‹ Le Canada sous l'union, 1841-1867. -- (volume 2)Chapitre 12 sur 26 · LES LIBERAUX AU POUVOIR, MINISTERE MCDONALD-SICOT TE · texte numérisé non relu

LES LIBERAUX AU POUVOIR, MINISTERE MCDONALD-SICOT TE

1862-1863, et mcdonald-dorion 1863-1864.

Avènement des libéraux au pouvoir, formation du ministère Mc- Donald-Sicotte. — Son programme politique, amendement des lois de la milice et du tarif, allocations publiques. — Election de douze conseillers législatifs et des ministres. — Enquêtes dans les départements publics et sur les édifices parlementaires.— Organisation des volontaires, négociations flu chemin intercolonial.- — Changements mini>tériels et autres. — Ouverture de la session de 1863. — M. Alex. Campbell, président du conseil législatif. — Débats sur l'adresse. — Loi des coles séparées du Haut-Canada amendées. — Acte des jurés et jury, etc. — Projets de loi ministériels sur la milice, la banqueroute, etc., politique financière du cabinet. —Motion de non-confiance, a 'optée. — Retraite des ministres ilu Bas-Canada. — Ministère Mcl^onald-Dorion. — Elections générales de 1863, le ministère en minorité dans le Bas-Canada et en majorité dans le Haut. — Ouverture de la session. — M. U.- J.Tessier, président du conseil législatif, M. Wallbridge, président de l'assemblée législative. — Discussion sur l'adresse, motion de non-confiance proposée par M. Sicotte. — Défection de M. .^icotte, son élévation au banc judiciaire. — Lois de milice sédentaire et volontaire. — -Exposé financier de M. Holton. — Votjs de non-confiance. — Règlement du subside postal du Grand-Tronc et des vapeurs océanitjues, et du prêt des incendiés de Québec. — Ouverture tie la session de 1864. — Débats sur l'adresse. — Projets de loi présentés par le ministère. -M. J .-.'^andfield McDonald essaie inutilement de reconstituer L' miniitere. — R< traite du ministère McDonald-Dorion.

Après la chute du ministère Cartier-McDonald le gouverneur, Lord Monck, chercha les éléments d'une nouvelle administration parmi les libéraux, et choisit M. John-Sandfield McDonald

pour son premier ministre. Celui-ci, après avoir pris pour ses collègues du Haut-Canada MM. Foley, McDougall, Howland, Morris et Wilson, pria M. Sicotte de former la section du ministère pour le Bas-Canada. M. Sicotte s'attacha M. Dorion afin d'avoir l'appui des démocrates, choisit MM. McGree et Abbott pour représenter la population anglaise du Bas-Canada, et MM. Tessier et Evanturel comme représentant le district de Québec. Le ministère libéral, tel que ci-après constitué, i)rêta serment le 24 mai 18G2.

Haut-Canada.

Hon. MM. J.-S. McDonald, procureur-général, " M.-H. Foley, maître-général des postes, " W.-P. Howland, ministre des finances, " "Wm.-P. McDougall,commissaires des terres, " James Morris, receveur-général, " A. Wilson, solliciteur-général.

Bas-Canada.

Hon. MM. L.-V. Sicotte, procureur-général, " A.-A. Dorion, secrétaire-provincial, " T.-D. McGee, président du conseil exécutif, " U.-J. Tessier, commissaire des travaux

publics, " F. Evanturel, ministre de l'agriculture, " .T.-.T.-C. Abbott, solliciteur-général.

Le succès de M. John-S. McDonald dans la formation du nouveau cabinet, et le ralliement des libéraux autour de cet homme politique, qui n'avait presque pas d'adeptes, et qui était opposé à accorder au Haut-Canada une plus

forte re réseiitatioii, prit tout lo monde pnr surprise. Le premier ministre, sans être un homme d'état comme M. John-A. McDonald, avait cependant de grandes qualités ; il était reconnu par ses talents, sa grande modération, son expérience parlementaire. Il possédait un caractère indépendant, et était habile en ressources pour se tirer d'embarras. Il avait déjà été appelé à plusieurs postes élevés, à celui de président de l'assemblée législative et à celui de solliciteurgénéral, sous l'administration LaFontaine. M. McDonald réussit, parce que les deux chefs de l'opposition MM. Sicotte et Foley consentirent à être ses collègues.

Comme chef d'un parti assez puissant, M. Sicotte avait jdus de droit au poste de premier ministre. Il était homme de talents, et avait des principes modérés. 8on intégrité avait toujouis été hors de soupçons. Il en était de même des autres ministres MM. Dorion, Tessier et Evanturel, qui jouissaient de la plus grande honorabilité. M. McGree, un des cht'fs de la Jeune Irlamle s'était, en 1848, réfugié aux Etats-Unis, il était venu peu après s'établir à Montréal, où il s'éleva à une haute position. Orateur des plus distingués, doué d'une belle intelligence, M. McGree était encore un écrivain de premier ordre. Comme M. Dorion, il s'était attaché au parti Brown.

La rentrée de M. Foley dans le cabinet fut une bonne acquisition. Il était un chef habile, modéré, et de plus, un orateur de mérite. Au contraire, celle de M. McDougall fut mal accueillie. Ce dernier était un digue adepte de M. Brown, fanatique et ambitieux comme lui ; on eût tort

(le placer cet ennemi de la population française, dans un département aussi important que celui des terres de la couronne.

On peut dire qu'en général, le ministère était composé d'hommes d'un caractère intègre et honorable ; aussi les députés et le peuple se montrèrent disposés à lui donner un temps d'épreuves. On remarqua cependant qu'il y avait moins de hautes capacités que dans le cabinet conservateur. Des hommes tels que M. Cartier, John-A. McDonald, Cauchon et Oalt, étaient difficiles à remplacer.

Le ministère McDonald-Sicotte chargea MM. Wallbridge et Loranger de faire connaître son programme politique. 11 reconnaissait le caractère fédéral de la constitution, ou l'égalité de la représentation dans chaque province, mais il voulait régler cette représentation d'une manière plus juste ; il admettait le système de la double majorité, et ne voulait imposer aucune législation à une i^rovince contre la volonté de la majorité de ses représentants. Il se proposait encore de passer une loi de banqueroute, amender la loi de la milice et celle du tarif, pratiquer l'économie dans le service civil, maintenir Outaouais comme capitale, et tenir une enquête sur les travaux des édifices parlementaires. Ce programme promettait de bons résultats ; mais nous verrons par la suite, que le ministère foula aux pieds les parties les plus importantes.

On fut beaucoup étonné de voir MM. Foley, McDougall et Wilson abandonner la représentaion basée sur la population, question pour aquelle ils avaient combattu avec tant d'ardeur, ■t accepter l'égalité représentative et la double

majorité. Ces hommes avaient pourtant fait des reproches amers aux conservateurs sur leur conduite. M. McDougal lui-même venait de proposer contre eux une motion de censure, parce qu'ils refusaient de régler la question. Ce sacrifice de leurs opinions réjouit le Bas-Canada. On félicita M. Sicotte d'avoir fait accepter, par le cabinet, l'égalité de la représentation et le règlement des écoles séparées.

MM. Cartier et McDonald déclarèrent que le ministère recevrait d'eux une opposition loyale, et qu'ils lui donneraient l'occasion de développer sa politique. En effet, ils ne mirent aucun obstacle à la réélection des membres dvi cabinet, et à la passation des mesures urgentes, que le ministère crut devoir adopter. M. Cartier regretta seulement le choix de MM. McCxee et Evanturel comme membres du cabinet.

M. John-H. Cameron reprocha aux ministres haut-canadiens d'avoir abandonné la question de la représentation ; il était d'aA^is que le principe de la double majorité ne pouvait être sérieusement mis en pratique. M. Connor et quelques autres libéraux tout en étant favorables au nouveau cabinet, se montrèrent mécontents du choix de M. .Tohn-S. McDonald, comme premier ministre. MM. Loranger et Drummond défendirent les membres de l'administration. Il est étonnant qu'ils n'aient pas été appelés à être ministres ; ils auraient certainement ajouté au prestige du cabinet. L'organe de M. Brown, le Globe, attaqua violemment la polique ministérielle. Il taxa de trahison la conversion de MM. McDougall, Foley et Wilson au maintien du caractère fédéral de l'Union.

Le ministère McDonald-Sicotte se décida à passer les mesures les plus urgentes et à proroger ensuite les chambres. Il soumit un projet de loi qui amendait l'acte de la milice de 1855, et favorisait le développement du système volontaire. Le nombre des volontaires était porté à dix mille ; ils dcA^aient faire douze jours d'exercice et recevoir cinquante centins de solde par jour. Le projet autorisait la nomination de majors de brigade et de sergents-instructeurs. Enfin le gouvernement demandait |250,000 pour rencontrer les dépenses de la milice. M. John-A. McDonald trouva la mesure trcs-inromplète, et impuissante eu égard à l'organisation générale de la milice. Les hommes d'état d'Angleterre la considérèrent comme insuffisante pour aider les troupes impériales à la défense du Canada. Le projet fut cependant adopté par les deux chambres.

