ADMINISTRATION DE SIREDMIIND HE AD
MINISTÈRE MCNAB-TAOHÉ 1855. — CONSEIL LÉGISLATIF ÉLECTIF 1856. — MINISTÈRE TACHÉ-MCDONALD 1857. — CODIFICA- TION DES LOIS CIVILES. — DÉCENTRALISATION JUDICIAIEE. — OUTAOUAIS CAPITALE.
Sir Edniund Head nommé gouverneur. — Retraite de M. Morin et de ses collègues du Bas-Canada. — Ministère McNab-Taché, ]\IM. Cartier et Cauclion ministres. — Les csnservateurs et les libéraux. — Continuation de la session de 1854-55. — Loi municipale du —Bas-Canada, lois de la milice, de la franchi.se électorale, des fonctionnaires publics, des écoles séparées, etc. — Allocations publiques. — Projet de loi rendant le conseil législatif électif rejeté. — Débats sur la question du siège du gouvernement. — Résumé de la session. — Exposition de Paris en 1855. ^Visite de M. de Belvèze, commandant de la Capricieuse. — Âlonuments des braves de 1760 et des victimes de 1 insurrection de 1837-3S. — .Session de 1S56. — Conseil législatif rendu électif. — Augmentation du tarif, allocations publiques. — Octroi au chemin de fer de Québec au lac Huron, aide au Grand Tronc. — Amendements à l'acte des écoles du Bas-Canada, création des écoles normales, discussion au sujet des écoles séparées. — Progrès de l'instruction publique, retraite du Dr Meilleur. — Création de l'Université-Laval. — Progrès de la littérature canadienne. — Discussions au sujet du procès Corrigan, du rappel de l'Union. — Question de la capitale, dissolution du ministère McNab-Taché. — P'ormation du ministère Taché-McDonald. — Observations sur ce ministère. — Lutte entre les libéraux et les conservateurs, élection de douze conseillers législatifs.- — Session de 1857. — Organisation du service civil. — Codification des lois civiles du Bas-Canada. — Décentralisation judiciaire, prison de réforme. — Acte des sociétés d'agriculture. — Allocations publiques. — Aide au Grand Tronc . - Octroi au chemin de la Rive Nord, retraite de 'SI. Cauchon. — Question de la capitale laissée au choix de la reine, Outaouais choisi.. — Accident de chemin de fer au canal Desjardins, incendie du vapeur Montréal.
Le successeur de Lord Elgin fut Sir Edmund Head, ci-deyant lieutenaut-gouverneur de la
Nouvelle-Ecosse. Nommé gouTerneur-géiiéral le 21 septembre 1854, il ne prit les rênes de l'administration que le 19 décembre suivant. On le reconnaissait comme doué d'une grande habilité, de talents variés et cultivés avec soin.
Le commencement de son administration fut marqué par la retraite de M. Morin du ministère. M. Morin avait déjà déclaré à ses collègues que l'état de sa santé ne lui permettait pas de continuer plus longtemps l'exercise de ses fonctions, comme commissaire des terres et comme chef de la section du cabinet pour le Bas-Canada. Après la mort du juge Panet et la retraite du juge Rolland, MM. Duval et Caron les remplacèrent comme juges de la cour du banc de la reine. On offrit alors à M. Morin de remplacer, avec M. Badgley MM. Duval et Caron comme juges de la cour svipérieure. Ils acceptèrent tous deux, le 27 janvier 1855. M. Morin avait certainement toutes les qualités qui conA'iennent à un juge, connaissances approfondies dans la loi, bon jugement, amour du travail. La confiance qu'on avait eue jusqu'alors en lui, le suivit sur le banc judiciaire, qu'il orna par ses vastes connaissances, par son intégrité et ses vertus. Il rendit plus tard d'éminents services, comme commissaire de la codification des lois civiles, et comme doyen de la faculté de droit à l'Université Laval.
La retraite de M. Morin causa des regrets universels. Ce véritable patriote, après avoir combattu un quart de siècle pour conquérir la liberté de ses concitoyens, laissa des souvenirs impérissables de droiture et d'intégrité. Bien qu'il fût ministre pendant l'époque des chemins de fer et des grands travaux publics, qui donné-
relit lieu à tant de spéculations individuelles, il sortit du cabinet aussi pur qu'il y était entré. Sa conduite lut toujours noble et exempte de tout blâme. Il lut l'expression parfaite de rhonnôte homme politique, du bon citoyen et du sincère catholique. Sa mémoire resta en vénération parmi les Canadiens sans distinction d'origine.
Peu après, M. Hincks, le ci-devant collègue de M. Moriii, se retira aussi de la vie politique. En 1855, il fut fait chevalier en reconnaissance de ses services passés. Cet homme d'état, après s'être rendu remarquable par sa grande habileté de ministre des finances, fut appelé au poste éminentde gouverneur de la Barbade, et ensuite de la Gruyaiine Anglaise. Il revint au Canada en 1869 ; on lui oflrit le portv-feuille des finances, devenu vacant par la retraite de l'hon. M. Rose. Il accepta cette haute position, qu'il occupe encore ajourd'hui (18^2).
Nul homme politic[ue n'a été le sujet de tant d'attaques de la part de ses adversaires. On essaya de perdre sa réputation en l'accusant, ainsi que quelques-uns de ses collègues, d'avoir spéculé sur les fonds provinciaux, sur les actions des chemins de fer et sur la vente des terrains publics. M. Hincks fut le premier à demander une enquête, qui eut lieu pendant la session. Cette enquête prouva qu'aucune des accusations proférées contre lui n'était fondée, et ses ennemis, M. Brown entre autres, restèrent dans la confusion. Il fut vengé de ces attaques par son élévation aux postes les plus hauts.
Les collègues de M. Moriii considérèrent sa retraite comme occasionnant la dissolution de la section l^as-canadienne du ministère, et donnèrent
252 Sm EDMITND HEAD. [1855
leur démission. Après la session de 1854-55, M. Chaiiveau abandonna la politique, et remplaça le Dr Meilleur, comme surintendant de l'éducation. M. Chabot continua à siéger en chambre jusqu'en 185 G ; il fut alors nommé commissaire de la tenure seigneuriale et ensuite juge de la cour supérieure. Il s'acquitta de ses fonctions avec une droiture de raison qui lui valut l'estime du barreau. Ces membres de l'administration Hincks-Morin laissèrent, en quittant l'arène politique, les souvenirs les plus honorables cjue puissent léguer des hommes d'état. Leurs noms, ainsi que ceux de leurs collègues, sont mêlés aux plus grandes réformes exécutées sous l'Union : l'augmentation de la r(^présentation, la sécularisation des terres réservées, l'abolition de la tenure seigneuriale, la construction des chemins de fer, etc.
Sir Allan McNab s'adressa à M. Et.-P. Taché pour reconstruire la section du ministère dans le Bas-Canada. M. Taché pria M. Drummond de conserver son portefeuille de procureur-général, et appela MM. Cartier, Cauchon et Lemieux à présider les autres départements publics. Le 27 janvier 1855, M. Cartier devint secrétaire provincial, M. Cauchon, commissaire des terres de la couronne, et M. Lemieux, commissaire des travaux publics (i).
Ces changements ne furent que le résultat de la retraite de M. Morin ; les princii)es de l'administration restèrent les mômes, car les nouveaux
(i) L.2 ministère McNab-Taché se trouva composé des noms suivants : Sir Allan McNali, premier ministre, MM. E.-I'. Taché, John-A McDonald, Drummond, Cayley, Spence, Ross, Cartier, Cauchon et Lemieux.
ministres avaient accepte et soutenu loyalement l'administration McNab-Morin. Le pays fut dédommagé de la perte de M. Morin et de ses collègues, par l'admission au mniistère des nouveaux membres.
M. Cartier avait conquis, par son talent et par son énergie, une place brillante au barreau. Dès son entrée dans la politique, il s'était appliqué à l'étude des ressources de la province et des grandes entreprises publiques. Il contribua ])eaucoup à lancer le Canada dans la voie du progrès matériel. On découvrit bientôt en M. Cartier les qualités d'homme d'état, qui le désignaient d'avance comme le successeur de MM. LaFontaine et Morin. Démocrate dans son jeune âge, il fut admirateur de ces deux chefs libéraux, et resta leur fidèle partisan. L'alliance des conservateurs et des libéraux reçut son entière approbation. Il avait déjà refusé d'être solliciteur-général et commissaire des travaux publics sous les dernières administrations. Homme intègre et désintéressé, M. Cartier est loin d'être un brillant orateur, mais il parle toujours avec force, conviction et logique.
M. Cauchon avait une réputation acquise d'homme de talents distingués et de grande énergie. Il avait commencé avec l'Union à se mêler des affaires politiques comme journaliste. En 1842 il avait établi Le Journal de Québec, qu'il rédige encore aujourd'hui. Membre depuis 1844, il avait déjà acquis une grande expérience parlementaire. Comme journaliste, M. Cauchon s'est fait le vaillant défenseur des intérêts canadiens ; il est reconnu pour un des publicistes les plus in- Uuents. Adversaire redoutable dans la presse.
dans les luttes parlementaires, il s'est fait dans sa carrière beaucoup d'ennemis, a déjoué bien des ambitions. Ceux qui saA^aient apprécier le A^rai mérite virent dans son ascension au pouvoir la juste récompense des services qu'il avait rendus, par ses luttes énergiques, pour le triomphe des 'x:)rincipes libéraux. Partisan dévoué de MM. LaFontaiue et Baldwin, il fit une gueiTe continuelle au ministère Hincks-Morin, parce que celui-ci s'était allié aux C/eargrils ; il contribua puissamment à la coalition des libéraux-conservateurs.
Le Canada ne vit \Ax\s dès lors cjue deux partis politiques, les comervatems et les libéraux. Les graves questions c[ui, jusqu'à cette époque, avaient classé les partis politiques, la responsabilité ministérielle, les réserves du clergé, etc., étaient réglées. La solution de ces questions avait changé les partis ; elle laissait les chefs politiques dans des positions différentes de celle d'autrefois. Les nouveaux chefs du parti ministériel du Bas-Canada, MM. Cartier, Taché, Cauchon, de mêmes que leurs collègues inséparables, Sir Allan McNab et M. .Tohn-À^ McDonald, Koss, etc., seront maintenant désigné sous le nom de conservateurs. Les chefs du Haut- Canada ne seront plus des hommes de privilèges et d'exclusion, des ennemis du Bas-Canada, comme ceux de l'ancien parti fort/ ; ils seront les amis, les défenseurs des catholiques, et ces derniers pourront compter généralement sur leurs sympathies. Les chefs des conservateurs auront pour principes Tordre, la conservation des institutions religieuses, politique s'alliant avec les idées de progrès. Ils maintiendront ferme l'éga-
lité de la représentation dans les deux sections de la province, soutiendront les écoles séparées, et s'opposeront à ce que l'élément démocratique s'insinue trop dans les institutions du Canada. Ils se conformeront à ces institutions, qui tout en ayant quelques inconvénients, avaient leurs avantages, ils les croyaient avantageuses au peuple, parce qu'elles étaient la forme du gouvernement qui pouvait le satisfaire, qui lui offrait la liberté civile, et qui était en harmonie avec les mœurs et le caractère des différentes origines.
Le parti libéral se composa des démocrates du Bas-Canada, dont les chefs étaient MM. A. -A. Dorion, Holton et Papin, des deargrits, Brown, Mackenzie, et autres membres aux vues dites avancées, de M. J.-Sanfield McDonald, M. Foley et autres libéraux modérés. Les libéraux auront pour principes les écoles communes, la fixation de la convocation des chambres ; ils chercheront à introduire les idées républicaines, le ï)rincipe d'élection des officiers publicsij^le vote au scrutin J H diminuer les allocations des écoles supérieures, etc., ils s'opposeront à toute organisation efficace de la milice, parce qu'ils la croyaient inutile, et qu'elle augmentait le patronage public. Les libéraux du Haut-Canada chercheront surtout à dominer le Bas-Canada, en demandant pour eux un plus grand nombre de représentants, à répandre le fanatisme religieux x)armi le peuple pour se faire de la popularité ; ils nieront aux catholiques le droit d'avoir des écoles séparées, et s'opposeront à l'incorporation des sociétés religieuses. Ils tiendront, enfin, envers le Bas-Canada la conduite injuste des tories sous le commencement de l'Union.
256 f^R EDMUND HEAD. [1855
La session, qui avait été ajournée le 18 décembre, fut reprise le 23 février 1855 (i).
Une nouvelle loi des municipalités et des chemins pour le Bas-Canada, œuA're de M. Drummond, fut présentée, à la discussion des membres, comme mesure ministérielle, et passée à une forte majorité. Cette réforme (dans le système municipal) substituait la munii-ipalité de paroisse à celle de comté établie par l'acte de 1846, tout en conservant les municipalités de comté. Cette organisation, réclamée par l'opinion publique, avait existé en 1845-46, et avait été rappelée aA^ant d'avoir subi l'épreuve nécessaire. La loi de M. Drummond n été remplacée par cell > de
Le système municii^al a donné plus de force et d'extention aux libertés civiles. Il est le plus beau priviléue qu'on puisse conférer au peupl(\ et a débarrassé la législature de la nécessité de s'occuper des c{uestions locales. Il a procuré au peuple l'un des meilleurs moyens d'apprendre comment se gouverner lui-même, et comment tirer partie des institutions libres dont on l'a favorisé. Ce système ne fut pas d'aboi-d apprécié à sa juste valeur, lors de son introduction en 1841, parce qu'il contenait des clauses peu libérales, et que l?s Canadiens se défiaient des auteurs de la mesure ; mais il fonctionna parfaitement bien avec les chana-ements opérés par la nouvelle loi.
