‹ Le Canada sous l'union, 1841-1867. -- (volume 2)Chapitre 2 sur 26 · HAUT-CANADA · texte numérisé non relu

HAUT-CANADA

Rrockville George Sherwootl.

Uytown John Scott.

Carleton Ivl. Malloch.

Cornwall Hon. J.-IL Camcron.

Dundas John-P. Crysler.

appuyaient celle du ministère. Le solliciteurgénéral Cameron, qui s'était présenté dans deux divisions électorales, fut défiiit dans celle de Kent; M. Gowan, chef des orang-istes, perdit son élection, dans le comté de Leeds ; M. Sherwood lui-même faillit perdre la sienne dans la ville de Toronto, où il n'eût que 40 voix de majorité.

I )urliam James Siiiitl .

Essex John Prince.

Frontenac Ileniy Smith.

Glengar.y John S. Macclonald.

Grenville R. lîenitt.

llaldimand . .1). Thompson.

Halton J. Wetenhall.

Hamilton Sir A.-N. McNab.

liastings F. Flint.

Ilunm lion. \V. Caley.

Kent Malcohn Cameron .

Kingston Hon. John-A. MatDonakl.

Lanark Robert Bell.

Leeds W .-li. Richards .

Lennox et Addington B. Seymour.

Lincoln W.-II. Merritt .

London John Wilson.

Middlesex \Vm. Notman.

Niagara W.-II. Dickson.

Noifolk Mon. II.-J. Boulton.

Northunihcrland .-V.-M. Meyers.

Oxford Hon. F. lîincks.

l'eterborough James Hall.

Frescott T.-H. Johnson.

Prince Edouard D.-B. Stevenson.

Russell . .G.-B. Lyon.

Simcoe Hon.W.-li. RoV)inson.

Stormont A. McLean.

Toronto W.-B. Boulton.

" Hon. H Sherwood.

Waterloo. . . , James Webster.

Welland 1). McFarland.

Wintworth Ilermanus Smith

York division sud J-"FI. Price.

York " ouest J .-C . Morrison .

York " est .\Vm.-II. Blake.

York " nord Hon. Rob.Ml Hal \\\ '.ii .

Malgré cette défaite humiliante, les ministres conservèrent leurs portefeuilles jusqu'au dernier moment ; ils ne se retirèrent que sous le poids d'un vote de non-confiance.

L'assemblée législative n'avait pas compté depuis l'Union un aussi grand nombre d'hommes distingués ; parmi les anciens députés, on remarquait MM. La Fontaine, Baldwin, McNab, Morin, John- A. McDonald, John-H. Cameron, Cauchon, Chauveau, LaTerrière, Leslie, Chabot, Hincks, Sherwood, Merritt, etc. Parmi les nouveaux députés, étaient MM. Papineau, Blake, Holmes, Joseph-Charles Taché, Dumas, H.-J. Boulton, Notman, "Wetenhall, Wilson et J.-C. Morrison.

Mais les chambres avaient fait une perte irréparable dans la personne d'un de ses membres politiques les plus marquants, M. John Neilson, qui mourut le 4 février 1848. Originaire d'Ecosse, M. Neilson était arrivé encore jeune au Canada, et avait trouvé une arme puissante pour la défense et la propagation de ses idées dans la Gazette de Québec, qu'il rédigea jusqu'à sa mort. Ses écrits, surtout avant l'Union, avaient eu la plus gTande influence. Il s'était principalement distingué comme membre de l'ancienne chambre 'd'assemblée du Bas-Canada, s'était montré l'ardent défenseur des droits de la population française, et avait combattu le parti oligarchique de concert avec les Papineau et les Viger. Deux fois M. Neilson avait été député avec eux en Angleterre pour prendre les intérêts canadiens. Le peuple et le clergé lui donnèrent leur confiance, et lui en retour plaida leur cause ; il fut leur ferme et constant ami. Comme membre du Conseil Spécial, il vota contre l'union des deux

Canadas. Elu en 1841 pour le comté de Québec, il protesta également contre l'acte c[ui proscrivait la langue française. Il demanda le rappel d'un acte aussi inique ; mais il se prononça contre le gouvernement responsable, auquel il n'accordait nulle confiance. En 1844, M. Neilson fut appelé au conseil législatif, où il siégea jusqu'à sa mort. On se rappelle qu'à la dernière session, il dirigea contre le ministère une motion indirecte de non-confiance, parce que les Canadiens- Français n'étaient pas suffisamment représentés dans l'administration. Ce fut son dernier acte politique important.

M. Neilson avait surtout une connaissance parfaite de l'histoire constitutionnelle et parlementaire ; il en avait fait une étude particulière et constante. Dans sa longue carrière politique, il rendit des services éminents au Canada; aussi sa mémoire sera-t-elle en vénération parmi ceux dont il a défendu les droits avec tant de force et de dévouement

Les Canadiens avaient eu à déplorer, un an auparavant (lY février 1847), la mort d'une autre gloire nationale, d'un homme de génie, M. le juge en chef Vallières de Saint-Eéal. Reçu avocat en 1812, il s'était bientôt placé, par ses talents et sa grande éloquence, à la tête des hommes de sa profession. Elu député, il s'était distingué comme l'avocat ardent des libertés populaires, dans la longue lutte entreprise pour la conquête des institutions constitutionnelles, que réclamait le parti canadien ; il fut choisi président de la chambre en l'absence de M. Papineau. Nommé en 1828, juge des Trois-Rivières, par Sir James Kerapt, il occupa ce poste jusqu'à sa nomination

de juge en chef de Montréal, en 1842. La conduite de cet illustre canadien comme homme politique, comme juge, comme citoyen, a toujours été irréprochable. Ce fut à ses talents, à ses lumières et à ses connaissances qu'il dut son élévation aux premiers degrés de l'échelle sociale.

Le Canada perdit encore à cette époque plusieurs autres vétérans dans la i^olitique ou dans la magistrature. M. Ilagerman (1847), juge en chef du Haut-Canada, qui avait joué un grand rôle comme ancien chef des conservateurs : M. Amable Berthelot (1847), patriote sincère et ami dévoué de l'éducation ; M. C.-E. Casgrain (1848), ancien membre du Bas-Canada, et, en dernier lieu, un des commissaires des travaux publics (1) ; M. Austin Cuvillier (1849), un des plus grands négociants canadiens et président de l'assemblée législative au premier j)arlement ; enfin M. Elzéar Bédard (1849), juge de la cour du banc de la reine, regardé par tous comme une des illustrations du barreau canadien.

Lord Elgin convoqua le troisième parlement, le 25 février 1848, et autorisa, le jour môme, la chambre d'assemblée de choisir son président. Sir Allan McNab fut proposé une deuxième fois à cette dignité par M. Caley, qui fit son éloge. M. Baldwin proposa, de son côté, M. Morin, et démontra les avantages que ce dernier avait sur Sir Allan, parce qu'il connaissait également les deux langues parlées dans la province. Il rendit toutefois hommage à la conduite impartiale et digne du ci-devant président. Dix-neuf députés seulement votèrent en faveur de Sir Allan, cin-

(l) L'hon. M. Casgrain, était le père de M. l'abbé H. -R. Casgrain.

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quaiite-quatre se prononcèrent contre. M. Morin fut ensuite élu paT acclamation, et conduit à son siège au milieu de vifs applaudissements.

M. Morin avait toutes les qualités requises d'un bon président : expérience parlementaire, science du droit constitutionnel, connaissance des deux langues, il réunissait en lui tous les titres à la confiance de ses collègVTes. Il avait constamment travaillé au bonheur de son pays, et avait fait pour servir les intérêts du peuple le sacrifice des plus grands avantages personnels.

Dans son discours officiel. Lord Elgin attira l'attention des chambres sur l'amélioration du système des x^ostes et sur l'administration de la justice ; il recommanda en outre l'adoption d'une loi d'émigration et d'une autre concernant les chemins de fer.

La réponse au discours du trône fut proposée par le colonel Prince, et secondée par M. Christie, qui tous deux parlèrent en faveur des mesures spécifiées dans ce discours.

M. Baldwin proposa un amendement exposant à Son Excellence que, dans le but de donner un résultat satisfaisant aux délibérations de la chambre et aux mesures annoncées dans son discours, il était essentiel que l'administration possédât la confiance de la chambre et du pays, et que les conseillers d'alors ne jouissaient pas de cette confiance. M. Baldwin prononça un discours modéré, dans lequel il énuméra les principales causes de la chute da ministère, et du résultat des élections générales.

Ce fut M. Caley qui défendit les actes de l'administration. Il attribua la défaite du parti conservateur à la loi sur le tarif passée à la der-

iiière session, à la question de l'université de Toronto, et surtout à la meilleure organisation des libéraux. Après les discours de M Price, Boulton et autres, l'amendement de M. Baldwin fut mis aux voix. Cinquante-quatre députés prononcèrent la déchéance du ministère conservateur, vingt servilement votèrent pour son existence (1), Après cette défaite, les ministres donnèrent leur démission.

Les conservateurs avaient été élevés au pouvoir en 1844, lors des difficultés survenues entre le gouverneur et le cabinet LaFontaine-Baldwin. Grâce à l'influence et à l'intervention de Lord Metcalfe, ils avaient, dans les élection.? générales de cette époque, obtenu une légère majorité. Ils avaient momentnnément approuvé, par esx")rit de parti, la conduite inconstitutionnelle de ce gouverneur, dans ses prétentions à nommer les officiers publics sans l'avis de ses conseillers, mais ils étaient revenus peu à peu de leur erreur, et avaient admis les principes du gouvernement constitutionnel. Avant de f^uitter la chambre, leur chef, M. Draper, avait confessé publiquement qu'il ne difterait aucunement d'opinion

(i) Pour Trimendement — MM. Armstiong, Ayhvin, lialduiii, Beaubien, P.ell, H.-J- Boulton, Boutillier, Burritt, M. Camerou, Cauchon, Chabot, Chauveau, Davignon, Drummoiul, ] )uclicsnay, Dumas, DeWitt, F.gan, Flint, Forticr, Fournicr, Fouiqiiiii, Gug)', Guillet, liai!, Holmes, Ilinks, Jobin, Johnson, La Fontaine, La renière, Laurin, Lemieux, Leslie, Lyon, J. -S. McDonald, Marquis, McFarland, Merritt, Mongenais, Morrison, Nelson, Notnian, Papineau, Price, Richards, .Sauvageau, John Scwtt, James .Smith, Ilermanus h'mith. Taché, Thompson, Watts et Wetenhall — 54.

Contre— MM. Badgley, Brooks, Cayley, Christie, Ciysler, Daly, J.-A. McDonald, McNah, Malloch, McConnell, McLean, Prince, Robinson, Seymour, Cî. Sherwood, H. Sherwood, Henry Smith, Stevenson, Webster et Wilson — 20.

avec les cliofs libérAUX sur la question de la reslioiisabilité ministérielle. Depuis le départ de Lord Metcalfe, ils avaient peu à peu perdu la confiance des membres et du peuple. Ils travaillèrent sans relâche à s'affermir au pouvoir, en cliercliaut à diviser le psn-ti libéral di^ Bas- Canada ; ce fut toujours sans succès.- La retraite de M. Draper leur fit encore un tort immense ; et pendant la session de 184*7, leur majorité n'était plus que de deux voix ; encore ne devaient-ils qu'aux intrig'Lies une si faible majorité. A la dernière élection, leur défaite fut complète ; ils furent en minorité môme dans le Haut-Canada, qu'ils avaient tant favorisé sous leur administration.

Il n'est pas étonnant que la conduite des conservateurs ait été condamnée, surtout par le Bas-Canada. On a vu dans quelle jwsition désavantageuse s'étaient trouvés ceux qui représentaient la population française. MM. Viger et Papineau se virent isolés de leurs compatriotes ; ils n'eurent pas assez d'inlluence pour empèclier que le Ilaut-Canada imposât des mesures injustes â l'autre province. Les biens des Jésuites lurent détournés de leur destination première, les dépenses de l'administration de la justice, dans le Haut-Canada, furent portés sur le revenu public, les réclamations des habitants du Bas- Canada, qui avaient éprouvé des pertes lors des troubles de 1837-38, furent négligées, tandis que celles du Haut-Canada furent exactement payées.

La chambre alla ensuite présenter au gouverneur l'adresse telle qu'amendée par M. Baldwin. Lord Elgen répondit que pour se conformer au vœu exprimé par la majorité de la représentation, il allait s'occuper immédiatement à former un

nouveau conseil exécutif. Il appela aux)rès de lui MM. Laibntaine et Baldwiu, et les chargea de la formation d'une nouvelle administration. Après quelques jours d'une attente anxieuse, on annonça un ministère, dont M. LaFontaine était le chef, avec M. Baldwin pour collègue, dans le Haut-Canada. Voici les noms des conseillers exécutifs, qui furent assermentés le 11 mars :

Bas-Canada.

Hon. L.-H. LaFontaine, procureur-général, B. C. " James Leslie, président du conseil exécutif, " R.-E. Caron, président du conseil législatif, " E.-P. Taché commissaire principal des travaux publics, " T.-Ç. Aylwin, solliciteur-général, B. C, " L.-M. Viger, receveur-général.

Haut-Canada.

Hon. Robert Baldwin, procureur-général, 11. C, " R.-B. Sullivan, secrétaire-provincial, " F. Hincks, inspecteur-général des comptes, " J.-H. Priée, commissaire des terres de la

couronne, ■ Malcolm Cameron, Asst. Com. Travaux Publics.

La place de solliciteur-général du Haut-Canada

fut réservée à M. Blake, alors absent de la province.

MM. Lafontaine et Baldwin se voyaient pour la deuxième fois appelés par les vœux du peuple au sommet du pouvoir. Cette haute position, ils

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h\ Tiiéntiiiciit à Jiutt' i itre ; ils ravaieiit conquise îip.è i une long'no et belle lutte. Ils la devaient à leurs talents, à leur intégrité, à l'indépendance de leur caractère. On les regardait, à juste titre, comme les deux pî^miers hommes d'état du Canada.

M. Caron eut précisément le poste auquel il avait droit, et qu'il avait perdu en voulant rendre justice au Bas-Canada ; il devait nécessairement être récompensé de son patriotisme et de son indépendance. La nomination de M. Taché fut a<'cueillie avec joie, surtout dans le district de Québec, où il était très-populaire. On sait, qu'à i)lusieurs reprises, M. Taché avait réclamé avec énergie du ministère conservateur, la part à laquelle ce distriit avait droit dans la distribution des deniers publics. MM. Leslie et Priée étaient des ho)mmes d'une grande intégrité, et s'étaient toujours montrés les amis dévoués des Canadiens-Français. M. Hincks, ce linancier de premier ordre, allait, par ses talents et son habilité, rétal^lir le crédit de la province, diminué par la crise commerciale de 184t ; MM. Aylwin, Blake et Sullivan étaient les premiers orateurs parlementaires, et possédaient les talents les plus brillants.

P]n somme, le nouvtMU cal)inet était recommandable sous le rajiport de l'influence politique, de l'intelligence et de l'intégrité. Tous, sans distinction de parti et d'origine, l'admettaient sans restriction. Aussi la masse du peuple accepta-t-elle avec plaisir l'avènement de MM. LaFontaine et Baldwin au pouvoir, et près des trois-quarts de ses représentants leur accordèrent leur appui et leur confiance. Tl n'y eut que le

parti conservateur dirig-ée par MM. McNab et SherwofKJ, qui osa leur faire opposition, laais ce parti })rist'' par les désastres do la dernière élection, ne comptait plus qu'une vingtaine de membres.

Les libéraux recueillaient les fruits de la patriotique et persévérante lutte qu'ils avaient soutenue depuis près de quatre ans. C'était à leur généreuse démission de 1843, à leur lutte contre le gouverneur lui-même, à la fermeté inébranlable de leurs principes, que l'on devait le triomphe de la responsabilité ministérielle. Par leurs constants efforts, ils avaient enfin contraint leurs adversaires à reconnaître tous les droits essentiels au gouvernement constitutionnel. Ce système était maintenant reconnu et par la métropole et par la province. Le gouvernement reposera donc à l'avenir sur l'élément populaire ; personne, pas même le gouverneur, ne pourra agir en opposition aux désirs du peuple.

La conduite de Lord Elgin dans les circonstances difficiles, où il s'était trouvé depuis le commencement de son administration, avait été digne de tout éloge. Il s'était d'abord vu entourré d'un ministère faible et sans influence. Pendant une année entière, il lui avait donné toutes les chances possibles, de se maintenir au pouvoir et de se reconstituer. Lorsqu'il vit que le parti conservateur ne pouvait administrer plus longtemps les affaires publiques sans inconvénient, il ordonna la dissolution des chambres, donnant encore par là à ce parti l'espoir de gagner la confiance du peuple. La victoire resta au parti libéral. Lord Elgin attendit la convocation du parlement pour s'assurer des forces des deux

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partis, et ce ne fut qu'après un vote de nonconfiance, qu'il appela au pouAoir les chefs du parti victorieux.

Ce noble gouverneur avait compris son rôle mieux que ses prédécesseurs. Il avait en tous points suivi les principes du gouvernement constitutionnel. Par sa sage conduite, il asseyait sur des bases, solides ce système auquel les Sydenham et les Metcalfe, avaient mis des entraves pendant leur administration.

Un seul acte de quelque importance fut passé pendant cette session : celui qui concernait les émigrés. Puis les subsides furent votés, après quoi, le gouverneur prorogea les chambres, afin de donner aux nouveaux ministres le temps de se faire réélire, et de minir les mesures qu'iJs se proposaient de soumettre à la session prochaine.

M. Papinoau s'opposa à la prorogation des chambres ; il était d'avis que la législature pouvait s'occuper de plusieurs mesures pressantes. Puis il fit un long et intéressant discours sur la situation du pays, se prononça pour la réforme électorale et le rappel de l'Union ; il approuva cependant les hommes qui venaient de monter au pouvoir. MM. Chabot et Cauchon répondirent à M. Papîneau et combattirent plusieurs de ses opinions. Quelques députés trouvèrent trop grand le nombre des membres du conseil exécutif. M. Christie proposa de résoudre que les solliciteurs-généraux et les commissaires des travaux publics ne fussent pas ministres. Les chefs des conservateurs et M. Papineau s'opposèrent à cette motion, à cause de l'absence des ministres de la chambre.