Le ministère libéral adopta, après quelques modifications, le tarif que devait proposer M. Cxalt, et qui amendait celui de 1850. Les droits sur le sucre, le thé, la mêlasse, les liqueurs, etc., furent augmentés de manière à donner un revenu additionnel d'un million cinquante mille piastres.

Il faut dire que les libéraux parvenaient au pouvoir dans des circonstances difficiles. La guerre américaine avait affecté le commerce et diminué par là le revenu. M. Galt avait luimême prévu un déficit de plusieurs millions. Le nouveau tarif ne fut pas même suffisant pour rencontrer les dépenses, et le gouvernement eut recours à une émission de bons provinciaux.

La législature vota en bloc les estimés du pré-

cèdent ministère, à part l'allocation des édifices d'Outaouais qui fut diminée de $tOO,000 à $500,- 000, et celle de $800,000 destinée au rachat des droits seigneuriaux, qui fut retranchée. Le budget contenait les sommes suivantes : |490,510 pour les dépenses encourues en 1861, $200,000 pour les chemins de colonisation, $63,421 pour les chemins de Matapédiac, Matane, Témisconata. etc., $16Y,000 pour les canaux.

Le ministère avait adopté Outaouais pour caf)itale, et avait demandé le vote de $500,000 pour les édifices parlementaires, afin de i^ayer les dettes légitimement dues seulement après enquête faite sur les travaux déjà exécutés. M. Loranger dit que ces édifices avaient été la source de gaspillage et même de pillage des deniers publics. IMM. Chapais et Simard proposèrent de ne pas voter de nouvelles sommes avant que cette enquête fut faite. M. Chapais avait encore l'espoir que Québec resterait la capitale. M. Cartier regretta cet amendement, parce que la décision de la reine devait être maintenue. Il était heureux de voir ses adversaires adopter la politique qu'avait suivie le gouvernement dont il était le chef

La session de 1862 ne fut remarquable que par l'organisation du ministère de l'agriculture et de la colonisation, par l'augmentation de l'octroi annuel des chemins, par la chute du ministère conservateur, enfin, par les débats imi)ortants sur la colonisation, les édifices parlementaires et les écoles séparées.

Durant l'été de 1862, eut lieu l'élection de douze conseillers législatifs. Ces élections complétaient le nombre des conseillers élus par le

jieuple en vertu de la loi de 1856 (1). Le conseil se trouvait au complet : il se composait de soixante-onze membres, dont vingt-trois nommés à vie et quarante-huit élus par le peuple. Au nombre des nouveaux conseillers, étaient MM. Holtoii, Aikins, Lemieux et Bureau. Les élections turent favorables aux libéraux.

Le ministère McDonald-Sicotte employa la vacance à exécuter plusieurs parties de son programme. Il pratiqua l'économie dans le service civil, diminua le nombre des employés, et économisa par ce moyen une somme assez considérable. Mais cette économie se fit quelquefois par le renvoi de certains employés contre lesquels on n'avait aucun blâme. Parmi ces destitutions injustes, se trouve celle du Docteur Meilleur, respectable vieillard qui avait rendu à son pays des services signalés, et à qui le gouvernement Cartier avait donné une situation nominale comme rémunération de ses services passés. Le ministère remp)laça c|uelques employés par ses partisans politiques; il fit quelques nomina-

(i) Les douzes conseillers législatifs élus en 1862 étaient :

De la Durantaye Hoii. MM. François I.eniieiix,

De Lanaudière " A.-B. Lajoio,

De Loiimier " f.-O. Hureaii,

Kennébec " Charles ("ormitr.

Chaouinigane " C Mailhot,

Victoria " Luther-H. llolton,

Eastern lion. MM. T. licnnelt,

Home " J.-C Aikins,

Malahide " E. Léonard,

Midland " William McMaster,

Quinte " R. Read,

Thames " O. Blake.

M. Lajoie, décédé peu après son élection, fut remplacé par M.

L.-A. Olivier. M. Hollis Smith fut aussi remplacé par M. J.-S.

Sanborn.

tions qui furent beaucoup critiquées, entre autres, celle de M. "W. Powell au poste d'adjudant-général, à la place du colonel Nash. Il créa de plus des emplois nouveaux, et rappela plusieurs agents d'immigTation envoyés en Europe par le ministère précédent, pour faire connaître les ressources du Canada.

Les libéraux nommèrent des commissions pour examiner les opérations financières des précédents ministères, et les travaux faits aux édifices d'Outaouais. Des enquêtes furent faites dans tous les bureaux publics ; elles prouvèrent que certains départements avaient besoin de réorganisation, mais elles coûtèrent des sommes considérables, et furent plutôt faites dans le but de nuire à leurs adversaires que d'opérer le bien public.

Poussé par le gouvernement impérial et le gouverneur, le ministère prit, à la fin de 1802, la détermination de créer des bataillons de volontaires ; il encouragea la formation de compagnies, forma des associations d'exercice, fournit des armes et habillements aux volontaires, mais il leur ôta la paie.

Le chemin de fer intercolonial devint encore le sujet de négociations entre les colonies et la métropole. Des délégués des provinces maritimes se rendirent à Québec, discutèrent ce sujet ainsi que la réciprocité commerciale avec le gouvernement canadien. Les négociations se continuèrent en Angleterre, où se rendirent MM. Sicotte et Howland ; mais elles n'obtinrent pas de succès par le refus d'accorder un fonds d'amortissement. Les délégués s'occupèrent aussi de l'ouverture de communications entre le Canada et le Nord-Ouest.

1862] LOED MONCK. 46t

La question du cliemin intercolonial amena la retraite de M. Dorion du cabinet. M, Dorion était opposé à la construction de ce chemin, parce que l'état des finances n'était pas assez prospère. M. J.-O. Bureau fut nommé secrétaire provincial, au mois de janvier 1863. La maladie ayant containt M. Morris de laisser le cabinet, il fut remplacé par M. Ferguson Blair comme receveur-général.

D'autres changements importants se firent dans la politique et dans la magistrature. M. Loranger accepta le poste de juge des Trois-Rivières, après avoir refusé le portefeuille de secrétaire provincial, lors de la retraite de M. Dorion. Grrâce à ses talents, à son éloquence et à ses principes modérés, il s'était conquis une place marquante dans l'arène politique ; il est malheureux qu'il n'y soit pas resté. M. Connor, qui accepta aussi une place de juge, mourut deux mois après. D'un autre côté, M. George Brown, retiré de la politique depuis sa défaite en 1861, fut élu à Oxford-Hud, et prit son siège au milieu de la session (i).

La mort moissonna trois des hommes les plus remarquables du Haut-Canada, Sir John B. Robinson, Sir Allan McNab et l'Hon. M. Merritt. M. Merritt est un de ceux qui ont le plus fait pour la prospérité commerciale et matérielle de la province. Avant sa mort, il projetait (1861) d'unir Toledo à Québec, au moyen d'une ligne

(i) [>es nouveaux députés élus depuis la session de 1862, étaient M. A. -A. Dorion (Iloclielaga), M. T.-M. Daly (Peith) et M . P. Benoit (NapierviJle). Pendant la session de 1863 furent élus M. Brown (Oxford-Sud), M. Pinsonneault (Laprairie), et M. John O'Connor (Essex)

quotidienne de bateaux à hélice d'un fort tonnage, pour transporter les grains de l'Ouest par la voie du Saint-Laurent. Ce magnifique projet aurait i;>roeuré beaucoup d'avantages à Québec ; mais il fut abandonné à cause de l'apathie des citoyens, qui refusèrent de souscrire une i^artie du capital demandé.

La mort de Sir Allan McNab nécessita une élection de président du conseil législatif. En ouvrant la session de 1863, Lord Monck pria les conseillers de procéder à cette élection. M. Alexander Campbell, remarquable par sa popularité et ses talents, fut élu à l'unanimité. Dans le discours du trône, le gouverneur recommanda d'adopter des lois do milice et de faillite, de répartir la représentation d'une manière plus juste ; puis il parla du chemin intercolonial, de l'enquête sur les édifices d'Outaouais, etc.

Au conseil législatif, ce fut M. Letellier de St. .Tust qui proposa l'adresse ; il fit un bon discours, dans lequel il passa en revue tous les sujefs recommandés, surtout le sujet do la milice. A l'assemblée législative, MM. Eankin et Joly proposèrent l'adresse, et félicitèrent le gouvernement de sa politique et de l'organisation des volontaires.

M. Cartier déclara qu'il n'nvait aucun amendement à faire à l'adresse ; il passa en revue la politique des libéraux, s'éleva contre la destitution de quelques employés jmblics, et blâma le ministère de garder le silence sur la double majorité, l'immigTation et sur quelques autres questions importantes.

M. Mathew-C. Cameron proposa un amendement à l'adresse, par lequel il exprimait le regret

qu'il ne lût pas présenté aucune mesure ayant pour objet d'assurer au Haut-Canada sa juste partie de représentation. Plusieurs députés parlèrent en laveur de la motion, qui fut appuyée par quarante-deux membres du Haut-Canada.

M. Lang'evin était d'avis que M. Sicotte ne pouvait jirétendre qu'il avait fait cesser l'antagonisme entre les deux provinces, puisque la plupart des députés, partisans du ministère dans le Haut-Canada, avaient roté pour une aug-mentation de représentants. H n'avait rien de changé à ce sujet dans la position des deux partis.