Une autre mesure ministérielle mettait sur nn meilleur pied le système de la milice provinciale,
(i) Le 8 février l8^5, six nouveaux conseillers législatifs furent nommés : MM. E. Perry, D.-AI. Armstrong, li. Seymour, E. Cartier, W--H. Dickson et Joseph Legaré.
1855] SIR EDMUND HEAD. 25t
et remplaçait l'acte de 1846. Cette loi avait été préparée par une commission composée de Sir Allai! McNab, du colonel Et.-P. Taché, du colonel Kiittenburg' et d'autres militaires. Elle pourvoyait à l'organisation d'une force de cinq mille volontaires, outre la milice sédentaire. Cette loi importante qui fut amendée en 1859, et rappelée en 1863, à servi de base à l'organisation militaire et au système actuel de la milice volontaire.
Les libéraux combattirent la mesure énergiquement ; suivant eux. il n'y avait pas besoin de milice, puisqu'il n'y avait pas d'ennemis à repousser et qu'aucun symptôme de guerre n'existait. La milice ne faisait qu'augmenter le patronage de la couronne déjà trop grand. Telle était l'opinion de M. Papin et de plusieurs autres/ Un amendement, pour remettre à six mois la deuxième lecture du projet de loi, fut perdu sur une division de vingt-cinq contre soixantequinze. Le ministère crut prudent, dans un temps où la métropole était en guerre avec la Russie, de mettre la milice sur un pied efficace, afin de permettre aux Canadiens d'aider à réprimer les désordres à l'intérieur et les agressions possibles du dehors.
Le gouvernement impérial, par une dépêche de Sir G-eorge Grey, en date du 13 avril 1855, avait signifié au gouvernement canadien, que la nécessité l'obligeait à retirer une partie de ses troupes, et qu'à l'avenir le Canada devait pourvoir, dans une certaine mesure, à la défense de la province, ma ntenir l'ordre à l'intérieur et faire exécuter les lois. Il s'engageait à fournir une force militaire pour défendre la colonie dans le cas où elle serait menacée par des armées hosti-
258 >:IR EDMUiVD HEAD. [1855
les. La métropole fit eu même temps don à la province des terrains d'une grande râleur, qu'elle avait jusqu'alors possédés pour des fins militaires, afin d'aider le gouvernement à subvenir aux frais de la milice ; elle ne conserva que les propriétés des villes de Kingston, de Montréal et de Québec. La métropole inaugurait la politique de laisser les colonies subvenir elles-mêmes à la défense militaire, politique qui a été consommée par le retrait définitif du reste de ses troupes en 18IL
L'acte qui concernait les bureaux d'enregistrement, fut amendé de manière à ce que chaque comté eût son bureau d'enregistrement ; un autre acte abolissait les frais de poste des journaux ; un troisième créait un bureau d'audition des comptes publics.
Une mesure importante étendait la franchise électorale à un certain nombre de personnes privées jusqu'alors du droit de voter à l'élection des membres. Cette loi valut à l'administration la reconnaissance des amis de la liberté constitutionnelle.
La législature accorda, par une loi, une aide additionnelle de =£900,000 à la compagnie du Grand Tronc, afin de la mettre en état de remplir ses obligations. Sans ce secours, la compagnie aurait été obligée de suspendre ses opérations, car la guerre de la Crimée avait rendu difficiles les emprunts sur le marché anglais. Cette somme portait à =£3,111,500 la garantie de la province accordée à cette compagnie. L'opposition proposa plusiers amendements, qui furent rej^oussés à de fortes majorités.
Un projet de loi, préparé par M. Cauchon,
1855] SIR EDMUND IIEAD. 259
ministre des terres de la couronne, fut introduit pour rendre le conseil législatif électif L'assemblée législative donna son adhésion presque unanime à cette mesure ; MM. Cameron, Brown et Wilson furent presque les seuls à les condamner. Mais elle ne put parvenir à sa deuxième lecture au conseil législatif; où la majorité se prononça contre, sous prétexte qu'on lui avait demandé son approbation à une époque trop avancée de la session.
La législature augmenta le salaire des fonctionnaires publics, qui avait été diminué en l&ôl. Celui des ministres et des juges en chef fut porté à c£l,250, celui des juges puinés à <£1,000, enfin celui des employés des divers départments publics fut augmenté de quinze à vingt-cinq pour cent. Les libéraux s'opposèrent à cette augmentation, la majorité des représentants jugea, au co]itraire, qu'il fallait noblement rénumérer les officiers publics.
L'acte des écoles du Haut-Canada fut amendé en ce qui concernait les écoles séparées. Cette loi, arrachée aux préjugés populaires, resta encore illusoire et comme non avenue ; car elle était placée sous le contrôle d'un surintendant et de syndics protestants hostiles à la liberté de l'enseignement. Lorsque la loi fut de nonAJ-eau amendée, en 1863, il n'y avait encore que cent neuf écoles séparées dans le Haut-Canada.
La question du siège du gouvernement, qui touchait à tant d'intérêts divers, fut discutée avec chaleur ; elle divisa et passionna les représentants. Beaucoup de députés étaient d'avis, que le système des capitales alternatives était dispendieux et nuisible à la conservation des
archives et de la bibliothèque ; ils voulurent donc fixer, d'une manière permanente, le siège du gouvernement. MM. Drumraond, Cartier, Loranger et Dorion étaient de cet avis. La majorité des représentants se prononça contrairement à cette opinion, et décida qu'il n'était pas expédient de changer les arrangements adoptés en 1849 et sanctionnés en 1851, c'est-à-dire les parlements alternatifs de Toronto à Québec et vice versa. MM. Hincks, Cauchon, Erown et Chabot donnèrent leurs votes en ce sens. Ils croyaient encore que c'étaient le seul moyen de satisfaire les Canadiens des deux provinces, et ils ne voulaient pas manquer à l'engagement qu'ils avaient pris en 1849.
Il était résulté de bons résultats du système alternatif, surtout dans le temps où il y avait tant de préjugés dans l'esprit des Canadiens du Haiit et du Bas-Canada. Puisque le bien désiré était effectué, il eût été préférable de discontinuer un système si coûteux à la province, et de choisir une capital<3 fixe. Québec réunissait bien tous les avantages que pouvait avoir une capitale, et avait plus de chances de succès que toute autre A ille. Il n'en fut x">as ainsi ; une motion de M. Papin pour fixer le siège du gouvernement dans cette ville ne réunit que quarante et une voix contre soixante-douze. Plusieurs membres du district de Montréal votèrent pour Québec, tandis ([u'un certain nombre de celui de Québec se prononcèrent pour Toronto.
Le système alternatif lemporta, et le siège du gouververnement fut transporté dans l'automne de 1855 de Québec à Toronto pour rester les quatre années suivantes, dans cette dernière cité.
1855] SIR EDMTTND HEAD. 261
Cette iiiémoraule y;s.sioii, commeiicéo en 1854, fut close le 30 mai 1855. Dans une adresse à ^)ir Edmund Head, M. le président Sicotte énuniéra les travaux importants opérés par les chambres : " La législature, durant la session, dit-il, a donné son assentiment à un très-grand nombre de lois, dont plusieurs touchent aux intérêts les plus graves de la société. La tenure seigneuriale et les réserves du clergé, par leurs tendiinces et leurs résultats, afïectaient profbidément la situation économirjue, civile et religieuse du pays. La solution de ces deux c[uestions est un événement de la plus haute importnnce, par la grandeur des intérêts qui s'y rattachent, et par le progrès, au point de vue matériel et social, f[ui doit découler de l'altranchisseraent du sol. La réforme de la propriété au profit des masses, même si elle était défectueuse sous quelcjue
rapport, doit produire des eflpts bienfaisants
Le système municipal du Ijas-Camida a subi une refonie complète. Des dispositions plus claires et plus in-aticjuos, ax^-ordant une plus grande liberté d'initiative, faciliteront l'organisation municipale sur tous les points. Il est grandement désirable que le peuple, s'habiUiant à compter sur lui-même, emploie ses forces locales pour le développement de ses ressources et de
ses intérêts locaux Les communes se sont
(empressées de sanctionner les actes nécessaires pour établir la réciprocité commer(,'ial(' entre les Etats-Unis et le Canada. Cette législation et les lois nombreuses cpii ont été passées pour faciliter les voies de transport et le commerce, doivent faire espérer cj[ue la prospérité, dont a joui le Canada depuis plusieurs années, ne sera pas arrêtée "
Parmi les événements remarquables survenus dans la même année 1855, se trouvent l'exposition universelle de Paris, et l'établissement de relations plus intimes avec ]a France.
L'exposition universelle de Paris, qui eut lieu en 1855, permit au Canada d'occuper une place distinguée dans ce deuxième concours industriel et artistique des nations. La variété de ses productions agricoles, la beauté de ses bois, la richesse de ses minéraux et de ses fourrures, fixa spécialement l'attention de la France. On admira surtout la collection minéralogic[ue si bien faite par le sayant géologue M. Logan, et qui obtint une médaille d'honneur, aussi le superbe trophée composé des produits de la forêt. Les effets exhibés furent plus nombreux et plus variés qu'à l'exposition de Londres de 1851 ; le Canada se trouva par le nombre des produits au septième rang parmi tous les pays, et au ptremier parmi les colonies. Il eut une large part dans les récompenses ; quatre-vingt-treize médailles honorables lui furent décernées. Le succès obtenu par le Canada fut surtout dû aux travaux des commissaires, MM. Joseph-Charles Taché et Logan, qui furent tous deux créés chevaliers. M. Taché appela l'attention des Français et des autres peuples, par la publication de son magnifique travail, Esquisse sur le Canada, considéré sous le point de vue écoiiomiste ; cet ouvrage a joui d'une grande vogue, et contribué beaucoup à faire connaître le Canada.
Nous aimons à enregistrer ici le témoignage que donne M. Chs Robin, dans son Histoire de l'Exposition universelle:
" M. J.-C. Taché a déployé dans l'accomplisse-
1855] SIR EDMUND TTEAD. 263
ment de son mandat un zèle et une activité "VTaiment méritoires ; on peut dire qu'il a popularisé le Canada en France, qu'il l'a lait aimer en le faisant connaître par les publications pleines d'à-propos, qui ont été répandues par ses soins. Son Esquisse sur le Canada est une de ces œuvres qui, dans un î>ays comme le nôtre, atteignent leur but. C'est un ouvrage concis, nourri défaits substantiels, un tableau animé de ces contrées fertiles, pittoresques, où battent bien des cœurs français.
" M. Taché aime la î'rance comme ses i^ompatriotes ; cela se sent à chaque ligne de son remarquable opuscule, et c'est sans amertume cju'il nous rappelle c[ue 800,000 habitants, d'origine française, se souviennent toujours au Canada cjue leur mère-patrie c'est la France.
"Au point de vue commercial, M. Taché a fait très-habilement ressortir les avantages cjue les deux pays peuvent retirer de transactions suivies, et cette propagande portera des fruits ; la beauté des produits du Canada nous en est un sûr garant. "
MM. Lange vin et Hogan publièrent aussi des essais sur le Canada, qui ont été également bien appréciés de leurs concitoyens.
Pendant c]ue cette exposition avait lieu, le gouvernement français envoyait son représentant, M. de Belvèze, commandant de La Capricieuse, pour établir entre la France et le Canada des relations commerciales, qui devaient profiter aux deux pays. La i^résence des Français fut un véritable événement. Les Canadiens, sans distinction d'origine, accueillirent et fêtèrent, surtout dans les principales villes, avec le plus
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grand enthousiasme, le premier navire de guerre français venu depuis la conquête ; ils saisirent cette occasion pour témoigner à la France leurs profondes sympathies. Ce n'étaient pas des étrangers qu'ils recevaient, mais des frères, des alliés ; c'étaient les fils d'une des nations les p\uB puissantes du globe. Le souvenir de la France se réveilla plus que jamais ; d'ailleurs, les Canadiens-Français ont toujours conservé pour leur ancienne mère-patrie les sentiments les plus sympathiques.
Les Français témoignèrent de leur côté leur A^ive reconnaissance pour le gi-acieux et bienveillant accueil qu'ils reçurent des Canadiens. L3 résultat de la mission de M. Belvèze fut l'établissement d'un consulat général au Canada, et la modilication du tarif français pour l'introduction des bois et des navires canadiens en France. A la suggestion du gouvernement canadien, l'Angleterre pria l'empereur dos Français d'établir un consulat. Le gouvernement français ne se rendit pas immédiatement à cette demande ; il nomma, en 1858, M. Blancheton pour son consul, mais il mourut avant de prendre possession de son poste. L'année suiA'ante, M. le baron Craudrée-Boileau vint se fixer à Québec comme consul-général de la France. Jusqu'à cette époque, la France n'achetait rien du Canada, et le peu de marchandises qu'elle fournissait aux Canadiens, venait par voie indirecte. La province put dès lors échanger ses bois et ses produits naturels contre les vins, les fruits et les eaux-devie, et les deux gouvernements diminuèrent en conséquence le tarif sur ces produits. Depuis quelques années, un certain nombre de navires
18,55] Sm EDMUND HEAD. 2G5
sont A'onus échanger les produits français contre ceux du Canada. Il n'y a pas de doute que ces transactions augmenteront avec le temps.
