans l'histoire, sous le nom de Guerre de Sept Ans, et dura de 1755 à 1763, et se termina par le traité de Paris qui fut signé, en cette dernière année.

Cette longue guerre fut fertile, en exploits et en sièges mémorables, et plusieurs commandants se flrent un nom immortel, par la grandeur de leur faits-d'armes. Mais, dépassant toutes les autres événements, par leur grandeur et la portée de leurs conséquence, et planant bien au-dessus des autres hommes, dans l'impérissable gloire de leurs exploits, sont le siège de Québec, et les généraux rivaux Wolfe et Montcalm, qui semblent, par leur éclat, occuper tout le premier pan du tableau et rejeter tout le reste dans l'ombre. Telle e.st l'impression qui se dégage de cette page glorieuse de notre histoire. Le 13 de septembre 1759, Wolfe conquit Québec sur les plaines d'Abraham, et juste un an plus tard la capitulation de Vaudreuil à Montréal, devant les armées coalisées d'Amherst, Haviland et Murray, compléta la conquête anglaise du Canada. Et l'entier continent à la seule exception des petites îles de St-Pierre et Miquelon sur les Côtes de Terre-

Neuve passa sous la domination anglaise. Ceci nous amène à notre troisième période, savoir :

3hne période. — Conquête et 2'>osses8ion permanente par les Anglais.

Nousavons déjà parlé de la conquête du Canada, à la fin de la période précédente, nous allons maintenant jeter un coup d'œil sur l'histoire du Canada, sous la domination anglaise.

A. De Celles, bibliothécaire français à la bibliothèque du Parlement, en établissant une comparaison entre les Français de France et ceux du Canada, dit : " D'abord, nous, (Canadiensfrançais), nous avons le gouvernement responsable, dans sa plénitude. De même que notre gouvernement fédéral et notre administration provinciale sont l'expression du vox popidi, dans toute la force du mot, de même le conseil de comté, un corps autonome créé par la franchise électorale, fonctionne sur le plus petit théâtre des affaires locales. Mais, ce n'est pas tout ; la municipalité de paroisse et de village, qui aussi doit son existence au suflfrage populaire, est le point de départ de tout le système et met la machine en mouvement. Les conseils de comté, de paroisse et de village ne sont que des miniatures du pouvoir central."

M. Benjamin Suite, dit : " La conquête à aboli l'argent de papier de l'ancien régime et a substitué les paiements en argent; elle a permis aux habitants, qui formaient les neufdixième de la population à cette époque, d'acheter là où ils voulaient, et es qu'ils voulaient, au lieu d'être obligés de se pourvoh" au magasin do la compagnie ou du gouvernement ; la conquête a aussi donné plus d'expansion au commerce et aboli le monopole arbitraire, et préparé les voies, pour ces mesures législatives, qui plus tard, ont accordé le gouvernement responsable et les écoles aux sujets français de la Grande Bretagne."

Le journalisme fut introduit au Canada, un an après la signature du traité de Paris, c'est-à-dire, en 1764, et la première publication au Canada, fut le prospectus de la Gazette de Québec, un papier-nouvelles, dont la suspension ne date que <îepuis dix ans passés.

Bien qu'il y eût, nécessairement, beaucoup de friction entre" les nouveaux sujets," comme on appelait les Français, et les colons anglais, autrement dit, " les vieux sujets," cependant, sous le gouvernement modéré et sage du général Murray et de Sir Guy Carleton, tout progressa à merveille, et le pays entra dans une nouvelle ère de prospérité ; l'augmentation de la population et les ressources du pays fut rapide.

En l'an 1774, le Parlement anglais passa ce qu'on est convenu d'appeler "l'acte de Québec." Cet acte recula les limites de la province, depuis le Labrador au Mississippi, et depuis rOliio, jusqu'au bord de la baie d'Hudson ; donna aux catholiques les droits que leur garantissait la capitulation de Montréal, sans perdre leurs droits civils ; et accorda le droit de dîme au clergé, sans que les protestants fussent obligés d'y contribuer ; il rétablit les anciennes lois civiles et confirma l'usasTe des lois criminelles anglaises ; il établit un conseil législatif de 17 membres au moins et de 23 au plus, ces derniers tenant leur nomination de la Coui'onne, et composé en grande partie de personnes de race anglaise.

Cet acte ne donna pas de satisfaction, non seulement à la minorité anglaise au Canada, qui considérait que ses droits avaient été impitoyablement sacrifiés, mais aussi aux colons américains, qui se plaignaient amèrement du don fait au Canada de tout le territoire au nord et à l'ouest de la rivière Ohio, pour lequel ils avaient si longtemps et en maintes circonstances combattu. Nonobstant tous ces protêts et appels, l'acte, qui naturellement donnait tant de satisfaction a la population française, continua d'être en force, dans la province, pendant dix-sept ans.