Pendant la vacance, deux questions très-im-

portantes occupèrent la presse, et attirèrent vivement l'attention des Canadiens: la réforme électorale et la colonisation.

C'est à partir de 1848 que datent les grands efforts faits par les amis de la colonisation pour l'établissement des Cantons de l'Kst, du Saguenay, etc. Depuis de nombreuses années, il ne restait plus de terres cultivables à concéder dans les seigneuries échelonnées sur les deux rives du Saint - Laurent. Les premiers rang, de ces seigneuries avaient d'abord été colonisés, et à mesure que les besoins s'étaient fait sentir, les colons étaient entrés dans l'intérieur de ces terres, qui furent ainsi presque toutes occupées. Bientôt, avec l'augmentation de la population, l'espace avait manqué, les propriétés se trouvaient fractionnées, le sol épuisé, et les récoltes allaient en diminuant. L*e plus, le commerce et les professions libérales étaient encombrées, l'industrie manquait presque complètement, faute de capitaux ou d'initiative. Les terres incultes de l'état se trouvaient, par l'absence de routes colonisatrices, fermées à ceux cpii voulaient y pénétrer ; en outre, une partie des ten-es des cantons appartenait à des privilégiés, c[ui. par spéculation, refusaient de les concéder.

Comme le remarcjue M. Cartier en 1862, " ce fut la faute des gouvernements passés, surtout de ceux qui précédèrent l'Union, si la colonisation du lîas-Canada n'a pas marché avec le même progrès cpie dans le Haut-Canada. Bien loin d'encourager l'établissement des terres incultes, on prenait tous les moyens pour empêcher les défrichements, et restreindre dans les plus étroites proportions le développement de la population française."

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Une politique aussi mesquine allait ouvrir la voie à rémio'ration si d<''sasireuse des Cîanadiens aux Etat-Unis. C'était vers l<So2. Les troubles de 183*7-38 aug'mentèrent ce mouvement. Un certain nombre de Canadiens iinplic[ucs dans ces troubles, ou ruinés par les déprédations des troupes, traverséri'nt la irontière, et s'établirent, pour la plupart, sur le; bords du la" (^hamplnin. En 1840, il y avait des groupes de Oanadicuis assez considérables dans ce derjiier endroit, à Saint-Louis, au Détroit, enfin dans plusieurs villes situées sur les Frontières des llltats du Maine, de Yermont et de New-York.

Pendant les premières années de l'Union, Témio-ration aux Etats-Unis augmenta dans une grande progression. Un comité de la chambre d'assemblée, nommé, en 1849, pour examiner les causes de ce mouvement si funeste à notre nationalité, constata que, dans b^s cjuatre années précédentes, vingt mille Canadiens - l'rançais avaient quitté le sol natal.

Une émigration aussi alarmante émut les Canadiens restés au pays. Ils se dirent qu'il n'y avait qu'un seul moyen d'y remédier ; c'était d'ouvrir à la colonisation l'immense étendue de terres qui était encore inculte. Ces terres comprenaient les Cantons de l'Est, les vallées arrosées par rOutaouais, le Saint-Maurice et le Saguenay ; enfin, les cantons des comtés de Gaspé, de Rimouski, de Kamouraska, de l'Islet, etc. Les Cantons de l'Est, situés entre la rivière d«? la Chaudière à l'est, et la rivière Chambly à l'ouest, contenaient surtout des terres fertiles, favorisées d'un excellent climat. Ces cantons aA'aient d'abord été colonisés par une poxmlation

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composée d'émigrés de la G-rande-Bretagne, et de loyalisles qui avaient quitté les Etats-Unis après la déclaration de l'indépendance. Peu à peu, les colons Canadiens s'étaient mêlés à cette i)opulation i^rimitive, ou avaient formé quelquers petits itroupes séparés, de distance eu distance, au milieu de la forêt. Mais avant 1840, le nombre de Canadiens-Français établis dans les cantons était peu considérable, puisqu'ils ne formaient pas le tiers de la population totale (^). Dex)uis cette époque, les Canadiens s'y portèrent en plus grand nombre.

Plusieurs raisons les empêchaient de s'y fixer : la nouvelle tenure des terres à laquelle ils n'étaient pas habitués, Tincertitude de la loi qui aifectait cette tenure, l'absence de communications faciles, et surtout L^ monopole des grands propriétaires

De 1802 à 181Ô, une certaine étendue des teiTes des Cantons de l'Est (830,000 acres) était tombée entre les mains de plusieurs propriétaires ou sociétés de spéculateurs, qui les avaient obtenues à vil prix, et à des conditions qu'ils n'avaient pas remplies. Ces terres furent longtemps un obstacle à la colonisation : parmi les propriétaires, les uns, toujous absents de la province, ne s'occupaient nu.llement de leurs propriétés, et refusaient de contribuer aux frais des routes à ouvrir ; d'autres étaient inconnus, et tenaient à rester comme tels, afin de venir i^lus tard déposséder les colons qui auraient augmenté la valeur

(i) D'a]-)rcs le Rapport des missions du diocèse de QiH!l)ec, il n'y avait, en 1840, que S50 communiants dans la partie des Gaulons </<• PEst qui comprend Blandfoid, Maddington, Aston, Bolstrod, Stanfold, Somerset, Arthabaska et Warv.ick.

1848] LORD ELGIN. ôl

de leurs terres, par la culture ; d'autres eniiii, s'opposaient par esprit de lucre à l'établissement des terres qui leur avaient été accordées dans un but purement colonisateur, ou, ce qui revenait au même, demandaient des prix exhorbitants.

Cependant, un certain nombre de Canadiens étaient allés s'y fixer avec la conviction qu'elles appartenaient à la couronne, et avec la détermination d'en payer la juste valeur, lorsqu'ils en connaîtraient les véritables propriétaires. Ils formèrent ainsi le noyau de plusieurs paroisses aujourd'hui trt'S-]>rospères.

Pendant long-temps, ces colons eurent à endurer, par la difficulté des communications, les plus grandes privations. Qui ne se rappelle les longues souftrances des pionniers de Stanfold et d'Arthabaska, et la lin trag-ique de leur missionnaire. M. Bélanger ? Après avoir péniblement travaillé à défricher et à améliorer leurs terres, ils voyaient souvent arriver le propriétaire jusqu'alors inconnu, qui venait réclamer d'eux un prix exorbitant, quelouefois trois et mémo cinq piastres l'acre. Parmi ces pauvres colons, désignés sous le nom de st/uaffers ou X)i'opriétaires sans titre, l(\s uns payèrent très-cher leur droit de pi-opriété ; les autres, trop pauvres pour le faire, allèrent pour la plupart grossir le nombre de ceux qui prenaient le chemin d(* l'exil. Ils se plaignirent de la manière inhumaine dont ils étaient traités et demandèrent protection, afin de n'être pas privés du fruit de leur travail La législature s'occupa du sort de cette classe d'infortunés, et essaya, à dilférentes reprises, d'arrêter en leur faveur une mesure protectrice ; mais tout fut

52 LUKl) ELOTX. [1848

sans succès, le conseil législiilii* la repoussa toujours. Copeiidanl, on contraig'nit les propri(*laire;s à contribuer au fonds municipal et à la confection des chemins.

Le manque de commujiioations iacilos empêcha cii,alement la prompte colonisation des cantons. Avant l'Union, on n'avait encore presque rien fait pour l'ouverture des chemins. Mais dès 1841, la colonisation occupa l'attention des hommes d'état. Plusieurs sommes considcra1)les (^300,000 environ) furent votées de 1841 à 184G pour l'ouverture et l'amélioiation de chemins dans les Cantons de l'Est, etc. Grâce à cet octroi, la colonisation reçut une plus forte impulsion. Dans le même temps, le Haut-Canada fut Tobjet de la faveur spéciale d«\s conservateurs, alors au pouvoir, et reçut des sommes irois à (juatrc fois plus considérables.

Le gouvernement n'accorda certainement pas au Bas-Canada un encouragement pro]>ortionné aux besoins de cette époque. Il est vrai que nos hommes d'état portaient alors leur attention principale aa développement du commerce.

C'est dans cette vue que la législature affecta plusieurs millions de piastres à l'achèvement des canaux commencés, et à l'amélioration de Ja ilavigation da Saint-Laurent. Le pays a retiré de grands avantages de cett(^ politique. Miiis comme le commerce était en grande ]iartie entre les mains de la population anglaise, celle-ci se trouva à en retirer presque seule tous les aA'^antages. De plus, les canaux étant presque tous construits dans le Haut-Canada, cette province en prohta énormément ; ces travaux y attirèrent une immigration considérable. Ajoutons les deux millions

de piastres qui lui lurent accordés (de 1841 à 1852) pour des chemins de colonisation, et on comprendra facilement pourquoi la culture y prit de si rapides développements, le commerce une si grande extension, et la population une marche ascensionnelle si considérable. Heureusement le ministère qui s'était plu à favoriser une nationalité au préjudice de l'autre, avait terminé son existence, et avait été remplacé par un autre, dont la devisa était de rendre justice égale à tous, sans distinction de races.

Il était de l'intérêt du ministère Lafontaine- Baldwin de favoriser l'établissement des natifs du pays, tout en protégeant Timmig-ration étrangère. La prospérité et la grandeur de la province dépendait de cette démarche. Ce qu'il fallait pour activer la colonisation, c'était surtout d'ouvrir de grandes routes à travers la forêt, d'améliorer celles qui étaient déjà faites, de procurer des terres à des conditions faciles et à bas prix. C'était le moyen de ralentir l'émigration de la Imputation française aux Etats-Unis, où du moins de l'empêcher de prendre des proportions considérables.

C'est alors que des hommes de cœur et de patriotisme firent un appel chaleureux aux Canadiens et au gouvernement, en faveur de l'établissement des terres incultes ;. ils démontrèrent les avantages qu'il y avait à rester sur le sol canadien, et indiquèrent les obstacles qui empêchaient les colons à se porter dans la forêt. Des prêtres remplis de zèle et de charité, entreprirent une croisade en faveur de l'œuvre. M. O'Reilly fut le premier qui fit connaître aux Canadiens, dans plusieurs écrits, <ombien il était

urgent de diriger vers les cantons le surplus de la iwpulation, " Faisons en sorte, disait-il, de conserver aux Franco-Canadiens ce qui reste encore de terres non-achetées dans le domaine de

la couronne Que toutes ces terres soient à

vous, Caiiadiens-Français, à vous à jamais, à vous dès maintenant. Alors seulement vous aun^zfait un premier pas dans la route qui vous puisse assurer cette nationalité qui vous doit être si chère. "

Un autre missionnaire, M. Bédard, fit connaître l>ar ses écrits, l'élat malheureux de ses compatriotes des cantons, t-t contribuai améliorer Lnir sort. De leur côté, les évéques du Bas-Canada engagèrent les membres du clergé à favoriser l'établissement des Canadiens dans les cantons, • omme le moyen le plus propre à arrêter l'émigration. " Vous n'ignorez pas, disait Mgr Turgeon, combien est profonde la plaie nationale à laquelle cette association (du district de Québec) se propose d'apporter un remède efficace ; à savoir, le départ annuel de milliers de jeunes gens et d'un grand nombre de familles (jui nbaiidonneiit les bords du SainI -Laurent, pour aller chercher Tortùne et bonheur sous un ciel qu'ils croieJit plus beau, et sur uji sol qu'on leur dit i:)lus fertile. Ces jeunes gens (vous ne le savez que trop) ne reviennent pas ]>armi nous, ou ne revieum-nl que plus ])auvres, souvenl moins vertueux, et avec les dél^ris d'une santé que la fatigue ou \o vice a pour toujours altérée. Ces familles, au lieu de trouver le bien-être qu'elles espèrent, ne rencontrent chez l'étranger que durs travaux et superbes dédains ; et loin des autels de leur jeunesse et du sol de la patrie, elles pleurent

1848J LOKD p:lgin. 55

rabseiu'e des Joies religieuses de leurs premiers ans et des jouissances du toit paternel. L'abondance même qu'un bien petit nombre peut atteindre, n'est qu'une laible consolation, quand on la compare à la paix, au contentement, à la iranche et naïve piété, à la suave politesse, qui caractérisent notre Canada.

" C'est un mal que nous déplorons tous que cette émigration continuelle, avec ses tristes et inséparables suites. Le temps est venu d'y porter remède Que les Canadiens-Français contribuent, tous selon leurs moyens et sans délai, à l'œuvre de la colonisation, et le succès ne sera plus un problème "

A la voix du clergé catholic|ue, l'auivre de la (Colonisation se poursuivit avec vigueur ; des n^saciations se formèrent dans les villes et dans beaucoup de campagnes, et engagèrent un grand nombre de familles canadiennes à se porter dans la forêt pour la féconder de leurs travaux.

Le ministère La Fontaine-Baldwin se fit un devoir de seconder les vues des promoteurs de la colonisation. Il plaça à "la disposition des Canadiens les meilleures terres de la couronne, et commença l'ouverture de plusieurs chemins. Il accorda gratis des lots de cin([ua nte acres sur quelques grandes routes, et diminua considérablement le prix des autres. Les colons s'empressèrent d'acce]:)ter ces avantages ; et, avec l'aide des sociétés de colonisation, et l'entMmragement du clergé, ils se dirigèrent, en 1848 et les années sui^"antes, en nombre considérable sur les terres nouvelles.

L'association de Montréal choisit le canton de Iloxton, poiu' asseoir les premiers établissements

qu'elle avait entrepris de diriger. Celle de Québec envoya une petite colonie sur les bords du lac Aylmer. M. le grand-vicaire Mailloux commença le défrichement des cantons de Euckland et Mailloux ; d'autres établissements furent fondés dans ceux de Saint-Maurice et de Shawinigan et dans la vallée fertile de l'Outaouais, Mais ce fut surtout dans les Cantons de l'Est que la colonisation prit du développement ; dans l'espace de dix ans, plusieurs comtés doublèrent leur population.

MM. Boucher et Hébert dirigèrent dans la vallée du lac Saint-Jean chacun une petite colonie qui a été le noyau d'un grand établissement. Il y avait déjà, à cette époque, sur les bords du Saguenay, plusieurs paroisses prospères. Cependant les premiers travaux faits, dans cet endroit, par quelques personnes venues de la Malbaie, ne dataient que de 1838. Peu ajorès. M. Price s'y était établi, et avait commencé l'exploitation de l'industrie du bois, ■ qu'il a fait depuis sur une grande échelle. Les terres avoisinant la Laie des Ha ! Ha ! furent arpentées, et les colons ducomlc de Charlevoix vinrent s'y iixer en grand nombre». Saint-Alexis, Saint-Alphonse et Chicoutimi se formèrent ainsi, dans un instant, et progressèrent avec rapidité.

Une croisade non moins importante que celle de la colonisation, fut entreprise en faveur de l'œuvre de la tempérance, par M. le grar-d-vicairc Mailloux et l'abbé Chiniquy. Les Canadiens s'enrôlèrent en masse dans la belle société de la tempérance, qui produisit un bien immense, et regénéra la population. Les heureux effets de cette croisade se font encore sentir dans un grand nombre de paroisses.

18481 L()KD ET/UN. 57

L'ag-italion do la rélbi-mo électorales avait t-lé comment -0(3 lors des élections de 1847, et le Comité de In Réforme ef dicProi^Yès ou avait fait le principal artii^le de sou programme. Tous les Bas-Cnnadieusr<^gardaient cette modification comme absolument néc(»ssaire : tous convenaient qu"il fallait augmenter le nombre de comtés, et régler la représentation d'une miinièro plus équitable ; m:us ils n étaient pas d'accord sur certains points de détails. Les uns voulaient la représentation proportionnelle à la population, sans égard à la ligne de démarcation entre le Haut et le Bas- (\xnada ; les autres ne désiraient que doubler la représentation dans les comtés populeux des deux sections de la province, en conservant dans chacune d\dles un nombre égal de députés. Ces derniers, partageant l'opinion des ministres, représentaient la grande majorité de la population. Ils avaient pour organes, la Mùicrve, le Journal de Québec, la Revue Cuiiadietnie et le Filât .

Il n'y a x>as de doute c[ue l'acte d'unio.i avait amené une grave injustice, en donnant aux deux sections d(^ la province un égal nombn^ de représentants. Mais, dans la position où les deux Canadas se trouvaient en 1848, la réforme électorale, en rapport avec la population, ne pouvait guère réparer cette injustice, et être avantageuse au Bas-Canada. L'inégalité de la population était alors faillie, comparée à celle cj[ui existait en 1840. I^e Haut-CVmacla avait • augmenté en population dans une progression très-rapide, et le nombre de ses habitants allait dépasser celui du Bas-Canada dans l'espace de deux années. (De fait, le recensement de 1852 lui donnait déjà 60,000 âmes de plus.) Le Bas-

Canada était donc plus intéressé à conserver l'égalité de la représentation sons le régime constitutionnel de 1840. Les quelques voix de plus qu'il pourrait avoir momentanément dans la fhambre, ne lui aurait assuré aucun avantage pratique ; car après deux ou trois ans écoulés, elles auraient été perdues par l'augmentation du nom})re de députés dans la province supérieure. C'était par un semblable raisonnement qu'en 1843, les mêmes hommes, qui étaient alors au pouvoir, n'avaient pas voulu agiter cette grave question, et ils avaient été alors unanimement api^rouvés.

Une autre considération importante c'est qu'il fallait, d'après la constitution, le concours des deux-tiers des membres de la législature pour changer le chiffre de la rex)résentation. Or les députés du Haut-Canada ne pouvaient consentir à compromettre leurs intérêts, en détruisant l'équilibre qu'avait établi l'acte d'union, sans que l'acte projeté pour modifier la rejn-ésentation, ne stipulât d'une manière explicite qu'aussitôt que le chiflre de leur population dépasserait celle du Bas-Canada, ils auraient alors droit à une représentation proportionnelle. Les Bas-Canadiens étaient opposés en masse à demander la réforme électorale à ce prix, parce que, les intérêts des deux provinces n'étaient pas les mêmes, et que changer l'équilibre, c'était mettre en danger les intérêts de l'une, et les exposer aux passions' et à la convoitise de l'autre.