Ce fut pendant, la visite des Français, qu'eut lieu l'imposante cérémonie de la pose de la pierre angulaire d'un monument qu'élevèrent les Canadiens en mémoire de la deuxième bataille d' Abraham. L'éclat de cette fête fut rehaussé par la présence des représentants de la France et de l'Angleterre, M. de Belvèzeet Sir Edmund llead, des marins français et des descendants de la peuplade huronne de Lorette ; toute l'élite de la société canadienne y assistait également avec la masse des citoyens. Un discours magnificjue fut prononcé par M. Chauveau, qui sut, par ses paroles éloquentes et xiatriotic|ues, faire la plus vive impression sur les esprits.
Le 5 juin de l'année précédente, on avait fait solennellement la translation des restes des soldats français et anglais, que des excavations de terrain à Sainte-Foye avaient mis à nu. On avait pu constater que ces ossements, trouvés sur le champ même de bataille de 1^60, étaient ceux des guerriers inhumés après l'action. Ces glorieuses dépouilles furent recueillies avec empressement, et après avoir été bénies par l'archevêque de Québec, elles furent inhumées dans une fosse commune, sur les plaines de Sainte- Foye. On résolut d'élever à cet endroit un monument pour perpétuer le souvenir des soldats généreux cjui s'étaient sacriliés au triomphe de leur cause respective. Il appartenait à la ville de Québec qui avait déjà élevé un monument à la gloire commune de "VVolfe et de Montcalm, d'ériger cet autre monument historic^ue. La
France voulut contribuer à cette œuvre nationale, et donna une statue de la victoire, qui fut placée, en 1863, sur le monument. Une autre fête eut lie a à cette occasion.
La ville de Montréal se fit ég'alemeiit un honneur d'ério-er un monument à la mémoire des victimes de l'insurrection de 1837-38, mortes dans les divers engagements ou sur l'écliafaud. Si les actes d'amnistie et d'indemnité avaient réhabilité ceux qui avaient pris part à cette insuiTection, ce monument réhabilitait également les victimes mortes en défendant la cause du peuple.
Les Canadiens fêtèrent encore, en 1856, avec un grand enthousiasme, le succès des armées alliées de la France et de l'Angleterre, à Sébastopol. Les catholiques célébrèrent, de leur côté, avec une grande pompe, la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception de la Yierge Marie.
Sir Edmund Head ouvrit la deuxième session .du cinquième parlement le 15 février 1856 (i). Dans le discours du trône, il mentionna, entre autre choses, une mesure pour rendre le conseil législatif électif, et une autre pour l'organisation d'une police provinciale.
M. Evanturel, nouveau député, i)roposa l'adresse en réponse au discours du gouverneur. L'opposition tenta d'y faire plusieurs amendements. M. A -A. Dorion, dans le premier amendement, reprocha au gouvernement l'absence de
(i) M. Frs Evanturel fut élu pour le comté de (Québec à la place de M. Chauveau ; M. W.-S. Conger pour celui de Peterborough, à la place de M. Langton. Pendent la session, M. John Supple prit son siège comme membre de Renfrew, à la place tle M. Hincks.
1856] SIR EDMUND HEAD. 26t
mesures relatives à l'éducation générale, au commerce et aux entreprises pour faciliter le commerce. Dans son discours, il fit une peinture ivop sombre de l'éducation dans le Bas-Canada, qui, suivant lui, n'était pas ce qu'elle devrait être. M. Cartier se chargea de répondre aux arguments dont s'était servi M. Dorion ; il prouva que le nombre d'écoles augmentait tous les ans, et que bientôt le Bas-Canada n'aurait rien à envier au Haut-Canada. MM. Galt, Young, Cayley, etc., parlèrent de l'avenir commercial de la province, après quoi, l'amendement de M. Dorion fut rejeté à une majorité de vingt-six voix. D'autres amendements proposés par M. Brown, concernant la manière dont avait été réglée la question des réserves du clergé, par M. John-S. McDonald, contre l'établissement d'une police provinciale, et par M Daoust, relativement à la tenure seigneuriale, n'eurent pas plus de succès. Après onze jours de discussion, l'adresse fut votée à une grande majorité ; le ministère sortit victorieux, sa politique et ses actes furent ax3prouvés par les deux tiers de la représentation.
La principale mesure de la session fut celle que rédigea et présenta M. Cauchon, commissaire des terres, pour rendre le conseil législatif électif : c'était la même que le conseil avait rejetée à la session précédente. M. Cauchon avait d'abord été opposé à l'élection des conseillers législatifs ; il s'était ensuite rendu au vœu général de la population. D'après les disj^ositions de la loi, le conseil législatif devait se composer des membres d'alors, qui retiendraient leurs sièges durant leur vie, et de quarante-huit membres
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élus par le peuple pour huit années. L'élection devait se fiire graduellement, douze à tous les deux ans, c'est-à-dire 18ÔG-58-G0, etc. La province était divisée à cette fin en quarante-huit collèges électoraux, dont vingt-quatre pour le Haut- Canada, et vingt-quatre i^our le Bas-Canada (i). La loi exigeait que tout membre de la chambre haute fut propriétaire de biens fonciers d'une valeur de deux mille louis, dans les limites du collège électoral même. Le président devait être nommé, comme par le passé, par le gouverneur ; cette dernière clause fut amendée en 1860;*et les conseillers élirent depuis cette date leur propre président.
Le principe du projet de loi de M. Cauchon reçut l'approbation presque générale. Six députés seulement, au nombre desquels étaient MM. Brown, Cameron et Kobinson, votèrent contre la deuxième lecture. M Brown voulut fixer la durée du mandat des conseillers à quatre années au lieu de huit. Il ne réunit ([ue vingt-cinq dépntés à s<'S opinions ; MM. Dorion, Papin et quelques autres libéraux étaient du nombre.
M. Gould proposa de diviser les collèges électoraux d'après le chiffre de la population, sans égard à la ligne qui sépare le Haut du Bas-
(i) Nom (les collèges électoraux du Bas-Cana.la : Golfe, Cmii 1viUe, De la Duiaiitaye, I.au'.on, Kennebec, De la Vallière, Wellington, SfJiel, lîedford, Rougemont, Montarville, De Lorimier, Les Laurentidcs, La Salle, Stadacona, Cliaouiniganc, De Lanaudière, Repentigny, .Mille Isles, Inkeiman, Aima, Victoria, Rigaud et De Salaberry.
Xom des collèges électoraux du Haut-Canada : Western, St. Clair, .Malahide, Tecumseth, Saugeen, Brock, Gore, Thames, Erié, Niagara, Burlington, Home, Midland, York, King's, Queen's, Newcastle, Trent, Quinte, Calaracoui, Bathurst, Rideau, St. Lawrence et Eastern.
Canada. Vingt - trois députés, tous du Haut- Canada, se prononcèrent parleurs votes en faveur de ce principe injuste au Bas-Canada ; parmi eux étaient MM. Mackenzie, Brown, Cameron, Foley, Rolpli et Christie. M. l'apin i^rolita de cette occasion pour essayer à faire disparaître la qualification foncière exigée aux membres de l'assemblée législative. Sa motion à cet effet fut rejetée sur une division de cinc[uante-deux contre vingtsept ; tous les libéraux votèrent en sa faveur ; ils ne firent cependant pas d'opposition au projet de loi, qu'ils trouvèrent assez libéral.
La majorité des conseils législatifs approuva également la mesure ministérielle, qui changeait la constitution de ce corps législatif. Dix seulement enregistrèrent leur protêt contre ces changements ; MM. de Blaquière, Ferrier et Widmer étaient au nombre des adversaires de la mesure.
L'acte reçut la sanction de la reine, et l'on procéda ensuite au tirage au sort des douze collèges électoraux qui devaient élire les premiers conseillers. L'élection se fit dans l'été de 1856.
Nous devons constater c[ue les institutions du pays devenaient de plus en plus libérales, et que les conservateurs s'unissaient aux libéraux i^our obtenir ces changements. Les cpiestions des réserves du clergé, de la tenure seigneuriale l't du conseil législatif le prouvent suffisamment.
Nous avons déjà remarqué que le peuple, la presse et les représentants avaient demandé la réforme de cette branche de la législature. On avait donné pour raisons ^principales, que plusieurs conseillers n'assistaient pas aux séances pour causes de maladie ou d'affaires. En outre, cette chambre ayant fait opposition au gouver-
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nement et rejeté plusieurs mesures populaires, on avait été obligé de nommer de nouveaux conseillers favorables aux administrations ; mais ces additions, comme le remarque M. Drummond, avaient jeté un grand discrédit sur le conseil ; on s'apperçut alors, qu'il avait perdu tout principe de vie, et un cri général s'éleva dans la province en faveur d'une réforme.
Le nouveau régime ne fut pas finalement reconnu meilleur que l'ancien, c'est-à-dire la nomination des conseillers par la couronne. Il faut convenir que le choix que lit le peuple dans l(^s i^ersonnes qui le i-eprésentèrent à la chambre haute, ne fut pas heureux dans son enseml^le. On ne montra pas toujours, pour l'élection des conseillers, le même zèle que x^our celle des membres de l'assemblée législative ; on vit souvent les hommes les plus capables préférer se faire élire pour la chambre basse, afin d'éviter les dépenses troj) considérables qu'occasionnait une élection dans les deux ou trois comtés dont se composait un collège électoral. Nous verrons les hommes d'état qui ont préparé la constitution fédérale, revenir à la nomination des membres de la chambre haute j)ar la couronne.
La législature adopta un nouveau tarif; les droits sur certaines marchandises furent augmentés de douze et demi à cjuinze pour cent, et ceux des spiritueux et des épiceries d'une manière sensible. Cette élévation des droits était rendue nécessaire par l'accroissement des dépenses publiques, et par les nouvelles obligations de la province envers le Grand-Tronc Ce tarif resta en force jusqu'en 1859.
C'est pendant cette session que les députés
XDortèrent leur indemnité à six piastres, chaque jour de la session. Une somme de $100,000 fut allouée à la construction de chemins de colonisation ; une égale somme avait été accordée à la session i^récédente pour la même fin. Près de $500,000 furent votées pour divers travaux maritimes, phares, glissoires, canaux, etc. La législature sanctionna encore une somme de $108,000 pour dépenses indispensables encourrues en
L'allocation annuelle, destinée à l'exploration géologique, qui avait été de huit mille piastres depuis 1845, fut portée à vingt mille pour cinq années ; on voulait par là continuer l'exploration d'une manière efficace, et établir un musée de géologie. Ce n'est que depuis 1841, que l'on s'est occupé de faire des recherches sur la géologie et la minéralogie du Canada. La législature avait d'abord voté $6,000 dans ce but, et M. AY.-E. Logan avait été chargé de mettre cette œuvre à exécution. En 1847, M. Sterry Hunt fut adjoint à la commission géologique comme chimiste et minéralogiste. La commission a publié en différents temps d'utiles et d'intéressants rapports, qui ont fait connaître les richesses naturelles du pays. Le ministère McNab-Taché proposa et fit passer deux lois sur les chemins de fer. L'une concernant la construction d'une ligne ferrée de^juis Québec jusqu'au lac Huron, et accordait à titre d'encouragement un octroi de quatre millions d'acres de terre. M. Cauchon s'était mis à la tête du mouvement favorable à cette vaste entreprise ; elle devait remplacer le chemin projeté de la Rive Nord, agité depuis 1851. mais elle n'a jamais été mise à exécution.
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La deuxième loi accordait une nouvelle aide à la compagnie du Grrand Tronc, l'autorisant à prélever deux millions de louis i)our achever ses travaux ; les capitalistes avaient la première hypothèque sur le chemin, de préférence même à celle du gouvernement. La compagnie ne put prélever que sept cent cinquante mille louis. La législature lui accorda une autre aide à la session de 185 Y. Les libéraux se montrèrent encore les adversaires du Grand Tronc, et proposèrent p\\\sieurs amendements, qui furent rejetés, par une bonne majorité.
L'acte de la tenure seigneuriale de 1854, reçut quelques modifications. Un autre acte important simplifiait et accélérait la procédure dans les cours du banc de la reine et des plaids communs, dans le Haut-Canada.
La législature s'occupa activement de la qu.stion de l'instruction publique. Elle augmenta de $140,000 l'octroi de l'éducation élémentaire, qui était auparavant de $200,000. Elle adopta deux projets de loi, préparés par M. Cartier, avec l'aide de M. Chauveau, le nouveau surintendant. L'un amendait les actes des écoles communes du Bas-Canada de 1846-49-53. Il pourvoyait à la création d'un conseil d'instruction publique, qui devait être d'un grand secours ail surintendant, et à la fondation d'un journal de l'instruction publique, dans les deux langues. Il permettait encore aux municipalités scolaires d'élever leurs cotisations. Beaucoup de municipalités s'empressèrent de doubler et même de tripler le montant de leurs cotisations.
