G LOM) EL6TN
. . .Les électeui's. acebi'dèrentj à cette élection, leur confiaiiGe à certains meambies du parti démocratiqiie, parti qui avait été jusqu'alors sans influence. Lors de sa formation, en 18i9j et dans les iélections g'énérales de 1851, il avait été repoussé par la masse de la populatioii française, parce qu'il s'était montré hostile ^à la. constitution, s'était prononcé len faveur de i If annexion aux Etats- finis, et avait attarimé le ^cierg'é catholique. Les partisans • marquants! de cette nuance V)olitique linirént par abandonner l'annexion, l'abolition des dîmes et. pltisioïirs: autres articles de leur programme primitif. ■ ■ I>u moiiuâ, ; ils évitèrent de proclamdr ;îours auciensi iia;in€i|>es
Ucu.v-Montatjnesi-,,-;;- -,nn "I fl•-J•-.IV,iP^VMlsl;,, ,[ i ..^
1 joichestt-ï 1"" -Barthflûiui Poullot. ;
DrummorKTel ArthhlttM' ' .": .'"Vlt-P-i^Rj T)ôVf6ni' '*" '■•■"■' Dniulas. ,, ,..:.;; j;.,., .^ .. i.:. ;!.ijohi>t'. CayslcKji 1 1 l()d«" I 'tb ])urham(E4) ,.,., f,.,^.j..{..^ançis-n. Bui|py,„j, ^...jlfP
Durham (Ouest) - Henry Munio.
Klgi n ( Est ) - :- I- ' -•' - ■ J- -i f-i 1-' '-■ • -(Jéor^é ' .Sdiilh\vick; • ■ • ^ ' ' ' t r- J i !
Elgiu (Ouest) George Macbeth.
Essex ,••:■■ ,... -.T •.• -Avthur Rankin,
Erontcnac ,.,....'. .Henry Smith, jnr.
tJaspé ------- - i-vr*u,«. r -John LeBoutillier.
Glengar.y ■} .. . li.-vv-.ii'î . . Hon. John-SaulleKl Macdonaltl.
Grenville ^ '.'.'4Î..v ;ii'.''.'I. .William Patrick.
Grey ,i.ji i.;. iji.- .-i' > -George Jackson. ■
Haldimand.. i-ci'i'l ,'.':. jj...'l'ill . .Wm.-Lyon Mackenzie.
Halton ; .-v j ;'.''. l ,.'i .-.«.'.•'.l . .George K. Chisholm.
Hochclaga - - - K«fi tj. ,£/-«;. :-;- -Joseph Lapoi te.
Hamilton r,<i.'}iA.-: .... ..Sir Alian-N. McNab.
Hasting (Xonl) . - '- — - - - -Edmuml Murney.
Hastings (Sud). . ; Pilla Plint.
Huntingdon - - — ■ - -• — . - - -R.-Iî. .Somerville. Huronet Pruce. . .-. . 1 . . 1 . i'^ .'; . . Hon. Wm. Cayley.
Iherville ..-••.;- - . -Charles-J. Laberge.
Jacques-Cartier- -"^'t -.■.*!i. '-- -M. -F. Valois. .iifl.(i..
Joliette jiH'/î'jtt.. ;.. . ;. -Joseph-H. Jobin. ,r!»\>Mi-
Kamouraska - - - - - - - - - i- -Jean-Cliarles Chapais.
Kent ..........;.!.!.. .Edwin Larwill.
Kingston ...... i;-. J .i ..'..■» ;,;v. .. Hon. John-A. M.acDonahl.
1854] LORD ELGIN. 2lY
dans leurs adresses électorales. Sans l'abandon de ces principes, ils n'auraient pu conquérir les suiÏTages du peuple. Dépouillés ainsi de leur ancien programme, ils se présentèrent dans plusieurs divisions électorales, se contentant de blâmer les actes de l'administration, et triomphèrent dans une quinzaine de comtés.
Les députés démocrates formèrent en chambre un parti séparé. Nous les verrons faire la guerre, de concert avec les cleargrit^, au nouveau x>arti libéral-conservateur cpii va se former, se prononcer pour les parlements annuels fixes, le vote au scrutin, les juges de paix électifs, le système des écoles communes, etc. Le drapeau jeune et
Lambloii- George Brown.
Lanark (Nord) Robert Bell.
Lanark (Sud) -James Shaw.
Laprairie T.-J.-J. Loranger.
L'Assomption ^Joseph Papin.
Laval ~---- -Pierre Labclic.
Leeds et Chenville (Nord) B.-R. Churcli.
Leeds Jesse Delong.
Lennox et Addingtou David Robliii.
Lévis ----------- -François Lemieux.
Lincoln Hon. W.-IL Merritt.
L'Islet - - Charles-François Fournier.
London John Wilson .
Lothinière John O'Farrell.
Maskinongé -Joseph- Edouard Turcotte.
Mégantic - -William Rhodes.
Middlesex (Est) William Niles.
Middlesex (Ouest) ^John .Scatcherd.
Missisquoi (Est) Janies-M. Ferres.
Missisquoi (Ouest) H. -IL Wilney.
Montcahn -Joseph iJufresne.
Montniagny ----- Napoléon Casault.
Montmorency Joseph Cauchon.
Montréal (cité) - - - - -A.-A. Dorion.
" Luther-H. Holton.
" -- -lion. John Young.
Napierville - - J -O. Bureau.
Niagara J .-C. Morrisson .
faible qu'ils élevèrent dans la nouvelle chambre, fut défendu par eux avec talent et persévérance. Cette jeune phalange, sortie de l'école de M. Papineau, et enthousiasmée des vues du grand patriote, comptait dans ses rangs M. A. -A. Dorion, chef du parti en chambre, homme intègre, indépendant et plus modéré que plusieurs de ses partisans ; M. Papin, démocrate avancé et tribun populaire, qui par son éloquence mille et entraînante, avait conc^uis une certaine influence sur les masses ; M. Laberge, orateur distingué et doué d'une belle intelligence, qui n'entretenait pas les opinions anti-religieuses de plusieurs de ses amis ; M. J.-B.-E. Dorion, fondateur de V Avenir
Nicolet - . . . Thomas Fortier.
Norfolk Hon. John Rolph.
Northumberland (Est) James Ross.
Northumbeiland (Ouest) - - - -Sidney Smith.
Ontario (Nord) Joseph Gould.
Ontario (Sud) J.-M. Lumsden.
Outaouais Alanson Cooke.
Oxford (Nord) Donald Matheson.
Oxford (Sud) Hon. Francis Ilincks.
Peel James-C. Aikcns.
Perth t.-M. Daly.
Peterborough John Langto i.
Pontiac - -John Egan.
Portneuf J.-E. Thibaudeau.
Prescott H.-W. McCann.
Prince Edouard David-B. Stevenson.
Quét)ec (cité) Jean Blanchet .
" Charles Alleyn.
" - - -Jean Chabot.
Québec (comté) - - - - lion. P.-J.-O. Ch.auveau.