Les partisans de la réforme électorale d'après le chiffre de la population avait pour organe Le Canadie)!, alors dirigé par Aubin, et L Avenir, organe des démocrates. Suivant ces journaux.

1848] LOED ELGIN. 59

cette importante question, telle qu'elle était posée par l'autre parti, était une réforme trompeuse, latale mémo au Bas-Canada ; c'était une reconnaissance implicite de l'acte d'union ; c'était admettre que les bases absurdes de la représentation étaient justes. Ce parti alla jusqu'à demander le rappel de l'Union, si la réforme n'était pas accordée telle qu'il la voulait. Il réunit sous sa bannière un certain nombre de Canadiens, parmi lesquels était M. Papineau, qui devint leur chef Les Canadiens avaient accueilli avec joie la rentrée récente sur la scène politique de M. Papineau. Son nom était si populaire qu'il pouvait se faire élire dans n'importe quel comté du l)as-Canada. Cet illustre i^atriote avait, pendant plus d'un quart di^ siècle, guidé ses concitoyens dans les grandes luttes dirigées contre l'oppression et l'injustice. Il avait su faire respecter le nom canadien ; sa parole éloquente avait eu le plus grand retentissement et parmi ses concitoyens et à l'étranger ; elle avait soulevé les masses en faveur de la cause qu'il avait embrassée. M. Papineau avait présidé la chambre d'assemblée pendant vingt et un ans, et avait été délégué en Angleterre pour défendre ses C0mx)atriotes. Jusqu'en 1837, sa conduite avait été admirable, et le peuple l'avait approuvée presqu.e sans restriction. Les malheurs de 18oY-38 survinrent, et M. Papineau prit le chemin de l'exil. A son retour au pays, en 1845, il vécut quelque temps dans la solitude ; deux de ses parents, MM. Viger et D.-B. Papineau, étaient alors au pouvoir ; il les vit en antagonisme avec leurs compatriotes, mais il demeura simple spectateiu" de la lutte.

GO LOED ELGTN. [1848

Depuis son départ pour l'exil, les choses avaient l)ien changé. Le "•ouvernement responsable avait été octroyé avec la constitution de 18-tO ; les chefs politiques de tous les partis l'avaient reconnu, et ils étaient disposés à le mettre en praticpie. MM. La Fontaine et Morin, qui avaient autrefois marché à la suite de M. l'apineau, et qui depuis 1841 avaient été reconnus les chefs de la caus«^ libérale dans le Bas-Canada, l'avaient également reconnu ; ils voulaient, comme nous l'avons déjà dit, s'en servir i>our conquérir à leur parti la position à laquelle il avait droit, et ré]>arer l(»s gTiefs causés par la constitution ainsi (sue les injustices qu'elle renfermait.

Après avoir hésité longtemps, M. Papineau consentit à accepter irn mandat du peuple lors des élections générales de 1847. A cette occasion, il exprima avec franchise ses vues sur l'état politique du Canada. Il se déclara contre l'union des deux provinces, et contre le gouvernement responsalde ; il ne croj^ait pas qu'il iïit possible de rien obtenir d'etficaje avec le principe de la responsabilité. Il donna cependant son approbation au parti libéral, et recommanda de Tappu^'er.

A la session de 1848, MM. LaFontaine et Baldwin étant parvenus au pouvoir, l'illustre patriote déclara qu'il leur donnerait tout l'appui possible. Il aurait cependant voulu les voir s'occuper immédiatement des réformc^s administratives que la province réclamait avec instance. Bientôt après, M. Papineau se sépara du parti libéral, et publia plusieurs écrits, dans lescjuels il déclara ouvertement que le cabinet LaFontaine- Baldwin ne possédait plus sa conhance. Il se prononça encore pour le rappel de l'Union ; et

lors de la disiiissiuii du la rrfornic électorale, il se déclara en la\'eur de la représoiitatioii repartie d'après la population. Autour de lui, ,se rallièrent les collaborateurs de VAi'emr, et la plupart des membres de l'Institut Canadien, à Montréal, qui professaient ses principes,et qui le choisirent pour leur chef. C'étaient MM. A.-A. Dorion, Dessaules, Laberge, Papin, I-aBrèt he-Yig'er, Doutre, .T.-B.-E. Dorion, Blanthet, Liilamme, etc., jeune phalange qui voyait dans ses rangs des talents remarquables, et se montrait pleine d'ardeur et d'enthousiasme. U Avenir fut leur organe, et le parti démocratique, qui devait j(m(n' un certain rôle, fat dès lors formé.

Le parti libéral se trouva donc divisé en deux camps : l'un, représentant la masse de la population du Bas-Canada, avait M. LaFontaine pour chef; l'autre M. Papineau. Un antagonisme direct exista entre ct's deux hommes également chers aux sympathies populaires, et qu'on avait vu autrefois marcher de concert à la conquête des lil)ertés constitutionnelles.

Les Canadiens regrettèrent vivement de voir M. Papin<niu montrer si peu de confiance dans la constitution, et surtout refuser de se joindre au parti libéral, pour im assurin- les effets. îSon nom, ses talents et son expérience n'eurent pas manqué de lui donner dans la législature une influence décisive, s'il eût prêté so]i appui à ceux dont le noble désintéressement aA'ait gagné l'admiration de leurs concitoyens, cl ol)tenu des témoignages solennels d'appro])atioii. Il était dangereux de le voir condamner la constitution, lorsque ]dusieurs des clauses injustes — la liste civih;. la pros liption d ; la langii.^ française —

62 LOED ELGIN. [1848

venaient d'être rappelées ; lorsque la population dans les deux sections de la province était presque égale, et que le gouvernement se proposait d'opérer la réforaie électorale et d'autres changements importants; lorsque, enfin, l'Angleterre laissait au Canada la liberté d'administrer ses affaires suivant ses propres désirs, et que le gouvernement responsable fonctionnait dans la plénitude de ses attributions. Il n'est donc pas étonnant que la masse de la population française ait blâmé M. Papineau de vouloir détruire le fruit de plusieurs années de luttes.

ADMINISTRATION DE LORD ELGIN ^ Suite:

CONTINUATION DU MINISTERE LA FON'l'AINF.-r.ALDWIN.

SESSION DE 1849. TROUni.ES, INCENDIE DU PARLE- MENT. — MOUVEMENT ANNEXIONNISTE.

Cliangemenls niinistoiiels. — Ouverture de la session de 1849. — Rétablissement de la Lingue française. — Déliats sur la constitution et sur la réforme électorale, -MM. l'apineau et La Fontaine. — Loi électorale, émigration, coni iierce et tarif. — Université de Toronto, actes concernant l'cducation. — Chemins de fer. — Actes judiciaires. — Amnistie générale. — Acte d'indemnité, débats violents, scène de vandalisme. — Le gouverneur insulté, incendie des bâtisses du- parlement et de la bibliothèque, dévastation de propriétés.— Approbation de la conduite du g niverneur, opinions des membres sur l'émeute. — Montréal jierd le siège du gouvernement.— Ligue Britannique. —Mouvement annexionniste.

La session de 1849 fut ouverte le IH janvier. Cette session est la plus mémorable de toutes celles de l'Union, et par le nombre de mesures importantes qu'elle vit passer, et par les luttes Ibrmidaliles qui entlammèrent les partis \)o\\tiques, et qui ne se terminèrent que par l'incendie des édifices du parlement.

Après leur avènement au pouvoir, les ministres s'étaient présentés devant leurs électeurs et avaient tous été réélus par acclamation, ou par une forte majorité. Ce résultat proclamait hautement la poimlarité des membres de l'adminisi ration. Qu<^lc|ues chan£i«nnents avaient eu lieu

pendant la vacancft. M. "W.-H. Blake lut fait solliciteur général du Haut-Canada, et M. L.-T. Druramond accepta pour le Bas-Canada le même poste, laissé vacant par la retraite de M. Aylwiii, qui fut nommé juge à la cour du banc de la reine. Quoique ces deux emplois fussent responsables envers le peuple, les deux nouveaux solliciteurs-généraux n'eurent point de siège dans le cabinet. L'administration s'était en cela rendue au désir de plusieurs membres de la chambre, qui avaient, à la dernière session, émis l'opinion que les solliciteurs généraux et l<^s commissaires des travaux publics ne devaient pas faire partie du cabinet. Le IG seï)tembre, M.^^ullivandonna sa démission, et fut nom.mé juge dans le Haut- Canada. Ce fut ]\L Leslie, président du conseil exécutif, qui le remplaça comme secrétaire pro- \incial. Enfin, M. AV. H. Merritt fut nommé président du conseil exécutif qu'administration perdait dans MM. Sullivan et Aylvvin les deux premiers orateurs des chambres, elle faisait une magnifique acquisition dans les personnes de MM. Merritt, Blake et Drummond, qui étaient des hommes remarquables par leurs talents et leurs connaissances.

Trois nouveaux députés apparaissent i)our la première fois sur la scène politique : M]M. L.-M. Viger, Polette et Cartier. Ce dernier, élu par le comté de Verchères, était destiné à parcourir une brillante carrière, et à devenir un de nos premiers hommes d'état. M. Gralt, autre membre distingué, fut aussi, pendant la session, élu pour la première fois par le comté de Sherbrooke. Huit nouveaux membres avaient été appelés au conseil législatif depuis la session de 1848. MM.

E.-P. Taché, Leslic, Turgeon, Quesiiel, Bourret, Saveuse de Beaiijeu, John Eoss et Louis Méthot. Par ces nominations, le ministère LaFantaine- Baldwin voulut rendre justice à la population française. En effet, depuis l'Union, cette origine n'avait pas été représentée avec assez de justice dans le conseil législatif, elle n'entrait pas même pour le tiers dans la composition de cette chambre. Ces nominations donnaient, en même ternies, une forte majorité en faveur de la politique libé- Ya\(\ dans cette branche de la législature.

Lord Elgin inaugura le rétablissement de la langue française dans le parlement canadien. L'Angleterre venait de rappeler la clause vexatoire de la constitution qui proscrivait notre belle langue dans les procédés législatifs ; elle s'était aussi déterminée à accorder une amnistie générale aux Canadiens impliqués dans les troubles X)olitiques.

" Je suis fort heureux, dit Lord Elgiu, d'avoir à vous apprendre que, conlbrmément au désir de la législature locale, exprimé dans une adresse des deux chambres du parlement provincial, le parlement impérial a passé un acte révoquant la clause de l'acte d'union qui imposait des resnirtions à l'usage de la langue française.

" Je suis autorisé à vous informer que Sa Majesté a résolu d'exercer la prérogative de sa clémence, en faveur de tous ceux qui sont encore sous le poids des conséquences pénales d'offenses politiques, résultant des malheureux événements de 1837 et 1838 ; et j'ai reçu ordre de la Eeine de vous inviter à concourir avec moi à la passation d'un acte pour donner leur plein effet aux très-gracieuses intentions de Sa Majesté. "

Lord Elgiii poussa la générosité et la coiirtoisie jusqu'à prononcer lui-même le discours du trône dans la Umgue française. C'était une chose" inouïe dans les l'astes parli^nentaires ; car autrelois, les gouverneurs du Bas - Canada lisaient leurs discours en anglais, et le président du conseil législatif en répétait la lecture dans la langue française. Cette bienveillance de la X^art du gouA'erneur causa une profonde sensation. Les Canadiens-français étaient heureux de voir la réhabilitation de leur langue i^roscrite par les haines anglaises ; c'est à cette occasion que le vénérable M. Yiger, lais&a échapper ce cri d'une ame éinue : " Que je me sens soula£i"é d'entendre dans ma langue les paroles du discours du trône ! "

Le gouverneur attira l'attention des chambres svir plusieurs mesures, entre autres, sur l'augmentation de la représentation, sur la modification des lois des écoles. cJejudicature et des municipalités, et sur la continuation des canaux du îSaint-Laurent. 11 annonça encore que le parlement impérial a^ ait accueilli favorablement ses représentations au sujet du rapj^el des lois de la navigation.

L'adresse proposée par M. Dumas, fut discutée longuement. Les conservateurs ne présentèrent pas d'amendement, mais M. Papineau en présenta un au paragraphe suivant : " La chambr(^ a rassurance que les preuves qu'a données le peuple du Canada, ]^endant cette période d'excitation et de malaise général, de son amour de l'ordre et de son at-tachement à ses institutions, tendront à asseoir le crédit de la i')rovince sur une base ])lus solide, et à l'avancement de sa prospérité.'"

Jjiimeii(l('inent de M. rapineau portait lo cachot des idées déuiocratiques, et tendait à dire <[in; lo peuple canadien méritait, par son amour de l'ordre, une constitution meilleure cpie celle qu'il avait. Voici en quels termes était conçu cet étrange amendement :

" Que cette tranquillité que le peuple des Canadas a conservée au milieu do l'agitation profonde et générale, qui a poussé les nations les plus éclairées de l'Europe aux plus nobles eiibrts, souvent suivis d'heureux succès, pour réformer leur vicieux gouvernements, follement attachés à des usurpations surprises par la fraude, ou conquises par la violence durant la barbarie du moyen âge, mais devenus intolérables et bientôt impossibles en présence de la libre discussion de la raison et les lumières du dix-neuvième siècle, prouve que les Canadiens de toutes les clases et de toutes les origines sont amis de l'ordre, à ce degré qu'ils ont bien droit d'être dotés d'une constitution ]iolitique beaucoup plus libre et libérale, que ne l'est la loi constitutive et défectueuse qui leur a été imposée,contrairement à leurs désirs connus et exprimés X)ar leurs remontrances et leurs ]iétitions réitérées, contrôla réunion desdeux Canadas, sagement séparés, et pour leur mutuel avantage, en 1791 ; Que jusqu'à ce que lo vœu philanthropique et judicieux de ce grand et x>i'évoyant homme d'état, Charles James Fox, soit ac<ompli ; c'est-à-dire, jusqu'à ce que nos institutions aient été réformées iiar l'extousioii du principe électif à beaucoup d'autres endroits et départements que ceux où il prévaut, au point, disaitil, c^ue les Canadiens no devraient aA'"oir rien à envier à leurs voisins, nous n'avons pas plus de

chance dans l'avenir que nous en avons eu durant un long et pénible passé, d'obtenir le bon gouvernemant de la province, et par son bon gouvernement, la prospérité générale et le contentement général de ses habitants. "

Au i)aragraphe de l'adresse concernant la réforme électorale, M Papineau proposa que la représentation fut répartie d'après le chiffre de la population. Il fit trois longs discours dans lesquels il exprima sa satisfaction d'avoir entendu le discours du gouverneur dans sa langue maternelle ; mais il déclara ne voir rien de louable dans ce discours, qui n'était fait que pour tromper la chambre. Puis il dirigea ses attaques contre le ministère, contre l'union des provinces et contre la presse. Il reprocha aux ministres d'avoir accepté le pouvoir, et de s'être mis en contradiction avec eux-mêmes, et avec leurs protestations contre l'acte d'union, en 1841. '' Loin de penser comme eux, dit-il, je trouve la constitution extrêmement fautive, tyrannique et démoralisatrice. Conçue par des hommes d'état au génie aussi étroit ciue malfaisant, aussi petit qu'était grand un de ceux qui, dans des circonstances plus heureuses, avaient préparé l'actt.' de 1701 , elle n'a eu jusqu'ici, et ne peut avoir dans la suite que des elîets dangereux, des résultats ruineux et destructifs. C'est du moment que le parti libéral est monté au pouvoir que j'ai vu f|u'on voulait nous demander cette approbation avilisante et sans condition de l'acte d'union, et c'est de ce moment que je résolus de ne plus donner ma confiance à des hommes sur de siml")les promesses, mais de toujours juger les hommes d'après leurs actes Pour de véritables libé-

l.S4î»| LORD ELrîTN. 69

raux. li V :a"i!il dea roiic-lusions plus nobles, iHiiniuii-iii [m us honorables, ot ]30ur le gouvernement et pour le p3uple, à tirer de la tranquillité qui ièo,ne, je dirai à un degTé lamentable, dans la proviîv.x^ : c'est, entre autres, que 1<' peuple, qui savait ainsi aimer Tordre, ne renonçait i)as pour cela au désir d'obtenir plus de liberté, n'était pas insensible à l'injustice de l'acte d'union des deux Canadas, mais que pour ])rix de cette traiu|uillilé, il méritait la confiance d(\s autorités supérieurt^s, et ([ue le temps était \'enu où l'on pouvait lui a-cordi'r de larges libertés. "

M. l'apineau demanda quelle était la disposition de l'acte d'union qui mériiait d'être approuvée ? Le système delà représentation avait été faussé, sans l'ombre d'excuse, dans cet acte arbitraire ; les boiirga-pourrh avaient été multipliés sans réserve. Le ministère s'attachait à les conserver, et il ollVait une mesure de représentation où rien n'était changé, approuvant ce qu'il avait condamné dans des temps passés. Son opinion était que plus tôt viendrait la séparation des deux provinc-es, mieux ce serait j)our elles. Jusqu'à présent l'attention s'était portée surtout à la réforme électoral(\ non pas parce que c'était la seule réforme désirable, mais parce qu'elle était un moyen de conduire au rappel de l'Union. Tous les hommes de bons sens voyaient combien grande était la difficulté de législater pour deux pays si diliérents en tous points. " Quant à moi, dit-il, je ne veux ni soutl'rir ni pratiquer une injuste domination ; et si plus tard le Haut- Canada avait une population plus considérable, et demandait, ce qu'il ne peut manquer de faire

T^ T>ORD ELGTX. [1849

la majorité de la représentation, oui, je voterai pour Tapplicat ion générale de ce principe essentiel au gouvernement constitutionnel, la représentation proportionnelle à la population. Il n'y a aucun risque à ce que la diflerence de deux cent mille âmes, cju'il y avait en 1843, entre le Haut et le Bas-Canada, s'etîaee rapidement, pour que le procureur-général et le représentant de Saint- Maurice soient de leur vivant mis à l'épreuve, sur la manière dont ils auront à voter, dans l'évantualité d'un surplus de population dans le Haut-Canada. Loin de se décourager à la vue d'un accroissement beaucoup plus rax:)ide de population dans un« section que dans l'autre, la seule conclusion raisonnable et patriotiqu(^ qu'il en l'aut déduire, c'est Cju'il n'y a pas un jour, une heure à perdr(\ mais qu'il faut au plus vite demander le rappel de l'acte d'union."