Le deuxième projet de loi statuait l'établissement d'écoles normales dans le Bas-Canada, et
créait un Ibiids permanent de !i;88,000, destiné à renseignement supérieur, et formé du revenu des biens des Jésuites, de vingt mille piastres prises sur le fonds consolidé de la province, etc. Une égale somme de vingt mille piastres lut appropriée à l'éducation supérieuie dans le Haut- Canada.
Trois écoles normales lurent inaugurées en 1857, l'école normale Laval, à Québec, l'école normale Jacc[ues-Cartier et l'école normale McGrill, à Montréal. Les deux premières étaient destinées aux catholiques, et la dernièr<^ aux protestants. Le Haut-Canada avait déjà à Toronto, depuis 1847, une école normale, Cjui fonctionnait trèsl)ien Le Bas-Canada demandait aussi depuis plusieurs années une institution pour préparer les jeunes gens à l'enseignement. Comme nous l'avons vu précédemment, la législature avait, en 1851, pourvu à l'établissement d'une école normale, qui ne fut pas ouverte à cause de plusieurs difficultés survenues dans le temps.
Les écoles normales ont été une heureuse acquisition pour la province, et les i)romoteurs de ces institutions méritent la vive reconnaissance des Canadiens. Elles ont fourni, chaque année, un nombre assez considérable d'instituteurs et d'institutrices, formés de longue main, par des études spéciales et sérieuses, aux pénibles fonctions de l'enseignement. Elles ont réformé le système d'instruction primaire, et ont contribué à lui donner plus de liaison, de force et d'uniformité. Les écoles normales ont eu, comme dans les autres pays où elles existent, les résultats les plus satisfaisants.
L'opposition travailla à modifier les deux pro-
jets de loi de M. Cartier, dans leurs détails les plus importants. Elle se prononça surtout contre la distribution des $88,000 par le surintendant de l'éducation, d'après un décret approuvé par le gouverneur, sous prétexte que la distribution de ces argents donnerait au gouvernement des moyens de corruption, et qu'il était inconstitutionnel d'enlever à l'assemblée législative le privilège de voter annuellement les deniers publics. M. J.-B.-E. Dorion proposa d'appliquer le revenu des biens des Jésuites à l'instruction primaire au lieu de l'instruction supérieure. Son amendement ne réunit que vingt-sept députés, au nombre desquels étaient MM. Papin et A. -A. Dorion.
Les ultra-libéraux du Haut-Canada essayèrent, mais en vain, de faire triompher le système des écoles mixtes. Ils s'opposaient au maintien des écoles séparées, parce qu'elles tendaient, suivant eux, à détruire le système des écoles communes, et qu'elles augmentaient l'influence du clergé catholique. M. Brown, le chef de ces fanatiques, proposa de rappeler les actes qui autorisaient l'établissement des écoles séparées dans le Haut- Canada, et de i)lacer les écoles primaires sous un système uniforme d'instruction publique.
Plusieurs députés catholiques plaidèrent la cause des écoles mixtes. M. Papin proposa luimême que l'on établisse un système général et uniforme d'écoles élémentaires, maintenues aux frais de l'état, et que, pour faire fonctionner ce système d'une manière juste et avantageuse, il était nécessaire que toutes les écoles fussent ouvertes à tous les enfants sans qu'ils fussent exposés, par la nature de l'enseignement, à avoir leurs croyances relisrieuses violentées ou froissées
en aucune manièiv. En expliquant sa motion, M. Papin se laissa entraîner à des égarements (Vidées tout à fait regrettables. Il soutint que l'éducation donnée par l'état doit être morale et intellectuelle, mais qu'elle ne peut être religieuse dans un pays habité par plusieurs sectes comme le Canada. " Il ne peut, continua-t-il, y avoir de religion d'état, et s'il en est ainsi, l'état ne peut en aucune façon donner de l'argent pour l'enseignement d'aucune foi religieuse. Le mode d'éducation suivi jusqu'à ce jour, a été loin d'être satisfaisant. Il nous faut un système génériil, applicable à toutes les parties de la province, et qui fasse di8]>araître les préjugés des catholiques et des prot* .-.tants."
Dix-neuf membres seulement votèrent en faveur des écoles mixtes ; parmi eux étaient MM. A. -A. Dorion, Papin, Brown, Eolph, Charles Daoust et .Tobin La grandi? nuijorité des membres de toutes les croyances A'ola contre un système qui devait conduire les enfants à l'indiliérence religieuse, saper les bases de toute religion, et avoir sur la jeunesse les effets les plus pernicieux.
Par leur conduite, les démocrates avancés se montrèrent, à diverses reprises, opposés au professorat ecclésiastique et à l'encouragement accordé aux collèges. Nous verrons plus tard M. Dorion demander à diminuer les allocations accordées aux hautes institutions pour grossir celles des écoles communes. Les conservateurs prirent chaque fois la défense de nos maisons d'éducation ; ils considérèrent, avec raison, que l'enseignement donné par les membres du clergé accordait des garanties plus grandes que l'enseignement laïque.
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M. Felton proposa de son côté, d'amender la loi des écoles de manière à ce que la même justice qu'obtenaient les protestants du Bas-Canada fut rendue aux catholiques de la province supérieure. Les ministres s'y opposèrent ; ils ne trouvaient pas c[ue le temps fût opportun pour faire les changements demandés, et les ajournèrent à une époque plus favorable, plutôt que de les exposer à un échec certain. La motion Felton, supportée par MM. .T.-C. Taché, Casault, Dorion, etc., fut combattue par MM. Cartier, Cauehon, Chabot, Turcotte, etc. Elle l'ut finalement rejetée. Les membres catholiques furent d'abord accusés d'avoir trahi la cause de la religion, et reçurent la condamnation do Mgr de Charbonnel, qui se montra très-mécontent contre leur vote ; mais le temps finit par leur donner raison.
Avant de continuer à nous occuper de la législation, nous donnerons quelcpies détails sur les progrès de l'instruction publique, sur l'Université Laval et sur la littérature canadienne.
Ce fut en 1855, que M. le Dr Meilleur remit la direction du bureau de l'instruction publique entre les mains de M. Chauveau. Le succès de l'instruction élémentaire avait été très-grand dans les dernières années de son administration. Lors de sa retraite, le nombre des étudiants, qui fréquentaient les 2869 diverses maisons d'éducation, s'élevait à 126,677 ; depuis sa nomination, en 1842, le chiffre des élèves avait plus que doublé. On peut donc dire que le succès de l'instruction publique, sous l'active surveillance de M. Meilleur, a été considérable ; surtout lorsque l'on considère les nombreuses difficultés qu'il eut à surmonter. En effet, il lui fallut
asseoir et faire fonctionner un nouyeau système d'instruction, lutter longtemps seul contre les préjugés, les passions qui se soulevèrent contre le fonctionnement de la loi ; car ce ne fut que dans les dernières années, qu'il reçut de l'aide dans les inspecteurs d'écoles. " M. Meilleur, dit un journaliste du temps, a pris la direction de l'instruction publique à son berceau ; il a dû tout créer, jusqu'à l'amour de l'instruction parmi nos populations." Les préjugés populaires finirent par cesser, et la loi prit son cours naturel. M. Meilleur a acquis des droits à la reconnaissance publique par ses louables efforts, par sa persévérance et par son désintéressement. L'éducation de la jeunesse fut sa constante occupation. Il fut encore l'un des fondateurs du collège de l'Assomption, et publia plusieurs ouvrages élémentaires et son Mémorial de V Edîœaiion, qui contient l'histoire de l'instruction publique au Canada.
Dès le début de son administration comme surintendant de l'instruction publique, M. Chauveau déploya un talent pratique, du dévouement et du patriotisme. Ses talents littéraires et oratoires lui donnaient une forte garantie de succès. Il s'occupa de l'organisation du département de l'instruction publique, de la fondation d'écoles normales, de modifications dans la loi des écoles, de la publication d'un journal de l'instruction publique. Il fit toutes ces recommandations dans son premier rapport. Comme nous venons de le voir, la loi de 1857 accorda ces changements importants.
La création de l'Université-Laval, de Québec, fait surtout époque dans les annales de l'instruction publique. Depuis longtemps, les hommes
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éminents du pays éprouvaieutle besoin d une université catholique et française. Ils voyaient avec regret la jeunesse canadienne forcce d'aller étudier les hautes sciences dans les institutions étrangères,et leur demander des diplômes de capacité. Ils sentaient également le besoin d'élever le niveau des études collégiales. C'est encorele clergé canadien qui se chargea de combler ces lacunes importantes. Déjà, Mgr Hubert avait formé le j^rojet de donner aux études plus d'éclat et d'extension, par rétabljssemeut d'une université catholique ; mais les nombreuses difficultés qu'il rencontra, le forcèrent à abandonner ces no])les aspirations. Le même x">rojet fïit agité plus tard. Mgr Bourget, évêque de Montréal, suggéra le premier l'idée de demander au Séminaire de Québec de mener cette entreprise à bonne lin ; les autres évêques approuvèrent cette excellente suggestion. A la réunion du premier ccuicile provincial, ils formèrent tous des vœux pour que les catholiques de la province pussent jouir d'une haute institution adopté;' à la croyance et aux besoins des catholiques. C'est sur leur demande pressante, que le Séminaire de Québec, qui, déjà depuis deux siècles, avait rendu les services les plus éminents à la religion, aux lettres et aux sciences, entreprit la fondation d'une université, et c[u'il consacra ses res.sources à l'érection de ce monument catholique, où la jeunesse canadienne pût se fortifier aux études saines et sérieuses.
Le supérieur du séminaire, M. Louis Casault, fit un vo5^age en Europe, afin d'obtenir l'érection civile et canonique de la nouvelle institution, ei» d'étudier en même temps les difiérents systèmes universitaires. Grrâce à la puissante recomman-
dation de Lord Elgin, il obtint facilement de Sa Majesté nne charte royale, avec toiis les privilèges des universités de l'Europe. Cette charte fut signée le 8 décembre 1852. Le Saint-Père voulut bien également approuver le projet du séminaire, et autorisa l'érection de chaires de théologie, et le droit de conférer les degrés ordinaires en théologie.
L'université fut dès lors formée. D'après les termes de sa constitution, l'archevêque de Québec est le visiteur de l'établissement, le supérieur du séminaire de Québec en est de droit le recteur, et le conseil se compose des directeurs du séminaire et des trois plus anciens professeurs de chaque faculté.
L'inauguration de l'Université Laval eut lieu avec grande pompe, le 21 septembre 1854, en présence de Lord Elgin, des évêques, des membres de la législature et d'un concours immense de prêtres et de citoyens. ( i ) Les Canadiens saluèrent avec joie cet heureux événement ; les évêques recommandèrent fortement l'institution dans leurs diocèses respectifs.
Les cours de droit et de médecine furent aussitôt ouverts. Le collège médical de Québec,
(i) C'est à cette démonstration que les professeurs de droit et de médecine, récemment nommés, reçurent le diplôme de docteur : L'hon. A.-N. Morin et M. Crémazie, docteurs en droit, MM. Jean Blanchet, C. Frémont, J.-A. Sewell, J.-Z. Nault, J.-E. Landry et A. Jackson, docteurs en médecine.
MM . Benjamin Taquet et Pierre Roussel, reçurent aussi le diplôme de bachelier es arts, après avoir subi les examens de rigueur.
Les premiers qui ont reçu le degré de doctorat dans chaque faculté, après avoir subi les épreutes, sont: M. F. -A .-H. Larue, docteur en médecine (i8t;9) ; M. J.-G. Colston, docteur en droit (1S70) ; MM. Rémi Faure et Louis Gauthier, docteur en théologie (1S71).
qui existait depuis 1848, se fondit avec la nouvelle institution. On choisit les professeurs parmi les hommes de profession les plus habiles ; on en fit venir quelques autres de la France, puis on envoya plusieursjeunesgens, qui s'étaient distingués par leurs talents et leurs aptitudes, se préparer à l'enseignement dans les universités les plus renommées de l'Europe. Les chaires dans les facultés des arts et de la théologie n'ont été au complet que dans ces dernières années. L'Université possède actuelleipcnt un personnel de professeurs savants et distingués ; et il est digne de mention, que plusieurs cours quïls donnent ne le cèdent en rien à ceux des premières universités européennes, (i) Nous devons ajouter que l'université a ouvert ;\ la jeunesse canadienne plusieurs reprises, des eours publics sur l'histoire, la philosophie, la i:)hysique, etc.
L'Université Laval est donc venue couronner rédihce de notre enseignement classique, si solidement établi dans les séminaires et dans les grands collèges du Bas-Canada. Elle est assise sur des bases solides, car elle a pris pour modèles les premières institutions de l'Europe. Elle a
(i> Voici le nom des piofesseur.s dans ch.ique faculK- :
Faculté de théologie : — MM. Benjamin l'aquct, l-.-Il. l'aqiu.l, L.-X. Bé<;in, M.-E. Méthot et V. lU.usscl.
P'aculté de Droit : — MM. U.-J. Tcssier, N. Casaull, C.-F. I.ant,^eliei-, ].-('i. Colston et Lucien Turcotte.