Renfrew Hon. Francis Hincks.
Rimouski Joseph-Charles Taché.
Richelieu -----.------ J.-B. Guévremont.
Rouville - - Joseph-Napoléon Poulin.
Russell G.-B. l.yon.
Saguenay - - Pierre-G. Huot.
Saint- Hyacinthe - - - - Louis-Victor Sicotte.
Saint-Jean François Bourassa.
et le plus avancé des démocrates ; MM. Charles Daoust, Yalois, Darche, etc. On peut ajouter M. Holton, ami dévoué de M. Dorion et financier remarquable ; il représentait les démocrates d'origine anglaise. Ces libéraux-démocrates avaient été, pour la plupart, collaborateurs de VAve?iir et du Pa//s, et faisaient partie de l'Institut Canadien de Montréal.
M. Papineau, l'âme du parti libéral-démocratique, refusa de briguer les suffrages populaires. Il se retira de la vie publique, d'où il n'aurait pas dû sortir après les troubles insurrectionnels, pour le bien de sa réputation et de sa gloire passées. La masse des Canadiens a blâmé, avec
Saint Maurice - - . - . L--L.-L. Desaulnieis.
Shefford - Hon. Lcwis-T. Dnimniond.
Sherbrooke (ville) - A. -T. Galt.
Sherbrooke (comté) W.-L. Felton.
Simcoe (Nord) Angus Morrison.
Simcoe (Sud) Hon. Wm.-B. Robinson.
Stanstead T.-L. Tertill.
Soulanges L.-H. Masson,
Stormont William Mattice.
Témiscouata Benjamin Dionne.
Terrebonne G. -M. Prévost.
Trois- Rivières - . . - . Antoine Polette.
Toronto Hon. J.-H. Cameron.
J.-G. Bowes.
Vaudreuil - - - - - Jean-Baptiste ÎVlongenais.
Verchères - . . . George-Etienne Cartier.
Victoria James Smith .
Waterloo (Nord) M. -H. Foley.
Waterloo (Sud) Robert Ferrie.
Welland John Fraser.
Wellington (Nord) Wm. Clarke.
Wellington (.Sud) Adam-J. Fergusson.
Wentworlh (Nord) Robert Spence.
Wintworth (Sud) S.-B. Freeman.
Vamaska Ignace Gill.
York (Nord) Joseph llartman.
York (Est) Ames Wright.
York (Ouest) Jûhn-W. Gamble.
sévérité, sa conduite politique depuis son retour de l'exil ; le temps et les événements ont donné raison au parti LaFontaine-Morin. Cependant, si ce grand patriote a pu se tromper, il n'en reste pas moins une des gloires nationales du Canada, un de ses plus beaux ornements. Ses services passés seront toujours vivaces dans la mémoire des Canadiens.
Lord Elgin ouvrit le cinquième parlement, le 5 septembre 18.54. Dans le discours du trône, il recommanda les questions des rés(n"ves du clergé et du conseil législatif, que la métropole avait permis à la législature canadienne de régler ellemé\ne ; il attira l'attention des membres sur la ratification du traité de réciprocité, sur l'abolition de la tenure seigneuriale, et sur la modification du s^'stème municipal dans le Bas-Canada. Toutes ces c[uestions étaient de la plus haute importance.
Dès le premier jour de la session, le ministère Hincks-Morin se trouva en minorité, lors de l'élection du président de l'assemblée législative. Le candidat qu'ils supportèrent, M. Cartier, fut rejeté à une majorité de trois voix. Les conserservateurs et la plupart des clearf^rUa votèrent contre la candidature de M. Cartier, avec les démocrates français et le parti Cauclion-Sicotte. M. A.-A. Dorion proposa ensuite M. 8icotte à la présidence de la chambre. Celui-ci fut élu à une forte majorité, et reçut l'appui de presque tous les partisans du ministère ; ils le préférèrent à ]VI. .Tohn-S. McDonald, que les r/eargrifs présentèrent comme le candidat de leur choix. La nomination de M. Sicotte fut bien accueillie ; il avait des principes modérés et était un homme de talents remarquables.
Le ministère regarda le vote de l'élection de l'orateur comme l'expression d'un manque de confiance ; et comme il se trouva encore en minorité sur une question d'élection, il se conforma aux régies du gouvernement constitutionnel, et donna sa démission.
C'étaient les infidélités des libéraux du Haut- Canada, leur manque d'action et de principes arrêtés et uniformes, qui les conduisaient à la perte du pouvoir pendant plusieurs années. L'expérience du passé avait prouvé que, comme parti, ils avaient été sans sincérité, sans consistance politique. Ce parti avait commencé sa dissolution lors de la retraite de M. Baldw^in en 1851 ; il n'existait plus en 1854, qu'en débris épars, que se partageaient plusieurs nuances. L'entrée de M. Rolph et de M. Cameron dans le cabinet libéral n'avait pas eu d'heureux résultîits, puisque leurs amis les avaient abandonnés presque toujours.
Après la retraite du ministère Hincks-Morin, Lord Elgin pria Sir Allan McNab, chef des conservateurs, de former une administration. Après avoir choisi MM. John A. McDonald et Caley pour collègues de son parti, il s'assura de l'appui des libéraux modérés du Haut-Canada ; car sans MM. Hincks, Ro?s et leurs partisans, il n'était pas possible à aucun chef de commander une majorité dans cette section de la province. Les libéraux promirent leur concours à Sir Allan, et MM. Spence et Ross consentirent à représenter l'élément libéral dans le nouveau cabinet. Fort de cet appui, il s'adressa à M. Morin et à ses collègues du Bas-Canada, qui venaient de se retirer. Les libéraux du Bas-Canada ne crurent
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pas devoir refuser une alliance, qu'ils avaient été sur le point d'accepter en 1845-4^, surtout lorsque c'étaient les conservateurs qui venaient à eux, et qui se soumettaient à leur politique et à leur programme. En effet, les chefs conservateurs, se conformant au vœu populaire, s'engagèrent à favoriser le règlement des réserves du clergé, et de la tenure seigneuriale, la reconstruction du conseil législatif, enfin toutes les mesures de la politique libérale, préparées par le ministère Hincks-Morin. Oubliant donc les torts du liasse, les anciennes rivalités politiques, les conservateurs et les libéraux s'unirent, dans ce moment de crise, pour faire fonctionner la constitution. Chaque parti fit sa part de sacrifices : il en coûtait beaucoup aux conservateurs de mettre de côté des principes qui leur étaient chers ; de même, il en coûtait aux libéraux du Bas-Canada de faire cause commune avec leurs ennemis, leurs oppresseurs d'autrefois.
Le ministère McNab-Morin, conq^osé des noms suivants, prêta serment le 11 septembre 1854 :
Haut-Canada.
Hon. Sir AUan McNab, président du conseil exécutif, " MM. J.-A. McDonald, procureur-général, lî C, " '• W. Cayley, inspect.-général des comptes, " "■ R. Spence, maître général des postes, '• '• John Ross, président du conseil législatif.