Dans un autre endroit, M. Papineau dit que l'annexion est inévitable, C[ue tout l'amène. Ce n'est pas la guerre qui y conduira, ce sont les négociations. Elle n'est plus qu'une question de temps, nullement un sujet de dou.te et d'incertitude. Dans cett» pré\ ision, ceux-là seraient aveugles, qui imagineraient devoir ajourner jusque là la demande du rappel de l'Union. Il ne faut pas attendre qui^ le fait soit accompli pour commencer à i)réparer le peupl«» à pouvoir se gouverner sous l'action de ses nouvelles destinées.

M. Papineau se plaignit de ce que le <iuornm de la chambre, fixé à vingt membres, n'était l^as assez élevé, et il trouvait absurde la qualification des députés. Il n'y avait que le riche qui pût être envoyé au parlement ; un homme sans pro-

priété, eût-il les plus i^rauds talents, ne pouvait |(^uir du même droit. Aux ]*]tats-Uuis cette quaiiliration n'existait pas. Il blâma l'administra- 1 ion d'avoir placé deux de ses membres sur le l»:in(? des juges, quoiqu'il reconnaît leur capacité. i^es juges doivent être pris hors de la chambre. Suivant lui, les canaux ne valaient rien, et les vaisseaux d'outre-mer ne monteraient jamais jusqu'aux lacs. Enfin, il déclara que le ministère tory, dont il avait pensé tant de mal, et le ministère libéral, dont il avait espéré tant de bien, avaient également trompé ses espérances.

M. La Fontaine se leva pour répondre à M. Papineavi, et dans un discours vraiement élocjiient il déclara C|u'il s'était cru obligé d'accepter le, pouvoir après les vives sollicitations de ses amis politiques. S'il avait alors commis une faute, ceux qui l'avaient supporté en étaient responsables autant que lui. " Toujours, dit-il, si cette faute a été heureuse pour quelqu'un, c'est pour le représentant du comté de Saint-Maurice (M. Papineau). Mais loin d'avoir commis une faute, je crois avoir rempli un devoir. Tous auront la conviction que les intérêts du Canada, loin d'avoir été foulés aux pieds, sont sortis vainqueurs de la lutte. Un des heureux résultats qui en soient découlés, est le rétablissement de l'usage de la langue française en parlement. C'est une preuve qiie pendant que nous étions en minorité, nous ne perdions pos de vue la pensée de l'Union.

" Quelles auraient été les conséquences de l'adoption du combat à outrance qu'on nous reproche de n'avoir pas adopté V Si alors les représentants du Bas-Canada s'étaient tendus

t2 LORD ELfîTN. [1849

isolés, au lieu d'accepter les offres que leur donnaient le moyen de feire disparaître cette clause de proscription, les Canadiens n'auraient jamais pris part à l'administration ; ils auraient été écrasés. Auriez-vous obtenu, avec ce système d'opposition à outrance, le rappel de cette cîausa de l'acte d'union ? Non, vous ne l'auriez jamais obtenu, et mes compatriote; s'iraient aujourd'hui écrasés

" Si, en 1842, nous avions adopté le système de l'honorable membre, aurions-nous été dans une position à solliciter, à j>resser, comme nous l'avons t'ait, le retour au pays de nos compatriotes exilés ? Si nous n'avions ï>as accepté une place dans l'administration, en 1842, aurionsnous été dans udc position à obtenir, pour l'honorable membre en particulier, la permission de rentrer dans sa patrie, permission, pour l'obtention de laquelle je n'ai pas hésité, pour vaincre des refus réitérés de la part de Sir Charles Metcalfe, d'offrir ma démission à des emplois lariïement rénumérés, que je possédais alors. A'oilà cependant l'homme qui, obéissant à son ancienne ha1)itude de déverser l'injure et l'outrage, ose en présence de ces faits, m'accuser, ainsi que mes collègues, de vénalité, d'amour sordide des emplois, de servilité devant le pouvoir."

M. LaFontaine s'exprima ainsi au sujet des remarques de M. Papineausur la représentation : " Il (M. Papineau) trouve injuste la clause de l'acte d'union qui veut que l'une des provinces ne puisse pas avoir un plus gTand nombre de députés que l'autre. Je dis moi que la seule clause dans l'acte d'union qui piTisse nous sauver, est

1849] LORD ELOIN. 73

celle qui dit qu'il faudra les deux-tiers de la chambre à la deuxième et à la troisième lecture d'un bill tendant, à changer la représentation, pour le fixire passer. Je déclare ici, que jamais je ne consentirai, quelque soit la population respective des deux provinces, à ce que le Haut-Canada ait une représentation plus forte que la nôtre, de même que je n'en désirerai jamais une plus forte pour le IJas-Canada. Je ne dirai pas moi, pour jeter de la poudre aux yeux du pays : " Périsse la patrie plutôt qu'un principe," (paroles qu'il attribuait à M. Papineau) je dirai au contraire : " Que je périsse moi, s'il le faut, mais que ma patrie soit sauvée ! Voilà les convictions ■ que le devoir m'inspire. "

Le premier ministre soutint c^u'il n'avait pas marché à la remorque du Haut-Canada ; preuve, c'est qu'il avait obtenu le changement du siège du gouvernement, et par ce déplacement, ses amis du Haut-Canada en avaient soulfert ; il en avait fait une cjuestion ministérielle. La coutume de choisir les juges parmi les membres de la législature était suivie en Angleterre : là, l'administration de la justice était respectée plus qu'ailleurs ; presque tous les juges avaient été membres, et des solliciteurs et procureurs-généraux avaient été pris parmi les juges. H fit voir c[ue le système de rex3résentation aux Etats-Unis n'était pas uniquement basée sur le nombre des habitants. Les plus grands états n'avaient pas le droit d'envoyer plus de deux membres au sénat, les plus petits états avaient les mêmes privilèges ; là, un blanc avait une voix tandis que vingt noirs n'en avaient point. Il voyait que le but de M. Papineau était de faire passer la province

SOUS la domination des Américains, ou de lui faire adopter leurs institutions : c'était là le rêve de sa vie, son unique pensée.

M. La Terrière seconda l'amendement de M. Papineau, au sujet du rappel de l'Union. La constitution était, à son avis, plus que iamais nuisible aux intérêts du Bas-Canada.

M. Hincks lit un excellent discours en réponse à M. Papineau. Il dit que les canaux payaient déjà assez bien, et il espérait que dans la stiite ils donneraient des reveus considérables. Comme les deux provinces avaient des coutumes et des lois différentes, ce serait, suivant lui, un malheur que l'une d'elles eût la prépondérance sur l'autre. Il était évident que bientôt la population du Haut-Canada excéderait celle du Bas-Canada ; il ne pouvait s'expliquer comment M. Papineau pouvait désirer un système qui mettrait les Bas- Canadiens sur un pied d'infériorité. Quant à lui, il ne consentirait jamais, pas plus que M. La Fontaine, à ce que le Haut-Canada, devint-il supérieur en population à l'autre province, eût un3 plus forte représentation.

M. Christie chercha à démontrer que l'acte d'union, loin d'être une mesure hostile dirigée contre le Bas-Canada, était plutôt un acte bienfaisant, destiné à son bonheur. M. Boulton, de Norfolk, espérait voir le principe de la représentation répartie d'après le chiffre des habitants, dominer définitivement dans les colonies. Sir Allan McNab ne voulut pas proposer d'amendement à l'adresse. En Angleterre, on ne le faisait que dans des cas exceptionnels. Il se plaignit de ce que plusieurs Canadiens impliqués dans les troubles (le capitaine Morin entre autres) avaient

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reçu un emploi officiel. Il hlâma aussi le ministère de refuser Ja publication de la correspondance concernant l'amnistie. Si cette correspondance faisait honneur au cabinet, pourquoi, disait-il, refusait-on de la mettre au jourV Le gouvernement fit observer qu'il lui était impossible de rendre publique une correspondance purement confidentielle.

M. Cauchon, démontra C|ue le salut du Bas- Canada se trouvait dans la clause qui sanctionnait l'égalité de la représentation, et dans celle qui exigeait le concours des trois quarts des députés, pour apporter des changements dans la représentation. Il ne pouvait y avoir de garanties ni de sécurité pour les institutions et pour les lois de chaque province que dans cette égalité. Il ajouta C£ue l'objet de M. Papineau, en attaquant le ministère, était de rendre le gouvernement impossible, et de pousser de nouveau ses concitoyens dans la voie des luttes à outrance.

Telle était l'opinion de plusieurs des hommes d'état canadiens sur les questions de l'Union et de la représentation. Mais les principes de MM. Papineau et La Fontaine fixèrent surtou.t l'attention publique. Tous deux étaient également chers à la population du Bas-Canada ; tous deux avaient un passé glorieux, et avaient servi leur pays avec honneur et patriotisme. On les voyait maintenant en opposition directe, avec des principes tout à fait différents, bien qu'on les crût, sans aucun doute, animés d'un môme zèle pour le bonheur de leurs concitoyens. M. Papineau n'avait que des paroles de blâme à jeter sur la constitution et sur les hommes qui la régissaient : il voulait rappehir l'acte d'union, et imposer à sa patrie les

idées démocratiques et le système du gouvernement américain. L'idée même d'annexion à la république voisine s'emparait de lui, et tôt ou tard le Canada finirait par cette voie ; il voulait déjà j)réparer le peuple à ce changement suivant lui inévitable. Mais ces opinions étaient trop nouvelles pour trouver d'écho dans la chambre. Comme il l'était arrivé à son parent, M. Vi^J^er, le vide se fit autour de l'ancien tribun populaire. Ses compatriotes, ses anciens amis restèrent sourds à sa voix. Sa parole, si puissante sous l'ancien régime, cette parole qui tonnait avec tant de force contre l'oppression des droits et des libertés des Canadiens, n'avait plus la même éloquence ; elle ne trouvait de sympathie que chez quelques adversaires des Franco-Canadiens. Les choses étaient changées. Avec la nouvelle constitution et la politique conciliatrice de l'Angleterre, le système d'opposition à outrance n'était plus possible ; la revendication complète de nos droits ne pouvait être l'effet que d'une politique calme et modérée.

M. LaFontaine fut l'homme de la circonstance. Il avait compris la nouvelle constitution, avec le gouvernement responsable, comme si elle eût été une vieille institution. Il était persuadé que le Canada, au sortir des malheurs de 1837-38, et après les tempêtes tant de fois soulevées, pour la conquête du régime constitutionnel, au sein des chambres, avait besoin de calme et de repos pour discerner les réformes utiles à faire, et les entreprises nationales à réaliser. L'agitation ét;iit à son avis inopportune. Il aA^ait donc accepté la constitution, tout en cherchant à l'amender à l'avantage de ses compatriotes. Il voulait obtenir,

avec le concours de ses collèt^ues, tous les avantages possibles du nouveau régime de gouvernement, qui avait commencé la regénération de ses compatriotes, les avait placés dans une position plus avantageuse, et avait déjoué les dessins pervers des ennemis de leur nationalité. Déjà cette conduite, approuvée par le Bas-Canada, avait eu de magnifiques résultats. On espérait qu'avec le temps, viendrait le redressement des autres griefs auxquels la constitution avait donné naissance.

Trois députés seulement appuyèrent M. Papineau dans ses amendements (i). Mais sur l'adoption de l'adresse elle-même, la division fut de 48 contre 18. MM. Papineau et Christie votèrent contre avec le parti conservateur.

La question de la représentation fut encore discutée, lorsque le premier ministre, M. LaFontaine présenta sa mesure de réforme électorale, qui portait à Y5, au lieu de 42, le nombre de députés dans chaque section de la i^rovince. L'i but de l'auteur était de diminuer l'influence des ï)etites villes, en divisant les comtés populeux, et de faire en sorte que chaque localité fût, autant que possible, également représentée. Le projet était accompagné d'un tableau contenant le chiffre de la population, calculé d'après les derniers recensements. Ce calcul à peu près exact, donnait 45,000 âmes de plus au Bas-Canada qu'à l'autre section de la province.

Avant de voter le projet à sa seconde lecture, M. Chauveau proposa plusieurs résolutions. Elles

(l) MM. Christie, LaTenière, Papineau et Prince votèrent pour le premier amendement, et MM. Boulton do Norfolk, Christie, Laurin et Papineau, pour le second-

déclaraient qu'il était reg-rettable que les habitants du Bas-Canada n'eussent pas été consultés lors de la passation de l'acte d'union ; que cet acte contenait des clauses injustes, particulièrement celle qui fixait à un nombre égal la représentation de chaque section de la province; enfin elles concluaient qu'il était expédient de faire, aux frais du trésor public, un nouveau recensement dans le Bas-Canada.

M. Chauveau était d'opinion c^ue la population du Bas-Canada était beaucoup plus considérable que ne le supposait le tableau accompagnant la mesure électorale. Avant de lég-islater d'après des chifires supposés, il fallait s'assurer des faits par un nouveau recensement. Il approuvait le projet de loi ; mais il voulait, par ses résohitions, protester contre l'acte d'union ; on ne devait négliger aucvme occasion de le fair^, afin de conserver le droit d'en demander le rappel quand on le jugerait à propos. Il lui semblait bon de donner au Haut-Canada, l'occasion de repousser le principe de la représentation repartie d'après la population : car lorscju'il aurait refusé de reconnaitre ce principe, le Bas-Canada serait plus fort contre lui.

M. Laurin seconda les résolutions de M. Chauveau. Il voulait que le nombre de députés fut proportionnel à la i)opulation de chaque province, pour forcer le Haut-Canada à demander le rappel de l'Union.

M. Papineau approuva aussi les résolutions, et repoussa le projet de la réforme électorale, parce qu'il consacrait la clause de l'acte d'union la plus injuste et la plus odieuse, c'est-à-dire l'égalité de la représentation. Il ne voulait d'injustice pour

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personne ; l'égalité de la représentation était mauvaise alors, pour le Bas-Canada, et le serait également dans la suite pour le Haut-Canada, s'il venait, comme on le supposait, à dépasser la population de l'autre section. Il se déclara encore fortement pour le rappel de l'Union : les discussions orageuses qui avaient eu lieu, prouvaient que ni l'Union ni le gouvernement responsable ne pouvaient fonctionner. MM. Papineau et Laurin furent les se^^ls députés qui votèrent pour les résolutions de M. Chauveau.

M. LaFontaine fit observer que sa mesure, sans contenir de protestations formelles contre l'acte d'union, n'en renfermait pas non plus l'acceptation entière. Les clauses les plus vexatoires de la constitution étaient disparues ; il ne trouvait pas injuste celle qui proclamait l'égalité de la représentation ; au contraire, suivant lui, elle protégeait le Bas-Canada, et empêcherait le Haut- Canada de se faire une position de supériorité. Le premier ministre, entrant dans les détails de la mesure, démontra qu'elle rendait justice à la population anglaise ; elle renfermait à peu près les dispositions de l'acte de 1829, dont le pays avait été satisfait. Il ajouta qu'avec un peu de réflexion il était aisé de se convaincre que, dans un pays comme le Canada, la population ne pouvait être strictement la base de la représentation. Et alors, disait-il, pourquoi demander ce qu'on savait ne pouvoir obtenir ?

MM. Cauchon et Nelson firent chacun un discours remarquable en faveur du projet ministériel. Les conservateurs le regardèrent comme une question de parti, et votèrent contre à l'unanimité. M. Sherwood prétendit que la

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mesure avait i)our but d'oi^primer la population anglaise du Haut et du Bas-Canada, particulièrement cette dernière, qui se trouvait placée sous la domination de la race française. Le pian systématique du ministère, par l'acte d'amnistie, celui de l'indemnité et celui de la représentation, était de j)lacer la population anglaise sous l'influence prépondérante des Franco - canadiens. Suivant M. Robinson, rien ne prouvait la nécessité d'augmenter le chiffre de la représentation : on pouvait continuer encore quelques années sous le même système.

On sait que l'acte de l'union exigeait le vote des deux-tiers des représentants, c'est - à - dire cinquante-six voix, pour changer les divisions électorales, et le nombre des députés. Le projet ministériel fut rejeté faute d'une voix. M. Papineau avait dit que, s'il était la cinquante-sixième voix, il n'hésiterait pas à la donner contre la mesure. C'est ce qui eut lieu, en eifet. Il fut le seul membre Canadien-Français qui s'opposât à ce que ses compatriotes fassent représentés d'une manière plus équitable, et retarda par là de trois années cette réforme importante. Le vote de M. Papineau fut sévèrement condamné, et cela à bon droit, par tous ses concitoyens.

Le gouvernement présenta et fit passer une mesure pour amender et refondre les différentes lois d'élection. D'après la nouvelle loi, les registrateurs dans le Bas-Canada, et les shérifs dans le Haut-Canada étaient nommés officiers-rapporteurs, un bureau de votation était établi dans chaque paroisse ou canton, et la votation durait deux jours. Sans être parfaite dans toutes les dispositions, cet acte avait de grands avantages

sur le précédent. Il fut amendé en 1855, 1858, etc., et est encore en force dans la province (S. R. C. ch. 6). M Papineau parla contre la mesure, qu'il trouva mauvaise, surtout contre la clause qui confiait aux régistrateurs le devoir d'olîicierr.ipporteur. Cette fois, M. LaFontaine prit feu, et reprocha sévèrement à M. Papineau de mettre des entraves aux mesures ministérielles par jalousie et par esprit de vengeance, et de ne savoir que détruire, sans édifier. M. Papineau répliqua qu'il resterait indépendant du ministère, qu'il soutiendrait les bonnes mesures, et qu'il repousserait constamment celles qu'il trouverait mauvaises.

Sur la proposition de M. Chauveau, un comité fut nommé pour s'enquérir des causes de l'émigration, du noiTibre des émigrants, et des moyens à , rendre pour prévenir le mal. En proposant ce comité, M. Cham^eau énuméra les cauees qui portaient ses compatriotes à déserter la patrie. Puis il indiqua les mesures à prendre pour fixer les Canadiens sur le sol natal. C'était de leur donner du travail et des terres. On ol:)tiendrait ce double résultat par la confection du chemin de fer de Québec à Halifax, par d'autres travaux publics, ainsi que par l'ouverture des chemins de colonisation. Il espérait voir le ministère rendre justice, dans la réalisation de ces travaux, au district de Québec, qui avait été constamment fidèle au parti libéral. Malheureusement, le mauvais état des finances ne permit pas au ministère de donner suite aux excellentes suggestions de M. Chauveau ; mais il promit que bientôt ce district, jusqu'alors si négligé, aurait sa bonne part des deniers de la province.