F.aculté de Mcd-jcine :— MM. J.-A. Sewvll. J.-E. Laisdry, A. Jackson, C.-E. Lemieux, F.-A.-II. I.arue, J.-C". Taciié, L.-J -A. .Siniard, C. Verge et L. Catellier.
Faculté des Arts :— MM. T.-E. llamcl, O. Buuvjt, M.-!". MétLot, C.-H. Laverdière, C.-E. Légaré et Loui= Ikaudct.
Pendant l'année académique 1871-72, 267 élèves ont suivi les cours de F Université : faculté de théologie 53, faculté de droit 31, faculté de médecine 79, faculté de-; arts 104.
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mainteiiaut une bibliothèque considérable et précieuse (50,000 volumes), des musées et des cabinets de physique, qui valent ceux des premières institutions américaines, et qui les surpassent même sous plusieurs points. Aussi le séminaire ne s'est épargné aucun sacrilice pour en faire la première institution du Canada. Il a dépensé dans ce but la somme considérable de trois cent mille piastres.
La part qu'a prise M. Casault, comme fondateur de l'université, est immense. Il faut penser ce qu'il fallut d'intelligence et d'énergie pour organiser une œuvre si magnifique. Le nom de ce prêtre illustre par sa science, par ses hautes vues, par son énergie, sera à jamais mémorable dans les annales historiques. .^^^
L'Université Laval a eu de grandes diSfcttés à surmonter. Elle rencontra des obstacles dans l'affiliation de plusieurs collèges du Bas-Canada. Cela vint en partie de ce que l'on espérait pouvoir ériger une nouvelle université à Montréal. Mgr Bourget a travaillé beaucoup dans ce but, mais la cour de Rome n'a pas cru devoir céder aux instances du vénérable prélat. Les collèges qui se sont affiliés jusqu'aujourd'hui, si l'on excepte le séminaire de Québec, sont ceux de Sainte-Anne, de Nicolet, des Trois-Hivières, de Sainte-Thérèse et de Rimouski.
La nouvelle université était appelée à taire un bien considérable. Le temps a prouvé qu'elle a opéré une révolution dans le haut enseignement, au point de ne s'y plus reconnaître. Le Séminaire de Québec a donc obtenu son ])ut principal, celui d'élever le niveau des études classiques et professionnellesf et de prémunir les jeunes gens
contre les dangers auxquels ils s'exposaient, en allant étudier à l'étranger ou en demeurant sans surveillance dans les grandes villes. Espérons que l'encouragement qu'elle a reçu jusqu'à ce jour augmentera d'année en année, et que cette belle institution rece^rra du public l'accueil qu'elle mérite.
La province possède aussi plusieurs universités protestantes ; d'abord, les universités de Lennoxville et McGrill, dans le Bas-Canada. Cette dernière, fondée par le testament del'Hon. James McGill, riche marchand de Montréal, ne fit de grands progrès qu'après sa réorganisation, en 1854. Elle possède actuellement trois facultés, celles des arts, du droit et de médecine. Le collège dii Lennoxville, ouvert aux sciences en 1845, futéifrgé en université en 1853, par une charte royale. Il a des facultés pour les arts et pour la théologie.
Il y a quatre universités dans le Haut-Canada, l'université de Toronto, le Qiœetis Collège, de Kingston, le Victoria Collège, de Cobourg, qui possèdent des facultés pour les arts, le droit et la médecine, et le Trinily Collège, de Toronto, qui n'a qu'une seule faculté, celle de théologie.
Nous devons ici dire quelques mots de la littérature canadienne, qui a fait, depuis 1848, des progrès sensibles, manifestés par des ouvrages de mérite. M. Huston eut l'heureuse idée de réunir dans le Répertoire National, publié de 1848 à 1850, les premiers essais de ceux qui ont été les créateurs de cette littérature. M. Chauveau publia (1852) Charles Guérin, premier roman de mœurs canadiennes ; cette œuvre a fait de son auteur un de nos plus charmants littérateurs et
reçut du public le meilleur accueil. M Griirneau compléta et révisa son intéressante Histoire du Canada. M. Ferland commença une série de travaux historiques, ses Notes sur les Registres de Québec, ses Observations sur fhistoire du Canada de Vabbé Brasseur; il prépara ensuite son savant Cours d'Histoire du Canada, et le commença en 185 i). M. Joseph-Charles Taché publia V Esquisse sur le Canada, et une intéressante brochure sur la Confédération ; M. Bibaud, jeune, son Dietionnaire des hommes illustres du Canada et de V Amérique, et plusieurs autres écrits historiques. Des lectures lurent données par plusieurs littérateurs, entre autres, MM. Parent, Ohauveau, Morin et Painchaud. Nous devons ajouter les magnifiques conféi-ences de l'abbé Holmes, prononcées dans la chaire de N. D. de Québec (1848-49).
M. Crémazie publia, dans le môme temps, une série de belles poésies, qui lui ont valu, à bon droit, le titre de poète national. Son élégie sur Les Morts est reconnu comme un chef-d'œuvre de poésie.
Le goût des lettres et des sciences se répandait de plus en plus ; il fut activé par des cours publics que donnèrent l'Univei'sité Laval et l'école normale Jacques-Cartier sur l'histoire, la littérature et les sciences, et par la formation de plusieurs instituts et sociétés de discussion dans les principaux centres. Partout, on voyait la jeunesse canadi(Mine se réunir, dans le but de s'instruire, de cultiver les sciences et l'histoire, et de se j)réparer aux luttes sérieuses. Enfin, se préparait graduellement le grand mouvement littéraire de 1861.
Plusieurs amis des lettres s'éprirent d'un grand
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amour pour notre histoire ; ils firent de profondes recherches dans les bibliothèques européennes et dans les bureaux publics, recueillirent des ouvrages rares, des manuscrits précieux, et firent copier et imprimer ceux qu'ils ne purent avoir. MM. Faribault, Jacques Yiger et Sir Louis-H. L'ifontaine sont du nombre de ces bienfaiteurs. M. Faribault se livra toute sa vie à des recherches archéologic[ues, et le pays en a retiré les plus grands avantages. Par une cruelle fatalité, deux fois l'incendie consuma les annales historiques de la biblothcque du parlement, qu'il avait formées avec tant de soins (i.) Les cartons de M. Jacques Viger contiennent, nous assure-t-on. des trésors historiques. Nous devons reconnaître les services inappréciables que ces personnes ont rendus à notre histoire, si négligé avant eux.
La Société Historique de Québec a bien rempli un des principaux objets de sa charte, la compilation et la publication des mémoires relatifs à l'histoire du Canada. Ces mémoires sont consignés dans plilsieurs volumes, et ont jeté des lumières sur nombre de faits historiques. La Société Historique de Montïé(d, fondée en 1857, fut définitivement organisée, l'année suivante, sous la présidence de M. Yiger. Elle a aussi publié plusieurs documents importants.
On peut dire avec raison qu'en 1861, époque du grand mouvement littéraire, les bases de la
(l) M . Fiiribnuk a légué à l'IJniveisité Laval le trésor de ses richesses archéologi(]ites, qui se CDnipose d'un grand nombre de manuscrits et de volumes. La collection d'ouvrages historiques canadiens de l'Université Laval, préparée avec les plus grands soins )iar M . l'ahbé Laverdière, et celle de ^L l'abbé Verrault, principal de l'Ecole Normale Jacques-Cartier, sont, croyons-nous, les plus complètes de la ])rovince.
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littérriinrc iiaiu;ai.so riaient posées. Le Canada ])ossédait do beaiix talents, des écrivains distinunés, auteurs d'ouvraî^es sérieux et même soignés. Nous disons avec M. Tabbé Casgrain, un de nos meilleurs littérateurs : " La première période de notre littérature, qui s'étend de 1840 à 1860, a eu la bonne fortune de produire un penseur comme Etienne Parent, un historien comme Garneau, un poëte comme Crémazie. Ces trois écrivains forment avec l'abbé Ferland, Taché, Chauveau et Gérin-Lajoie, ce qu'on est convenu d'appeler notre premier groupe littéraire."
Les principales mesures du cabinet McNab- 'Paché, celle qui rendait le conseil législatif électif, celles qui modiiiaient le tarif, la loi seigneuriale et les actes de Tinslruction publicjuo dans le Bas-Canada, celles enfin qui accordaient des subventions aux grands réseaux de voies ferrées, furent toutes passées, malgré une forte oj^position des diverses nuances libérales. Cependant le projet de loi qui établissait une police provinciale, fut retirera la lin de la session, parce qu'il s'éleva une forte ré^pugnance à le voter. La lutte entre les conservateurs et les libéraux fut presc[ue continuelle, lutte souvent factieuse et injuste de la part de ces derniers, et absorbant une partie des moments précieux de la session.
Une des discussions orageuses de la session fut encore c-dle qu'occasionna une motion de M. Cameron, pour ^lire produire devant la chambre l'allocution du juge Duval aux jurés dans le procès Corrigan. Cette proposition, que l'on pouvait considérer comme un attentat contre l'indépendaace des juges, fut discutée avec une passion aveugle par les députés du Haut-Canada. Le
286 !«m ED:\ruîsD head. [1856
ministère se refusa à cette demande injuste, et bien qu'il ei'it le droit d(^ son < ôté. une majorité de quatre voix emporta la motion. Les ministres déclarèrent alors qu'ils aviseraient le chef de rexét.utifde ne pas obéir à la demande delà chambre, ils ajoutèrent qu'ils donneraient leur démission si la majorité aes députés insistait. Cette conduite fut approuvée par une majorité de seize voix, et l'échec subi parla motion Cameron fut réparé, mais le parti ministériel en fut atîhibli.
Quelques lil^éraux s'attaquèrent encore ;\ la constitution ; M. AV. -Lyon Mackenzie en proposa le rappel, comme étant de l'intérêt des deux sections de la province. Sa motion réunit vingt et un députés, au nombi e desc|uels étaient MM. Papin, .T.-lî.-E. Dorion, DeWitt et Rolph. C'est à cette occasion que le chef des démocrates français,M. A. A. î/orion, se déclara opposé ;\ la dissolution de rUnion ; il paria cependant contre les injustices que renfermait l'acte constitutionnel, et se prononça clairement en faveur d'une» unioii fédérale des deux Canadas. M. Dorion était d'avis que les membres du Haut-Canada ne pourrait plus se présenter devant leurs constituants, sans s'engager à demander la représentation repartie d'après le chiffre de la population. Il ne leur reprochait pas d'insister sur ce point, parce qu'il serait injuste de le leur refuser, lorsque le Haut-Canada dépasserait d'un demi-million d'âmes et de plus la population de l'autre province. " Si l'union actuelle, ajouta-t-il, doit continuer, elle ne peut exister qu'avec la représentation basée sur la i:)opulation. Je considère que c'est le seul système juste. Je préfère une union fédérale, mais après
1856J SIR EDMUND HEAl). 28*7
cela, je préférerai à l'ordre de choses actuel la représentation basée sur la population, et je voterai pour cela, si après l'avoir tenté, je ne puis obtenir une union fédérale." M. Dorion fut blâmé de cette opinion par ses adversaires, qui lui en firent souvent le reproche dans sa carrière politique.
M. Brown se prononça contre la motion de *I Mackenzie. Il essaya cependant d'imposer son système de la représentation repartie d'après le nombre des habitants. Dans ce but, il i^roposa de faire un recensement de la province en 1857, motion c[ui fut approuvée par vingt députés du Haut-Canada. Depuis plus d'un an, M. Ih'own travaillait dans les assemblées publiques, et dans son organe le Globe, à propager le système de domination du Haut-Canada sur le Bas-Canada ; sa croisade avait eu jusqu'alors peu de succès ; la majorité de la population restait encore indifférente. Mais avec ses efforts redoublés, ce fana» tique allait bientôt soulever la masse du peuple en faveur de ses vues injustes.
Le ministère McNab-Taché perdit, à la fin de la session, l'appui de plusieurs députés du Haut- Canada ; une majorité des membres de cette section de la province finit par lui être hostile. Dans le mois d'avril, M. John Ross s'était démis de son siège dans le cabinet et de la présidence du conseil législatif, parce que ses amis l'avaient abandonné. M. Morrison l'avait remplacé, sans avoir cependant la direction d'aucun département public.
La question du siège du gouvernement vint encore aggraver la position du ministère. La majorité de la chambre se prononça d'abord
288 ain edmund head. ,1850
contre le système des parlements alternatifs. Après une discussion des plus vives, il fut décidé, sur un vote de soixante-deux contre cinquante et un, que Québec serait la capitale permanente après 1859. La majorité do la cham]>re décida que le système des capitales alternatives était impossible, et ne pouvait durer plus loimtemps. Les députés de Québec et de Montréal s'étaient entendus afin de voter en faveur de Québec ; si cette ville ne réussissait pas, ils devaient donner l(»ur concours à la ville de Montréal.