M. McDougall avoua qu'il avait laissé un moment de côté ses principes sur la représentation, afin de former un gouvernement conforme aux vœux de la majorité des deux Canadas.

Le premier ministre, M. John-Sandfield Mc- Donald, déclara que le gouvernement s'était beaucoup efforcé de suivre la politique d'économie exprimée dans son programme, et qu'il était décidé à passer toutes les mesiires promises. H expliqua la double majorité,afïirma qu'elle n'affecterait que les questions locales, et déclara que si le cabinet se trouvait en minorité sur une de ces questions, dans une province, il ne se croirait pas encore obligé de résigner ; il n'y aurait qu'un vote directe de non-coniiance des membres de cette province qui pût lui commander cet acte.

Les membres de l'opposition, ayant reproché au ministère d'avoir mal agi dans la question du chemin intercolonial, M. Sicotte répondit qu'on avait accusé à tort le gouvernement de mauvaise foi. 11 fit le récit des négociations sur ce chemin, et sur l'ouverture d'un autre chemin dans le Nord-Ouest, et dit que les documents

qui seraient fournis sur les deux questions, prouveraient ses avancés.

La discussion de l'adresse prouva que la position des libéraux n'était ni forte, ni brillante. L'attaque de leurs adversaires, sans être redoutable, eut, cependant, l'effet de préparer les voies à la discussion qui devait amener la chute du ministère.

La principale mesure de la session fut celle de M. Scott, qui amendait l'acte des écoles séparées du Haut-Canada. Elle réglait une question épineuse à la satisfaction générale, et reçut l'approbation du clergé catholique et du Dr E-yerson, surintendant de l'éducation dans le Haut-Canada. C'est la loi qui est aujourd'hui en opération.

Le triomjîhe des écoles séparées était dû surtout aux efforts énergiques déployés depuis plusieurs années par M. Scott, député d'Outaouais, à M. McGree et aux conservateurs M. John- A. McDonald et ses amis qui s'unirent aux Bas- Canadiens. Les ministres libéraux du Haut- Canada supportèrent, il est vrai, la mesure, car ils étaient engagés par leur programme à le faire ; mais ils furent abandonnés do leurs amis chargrits qui, avec quelques conservateurs outrés, votèrent au nombre de 31 contre la mesure. Le ministère McDonald-Sicotte avait fait des écoles séparées un article de son programme. Il ne pouvait pas réclamer comme partie la passation de cette loi, qui était plutôt due à l'opposition, et qui avait été proposée par un membre conservateur. Comme la majorité des membres du Haut-Canada se prononcèrent contre les écoles séparées, ce vote hostile au ministère devait mettre lèpre-

mier ministre dans la nécessité de résigner, pour se conformer au principe de la double majorité, car il s'était trouvé en minorité sur une mesure sectionnelle.' Un instant, il crut devoir le faire ; mais il foula bientôt aux pieds le principe de la double majorité pour conserver son portefeuille, contrairement à la conduite de ses devanciers, MM. Baldwin, Hincks, McNab, qui avaient donné leur démission dans des circonstances analogues.

Une mesure fut adoptée pour pourvoir à l'inspection de la fleur et du grain ; une autre pour amender l'acte du jury et des jurés du Haut- Canada ; une troisième permettait aux municipalités d'emprunter des argents pour aider, dans certains cas, les colons à ensemencer leurs terres.

Un projet de loi, préparé par M. Langevin, empêchait les exécutions capitales d'être publiques ; il fut accueilli par une ma;]'orité de l'assemblée législative, malgré une opposition de la plupart des conservateurs ; mais une majorité du conseil législatif le rejeta. L'abolition de la peine de mort fut discutée et approuvée par plusieurs libéraux. Le conseil législatif refusa aussi son concours à une mesure très-importante de M. J.-B.-E. Dorion, pour la x>rotection des colons sans titre {squatters). Un autre projet de loi de M. Langevin, pour fixer le taux de l'intérêt, passa dans la chambre d'assemblée à une forte majorité, mais ne devint pas encore loi.

Le ministère libéral présenta toutes ses mesures, à part celle de la représentation : un projet de loi de banqueroute, préparé par M. Abbott ; un deuxième projet imposant des timbres sur les procédures judiciaires ; un troisième de

M. Sicottf, relatif à renrégistrement et an rachat des hypothèques. Deux antres projets amendaient la loi des jurés et jury et celle des écoles du Bas- Canada. La principale mesure du cabinet fut celle que présenta M. John-S. McDonald, pour organiser la milice. Elle créait un bureaux d'examinateurs pour donner des certificats de capacité à ceux qui deviendraient ofliciers ; une autre clause contraignait les hommes mariés de servir en cas de guerre, lorsque par l'ancienne loi, on n'appelait d'abord que les hommes non mariés.

M. Howland exposa et développa la politique financière du ministère. Comme il y avait un déficit considérable, le gouvernement voulait élever le tarif afin d'établir l'équilibre entre le rcA'enu et les dépenses. Le cuir et le tabac devaient être frappés d'un droit excessif, et les tanneurs et les marchands de cuir soumis à une forte taxe. Le gouvernement se proposait de remplacer l'ancien impôt des bancjues, par une taxe d'un demi pour cent sur leur capital, de diminuer de vingt pour cent les octrois des hôpitaux ej; des institutions de charité, de vingt-cinq pour cent ceux des sociétés d'agriculture, de réduire de cent mille piastres à cinc[Uante mille l'octroi voté depuis plusieurs années pour les chemins de colonisation.

Tout en diminuant ces allocations, le ministère se proposait de voter cinquante mille piastres pour ouvrir une route dans le Nord-Ouest, de continuer les édifices d"Outaouais. d'accorder aux juges infirmes ou à ceux qui avaient C[uinze années de service une allocation égale aux deux tiers de leur salaire. Il désirait encore établir les

péages sur les canaux abolis en 1860 par les conservateurs.

Les représentants du peuple pouvaient, lorsque le ministère avait exposé la politique financière et présenté tous ses projets de loi, donner leur propre jugement. La lutte s'engagea alors entre les libéraux et les conservateurs.

Lorsque l'on joroposa de former la chambre en comité sur les subsides, M. John-A. McDonald présenta une motion directe de non-confiance, qui affirmait que l'administration, telle qu'elle était constituée, ne méritait pas la confiance de la chambre. C'était dans l'opinion de M. McDonald, le meilleur moyen de constater si l'administration avait le droit de gérer les affaires publiques. Il exposa tous les griefs cju'il avait contre elle, et passa en revue sa politique. Il s'attaqua surtout aux membres de l'administration qui avaient abandonné leurs doctrines sur la question de la représentation ; il blâma la politique d'économie et de retranchements ; il déclara mauvais et inefficace le projet de la milice, reprocha aux ministres d'avoir foulé aux pieds le princij)e de la double majorité dans la question des écoles séparées, et d'avoir agi de mauvaise foi dans les négociations du chemin de 'fer intercolonial.

Le premier ministre, M. John-S. McDonald, répondit à M. John-A. McDonald, par un discours énergique. Il dit que l'administration avait fait son devoir et rempli autant que possible son programme. Il défendit ses collègues du Haut-Canada, qu'on avait accusés d'avoir abandonné leurs i:>rincipes. Une preuve que l'opinion publique ne les condamnait pas,

c'est qu'ils avaient été élus par acclamation, et que les élections des conseillers législatifs avaient été favorables à leur politique. Il défendit ensuite le gouvernement des inculpations de mauvaise foi portées contre lui, relativement au chemin intercolonial. Les délégués canadiens avait reçu les instructions explicites de n'accepter aucune condition comportant la création d'un fonds d'amortissement, et dans leur conduite, ils n'avaient lésé ni le respect dû aux autorités impériales, ni les droits des provinces maritimes. Il expliqua ensuite la double majorité ; le gouvernement avait pour principe de faire des lois en conformité aux désirs de chaque section de la province, et chaque fois qu'une section de l'administration aurait perdu la confiance des députés de cette section, on la verrait donner sa démission. Il était prêt eu temps et lieu de démontrer que, relativement au projet des écoles séparées, le princij^e de la double majorité ne pouvait s'appliquer à cette fjuestion.

M. Langevin parla contre le projet de la milice, dit qu'il ne remplissait ni les désirs, ni l'attente du pays, et qu'il était contraire aux coutumes de la population. Il censura la conduite du gouvernement au sujet du renvoi de vieux serviteurs publics, de la réduction des octrois accordés aux institutions, aux sociétés d'agriculture et aux chemins de colonisation. Il déclara que le but des libéraux, en instituant des commissions, avait été de ternir la réputation des hommes d'état ; cependant ces commissions, qui avaient coûté de fortes sommes, n'avaient produit aucun résultat appréciable.

1863] I^pRD MONCK. 4Y5

M. (xalt commenta l'exposé financier de M. Howland. Il reprocha au ministère d'avoir refusé d'économiser une somme considérable, en n'acceptant pas un arrangement proposé par la compagnie des vapeurs océaniques, et d'avoir payé seize mille piastres pour le service des bateaux remorqueurs au-dessus de Montréal, service dont il aurait pu s'assurer sans aucune dépense. Il avoua que l'impôt proposé sur l'industrie du cuir nuirait aux intérêts du pays, et que le commerce souffrirait beaucoup du rétablissement des droits sur les canaux.

