‹ Le Canada sous l'union, 1841-1867. -- (volume 2)Chapitre 11 sur 26 · ADMINISTEATION DE LORD MONCK · texte numérisé non relu

ADMINISTEATION DE LORD MONCK

JMXCSTÈKE CARTIER-MCDOXAI.D (silitc) 1861.— DÉFAITE DES C'OX- SERVATEURS SUR LE l'RO.TET DE LA MILICE, 1862.

Loi'! Moiick noniiiié t{oiivcrneur. — Affaire du Trcvt, grande excitation, organisation militaire dans la province. — Remaniements ii-inistériels - - riuverture du septième parlement. — Sir Allan T'ieNab elu pre-idcnt du conseil, M. Turcotte élu président de ra<-'em!Jée législative. — Débats sur l'adresse. — Organisation du <léj> irtement de l'-agricultm-e, comités de la colonisation. — Prog'è- de la colonisation dans le Has-Canada ; émigration :;ux Etats- L'iî's. — Projet de loi des écoles séparées. — (Question des édifices d'Ciutaouais. — Projet ministériel de la milice, rejeté à sa deuxième 1. cii:re. — Défaite du ministère Carlier-McDonald, sa retraite; résumé de sa politique.

]x^ .successeur de Sir Edmund Head fui le vicomte Monck, irlandais do naissance. Lt,' nouveau gouverneur prit les rênes de l'administration, le 25 octobre 1861. Sans avoir encore donné de grandes preuves comme habile homme d'état, il avait cependant accjuis une certaine expérience parlementaire, et avait rempli dans le gouvernement anglais le poste de deuxième lord de la trésorerie.

Le commencement de l'administration de Lord Monck fut marqué par l'affaire du Treut, cjui se

passa dans l'automne de 18G1. La guerre civile entre les Etats du Nord et ceux du Sud de l'Amérique sévissait déjà depuis quelques mois. Le gouvernement coniedéré envoya deux délégués, MM. Masson et Slidell, chargés d'une mission européenne. Ces délégués, embarqué à bord d'un paquebot anglais, le Trent, furent arrêtés avec leurs secrétaires, dans le golfe de la Floride, par le navire américain San Jacinto, que commandait le capitaine Wilkes. Ils furent incarcérés dans une prison d'état, par ordre des autorités de AVashington

Cette arrestation tout à fait contraire aux lois internationales, i)roduisit en Angleterre et au Canada une sensation profonde. La métropole s'empressa de demander au gouvernement américain la réparation de l'insulte iaite au pavillon anglais, et la reddition des délégués après une apologie convenable. Puis elle fit des préparatifs militaires, envoya des troupes et des munitions au Canada, dans le cas de rupture de la paix.

De leur côté, les Canadiens firent les démarches que commandait la prudence. La guerre qui se faisait aux portes du Canada pouvait se tourner contre eux. Le gouvernement voulut prévenir tout danger ; il organisa la milice, et favorisa la levée de bataillons de volontaires, qui se formèrent dans les i^rincipaux centres. Enfin, les Canadiens montrèrent le plus grand zèle pour défendre leurs foyers de concert avec les troupes anglaises.

Heureusement que la diplomatie trancha la difficulté du Trenl. Les Américains avaient d'abord approuvé l'arrestation des délégués du Sud, le congrès avait même voté des remercî-

meiits au commaudant Wilkes ; mais ils reyinrent à une conduite plus prudente. Ils réparèrent l'insulte d'une manière satisfaisante, en désavouant l'acte de violence commis par leurs officiers de marine, et en libérant les prisonniers, qu'ils replacèrent sous la protection du pavillon anglais.

La métropole fit de grands éloges de l'attitude prise par les Canadiens ; la reine les félicita officiellement de leur loyauté et de leur patriotisme. Cette fidélité et ce dévouement des Canadiens envers l'Angleterre se manifestèrent en effi^t d'une manière éclatante ; même ceux qui, en 1849, s'étaient faits annexionnistes, se montrèrent également prêts à défendre le drapeau britannique. Ces manifestations de loyauté étonnèrent les Américains, et détrompèrent ceux qui croyaient qu'un certain nombre de Canadiens avaient des tendances annexionnistes. Il faut avouer que dans la lutte civile entre les Etats, les sentiments de la masse des Canadiens furent favorables aux confédérés. L'affaire du Treul contribua à diminuer les sympathies pour la cause des Etats du Nord.

Cette difficulté fit sentir la nécessité d'organiser la milice sur un pied efficace, et de construire le chemin de fer intercolonial, de Québec à Halifax. C'était le moyen d'avoir un débouché à la mer, sans avoir à compter avec les Etats- Unis, et de faciliter les opérations militaires. Les négociations entre les colonies et l'Angleterre furent reprises pour la construction de ce chemin, mais elles devaient encore échouer pour un certain temps.

Quelques jours avant la session de 18G2, trois ministres du Haut-Canda, MM. Ross, Yaukough-

net et Morrisou donnèrent leur démission. M. Koss désirait se retirer depuis longtemps, afin de consacrer tout son temps aux affaires du Grrand- Tionc, comme président de la compagnie. M. Vankoughnet, décidé à abandonner la politique, fut l'ait chancelier du Haut-Canada, à la place du juge Ijlakc. M. Morrison, dont le malheur l'ut de n'avoir pu obtenir un mandat, lut aussi lait juge de la cour des plaidoyers communs. D'autres changements eurent lieu dans la magistrature. Sir John-B. Robinson, ayant été contraint, par son âge avancé, de donner sa démission, comme juge en chef de la cour du banc de la reine, fut remplacé par le juge A. McLean ; le juge Hagarty monta alors à la cour du banc de la reine, à la place de ce dernier.