Le choix do Québec, placé à l'extrémité de la province, déi>lut à plusieurs membres du Haut- Canada. Lorsque le gouvernement, conformément à la décision de la chambre, introduisit dans le budget une somme de $1200,000 pour l'érection des édifices publics, M. Papin proposa un vote de non-confiance contre l'administration, à cause de la position qu'elle avait prise sur la question du siège du gouvernement. M. Holton proposa le sous-amendement suivant : " Que la conduite de l'administration, au sujet de la question du siège du gouvernement et d'autres questions publicpies d'importance, a désappointé la juste attente de la grande majorité du peuple de cette province." Après une discussion animée de plusieurs jours, l'amendement de M. Holton fut repoussé sur une division de c{uarante - sept contre soixante-dix. (i) Ce vote donna une ma-
(i) Pour ramciKltmcnt de M. Holton : — MM. Aikins, Eell, liiggar, Bourassa, Brown, Bureau, Camcion, Christie, Cook, Charles Daoust, Darche, Delong, DeVVitt, J.-15.-E. Dorion, A.-A. Dorion. Flint, Foley, Fraser, Freeman, Galt, Gould, Hartman, Holton, Jackson, Jobin, Laberge, John-S. McDonald, R. McDonald, Mackenzie, Mattice, Merritt, Munra, Murney, Niles, Papin, Patrick,
jorité ministérielle de viiigt-tvois voix. Cependant, sur les quarante-sept députés, trente-trois étaient du Haut-Canada, tandis que vingi-sept seulement donnèrent leurs concours à Sir Allan McNab et à ses collèg-ucs.
Après ce vote, MM. Spence et Morrison offrirent leur démission ; ils alléguèrent que, se trouvant en minorité, par l'abandon de leurs amis réformistes, ils ne pouvaient être plus longtemps membres d'un cabinet de coalition. Leur démarche porta M. John- A. McDonald à suivre le môme exemple. Il se déclara toutefois opjîosé au système de la double majorité. Bien que ce système fût insoutenable en théorie, cependant, l'administration ne pouvait continuer longtemps à gouverner le Haut-Canada par des majorités prises dans l'autre province. Le vote sur la question de la capitale avait affaibli l'administration, et comme de semblables votes pouvaient se répéter, il ne crut pas convenable de continuer ù si4g"er dans le cabinet. M. Cayley partagea aussi l'avis de M. McDonald.
Sir Allan McNab ne considéra pas ce vote comme affectant l'existence du ministère ; il
Powell, Raiikin, Rolpli, Sanl>oni, Scatcliercl, Sidiicy Smilli, James Smith, Sûuthwick, Valois, Wilson, Wright — 47.
Contre : — MM. Alleyn, Bellingham, Bowes, Brodeur, Burton, Cartier, Casault, Cauchon, Cayley, Chaliot, Chapais. t'hishohii, Church, Clarke, Conger, Crawfonl, Crysler, Daly, J.-B. Daoïist, Desaulniers, Dionne, Dostalcr, I)riiinmon(l, Dufresne, Evanturel, Feiton, Ferres, T. Fortier, O.-C Fortier, l''ouriiiL'r, Gambie, Gill, Guévremont, Labelle, Laberge, Laporte, Larwill, l^cBoutillier, Lemieux, Lumsden, MacBeth, John-A, MeDonald, McCami, Marchildon, Meagher, Mongenais, J. -C. Morrison, A. Morrisson, O'Farrell, Polettc, Poulin, Pouliot, Powell, Priée, Rhodes, Rol)inson, Roblin, Ross, Shaw, Henry Smith, Somerville, Spence, Stevenson, Supple, Taehc, Terrill, Thiliaudeau, l'urcoltc, Withney, Yeilding — 70.
insista, auprès de ses collègues, pour persister à diriger les affaires publiques, tant qu'ils seraient soutenus par une majorité parlementaire. Il soutint qu'il n'y avait qu'un seul parlement pour gouverner la province, et tant que les ministres feraient triompher leurs mesures, ils ne devaient pas abandonner leur poste Ses raisons ne prévalurent point parmi ses collègues. Sir AU an ne voulut pas être un embarras dans la composition d'un autre ministère, car il ne se sentait pas capable de remplacer ses collègues, qui persistaient à se retirer du cabinet. D'un autre côté, la section du ministère pour le Bas- Canada, loin d'avoir perdu la confiance des membres, avait vu augmenter le nombre de ses partisans. De fait, sur les quarante-trois membres du Bas-Canada qui avaient voté, quatorze seulement appartenaient à l'opposition. En présence d'un tel fait, il était difficile pour le colonel Taché de consentir à une dissolution du ministère «
Les ministres donnèrent à la fin tous leur démission ; ceux du Bas-Canada ne le firent que pour la forme. Le gouA^erneur manda alors le colonel Taché, et le chargea de reconstituer le ministère ; il le considérait comme le chef du parti le plus nombreux. L'administration McNab- Taché ayant possédé collectivement la confiance de la chambre, il convenait, dans un tel cas, de former un nouveau ministère avec le concours des chefs du même parti. Tous les ministres, à part Sir Allan, avaient recommandé M. Taché auprès de Son Excellence pour être premier ministre.
Les princii)es du nouveau chef, sa longue
1856] Sm EDMUND IIEAD. 291
expérience des affaires publiques, son caractère distingué, sa po^-ition sociale le rendaieJit apte à remplir ce haut poste de confiance ; il y était parvenu par ses talents et son propre mérite. MM. Cartier, Cauchon et Lemiexix, membres du ministère McNab, consentirent à faire partie du nouveau cabinet ; mais M. Drummond refusa, parce qu'il désirait conserver sa qualité de chef ministériel dans l'assemblée législative. M. Taché ayant choisi M. John-A. McDonald pour son collègue et pour le chef du ministère dans la section ouest de la province, M. McDonald devait tout naturellement avoir la préséance sur M. Drummond. A la prière de M. McDonald, MM. Spence, Cayley et Morrison, ex-ministres, entrèrent dans la nouvelle administration, et M. Vankoughnet, conservateur modéré, remplaça M. McNab. M. Terrill représenta dans le cabinet le parti anglais du Bas-Canada. Formé le 24 mai 1856, le ministère Taché-McDonald se trouva composé comme suit :
Bas-Canada.
Hon. MM. E.-P. Taché, président du conseil législatif,
" Gr.-E. Cartier, procureur-général, B.-C,
'• Joseph Cauchon, commissaire des
terres,
" F. Lemieux, commissaire des travaux
pul)lics,
" T.-L. Terrill, secrétaire-provincial.
Haut-Canada.
Hon. MM. J.-A. McDonald, procureur-général, H.-C,
292 sm EDMUND HEAD. [185 U
Hon. MM. Wm. Cayley, inspecteur-général,
" Ti. Spence, maitre-général des postes,
" P.-M. Vankoug-hnet, président du
conseil exécutif et ministre d'agriculture.
" Joseph-C. Morrison, receveur-o^énéral.
Le ministère Taché-McDonald, n'était qu'une continuation de l'administration McNab-Taché. Il se composait de huit membres de cette dernière et de deux nouveaux, MM. Vankougnet et Terrill, en remplacement de Sir Allan McNab et de M. Drummond. Bien que les principes politiques du nouveau cabinet lussent les mêmes, tous les ministres convinrent qu'ils entraient dans l'administration comn:e un seul et nouveau parti, et non comme ministère de coalition ; cette désignation n'avait plus sa raison d'être. Les principes qui avaient divisé les libérants; et les conservateurs modérés, comme le remarqua M. McDonald, n'avaient plus d'actualité ; rien ne s'opposait à ce qu'ils s'unissent pour former un parti compact?, modéré, opposé d'un côté aux tentatives réactionnaires, de l'autre, aux principes républicains. Le projet de loi de la police provinciale fut seul mis de côté; toutes les autres mesures ministérielles devaient être continuées- M. Vankoughnet consentit à se joindre au cabinet à ces conditions. C'était un jeune conservateur, avocat d'une grande renommée, mais sans expérience politique. M. T(;rrill n'était connu que pour avoir signé lemanifeste annexionniste de 1849.
Ces deux ministres étaient inférieurs, sous le rapport des connaissances et de l'habileté, aux
hommes qu'ils remplaçaient. Dans sa carrière publique, M. Drummond avait monti'é, surtout comme législateur, des talents de premier ordre : la loi seigneuriale et l'acte des municipalités en font foi. Sir Allan McNab avait apporté une inliuence considérable au cabinet dont il avait été le chef. Contrairement à sa conduite passée, il s'était montré libéral et conciliant. Il se déclara peu satisfait de la conduite que ses collègues du Haut-Canada avaient tenue à son égard, et il les somma d'indiquer une seule mesure libérale à laquelle il s'était opposé. On récompensa bien mal les services du noble chevalier ; il est évident que M. John-A. McDonald voulut se défaire de lui, et prendre la direction du parti conservateur. Les libéraux montrèrent les plus vives sympathies à Sir Allan, l'érigèrent en martyr politique, et s'empressèrent de l'accueillir dans leurs rangs avec M. Drummond. Le ministère reçut, par leur retraite un choc qui faillit le renverser à son début.
Les explications sur la crise ministérielle furent longues, et les ministres défendirent leur cause avec habileté. Suivit un vote de non-confiance, proposé par MM. A.-A. Dorion. MM. Chabot, Turcotte et Alleyn appuyèrent le ministère de leurs paroles et de leur vote, tandis que MM. G-alt et Loranger dénoncèrent fortement les derniers arrangements. Ce dernier se prononça en faveur du système de la double majorité, comme étant la protection des deux provinces ; il censura la manière dont le ministère avait été recomposé, et déclara qu'on avait violé ce principe vital.
L'administration Taché-McDonald se trouvait.
^ffet, dans le Hant-Canada, avec une minorité l^lus grande ; trente-six députés de cette province votèrent en faveur de la motion de non-confiance. Puisque les membres du ministère McNab avaient donné leur démission sur lo pricix)e de la double majorité, c'est-à-dire qu'après avoir perdu la confiance de la majorité des députés Haut-Canadiens, ils avaient laissé le cabinet, ils commettaient une grave faute en réorganisant le ministère avec les mêmes éléments, moins Sir Allan McNab remplacé par M. Vankoughnet. Ce fut en conformité de la double majorité, que M. Baldwin et plus tard M. Hincks donnèrent leur démission, et que les ministères qui leur succédèrent, s'organisèrent de manière à commander une majorité dans chaque section de la province. On pouvait bien soutenir en théorie, que l'union des deux Canadas n'ayant fait qu'une seule j)rovince, une majorité collective doit la gouverner ; mais ce principe n'était ]}i\s soutenable en pratique.
Le nouveau ministère inaugura péniblement son existence. Il ne voulut \)-ds s'avouer Aaincu, avant d'avoir subi les dernières éj^reuves ; il brava donc les difficultés de la circonstance. Il se composait heureusement d'hommes énergiques et habiles. L'opposition, surtout celle du Haut-Canada, était aussi puissante, et se composait de plusieurs hommes intelligents et capables. Des membres tels que Sir Allan McNab, MM. Merritt, Rolph, Brown, Mackensie, John S. McDonald, Galt, Dorion, Ilolton et Young, étaient pour la plupart des adversaires redoutables. Cependant, cette minorité, bien que forte par le nombre, ne constituait pas une force
compacte. Plusieurs d'entre eux di Aéraient, en effet, d'opinion sur les questions de la représentation, des écoles séparées et sur la constitution même. Ils ne s'accordaient que sur un point unique, la chute du ministère. C'est pour cela que plusiers députés, sans approuver le cabinet dans tous ses actes, lui donnèrent de nouveau leur concours. TJn dernier vote de non-confiance lui montra vingt-deux voix de majorité, et cette majorité fut obtenue dans les deux provinces.
Le ministère Taché-McDonald put alors terminer la législation du cabinet précédent : les octrois accordés au Grand Tronc et au chemin de Québec au lac Huron, et un i^rojet de loi relatif aux corporations religieuses. Ce dernier, [>réparé par M. Drummond, reçut une forte «apposition de plusieurs membres catholiques. Lorsque son auteur voulut ajouter des clauses (|ui restreignaient aux corporations religieuses le droit de i^osséder et de recevoir, ces restrictions injustes soulevèrent une protestation presque générale de la part des catholiques. Le projet de loi fut heureusement perdu dans le conseil législatif.
La majorité des conseillers législatifs refusa encore de voter le hill des subsides, à moins que l'on ne retranchât l'item qui accordait $200,000 destiné à l'érection des édifices parlementaires à Québec. Les adversaires alléguèrent qu'ils n'avaient pas été consultés sur la permanence du siège du gouvernement ; ils réussirent dans leur opposition, parce que plusieurs conseillers du Bas-Canada n'étaient pas à leur poste, et qu'ils refusèrent de s'y rendre, à la pressante sollication des ministres. Le conseil tenait par là, une conduite peu parlementaire. Il faut de
plus considérer, qu'il s'était prononcé en faveur d'une cai">itale fixe, et que le choix de la capitale appartenait de droit à la prérogative royale. Le conseil commettait une dernière injustice, avant que l'élément électif fût introduit dans son sein.
Pendant la vacance, la lutte se continua entre les partis politiques. Les chefs clear-griU convoquèrent, à Toronto, une assemblée de leurs partisans, afin d'organiser leurs forces. Ils y discutèrent la question de la reiirésentation d'après le nombre ; c'était leur sujet de prédilection. Les journaux de l'opposition discutèrent l'indépendance des membres de la législature ; ils demandèrent encore la dissolution du parlement et des élections générales. Le gouvernement s'y opposa ; il vit des éléments de popularité suffisante dans la réélection des nouveaux ministres, dans les démonstrations publiques faites à \A\\.sieurs membres du cabinet, et dans l'élection des conseillers législatifs. Il résolut donc de rencontrer les chambres avec ses propres forces.