M. Cauchon s'attacha à démontrer que le rapport de la commission des édifices parlementaires n'était qu'un tissu d'erreurs ; et cependant cette commission allait coûter cinquante mille piastres à la province. Il se défendit des accusations portées contre lui dans ce rapport, et déclara qu'il était pénible de voir les hommes publics exposés à la vengeance et aux intrigues d'invidus qui avaient juré leur perte.

Le rapport contenait, en effet, tant d'erreurs que le gouvernement le jugeant inutile, abandonna les conclusions des commissaires. La commission ne constata ni vols, ni brigandage, mais seulement de l'incurie et de l'nnprévoyance. Les fautes commises furent en partie attribuées à Keefer, employé que les libéraux eux-mêmes destituèrent en s'appuyant sur les témoignages mêmes de MM. Ross et Cauchon. On se rappelle que M. Cauchon avait refusé les services de cet employé pour prendre ceux de M. Killaly.

M. A.-A. Dorion défendit la politique des libéraux, en exceptant toutefois le tarif et le projet de milice qu'il n'approuvait pas. Il répondit à

M. Cauchon au sujet des édifices d'Outaouais, et l'accusa d'avoir payé des sommes considérables sans avoir obtenu au préalable la recommendation des ingénieurs du gouvernement, conduite qui était en opposition directe avec la pratique suivie dans le département des travaux jinblics. Il défendit les commissions, prétendit qu'elles avaient eu de bons résultats, et chercha à établir le fait que les conservateurs s'étaient servis des deniers publics avec une grande prodigalité.

M. Howland répondit au discours de M. Galt ; MM. Mackenzie, Mowat et .T.-B. Dorion défendir-^-nt avec ardeur le gouvernement, tandis que MM Rose, Pope et DeCases furent sévères contre sa politique.

M. Brown fit une attaque contre les libéraux ; il vota cependant contre la motion IMcDonald, pirce qu'il prêterait encore la politique libérale. Il défendit le progi^amme de la convention de Toronto ; il était disposé à accepter tout changement constitutionnel, dont le but serait de rendre justice au Haut-Canada.

Les jours du ministère McDonald - Sicotte étaient comptés. Les membres indépendants et conservateurs qui avaient amené la chute du ministère Cartier, et donné un temps d'épreuves au ministère libéral, se rallièrent aux conservateurs pour faire le procès de ce dernier gouvernement.

Les libéraux tombèrent, parce qu'ils méprisèrent la double majorité sur la question des écoles et voulurent taxer des articles de consommation générale, diminuer les octrois sur la colonisation les hôpitaux, etc., pendant qu'ils se proposaient de faire d'autres dépenses moins utiles. Leur

L()T?r> MONCK. 47*7

conduite dans les négociations du chemin intercolonial, dans les questions d'économie, des commissions, et de la malheureuse ailaire AyJivurd, contiibuèrent encore à leur chute.

Il faut convenir cependant que cette administration com])tait des hommes modérés, d'un patriotisme sincère, et tout à fait dignes de la confiance de la province. On doit lui savoir gré de ce qu'elle sauvegardait les droits du Bas- Canada par la double majorité, et par l'abandon de la question de la représentation.

La motion de non-conliance de M. John-A. McDonald fut adoptée à une majorité de cinq voix. M. Sicotte se trouva en minorité de plusieurs voix dans le Bas-Canada (i).

Après cet échec, c[ui eut lieu le 8 mai, le ministère aniîonca, à la séance suivante, qui ne lui restait qu'un appel au peuple pour voir quel parti possédait sa confiance. Il avait obtenu la

(l) Pour la niot'ou de non-confiance: MM. AUeyn, Andeison, Baby, Beaubien, Reaiulreau, Benjamin, Blanchet, Brousseau, Jolin- H. C'ameron, Matliew-C. Caniemn, Carling, Can)n, Cartier, Cauchon, Chapals, Clarke, ("ockburn, Crawforfi, Daly, Daoust, De Bouclierville, DeCasrs, Pénis, Desauhiiers, Dostak-r, Joseph Dufresne, Dunkin, Ferguson, Fournier, Galt, Gaudct, Il.iultain, Jackson, Jones, Kniijht, Langevin, Lel'outiliier, Jolm-A. Mac- Donakl, iVJongenais, Morin, Mcjrris, Monison, Morton, O'Connor, Painchaud, PinsonneauU, Pope, Poupore, Powell, Ro!)inson, RobitaiHe, Rose, J.-J. Ross, J .-S. Ross, Ryerson, Scott, Sherwood. Simard, Simpson, Street, Taschereau, Tassé, Tett et Walsh — 64.

Contre ; Alihott, Arcliambnidt, Ault, Bell, Bcnoii, Biirgar, Bourassa, Brown, Biichnnan, Burwell, Cowan, Dawson, Dickson, A. - A. Dorion, J.-li.-E. T)orion, Drummond, Alexandre Dufresne, Dunsford, l'vanturel, P'oley, Fortier, CJagnon, Harlcouit, Hébert, llowland, Huntin^ton, Huot, Jobin, Joly, Labitclie-Viger, Laframboise, John-S. McDonald, D.-A. McDonald, Mackeiizie, McDougall, McGee, McKellar, McLachlin, Mowat. Mumo, Notman, O'HolIoran, Patrick, i'révost, Price, Rémillard, Rykert, Rymal, Scatcherd, Scoble, Sicotte, Somerville, Starnes, Stirton, Sylvain, Wallbridge, White, Wilson et Wright— 59.

dissolution du parlement, mais il désirait auparavant procéder aux affaires les plus urgentes et voter les subsides.

M. Cartier remarqua l'absence des ministres du Bas-Canada, et en demanda la cause. Selon certains bruits qui circulaient, le ministère avait la faiblesse de modifier son personnel pour se présenter devant le peuple, au lieu de consulter les électeurs comme il était constitué lors du vote de non-confiance. Le premier ministre assura qu'il ne connaissait aucun changement, et finit par déclarer que M. Sicotte et ses collègues avait l'intention de se retirer du cabinet. M. Cartier ne voulut pas procéder à aucune affaire avant d'avoir d'autres explications. Puis il proposa l'ajournement, au milieu de la plus grande confusion. M. .Tohn-S. McDonald répondit que cette motion prouvait c|ue l'opposition était factieuse, et qu'elle arrêtait le vote des subsides. MM. Drummond et Brown blâmèrent aussi l'attitude prise par M. Cartier. Une majorité de onze voix vota cependant l'ajournement.

Le lendemain, le 12 mai. Lord Monck, après avoir sanctionné quelques projets de loi, prorogea les chambres en vue d'une dissolution immédiate.

Après le vote de non-confiance, M. J.-Sandfield McDonald déclara à M. Sicotte que ce vote nécessitait des changements ministériels, afin de commander une majorité. Il lui suggéra de s'adjoindre MM. Dorion et Holton ; il devait lui-même faire quelques changements dans le personnel des ministres haut-canadiens. M. Sicotte ne put réussir dans ses démarches, et dit qu'il était prêt

à se présenter devant le peuple avec ses mêmes collègues. M. McDonald insista sur l'entrée des chefs démocrates, le Haut-Canada l'exigeait ; il suggéra à M. Sicotte de proposer à M. Dorion d'être le chef de la section du ministère pour le Bas-Canada ; il était certain qu'il acccepterait un portefeuille à cette condition. On savait que M. Sicotte n'accepterait aucune i:)ropositicn humiliante pour lui. Le chef bas-canadien reconnut l'intrigue que lui avait joué le premier ministre, en le sacrifiant à M. Dorion ; il comprit que M. McDonald avait fait des propositions aux chefs démocrates pour le supplanter. Il donna alors sa dénlission, et son exemple fut imité par tous ses collègues.

Après la retraite de M. Sicotte, M. J.-Sanfield McDonald s'occupa de reconstituer l'administiation : il remplaça MM. Foley et Wilson par MM. Mowat et Wallbridge ; les autres ministres MM Howland, McDougall et Blair restèrent 'dans le cabinet. Puis il s'adressa à M. Dorion pour présider au choix des ministres du Bas- Canada. M. Dorion offrit un portefeuille à M. Sicotte qui le refusa avec dédain ; il s'adjoignit ensuite M. Holton, son ami intime, financier de renom et tacticien parlementaire, M. Letellier de St-Just, démocrate modéré et possédant des talents brillants, M. Thibaudeau, riche marchand de Québec et un des plus habiles financiers de la province. Il ott'rit sans succès le portefeuille des travaux publics à M. Chapais. M. Drummond accepta un peu plus tard ce portefeuille, et M. Huntington, celui de solliciteurgénéral. L'administration McDonald - Dorion, formée le 16 mai 1863, se trouva finalement composée des membres suivants :

480 LOED MONCK. [1863

Haut-Canada.

Hon. MM. J.-Sanfield McDonald, procureur-général, " Wm. McDougall, commissaire des terres, " "W.-P. Howland, receveur-général, " Olivier Mowat, maître-général des postes, " A.-Ferguson Blair, secrétaire provincial, " Lewis Wall bridge, solliciteur-général.