M. John-A. McDonald éprouv.i quelque difficulté dans le choix de ses nouveaux collègues. MM. John-H. Cameron et Campbell refusèrent d'accepter des portefeuilles, parce qu'ils ne purent s'entendre avec lui sur la question de la représentation. Après plusieurs démarches, M. James Patton fut nommé solliciteur-général du Haut- Canada, M. .T.-B. Ivobinson, président des comités du conseil exécutif, et M. Carling, receveurgénéral. Ces changements ne modifiaient en rien la politique du ministère ; bien que les nouveaux ministres fussent favorables à la représentation en rapi^ort avec le chiffre de la population, cette question resta encore libre ; seulement le ministère ne devait pas présenter de mesure qui concédât ce principe.

Dès le mois de juin 18G1, M. Rose avait aussi donné sa démission comme commissaire des travaux publics, et avait été remplacé par M. Cau-

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chou. La nomination de ce dernier fut bien accueillie ; M. Cauchon avait déjà donné de hautes preuves de capacité administrative, comme commissaire des terres de la couronne.

Lord Monck ouvrit le septième parlement, le 20 mars 1862, et pria L s deux chambres de choisir leurs présidents. Le conseil législatif, comme nous l'avons vu précédemment, avait obtenu le droit de nommer son orateur. Sur motion de 8ir Etienne Taché, Sir Allan McNab fut élu à ce haut poste, à une majorité de trois voix. L'esprit de parti resta étranger à ce choix.

Par cette élection, Sir Narcisse Belleau cessait d'être président du conseil législatif II continua à rester dans le ministère, et accepta le portefeuille de ministre de l'agriculture, département cju'une loi nouvelle devait constituer séparément.

A l'assemblée législative, les partis commencèrent la lutte politique par le choix du président. M. Cartier proposa M. Turcotte, député de Trois-Rivières, comme candidat ministériel ; il énuméra les services que ce député avait rendus au parti libéral-conservateur. M. Drummond présenta M. Sicottc, comme le candidat de l'opposition, et rappela la manière habile et honorable avec laquelle il s'était déjà acquitté des devoirs de président de la chambre. Malgré les titres de M. Sicotte à la présidence, M. Turcotte l'emporta de treize voix.

L'heureux candidat avait les qualités requises pour la haute position que venait de lui conférer la majorité des représentants. Il possédait les deux langues, et avait une expérience parlementaire de ving-t années. M. Turcotte était de plus

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un orateur très-distingué, et possédait des talents brillants.

Dans le discours du trône, Lord Monck annonça officiellement la mort du Prince Epoux, le Prince Albert, et les éloges donnés par la reine à la loyauté des Canadiens dans i'aifaire du Trent. Il recommanda à la considération des membres, le libre échange entre le Canada et les provinces maritimes, l'organisation de la milice, et une loi de banqueroute dans le Haut-Canada.

M. Denis, jeune député, proposa l'adresse, qui fut secondée par M. Notman. L'opposition demanda sur les changements ministériels des explications, que les ministres se hâtèrent de donner. Le chemin de fer intercolonial fut le sujet de cjuelque discussion. Los députés furent presque unanimes à admettre l'importance et la nécessité de sa construction, quinze seulement votèrent contre le paragraphe de l'adresse qui s'y rapportait.

L'interminable question de la représentation revint encore sur le tapis. Ce fut M. Wm. McDougall c[ui présenta un amendement à l'adresse, par lequel il regrettait que le gouverneur n'eût pas été avisé de recommander une mesure propre à assurer au Haut-Canada, qui avait 285,000 âmes do plus que le Bas-Canada, sa juste part dans la repTésentation.

M. Sicotte présenta un amendement à cette motion, par lecjuel il affirmait que l'égalité delà représentation était essentielle au maintien de l'Union, et garantissait à chaque section des lois et des institutions en harmonie avec ses désirs et ses besoins. La majorité des représentants du Bas-Canada et tous ceux du Haut-Canada, à

l'exception de M. John-S. McDonald, se prononcèrent contre cette motion. M. Cartier démontra qu'elle était inopportune et inutile, après la position prise par les ministres à la dernière session ; il la considérait comme une motion de non-confiance ; il fallait se contenter de voter contre l'amendement de M. McDougall.

M. .Tohn-H. Cameron demanda d'accorder au Haut-Canada une aug-mentation de la représentation dans l'assemblée législative et de conserver le caractère au conseil législatif. Il fit un habile discours pour engager les Bas-Canadiens à voter en faveur de son amendement, cpii fut également refusé.

M. Dickson proposa une motion plus juste et plus acceptable : c'était de repartir la représentation dans les deux provinces, suivant la population, tout en conservant l'égalité. Cette motion reçut l'approbation des libéraux du Bas-Canada. M. Sicotte déclara que ce changement ferait disparaître de choquantes inégalités, qui avaient excité beaucoup de mécontentements. MM.

Foley, McDougall et McGee se prononcèrent fortement pour la motion, qui fut cependant repoussée par une forte majorité dans chaque section de la province (76-40). M. Cartier et plusieurs autres conservateurs se prononcèrent contre, parce qu'on admettrait par là la représentation proportionnelle au chiflfre de la population, principe qui tendait à assimiler nos institutions à celles des Etats-Unis.

teaucoup de députés prirent la parole sur cette cjuestion ; en remarqua dans leurs discours une grande modération. La motion McDougall ne réunit que quarante-deux députés, tous du Haut-

Canada. Comme en 1861, le Bas-Canada repoussa unanimement les prétentions de la province ouest. Nous voyons, par les motions opposées de MM. McDoug-all et Sicotte, deux des chefs de l'opposition, que le Haut-Canada n'avait pas plus de chances d'obtenir des libéraux une augmentation de représentants, et qu'il était impossible de régler la question sans un changement constitutionnel. Nous verrons bientôt les partisans outrés de la représentation basée sur la l^opulation, abandonner eux-mêmes leurs opinions afin de parvenir au pouvoir.

La principale lutte eut lieu lorsque M. Foley, autre chef libéral, proposa un amendement à l'adresse, par lequel il déclarait que le gouvernement avait violé la constitution en maintenant pendant deux ans au pouvoir M. le solliciteurgénéral Morrison, sans avoir un siège dans le parlement.