La lutte fut vive lors de l'élection des douze premiers conseillers législatifs (^). Le ministère
(i) Les douzes conseillers législatifs élus en 1856 étaient : Hon. M. r. de Salle Latenicre. Laurentides.
" E.-H.-J. Duchesnny . . Laïuon.
" L.-A. Dessaullcs. . . . Rougeinont.
" Ed. ^^asson Mille-Isles.
" Louis Renaud Salabeny.
" Mollis Smith Wellington.
" ^.-^L Vankoughntt. . . Rideau.
" E.Murney Trent.
" John Simpson .... Oueen's.
" J. Patton Saugeen.
" Ilermanus Smith. . . . Burlington.
" John Prince Western.
Les nouveaux membres élus depuis la seslion de 1S56 : I\L\L (j. Benjamin, Simard, Baby et Chaffer-s, à la place de jNIM. Murncy, Chabot, J.-C. Taché et Poulin,
1857] SIR EDMUNl) HEAl). 29V
remporta cependant la victoire. MM. Vankonghnet, ministn^ tle l'agriculture, LaTerrière, Renaud et Duchesnay comptaient parmi les conseillers ministériels, et MM. Dessaulles, H. iSmitli et Murney, parmi les oi:)positionnistes. La principale victoire des démocrates fut l'élection de M. Dessaulles, reconnu comme homme do talents et comme possédant les idées extrêmes des démocrates.
La session de 1857 fut ouverte le 26 février. La codilication des lois, l'administration de la justice, la réforme des prisons, l'organisation du service civil et la colonisation furent les principales questions sur lesquelles Sir Edmund Head attira l'attention des cliamln-es dans le discours d'ouverture.
L'adresse en réponse au discours offici(?l fut votée presque sans discussion. La nomination de M. le juge Draper, chargé d'aller soutenir en Angleterre la demande d'une annexion du territoire de la Baie d'Hudson au Canada, fournit à M. A.-A. Dorion l'occasion de proposer un vote de censure contre le ministère. M. Dorion blâma ce dernier d'avoir envoyé un agent sans consulter le parlement, et d'avoir choisi, pour remplir une mission politique, un juge que l'on avait enlevé à ses fonctions. MM. Cameron et Wilson parlèrent également contre la mission du ju<i'e Draper. M. le procureur-général McDonald, MM. Spence et Loranger justilièrent la conduite du gouvernement, et dirent que la question de la Baie d'Hudson était d'une telle importance, cju'ils avaii'ut cru devoir choisir l'homme le plus compétent pour défendre les intérêts du Canada en Aiiffleteire. L'amendement de M. Dorion ne
réunit que tronte voix sur quatre- vin o't-denx. Deux antres amendements, proposés par M. Mackenzie, furent repoussés à de plus iortes majorités.
Les ministres s'empressèrent de présenter les mesures énumérées dans le discours du trône. Celle qui améliorait l'organisation du service civil était l'œuvre de M. Spence, maître-général des postes. Elle établissait, dans chaque département, un député-ministre permanent, qui avait la surveillance des autres employés, divisait ceux-ci en quatre classes, fixait le salaire des officiers et des clercs, et instituait un bureau d'examinateurs jîour les aspirants aux emplois imblics. Cette mesure établissait une réforme importante et fut bien accueillie par les chambres.
Le projet de loi ministériel, ordonnant la codification des lois civiles du Bas-Canada, fut un des actes législatifs les plus importants exécutés sous l'Union. Il était l'œuvre de M. Cartier. Le Bas-Canada avait subi une révolution légale par l'abolition du système seigneurial. Le moment était donc favorable de démêler les lois du pays, et d'entreprendre la codification des lois civiles et des lois de procédure. Ce travail devait être exécuté par trois commissaires, aidé de deux secrétaires. Il s'agissait de classer et de coordonner les lois en force, mentionner à chaque article l'autorité sur laquelle les commissaires s'appuieraient. Le travail des codificateurs devait être soumis aux juges, et ensuite au gouvernement, qui en ferait une mesure publique.
La nécessité de la codification se faisait gravement sentir, comme le remarcj^ua M. Cartier parce cjue le Bas-Canada est peuplé d'hommes
1857] Sm EDMUND IIEAD. 299
aux origines difl'érentes. La connaissance du droit civil ne pouvait être mis à la portée de tous que par le moyen de la codification ; de plus, les sources d'où sont tirées ces lois sont si variées, que leur connaissance exige de grandes recherches. Une partie de ces lois a été emx^runtée ou droit romain ou prise de la Coutume de Paris, les autres sont consignées dans les édits et ordonnances et dans les statuts provinciaux. La codification remédierait donc à ces gTaves inconvénients.
MM. Drummond et A.-A. Dorion auraient voulu assimiler les lois des deux sections de la province, qui se touchent déjà de si près, de manière à ne faire qu'un seul code de loi pour le Haut et la Bas-Canada. Cette assimilation leur paraissait nécessaire dans la prévision d'une confédération des provinces britanniques. M. Cartier leur répondit qu'on devait d'abord commencer par la codification des lois, que le Bas- Canada demandait impérieusement. Après ce travail, il serait temps d'accomplir plus tard l'assimilation des lois, lorsque les provinces seraient réunies.
Le projet ministériel fut très-bien accueilli dans les deux chambres, et passa dans toutes ses phases sans aucune opposition. Le gouvernement fit un choix judicieux dans le personnel des commissaires, MM. les juges Morin, Day et Caron. (^) Ils étaient des hommes du plus grand
(i) Sir Louis- li. La Fontaine refusa, pour des raisons de santé, de faire partie de la commission. MM. J.-U. Beauc'ry et T.-K. Ramsay furent nommés secrétaires ; ils connaissaient bien tous deux les deux langues. En 1S62, M. Ramsay ayant été démis pour des raisons politiques, il fut remplacé par M. McCord.
300 Sm EDMUND HEAD. [1857
talent, et se distinguaient surtout par leurs connaissances légales. Les commissaires commencèrent leurs travaux en 1850, et les terminèrent en 1864. La loi qui mettait le code civil en force fut passée l'année suivante.
Le gouvernement travaillait dans le même temps à la révision des statuts provinciaux ; ilavait nommé, en 185G, six commissaires pour accomplir ce beau travail dans chaque section de la i^rovince. Nous en parlerons plus tard.
M. Cartier ï)répara et lit adopter par la législature une autre loi qui introduisait les lois françaises dans les Cuntonf. de fEsf, et qui rendait la tenure des terres uniforme. Les lois de cette partie de la j)i'ovince n'étaient pas définies ; jusqu'à cette époque les juges avaient tantôt appliqué la loi anglaise, tantôt la loi française. Cette mesure faisait disparaître non-seulement une grave difficulté de législation, mais enlevait un obstacle au progrès de la population des cantons. Cet inconvénient avait empêché beaucoup de Franco- Canadiens de s'établir dans cet endroit. Les lois civiles furent dès lors uniformes dans tout le
L'acte de la décentralisation judiciaire est encore une œuvre qui a mérité à son auteur, M. Cartier, la reconnaissance de ses concitoyens. Cette mesure amendait les actes de judicature, X)réparé en 1849, par M. LaFontaine, et divisait le Bas-Canada en dix-neuf districts judiciaires dont douze étaient nouveaux. Elle pourvoyait à l'érection de cours de justice et de prisons dans les nouveaux districts, portait à dix-huit le nombre des juges de la cour supérieure, et à cinq
celui des juges de la cour d'appel (i). Il fixait le nombre de termes de la cour d'appel à quatre dans Québec et quatre dans Montréal (2). Les juges de la cour supérieure pouvait présider à toute session du banc de la reine siégeant comme cour criminelle, excepté à Québec et à Montréal. La loi faisait aussi des changements dans la procédure suivie dans les cours de justice. Elle fixait à douze cent cinquante louis le salaire des juges en chef, à mille louis, celui des juges puisnésdes districts de Québec et de Montréal, et à sept et huit cents louis celui des juges des autres districts.
Tous les membres approuvèrent le principe de la mesure ; tous sentaient les inconvénients de la centralisation de la justice dans les grands centres. Cependant, plusieurs n'approuvèrent pas certains détails, le choix de quelques chefslieux fut surtout censuré. D'autres membres auraient j^référé ne pas introduire dans le projet de loi les parties qui touchaient à la procédure.
Le principe de la décentralisation judiciaire reçut l'aiDprobation générale ; car l'augmentation de la population et des afîaires nécessitait alors un plus grand nombre de cours. Cette œuvre mit la justice à la portée de tout le monde. Elle
(1) Voici le nom des dix-neuf districts : Outaouais, Montréal, Terrebonne, Joliette, Richelieu, Trois- Rivières, Québec, Saguenay, Gaspé, Rimouski, Kamouraska, Montmagny, Beauce, Arthabaska, Saint- François, Bedford, Saint-Hyacinthe, Ibervilleet Beauharnois.
(2) Le 28 novembre 1857, le gouvernement fit les nominations suivantes de juges de la cour supérieure. MM. Ilippolyte (luy, Wm. Power, Jean-C. Bruneau, Wm-K. McCord, J.-S. McCortl, Jos- André Taschereau et David Roy.
Les autres juges du Bas-Canada, étaient : Sir Louis-H. LaFontaine, MM. Bowen, Caron, Duval, Aylwin, Smith, C. Mondelet, Chabot, Badgley, Meredith, Short, Morin, Day et Dom. Mondelet.
exigea de M. Cartier uu immense travail pour la rédaction des actes, l'organisation et la mise en opération du nouveau système. Il lui fallut une grande énergie pour exécuter cette tâche et résister aux plaintes et aux réclamations de toutes sortes. Cette œuvre et celle de la codification sont certainement un des plus beaux titres que M. Cartier s'est acquis à la reconnaissance de ses concitoyens.
Le solliciteur-général Smitli soumit à la législature une mesure très-libérale, pour assurer l'indépendance du parlement. Elle rappelait l'acte passé, en 1843, sous le ministère LaFontaine- Baldwin, rendait les juges, les shérifs, les officiers de la douane et quelques autres employés publics inhabiles à voter à l'élection des membres du parlement. Elle empêchait d'être élues députés des deux chambres toutes personnes occupant une charge ou ayant un emploi lucratif à la nomination de la couronne, et celles qui tenaient un contrat avec le gouvernement. Le projet de loi exemptait cependant les officiers de la milice et les membres engagés à la codification des lois et à la révision des statuts. Le système d'employer les députés à des occupations administratives était devenu un grand abus. Le ministère établissait donc une belle réforme, en ne laissant entrer dans le parlement que des personnes entièrement indépendantes de l'exécutif. Aussi l'acte reçut-il l'approbation générale des deux chambres.
Divers actes, préparés par le procureur-général McDonald, modifiaient les lois concernant l'administration de la justice dans le Haut-Canada. Une autre loi rappelait l'acte qui établissait le
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libre commerce des banques. Une dernière exigeait que les comptes publics fussent rendus au gouvernement en dollars et centins. Les banques introduisirent aussi le système décimal dans leurs bureaux ; il en fut de même dans les hautes maisons de commerce. Ce système est certainement le plus clair et le plus facile pour l'intelligence des chiffres.
Une autre excellente mesure du ministère Taché-McDonald établissait deux prisons de réforme destinées aux jeunes délinquants, l'une dans le Haut, l'autre dans le Bas-Canada. Cette excellente loi pourvoyait encore à une administration meilleure des prisons, des hôpitaux et des asiles publics, et les plaçait sous la surveillance d'un bureau de cinq inspecteurs nommés par le gouvernement (i).
On établit, en 1858, une école de réforme à l'île aux Noix ; on la transporta quelques années plus tard à Saint-Vincent de Paul, près de Montréal. Le gouvernement établit aussi une semblable institution dans le Haut-Canada. Depuis cette époque, les jeunes délinquants ont été séparés des criminels roués dans le crime. On entretenait encore, à grands frais, plusieurs asiles des aliénés. Il y en a actuellement trois dans le Haut-Canada, ceux de Toronto, de Malden et de Eockwood. Le Bas-Canada en possède deux, celui de Saint- Jean, établi en 1861, et celui de Beauport. Ce dernier, fondé en 1845, par MM. les docteurs Frémont, Morrin et Dougîass, est considéré comme le plus bel établissement de ce
(i) Le 2 clccembre 1859, MM. W. Nelson, J:-C. Taché, D.-A. MacDonelI, John Langton et E.-A. Meredith lurent nommés inspecteurs en vertu de cet acte.
S04 Sm EDMUND HEAD. [185*7
genre en Amérique. Le pénitencier provincial de Kingston est nn antre vaste établissement qui peut soutenir la concurrence avec toute institution semblable.
L'acte relatif aux sociétés d'agriculture de 1852 fut rappelé et remplacé par un autre, que prépara M. Vankoughnet. Ce dernier resta en force jusqu'en 1869 ; il fut remplacé alors par l'acte de la province de Québec concernant le département de l'agriculture et des travaux publics. Une dernière mesure ministérielle encourageait la civilisation graduelle des tribus sauvages du Canada.