Les colons eurent alors à traverser une autre période de guerres, — sanglantes mais décisives — et cette fois, avec leurs propres concitoyens, de l'autre côté de la frontière. L'année, après la passation de " l'acte de Québec," les vieux brandons de sécession qui couvaient depuis longtemps sous les cendres, dans les colonies américaines, éclatèrent. Le 19 avril 1775, les " minute mien," de Concorde et Lexington, " tirèrent le premier coup de feu qui retentit autour du monde," et la guerre de

l'indépendance commença, dans laquelle l'Angleterre perdit plusieurs de ses colonies américaines. Les Américains commencent par s'emparer de Ticonderaoga et Crown Point, sur le lac Champlain, qui leur ouvrent la porte du Canada. Les forts de St-Jean et de Chambly ont le même sort, et le 12 novembre, Montréal succombe. Mais bientôt succédèrent les revers ; enflés de leurs premières victoires, les américains tentèrent de s'emparer de Québec, mais deux fois ils essuyèrent de sanglantes défaites. Le 4 juillet 1776, les colonies révoltés déclarèrent leur indépendance, et le 19 octobre 1781 la guerre se termina avec la défaite de Cornwallis, à Yorktown, Virginie.

Par les termes du traité de paix signé à Versailles, le 8 septembre 1783, le Canada perdit toute la magnifique région qui s'étend entre le Mississipi et l'Oliio, et fut séparé de la nouvelle nation connue sous le nom " des Etats-Unis d'Amérique," par les grands lacs, le St-Laurent, le 49 parallèle de latitude nord, et les Hauteurs-des-Terres séparant les eaux qui se jettent dans l'Atlantique de celles qui se déchargent dans le St-Laurent et la rivière Ste-Croix.

Pendant toute cette guerre de sécession, un grand nombre de colons américains, étaient restés loyaux à la mère-patrie. A la lin de la guerre, il constatèrent, avec chagrin, qu'ils ne pourraient pas vivre en paix, dans les limites du territoire des Etats-Unis. Il trouvèrent leurs propriétés confisquées, leurs familles ostracisées et leur vie était même en danger. Dans ce moment critique le Parlement anglais vint à leur secours.

Une somme déplus de trois millions de livres sterling fut votée en faveur de ces loyaux anglo-américains, comme ils étaient tiers de s'appeler eux-mêmes, des vaisseaux de transport furent équipés, pour les conduire au Canada, et tous les arrangements possibles furent faits, pour leur assurer un domicile, dans les Provinces-Maritimes et dans Ontario. On compte que pas moins de 2.5,000 personnes, furent ainsi forcées à se réfugier dans les colonies anglaises, où ils aidèrent pour une large part, au progrès et à la colonisation du pays.

A cette époque, (1784), la province actuelle d'Ontario,

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était à peu près un désert. La population entière était de moins de 2,000 eurojDéens répartis principalement, dans les environs des places fortifiées du St-Laurent, le Niagara, et la rivière Sto-Clair. D'un autre côté, la population de la province de Québec, était d'environ 120,000. Dans le but d'encourager le développement de cette partie de l'ouest du pays, le gouvernement anglais ofiiùt de généreuses concessions de terre à ceux qui voudraient s'y établir, avec en plus du grain de semence, des animaux et des instruments d'agriculture ; avec de pareils encouragements, le désert fut bientôt transformé en fermes luxuriantes, en établissements prospères et en champs de blé abondants.

En 1786, Lord Dorchester (connu déjà sous le nom de Sir Gay Carleton) devint gouverneur général de l'Amérique Britannique du Nord. Les colons canadiens demandèrent alors les mêmes droits constitutionnels que les Provinces- Maritimes, ces dernières jouisssant d'une organi.sation à part datant de 1784-85, en vertu d'uno charte constitutionnelle particulière. On acquiesça à cette demande, en édictant l'acte d'habeas corpus et le procès parjuré, dans les causes civiles. Mais les Canadiens ne furent pas encore satisfaits, et voulurent avoir le gouvernement représentatif, et une plus large mesure de libertés constitutionnelles. En conséquence l'acte constitutionnel de 1791, fut pas.sé, par le Parlement anglais. L'acte impérial sépara le pays, en deux provinces ; le Haut-Canada et le Bas-Canada. Il établit une chambre élective dans chaque province, ainsi qu'un Conseil Législatif, dont les membres devaient être nommés par la Couronne, et un gouverneur aussi nommé par la Couronne et qui n'était responsable qu'à elle seule. La Chambre d'Assemblée était élue, pour quatre ans, et avait le pouvoir de prélever un revenu pour les chemins, ponts, écoles et autres besoins d'utilité publique. Un corps politique qui devint bientôt insuportable au peuple, à raison de son obstruction, ce fut le Conseil Exécutif. Il était composé d'officiers salariés de la Couronne et de juges, qui étaient les aviseurs secrets du gouverneur, sans être responsable de leurs actes, ni à ce dernier, ni à l'Assemblée Législative. Générale-