La chambre s'était déjà, en 1861, prononcée sur ce sujet. Le ministère considéra cette motion comme vote de non-confiance ; j^lusieurs de ses partisans après avoir blâmé l'acte de M. Morrison, votèrent cependant contre la motion, qui fut rejetée à une majorité de dix-sept voix. Ce vote mit fin à la longue discussion de l'adresse ; comme le prouvent les différentes divisions, le ministère Cartier-McDonald était appuyé par un nombre de partisans assez considérable.

Au conseil législatif, l'adresse proposée par M. Boulton, fat adoptée sans division.

Un des principaux actes de cette session fut (jelui qui amendait la loi de 185V, concernant le bureau d'agriculture. Il org-anisait ce bureau en un département public, séparé, sous la direction

d'un ministre de Tagriculture. Cet acte référait à ce bureau, outre les statistiques et les patentes, toute matière qui se rattachait à la colonisation et à l'immigration ; il laissait toutefois au gouverneur en conseil le pouvoir de transmettre le contrôle de l'immigration et de la colonisation à un autre département.

Ce nouvel acte complétait l'organisation des départements publics. La plus grande partie des abus d'autrefois était disparue dans chaque bureau, par suite des modifications qu'on y avait faites.

L'organisation séparée du département de l'agriculture avait été ardemment sollicitée par la presse et par le peuple. On avait reproché à M. Vankoughnet de ne pas connaître assez le Bas-Canada, d'avoir encouragé une immigration protestante, et d'avoir concédé des limites considérables de bois à des particuliers, au détriment de la colonisation. On avait alors demandé de placer à la tête de ce département, un ministre qui encourageât une immigration catholique et pût travailler efficacement au rapatriment des Canadiens-Français, réfugiés aux Etats-Unis. Le gouA^ernement s'était rendu aux désirs de la population, en mettant Sir Narci.sse-F. Belleau à la tête des aifaires de la colonisation et de l'immigration, en envoyant des agents d'immiarration dans les pays catholiques, et en favorisant le retour des Canadiens émigrés.

Pendant cette session, les hommes d'état accordèrent à ces graves intérêts une attention toute particulière. En proposant de nommer, à l'assemblée législative, un comité d'immigration, M. McGree traita cette question à un point de vue

pratique et élevé, et lit d'excellentes suggestions pour le développement de la colonisation.

M. Cartier s'éleva contre le reproche fait au gouvernement dont il était le chef, de n'avoir pas donné un encouragement suffisant à l'immigration et à la colonisation. Il énuméra les causes qui avaient retardé le défrichement des terres incultes. Il déclara que le gouvernement voulait faire de nouveaux efforts, et se proposait de doubler l'octroi des chemins de colonisation. Le comité suggéra plusieurs améliorations concernant les émigrés.

Un comité de colonisation fut également nommé ; on répandit des circulaires parmi les personnes capables de fournir des renseignements sur la colonisation ; on recommanda d'ouvrir plusieurs routes dans la forêt, de cesser la vente de limites considérables, d'accorder au colon seul le droit au bois de sa propriété, lorsqu'il aurait payé le premier versement du prix de sa terre.

M. J.-B.-E. Dorion, qui prenait un grand intérêt à la cause des colons, proposa de changer les règlements qui régissent la coupe du bois sur les terres publiques. Il prétendit que ces règlements mettaient les colons à la merci des marchands de bois, qui, munis de licences, enlevaient partout le meilleur bois. MM. Cauchon et Sherwood répondirent que ces règlements étaient sages ; que s'il y avait des abus, il fallait en conférer avec le département des terres.

Les conseillers législatifs nommèrent également des comités sur la colonisation et sur l'immigration. Sir Narcisse-F. Belleau prononça un intéressant discours sur les affiiires qui concernaient son département. Il constata les pro-

grès de la colonisation dans les dernières années, grâce à l'impulsion donnée par le gouvernement, et déclara qu'il y avait dans le Bas-Canada sept millions et demi d'acres de ten-e arpentés et ouverts aux colons.

Les Canadiens, sans distinction de parti, demandèrent à l'unanimité une colonisation plus efficace. La presse n'épargna pas ses écrits ; le clergé redoubla d'efforts et de patriotisme.

La colonisation avait fait des progrès assez considérables dans les dernières années, grâce à l'octroi de ^100,000 fait annuellement depuis 1855, et à d'autres sommes accordées à des chemins de première classe. De 1853 à 1862 inclusivement, il avait été fait dans le Bas-Canada 1843 milles de routes colonisatrices, qui ont coûté $536,000. La vente des terres s'était accrue grandement dans le Bas-Canada, et avait dépassé, en 1860 et 1861, celle du Haut-Canada.

. La construction du chemin du Grrand-Tronc à traxers les Cantons de l'Est avait favorisé le développement de cette riche partie de la province. En outre, pendant les sept dernières années, le gouvernement y avait dépensé plus de cent mille piastre pour l'ouverture et l'entretien des diverses routes. Il avait été déterminé à faire ces sacrifices d'argent par le fameux mémoire de douze missionnaires des Cantons d-e lEst, rédigé par M. l'abbé Antoine Racine, et qui eut beaucoup de retentissement. Ces zélés missionnaires, connaissant l'état misérable du colon en ces endroits,exposôrent ses besoins, les obstacles qui s'opposaient au rapide établissement des terres, et recommandèrent l'ouverture de nouveaux chemins. Leur appel ne fut pas fait en vain. On a une idée du

développement de la colonisation par la population française en établissant que, dans les huit comtés qui forment les Cantons de VEd, les Canadiens-Français étaient en 1851, inférieure en nombre à la population anglaise de 13,600 âmes, et que dix ans plus tard, ils la dépassaient de 4,400. L'augmentation de la population française avait été de cent quatorze pour cent, tandis que celles des autres origines n'était que de cinquantesept. Ces rantons, destinés à être peuplés exclusivement de colons anglais, faisaient graduellement place aux colons français. C'était, comme le remarqua un jour M. Joly, entre les deux races une lutte de travail et d'énergie.