Bas-Canada.

Hon. MM. A. -A. Dorion, procureur-général, " Luther-H. Holton. ministre des finances, " L.-T. Drummond, commissaire travaux publics, " I. Thibaudeau, président du conseil exécutif, " L. Letellier de St. Just, ministre d'agriculture, " L. S. Huntington, solliciteur-général.

La ministère McDonald-Dorion n'émit aucun programme politique. Seulement, dans leurs adresses électorales, les ministres firent connaître une partie de leurs principes. Ils abandonnaient la double majorité, et les négociations du chemin intercolonial ; mais ils devaient ordonner une nouvelle exploration de ce chemin. Ils laissaient libre la question de la représentation, et maintenaient la loi des écoles séparées.

La politique du ministère précédent était donc complètement changée. M. John-Sandfield Mc- Donald abandonnait la double majorité, dont il

avait été un des plus ardents champions ; et il allait administrer les affaires publiques du Bas- Canada avec une miijorité prise dans la province ouest, après avoir tant reproché aux conservateurs d'avoir gouverné le Haut-Canada par une majorité bas-canadienne. Il abandonnait aussi les négociations du chemin de 1er intercolonial, parce que le ITaut-Canada était opposé à cette entreprise. Il manqua de dignité dans sa conduite, fut injuste envers M. î^icotte, sans se rappeler que c'était lui cpii avait le plus contribué à lui donner le pouvoir. Maintenant, agissant sous la pression de M. Brown, il faisait abandon de ses principes modérés, parce que le Haut- Canada n'en voulait plus. Il lui eût été sans doute plus honoralile de se retirer pour conserver intactes les doctrines qu'il avait jusqu'alors professées.

Ce fut M. Brown qui exigea la retraite des ministres modérés, MM. Sicotte, Foley, Tessier, etc., pour les remplacer par des hommes moins compromis sur les questions de la représentation et des écoles séparées, et ayant des tendances, des principes avancés, analogues à ceux des cleargrits. MM. Mowat, Dorion, Holton et Wallbridge étaient certainement des hommes politiques de son choix. Aussi h; vit-on se réjouir de leur entrée dans le cabinet. Trop compromis à l'égard du Bas-Canadi, pour être lui-même le chef du ministère, M. Brown céda sa place à M. .T.-8andlleld McDonald; cette co.iibinaison lui permettait encore de laisser libre carrière à son esprit dominateur et d'imposer ses partisans.

Ce ministère était une deuxième édition de

l'administration Brown-Dorion, une coalition d'hommes dominés par les principes démocratiques. Il devait inspirer une certaine défiance au Bas-Canada, dont la grande majorité de la population était conservatrice. Déjà il se montrait injuste en abandonnant le chemin intercolonial, parce que ce chemin devait être surtout favorable à cette province. Aussi dans les élections générales qui eurent lieu, au mois de juin, les électeurs laissèrent le parti démocratique ou le parti essentiellement ministériel dans une grande minorité. Deux ministres, MM. Dorion et Holton, et M. Young durent céder, à Montréal, devant les candidats de l'opposition, MM. Cartier, Rose et McGrec. Un autre ministre, M. Drummond fut battu dans deux comtés. Il céda alors son portefeuille, qui fut donné à M. Laframboise. Mais MM. Dorion et Holton se firent élire dans d'autres divisions électorales. Les électeurs furent donc en masse favorables à MM. Cartier, Sieotfe et à leurs partisans politiques.

Le Haut-Canada fut favorable au ministère démocratique, qui promettait de favoriser ses intérêts. M. Brown reprit son influence passée ; il agita de nouveau le rappel des écoles séparées, une augmentation de la représentation, le transfert du siège du gouvernement à Toronto, en attendant l'achèvement des édifices parlementaires. Avec ce programme en mains, les candidats ministériels furent élus en grand nombre. M. John-A. McDonald et ses partisans, avec leurs principes de l'égalité représentative et du maintien des écoles séparées, furent laissés dans une grande minorité. M. Scott, auteur de écoles séparées, et MM. Robinson, CarlingetSherwood,

ex-collèg-ues de Johii-A. McDonald, furent rejetés des électeurs, (i)

Les élections donnèrent au ministère une majorité dans le Haut-Canada, et une minorité dans le Bas-Canada. En somme, les deux partis se trouvèrent d'égales forces.

M. Dorion ne se trouvait supporté que par un petit nombre d'adhérents. Il assumait une

(1) Liste des députés élus aux dernières cltctions géuérales (1863) sous l'Union :

Argenteuil John-J.-C. Abbott.

Bagot Maurice Laframboise.

Beauce t Henri-Elzéar Tfiscluri au.

Beauharm is Paul Denis.

Bellechasse Ed. Rémiilard.

Bertliier A .-IL Paquette.

Bonaventure Théodore Roliitaille.

Brant (Est) John-Young Bown.

Brant (()u( st) Kdmnnd-B. Wood.

Brockville F.-Henry Chambers

Hrome Cbristopher Dunkin.

Carleton William-Fredirick Powell

Chambly Chas. Boucher de Bouch- rville.

Champlain John-Jones Eoss.

Charlevoix Adolphe Gagnon.

Chateauguay L'hon Luther-H. llolton.

C'hicoutimi et Saguenay David-Ed. Priée.

Tompton John-Heniy Pope.

Cornwall L'hon. John-S. McDonahl.

Dorchestor Hcctor-L. Langevin.

Deux-Montagn< s J.-B. Daoust.

Drummond et Arthabaska J.-B. -Eric D(>ri(jn.

Lundas. Jnhn-Sylvtster Kos.«:.

Diirham (Est) John-Shuter Smith.

Durham (Ouest) Henry Munro.

fclgin (Est) Leonidas BuîwlI!.

Elgin (Ouest) John Scoble.

Essex

Frontenae William Ferguson.

Gaspé John LeBoutillier

Glengarry I)ouald-A. Macdonald.

Grenville (Sud) Walter Shanly.

Grey George Jackson

484 I.OIID MONCK. [1863

grande lespoiisabilité en administrant les affaires seulement avec l'appni d'une grande majorité fanatique du Haut-Canada. Après avoir reproché amèrement aux chefs conservateurs d'être en minorité de quelques voix dans la province ouest, il se trouvait dans une minorité bien plus grande. Les rôles étaient changés ; sous l'administration Cartier, c'était le Bas-Canada qui com-

Haldimand David 1 hompson.

Halton lohnWhite.

Harailton Isaac Buchanan.

Hasting (Nord) Thomas-C. Wallbridg?.

HastinK (Sud) L'hon. Lewis Wallbridge.

Hochelaga L'hrn. Ant.-Aimé Dorion.

Huntingdon Kobert-B Somerville.

Huron t-t Bniti^ James Dickson.

Ibervi'le Alexandre Dnfresne.

Jat ques-Cartit-r ?>ançuis-Z. Tassé.

Jolietle H Cornolier dit Grandchamps

Kamoura'-ka Jt-an-Charles Chapais.

Kent Archibald Mi Kellar.

Kingston L bon. Jobn-A. McDonald.

LambtoD Alt-xander MackcLzie.

Lanaik (Nord) Robert Bell.

Lanark (Sud) Alexander Morris.

Laprairie A Ifred Pinsonneault.

L' rA ssomption Lonis Arcbanibeault.

Laval Jo.seph-H. Bellero.se.

Lennox et Addington II. -John Cartwright.

Leeds et Grenville (Nord) Francis Jones.

Leeds (Sud) Albert-N. Richards.

Lincoln W'm. McGiverin.

L'Isltt Louis-B. Caron.

Lévis Joseph-Goderic Blanthet

London L'hon. John Carlmg.

Lolbinière Henri-Gustave Joly.

Maskinongé Moi.se Houde.

Mégaotic George Irvine.

Middlesex (Est) Growel Wilson.

Middlesex (Ouest) Thomas Scatcherd.

Missisquoi James OHalloran.

Montcalm Joseph Dufresne.

Montmagny Joseph-0. Beaubien.

Montmorency L'hon. Joseph Cauchon.

mandait avec sa majorité aux affaires du pays, maintenant c'était le Haut-Canada, avec M. Brown et les cleargrih, qui allait gouverner la province.

Aussitôt que les élections furent terminées, le ministère se hâta de convoquer les chambres. Lord Monck ouvrit la première session du huitième parlement, le 13 août 1863, et pria les deux chambres d'élire leurs présidents.

Montréal (oiu st) L'hon. Thomas-Darcy McGee.

' ' (cenlio) L' hon. John Rose.

" (est) L'hon. Geoige-Etitnne Cartit-r.

Napierville S. Coupai dit Larcine.

Niagara John Simpson.

Nicolet Joseph Gaudetv

Norfolk Aquila Walsh.

Northumberland (Est) Jas.-Lyon Biggar.

Northiimberland (Ouest) James Cockbiirn.

Ontario (Nord) L'han. William McDuiigall.

Ontario (Sud) L'hon. Oliver Mowat.

Outaouais (cité) Joseph- M Currier.

Outaouais (comté) Alonzo Wright.