82 LOÏID ELGIN. [1849

Le comité de l'émigration fit un long rapport, dans lequel il estima à 20,000 le nombre de Canadiens qui s'étaient x:)ortés aux Etats-Unis dans les cinq dernières années. Il recommanda plusieurs améliorai ions publiques, surtout l'ouverture de routes dans les nouveaux établissements.

Le gouvernement et la législature s'occupèrent activement du commerce et de la navigation du Saint-Laurent. On vota une adresse, semblable à celle de 1847, dans laquelle on priait la métropole de permettre aux vaisseaux étrangers de naviguer sur le Saint-Laurent. Cette demande fut accordée quelques mois après.

La chambre nomma un comité chargé de s'enquérir des obstacles qui entravaient la navigation dans le bas du fleuve, et de suggérer les meilleurs moyens d'y remédier. La législature favorisa encore le commerce en votant près de ^400,000 pour les canaux du Saint-Laurent et l'achat de glissoires sur la rivière Outaouais. Mais elle n'oublia pas la colonisation ; elle accorda |80,000 piastres au chemin nord de Toronto et à celui d'Arthabaska ; en outre, une égale somme fût affectée à l'ouverture d'autres chemins de colonisation.

Le ministère présenta et fit passer une mesure c[ui permettait l'entrée libre de certains produits des Etats-Unis, pourvu que les mêmes articles du Canada fussent également admis sur le marché américain sans payer d'impôt. Le ministère fit tout en son pouvoir pour obtenir la réciprocité commerciale ; de son côté, le congrès américain la prit plusieurs fois en considération ; elle fut acceptée par la chambre des représentants, mais une forte opposition s'éleva contre elle au

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sein du sénat. Plusieurs années devaient s'écouler encore avant la conclasion d'un traité de réciprocité.

Par l'entremise de M. Hincks, le ministère proposa au tarif de 184Y des changements importants. Ils furent adoptés après une forte opposition. Ces changements substituaient, autant que possible, les droits suivant la valeur des effets aux droits spécifiques. Bien que le tarif ne fût pas entièrement basé sur le principe du libre échange, il faisait un grand pas vers la liberté commerciale. Le taux moyen de ce tarif, qui dura jusqu'en 1854, fut de ISl par cent; celui de 1847 n'était que de 10|. M. Caley aurait voulu accorder une protection raisonnable à quelques industries ( anadiennes. M. Papineau se déclara en faveur de la liberté illimitée du commerce. Il approuva le tarif, parce qu'il se rapprochait de ses vues, et facilitait les rapports commerciaux avec les Etats-Unis. M. Hincks fut à la fin obligé de faire quelque concession à la protection des industries nationales. Cet habile financier fit en sorte que la province pût entreprendre de grands travaux, et que son crédit se rétablit entièrement sur le marché anglais.

Une loi préparée par M. Hincks fut encore passée pour la meilleure direction de la dette publique, des comptes, du revenu et de la propriété publique ; on en passa une autre pour faciliter l'exécution du traité conclu, en 1842, entre l'Angleterre et les Etats-Unis, au sujet de l'arrestation et de l'extradition de certains prévenus. D'autres mesures furent adoptées pour la vente des bois, et pour l'administration des terres de la couronne.

Le projet de loi concernant l'Université de Toronto {King''s Collège), fut passé à une grande majorité. Il abolissait la faculté de théologie qui avait existé jusqu'alors, et bannissait par là même l'enseignement religieux : les facultés des arts, de droit et de médecine furent ouvertes aux élèves de toutes croyances, qui purent dès lors participer aux avantages d'une éducation universitaire. Cet acte fut amendé en 1853. On sait que les libéraux du Haut-Canada réclamaient depuis longtemps cette mesure avec celle de la sécularisation des réserves du clergé ; mais les tcrrys ou conservateurs, la plupart anglicans, s'y étaient toujours opposés avec énergie. Les anglicans avaient jusqu'alors joui seuls des revenus et des avantages de cette université ; ils jettèrent les hauts cris, et prétendirent c^ue leur église était attaquée. Enfin, ils dénoncèrent comme impie une institution c[ui ouvrait ses portes à toutes les croyances, et qui avait aboli les chaires de théologie. Le parti anglican souscrivit des sommes considérables, et créa une nouvelle université, le Tritiify Collège, consacrée exclusivement à l'enseignement des doctrines de l'église établie. Cette institution fut incorporée en 1851, et ouvrit ses classes l'année suivante.

Mgr de Charbonnel fondait en même temps (1851) le collège des PP. Basiliens, à Toronto. Plusieurs autres maisons de haute éducation avaient été créées pendant les années précédentes : le collège d'Outaouais (1847), établi par Mgr Gruigues ; le collège Masson (1847), fondé à Terrebonne par Mdme Masson ; le collège Joliette (1846), dû à la générosité de l'Hon. É.

Jolietto ; eiiiiii, en 1849, les Pères Jésuites ouvraient à Montréal les classes de leur magniiique collège Sainte-Marie, qui posséda môme, pendant quelques années, une chaire de droit.

L'acte des écoles du Bas-Canada, passé en 1846, fut amendé pendant la session ; les municipalités pauvres purent dès lors être exemptées d'une partie ou du total de la cotisation ; la cotisation put être prélevée par contribution volontaire, et les membres du clergé lurent éligibles comme commissaires.

Une autre excellente mesure l'ut celle qui prélevait, par la vente des terres publiques, une somme annuelle de .€100,000 destinée au soutien des écoles élémentaires. Un nouvel acte dos écoles pour le Haut-Canada remplaça Tancienne loi. La loi des écoles des deux provinces était calquée sur celle de l'Etat de New- York, avec la dilîérence qu'il n'y avait pas, dans le Bas- Canada, de députés - surintendants dans les comtés ou districts.

Une nouvelle loi municipale, ainsi qu'une autre loi qui fixait la manière de pourvoir aux taxes lo(-ales dans le Haut-Canada, furent aussi passées. Une troisième amendait et refondait les lois concernant les Maisons de la Trinité à Montréal et à Québec ; enfin une quatrième incorporait le Barreau du Bas-Canada.

Une des mesures les plus importantes de cette session fut celle des chemins de fer. J^a province avait à peine terminé la urande entreprise des canaux que toute l'attention des hommes d'état se porta vers la construction des chemins de fer, afin de procurer des communications faciles, surtout pendant la saison d'hiver, entre les priuci-

paux centres commerciaux, et d'assurer par là le développement de l'agriculture et de l'industrie. Le gouvernement prit l'initiative en présentant une mesure destinée à encourager tout chemin de fer ayant plus de soixante-quinze milles de longueur. Le projet ministériel promettait aux compagnies de ces chemins la garantie de la province de l'intérêt de six par cent d'intérêt sur la moitié du coût des chemins faits par ces compagnies, à de certaines conditions. Cette mesure fut très-bien accueillie par les deux chambres, et elle donna l'élan pour la construction de nos grands réseaux de chemins de fer.

Redoutant les dangers auxquels cette loi, qui accordait la garantie à tous les chemins, pouvait pousser le pays, le gouvernement la remplaça, en 1851, par une autre, qui favorisait une seule ligne, celle du Grand-Tronc. Le chemin de Montréal à Portland ou de V Atlantique et du Saint-Laurent (partie du Grand Tronc), le Great Western et le Northern furent les seuls chemins qui profitèrent des avantages accordés par cette loi (^). La même mesure pourvoyait à la construction du chemin de fer intercolonial, de Québec à Halifax, dans le cas où l'Angleterre en entreprendrait la construction ; elle appropriait une somme annuelle de ,£20,000, et donnait des terres le long de la ligne pour aider à payer le deficM, s'il y en avait. La Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick votèrent chacun une somme égale pour cette entreprise, indispensable à la prospérité des provinces et d'une importance

(i) Le chemin de l'Atlantique, suivant M. Galt, reçut $1,840,- 000 ; le Great-Westem $2,810,000 et le Northern $2,311,666.

iîicontestable au point de vue commercial, politique et militaire.

La Nouvelle-Ecosse avait pris l'initiative de cette œuvre nationale que Lord Durham avait recommandée dans son rappoi-* de 1839, et avait demandé une exploration, qui fut commencée en 1846, et terminée deux ans après ï)ar le major Robinson, sous la direction du gouvernement impérial. M. Kobinson étudia plusieurs routes. Dans le rapport qu'il fit en 1849, il conseilla d'adopter la ligne de l'est, par la baie des Chaleurs, parce qu'elle lui parut préférable au point de vue militaire. Elle fut acceptée par le comte Grrey, alors ministre des colonies, qui en donna avis à Lord Elgin. Les négociations commencèrent entre les trois provinces, et leurs délégués conclurent à Toronto, en 1851, un arrangement par lequel on s'engageait à suivre le tracé du major Robinson. Nous verrons plus tard la suite de ces négociations.

Le chemin de fer du iSaint-Laurent et de l'Atlantique, de Montréal et Saint-Hyacinthe, fut inauguré pendant la session, en présence des membres de la législature. C'était la première grande voie ferrée qu'on ait entreprise * dans la province. Le chemin de l'Industrie à Lanoraie, bâti par M. B. Joliette, fut aussi mis en opération à la fin de 1849 ; sa longueur est de treize milles. Il n'existait auparavant cjue le chemin de fer de Laprairie à Saint- Jean, dont la longueur est de seize milles. Ce dernier chemin avait été entrepris par cfuelques citoyens de Montréal, qui commencèrent les travaux en 1835, et qui virent la première locomotive le parcourir deux ans après. Il fut plus tard continué jusqu'à la

frontière, à Eouse's Point, où il se joint à la ligne qui conduit à Boston.

Au nombre des mesures sérieuses adoptées pendant la session, étaient celles que rédigea et proposa M. La Fontaine pour réformer le système judiciaire du Bas-Canada. Le premier ministre fit, dans un discours remarquable, l'historique des divers systèmes de -judicature établis dans cette province jusqu'en 1849. Il fit observer surtout qu'en vertu des nouveaux actes, le nombre de termes se trouvait diminué pendant que de nouveaux districts étaient créés.

Le premier de ces actes établissait la cour du banc de la reine, ayant juridiction en appel et en matières criminelles. Cette cour fut composée de quatre juges qui devaient siéger exclusivement dans ce tribunal ; car, par la loi de 1843, tous les juges faisaient partie de la cour d'appel, même ceux qui avaient siégé en première instance. La nouvelle loi faisait donc disparaître ce grand inconvénient.

Le deuxième acte amendait l 's lois relatives aux diverses cours de juridiction civile en première instance, dans les causes de plus de deux cents piastres. Il récomposait la cour supérieure, qui compta dès lors, quatre juges à Montréal, quatre à Québec, un aux Trois-Eiuères et un autre à Sherbrooke. Il créait deux nouveaux districts, ceux d'Outaouais et de Kamouraska. Le même acte établissait une cour de circuit, ayant juridiction dans les actions qui n'excédaient pas deux cents piastres. Le nombre des juges de ces cours était fixé à neuf On pouvait appeler de la cour de circuit à la cour supérieure dans les causes au-dessus de soixante piastres.

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Le troisième acte concernait les cours supérieures et de circuit dans le district de Gaspé.

Le nombre de cours et de districts judiciaires l'ut encore considéré comme suffisant pour les I>esoins du temps, mais l'augmentation des affaires ainsi cjue le développement de la j^opulation devait nécessiter bientôt des districts additionnels : c'est ce qui eut lieu en 1857. Ces lois judiciaires, qui ont été considérablement amendées en 1851, 185*7, etc., sont encore pariiellement en force (S. E. B. G. cli. 11, 1S et *79). Elles sont un monument de la capacité en fait (le législation, et de la haute intelligence du premier ministre. Tous les membres furent unanimes à admettre l'excellence de l'acte concernant la cour d'appel ; il y eut quelque divergence d'opinion sur l'acte des cours de première instance, (i)

Le système judiciaire, dans le Haut-Canada, fut aussi modifié. Une cour supérieure additionnelle, celle des plaids communs, com];)osée de trois juges, et une cour d'appel furent établies à Toronto. La cour de chancellerie du Haut-Canada, établie en 1837, et composée d'un seul juge, fut dès lors composée d'un chancellier et de deux

(i) Le 28 décembre 1849, les nominations suivantes furent faites en vertu du nouveau système judiciaire, dans le Bas-Canada :

Cour du banc de la reine : Sir James Stuart, juge en chef, MM. J.-R. Rolland, Philippe Panet et T.-C. Ayhvin, juges puisnés.

Cour supérieure : MM. E. Bowen, juge en chef, D. Mondelet, C.-D. Day, R.-H. Gairdner, G. Vanfelson, Ed. Bacquet, J.-F.-J. Duval et v/.-C. Meredith, juges puisnés.

MM. Vanfelson, Bacquet, Duval et Meredith étaient les seuls nouveaux juges ; tous les autres avaient siégé dans les anciennes cours .

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vice-chancelliers ('). M. Baldwin requit, dans la préparation de ces actes, l'aide de M. Blake, un des membres les plus marquants du barreau. Une autre loi fut passée pour adoucir la rigueur des actes qui réglaient les relations entre les débiteurs et les créanciers, en abolissant l'emprisonnement pour dettes dans certains cas.

Comme l'annonça le gouverneur dans le discours du trône, lAngleterre s'était décidée à accorder une amnistie générale aux Canadiens impliqués dans les troubles de 1837-38. Pour que celte amnistie devînt en force, il fallait que le parlement canadien passât une loi à cet effet. C'est ce qui eut lieu au commencement de la session, et cette loi, qui fut aussitôt sanctionnée par le gouverneur, guérit une cicatrice encore bien profonde ; elle réintégra dans leur droits de <'itoyens les quelques Canadiens qui restaient encore sur la terre de l'exil, et arrêta toute procédure civile ou criminelle pour offenses commis ?s par ceux qui avaient agi sous le drapeau de la rébellion. M. Mackenzie, chef de l'insurrection du Haut-Canada, se hâta de profiter de l'amnistie, et revint dans si patrie.

Il nous reste encore à parler de l'acte de l'indemnité. Avant de le faire, rendons hommage au gouvernement LaFontaine-Baldwin pour le nombre de mesures importantes, qu'il soumit à la considération des chambres, et qu'il fît adop-

(l) l,a cour d'appel du Haut-Canada fut composce vl-is la inênie date de Sir J.-B. Robinson, et de MM. Draper et Buriis ; celle des plaids communs, do MM. Macauly, McLean et Sullivan ; enfin celle de chancellerie, de ^I.M. ISlake, Jameison et Eaten. La seule cour d'appel qui avait existe jusqu'alors était composée des membres du conseil exécutif, et était considérée comme insuffisante.

ter. Cette session fut inaugurée par la réintégration de la langue française dans les procédés législatifs, heureuse concession qui, avec l'acte d'amnistie générale, fut accueillie avec la plus grande joie. Un autre acte de justice fut accordé aux [Bas-Canadiens par la loi d'indemnité, qui donna les moyens de réparer une partie des dévastations commises dans les troubles politiques. L'ancien'système judiciaire du Bas-Canada, fut remplacé par un autre mieux adapté aux besoins de la population rurale, et plusieurs comtés éloignés eurent dès lors l'avantage de posséder des cours et des prisons. La nouvelle loi électorale, celles qui concernaient l'éducation, les municipalités, l'université de Toronto, l'administration des postes, le commerce et les chemins de fer ; l'encouragement donné à la colonisation, les allocations accordées pour l'achèvement des canaux, étaient toutes des mesures de la plus grande utilité ; elles prouvaient que les mijiistres libéraux, heureusement secondés par plus des deux-tiers des représentants, avaient remplis noblement leurs devoirs, et s'étaient acquis par là des droits à la reconnaissance des Canadiens. M. LaFontaine présenta des résolutions et ensuite un projet de loi, basé sur ces mêmes résolutions, pour indemniser les Canadiens du Bas-Canada des pertes qu'ils avaient soufiertes par l'insurrection de 1837-38. On sait que cette insurrection avait fait de nombreuses et innocentes victimes, qui imploraient depuis longtemps la réparation de leurs pertes. La mesure ministérielle accordait, à cet effet, .£100,000 destinés au paiement des dommages causés par la destruction injuste, inutile oh ■malicieuse des habita-

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lions, édifices et projmétés des habitants, et par la saisie, le vol ou Venlèvement de leurs biens et effets.

On sait qu'avant l'Union, le Haut-Canada avait passé une loi appropriant iî40,000 à l'indemnité des pertes que ses habitants aA^aient subies pendant les troubles. Cette loi était demeurée sans exécution, parce que le trésor public était vide. Mais à la session de 1844-45, le ministère Viger-ÎJraper avait passé une mesure pour la mettre à oilot, et avait approprié le revenu des licences du Haut-Canada au paiement de cette somme. Les libéraux du Bas-Canada réclamèrent aussitôt la même faveur pour leur province ; et avar.tde voter la mesure, la chambre adopta, à l'unîmimité, une adresse au gouverneur, afin qu'il prît des mesures pour assurer au Bas-Canadiens une indemnité suffisante des pertes essuyées en 183Y-38.

Conformément à cette adresse, le gouvernement nomma une commission chargée de classer, en des catégories différentes, (^eux qui avaient trempé dans la rébellion, et ceux qui n'y avaient pas pris part, d'indiquer la nature et la cause des pertes, etc. Les commissaires, dans leur rapport, constataient que les réclamations de toutes sortes se montaient à c£250,000 : mais ils étaient d'opinion qu'il faudrait au moins approprier c£100,000 pour y faire droit. Le ministère LaFontaine- Baldwin adopta, comme on le voit, la recommandation des commissaires nommés par l'administration précédente, et appuya sa mesure sur le même principe c^ui avait inspiré celle du Haut- Canada.