Voici comment M. l'abbé Chartier s'exprime sur les Cantons de T Est, dans sa brochure sur la colonisation : " De l'avis de tout le monde, ce territoire est susceptible de devenir la partie la plus riche, la plus belle de la Province de Québec. Le paysage est magnifique ; les sites sont charmants. Le climat est aussi doux, sinon plus doux, que celui de nos anciennes paroisses. Les chemins à lisses qui existent déjà, et surtout ceux qui sont en voie de coiistruction, promettent un écoulement rapide aux produits de l'agricultuie. Le voisinage des Etats-Unis est encore un avantage considérable. Le caractère accidenté du pays, tout en rendant focile l'égout des terres, lait abonder les pouvoirs d'eau partout. Les terres hautes, couvertes en bois francs, otlrent un sol léger, il est vrai, mais j^ropre à la culture de toute espèce de grains et surtout très favorable à la production du foin et de l'herbe. La supériorité des pâturages des Cantons de l'Est est bien constatée ; c'est là qu'on rencontre les plus beaux

troupeaux, et nos races d'animaux dégénérées, une fois transportées là, semblent y acquérir une taille et des qualités nouvelles. Ceci est dû, sans contredit, aux pâturages dont elles sont nourries et à Texcellente eau que leur fournissent les sources si pures, les ruisseaux si limpides que l'on rencontre partout dans cette région.

" Un des plus grands avantages qu'il y a à coloniser les terres hautes, c'est que dès la première année, on peut semer et récolter sans être tenu d'arracher les souches, et sans s'occuper de l'égout du sol ; tandis que la cendre du bois franc, convertie en sel, suffit pour payer la plus gi'ande partie des frais de défrichement.

" Il y a dans les Cantons de l'Est de l'espace pour les Canadiens des Etats-Unis, qui désirent revenir fouler le sol de la patrie, et pour tous les pères de famille dans les vieilles paroisses qui visent à établir leurs enfants.

" D'abord le gouvernement y possède encore un peu moins d'un million d'acres de terre ; c'est ce qu'on appelle terres ï)ubliques ou terres de la couronne. Le prix de ces terres est de trois chelins l'acre au plus."

Le gouvernement avait fait commencer à grands frais, depuis 1858 environ, plusieurs grandes routes qui traversent les terres incultes à l'est de Québec, dans la partie sud du Saint- Laurent. Ce sont les chemins Taché,- Elgin, Témiscouata, Métapédiac et Matane (i). Des éta-

(i) Le chemin Taché suit une ligne parallèle au fleuve depuis le canton l'uckland, comté de Bellechasse, jusqu'au chemin de Matapédiac, comté de Rimouski. En 1S62, cinquante milles de ce chemin étaient terminés ; il n'est pas encore achevé. Le chemin Elgin part du fleuve .Saint- Laurent, à Saint-Jean-Port-Joli, court vers le sud et gagne la ligne provinciale, en traversant six cantons. Le chemin Témiscouata part delà Rivière-du-Loup, et gagnant le sud se rend à

blissements s'échelonnèrent le long de ces routes. En 18G1-62, une petite colonie d'Acadiens, de l'ile du Prince-Edouard, au nombre d'environ quatre cents personnes, vint se fixer dans le canton de Métapédiac, et prospéra grâce à quelc|ues secours publics. En 1859-60, quelques autres colons s'établirent sur le chemin Elgin et sur le chemin Taché. Ces premiers établissements furent surveillés par M. Stanislas Drapeau, un de nos zélés promoteurs de la colonisation. Déjà plusieurs d'entre eux forment aujourd'hui des paroisses assez prospères. M. Drapeau a fait un livre précieux sur les développements de la colonisation du Bas-Canada de 1851 à 1861. Cet ouvrage qui a reçu des éloges mérités, contient une masse de renseigneni. nts sur la colonisation (i). En 1862, c[uelquos frères Trappistes

la frontière du Maine. Le chemin do Métapédiac s'étend de Métis à la Baie des Chaleurs ; enfin le chemin qui s'étend de Matane au Cap Chattes.

(i) Nous extrayons de l'excellent ouvrage de M.l>rapeau, les statistiques suivantes, qui nous déni ntrent le progrès agricole des dix dernières années :

" Il y a dix ans, en 185 1, on portait le nombre des occupants de terres à 95,813, dont 14,477 Piopriétaires occupaient des circuits ou lopins de terre d'une étendue moindre que dix acres ; aujourd'hui le chiffre des occupants de terre s'élève à 105,671, dont 6,822 seulement possèdent des circuits ayant n;oins que dix acres. Ces faits constatent assez les développements de la colonisation, puisque le nombre des familles établiis sur les emplacements a diminué de plus de la moitié, et que le chiffre total des nouveaux occupants de terre s'est accru de 9,858 durant ces dernières dix années.

" En 185 1, on comptait dans le Bas-Canada 3,605,167 acres de terre en état de culture, dont 2,072,341 acres avaient été ensemencés et avaient produit 15,221,013 minots de grains et 4,972,937 minots de patates et légumes, formant en tout 20,193,950 minots et 755>' 579 tonneaux de foin.

"Le recensement de 1861 démontre qu'il y a actuellement 4,804, - 235 acres de terre en labour, dont 2,928,133 acres ont été ensemencés et ont produit 27,565, 179 minots de grains et 14, 184,612 minots

jetèrent encore les fondements d'une autre colonie dans le canton de Langevin ; ils se virent bientôt entourés par un certain nombre de colons. Jusqu'en 1850, la colonisation s'était portée principalement dans la partie sud du St-Laurent. Il y avait, cependant, du côté nord des Laurentides une vaste plaine s'étendant du Saguenay à l'Outaouais. C'est dans cette contrée qu'une partie de la colonisation s'était portée depuis une dizaine d'années. Les établissements fondés en

1850, par MM. les abbés Hébert et Boucher, sur les bords du lac Saint-Jean, avaient pris de l'ac-

(le patates et légumes, en l86o, formant une récolte totale de 41,- 749>79I min. its et 689,977 tonneaux de foin.