Oxford (Nord) H.-F. Maekenzie.

Oxford (Sud) L'hoa. George Brown.

Peel L'hon. Johu-Hil yaid Canuion.

Perth Kobirt McFarlane.

P< terborongh Wm.-Seymour Conger

Pontiac John Poupore.

Porti euf Jean-Docilo Brousscau

Prescolt Thomas Higginson.

Prince-Edouard AValter Ross.

Québec (est) Pierre-Gabriel Huot.

" (centre) L'hon. Isidore Thibaudeau

" (ouest). . . L'hon. Charles Alleyn.

Québec (comté) L'hon. François Evanturel.

Renfrew Robert Mcintyri!

Richmond et Wolfc . . . Wm. Hoste Wtbh.

Richelieu Joseph F rs Perr» ault

Rimouski George Sylvain.

Rouville Joseph-N. Poului.

Russell Robert Bell.

Saint-Hyacinthe L'hon. L -V. Sicotte.

Saint-Jean François Bourassa.

Le conseil législatif choisit unanimement M. U.-J. Tessier x^onr f)résider ses délibérations. M. Tessier s'était rendu digne de ce haut poste par rintégritéde son caractère, et par son expérience politique et son indépendance.

A l'assemblée législative, le premier ministre proposaM. Wallbridge,solliciteur-général, comme candidat à la présidence. Le nom de M. Wallbiidge fut accueilli avec surprise, et excita une

Saint-Mamicc Cliarlts Lajoi«.

hJh<-fford L'hon. 1 utius-S. Huntingtou.

Sh' rbiookc L'iion Alexaiidcr-T. Galt.

Simcoc (Nord) Ths. David McCoukcy.

Simcoe (Sud) Ths.-Rolxit FergUison.

Soulacgvs William Duckett.

Stauslead Albert Kiiight.

Stormont Samuel Auit.

Tcmistonata ]i an-Bte Poiiliot.

Tt-rrt bonne Louis Laluèche-Viger.

Tiois-Rivièri s Jost'ph Ed. Turcotte.

Toron'o (ouest) .John Mci'ooald.

(i-st) Alex. -M. Smith.

Vaiidr uil A.-C. de Lotbinière-Harwood.

Verchères Félix Geoffrion

Victoria. ... lann s-W Dunsford.

Wnt' rloo (Nor.l) Hon. M.-H. Fvley.

Waterloo (Sud) James Cowan.

AVellai»d Thomas Clark ^tie-it.

Wellington [NortlJ T.-S. Parker

Wellingt(.n [SudJ David Stiiton.

Wentworth [NordJ William Notnian.

Wei tworih ^SudJ Joseph Rymal.

Yamabka Moïse Fortier.

York [ Nord] James-P. Wells

York [i'f-t] Amos Wright

York [OuestJ L'hon. Wm.-P. Howland.

Pendant la session, M. Sicottc- ayant accepté une place déjuge, M. Rémi Raymond fut elu pour le comté de Saint- Hyacinthe.

M. Rankin fut déclaré élu membre du comté d'Essex à la session de 1864.

Cinq nouveaux conseillers législatifs furent élus en 1863 : MM. A.-A. P>urnham (Newcastle), E. Prudhomme (I^igaud), J.-S. Sanborn (Wellington), B. Flint (Trent) et A. Vidal (Ste. Claire).

1863] LORD MONCK. 48,t

forte ox:)position de la part des conservateurs, qui firent ressortir l'inconA^enance de placer un ministre dans le fauteuil présidentiel ; ils votèrent contre lui avep les partisans de M. Sicotte. M. Wallbridge fut élu à une majorité de huit voix.

Dans le discours du trône, le gouverneur attira l'attention de la législature sur les mesures les plus pressantes, sur une loi de banqueroute, sur l'amendement des lois de la milice, sur la question des finances, etc.

M. Perrault, jeune député, proposa l'adresse, qui fut secondée par M. Chambers. Les débats furent longs et intéressants ; ils commencèrent parles explications données sur la recomposition du ministère. MM. John-S. McDonald, Sicotte, Foley, Mowat et Evanturel parlèrent sur le sujet. Les explications furent contradictoires sur plusieurs points ; mais elles laissèrent l'impression (^\è le premier ministre avait employé des intrigues pour sacrifier M. Sicotte et ses collègues, aiin de se maintenir au pouvoir.

La principale discussion eut lien lorsque M. Sicotte pi'oposa un amendement tendant à déclarer que l'organisation du ministère avait été faite d'une manière contraire à l'esprit de la constitution et aux usages parlementaires. M. Sicotte exposa les motifs de son opposition au ministère, et répéta l'histoire des négociations r[ui avaient eu lieu lors de la formation du cabinet. Il s'attacha à démontrer que la conduite du premier ministre avait été inconstitutionnelle, et ajouta que le principe de la double majorité avait été violé par le ministère au x)éril du Bas-Canada.

M. McGree déveloi)iia le principe qui préside en Angleterre à la formation des ministères, cita

plusieurs cas de crise ministérielle oii les membres du cabinet avaient ou donné leur démission en corps, ou s'étaient présentés devant le peuple avec le même personnel.

M. .Tohn-S. McDonald avou\ qu'il n'y avait pas à la vérité de précédent qui x^ùt justifier sa conduite, mais il ajouta que nui ministre anglais ne s'était trouvé dans sa position. Il demanda à ses adversaires s'ils voulaient mettre des bornes au droit qu'a la couronne de choisir ses conseillers.

MM. Dorion et Movvat défendirent la conduite du ministère, et dirent qu'il n'y avait rien d'inconstitutionnel dans la formation du cabinet. M. Mowat contesta aux chefs conservateurs le droit d'accuser les libéraux, lorsqu'ils avaient euxmêmes, en 1858, violé la constitution en refusant de se présenter devant le peuple.

MM. Cartier, Langevin, Gralt, Dunkin et Cockburn parlèrent en faveur de l'amendement Sicotte, qui fut repoussé à une majorité de trois voix. Le ministère se trouva sauvé par le vote de quelques députés qui s'étaient fait élire comme indépendants ou partisans de M. Sicotte. Cette majorité n'était pas suffisant pour qu'il pût s'occuper des affaires publiques avec la force et l'efficacité nécessaires.

Pendant la discussion de l'adresse, les députés s'occupèrent de singulières révélations contenues dans la Montréal Gazette. Il s'agissait d'une off"re faite ouA^ertement par trois ministres à M. Ferrier, directeur de la compagnie du Grand Troue, de porter à cent cinciuante piastres par mille le subside postal, pour obtenir en retour l'influence du Grrand Tronc dans les élections de Montréal.

18G3] LORD A[ONCK. 480

Les ministres essayèrent de se laver Je ces accusations, et nièrent avoir sollicité la compagnie de prendre i)art aux élections.

Un amendenlent de M. Ferguson, par lequel il demandait pour le Haut-Canada une augmentation de députés, réunit trente-trois membres, la plupart cleargrils.

Quelques jours s'étaient à peine écoulés depuis les débats de l'adresse, que l'on apprit la nomination de M. Sicotte au poste de juge puîné à la cour supérieure. M. Sicotte venait cependant de censurer les membres du cabinet à son égard, et on le voyait tout à coup déserter son poste pour accepter un emploi secondaire. On donna pour excuse qu'il était fatigué diî la vie publique, et qu'il était sans moyens pécuniaires. M. t^icotte eut le tort de ne pas attendre des jours plus favorables pour sortir de la vie politique. Il était encore dans toute la force de son énergie et de ses talents ; ses partisans étaient encore nombreux, il pouA^ait même prétendre à une haute position ; mais il abandonna tout, et cela, au moment même où sa voix pouvait donner la victoire à l'opposition, trahissant ainsi ses amis, ses alliés, et préférant ses intérêts pécuniaires à ses devoirs et à son honneur. Le peuple et la presse furent très sévères à son égard, ses amis mômes se montrèrent humiliés de sa conduite. Tous regrettaient de voir M. Sicotte terminer si mal une carrière politique, pendant laquelle il avait montré de l'habileté et de la dignité, et conquis l'estime et le respect de tous les partis.

Les chefs libéraux, en éliminant de la chambre un chef important, aiin de se maintenir plus longtemps au pouvoir, méritaient également le

490 LOTID MONCK. [1863

blâme. Ils avaient souvent reproché aux gouvernements précédents des actes de corruption, et flétri l'acceptation d'emplois publics par des députés ; et on les voj^ait, lorsqu'ils étaient encore à peine en possession du pouvoir, commettre l'acte de corruption le plus éclatant. Jamais avant eux, aucun gouvernement n'avait osé se débarrasser d'un chef pendant la lutte.

L'opposition crut devoir protester contre cette acte, et sur proposition de M. Cockburn, présenta un vote de non-confiance relativement à la promotion de M. Sicotte au banc judiciaire. M. Dorion essaya d'excuser et de justifier l'acte du ministère ; il prétendit c[ue M. Sicotte était un membre indépendant, et qu'on n'avait pas été le chercher dans les rangs de l'opposition ; enfin, il fit A'aloir les aptitudes de M. Sicotte pour les fonctions qu'on lui avait conférées.