ment, ils étaient membres du Conseil Législatif et contrôlaient virtuellement la législation, par leur influence prédominante quoiqu'irresponsable.

La nouvelle constitution, comme Fox l'avait prédit, fonctionna mal, dès le début. Le Conseil Législatif et plus spécialement celui de l'Exécutif devinrent l'objet des convoitises populaires, et les questions de l'Eglise et de l'Etat divisèrent bientôt le peuple en factions et engendrèrent les haines politiques les plus violentes.

La première Assemblée Législative du Bas-Canada siégea à Québec, en 1791, quand la population de la ville était de 7,000 habitants, et celle du Haut-Canada siégea, pour la première fois, à Newark, aujourd'hui Niagara, en 1792, qui demeura le siège du parlement jusqu'en 1797, puis à York, (aujourd'hui Toronto), cité fondée par le Gouverneur Général Sinicoe, deux ans auparavant.

Le commerce et la population du pays progressèrent rapidement, et les ressources du Canada prirent un vif essoi\ Le flot de l'émigration grossit sensiblement, les troubles de '98 en Irlande, surtout, engagèrent un grand nombre de hai'dis pionniers, à venir s'établir, dans les forêts vierges du Canada.

Avec la prospérité et l'augmentation de la population du pays, les inconvénients d'un gouvernement pratiquement irresponsable commencèrent à se faire sentir. Le Conseil de l'Exécutif, composé du gouverneur et de cinq membres de son choix, révocables suivant son bon plaisir, finit par contrôler toute l'administration de la colonie.

En 1812-14, la jeune nation alliée eut à traverser une rude épreuve, à la suite de la déclaration de guerre des Etats-Unis, contre la Grande-Bretagne, à raison d'abord de ses sympathies pour la France, et des froissements qui existaient entre les deux gouvernements. Le Canada tout naturellement fut le point de mire des Etats-Unis, pour leur première attaque. Les forces des deux pays étaient loin d'être égales. Le Canada n'était nullement préparé à la guerre. Il possédait à peine 6,000 hommes de troupes, pour défendre 1,500 milles de frontière. Le chiffre total de sa population s'élevait à moins de

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300,000, tandis que celle des Etats-Unis était do 8 millions. Nonobstant cette disproportion écrasante, les Canadiens se rallièrent, comme un seul homme, sous la bannière de leur gouvernement, et se battirent, avec tant de bravoure, pendant les deux années que dura ce conflit, qu'à la lin des hostilités ils avaient le dessus, et, de nos jours l'on exalte les victoires de Queenstown Heiglits et de Chateauguay, avec le même patriotisme que celui des Anglais pour Paardeberg, ou des Français pour Austerlifcz.

La paix rétablie rendit toute leur acuité aux dissentions intestines, qu'avait fait taire, pour un temps, le patriotique devoir de détendre la patrie en danger. Dans le Haut et le Bas-Canada,, le peuple commença à se rebeller, contre l'omnipotence du Conseil de l'E'^écutif, et la rupture, entre les deux branches de la Légistature finit par s'accentuer d'avantnge tous les jours. Des conflits s'élevèrent aussi, entre les tleux provinces, au sujet de réclamations relativement au revenu et pour d'autres griefs, et pour remédier à cet état de choses on proposa l'union des deux provinces dès l'année 1822, mais ce projet fut abandonné, à raison de l'opposition unanime manifestée par la population française du Bas-Canada. Louis J. Papineau dans le Bas-Canada et William Lyon Mackenzie, dans le Haut-Canada, vinrent de l'avant, comme les champions des droits populaires, et furent bientôt à la tête de la rébellion ouverte. La lutte pour obtenir le Gouvernement responsable se continua sans merci ni trêve jusqu'en 184<0, alors que le parlement anglais s'inspirant des raisons, données dans le fameux rapport de Lord Durham, sur l'état des esprits au Canada, se décida, pour l'union des deux provinces, et reconnut, dans la nouvelle constitution, le principe du gouvernement responsable. Des résolutions, à cet efl'et, furent passées par les Législatures Provinciales, en faveur de l'adoption de ce régime, et un acte en consériuence fut voté par le Parlement impérial en 1S40, et vint en force le G février 184L A cette date, les deux provinccg du Haut et du Bas-Canada, furent pacifiquement unies, sous une même administration, et le self-government fut fermement établi, et à partir de ce

temps là, l'on donna au pays, le nom de Canada-Est et de Canada- Ouest.