Hon. MM A.-N. Morin, commissaire des terres, '' '■'■ L.-T. Drumraond, proc.-général, B. C, " " P.-J.-O. Cliauveau, secrétaire provincial, " " E.-P. Taché, receveur-général, " " J. Chabot, commis, des travaux publics.
M. Henry Smith, conservateur, devint solliciteiir-g'énéral du Haut-Canada, et M. DunbarRoss continua les mêmes fonctions dans le Bas-Canada,
Sans être un homme politique des plus remarquables, Sir Allan avait du tact, de l'expérience parlementaire, et était doué d'une grande énergie. Il avait toujours occupé une position distinguée, et avait surtout rempli avec dignité le poste de président de l'assemblée législative, sous le deuxième parlement. Après la retraite de M. Draper, il devint le chef du parti conservateur. M. John A. McDonald avait déjà acquis avec le temps, une grande, exjiérience, qui avec ses talents et ses connaissances variées, devait bientôt le mettre au premier rang parmi les hommes politiques du Canada. Nous le verrons, de môme que Sir Allan, se montrer aussi juste et généreux envers le Bas-Canada, c|u'il avait été violent et injuste jusqu'à cette époque. M. Cayley était familier avec les finances ; il avait occupé le portefeuille du trésor sous l'administration Viger- Draper. M. Spence, jeune député libéral, possédait de l'habileté et des connaissances ; M. Ross, procureur-général sous l'administration précédente, était un autre libéral influent, et lié à plusieurs grandes entreprises.
Les ministres du Bas-Canada étaient tous les mêmes qui avaient fait partie du ministère Hincks-Morin. Ils étaient reconnus pour des hommes dévoués, de talents et d'un x^atriotisme éclairé ; aussi la grande majorité de leurs compatriotes n'avait cessé, depuis leur ascension au pouvoir, en 1851, de leur accorder leur entière confiance, et nous les verrons continuer dans la suite cet appui, qu'ils méritaient à tous égards.
La coalition des conservateurs et des libéraux modérés des deux sections de la province était certainement le meilleur parti qu'il y eût à I)rendre, dans cette circonstance critic^ue. Les deux partis commandaient la majorité dans le Haut et le Bas-Canada. D'ailleurs, les cleargrits et les démocrates étaient trop peu nombreux ; et il n'y avait pas d'alliance x)Ossible entre ces derniers et les conservateurs, à cause de leurs principes trop opposés.
Les coalitions ne sont pas toujoursjustifiables ; elles sont imposées i^ar la force des événements, comme une nécessité i)olitique, justifiées par la division des partis et par l'abandon des principes. L'histoire des gouvernements constitutionnels nous en offre plusieurs exemples.
Les conservateurs avaient rendu jusqu'alors toute alliance impossible avec les libéraux, à cause de leurs vues dominatrices et exclusives. Mais en répudiant leur opposition aux mesures libérales, ils abaissaient la barrière Cjui les avait séparés des libéraux. Le gouvernement responsable, qu'ils avaient finalement reconnu, avait mis fin à leur ancienne politique, et les avait transformés ; ils se constituèrent en un nouveau parti, celui de conservateur-libéral. Ce parti ainsi regénéré allait marcher maintenant dans la voie modérée du progTès et de la réforme.
Les libéraux du Bas-Canada virent avec joie ce changement dans la politique conservatrice. Ils avaient déjà fait trop de sacrifices pour maintenir l'union avec les réformistes ou libéraux du Haut-Canada.
Après la retraite du i^remier ministère La- Fontaine-Baldw^in, en 1843, à peine sept ou huit
réformistes étaient restés fidèles aux libéraux du Bas-Cauada. Les élections de 1848 leur donnèrent la majorité, et l'alliance des deux partis, cimentée par l'amitié personnelle qui avait lié M. LaFontaine et M. Baldwin, fut heureuse tant que ces chefs habiles et intègres avaient eu la direction des allaires. Sitôt leur retraite effectuée, les réformistes se débandèrent, et trahirent sans cesse leurs nouveaux chefs, MM. Hincks, Eolph et leurs amis du Bas-Canada. Ces derniers saisirent cette occasion pour abandonner l'alliance d'un parti qui renfermait des hommes sans principes arrêtés, fanatiques, ennemis de leur religion. Les Brown, les Mackenzie, les Ilartman, etc., soulevèrent les haines contre les institutions religieuses, cju'ils menacèrent dans leur existence, s'opposèrent à ce c[ue les catholiques instruisissent leurs enfants suivant leur croyance. Les conservateurs, au contraire, c|u'ils fussent alliés ou opposés au parti libéral du Bas-Canada, fidèles à leurs principes hiérarchiques, avaient toujours voté, avec les catholic[ucs, en faveur de toutes les mesures de liberté religieuse, et de celles qui concernaient les institutions des Canadiens-Français.
Le ministère McNtib-Morin obtint la confiance des deux tiers des représentants. La réélection des ministres du Haut-Canada prouva aussi que l'administration était approuvée par le peuple. Dans la discussion de l'adresse, c|ui fut proposée par M. Loranger, et dans d'autres discussions, les représentants firent connaître leurs vues. M. Morin, en annonçant la formation du ministère, déclara cju'aucune des mesures préparées par la dernière administration ne serait abandonnée ;
les conservateurs s'étaient engagés à favoriser la sécularisation des réserves du clergé, l'abolition de la tenure seigneuriale, etc.
M. Hincks félicita les membres du Bas-Canada du constant appui qu'ils avaient donné à leurs chefs, et sur leur fidélité aux principes politiques. Il aurait préféré M. Willson à Sir Allan McNab, comme chef de la coalition ; il promit cependant son appui au nouveau cabinet, parce qu'il adopta la solution des questions du parti libéral, et que deux libéraux du Haut-Canada en faisant partie. Comme on avait i^orté de graves accusations contre lui, il demanda une enquête qui lui fut accordée. Ses adversaires ne purent établir aucune preuve contre lui.
M. Cauchon se réjouit de l'alliance des conservateurs avec les libéraux modérés, alliance qu'il avait appelée de tous ses vœux depuis la retraite de M. LaFontaine. Il assura le ministère de son concours libéral ; MM. Cartier, Langton, Loranger, etc., firent la même promesse. M. John- H. Cameron promit son appui sur les c[uestions ministérielles, à l'exception de celles des réserves du clergé. M. Merritt dit qu'il support^ait l'administration seulement pour l'aider à passer les grandes mesures du jour ; ■ il contribuerait ensuite à la remplacer par un autre. M. A. A. Dorion avoua que la coalition ne le surprenait pas ; il s'y attendait. Les démocrates avaient considéré les ex-ministres comme conservateurs, et avaient combattu leur politique arriérée. M. Dorion saisit cette occasion pour exprimer ses idées politiques. Il ne voulait aucun changement quelconque dans la constitution ni dans les institiitions, excepté ceux qu'on pourrait
1854] LOKB ELGTN. 22t
obtenir au moyeu de la constitution elle-même. Il déclara que lui et ses amis voulaient asseoir leur parti sur les bases démocratiques les plus larges.