Les conservateurs avaient donc admis le principe de cette mesure d'indemnité, dans l'adresse

1849] L(,-)RD ELaiN. 9S

Yott'o PU î?,T>uvi'rnenr, et dans les instructions qu -^ levirs chefs, alors ministres, avaient données aux (commissaires. Ils convenaient bien, comme les libéraux, que les personnes qui avaient souffert injustemeîit, soit par la faute des troupes, soit par celle des révoltés, avaient droit à une indemnité ; mais ils crurent trouver dans cette qu(\stion un moyen de reprendre par l'agitation et la violence, l'inlluence qu'ils avaient perdu dans les dernières élections. Ils ravivèrent les anciennes haines rentre les libéraux ; leurs org'anes propager >nt le mensong(\ et excitèrent les passions populaires en affirmant que le ministère voulait récompenser les rebelles français, et punir par là les loi/at(x de leur dévouement à l'empire.

La question de l'indemnité souleva des orages difficiles à peindre. Ce fut une lutte acharnée entre les conservateurs et les libéraux ; ils se dévoilèrent mutuellement leurs intrigues et leur politique passées, et répétèrent l'histoire de l'insurrection, ses causes, les abominations qui l'avaient accompagnée. Ce fut un spectacle aussi curieux qu'émouvant de voir aux prises, dans l'arène politique, ceux que l'insarrection avait même conduits sur les champs de batiiiille : Sir Allan McNab, le Dr Nelson, M. Ta pineau, les colonels Prince, Gugy, Holmes, etc.

M. Sherwood ouvrit les débats, en demandant cjue la considération de l'indemnité fut remise à dix jours plus tard, afin de donner aux Canadiens le temps d'exprimer leur opinion. Il s'étendit ensuite sur la cpiestion, et nia que dans le Haut-Canada et parmi la population anglaise du i>as-Canada, on pût trouver un parti poMtiq."^

qui conseillât de payer les pertes réclamées par ces résolutions. " Le dernier ministère, dit-il, n'a pas voulu solder les pertes dans le Haut-Canada à même L^s fonds consolidés de la province. C'est pourquoi il a affecté le revenu des licences à payer ces pertes dans le Haut-Canada, pendant que dans le Bas-Canada, le même revenu fut appliqué à des fins locales, c'est-à-dire pour la construction de chemins et de ponts. Maintenant, je dis : prenez le môme revenu, et aussi celui des licences de mariage, et appliquez-les aux mêmes fins, et je voterai de tout cœur pour la i:)roposition actuelle. Et je dirai même que je suis prêt à voter pour l'indemnité, si les messieurs qui occupent les sièges ministériels promettent qu'on ne l'appliquera qu'à payer les réclamations des loyaux. Mais je ne connais rien dans l'histoire d'aussi abominable que de s'adresser à ceux qui ont pris les armes pour la défense de leur pays, et parmi lesquels un grand nombre ont perdu leurs proches comme leurs plus chers parents et amis, pour récompenser ceux qui ont été la cause de meurtres et de l'effusion du sang par tout le pays ! Je défie qui que ce soit de trouver quelque chose de semblable dans l'histoire.... Admettre le principe qu'il faille payer ceux qui ont pris les armes ou qui se sont engagés dans une rébellion, ce serait de fait inviter ouvertement à la révolte "

Dans un second discours M. Sherwood déclara qu'il s'opposerait à la mesure chaque fois qu'elle viendrait devant la chambre, sous quelque forme que ce fût ; qu'il s'opposerait à son exécution, par tous les moyens imaginables ; et qu'il agitevait même le pays à ce sujet, parce que, selon lui, cotte dette était évidemment injuste.

1849] LORD ELOIN. 95

M. Hincks répondit à M. Sherwood, et justifia pleinement la position prise par le ministère. La. dernière administration avait adopté le même mode' proposé par le gouvernement, lorsqu'elle avait donné instruction aux commissaires de l'enquête de ne se guider que sur les décisions des tribunaux. Les pertes subies dans le Haut-Canada avaient été payées par une taxe directe sur les habitants, mais en réalité elles furent payées à même le fonds consolidé. Le dernier ministère avait choisi une certaine partie de ce fonds, dont le revenu était plus grand dans le Haut que dans Bas-Canada, et l'avaient appropriée aux différents districts. " L'honorable membre, continua-t-il, s'est laissé emporter par son indignation contre les individus qui ont pris les armes en 1837-38 ; mais je demenderai qui sont ceux qui sont responsables de ces troubles, si ce ne sont les membres qui sont vis-à-vis d'e moi, et le parti qu'ils appuyaient alors ? Oui, et de l'aveu de deux lords d'Angleterre, dont l'un a déclaré que la manière inconstitutionnelle dont le gouvernement se conduisait alors, justifiait pleinement la prise d'armes contre ce gouvernement. Ces messieurs ont vraiment bonne grâce de s'indigner, quand il est notoire que les événements de ces jours malheureux doivent leur être attribués "

Sir Allan McNab parla avec une chaleur et une haine extrêmes, taxant les Canadieiis-Franvais de rebelles et cVétrangen. C'est le même homme qui avait dit un jour, en 1843 : " Je regarde les Canadiens-Français qui se sont révoltés comme innocents comparés aux insurgés du Haut-Canada, parce que les premiers avaient à

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défendre leur nationalité ; si j'étais né dans le Bas-Canada et de parents français, je ne crois pas que mon père m'eût enseigné à être autre chose qu'un Français." Sir Allan déclara que le Haut- Canada était fortement opposé à la mesure. " Je l)uis assurer que jamais le peuple du Haut- Canada ne consentira à payer les pertes des rebelles Bas-Canadiens. Je ne donne pas des affirmations irréfléchies ; je connais \o. peuple de cette province et ses opinions aussi bien que qui que ce soit ; et je vous dirai de plus, qu'il y a une idée qui fait de rapides progrès dans le Haut- Canada, c'est que les Hauts-Canadiens, par la politique de concession mutuelle de leurs représentants, sont placés sous la domination de maîtres français. Ils sont maintenant convaincus de ce fait, que les réformistes Hauts-Canadiens paraissent subir quelqu'influence française, quand cette influence est opposée aux intérêts de leurs constituants. S'il en est ainsi, l'Union a complètement manqué son but. Elle a été faite dans le seul motif de réduire les Canadiens- Français sous une domination anglaise.. Et l'on obtiendrait l'effet contraire ! Ceux qu'on voulait écraser dominent ; ceux en faveur de qui l'Union a été faite sont les serfs des autres ! Telle est la conséquence de ce fameiix acte d'union amené par Lord Sydenham, qui, avec son conseil spécial d'un côté, et ses places et ses pensions de l'autre, a réussi, en dépit de tous les obstacles, à nous placer dans cette position.

" Mais revenant à la question, je demande encore sur quoi, sur quelle autorité on peut se fonder pour forcer les loyaux habitants de la province à indemniser les rebelles ? J'avertis le

1849] LOUD ELCÎTN. 97

ministère du danger ; ce ministère qui m'a traité de rebelle, lorsque tous les actes de ma vie montrent que je me suis toujours efforcé d'être loyal, je l'avertis que la marche qu'il suit est propre à jeter le peuple du Haut-Canada dans le désespoir, et de lui faire sentir que s'il est pour être gouverné par des étrangers, il lui sera bien plus avantageux d'être gouverné par un peuple voisin et de même race, que j^ar ceux avec qui il n'a rien de commun ni par le sang, ni par la langue, ni par les intérêts."

M. Price, commissaire des terres de la couronne, défila l'histoire du Family Compact. Comme M. Hincks, il prouva que quelque fût le blâme que l'on ^\\i jeter sur ceux qui avaient participé à la rébellion, les plus forts reproches devaient retomber sur les hommes qui l'avaient provoquée. Ce parti avait fait du gouvernement une oligarchie qui n'avait jamais eu la confiance du peuple, et qui avait violé tous les principes du gouvernement constitutionnel. Il dissolvait les chambres du Haut-Canada toutes les fois que les libéraux étaient en ma;jorité, et qu'ils voulaient faire passer quelque mesure en opposition au parti conservateur. Ce parti assiégeait chaque gouverneur qui arrivait dans le pays, lui inculquait ses principes, et le dirigeait comme il l'entendait. Il allait même jusqu'à formuler les dépêches qui étaient envoyées en Angleterre, pour revenir ensuite dans la colonie. Il avait aussi réservé, co^itre la volonté du peuple, un septième des terres de la couronne pour le soutien de l'église protestante, lorsque le désir de la populace était de consacrer ces terres à l'éducation. M. Price parla longuement de l'adminis-

opposé. Il s'en suivit uue scène affreuse et niio rixe A'iolente, et ce ne fut qu'avec peine qii l'orateur parvint à faire vider les galeries. L'excitation (les membres était extrême ; plusieurs échangèrent entre eux des cartels, qui n'eurent pas de suites, parce que le président confia ces membres à la garde du sergent-d'armes.

Les chefs conservateurs convoquèrent une assemblée le soir même. L'Honorable M. Moffat }'" parut tenant un i:)avillon dans chacune de ses mains ; il fut élu président, et se montra des plus fanatiques. Des discours plus ou moins violents furent prononcés, en diflérents endroits, par >^ir Allan McNab, le Col. Trince, MM. augy, McDonald (.Tohn-A.), Molson, liose, etc. Sir Allan conseilla à la foule de persister dans l'agitation cl d'aller chez le gouverneur pour montrer leur Ibrce menaçante. Il leur dit de ne pas craindre, qu'il serait prêt, au signal donné, à descendre en tète de vingt mille miliciens pour aider et protéger les loyaux de Montréal. Le Col. Prince prononça également des paroles menaçantes. Enlin, dans cette mémorable assemblée, on brûla l'effigie de M. LaFontaine. Cela n'empêcha pas le premier ministre de paraître le lendemain a sa place, aussi gai qu'à l'ordinaire.

Les organes du parti torjj ne furent pas moins violents. " Le défi est jeté, disaient-ils, et il faut que l'une des deux races, la saxonne ou la française, disparaisse du Canada. Nous sommes provoqués par la perfidie de LaFontaine, qui a enfin jeté le masque, et qui ne vaut pas mieux au fond que Papineau. Eh bien ! nous allons nous mettre sur la défensive, jusqu'à ce qu'une 0(;casion favorable se présente de prendre Tofiensive.''

1 Is répétèrent qno, la province serait inondée de sang plntôt que de permettre aux CanadiensiM-ançais de jouir du pouvoir. La presse du Haut- Canada fit circuler les bruits que le projet minisirriel demandait =£180, 000, tandis que le montant KH'lamé n'était que de moitié, et elle ajoutait que ( otte somme serait prélevée par une taxe directe sur le Haut-Canada.

L'excitotion fut à son comble dans les princi- ])ales villes de cette province, A Belleville, les deux partis en vinrent aux mains, et le sang t oula.

Les conservateurs du Haut-Canada et Montréal adressèrent des pétitions au gouverneur, pour le prier de dissoudre le parlement, ou de réserver le projet d'indemnité à la sanction de la reine. Leur but était d'effrayer les députés réformistes ou libéraux, et de les contraindre à voter contre l'indemnité, afin de renverser le ministère et de prendre sa place. Mais tous les libéraux du Haut-Canada, à l'exception de deux ou de trois, restèrent fidèles à leurs alliés du Bas-Canada, bien qu'ils s'exposèrent par là à perdre la confiance de leurs électeurs ; ils étaient disposés à ne plus subir le joug du Famili/ Compact^ et à l'anéantir s'il était possible.

A la séance suivante, M. Blake continua son discours, défendit Lord Durham, qui avait soustrait le Haut-Canada à la domination des tories, et fit voir le contraste de la conduite de ces derniers, qui avaient institué la commission chargée de s'enquérir des x>ertes subies en 1837, et qui avaient pressé les commissaires à faire leur rapport, avec leur opposition à la mesure ministérielle, c^ui était semblable à celle que les

100 LORD ELGIN. [184lt

opposé. Il s'en suivit uue scène aftrc-ase et iiii'rixe violente, et ce ne fut qu'avec peine qii ■ l'orateur parvint à faire vider les galeries. L'ex<itation des membres était extrême ; plusieurs échangèrent entre eux des cartels, qui n'eurent pas de suites, parce que le président confia ((< membres à la garde du sergent-d'armes.

Les chefs conservateurs convoquèrent une assemblée le soir même. L'Honorable M. MoH'ut y parut tenant un pavillon dans chacune de ses mains ; il fut élu président, et se montra des plus fanatiques. Des discours plus ou moins violent ^ furent prononcés, en différents endroits, par Sir Allan McNab, le Col. Trince, MM. augy, McDonald (.Tohn-A.), Molson, Itose, etc. Sir Allan conseilla à la foule de persister dans l'agitation et d'aller chez le gouverneur pour montrer leur force menaçante. Il leur dit de ne pas craindi«\ qu'il serait prêt, au signal donné, à descendre en tête de vingt mille miliciens pour aider et protéger les loyaux de Montréal. Le Col. Prinic prononça également des paroles menaçantes. I*]n- Kn, dans cette mémorable assemblée, on brûla leffigie de M. LaFontaine. Cela n'empêcha pas le premier ministre de paraître le lendemain à sa place, aussi gai qu'à l'ordinaire.

Les organes du parti tor// ne furent pas moins violents. " Le défi est jeté, disaient-ils, et il faut que l'une des deux races, la saxonne ou la française, disparaisse du Canada. Nous sommes provoqués par la perfidie de LaFontaine, qui a enfin jeté le masque, et qui ne vaut pas mieux au fond que Papineau. Eh bien ! nous allons nous mettre sur la défensive, jusqu'à ce qu'une occasion favorable se présente de prendre l'ofi'ensive."

[Is répétèrent que la province serait inondée de sang plutôt que de permettre aux Canadiens- Français de jouir du: i:)Ouvoir. La presse du Haut- Danada fit circuler les bruits que le projet minisériel demandait .£180,000, tandis que le montant éclamé n'était que de moitié, et elle ajoutait que ette somme serait prélevée par une taxe directe ur le Haut-Canada.

L'excitation fut à son comble dans les principales villes de cette province. A Belleville, les jdeux partis en vinrent aux mains, et le sang coula.

Les conservateurs du Haut-Canada et Montréal adressèrent des pétitions au gouverneur, pour le prier de dissoudre le parlement, ou de réserver le projet d'indemnité à la sanction de la reine. Leur but était d'effrayer les députés éformistes ou libéraux, et de les contraindre à roter contre l'indemnité, afin de renverser le ministère et de prendre sa place. Mais tous les libéraux du Haut-Canada, à l'exception de deux ou de trois, restèrent fidèles à leurs alliés du Bas-Canada, bien c[u'ils s'exposèrent par là à perdre la confiance de leurs électeurs ; ils étaient disposés à ne plus subir le joug du Family Compact, et à l'anéantir s'il était possible.

A la séance suivante, M. Blake continua son discours, défendit Lord Durham, qui avait soustrait le Haut-Canada à la domination des tories, et fît voir le contraste de la conduite de ces derniers, cpii avaient institué la commission chargée de s'encj^uérir des pertes subies en 1837, et qui avaient i:)ressé les commissaires à faire leur rapport, avec leur opposition à la mesure ministérielle, qui était semblable à celle que les

LORD ET/lIN.

Iodes avait passée i)OUr lo Haut-Canada. Au lieu de se dévouer à la prospérité du pays, à entretenir la bonne intelligence entre deux colonies sœurs, ils voulaient l'aire revivre la discorde et les mauvaises passions. Il les exhorta vivement, au nom de la civilisation et de l'humanité, à renoncer à ces haines pour travailler de concert au prog-rès commun du pays.

M. Papineau parla ensuite. Il dit f[ue le Haut- Canada avait été traité avec bienveillance par le bureau colonial et par le parti qui avait le pouvoir en mains. La lutte s'était faite pour la possession du pouvoir entre les familles influentes. Le Haut-Canada avait obtenu justice de prescj^ue tous ses gouverneurs. Il n'admit pas les louanges données par quelques membres à Lord Hurham, cpii avait fait alliance avec les libéraux du Haut-Canada et les /orms du Bas- Canada. Ces deux partis s'étai.nit montrés également injustes et tyranniques dans l'odieuse détermination de regarder les Canadiens-Français comme des étrangers dans leur pays natal.

Puis parlant des tempêtes que soulevait le projet d'indemnité, il ajouta : " lîien peut-il prouver plus évidemment l»^s mauvais ettets de l'acte d'union que toute cette haine que nous A'oyons s'exaler de la bouche des deux partis qui ont lait les irais de cette discussion ? Il s'en suit bien clairement que chaque fois cju'il y aura pour nous une mesure de justice, un commencement de restitution de tout ce qui nous a été enlevé, il y aura les même appels aux passions mauvaises, aux préjugés nationaux les plus funestes, pour c[ue le Bas-Canada n'ait pas justice : on regardera toujours le sacriiice de qiiel-

1840] LORD ELdIN. 103

que argent en faveur du Bas-Canada comme (|uelque chose donnée à des élrang-ers...'' M. Papineau dit que les conservateurs s'étaient montrés dans cette discussion indignes de jamais occuper le pouvoir par leur manque de générosité et parleurs idées étroites. Il s'étendit longuement sur les injustices dont l'Angleterre avait récompensé la fidélité des Canadiens, eux qui avaient défendu la colonie, pendant que les Anglais passaient à l'ennemi, ou se tenaient prudemment à l'écart. La récompense de leurs services fut une longue suite d'abus et de tyrannie. Il raconta (ensuite la cruauté des volontaires et des magistrats loyaux. " Nul autre pays constitutionnel, dans des circonstances semblables à celles où nous avons souffert, n'a été traité avec plus de barbarie. C'est le seul pays au monde ouïe droit criminel anglais étant en force, et ses cours de justice accessibles à tous, de nombreux citoyens, sans procès, sans le verdict d'un seul corps de jurés, ont perdu la vie, ont péri sur l'échafaud. Compatriotes infortunés, ils sont tombés victimes innocentes de la haine et des plus mauvaises passions ! Ont-ils cessé pour cela d'être chers à ceux qu'ils ont laissés derrière eux sur le sol de la patrie ? Leur mémoire est chère au peujile canadien et le sera toujours. Ils sont morts en braves comme ils avaient vécu, répétant à l'envie les mots Dieîf, mon pat/K et sa liberté. Il faudrait bien peu de courage moral ou civil, pour ne pas applaudir au patriotisme constant dont ils ont

donné la preuve éclatante "

M. LaFontaine fit un discours remarquable par sa logique, par des vues profondes et par sa modération. Il mit la question sur son A''éritable

terrain, en prenant pour base deux propositions. La première était que le ministère marchait dans la même voie que ses adversaires, qui formaient l'administration précédente, avaient tracée ou imposée relativement à la question des pertes souffertes par les Bas-Canadiens dans les troubles politiques, et que la mesure qu'il proposait n'était que la conséquence nécessaire de celle que les conservateurs avaient eu le mérite de présenter eux-mêmes, en 1845, mesure dont ils avaient alors pris aux yeux du pays l'engagement de conduire à bonne fin Ils devaient alors être sincères, parce qu'ils avaient engagé la foi du gouvernement. La seconde proposition consistait à réfuter l'assertion faite dans les débats, q.ue l'adoption de la mesure ministérielle aurait l'effet de faire payer au Haut-Canada, et à son préjudice, des pertes que les troubles avaient fait essuyer aux Bas-Canadiens.