L'Acte de l'Union portait, entr'antres dispositions : qu'il y aurait un Conseil Législatif et une Assemblée Législative, et que le nombre devS représentants serait le même, pour chacune des deux provinces, que le Conseil se composerait de vingt membres, à vie, nommés par la Couronne, l'Assemblée de quatre- vin cft-qiiatre membres, élus par le peuple. Le Conseil de l'Exécutii' ou le Cabinet se composait de huit membres responsables à la Législature, présidé parle Gouverneur Général nommé par la Couronne. Les députés eurent le droit de contrôler le revenu public. La première session du premier parlement-uni fut ouverte à Kingston, le 13 juin 184L Trois ans aprè^, le siège du gouvernement fut transporté à Montréal, et lors de la destructien des bâtisses du parlement, par la populace, eu 1849, Toronto devint le siège du parlement jusqu'en 18G5, puis Québec, pendant quelques années ; l'on eut dit d'une Léijislature ambulante siéc^eant, tour à tour, dans le Canada-Ouest, puis dans le Canada-Est.

COXFÈDÉRATION.

Après 1764, la province du Canada resta longtemps séparé du reste de l'Amérique Britannique du Nord. Avant la séparation des Colonies qui formèrent plus tard les Etats- Unis de l'Amérique du Nord, de l'Angleterre, plusieurs hommes d'Etat avaient plaidé en faveur de l'Union des Colonies, sous une forme de Confédération. Après avoir obtenu leur indépendance, la Nouvelle-Angleterre et les Etats du Sud s'étaient déjà fusionnés en une union fédérale. Cette idée s'était déjà présentée à beaucoup d'esprits restés fidèles aux principes monarchiques, comme le meilleur régime, pour des contrées d'une vaste étendue et dont la population était si éparse. Le colonel Morse délégué parle gouvernement anglais pour s'enquérir des meilleurs mesures à adopter, à raison du changement survenu, à la suite de la révolution américaine, conseillait, en 1783, l'union de toute l'Amérique Britannique du

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Nord, "pour la sauvegarde des derniers vestiges du pouvoir de l'Angleterre, sur le continent. La division de la province du Canada, en deux parties, le Haut et Bas- Canada, par l'Acte constitutionnel de 1841, ne permit pas cependant, de mettre ce projet à exécution. Le Bas-Canada peuplé, en grande partie, par des Français, voulait le maintien des lois régissant les terres et propriétés, lois sous lesquelles ils avaient toujours vécu. D'un autre côté, le Haut-Canada, composé largement de United Empire Loyalists et de population de langue anglaise, désirait conserver les lois de la métropole. Le seul moyen de trancher la difficulté était de faire du Canada deux provinces, au lieu d'une seule. Ainsi, pendant près d'un demi-siècle, les deux provinces progressaient à leur guise, l'une à côté de l'autre.

Avec le temps, la première forme de gouvernement, excellente pour les colonies, dans leur enfance, parut impraticable, à raison de leur développement. On voulut avoir un self-governni'.'nf, avec des pouvoirs plus étendus. Ce que l'on voulait avoir surtout, c'était le gouvernement responsable. En d'autres termes, le peuple croyait que le système anglais, dans toute sa plénitude, était ce qui lui convenait le mieux, et qu'il était mur, pour le sel f -gaver n nient dans toute la force du terme. L3 Gouvernement impérial, sur le rapport do Lord Durham et l'opinion des têtes dirigeantes, en vint à la conclusion, quo le temps d'effectuer l'union des deux provinces était arrivé. L'acte d'union de 1840, en fut le résultat, et, en 1841, les deux provinces, séparées pendant 50 ans, furent réunies en une seule, comme nous l'avons vu plus haut. L'une des mesures les plus importantes introduites par le premier parlement, fut "l'acte Municipal," en vertu duquel chaque township, comté, ville, village et cité, a droit ;\ l'administration de ses propres affaires, et le pouvoir de prélever des taxes, pour les travaux publics et les dépenses de l'administration.