Le cabinet comptait parmi ses principaux adversaires MM. Merritt, Brown, Rolph, John-S. McDonald, Murney, Dorion, Laberge, Foley, Gralt et McKenzie ; trente-huit députés signèrent une résolution, par laquelle ils j^rotestaient contre la combinaison ministérielle, qu'ils déclarèrent immorale, à cause de la discordance des éléments dont elle se composait. On trouva étrange la conduite des conservateurs, qui abandonnaient leur opposition à la sécularisation des réserves du clergé. Les adv^-rsaires du gouvernement comptaient eux aussi des nuances aussi variées ; c'étaient les dear^rits, les démocrates, quelques conservateurs avancés, et quelques membres mécontents du ministère.
L'adresse fat votée à une grande majorité, et les amendements que l'opposition proposa, pour la passation immédiate des mesures des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale, n'obtinrent que le tiers des votes.
La première mesure que le ministère McNab- Morin présenta, fut celle qui ratifiait le traité de la réciprocité commerciale entre le Canada, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse, l'Ile du Prince-Edouard avec les Etats-Unis d'Amérique. Ce traité, comme nous l'avons dit antérieurement, avait été conclu pour dix ans, et signé le 5 juin 1854, par Lord Elgin, représentant l'Angleterre, et l'Hon. W.-L. Marcy, secrétaire d'état, représentant les Etats-Unis. Par cette mesure étaient admis en franchise de droit plusieurs articles des
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colonies britanniques ou des Etats-Unis, dont les principaux étaient les grains, la farine, les animaux, les viandes, le poisson, l'huile, les peaux, le beurre, les minerais, le charbon et les bois. Le même traité concédait aux citoyens des Etats-Unis la libre navig'ation sur le Saint- Laurent et sur les canaux, sujet seulement aux mêmes droits de péage qui étaient exigés aux sujets anglais ; il accordait également à ces de.rniers la liberté de la navigation sur le lac Michigan et sur les canaux américains. Il permettait aux Américains de pêcher le long des rives du Canada et des provinces maritimes, sans être restreints à aucune distance des rives, et aux Canadiens de pêcher sur les côtes des Etats-Unis.
Le traité réglait les difficultés qui s'étaient élevées, dans l'été de 1851, au sujet des pêcheries du Grolfe entre les sujets anglais et les Américains. Ces derniers, contrairement au traité de 1818, s'étaient permis de pêcher en dedans des limites fixées (trois milles), et le résultat de cette violation du traité avait été la prise de i)lusieurs vaisseaux américains.
Le congrès des Etats-Unis et le parlement anglais avaient déjà ratifié le traité avant le Canada, et les provinces maritimes suivirent leur exemple. Cette mesure, si favorable au commerce, fut bien accueillie, et passa sans opposition dans les deux chambres. Le Canada retira les plus gTands avantages de ce traité : les produits naturels s'échangèrent sans les obstacles des douanes, le chiffi'e des importations et des exportations augmenta considérablement. Malheureusement, les deux parties, comme nous le A^errons plus loin, ne purent s'entendre pour renouveler le traité commercial, qui cessa d'être en force en 1866.
1854] LORD ELOTN. 229
Une autre loi iiiiportaiite, présentée par le ministère, appliquait au Bas-Canada l'acte de 1853, qui établissait un fonds consolidé d'emprunt municipal pour le Haut-Canada, jusqu'au montant de six millions de piastres. Le Haut- Canada avait déjà appliqué cette somme à la construction de chemins de fer et d'autres travaux ]")ublics. Dans le Bas-Canada, les municipalités hésitèrent à faire de grands emprunts, parce qu'elles craignirent de ne pouvoir rencontrer les intérêts à leur échéance. Elles n'empruntèrent qu'un peu plus de deux millions de piastres. Cette province consentit à se priver de la balance de ce fonds, qui fut ajoutée, en 1859, au capital destiné au rachat des droits seigneuriaux.
Le fonds d'emprunt municipal a depuis cette époque augmenté considérablement, car la plupart des municipalités n'ont pas rencontré les intérêts, que la province s'est trouvé ol)ligée de payer comme ses propres dettes. Quelques-unes firent des emprunts au-dessus de leurs forces et de leurs besoins, et se mirent dans des embarras financiers, (i)
La législature vota une somme de s|GO,000 comme allocation additionnelle au fonds d:s écoles communes, qui était de deux cent mille piastres ; une semblable somme de ^60,000 fut destinée à la construction de la douane à Québec ; une autre allocation de |80,000 fut accordée aux veuves et aux orx)helins des soldats des armées
(l) Voici quel(iiies-uns des montants empruntés par les mimicil^alilés : Montréal $800,000, comte- de Stanstead $710,000, Trois- Rivières $220,000, Rimouski $50,000, Quel )ec $50,000, Port Hope $S6o,ooo, Cobourg $500,000, lirandford $500,000, Hrockvilie $400,000, etc.
230 LOED ELGIN. [1854
alliées, qui succombèrent dans la guerre de la Crimée.
Les Canadiens donnèrent par là une marque éclatante de la sympathie qu'ils avaient pour la cause embrassée par la France et l'Angleterre contre l'ambitieuse Russie ; aussi fêtèrent-ils, avec le plus grand enthousiasme le succès des armées alliées, surtout la prise de Sébastopol.
Une somme d'environ ^1,500,000 fut votée pour diverses améliorations navales, tels que canaux, glissoires sur les rivières, phares et jetées sur le >Saint - Laurent, (i) Le gouvernement n'épargnait rien pour diminuer les difficultés de la navigation, et faire par là baisser les primes d'assurances. La construction des phares, des jetées, les dépots de provisions pour le ravitaillement des navires en détresse, l'établissement d'une ligne de bateaux remorqueurs à hélice pour secourir les vaisseaux, furent considérés par le cabinet comme des améliorations indispensables. Ces améliorations contribuèrent au succès de la voie du Saint-Laurent ; car on finit par prouver, au moyen de statistiques, qu'elle offrait plus de sûretés que les autres (2)
Les deux plus grandes cj^uestions du programme ministériel, la sécularisation des réserves du
(i) Canal Wellaiid ^58,340, canaux du Saint- Laurent £66,^60, glissoires sur l'Outaouais ;^ 20, 372, glissoires sur le Saint-Maurice ;^2i,9o6, phares en bas de Québec ;^20,400, phares sur les lacs ^"43,600, jetées en bas de Québec ^109,600.
(2) C'est à cette époque que M. Baby fit construire les magnifiques bateaux à vapeurs Lady Head, Napoléon, Victoria et Adz'auce. Comme ils furent trouvés trop dispendieux, des petits bateaux remorqueurs firent plus tard le service à plus bas prix. Le gouvernement acheta dans la suite les bateaux de M . Baby, les employa au service des phares, et établit une ligne entre les ports dTi Golfe et Québec.
1854] LOED ELGIN. 231
clergé et l'abolition de la teuure seigneuriale, reçurent la sanction royale pendant cette session.