L'orateur fit ensuite le précis historique des mesures législatives adoptées pour les deux provinces sur l'indemnité.

En nommant la commission et en lui donnant les'instructions, l'administration précédente avait donc reconnu qu'il y avait une classe de personnes qui, quoicjue peut-être moins privilégiée à ses yeux, avait néanmoins droit à une indemnité. La conséquence était que tous ceux contre qui il n'y aA^ait pas eu de sentence rendue, devaient être indemnisés. Or le but de la mesure ministérielle étaient de terminer ce que l'administration précédente avait si heureusement commencé. Au lieu de blâmer le ministère, on devait l'appuyer.

M. LaFoutaine démontra ensuite que le paie-

1849] LORD ELGIiN". 105

ment des pertes à même le fonds consolidé n'était pasnne injustice envers le Hant-Canada. "Avant la loi de 1845, dit-il, donnant aux municipalités le fonds des licences d'auberges, et approjn'iant en même temps au paiement des c£40,000 du Haut-Canada, la portion de ce fonds i^rélevé dans cette partie de la province, toute cette branche du revenu faisait partie du fonds consolidé. L'eftet de cette loi a donc été de faire payer les pertes du Haut-Canada à même ce fonds consolidé. En calculant le revenu de ce fonds durant les quatres dernières années, l'on trouve que la moyenne du revenu annuel des licences d'auberge dans le Haut-Canada est de =£9,664- 12-3, tandis que dans le Bas-Canada ce revenu annuel n'est que de c£5, 557-7-6, donnant au profit du Haut-Canada un excédant de .£4,107-3-9, somme qui représente un capital de .£68,454, dont cette province, par cette opération financière de 1845, se trouve avoir le droit de jouir annuellement, au préjudice du Bas-(\inada. La même opération a eu lieu au préjudice du dernier par la loi de 1846, qui a soustrait du fonds consolidé de la province, le revenu des licences de mariages, en donnant à certaines institutions du Haut-Canada la portion qu'il contribuait à ce revenu, et appropriant celle du Bas-Canada au paiement de c£10, 000 des pertes dont j'ai déjà parlé. Comme dans le choix des licences d'auberges en 1845, l'on a eu soin en 1846, de soustraire du fonds consolidé une branche de revenu qui se trouvait produire plus dans le Haut que dans le Bas-Canada. En effet, dans Tannée 1847, qui a suivi la passation de cette loi, le revenu net des licenses de mariag'e a été pour le Haut-

Canada de ,£2,197-12-7, et pour le Bas-Cauadade ,£412-2-6, donnant au profit du Haut-Canada un «excédant de £1,785-1 j-1, lequel représente un capital de £29,764-4-4 ; et si l'on ajoute ce capital à celui de £68,454, vous aurez un total de £198,218-4-4, dont ces deux opérations ingénieuses donnent annuellement Tintérêt au Haut-Canadn. Aujourd'hui nous ne demandons que £90,000, car dans les £100,000 sont compris les £110,000 de la loi de 1846 ; par conséquent nous vous demandons moins que ce que vous ayez pris vous-mêmes, et cependant vous criez à l'injustice. " M. LaFontaine contraignit ensuite Sir Allan McNab à rétracter les m.(ks offensants d'étrang-ers qu'il avait dits à l'adresse des Canadiens-Français. Il prouva aussi que la population anglaise n'était pas opposée à l'administration. Plusieurs autres discours furent prononcés par MM. Davignon, LaTerrière, Bouthillier et Drummond en faveur de la mesure, et par MM. Meyers, Sherwood de Brockville, Eobinson et Prince, qui se déclarèrent contre elle, M. Holmes, déj)uté de Montréal, supporta aussi les résolutions. Il déclara c[ue les excès commis, en 1837-38, ï)ar les Anglais exaltés d'alors, avaient rendu odieuse la conduite des sujets loyaux ; il rougissait de leurs actes et se félicitait d'avoir abandonné leur parti, M. Merritt, comme M. Blake, lit un éloquent discours, dans lequel il rendit hommage aux droits de la poj)ulation française, et démontra que ce n'était pas une injustice pour le Haut-Canada de payer sa part de l'indemnité que l'on proposait d'accorder à l'autre i)rovince. M. John-A. MacDonald parla aA'ec chaleur et avec violence contre l'indemnité. Il reprocha à

1849] LOED ELOIN. 107

M. Baldwin de demeurer nrnet sur une question qui intéressait le Haut-Canada à un si haut degré, et lui prédit là perte de sa popularité.

M. Boulton, député de Norfolk, proposa au sujet des résolutions un amendement tendant à exclure de l'indemnité les personnes qui avaient été convaincues du crime de haute trahison, et celles qui, après avoir été accusées de ce crime, s'étaient soumises aux autorités, et avaient été transportées aux îles Bermudes. Le Dr. W. Nelson voulut bien seconder cet amendement, qui devait lui enlever du coup ï)lusieurs milliers de louis. Il convainquit la chambre des bons motifs que lui inspirait cette conduite, parla longuement de l'insurrection, et défendit chaleureusement la conduite de la population française à toutes les époques de l'histoire.

Le ministère accepta l'amendement ; mais les conservateurs ne lui en surent aucun gré. Ils votèrent contre la motion de M. Boulton, qui leur enlevait une partie de leur capital politique, et ne persistèrent pas moins à dire qu'on voulait indemniser les rebelles.

Quelques députés du Bas-Canada reprochèrent aux ministres de reconnaître, par cet amendement, la lég-alité de la cour martiale. M. LaFontaine répondit que, pour sa part, il ne croyait pas à la légalité de cette cour ; mais tant qu'on aurait pas appelé des jugements de cette cour à un autre tribunal, on ne x>ouvait les mettre de côté. La spécification des pertes que l'on proposait pouvait être admise dans ces circonstances. La chambre adopta l'amendement.

M. Baldwin démontra l'injustice et la fausseté des arguments des conservateurs. Il déclara que

la population du Haut-Canada montrait autant de confiance dans l'administration qu avant l'introduction de la mesure.

La discussion fut orageuse pendant plusieurs jours ; la dernière séance dura jusqu'à onze heures le lendemain matin. Les résolutions, après plusieurs essais infructueux faits par les conservateurs pour les amender, furent enfin votées. ^Sur la principale résolution, la division fut de quarante-huit contre vingt-trois (f). Vingt-quatre députés anglais votèrent avec la majorité ; c'est une preuve que la mesure ne fut pas imposée par la population française.

M. LaFontaine introduisit ensuite un projet de loi, calqué sur les résolutions. Les mêmes discussions se renouvellèrent dans les différentes phases que subit le projet. Dans le conseil législatif, la mesure fut passé à une majorité de six voix (20 contre 14). MM. Caron, Quesnel, Ross et Taché parlèrent dans un sens favorable à l'indemnité. M. Taché fit peut-être le meilleur discours qui fut prononcé sur le sujet. MM Ferrie, McKie et McGrill, se prononcèrent fortement contre la mesure.

(l) Pour : Ar-mstrong, Baldwin, Blake, Beaubieii, Boulton de No:folk, Boutillier, Cameron de Kent, Cartier, Cauchon, Chaljot, Chauveau, Davignon, DeWitt, Drummond, Duchesnay, Dumas, Egan, Fergusson, Fliiit, Portier, Fournicr, Fourquin, Guiliet, Hall, Holmes, La Fontaine, La Terrièrc, Laurin, Lemieux, MacDonald de Glengary, McFarland, Merritt, Méthot, Mongenai.s, iVIorrison, Nelson, Kotnian, Papineau, Polette, Price, Sauvageau, Scott de Bytown, Scott des Deux-Montagnes, Smith de Wenworth, Taché, Thompson, Viger et Watts. — 48.

Contre : 15adgley, Brooks, Cayley, Christie, Crysler, Dickson, ClUgy, Johnson, Lyon, MacDonald de Kingston, McNal>, Malloch, McConnell, McLean, Meyer, Prince, Robinson, Scymour, Sherwood de Brockville, Smith de Durham, Smith de Frontenac, Stevenson et Wilson. — 21,.

1849] LOUD ELOIN. 109

Comme on le voit, le projet d'indemnité fat iidopté par une forte majorité des deux cliam.bres. On aurait cru alors que les conservateurs, se voyant vaincus, auraient terminé leur opposition, et se seraient conformés aux voeux de la majorité parlementaire. Tel ne fut pas le cas. Dans l'espoir que Lord Elgin ne sanctionnerait pas le projet, ils lui présentèrent des adresses qui ^e priaient de refuser la sanction royale; par l'organe de leurs journaux, ils firent même entendre des menaces s'il accoml^lissait cet act(^ de justice. De la violence de leurs discours et de leurs écrits, ils passèrent aux actes les plus honteux.

Le gouverneur sans s'occuper de leur conduite, n'obéit qu'aux dm^oirs que lui dictaient et sa haute position et son rôle de chef constitutionnel. Le 25 avril, il se rendit au parlement pour sanctionner plusieurs actes, au nombre desquels était celui de l'indemnité. Au moment qu'il donnait la sanction à ce dernier, les conservateurs, placés en nombre considérable dans les galeries, firent entendre des cris de désespoir, que couvrirent les applaudissements des libéraux. Puis on les vit sortir, et insulter le représentant de la reine et son état major, leur lançant à leur départ des œufs gâtés et des pierres, qu'ils accompagnèrent de grognements et de vociférations. Après ces actes indignes, ils convoquent, pour le soir, une assemblée au Champ de Mars ; et là, sous la présidence de M. MofFat, passent des résolutions à la reine, la priant de désavouer l'acte d'indemnité et de rappeler Lord Elgin. Après plusieurs dist^ours plus ou moins violents, ils décident de se rendre au parlement

110 LOED ELGIN. [1849

Cette bande, sans aucun doute organisée d'avance, assiège l'édifice où l'assemblée législative était alors en séance. Ils lancent une grêle de pierres dans la salle, que les députés abandonnent en désordre. Puis ils entrent comme des furieux, brisent les pupitres et les fauteuils, et s'emparrent de la masse. Un de leurs chefs, assis sur le fauteuil du président, proclame, au nom du peuple, la dissolution du parlernent. Un instant après, le cri au feu ! retentit. Au milieu de ce désordre affreux, les membres réfugiés dans la bibliothèque, sortent alors de l'édifice deux par deux, ayant l'orateur à leur tête : quelques-uns sont sérieusement maltraités par la populace.

En un instant, ce bel édifice devint la proie des flammes, avec les archives de la province, les deux bibliothèques qui renfermaient vingt-deux mille volumes. Le Canada x^erdit, dans cette conflagi-ation, des livres rares et précieux et la belle collection d'ouvrages sur l'Amérique (seize cents vols.) formée par M. Faribault après les plus pénibles efforts. Les pertes furent estimées à plus de .S400,000.

Les émeutiers eurent plusieurs jours la ville de Montréal en leur pouvoir, et commirent les actes du plus odieux vandalisme. Ils brûlèrent une partie des propriétés de M. LaFontaine, et saccagèrent le reste, ainsi que les demeures de MM. Hincks, Holmes, Nelson et Wilson. Ils furent encouragés par les organes des conservateurs outrés, La Gazette de Montréal et le Morning Courier. Ces journaux publièrent des articles d'une violence extrême, conseillant d'exterminer tout ce qui portait un nom français. C'était une guerre de races, disaient-ils ; il fallait qu'un des deux peuples vînt à périr.

1849] LOED ELaiN. 111

Ces émeutiers et leurs chefs étaient les mêmes qui avaient fait un crime aux Canadiens-Français de leur , soiilèvement de 1837-38, faute excusable sous plusieurs rapports ; c'était ceux qui avaient pris les armes contre des Canadiens égaréS; ou qui avait pillé, détruits leurs propriétés. Ces personnes qui se faisaient une gloire de leur loyauté, devinrent des rebelles, des incendiaires, parce que la majorité constitutionnelle n'obtempérait pas à leurs désirs. On comptait parmi eux des hommes qui avaient un nom, une position honorable, surtout des marchands ruinés par des spéculations hasardeuses, et par la dépression du commerce, depuis l'abolition des droits protecteurs par la métropole. Ces marchands voulaient un changement quelconque ; ils n'attendirent pas le résultat du nouveau système commercial, malgré les signes prochains d'une prospérité déjà renaissante. Ils inclinèrent surtout pour l'annexion de la province à la république voisine, et profitèrent de cette occasion pour parvenir à leur but.

On ne saurait trop blâmer les auteurs de ces actes ; mais combien étaient encore plus coupables les chefs conservateurs. Sir Ail an McNab, M. MofFat, et le colonel Prince, qui, par leurs discours et leur influence, encouragèrent la population anglaise de Montréal à commettre ces crimes, qui seront pour eux tous une tache inefîliçable. Ces chefs ne désiraient probablement ])&& aller aussi loin ; mais l'impulsion funeste qu'ils avaient donnée aux passions aveugles de la multitude, leur laisse la resposabilité de tous les excès qu'on eut à déplorer.

Les actes des conservateurs de Montréal furent

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l'objet de l'indignation universelle parmi les Canadiens. Ils ne trouvèrent de sympathies que de la part d'un petit nombre de fanatiques, qui auraient voulu l'anéantissement de la population française. Cette conduite dégoûta le plus giimd nombre de leurs alliés du Haut-Canada, qui, en véritables amis de la liberté constitutionnelle et de l'ordre social, a2)prouvèrent la conduite de Lord Elgin.

Le gouvernement demanda plusieurs fois le secours des troupes régulières. Il arma aussi plusieurs centaines de constables ; mais ces derniers furent renvoyés sur la demande du commandant des troupes, cjui se chargea du maintien de l'ordre. Le gouvernement aurait pu agir avec plus de sévérité, et étoufler la révolte dans cpielques heures. Les moyens d'anéantir les émeu tiers ne lui manquaient pas. Mais il prit, autant que possible, des mesures pacifiques, et se borna à faire quelques arrestations (i). On le blâma d'abord d'avoir agi avec trop de ménagement ; ce2:>endant cette modération et cette prudence épargnèrent l'efiusion du sang, et prévinrent peut-être une guerre civile. Sa conduite trouva l'approbation générale lorsque le calme fut rétabli.

Le lendemain de l'incendie, l'assemblée législative se réunit dans la Halle du marché Bonsecours, où elle siégea plusieurs jours, sous la protection des bayonnettes. Elle se rendit plus tard dans les bâtisses de M. Hayes. Le conseil législatif se réunit dans le Triiùbj Cliurrh.

(i) Parmi les prisonniers étaient M. Ferres, rédacteur du yl/cw/rct?/ Gazette, M . Mack, secrétaire de la Ligue Britannique. Les prisonniers furent renvovés ensuite sous caution.

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Un des premiers actes des députés fut de voter, sur u.ne division de trente-six contre seize, une adresse au gouverneur, dans laquelle il lui exprimèrent leurs sentiments de chagrin et d'indignation pour les actes commis par les fureurs de la populace, approuvèrent la justice et l'impartialité de sa conduite pendant l'administration de ce temps, et terminèrent en l'assurant de leurs sentiments de loyauté et d'attachement envers la personne et le gouvernement de Sa Majesté, et en lui oifrant leur appui pour le maintien de l'ordre. Le conseil législatif vota une adresse à peu x)rès semblable. Les conservateurs étaient disposés à voter l'adresse, moins la partie qui approuvait l'administration de Lord Elgin.

Lors de la discussion de ses adresses et d'autres sujets, les membres firent connaître leurs opinions sur les événements du 18 avril. Plusieurs de ceux qui avaient voté contre l'indemnité, condamnèrent en termes énergiques les actes des conservateurs. MM. Wilson et G-alt furent de ce nombre, et approu.vèrent la conduite de Lord Elgin. M. Sherwood se montra aussi plus modéré. Malheureusement, plusieurs autres essayèrent de justifier les ennemis de l'ordre, et le ton de leurs discours tendit plutôt à augmenter les troubles qu'à les apaiser. M. Caley surpassa tous les autres par la violence de son langage. " C'est une guerre de races, disait^il, et le gouvernement avait armé les Canadiens-Français contre les Anglo-Saxons " ! De son côté, Sir Allan McNab s'écriait ; *' Le ministère a proclamé que la loyauté était une farce, que l'insurrection était permise ; il recueille maintenant le fruit de ses doctrines. " Il informa ses collègues qu'il proi^o-

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Serait de j^ayer les dommages cavisés par l'ineendie avtîc les fonds votés pour l'indemnité. Il demanda ensuite eopie de la corresx:>ondance relative à Ui mesure de l'indemnité. La majorité de la chambre s'y opposa.

M. Boulton, de Norfolk, se prononça pour le rappel de l'Union. Suivant lui, les deux populations ne pouvait plus vivre ensemble. Au conseil législatif, M. de Blaqnière proposa des résolutions en ce sens ; mais comme ses opinions ne prenaient pas, il retira ses résolutions. M. Papineau attribua les troubles et l'incendie qui Amenaient d'avoir lieu, à l'indécision et aux hésitations des ministres ; ils avaient perdu toute présence d'csi^rit, et ne s'occupaient que de tirer partie des troubles, dans l'intérêt de leur popularité, sans song"er à protéger la ville et la législature. M. l'apineau fut apj^laudi des conservateurs; mais sa conduite, dans ces tristes circonstances, fut sévèrement blâmée par ses compatriotes.