Le gouvernement fut encore victorieux ; une majorité de deux voix sanctionna l'acte de corruption le -plus regrettable, et cette majorité fut due à MM. O'Halloran et Foley, deux membres de l'opposition, c[ui crurent devoir voter avec le ministère.

Contrairement aux promesses faites dans le discours du trône, M. J.-Sandfield - McDonald annonça que le ministère ne présenterait cju'une loi de milice, ferait voter les subsides, et qu'ensuite il ajournerait les chambres.

Le premier ministre présenta deux projets d'organisation militaire, cpii remplaçaient la loi de 1855. L'un avait rapport à la milice sédentaire, qu'il divisait en trois classes et donnait au commandant le i)ouvoir de lever un certain nombre de miliciens, qui seraient tirés au sort, et

feraient .six jours d'exercice. Le deuxième projet avait rapport à la milice active ; il portait de vingt-cinq à trente - cinq mille le nombre des volontaires, qui seraient habillés et équippés, mais non payés pour l'exercice. Il établissait deux écoles militaires dans le but de procurer aux officiers les connaissances nécessaires.

Le montant que demanda le ministre des finances pour les dépenses de la milice fut de $462,- 000. Les libéraux, qui avaient été si opposés au projet de milice du ministère Cartier, parce qu'il était très-coûteux, demandaient une somme assez rapprochée de celle qui aurait été nécessaire pour la^mise à exécution de ce projet.

Les deux projets de mili;e furent votés à la troisième lecture parles trois quarts des députés ; une partie des conservateurs, MM. Cartier, Blanchet, etc., votèrent avec le ministère, tout en protestant contre certaines clauses, mais ils voulaient avant tout pourvoir à la défense du pays.

M. Holton, dans un discours plein de lucidité et de franchise, exposa l'état réel des finances. Il annonça un déficit de i)rès de deux millions, et avoua que ce fait d'une nature fort grave plaçait le crédit de la province dans un danger éminent. Le premier devoir de la chambre était de faire face aux difficultés financières. Il dit qu'il était trop tard pour présenter sa mesure de taxation, mais qu'il le ferait à la prochaine session. Il fallait cependant prendre l'engagement de rétablir l'équilibre entre les dépenses et les revenus, par l'imposition de nouveaux droits, afin de pouvoir être en état de négocier des emprunts.

Le ministre des finances fit connaître que sa politique future serait le libre échange, la taxe

directe, et le rétablissement des péages sur les canaux. Voici son opinion au sujet des taxes :

" J'incline à croire que nous pourrions avec beaucoup d'avantages alléger le fonds général du pays d'un nombre considérable d'items importants, laissant aux municipalités à les fournir au moyen d'une taxe locale. Nous devons aborder la question des taxes directes courageusement en face, et le moyen d'y arriver, c'est de familiariser le peuple avec la taxe directe dont je viens de parler. Si plusieurs de ces items, qui sont d'un caractère strictement local, étaient payés à l'aide d'une taxe locale imposée par les municipalités, nous aurions fait par là un grand pas vers un système rationel de taxes."

Les débats sur les subsides furent longs et importants. Le gouvernement dans le but d'économiser, réduisit plusieurs items de vingt-cinq pour cent, entre autres les octrois en faveur des institutions charitables. L'octroi de la colonisation fut diminué de cent mille à cinquante mille piastres.

Cette réduction excita à bon droit une forte opposition. M. Ii]vanturei proposa un amondement par lequel il blâmait le gouvernement de ne \ms recommander un octroi phis considérable en faveur de la colonisation. M. Bellerose en proposa un autre pour censurer la réduction des octrois des institutions charitables. M. Dorion allégua que les octrois en faveur des hôpitaux et des autres institutions avaient tellement augmenté, qiie leur réduction était devenue nécessaire en conséquence de l'état critique des finances. Il a-jouta que la somme allouée aux chemins était suffisante, i^arce que la saison était

1863] Lor.D MONOK. 493

avancée ; on ne pourrait même dépenser utilement cette somme avant l'hiver.

Ces raisons étaient peu justiliables ; on pouvait voter cent ou deux cent mille piastres comme auparavant et les dépenser l'année suivante, et l'on n'aurait pas alors retardé le progrès de la colonisation L'état des finances exigeait, il est vrai, une grande économie, mais une écomie rationelle, et non celle qui retordait l'ouverture des terres incultes, et qui enlevait aux institutions le moyen de soulager les pauvres et les infirmes. La conduite du gouvernement fut approuvée à une forte majorité.

Lorsque l'on demanda de former la chambre en comité des subsides, M. Galt proposa un vote de censure contre le ministère, parce qu'il voulait proroger les chambres avant d'avoir rempli la promesse faite dans le discours du trône, de faire disparaître le mauvais état des finances. M. Gralt, dans un discours modéré, parla longuement de l'état des finances, et reprocha à M. Holton de ne prendre aucune mesure pour porter remède à la crise hnancière, qu'il déclarait luimême imminente. Il rendit les libéraux responsables de la baisse qu'avaient subie les bons canadiens ; le rejet du projet de milice du ministère Cartier, la politique du ministère libéral au sujet du chemin intercolonial et du subside postal du Grrand Tronc, avaient contribué en Angleterre à créer de la défiance dans la stabilité de la politique cmadienne. Le seul moyen d'arrêter la dépression du crédit était de pourvoir au déficit annuel, et il fallait le faire avant la prorogation des chambres.

Au lieu de répondre aux accusations portées

contre lui et le gouyernemeiit, M. Holton attaqua la carrière politique de M. G-alt. Il répliqua que le gouvernement n'était pas responsable de la baisse des A^aleurs canadiennes sur le marché anglais, mais que certains membres de l'opposition s'étaient entendus avec les actionnaires du Grrand Tronc, afin d'amener cette dépression dans le but de nuire au gouvernement.

MM. Rose, Langevin et quelques autres députés parlèrent de la question financière, après quoi, la motion de M. Gralt fut mise aux voix et rejetée à une majorité de trois (i). Le ministère a'-irait été en minorité sans l'absence de M. Le- Boutiller et la défection de MM. Foley et O'Halloran, deux membres de l'opposition, qui votèrent avec le parti ministériel. La conversion de M. O'Halloran prit la chambre par surprise ; il

(l) Pour la motion de non-confiance : MM. Abbott, Alleyn, Archamb.iult, lîeaubien, Bell [Russell], Bellerose, Blanchet, Bown, Brousseau, Buchanan, Cameion, Carling, ('ailier, Cartwright, Cauchon, Chapais, Cockbiirn, Conger, Cornellier, Cunier, Daoust, DeBoucherville, Denis, Duckett,' Diifresne [Montcalm], Dunkin, Evanturel, Feiguson [Siinco^], Fergu on [Frontenac], Galt, CJauclel, lianvood, Higginson, Iivine, Jackso.i, |ones, Knight, Langevin, John-A. McDonald, McGee, |Monis, Pin^onnault, l'ope. Boulin, Poupore, Powcll, Price, Raymond, Robitaille, Rois [Champlain], Ross [Dundas], .Shanly, Simpson, Street, Taschereau, Tassé, Turcotte, Walsli, Webb, Wilson et Wright [Outaouais] — 6i.

Contre : MM. Ault, Bell [Lanark], Biggar, Bourassa, Burwell, Caron, Chaml)ers, Coupai, Cowan, Dickson, A. -A. Dorion, J.-B.- E. Dorion, Dufresne [Iberville], Dunsford, Foley, Fortier, (îagnon, (Jeoffrion, II(jlton, lioude, Ifowland, Iluntington, Ihiot, Joly, Labrèche-Viger, Laframboise, Lajoie, D. A. McDonald, McDonald [Toronto], John-.S. McDonald, Macfarlane, Mackenzie [Lambton], Mackenzie [Oxford], McCondey, McDougall, McGiverin, McLityre, McKellar, Mowat, Munro, Notman, O'Halloran, Parker, Paquet, Perreault, Pouliot, Rémiliard, Richards, Ross[l'. Edouard], Rymal, Scatcherd, Scoble, Smith [Toronto], Smith [Durham], Somerville, Stirton, Sylvain, Thibaudeau, Thompson, ^Vallbridge, Wells, White, Wood et Wright [York] -64.

s'était engagé devant ses électeurs à ne pas supporter les libéraux et il avait été un des plus ardents à provoquer le vote de non-confiance. Il fut prouvé qu'il avait vendu son vote ; il en fut" sévèrement bltlmé et dans la chambre et par la presse. M. Foley, après avoir secondé la motion de censure proposée par M. Sicotte sur la formation inconstitutionnelle du ministère, crut devoir donner son vote en faveur du même cabinet. Sa conduite fut également censurée. Il passa cependant à l'opposition pendant la vacance.

Le résn.ltat d'une session de trois mois fut une loi de milice, seule mesure du ministère, et une loi qui établissait une institution de crédit foncier. Le temps se passa en luttes ardentes et personnelles entre les libéraux et les conservateurs. Il était évident que les libéraux ne pouvaient continuer à occuper le pouvoir avec une majorité qui était tombée de huit à deux voix. Dans les trois luttes cju'ils eurent à soutenir, sous forme de votes de non-confiance, ils ne sortirent victorieux qu'à une majorité de deux et trois voix, et sans les actes de corruption Sicotte et O'Halloran, ils auraient été probablement défaits. Cette faible majorité les avait rendus incapables de faire une législation sérieuse, et forcés d'abandonner les mesures annoncées dans le discours du trône.