Ce fut M. John - A. McDonald, procureurgénéral, qui présenta, à la considération des députés, le projet de loi qui appropriait les deniers provenant des terres réservées au clergé protestant, en les rendant disponibles pour des objets municipaux. Les conservateurs Sir Allan McNab, MM. John-A. McDonald, Henry Smith, Cayley et quelques autres, qui avaient jusqu'alors opposé énergiquement la sécularisation des terres réservées, se soumirent aux vœux de la grande majorité de la population, afin de calmer l'opinion publique ; car une plus longue opposition de leur part aurait mis l'existence de leur parti en danger. Plusieurs autres conservateurs considérèrent les réserves comme une dotation, un octroi irrévocable ; MM. Murney et Robinson étaient de cet avis. Ce dernier déclara qu'on voulait la prospérité, en anéantissant les ressources destinées au clergé protestant. Il fit un appel aux députés du Bas-Canada, leur disant que, lorsque les propriétés ecclésiastiques du Haut-Canada auraient été sacrifiées aux exigences des démagogues et des agitateurs, la même chose pourrait arriver à la province qu'ils représentaient.
Les députés du Bas-Canada supportèrent la mesure ministérielle, afin de se rendre aux désirs de la population du Haut-Canada. M. Cartier rappela à l'opposition que la sécularisation des réserves n'avait pas été soulevée par les catholiques du Bas-Canada, mais par la grande majorité protestante de l'autre province. C'était à elle qu'il fallait en attribuer la responsabilité. Les
dernières élections avaient prouvé que la sécularisation était une idée populaire parmi cette population. Si l'on n'avait pas envoyé une majorité écrasante en faveur de la sécularisation, les catholiques n'auraient pas voté pour la mesure.
M. Dorion aurait voulu verser dans le trésor public le produit des réserves, au lieu de le repartir entre les deux provinces pour des fins municipales. L'amendement qu'il proposa à cet efiët, fut repoussé par la majorité, qui le considéra comme injuste. Les deargriU auraient désiré régler la question d'une manière plus libérale; la chambre vota également contre leurs amendements.
Cette question, après avoir si longtemps préoccupé les esprits, et provoqué l'insurrection de 1837-38, rencontra l'approbation presque générale du peuple. Le clergé des dilFérentes dominations x^arut également satisfait du règlement.
D'après les clauses de la mesure, telle qu'elle fut finalement passée, les sommes provenant des réserves du clergé formèrent un fonds séparé, appelé " Fonds des municipalités du Haut et du Bas-Canada." Les salaires annuels et les allocations accordées avant l'acte impérial de 1840 aux membres da clerg'é d'Angleterre, d'Eco.sse, etc., furent, durant leur vie, la j^remière réclamation sur les fonds des municipalités ; les argents restants devaient être divisés en parties égales entre les municipalités, en proportion de leur population, pour être employés à des fins locales, soit pour l'instruction, soit pour les chemins, soit enfin pour payer les dettes des municipalités.
Le projet de loi que le procureur-général, M.
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Drammond, introduisit, an nom du ministère, pour Vabolition des droits et devoirs féodaux dans le Bas-Canada, était à peu près le même que le conseil législatif avait repoussé à la session précédente. Cette mesure, qui avait à concilier des principes et des intérêts si opposés, portait, à dire vrai, quelques marques légères d'imperfection. Plusieurs autres plans différents avaient été suggérés par MM. Archambault et Joseph- Charles Taché, par la convention de Montréal, etc ; c'était une preuve que la solution de la tenure seigneuriale était difficile à obtenir.
Le projet ministériel, après avoir reçu plusieurs changements, subit sa troisième lecture à une majorité de trente-neuf voix. Quoiqu'il parût assez favorable aux censitaires, les libérauxdémocrates se plaignirent de ce qu'il ne venait pas suffisamment à leur secours. M. Dorion proposa, mais sans succès, que la mesure eût pour base l'extinction immédiate de la tenure seigneuriale en celle de tenure libre, tout en ayant égard aux intérêts des parties. Le conseil législatif modifia considérablement la mesure de M. Drummond, et les changements qu'il lui fit, furent considérés comme plus équitables ; aussi, la majorité des représentants consentit-elle à ces modificatiDUs. Après que la loi fut sanctionnée, les membres de l'oi^position du Bas-Canada et leurs organes parlèrent contre elle, et prétendirent bien à tort qu'elle allait ruiner les censitaires. Cette mesure avait coiité un travail immense à son auteur, M. Drummond, qui a acquis par là, sans contredit, la reconnaissance des Canadiens.
Le préambule de l'acte seigneurial était ainsi
conçu : " Attendu qu'il est expédient d'abolir tous droits et devoirs féodaux dans le Bas-Canada, soit qu'ils portent sur le censitaire ou sur le seigneur, et d'assurer une compensation au dernier pour tout droit lucratif qu'il possède aujourd'hui légalement, et qu'il perdra par telle abolition ; et attendu qu'en considération des grands avantages qui doivent résulter pour la province de l'abolition des dits droits et devoirs féodaux et de la substitution d'une tenure libre à celle sous laquelle ont été tenues jusqu'ici les propriétés qui y sont sujettes, il est exx^édient d'aider le censitaire à racheter les dites charges, i:»lus spécialement pour ce qui est de celles qui, tout en pesant le plus lourdement sur l'industrie et l'esprit d'entreprise, ne peuvent, par leur nature même, être autrement rendues immédiatement rachetables, sans oppression ni injustice dans beaucoup do cas, à ces causes qu'il soit statué, etc., etc.
La loi rappelait l'acte de la commutation volontaire de 1845, qui n'avait été d'aucune utilité. Elle autorisait le gouverneur à nommer des commissaires chargés de faire les cadastres dans chaque seigneurie. Avant que les commissaires procédassent, la loi conférait à un tribunal, composé des juges de la cour d'apx3el et de la cour supérieure, le pouvoir de décider les points de droit, qui devaient être soumis à la considération des commissaires, afin de constater quels étaient les droits réels des seigneurs, et ceux que les censitaires devaient racheter.
La cour seigneuriale s'assembla, le 4 septembre 1855, sous la présidence de Sir Louis-H. LaFon-
taine (i). M. le procureur-général Drummoiid produisit une série de questions, qui furent soumises auxjuges ; les conseils des seigneurs présentèrent, de leur côté, des questions supplémentaires ou des contre-questions de la part de certains seigneurs. Les seigneurs choisirent pour leur procureur M. Dunkin, qui avait déjà si bien défendu leurs droits à la barre de la chambre, et MM. Cherrier et McKay. Les censitaires ne jugèrent pas à propos de se faire représenter devant la cour. Ils se fièrent à l'habileté de M. Drummond et des conseils de la couronne, MM. Loranger, Baxnard et Angers, qui défendirent leurs intérêts avec talent et intelligence. Ils plaidèrent tous longuement devant la cour, les dilférents points de loi que renfermaient les questions et les contre-questions mises devant la cour. Les juges donnèrent ensuite chacun, leur opinion, et rendirent jugement au mois de mai 1856.