" Ces statistiques constatent «lonc une augmentation de 1,199,068 acres de terre nouvelle préparés durant ces dernières dix années, ayant produit un surplus dans les récoltes de 12,344,166 minots de grains, et 9,211,675 minots de patates et légumes, formant un total do 21,555,841 minots. Quant à la culture du foin, il y a eu une diminution ilans le rendement de 65,602 tonneaux, par suite de l'extension que jjrend la culture des légumes pour la nourriture du bétail, et aussi pour d'autres causes qu'il n'entre point dans mon sujet de développer.

" Il y a dix ans, on estimait la valeur de la propriété foncière rurale du Bas-Canada à $116,832,632, égale à une valeur moyenne par terre de $1,228 ; aujourd'hui cette valeur s'élève à $171, 513,- 069, à part les villes, soit environ $1,623 par chaque terre î formant ainsi une augmentation de $54,680,437.

" La valeur récoltée des grains, patates et foin, s'élevait à $15,- 774,722, en 185 1 ; aujourd'hui cette valeur est portée à $26,452,- 874 ; offrant ainsi un accroissement de richesses de $10,678,152.

" Le bétail a aussi subi une grande augmentation depuis dix ans, surtout sous le rapport du perfectionnement des races.

"En 1851, le chiffre du bétail s'élevait à 1,681,531 têtes, évaluées à $19,256,732; aujourd'hui il s'élève à 2,034,716 pièces, estimées à $25,781,798, formant un surjilus de 353,185 têtes et une augmentation en valeur de $6,525,066.

" L'industrie domestique s'est également bien développée. En

1851, on évaluait à $2,714,012 la valeur des produits manufacturés dans les fermes ; aujourd'hui cette valeur a augmenté jusqu'à $5,576,462, formant un surplus de $2,862,450. C'est surtout le beurre, le sucre et les tissus qui ont le plus progressé."

croissement. Le gouvernement y construisit le chemin Kénogami, qui s'étend de la G-rande Baie aux bords du lac. Grràce à la fertilité du sol, au grand commerce de bois, les établissements du Saguenay et du lac Saint-Jean ont pris un développement considérable ; cette partie de la province, qui compte déjà douze paroisses, promet un avenir prospère.

La colonisation lit également des progrès dans la vallée du Saint-Maurice, où le gouvernement ouvrit plusieurs routes, le chemin des Piles, celui de Matawin, etc. Déjà en 1861, les cantons Saint-Maurice et Shawinigan, colonisés depuis 1849, comptait une population de 3376 âmes. MM. les abbés Brassard et Provost jetèrent, en 1862, les bases d'une nouvelle colonie sur la rivière Matawin ; tous ces établissements sont aujourd'hui assez prospères.

Dans la vallée d'Outaouais, les progrès étaient aussi très-satisfaisants. La population des comtés d'Outaouais et de Pontiac doubla dans l'espace de dix ans. M. Boucher de la Bruyère mentionne, dans un rapport de 1861, que le long des chemins de Wakefield et de Portland, plus de quatre cents familles s'y étaient établies dans l'espace de deux ans.

On peut conclure que la colonisation, pendant la période de l'Union, a fait des progrès considérables dans le Bas-Canada, et qu'un nombre étonnant de paroisses nouvelles ont été établies dans les Cantons de l'Est, dans les vallées du Saguenay, du Saint-Maurice, de l'Outaouais, etc. Ce ;césultat est dà à l'encouragement accordé par la législature, aux efforts déployés par le clergé et à la formation dey sociétés de colonisation.

Rendons ici hommage aux services immenses rendus par les prêtres canadiens, dans la cause de la colonisation, comme dans celle de l'instruction élémentaire et supérieure, et dans la fondation des institutions de charité, de bienfaisance, etc. Partout on les a vus déployer le plus gTand zèle, afiii de procurer à la population le bien-être moral, religieux et matériel.

Le gouvernement consacra à peu près $50,000 annuellement à la confection de nouvelles routes dans le Bas-Canada, ce qui fait une somme totale de $1,250,000 pendant la période de l'Union. On pourra croireque cet encouragement était généreux ; mais était-il même suffisant ? Si l'on eut doublé et triplé cette somme, depuis le mouvement de 1848 ; si, pour encourager l'établissement de l'ancienne population du Bas-Canada, l'on eut pris une paît raisonnable des quarante millions consacrés aux canaux, aux chemins de fer et aux autres travaux destinés spécialement au développement du commerce,le Bas-Canada serait sans doute aujourd'hui plus prospère, plus populeux. Nous n'aurions j)as peut-être quatre à cinq cent mille de nos compalriotes dispersés sur le territoire des Etats-Unis. On était prodigue des argents lorsc[u'il s'agissait do commerce, on votait même deux cent à quatre cent milles piastres pour favoriser une ligne de vapeurs océaniques ; on construisait un palais législatif qui a coûté au-delà de la somme totale allouée à la colonisation ; et, dans un pays presque exclusivement agricole, on accordait à peine une somme annuelle de cent mille piastres à l'encouragement de la colonisation dans les deux provinces.

Plusieurs de nos hommes politiques ont trouvé

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que la législature aurait pu faire des sacrifices plus gTaiids. M. Tessier entre autres s'exprimait ainsi, à la session de 18G2 : " En regardant aux sommes accordées pour d'autres objets, je crois être justifiable de dire que l'ouverture des terres incultes du Bas-Canada n'a pas été suffisamment favorisée. On devrait approprier une somme beaucoup plus considérable, si Ton veut faire justice aux habitants du pays."