M. Merritt était d'avis que la province entière approuvait la (^onduite du ministère, et que ce n'était pas à la populace de Montréal à dicter la loi à la province. Suivant M. Holmes, Montréal avait perdu, par les scènes de violence, le droit de j)osséder le siège du gouvernement. Il déclara que les hommes les plus influents parmi les conservateurs avaient encouragé les émeutiers ; qu'une enquête révélerait que tout a été conduit par ces chefs, et cju'ils n'ont reculé devant aucun excès ni aucun crime.

Lorsque Lord Elgin se rendit à l'hôtel du gouvernement pour recevoir l'adresse de l'assemblée législative, il fut encore assailli par une grêle de

pierres, quoicjn'il lût escorté par un détacheiiieiit de cavalerie. Il fut môme frappé à la poitrine, et plusieurs députés eurent le même sort. Le gouverneur, dans' sa réponse à l'adresse, remercia les députés de l'approbation de sa conduite, et dit qu'il avait une entière confiance dans les autorités et dans les amis de l'ordre. Lorsqu'il retourna à sa demeure, les émeutiers recommencèrent la môme scène ; le commandant des troupes ordonna alors la charge, mais les émeutiers prirent la fuite (^). C'est ce qu'ils firent plusieurs fois lorsc[ue les troupes se préparaient à faire feu sur eux.

Dans ces circonstances si critiques pour le représentant de la couronne, tous les amis de l'ordre et de la constitution se réunirent autour de lui, et lui offrirent leur appui. Les libéraux du Haut-Canada, dans une conduite digne de tout éloge, s'unirent étroitement à leurs alliés du Bas-Canada ; cette union prévint une guerre civile, et sauva la constitution. Il ne s'agissait plus d'une question de parti, savoir, si l'administration avait eu tort ou non de présenter à la législature le projet d'indemnité. C'était une question constitutionnelle, savoir si le gouverneur devait sanctionner toute mesure d'intérêt local qui avait été adoptée par les deux cliam-

(l) Ailles la piorogatioii des chambres, les ëmeutieis lenouvclèreiit à pUisieurs reprises, leurs actes de vandalisme. Ils attaquèrent de nouvea'^a maison de M. La Fontaine ; mais ils comptaient sans les amis du premier ministre, qui le défendirent et repoussèrent les émeutiers après avoir tué un des leurs. Des misérables allèrent jusqu'à insulter Lady Elgin, qui se promenait dans sa voiture pour rétablir sa santé chancelante. Ce fut ilans le même temps que le magnifique Hôtel Dunegana hit incendié et que le feu prit à plusieurs autres bâtisses.

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bre.s, et si, après avoir donné sa sanction, il serait exposé à être désavoué par le parlement impérial, parce cj^ue telle mesure aurait déplu à la minorité. L'existence de la constitution dépendait de cette question.

liCs réformistes ou libéraux des deux provinces, qui formaient les trois cjuarts de la population, furent unanimes à approuver la conduite de Lord Elgin et les actes de leurs représentants. On en voit une preuve éclatante dans les adresses signées par deux cent mille citoyens de toutes les classes et de toutes les origines, pour lui offrir et lui exprimer le désir de le voir encore continuer à présider aux destinées du pays. Ces adresses comprenaient même la majorité des citoyens de Toronto, de Kingston et d'autres grands centres du parti conservateur.

Dans le même temps, les ultra-conservateurs de ces villes signaient une adresse à la reine pour demander le rapx^el du gouverneur, la dissolution du parlement et le désaveu de l'acte d'indemnité. Ils n'eurent aucune chance de ce côté. Le gouvernement impérial, par la voie de lord Grrey, secrétaire des colonies, accepta la responsabilité des actes de Lord Elgin, alléguant que le gouverneur n'avait pas manqué aux règles de la justice en se conformant aux vues des trois Cjuarts de la population. Il avait confiance dans sa capacité et son jugement, désirait ardemment le maintenir dans son poste, et lui pi:omettait tout son appui. La presse anglaise, le Times de Londres et plusieurs journaux influents aj)prouvèrent également les actes de Lord Elgin, et se montrèrent très-sévères à l'égard des conservateurs.

i^a .itu^'.' de <•( s derniers ne trouva pas plus d ' KVinpathies ;!U sein de la chambre des communes. Une motion de M. Harries, par laquelle il priait la reine de refuser son assentiment royal à l'acte d'iiidemnité jusqu'à ce que l'on fut assuré, qu'aucune des personnes qui avaient été impliquées dans la rébellion ne serait indemnisée, fut rejetée à une très-grande majorité. La motion fut soutenue par MM. Grladstone et D'Israëli, et combattue })ar lord John Russell, Roebuck, Bruce et Sir Robert Peel. Lord John Russell paya aux talents de Lord Elgin et à l'esprit de son administration le tribut d'éloges qui leur était dû ; il déclara qu'il était du devoir du gouvernement impérial de laisser la loi d'indemnité en opération ; il avait confiance que ceux qui s'y opposaient et qu'il aimait à croire de loj'aux sujets, feraient tout leur possible, quand l'excitation serait passée, pour prévenir les mauvaises conséquences que cette loi pourrait avoir.

La loi d'indemnité, malgré les horreurs dont elle fut l'occasion, fit plus de bien qu'aucun autre acte de la législature. Elle eut l'efTet de rendre à la province It; contrôle de ses propres affaires, et de nullilier l'appel fait en Angleterre par l'opposition ; la métropole ne voulait ]>lus se mêler des affaires qui concernaient uniquement la colonie. C'était encore une preuve que le gouvernement responsable ne devait plus être une moquerie ; une mesure locale adoptée par les deux chambres, devait être sanclionnéo par le gouverneur.

G-râce à la conduite honteuse d'une partie de sa population, Montréal perdit le siège du gou-

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vemement, qui lui convenait si bien par sa position an cen:re de la pTOvince. Sur la proposition de M. Sherwood, rassemblée législative pria, dans une adresse, LordElgin de convoquer alternativement la législature dans les villes de Toronto et de Québec, à des intervalles de quatre ans. Le ministère ne prit pas la responsa})ilité de cette adresse, qui fut adoptée sur une division de 33 contre 25. Dans la minorité, étaient Sir Allan McNabb. MM. LaFontaine, Papineau et Cartier. De son côté, le conseil législatif s'opposa à ce changement, qu'il trouva désavantageux.

La question du choix de la capitale appartenait de droit au gouverneur ; mais afin de se conformer aux vœ^ux de la majorité des représentants. Lord Elgin choisit Toronto pour être le siège du gouvernement pendant le reste du parlement, c'est-à-dire deux années. Il fut convenu que Québec serait la capitale les quatre années suivantes. Cette décision fut prise au mois d'octobre 1849. Le système alternatif, qui dura jusqu'en 1866, eut, il est vrai, l'avantage de faire mieux connaître les populations et de faire disparaître certains préjugés contre les Français du Canada. Mais il fut trop dispendieux à la province, et les frais qu'il occasionna auraient été plus que suffisants pour doter une capitale de splendides édifices publics. Voilà quçl a été le résultat du défaut d'entente entre les législateurs sur le choix d'une capitale fixe.

L a session fut close le 30 mai, par le majorgénéral Kowan, nommé à cel effet député-gouverneur. Lord Elgin ne voulut plus exposer la ville à de nouveaux troubles, et s'abstint de sortir jusqu'à son départ de Montréal.

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Après les émeutes du mois d'avril, le parti oppositioiiniste ne s'avoua pas vaincu. A Montréal et dans' quelques villes du Haut-Canada, il forma une association connue sous le nom de Ligue BrUanniqîœ de V Amérique du Nord. Cette association se fit dans le but d'opérer des changements constitutionnels, et de prendre en considération la crise commerciale. Au nombre de ses membres marquants, étaient MM. Moffatt, Gow^an, Sherv^'^ood et Duggan. Les partisans de la ligue tinrent plusieurs assemblées, dont l'une à Kingston, au mois de juillet, et une autre à Toronto, au mois de novembre. Ils adressèrent un manifeste politique aux Canadiens, dans lequel ils se prononcèrent pour l'union des provinces anglaises de l'Amérique du Nord, pour une i>\ns sage distribution des deniers et pour la protection des produits indigènes. Dans leurs assemblées comme dans la presse, les conservateurs émirent des principes tout-à-fait contraires à leurs anciennes professions de foi politique, par exemple, l'élection des membres du conseil législatif. Mais bientôt la division se mit dans les rangs ; les uns voulaient rester attachés à l'empire, les autres désiraient la séparation de la métropole et même l'annexion à la République Américaine. Par ce mancjue d'union et d'entente, la Ligue s'éteignit d'elle-même, et fit place au mouvement annexioniste.

Au mois d'octobre, les journaux de Montréal publièrent une adresse signée par quelques centaines d'ultra- conservateurs, d'Américains, de démocrates canadiens-français, et surtout d'un bon nombre de marchands ruinés par la crise commerciale ou par des spéculations hasardeuses.

Les signataires de Tadressc^ après avoir fait mi exposé de la situation du pays, déclaraient que le retour de la part de l'Angleterre à son ancien système protecteur, la protection des manufactures canadiennes, l'union fédérale des provinces, leur indépendance, la réciprocité de commerce avec les Etats-Unis, ne sauraient nullement remédier aux maux du pays ; et qua le seul remède à ces maux était une séparation amicale et paisible d'avec l'Angleterre, et une union à des termes équitables avec les Etats-Unis. Ils ajoutaient que, sans le consentement de la métropole, cette séparation n'était ni désirable ni praticable.

Parmi les signataires, on remarquait MM. John Molson, î^. de Bleury, B. Holmes M. P., .T. DeWitt M. P., A. A. Dorion, John Pose et L. H. Holton ( M- MM. Papineau et Gralt se prononcèrent aussi en faveur de ce mouvement. Les partisans de l'annexion convoquèrent une assemblée dans le mois suivant, et passèrent des résolutions par lesquelles ils adhéraient aux principes émis dans l'adresse. Ils avaient pour organes le Herald, le Courier, V Avenir, le Bloniteur Canadien, tous publiés dans la ville de Montréal.

Cette alliance des démocrates et des conservateurs du Bas-Canada est tout à fait étrange, lorsque l'on considère que ces derniers, il y avait à peine quelques mois, avaient juré l'anéantissement de la race française. S'ils se montrèrent disposés à oublier leurs haines, ce ne fut pas par amitié, car ils détestaient naturellement les dé-

(I) M.M. John Toirance, Jos. Paquin, J.-B.-E. Dorion, F.-G| Johnson, John Redpath, 1).-E. Papineau, L.-A.-G. Laflamme, \Vm. Woïknian, R. Laflamme, P. Blanchet, C. Laberge, Labièche- Viger, J.-R. Sincennes, A. Archambault, Joseph Doutre et RobeiL Jones, étaient au nombre des autres signatures.

mocrates ; mais ils se servirent d'eux pour parvenir à leur but, et diviser le parti ministériel. Ce fut aussi par dépit qu'ils se dépouillèrent de leur manteau de loyauté, et qu'ils voulurent romi)re avec l'Ang'leterre. A i>eu d'exception j^rès, leuis idées annexionnistes ne irouvèrent pas d'é;ho dans le Haut-Canada; la population, sans distinction de partis, ainsi que toutes les feuilles périodiques, les répudièrent d'une c^ommune voix. Bien que les annexionnistes de Montréal se donnèrent beaucoup de troubles pour répandre leurs principes dans le Bas-Canada, ils n'eurent guères de succès. Ils réunirent un nombre restreint de partisans à Québec et dans les comtés de liuntington et de Sherbrooke (1). Ils gagnèrent à une majorité de trente voix une élection dans ce dernier comté, celle de M. >^anborn ; puis ils essayèrent leurs forces à Québec, espérant que s'ils pouvaient gagner ce centre commercial, ils auraient um^ grande chance de bouleverser la province en leur faveur. M. Chabot venait d'accepter le portefeuille de ministre des travaux publics ; il se présenta devant ses électeurs pour se faire réélire. Les annexionnistes choisirent M. Légaré pour leur candidat ; malgré le trouble qu'il se donnèrent, ils ne réussirent pas. M Chabot eut huit cents voix de majorité sur son adversaire. Dans les autres élections qui se firent, il ne fut pas question d'annexion.

(l) Une assemblée lies annexionnistes de Québec, se tint le 27 octobre, sous la présidence du Dr P. -M. Hardy. Au nombre de ceux qui se montrèrent favorables à l'annexion, étaient MM. T. Fournier, Jos. Légaré, A. Plamondon, J.-l'. Kliéaunie, P. Hnot, II. iJubord, J.-15. Pruneau, C. Alleyn, A. Soulanl, Ji'hn (ionlon, r.-C. Lee, etc.

122 LORD ELGTN. [1849

Les Canadiens de 1849 étaient opposés à leur union avec le peuple américain. Ils n'y voyaient aucun intérêt ; au contraire, ils pensaient y perdre beaucoup. La provin<c venait de conquérir, non seulement le pouvoir de réo-ler les attaires intérieures et municipales, mais même celui d'étendre les relations de commerce et de navigation, d'administrer les douanes et les postes, d'en employer les revenus, ainsi que celui des terres publiques, comme bon lui semblerait. Avec l'annexion, les Canadiens perdaient la direction de ces départements, qui auraient été transférée de leur léoislature au congrès américain, où leurs députés n'auraient eu presque aucune influence, car ils se seraient trouvés noyés parmi les nombreux députés de la République Américaine ; de plus, ils perdaient les revenus des douanes, des terres publiques, etc., qui seraient allé grossir le trésor fédéral. Leurs taxes indirectes, qui n'étaient encore que légères, auraient été doublées, même triplées ; ils auraient été en outre obligés de prélever un impôt direct pour le soutien de leur législature et le paiement des améliorations locales.

Les Canadiens-Français n'avaient aucune sympathie pour les Américains, avec lesquels leurs ancêtres avaient été souvent aux prises sur les champs de bataille. Monarchistes et conservateurs par leurs institutions, leurs mœurs et leur éducation, ils détestaient les principes républicains. Ils savaient cjue, sous le drapeau britannique, ils trouveraient une sécurité parfaite pour leurs institutions et leurs privilèges, tandis qu'avec l'annexion, leur existence nationale courraient de grands dangers.

1849] LOED ELGIN. 123

Le gotivernemeiit impérial se montra trèssévère à l'égard des aunexionistes ; par l'entremise de lord G-rey, il pria lord Elgin ^e résister à toute tentative faite dans le but d'amener la séparation du Canada de la mère-patrie ; et dans l'évantualité d'une semblable tentative, il lui enjoignit d'en traduire les auteurs devant les tribunaux. Il était déterminé à exercer toute l'autorité qui lui appartenait, afin de maintenir l'union de la colonie avec l'Angleterre, persuadé que le maintien de cette union était avantageuse aux deux parties. Il approuva Lord Elgin d'avoir destitué les magistrats et les officiers de milice, qui avaient signé l'adresse annexioniste, et sanctionna aussi le changement de la capitale. Dans le parlement anglais, lord John liussell se prononça également avec la plus grande sévérité contre les annexionnistes.

Les partisans de l'annexion prétendirent avoir le droit d'agiter la question. Ils nièrent à Lord Grrey le droit de donner, par anticipation, la décision du gouvernement anglais sur l'annexion, et regardèrent son intervention comme arbitraire et inconstitutionnelle.

C'était surtout la crise commerciale, l'acte de l'indemnité et les désordres qui en furent la suite qui avaient excité le mouvement annexionniste. Les marchands croyaient retrouver dans l'annexion la prospérité qu'ils avaient perdue. Bientôt la province sortit de ce malaise, le commerce devint plus florissant, la prospérité reparut avec les spéculations et la construction des chemins de fer ; on oublia alors l'annexion. Les démocrates français y renoncèrent eux-mêmes, lorsqu'en 1854, après avoir élu plusieurs de leurs

124 LORD ELGTN. [1841»

chefs, ilî; crurent Pi)ereeAoJr une chcuxe de monter au } ou voir, sous le régime constitutionnel qu'ils avaient méprisé.

Les libéraux-démocrates du Bas-Canada, prirent, dès l'origine, une position qui les rendit impuissants et impossibles. Comme nous l'avons A'U précedemmeut, ils s'étaient prononcés pour le rappel de 1" Union et la réforme électorale d'après le chitfre de la population ; puis ils fireiit t.'ause commune avec leurs plus mortels ennemis, eu faveur de l'annexion aux Etats-Lnis. 1 ans VAreuir, cjui était leur organe, ils professèrent les principes les plus démocratiques, tel que le suf- Irage universel, le vote au sc-rutin, l'éligibilité des magistrats et dos employés publics, etc. Bien plus, ils se montrèrent hostiles à la religion de leurs pères et au clergé canadien, attaquèrent les biens de l'églis , et demandèrent Tabolition des dîmes. Nous ne voulons pas dire que tous les libéraux-démocrates professèrent ces doctrines ; non, il y a de nombreuses exceptions, mais plusieurs de hnirs chefs, ainsi que le principal organe du parti, les proclamèrent hautement. " Le parti roi(i;e, remarcjue la Minerve de <(;tte époque, s'est formé à Montréal sous les auspices de M. Papineau, en haine des institutions anglaises, de notre constitution déclarée vicieuse, et surtout du gouvernement responsable regardé comme une duperie, avcv- des idées d'innovation en religion et en politique, accompagnées d'une haine profonde pour le clergé, et avec l'intention bien f' rraelle et bien prononcée d'annexer le Canada aux Etats-Unis.'

Ces doctrines nouvelles et condamnables furent répudiées avec raison par la masse des Cana-

dions - Français, et énergiquement combattues par les journaux catholiques importants. Ce peuple est trop sincèrement catholique, trop attaché à ses coutumes religieuses, e£ respecte trop le clergé, qui s'était jusqu'alors montré le dél'enseur le plus intrépide de sa nationalité, pour c[u'il en fût autrement. Les chefs démocrates eux-mêmes, comme nous le verrons plus tard, ne pourront conquérir les suffrages du peuple cpi'après avoir rayé une partie de leur programme primitif : l'annexion, l'abolition des dimes, le suffrage universel, etc.

ADMlNlSTiUTlOX DE hOllD ELGIN {>'<mte).

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