Voici quelques-unes des plus importantes matières de ce jugement : Ils décidèrent que les seigneurs étaient obligés de sous-concéder les terres aux colons, qu'ils ne pouvaient vendre les terres non défrichées, qu'aucune ^.oi n'avait fixé les redevances, et que le taux des cens et rentes stipulé dans les contrats était maintenu, de même que les corvées ou servitudes appréciables à prix d'argent ; la banalité ayant été rendue légale par l'arrêt de 1686, ils maintinrent aussi ce droit dans sa jjresque intégralité, mais ils décidèrent que les censitaires étaient propriétaires des eaux non-navigables qui transversaient leurs terres,
(l) La cour seigneuiiale fut composic de Sii' Louis- H. La Fontaine, président, et des juges lîowen, Aylwin, Duval, Caron, Day, Smith, Vanfclson, Moudelet, Meredilh, Short, Morin et Badgley.
et que les réserves de bois et autres devaient être abolis sans compensation.
Les points de loi ayant été ainsi réglés, les commissaires se guidèrent sur ces décisions, et procédèrent à la confection des cadastres, c'est-àdire à l'estimation de la banalité, des lods et ventes, etc. ( ^ ) Les traA'aux et les décisions des commissaires étaient sujets au contrôle d'une cour de réA^ision composée de trois d'entre eux. Les cadastres furent terminés en grande partie en 1850, mais tout le travail ne fut complet que trois ans plus tard.
L'acte seigneurial établissait un fonds évalué à $1,500,000, et destiné à indemniser les seigneurs de la suppression de leurs droits. Ce fonds pro- A^enait du revenu de la seigneurie de Lauzon, de celui des licences, du droit de quint, et d'une somme de $600,000 prélevée sur les fonds publics (-). Ces sommes ne furent pas suffisantes pour racheter tous les droits casuels, et la législature dut faire, en 1859, une nouvelle appropriation d'eiiviron $2,000,000 ("). Ces deux allo-
(i) Voici le no n des commissaires nommés en vertu de l'acte seigneurial : MM. J. Chaliot, Il.Judah, S. Lelièvre, L. Archani- Imult, N. Dumas, J.-E. Turcotte, C. Delagrave, P. Winter, J.-G. Lel)el, et J.-B. \'a;in. M. Ramsay fut le secrétaire de la commission pendant la plus grande partie du temps, et M. McCord le remplaça sur la fin des travaux.
(2) Valeur du droit de quint $ 71,000
" de la seigneurie de Lauzon 215,860
" des licences 618,500
Montant | ris sur les fonds publics - - - - 6oo,oco
(3) M. Judah porta approximativement, en 1863, le coût de la mesure seigneuriale à la province, à la somme de $10,044,194; repartie comme suit :
cations furent destinées au paiement des lods et ventes, de la banalité (^t (\^s autres charges, à l'exception des cens et rentes, qu.i restèrent seuls à la charge du censitaire. Les cens et rentes ne furent pas changés : le paiement annuel fut capitalisé, et les censitaires devinrent libres de payer à leur choix la rente de ce capital, à six par cent, ou de se décharg.^r de la rente en payant le capital au seigneur ; cehri-ci ne pouvait refuser de l'accepter.
Cependant, jusqu'à ce jour, la plupart des censitaires y trouvant leur compte, sans doute, ont continué do payer la rente, sans s'occuper de faire disparaître le capital.
Les seigneurs reçurent un intérêt de six pour cent sur le capital de leur seigneurie ; l'acte d'amendement de 1859 leur permit de toucher le capital des droits c[ui leur furent accordés, en déduisant vingt-cinc[ pour cent sur le montant de ces droits.
Les charges qui furent abolies étaient d'abord les lotis et ventes, impôt qui pesait le plus lourdement sur le censitaire, et par lec[uel le seigneur réclamait, à chaque mutation de toute propriété, le douzième de la valeur de cette propriété ; la banalUé, c'est-à-dire le droit exclusif c[ue possédait le seigneur de bâtir des moulins et de
Dc'penses de la Commission, intén'ls et capital payés, X
et capital ilû aux soigneurs - . - $5,121,417
Indemnité au Haut-Canada - - - ------ 3,265,000
Intérêt porté au crédit du fonds d'innprunt municipal
du Ilaut-Canada 584,803
Indemnité aux cantons 879,892
Intérêt porté au créiiit du fonds il'emprunt munici|ial
du Has-Canada - - - 193,082
moudre les grains ; le droit de retrait d'après la pins hante enchère, par lequel le seigneur pouvait contraindre l'acheteur, quarante jours après la rente, à lui céder la propiiété qu'il venait d'acquérir, lorsqu'elle avait été achetée à bas 'prix. Si ce droit servait quelquefois à protéger le seigneur contre la fourberie des parties contractantes, c[ui n'énonçaient parfois dans leur contrat qu'une partie du prix de vente, d'un autre coté, il nuisait à la vente des propriétés et enlevait au censitaire la facilité de j)rotéger un parent, en lui Amendant à bas i^rix sa propriété. Il était devenu odieux par l'abus qu'on en faisait, et certains seigneurs avaient trouvé moyen d'en retirer une source de revenus considérables, en forçant l'acheteur à donner une .somme en sus des lods et ventes. Les seigneurs imposaient encore des corvées à leurs censitaires ; ils s'emparaient, sans indemnité, des bois de construction, de la pierre pour leur usage, ou pour l'utilité publique ; ils retenaient le droit de possession des rivières et des grèves, percevaient une dime sur le poisson pris dans les pêcheries sises sur les grèves de leurs seigneuries, et prétendaient enfin se servir eux seuls des cours d'eau, pour faire mouvoir les moulins, les usines et les manufactures. Ces réserves furent aussi toutes abolies sans compensation.
4^n introduisant le système seigneurial au Canada, les rois de France n'avaient eu aucunement l'idée d'y établir une aristocratie ; leur but unique avait été de favoriser la colonisation et l'établissement rapide et facile des terres incultes. Les titres de concession en font foi. Dès le commencement, les autorités avaient donné de
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grandes étendues de terres bornant le Saint- Laurent, à des officiers et à des personnes de confiance, appartenant, pour la plupart, à la noblesse de France. Ces personnes étaient obligées de rendre foi et hommage au souverain, de payer à la couronne le droit de quint, c'est-à-dire le cinquième du prix de la vente de la seigneurie, à chaque mutation, de commencer et d'etlectuer l'établissement de la seigneurie dans un temps déterminé ; enfin, de bâtir des moulins pour moudre les grains des colons. Le seigneur ne devenait donc possesseur de son fief qu'à la charge d'en promouvoir l'établissement. Il ne pouvait vendre ses terres, ni refuser de les concéder aux colons, suivants les taux ordinaires ; il n'avait pas non plus le droit de se créer des domaines particuliers.