Il est certain qu'un encouragement plus grand accordé à l'établissement des terres incultes, aurait ralenti l'émigration toujours croissante de la population française aux Etats-Unis. Tous les ans, des milliers de Canadiens, bercés du fol espoir d'arriver à la fortune, et éblouis par la perspective d'un avenir chimérique, abandonnaient leurs terres natales. Ce mouvement si fatal à la nationalité canadienne se continue encore malheureusement. Cependant un trèspetit nombre ont acquis aux Etats-Unis une certaine aisance ; le nombre de ceux qui ont été trompés dans leurs calculs est immense. La condition des Canadiens émigrés n'est guère enviable. La grande masse vit au jour le jour ; les ou\Tiers ont, il est vrai, des gages élevés, mais ils dépensent en proportion ; et, après avoir épuisé leur santé, ils se trouvent souvent dans une triste situation sur cette terre étrangère. Leur influence politique est nulle ; leur position, sous le rapport moral et religieux, est en général assez pénible ; beaucoup élèvent leurs enfants dans une complète ignorance.

M. l'abbé Tassé, dans son étude sur l'émigration, constate que 200,000 Canadiens ont laissé la province de 1840 à 18G6. Avant l'Union, il y

avait déjà un certain nombre de nos compatriotes aux Etats, et depuis la confédération, le mouvement de l'émigration, au lieu de diminuer, a malheureusement progressé. Restreint autrefois à quelcjues comtés du district de Montréal et des Trois-Rivières, il a gagné le vieux district de Québec et les autres parties du Bas-Canada. Nous croyons ne rien exagérer en portant de 400,000 à 500,000 le nombre de Canadiens réfugiés actuellement (1872) aux Etats-Unis.

La première émigration avait été causée par la difficulté de se procurer des terres, et par l'absence de communications faciles. Les mauvaises récoltes qui se sont succédées, et qui par suite ont causé l'appauvrissement de la classe agricole, le luxe et Tintempérance, ces deux plaies sociales, le manque d'industries suffisantes, le salaire trop modique accordé au travail, le trop petit nombre de carrières ouvertes à la jeunesse instruite, le goût des aventures et des voyages pour un certain nombre, voilà autant de causes qui ont porte nos compatriotes à éraigrer pendant ces dernières années. Il y a plusieurs de ces causes auxquelles il est impossible de remédier. C'est le manque d'ouvrage qui a été la cause principale de l'émigration des Canadiens. L'établissement de manufactures les retiendra dans leur pays. Déjà pendant les deux deriiières années, plusieurs belles industries ont été créées dans les villes et dans plusieurs paroisses, et promettent d'être prospères. Il y a un élan général vers les manufactures. En effet, tout ce qui peut les encourager, les capitaux, les pouvoirs d'eau, le bas prix de la main-d'œuvre, les commuiiications faciles, se trouvent à notre dis-

1862] LORD MONOK. 449

position. Espérons que le nombre croissant des manufactures, l'élévation du salaire, la construction de plusieurs chemins de fer en x^erspective, arrêteront ou diminueront sensiblement le mouvement de l'émigration.

Cette plaie n'a cependant pas empêché le Bas- Canada de progresser rapidement ; en effet, la fortune publique s'est augmentée dans une progression bien plus grande que celle, de sa popution. On a l'exemple de plusieurs pays qui pendant chaque année perdent un grand nombre de citoyens et qui restent dans une condition florissante.

Un projet de loi, présenté par M. Alleyn, amendait l'acte qui concernait le Havre de Québec, et permettait à la commission du havre d'imposer un droit de tonnage sur les navires.

M. Scott, député d'Outaouais, soumit un projet de loi, par lequel on modifiait l'acte des écoles séparées. La mesure reçut l'approbation des ministres, et des membres modérés des deux partis. Le principe des écoles séparées, après une lutte longue et acharnée, devait enfin triompher ; la voix éloquente et l'habileté de M. McGree contribuèrent à ce grand changement. Il ne restait plus que quelques fanatiques, MM. McDougall, Fergusoii, Morris et Brown, entres autres, qui refusaient de concéder aux catholiques le plein droit d'établir des écoles, où ils pussent donner à leurs enfants l'instruction religieuse avec les autres branches de l'enseignement. La crise ministérielle empêcha le projet Scott de devenir loi, et les libéraux s'engagèrent à passer une semblable mesure sous leur responsabilité.

La question des édifices parlementaires d'Outaouais fut le sujet de fortes accusations portées par les libéraux contre le ministère. La législature avait approprié $900,000 à la construction de ces édifices ; les contrats avaient été donnés aux entrepreneurs pour une somme de près de $700,000. Cependant le gouvernement avait déjà dépensé plusieurs cent mille piastres en sus de l'appropriation, lorsque guère plus que la moitié des édifices était terminée. Plusieurs travaux importants ne furent pas mentionnés dans les contrats. Le système cj^ue l'on adopta pour le chauffage, la ventilation, etc., fut en partie la cause de cet excédant de dépense ; il exigea des excavations profondes dans le roc vif.

M. Rose, sous lequel furent en partie faits ces ouvrages, était reconnu par son intégrité ; mais il s'était trouvé à la tête du département des travaux publics, sans connaissances pratiques de ces ouvrages, et avait dû se fier à des employés subq,l ternes, qui l'avaient trompé. Lorsque M. Cauchon lui succéda, les contrats étaient signés et les travaux assez avancés. M. Cauchon refusa de se servir de l'assistant commissaire, M. Keefer, en qui il ne reposait nulle confiance ; ensuite, il fit examiner les travaux par M. Ivillaly, et lui fit préparer un rapport, qu'il soumit aux chambres.