Les libéraux éprouvèrent dans la vacance une autre défaite ; leur nouveau solliciteur-général du Haut-Canada, M. Ivichards, fut vaincu à Leeds par M. Jones, son ancien adversaire. Ils essayèrent à refaire leur popularité au moyen de démonstrations publiques comme celles d'Outaouais et de Québec, qui n'eurent pas un grand

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succès. Les conservateurs eurent aussi les leurs ; ce furent celles de Toronto et de Port Hope.

Les ministres réglèrent le subside postal du Grand Tronc en le fixant à cent piastres par mille. Ils conclurent aussi avec la compagnie des vapeurs de MM. Allan,Ivae & Cie,un arrangement par lequel ils portèrent à cinquante-deux mille Jouis le subside annuel qui avait été de cent quatre mille louis depuis quelques années. Ils réglèrent encore la question du prêt des incendiés de Québec, et firent une remise des intérêts et de vingt par cent sur le capital. Les citoyens de Québec se hâtèrent de profiter des faveurs accordées par le gouvernement. Ils étaient surtout redevables de cette réduction à M. I. Thibaudeau, le j^résident du conseil exécutif Enfin, les ministres continuèrent les enquêtes dans plusieurs bureaux publics, et firent encore plusieurs destitutions.

Le ministère McDonald-Dorion se décida à rencontrer les chambres sans apporter de changements dans son personel. Dans le discours que X)rononça le gouverneur, en ouvrant la mémorable session de 1864, il annonçait plusieurs travaux publics, l'amélioration de la navigation du Saint-Laurent et de l'Outaouais, une loi de banqueroute, ramendement des lois sur les élections, sur l'enregistrement et sur l'administration de la justice ; il parlait encore du traité de réciprocité, et de la translation prochaine du siège du gouvernement à Outaouais.

L'adresse ou plutôt la politique ministérielle fut longuement discutée, bien qu'aucun amendement ne fût proposé par l'opposition.

Quelques conservateurs, entre autres MM.

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Bellerose et Blancliet, reprochèrent an g'ouvernement d'avoir apporté trop peu de soins à l'organisation des volontaires. Il avait dépensé près de cinq cent mille piastres pour l'entretien de la milice, et les résultats n'avaient pas été proportionnés à cette dépense, car une partie des volontaires s'étaient débandés. On discuta ensuite la destitution du major de Bellefeuille ; et, au grand scandale de la chambre, furent dévoilées des tentatives laites par le premier ministre pour gagner l'appui de trois membres de l'opposition. La défection de M. O'Halloran fut aussi mise à nu; ces deux questions donnèrent lieu à des discussions trop animées et à des scènes désagréables.

M. Cartier, chef de l'opposition, passa en revue tous les actes du ministère depuis son avènement au pouvoir, ainsi que les questions mentionnées dans le discours du trône. Il traita avec succès et en homme d'état les questions des canaux et du traité de réciprocité. Il était d'avis que le rétablissement des péages sur les canaux était peu sage en présence du sentiment qui régnait aux Etats-Unis contre le traité de réciprocité, qui était à la veille d'expirer. Il fallait accorder la libre navigation des canaux aux Américains, afin de les engager à renouveler le traité. M. Cartier censura en termes énergiques le gouvernement sur sa conduite au sujet du chemin de fer intercolonial, blâma les destitutions de MM. Delisle, Brehault et autres comme injustes, et dit que les ministres les avaient destitués pour placer leurs propres amis.

M. John-Sandfield McDonald donna des explications au sujet du chemin intercolonial. Il

déclara que les négociations avaient été rompues avec les provinces maritimes. Mais le gouvernement avait fait entreprendre une nouvelle exploration par M. Fleeming, à ses propres frais, et sans s'être entendu avec les autres provinces. En faisant cette nouvelle exploration, le gouvernement ne s'engageait pas à la construction du chemin ; il voulait s'assurer du coût de cette vaste entreprise.

Il n'est pas étonnant que la question du chemin intercolonial n'ait pas été réglée ; la plupart des rlcargrifs étaient opposés à cetie entreprise, parce qu'elle lavorisait spécialement le Bas- Canada, et i^lusieurs ministres, M. Dorion même, la considéraient comme trop coûteuse.

M. (xalt était surpris de voir dans le discours du trône des projets de travaux qui devaient exiger des dépenses considérables ; puis, examinant l'état des finances, il se demanda si les promesses de ces travaux étaient réellement faites de bonne foi. MM. Cauchon, Kose, Langcvin, McGee et Foley parlèrent contre la politique de l'administration. MM. McDougall et Mowat défendirent de leur côté, avec la plus grande habileté possible, la conduite du ministère, et attaquèrent les actes de l'administration des conservateurs.

Ce fut pendant les débats de l'adresse que l'on apprit la mort soudaine du juge en chef, Sir Louis-H. LaFontaine, qui causa des regrets universels. Les chefs de tous les partis, MM. Dorion, Cartier et autres, se plurent à rendre hommage au mérite et aux qualités de l'illustre baronnet. M. le juge Duval fut appelé au poste de juge en

chef, et M. Drummond remplaça M. Duval comrne juge puîné de la cour du banc de la reine (i).

Après la discussion de l'adresse, il y eut quelques jours de calme. Le ministère McDonald- Dorion présenta plusieurs de ses mesures. Celle de M. Dorion, concernant les élections, pourvoyait à ce que les élections se fissent le même jour dans tous les comtés, accordait un seul jour de rotation, augmentait le nombre de })olls, et abolissant le jour de la proclamation. C'était une excellente mesure, qui devait avoir l'effet de diminuer de beaucoup la corruption électorale. M. Dorion soumit encore un projet de loi judiciaire, qui créait de nouveaux tribunaux, et augmentait le nombre de juges, et une autre mesure concernant les shérifs. Un projet concernant les faillites, et un autre relatif aux mines et aux compagnies minières furent aussi présentés par d'autres membres du cabinet.

L'opposition, comme on l'a vu, n'avait présenté aucun amendement à l'adresse, ni aucun Aote de non-confiance au ministère ; elle désirait donner au cabinet toute la latitude possible pour présenter ses projets, et voir s'il y avait de la sincérité dans ses promesses. Cependant les ministres libéraux ne recevaient pas de la chambre un appui suffisant pour faire prévaloir leur politique

(l) Depuis que les libéraux ctiiient au pouvoir, ils avaient fa t juges les députés suivants : MM. Counor, WiNon, Luranger et Sicotte ; de plus, M. Drummond, qui n'avait pu se faire élire et M. (^.-J. Laberge, juge suppléant. Parmi les autres nominations inv ort?.ntes, on remarque les suivantes :

M. Malcolm Cameron, imprimeur de la reine, M. T. LeBoutillier, shérif de Montréal, M. L.-A. Dessaulles, greffier de la paix, Montréal, M. B. Holmes, percepteur des douanes, Montréal.

avec dignité, et passer leurs projets de loi. Ils essayèrent de se fortifier par quelques changements, et d'opérer une urion avec les conservateurs.

M. John Sandfield McDonald fit des ouvertures ù Sir Etienne Taché, afin de l'inviter à entrer dans le cabinet avec quelques-uns de ses amis, et lui laissa entendre qu'il n'aurait aucune objection à agir avec M. Cartier. Le premier ministre éprouva un refus ; Sir Etienne ne désirait pas entrer dans la politique active. M McDo nald déposa alors sa démission et celle de ses collègues entre les mains du gouverneur.

Le ministère McDonald-Dorion, abandonna le pouvoir, en s'avouant incapable de remplir son programme faute d'appui sufiisant. Il laissait les affaires de la province dans les mêmes difficultés où il les avait prises ; il n'avait accompli qu'un seul acte important celui de la milice, qui était reconnu plus ou moins efficace ; il aA'ait encore réglé le subside postal accordé au Grand Tronc et à la compagnie des vapeurs océaniques, et la question des incendiés de Québec.

Ce ministère avait mal commencé son existence Le premier ministre avait répudié la double majorité avec plusieurs autres articles de son programme ; il avait chassé les hommes modérés du ministère, et les avait remplacés par des démocrates ou des libéraux aux vues dites avancées. Son ministère avait été recomf)osé de manière à ne pas avoir le concours du tiers même des députés du Bas-Canada. Les intrigues trop évidentes du premier ministre pour s'attirer l'appui de plusieurs députés de l'opposition et la pénible affaire Sicotte, sont loin de jeter du crédit

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sur ]e« libuiiuix. ])i "ons en résumé que lo« libéraux, pendant les deux années qu'ils oceupèrent le pouvoir, ne se montrèrent pas plus intég'res que leurs adversaires, et commirent pour le moins les mêmes fautes qu'ils leur avaient si souvent reprochées.

ADMINISTRATION DE LORD MONCK {Suite).

MINISTtRE TACHÉ-M'DOXALD 1864. — COALITION TACHÉ -

MCDONALD-BKOWN. — PROJET DB CONFÉDÉRATION,

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