Le seigneur n'exigeait du colon aucun argent comptant ; mais pour s'indemniser quelque peu, il l'obligeait à payer une rente annuelle d'environ deux sous par arpent en superficie, à faite moudre son grain au moulin seigneurial, en donnant la quatorzième partie pour droit de mouture ; et à chaque mutation de propriété, il exigeait le droit des lods et ventes.
A l'époque où le régime féodal ou seigneurial fut introduit au Canada, il avait été considérablement adouci dans l'ancienne mère-patrie. Les grands propriétaires avaient été soumis au pouvoir du souverain ; les privilèges et le servage avaient disparu, et l'égalité sociale commençait à prévaloir. Ce régime, considérablement modifié, par des lois spéciales, pour l'adapter à l'établissement d'un pays nouveau, fut introduit dans la colonie, parce qu'il était le seul qui fût en force
dans la mère-patrie. On ne prit donc de la féodalité que ce qu'il y avait de bon, car le seigneur canadien ne fut jamais investi de certains droits et privilèges possédés par le seigneur européen.
Ce système qui a fait son temps, et dont nous n'avons pas Tintention de discuter les mérites, était certainement avantageux aux colons, sous quelc[ues rapports. Dans la pensée du roi de France, du moins, il était destiné à procurer le ])ien-étre de la colonie. Des hommes entendus en ces sortes de matières, en ont aussi fait l'éloge à diverses reprises. " Pour un 'psijs nouveau et entièrement agricole, remarc^ue un de nos premiers jurisconsultes, M. Andrew Stuart, il n'y avait Y>-às de système préférable d'octroyer des terres ; il était propre à produire, et a j)roduit une division égale des terres, chose favorable au bonheur des hommes, aux bonnes mœurs, aux habitudes d'industrie, à la stabilité des lois du gouvernement et à la force militaire du pays."
D'un autre côté, M. Drummond s'exprimait ainsi dans un de ses discours : " Quand le système seigneurial fut établi dans le Bas-Canada, il avait été altéré par une succession de rois, étouffé par le génie subtil de Eichelieu, et réduit à rien par Louis XIV. Tel qu'il a été transporté au Canada, il était peut-être mieux adopté que tout autre système à l'établissement d'un pays nouveau ; il était réglé par les lois de la meilleure espèce, qui donnaient des droits acquis à tout homme sur chacjue acre de terre dans toute la colonie, car tout colon pouvait réclamer l'étendue de terres qu'il voulait, sans payer immédiatement un seul sou au seigneur. C'est ainsi que le seigneur possédait la terre, non pas pour lui-même, mais pour
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ceux qui le représentaient, à la condition expresse de la défricher."
Dès le début, les seigneurs jouèrent au Canada un beau rôle, celui de protecteurs, de conseillers du colon. Ils avaient dans leurs mains l'autorité civile et militaire, qu'ils avaient conquise par leur éducation, par leur position et par leur Ibrtune. Ils se montrèrent généreux et tolérants envers leurs censitaires, et ces nobles qui\lités se transmirent à leurs successeurs dans beaucoup de seigneuries. La plupart d'entre elles, surtout celles que possédaient le clergé et les communautés religieuses, imposèrent des charges peu lourdes aux cultivateurs, et conservèrent toujours les mêmes rentes. Le système seigneurial eut le succès qu'on en attendait : il lut juste et bienfaisant. S'il eût été suivi conformément aux lois du pays, et à l'esprit qui avait présidé à son introduction, on aurait été longtemps encore avant d'en souhaiter si ardemment l'abolition.
Malheureusement, certains seigneurs commencèrent, même sous la domination française, à insérer dans leurs contrats des stipulations illégales ; ils augmentèrent le taux des cens et rentes, refusèrent de concéder leurs terres par esprit d(^ spéculation, ou les vendirent à prix d'argent au lieu de les concéder. Les autorités françaises publièrent plusieurs édits, afin de réi)rimer les premiers abus qui se glissaient dans la tenure. L'édit de lYll ordonne aux seigneurs de placer les colons sur leurs terres, de concéder à titre de redevance, sans exiger des colons aucune somme d'argent. Celui de 1732 confirme celui de lYll, ordonne de plus la confiscation des seigneuries qui ne seraient pas alors concédées dans l'espace
de deux années, et défend aux seig'neurs de concéder à des taux élevés, et de vendre leurs terres sous peine de nullité de contrat et de restitution du prix de la vente. Ces édits furent considérés comme la loi du pays sous la domination française.
Plus tard, après la conquête, les abus furent continués par quelques seigneurs français et quelques étrangers qui achetèrent des seigneuries. La somme de deux sols, qui parait être le maximum des cens et rentes sous la domination française, fut élevée jusqu'à six et huit sols par arpent en superficie ( ^ ). Les propriétaires étaient certains d'être favorisés par les tribunaux, présidés souvent eux-mêmes par des seigneurs, qui facilitèrent leur ambition et leur convoitise. Les prétentions des seigneurs, qui n'avaient pas été considérées favorablement à la cour de l'intendant, furent reçues, en violation des anciennes ordonnances, dans les cours établies depuis la conquête. Le gouvernement ne songea pas à réprimer ces abus. Les représentants du peuple le tentèrent plu.sietirs fois, mais sans succès, parce que le conseil législatif s'y refusa toujours.
Par les exigences de ces seigneurs, la tenure seigneuriale était devenue finalement oppressive, un véritable obstacle au développement des ressotirces agricoles et à l'établissement des terres incitltes. Le droit exclusif de l'usage des cours d'eau par les seigneurs, empêchait et retardait
(l) Le taux lîes cens et rentes ([ui iircvalait généralement, était un sol (le cens par arpent de front et un sol ])ar arpent en superficie, de plus, un chapon évalué r quarante sols. Dans certaines places, ce droit s'élevait à 6s. 5d. pour quatre-vingt-dix acres de terre ; mais dans le district de Montréal, il était de 7s. 6d. environ pour la même étendue de terre.
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l'établissement des manufactures et des industries diverses, il contribua, plus que tout le reste, à retenir le Bas-Canada dans un état un peu arriéré. Les lods eit ventes imposaient une taxe sur l'industrie et l'activité des habitants ; si ces derniers faisaient des améliorations sur leurs terres, ou construisaient des propriétés et des usines, en les vendant, ils avaient à perdre le douzième du montant de ces améliorations. Dans les villes surtout, où le changement de propriété était fréquent, ce droit était devenu trop lourd.
Si les cultivateurs avaient eu à souffrir de la tenure seigneuriale, les industriels, de leur côté, étaient en droit de s'en plaindre davantage ; car elle avait totalement paralysé les progrès de l'industrie dans tous les genres. Les abus de ce système l'emportaient donc maintenant de beaucouj) sur ses avantages, et le temps était venu de réformer complètement cette institution usée et tout opposée, d'ailleurs, aux tendances générales de notre temps de liberté et de progrès.