M. Cauchon avoua que des eiTeurs avaient été commises par les architectes dans la confection des plans et l'évaluation des dépenses ; mais pour calmer l'étonnement que ces révélations devaient produire, il cita des exemples de semblables erreurs commises en d'autres pays. Ainsi, le palais de Westminster, évalué à =£707,000,

avait coûté =£2,333,000. M. Mackenzie proposa, sans succès, de soumettre la question des édifices à l'action d'un comité ; muni de renseignements plus ou moins corrects, il déclara qu'il y avait eu des fraudes, et qu'il s'était passé des faits étranges. M. Sicotte fut d'avis qu'une enquête était nécessaire, afin de constater pourquoi tant d'argent avait été dépensé.

On reprocha avec raison au ministère de ne pas avoir informé la législature, en 1861, de l'état réel de l'ouvrage, et d'avoir payé des sommes considérables en sus de rapi:)ropriation première, et cela en violation des privilèges de l'assemblée législative. Cette question malheureuse porta plusieurs membres à retirer leur confiance au ministère et à accélérer sa chute.

M. John-A. McDonald présenta un projet de loi destiné à organiser la milice sur un pied efficace. La mesure avait été préparée sur les suggestions d'une commission spéciale composée de MM. Cartier, McDonald, du colonel Lyson, etc., et nommée à la suite de l'affaire du Trent. Cette difficulté avait démontré l'importance qu'il y avait de mettre la province sous la protection d'une force efficace, et tous les Canadiens, sans distinction de partis, reconnurent que la loi de milice était inefficace, et insistèrent sur une meilleure organisation.

Les commissaires, dans leur rapport, établissaient qu'une force active de 50,000 hommes, devant faire chaque année vingt-huit jours d'exercice militaire, et qu'une réserve d'un pareil nombr \ étaient nécessaires pour la défense efficace de la province. Ils recommandaient la division de la province en districts militaires, et

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la construction d'un arsenal dans chaque district. Le gouvernement se détermina à mettre à effet les suggestions des commissaires.

M. John-A. McDonald fit l'historique de la mesure et expliqua le projet qu'il présentait. Les ministres déclarèrent qu'on lèverait une force plus ou moins considérable (30,000 à 50,000 liommes) suivant le besoin et les sommes votées par la législature.

Les libéraux insistèrent à connaître le montant des subsides que le gouvernement demanderait. M. G-alt répondit qu'on se proposait, la première année, de lever vingt mille hommes, qui, ajoutés aux dix mille volontaires, formeraient trente mille, et qu'on leur ferait faire quatorze jours dexercice ; on désirait porter ce nombre à cinquante mille hommes l'année suivante. Le montant qu'il demanderait dans le budget serait de $50,000, y ^compris les accoutrements et la con'struction des arsenaux, dont la somme s'élèverait à $240,000. Ce dernier montant était demandé une fois pour toujours. Il était d'avis que la dépense annuelle ne dépasserait pas .$500,000.

M. Loranger pensa que la province était incapable de fournir une somme aussi considérable pour la milice, le déjint était déjà considérable. M. Evanturel parla également contre la mesure. M. Langevin l'approuva, tout en suggérant quelques modifications. MM. Rose et de Cases se prononcèrent aussi en faveur d'une milice efficace.

Le i:>rojet de milice ne fut pas discuté comme le méritait u^i sujet de cette importance. Les libéraux ne firent pas connaître leurs vues sur la question de la défense ; ils furent unanimes

à voter contre le projet ministériel, afin de ren- A^erser le cabinet. Quelques démocrates étaient d'avis qu'il n'y avait pas besoin de milice, que l'Angleterre devait nous défendre et payer une milice si elle en voulait ; ils étaient conséquents avec leurs principes annexionnistes, qu'ils n'osaient pas professer publiquement, mais qu'ils entretenaient en eux-mêmes.

Les organes des libéraux jetèrent l'effroi parmi la population, en criant que la mesure demandait des sacrifices immenses, et établissait une taxe directe de cinquante centins i)our le soutien de la milice. Comme le fit remarquer M. Cartier, cette taxe n'était qu'une pénalité infligée à ceux qui ne se rendraient pas à l'exercice. La popu-. lation des campagnes commença à s'exciter, et demanda le rejet du projet ministériel.

Le peuple pouvait être effrayé d'une organisation si coûteuse, de la levée par conscription de trente à cinquante mille hommes que l'on devait enlever à l'agriculture et aux industries pendant quatorze ou vingt-huit jours de l'année, lorsque jusqu'alors on n'avait dépensé que de faibles sommes pour la milice. Tout danger du côté des Etats-Unis avait cessé ; les Américains se livraient alors à une guerre civile, qui devait les épuiser, et les dispenser de porter leurs regards sur le Canada.

Plusieurs partisans du ministère essayèrent de faire modifier le projet. Les ministres s'y refusèrent ; ils crurent pouvoir braver l'orage, et se fièrent trop sur leurs propres forces. Le projet de la milice fut rejeté h sa deuxième

lecture sur un vote de soixante et un contre cimj^uante-quatie. (i)

M. McDonald se trouva dans sa section supporté par une maj :*rité de sept voix ; ses partisans ne divisèrent pas leurs forces, et plusieurs membres indépendants se rallièrent à eux. M. Cartier, au contraire, qui avait jusqu'alors été soutenu par une forte majorité, se trouva dans une minorité de treize. Plusieurs de ses partisans refusèrent leur concours au projet de la milice, qui avait été condamné par leurs constituants, dont ils représentaient en chambre les opinions et les besoins. Les libéraux votèrent en corps contre la mesure dans le but principal de renverser le ministère ; le vote qu'ils donnèrent était un vote de non-confiance.

Mais comme le fit remarquer MM. Drummond et Loranger, ceux qui enregistrèrent leurs votes contre le projet de la milice, ne le firent par manque de loyauté. Les uns, les modérés, trou-

(i) l'oui- la 2e lecture du Bill : Alleyn, Ault, Baby, Bell (Russell), Benjamin, Bigg;ir, Blanchet, M.-C. Cameron, Carling, Caron, Cartier, Cauchon, Chapais, Clarke, Cockimrn, Crawford, Dawson, DeCases, Denis, Desaulniers, Joseph, Dufresne, Dunkin, Dunsford, Fergusan, Cîalt, Haultain, Hooper, Jackson, Langevin, John-A. McDonakl, McCann, McLachlin, Morln, Morris Morrison, Morton, Pope, Portnian, Poupore, Price, Robinson, Robitaille, Rose, J.-S. Ross, Ryerson, Rykert, Scott, Simpson, Smith, Somei-ville, Street, Tassé, Telt et Walsh — 54.