Le développement des provinces du Canada-Uni poursuivit sa marche progressive. Mais cette évolution fit surgir de nouvelles difficultés à raison de l'accroissement de la population du Haut-Canada, et de la politique qu'on voulait suivre

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dans les rapports commerciaux avec les Etats-Unis. Ces difficultés furent surmontées par la Confédération des quatre provinces suivantes : le Canada-Ouest, le Canada-Est, le Nouveau- Brunswick et la Nouvelle- Ecosse, provinces pour lesquelles les principes du self-goverament n'avaient plus de secrets, et qui dans l'administration des affaires publiques, en savaient faire une sage explication.

L'entrainement politique des quatre provinces, pendant les soixante premières années, les avait forcément convaincu de la nécessité de l'union pour le plus grand bien et le développement des ressources du pa^'s. En 1804, Lord Monk, alors gouverneur-général du Canada, eut une conférence avec les lieutenants-gouverneurs des autres provinces, dont le résultat fut une convention à Québec de tous les délégués de chaque province. Cette convention avait pour but de formuler un plan d'union acceptable par les législatures du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse et du Canada. Le parlement de la Grande-Bretagne, notre suzeraine, ratifia " l'Acte d'L'^nion de 1807," acte constitutionnel appliquable alors à quatre provinces seulement.

L'un des premiers actes en vue de donner plus d'expansion à la Confédération, fut d'acquérir, à prix d'argent, tous les droits de la Compagnie de la Baie d'Hudson, sur les territoires concédés par la Charte du Roi Charles IF, en 1670.

A la suite de cet achat, Manitoba fut constituée eu province.en juillet 1870. La Colorabie-Bntannique,avec l'offre d'un gouvernement responsable et la construction du chemin de fer Pacifique Canadien, se joignit à la Confédération, en 1871. L'Ile du Prince Edouard en fit autant en 1873, et ce qui restait des Terres de Rupert fut divisé de 1876-1895, en districts, savoir: Keewatin, As^iniboine, Saskatchewarv, Alberta, Athabaska, Mackenzie, Yukon, Ungava et Franklin.

Les moyens de développement dont les quatre premières provinces confédérées avaient fait l'heureuse expérience, furent immédiatement appliqués aux nouvelles venues dans la Confédération. Le Manitoba et la Colombie Anglaise placés sur le même pied d'égalité que les provinces de l'est, furent

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immédiatement dotés du self-goveniment pour les fins locales.

Les Territoires du Nord-Ouest furent gouvernés : lo p:ir le Lieutenant-Gouverneur du Manitoba ; 2o après cinq ans d'expérience, par un Lieutenant-Gouverneur et un Conseil Exécutif ; 3o par un Lieutenant-Gouverneur aidé d'un Conseil dont les membres sont en partie éligibles ; 4o par un Lieutenant-Gouverneur et quatre Conseillei's choisis par ce dernier parmi les 22 membres de l'Assemblée Législative ; ce Conseil s'occupe des affaires de finances et est révocable suivant son bon plaisir. Des légistes furent nommés par le Gouverneur en Conseil, pour éclairer son Excellence, sur les questions de droit ; 5o par un Lieutenant-Gouverneur et l'Assemblée Législative, avec les mêmes pouvoirs conférés nux autres provinces, par l'Acte d'Union de 1867, sauf le droit d'effectuer des emprunts affectant le crélit des Territoires. L'Exécutif se compose du Lieutenant-Gouverneur et de quatre membres nommés par son Excellence ; Go par un Lieutenant-Gouverneur et un Conseil Exécutif, choisi par ce dernier parmi les représentant? de l'Assemblée Législative ; les membres ainsi choisis devant se faire élire par le peuple, pour obtenir la confirmation de leur nomination par la Couronne. Le dernier changement politique plaçant la Législature des Territoires du Nord-Ouest, presque sur le même pied d'égalité, que les autres Législatures fut effectué 27 ans après la création du premier gouvernement. A cette époque les Territoires du Nord-Ouest obtiurent en même temps que leur émancipation, la jouissance du Roms Ride et le Gouvernement responsable. Ces Territoires ont été sans représentants au Parlement Fédéral, jusqu'en 1887, quand par un i\.cte du Parlement, ils eurent droit à deux sénateurs et à quatre représentants électifs.

D'une extrémité à l'autre du Canada, tout le teînps que dura l'enfantement du système gouvernemental actuel, l'idée mère et suprême de tous a été d'être loyaux à la Couronne Britannique. Dans un discours prononcé à Paris, en août 1897, Sir Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada, disait :

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" J'aime la France qui m'a donné le jour, j'aime l'Angleterre qui nous a donné la liberté." Sir George Etienne Cartier rendait la même pensée quand il se disait ' un Anglais parlant le français."

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