La loi seigneuriale a réellement cicatrisé une plaie profonde ; elle a amélioré la condition de l'industriel et du cultivateur. Elle a proclamé l'affranchissement du sol par le< rachat de toutes les charges qui le grevait, tout en respectant le droit de propriété ; il ne resta plus que la rente annuelle, cjui était rachetable à volonté. Le seigneur, de son côté, posséda les terres non concédées dans sa seigneurie, en franc ale/i roturier, sans pouvoir en disposer autrement que d'après ce sytème. Enfin, la loi abolit un système qui ne convenait plus à ce siècle de progrès.
Cette réforme est certainement la plus grande
et la plus utile qui ait été faite, par la législature, sous r Union ; elle restera comme un monument impéris^-able des chefs libéraux MM. LaFontaine et Morin, et surtout de son auteur, M. Drummond. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'elle s'elfectua de la manière la plus paisible. " C'était comme le remarque M. LaFontaine, toute une révolution dans nos institutions ; et cette révolution, qui, dans d'autres pays, n'aurait pu s'opérer sans effusion de sang et sans reinuer l'édilice social jusque dans ses fondements, s'accomplit piiisil)lemeiit, à l'honneur de la population, sans trouble et sans aucune commotion. "
Les actes de cette première x)artie de la session furent sanctionnés par Lord Elgin avant son départ. Il y eut un ajournement des chambres du 18 décembre au 23 février suivant.
Avant de se séparer, les membres de la législatunî rendirent un dernier hommage à Lord Elgin, dans une adresse, par laquelle ils lui (exprimèrent h^ sincère regret que leur causait son départ, le félicitèrent de la manière habile dont il s'était acquitté des devoirs attachés à la haute position que lui avait confiée le gouvernement impérial, et lui firent les souhaits ordinaires pour son bonheur futur.
En laissant le Canada, Lord Elgin allait paraître sur un théâtre plus élevé, où l'attendaient de grands honneurs et des marques de distinctions méritées ; un champ plus vaste idlait s'ouvrir à son énergique activité, et ses talents administratifs allaient se développer à l'aise dans une sphère d'action plus étendue. En effet, dès 1857, il fut envo^'^é en Chine, en qualité de ministre plénipotentiaire ; il se rendit au Japon
raiinéo suivante, et négocia avec ces pays lointains les importants traités de 1858. A son retour en Angleterre (1850), il entra dans le ministère de lord Palmerston, comme maitre-général des postes ; mais en 1860, il fut de nouveau nommé commissaire royal en Chine, et prit part à la campagne de 1860, qui se termina par le traité de Pékin. Enfin, pour récompenser les services aussi nombreux cjue distingués de ce grand liomme d'état, on le nomma Vice-Roi de l'Inde en 1861. C'est dans ce poste éminent cpie la mort est venue le frapper, en 1863.
Lord Elgin avait pris l'administration du Canada le 30 janvier 1847 ; il la laissa, le 19 décembre 1854, entre les mains de son successeur. Sir Edmund Head. Homme du caractère le plus distingué, doué d'une habileté supérieure et de talents variés, il fit preuve des véritables qualités de l'homme d'état dans une position environnée de nombreuses difficultés. Il s'applicpia surtout à faire fonctionner le gouvernement constitutionnel, tel c[u'on l'entendait en Angleterre, et il favorisa également tous les partis politiques. La loi de l'indemnité, et les questions des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale créèrent des luttes ardentes entre les partis. Connaissant au parfait les rouages du gouvernement responsable, il resta spectateur impassible de ces luttes. Les troubles occasionnés, en 1849, par la loi d'indemnité furent surtout i^our lui une époque de g-rande épreuve. Il lui eût été facile de jiunir sévèrement les insultes qu'il avait reçues de la populace en furie, mais il n'écouta cjuo la bonté de son caractère, et il préféra souffrir en silen(;e ces avanies, que de
causer l'affusioii du saug, et jieut-être la guerre civile. Ce fut encore à son habileté, que l'on dut le règlement des difficultés des pêcheries et le traité commercial avec les Etats-Unis.
Lord Elgin laissa dans une condition heureuse et prospère cette colonie pleine d'avenir, dont il aA^ait travaillé à améliorer la condition sociale et politique. Son administration eut un succès signalé ; elle retentit en Angleterre où on lui fit à son retour, une réception magnifique. L'exemple qu'il a laissé, et les succès qu'il a obtenus sont demeurés comme une lumière pour diriger ses successeurs ; nous osons le dire avec franchise, nul gouverneur anglais n'a mieux comi)ris, ni mieux rempli ses devoirs.
L'administration de Lord Elgin est sans contredit la plus importante de toutes celles de l'Union. Elle vit passer les actes d'amnistie générale et d'indemnité, ceux de judicature, des postes et de l'augmentation de la représentation nationale. En outre, les deux plus grandes réformes qui aient été soumises ù la législature canadienne, fureiit amenées à boime fin : l'abolition du système seigneurial et la sécularisation des réserves du clergé. D'un autre côté, la politique commerciale fut favorisée au plus haut degré : les canaux furent terminés et agrandis, la navigation du Saint-Laurent reçut des améliorations par l'érection de phares et de jetées, et par l'établissement d'une ligue de bateaux remorqueurs ; le rappel des lois de la navigation permit aux nations de l'univers d'établir des relations commerciales avec le Canada. Une première ligne de vapeurs océaniques fut établie ; des lignes télégi-aphiques mirent toutes
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les parties de la province en communication avec les Etats-Unis et les provinces maritimes. Enfin, l'èra des chemins de fer fut heureusement inaugurée ; plusieurs lignes étaient déjà terminées, et les autres étaient en voie de progrès ; à la lin de 1854, déjà huit cents milles de chemins de fer étaient achevés. Ces entreprises gigantesques répandirent l'argent dans le pays en abondance, et avancèrent de beaucoup la prospérité générale, assurant à la classe ouvrière un emploi lucratif
Le commerce prit une nouvelle extension, c[ue la réciprocité commerciale avec les Etats-Unis allait encore augmenter. Déjà, en 1854, le commerce de và^t vient atteignait le chitlre d'environ $50,000,000. Les revenus provinciaux, qui n'étaient, en 1841, cjue d'un million de piastres, étaient portés au chitlre de quatre millions. Le crédit de la province, grâce aux talents financiers de M. Hincks, était dans un excellent état, et les bons provinciaux augmentaient de valeur sur le marché monétaire. La colonisation, question vitale pour le Canada, fit aussi de rapides progrès, sous l'influence d'hommes patriotiques ; les industries diverses, celles des pêcheries,des mines et des bois de construction entre autres, furent exploitées sur un plus grand x)ied. La progression de la population se fit aussi très-rapidement ; estimé, en 1841, à guère plus d'un million d'âmes, le chiffre des habitants atteignait déjà en 1854, près de deux millions. L'immigration avait pris un cours rapide et contenu ; elle n'avait pas peu contribué à produire ce bon résultat.
Malgré les luttes jpolitiques nombreuses et acharnées, l'union des Canadas eut donc pour
résultat do transformer, en quatorze années, deux provinces mécontentes, peu peuplées, en une province prospère, populeuse, indépendante et assez contente de son sort. Les faits que nous venons d'énumérer en sont une preuve convaincante.