Contre : Abbott, Aichambeault, Beaubien, Bell (Lanark nord), Beaudreau, Bowen, Brousseau, Bureau, Burwell, Conncr, Cowan, Daoust, DeBoucherville, Dickson, Dorion, Dostalei, Drummond, Alex. Dufresne, Evanturel, Foley, Portier, Fournier, Gagnon, Gaudet, Hébert, Howland, Huntington, Huot, Jobin, Joly, Kierzkowski, Labrèche-Vlger, Laframboise, Loranger, D.-A. MacDonald, John- S. MacDonald, Mackenzie, McDougall, McGee, McKellar, Mongenais, Manro, Notman, O'Halloran, Patrick, Prévost, Rankin, Rémillard, J.-J. Ross, Rymal, Scatcherd, Sicotte, Simard, Starnes, Stirton, Sylvain, Taschereau, Wallbridge, White, Wilson et Wright— 61.

1862] Lord monck. 455

valent cette organisation trop onéreuse pour les revenus de la province, mais ils étaient prêts à faire certains sacrifices pour la défense du Canada; les autres votaient non-confiante dans l'administration.

M. Cartier et ses collègues considérèrent qu'après ce vote, ils devaient donner leur démission. C'est ce qu'ils firent le 21 mai (1862). En remettant les rênes du pouyoir, M. Cartier exprima sa reconnaissance aux députés cjui lui avaient accordé jusqu'alors un appui constant. Il félicita M. John-A. McDonald, son collègue, de la majorité qu'il avait obtenue dans la province qu'il représentait. Il se déclara fier d'avoir succombé sur;une mesure destinée à soutenir sur ce continent la gloire du drapeau britannique, et dont la nécessité avait été admise. Il craignit que les ennemis des Bas-Canadiens ne vissent dans ce vote les i>reuves d'un manque de loyauté.

En effet, sans approfondir à fond les raisons cjui portèrent la majorité des membres à rejeter le projet de milice, les hommes d'état et la i:>resse de l'Angleterre regardèrent cette conduite comme un indice que les Canadiens refusaient de pourvoir à leur propre défense ; ils allèrent jusqu'à les accuser de manquer de loyauté. Quelques membres, M. Goldwin Smith, entre autres, parlèrent d'abandonner le Canada à lui-même, puisqu'il n'était qu'un fardeau pour l'empire, et qu'il faisait courir les dangers d'une guerre avec les Etats-Unis. Les autres pensaient que les Canadiens devaient faire de plus grands sacrifices pour la défense de leur territoire que par le passé. Ils voyaient du danger à laisser au Canada les 12,000 hommes de troupes, qu'il y avait alors,

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sans être appuyés par une force volontaire suffisante. Depuis la guerre américaine, le gouvernement impérial insistait à ce que le Canada prit une part plus active à sa propre défense ; selon Lord Palmeston, il n'avait pas l'intention d'augmenter ni de retirer les troupes du Canada ; c'était dire que les Canadiens devaient compter sur eux-mêmes pour le reste. La nouvelle politique de laisser les colonies pourvoir à leur propre défense faisait de grands progrès.

Le parti libéral-conservateur ou simplement conservateur, formé en 1854, avait un long règne. C'était le môme parti qui, sous les noms d»^ divers ministères, McNab-Morin, Taché-McDonald, etc., avait administré les affaires publiques. Le dernier ministère Cartier-McDonald, qui était une continuation des précédents, comptait presque quatre années d'existence. Remarquons que les députés du Bas-Canada, par leur union, avaient été la force de ces administrations. La chute des conservateurs changeait les rôles, le Haut-Canada allait pendant deux ans commander à l'autre province.

Depuis que MM. Cartier et John-A. McDonald avaient remplacé au pouvoir MM. McXab et Morin, ils avaient doté la province de plusieurs actes législatifs importants : la décentralisation judiciaire, la codification des lois civiles, l'introduction des lois françaises dans les cantons de l'Est, la refonte des statuts provinciaux, les actes des municipalités, la réorganisation de plusieurs départements publics, le rachat définitif des droits seigneuriaux, l'assimilation des lois commerciales et criminelles des deux provinces, l'achèvement des chemins de fer : voilà autant

d'actes qui jettent de l'éclat sur l'administratioii des conservateurs, et dont les résultats ont grandement contribué au bien de la province.

Mais à côté des services réels qu'elle a rendus, cette administration est marquée de quelques ombres : le choix delà capitale, sa conduite relativement à l'érection des édifices joarlementaires, un faible peut-être trop grand pour la compagnie du Grand Tronc, entin certaines violations des usages parlementaires. Il est dillicile toutefois qu'une longue existence politique ne laisse pas quelques actes à condamner.

Malgré ce qu'en ont dit leurs adversaires, MM. Cartier et .Tohn-A. McDonald apparaissent dans notre histoire comme les deux plus grandes figures politiques de l'époque. Ils ont droit à la reconnaissance publique, car ils ont rendu les plus grands services à leurs compatriotes. Après plusieurs années de carrière administrative, ils sortirent tous deux du cabinet aussi pauvres qu'ils y étaient entrés. Ils se montrèrent tolérants et libéraux, ils défendirent généreusement les institutions catholicpies, les écoles séparées, empêchèrent les fanatiques, comme Brown et ses adeptes, de dominer sur le Bas-Canada. Disons encore que les chefs conservateurs ont toujours été soutenus et généralement approuvés par le clergé, et par la masse de la population bas-canadienne des deux orii>'ines.

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