Une somme de $110,000 fut votée j^our l'entretien de la milice volontaire, 1 100,000 pour la colonisation, $160,000 comme somme additionnelle pour les écoles communes. Le montant accord j aux hôpitaux et aux institutions de charité fut porté à $175,000. La jolie somme de $918,000 fut allouée pour la réparation des canaux, des phares sur le Saint-Laurent, etc. ; les améliorations sur l'Outaouais comptèrent pour la somme de $212,000. Le gouvernement porta à $200,000 l'allocation annuelle des vapeurs océaniques pendant cincj années, à la condition C[ue le service fût liait une fois par semaine. On voulait par là donner de plu.s grandes lacilités aux communications postales et commerciales entre le Canada et la métropole. Comme l'on avait été satisfait de l'efficacité du service de lu ligne canadienne de MM. Edmonstone et Allan, cette compagnie eut la préférence pour le contrat de la malle. Le gouvernement impérial avait déjà commencé à expédir par cette ligne les lettres qu'il envoyait auparavant au Canada par les lijornes Cunard et Collins. .
La compagnie du Grraiid Tronc n'avait pas été satisfaite des avantages que lui accordait l'acte de 1856, car elle n'avait pu prélever que <£Y5 0,000 sur les X2,000,000. L'Hon. procureur-général présenta des résolutions, et ensuite une mesure pour venir en aide, à la condition de terminer les travaux depuis la llivière-du-Loup jusqu'à Sarnia, y compris le pont Victoria, dont la construction était déjà avancée. Cette aide consistait à l'abandon de toute réclamation aux intérêts sur les iî3,500,000 que la province avait fournis, jusqu'à ce que la compagnie fût en état de payer ses dépenses et un dividende de six par cent sur le capital des actionnaires. Cet abandon permettait à la compagnie de prélever facilement les fonds nécessaires à l'achèvement de la ligne. La mesure rencontra une vive opposition de la part des libéraux et de plusieurs partisans du ministère. Avant de la voter, M. Brown proposa de soumettre les affaires de la compagnie à une investigation sévère ; quarante - huit députés approuvèrent sa motion. Quelques membres demandèrent un appel au peuple. Ceux du district de Québec se plaignirent de ce qu'on exemptait la compagnie de construire la partie du chemin entre la Éivière-du-Loup et les Trois- Pistoles, comme le x^ortaient les premières conventions. Ils réclamèrent en même temps une aide en faveur du chemin de la Rive Nord.
Les membres favorables à la mesure firent valoir les immenses avantages qui devaient revenir au pays, par la facilité des communications, par l'accroissement raj^ide du commerce, par le redoublement de la valeur de la propriété foncière ; ces avantages étaient plus que suflB.»
sauts pour dédommager la province de l'argent qu'elle avait fourni. La mesure du Grrand-Tronc faisait encore cesser les relations entre le gouvernement et la compagnie, en rendant les ministres inhabiles à être directeurs. Elle subit sa troisième lecture sur une division de soixante contre quarante-huit. MM. Cauchon, Evanturel et Thibaudeau votèrent contre, tandis que MM. Gralt, Holton, Merritt, Young et Rolph l'approuvèrent sans restriction. M. Dorion, approuva aussi l'aide accordée, parce qu'il considérait le Grand Tronc comme une entreprise nationale. L'examen des affaires de la compagnie l'avait convaincu de la nécessité de la secourir. L'argent de la province eût pu être mieux appliqué ; mais il n'y avait plus à revenir sur le passé, il s'agissait de retirer le meilleur x^arti d'une mauvaise affaire. M. Cartier félicita M. Dorion ; sa conduite, dit-il, était celle d'un homme d'état qui considérait avant tout les intérêts du pays. L'acte du Grand Tronc fut également passé dans le conseil législatif à une forte majorité.
Il n'y a pas de doute c|u'une mauvaise administration avait présidé aux affaires du Grand Tronc : sans les salaires trop élevés des employés, et sans les spéculations sur l'achat des terrains et les autres gaspillages, on serait arrivé à un résultat différent. Les actionnaires furent réellement exploités. Mais la province était intéressée au succès définitif de cette gi'ande entreprise. Elle allait retirer indirectement d'immenses avantages, par le surcroit de facilité donné au commerce, et par la diminution des frais de transport. Aussi tous ceux c[ui étaient grandement iatéressés à la prospérité générale, donnèrent
leur conco-uvs au gouvernement. MM. Young, Holton, Dorion, McNab et Drummond le firent avec les vues larges d'hommes d'état.
Si quelques partisans du ministère votèrent contre l'acte du Grrand Tronc, ce fut parce que le cabinet hésitait à accorder une aide en faveur du chemin de la Rive Nord. M. Cauchon, pressé par les amis de ce chemin, laissa le cabinet à cette occasion. Il voulait qu'une aide fût accordée à cette route avant de voter la mesure relative au Grrand Tronc ; il était de plus mécontent des délais cjue ses collègues apportaient dans leur décision.
M. Cauchon fut félicité, par ses collègues et par la presse, de l'énergie et de la fermeté qu'il avait déployées pour amener des réformes dans le département des terres de la couronne. Ces réformes avaient mis un terme aux fraudes et au pillage commis par les agents, et avaient produit une expédition plus prompte des affaires. Son intéressant rapport de 1857 est là pour prouver sa haute capacité administrative. M. Taché remplaça M. Cauchon comme ministre des terres de la couronne.
Après la retraite de M. Cauchon, le gouvernement accorda une aide indirecte au chemin de la Rive Nord. Il donna à la compagnie du chemin de fer et de la navigation du Saint-Maurice un octroi de 1,500,000 acres de terres incultes. Cette compagnie, qui venait d'être incorporée, s'engageait à ouvrir des communications entre les Trois-Rivières et La Tuque, au moyen d'une voie ferrée et de bateaux à vapeur ; on lui permit d'opérer sa fusion avec le compagnie de la Rive Nord, Les deux compagviies s'unirent en
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effet sous le nom de Compagnie de chemin de fer de In Rive Nord et de la Navigation et des Terres du Saint- Maurice. L'octroi territorial du million et demi d'acres devait être la propriété de la compagnie de la Rive Nord à la condition expresse qu'elle établirait des communications entre Trois-Rivières et La Tuque.
La compagnie tenta alors de mener cette belle entreprise à bonne fin. A sa demande la corporation de Québec lui vint en aide, et avança une somme de cinquante mille piastres ; l'exploration fut alors entreprise et les travaux même commencés. Malheureusement, MM. Langevin et Casault, envoyés en Angleterre pour s'entendre avec les capitalistes., ne purent réussir dans leur mission ; ces derniers demandèrent des conditions trop onéreuses. ^ entreprise fut alors abandonnée pour i^lusieurs années. Eu 18Y1. M. Cauchon la prit sous sa protection ; il réveilla l'opinion i Ublique dans la presse, dans des assemblées publiques ; grâce à son énergie, à l'octroi généreux de la corporation de Québec et au concours des véritables amis du progrès, la construction du chemin de la Rive Nord a été décidée. Les travaux ont été inaugurés solennellement au mois de juillet 18t2. On peut dire que ce chemin, qui sera si utile à la ville de Québec, est maintenant résolu.
On se rappelle qu'à la session de 1856, une majorité de l'assemblée législative avait décidé que Québec serait la capitale permanente, et aA^ait voté une somme de $200,000 pour l'érection des édifices parlementaires ; mais le conseil législatif a^ lit refusé son concours dans le vote des subsid' ; . Beaucoup de députés considérèrent
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alors la question non réglée ; et à l'ourerture de la session de 185^ elle commençait déià à préoccuper Ibrtement les esprits. Sons nullement s'occuper de la décision déjà prise en faveur de Québec, le ministère proposa de soLimettre à la reine la solution de cette importante question, et de la prier de choisir un lieu convenable pour être le siège du gouvernement ; il suggéra aussi de voter une somme de ^900,000 pour l'érection d'édifices publics.
M. Cartier considérait que le vote en faveur de Québec n'avait x)as été sérieux pour plusieurs députés, puisqu'ils avaient voté ensuite contre les 1200,000 ; ce vote n'était donc pas l'expression de l'opinion de l'assemblée législative. De plus, le conseil législati'' ait refusé les subsides, et le gouvernement ne pourrait agir qiie lorscj[ue les deux branches de la législature seraient d'accord ; il était suivant l"i, impossible d'avoir le concours du conseil législatif Le meilleur moyen de régler les difficultés existantes était de laisser au gouvernement impérial le choix de la capitale.
Beaucoup de députés du Bas-Canada s'opposèrent à la démarche prise par le ministère. M. J -E. Thibaudeau proposa un amendement pour déclarer, qu'il n'était i^as expédient de prendre en considération la question du siège du gouvernement, parce qu'elle avait été décidée à la session précédente. Il soutint c[u'il fallait maintenir la décision prise à la session de 1856, laquelle assurait à Québec un droit acquis. " Pourquoi ajouta-t-il, l'administration veut-elle lui enlever ce droit, surtout après la déclaration < l'elle a faite, que dans cette grave cjuestion, elL se sou-
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mettrait à la décision de la chambre ? Mais anjourd'hui elle vient avec un principe opposé, et elle on fait une que tion ministérielle. Le rejet des subsides, par ie conseil législatif, n'est pas une raison suffisante pour annuler la décision de la chambre, surtout lorsque plusieurs conseillers législatifs du Bas-Canada étaient absents lors du vote."
M. kSimard seconcla la motion. Le gouvernemont, dans son opinion, devait prendre la même position fj^ue l'année i:>récédente, c'est-à-dire, laisser la chambre libre de faire son choix MM. lîlvanturel, Dorion, Galt, Casault et Turcotte se montrèrent également opposés à ce que le choix de la capitale fût laissé à l'Angleterre, et votèrent contre le ministère. MM. Alleyn, député de Québec, Loranger, Chapais et Polette, défendirent, au contraire, les résolutions ministérielles ; c'était suivant eux le seul moyen de régler cette f|uestion difficile. L'amendement de M. Thibaudeau ne réunit que c[uarante-quatre voix. Une autre motion fixant le siège à Montréal, et proposé par M. Loranger, obtint le concours de de trente-neuf députés. Les autres villes du Canada eurent encore moins de chances. Enfin, l'adresse à la reine, ipar laquelle on la jn'iait de choisir la capitale, fut adoptée sur une division de soixante et un contre cinfjuante (i).
(i) Pour: MM. AUeyn, LLllingliam, Benjamin, Bowes, Brodeur, ]irocurcur-généraI Cartier, Casault, Cauchon, Cayley, Chishoim, Clarlce, Coiiger, Cook, Crysler, Daly, | .-B. Daoust, Dionne, Dostaler, Diifresne, Egan, Fellowes, Felton, Ferres, Thos. Fortier, Fournier, Gili, Cnic-vremont, Labeile, I.aporte, Lanvill, Le Boutiliier, Lemieux, Loranger, Lumsdcn, jNIacbeth, procureur-général McDonald, McCann, Masson, Matheson, Meagher, Mongenais, J. C. ^lorrisson, A. Morrison, Polette, Powell, Price, Raiikin,
Comme on devait s'y attendre, en référant la question ;V la métropole, le Bas-Canada fut sacrifié. On n'aecorda aucun égard à Québec, le principal port de mer du Canada, à la position fortifiée de cette ville, aux garanties de sûreté qu'elle présentait, à ses titres d'ancienne capitale, de ville historique et scientifique, surtout à sa position centrale dans le cas d'une confédération du Canada avec les provinces maritimes. On laissa également de côté Montréal, qui, par sa position centrale, par sa grande population, par ses riches monuments et par son immense commerce, avait aussi des droits à obtenir le siège du gouvernement. Ces deux grandes villes avaient encore l'avantage de posséder une population composée des deux origines.
La reine choisit Outaouais, ville naissante, isolée dans la forêt, pour être la capitale d'une province aussi importante que l'était alors le Canada. C'était certainement la dernière ville à laquelle l'on eût dû songer. Si un vote en faveur d'Outaouais eût été demandé, certainement que les quatre cinquièmes des députés auraient voté contre. La décision de la reine donna lieu à beaucoup de mécontentement et de murmures, et plusieurs députés durent regretter d'avoir soumis l'affaire à son tribunal.
Rhodes, Robinsoii, Roblin, sollicitem-général Ross, Shavv, solliciteur-général Smith, Somerville, Southwick, Spence, Stevenson, Supple, Terrill, Witney et Yeilding — 6i.
Contre : MM. Aikins, Baby, Bell, Biggar, Bourassa, Brown, Bureau, Cameron, Chaffers, Chapais, Çhristie, Cook, Chas . Daoust, Darche, Delong, Desaulniers, DeWitt, J.-B. -E Dorion, A. -A, Dorion, Evantiuel, Fergusson, Ferrie, Flint, Foley, O.-C . Fortier, Fraser, Freeman, Gamble, Gould, Ilartman, Holton, Huot, Jobin, Laberge, R. MacDonald, Mackenzie, Marchildon, Mattice, Munro, O'Farrell, Papin, Patrick, Pouliot, Prévost, Sanborn, Simard, Tliibaudeau, Turcotte, Valois et Wright — 50.
On peut affirmer que si Québec ne devint pas la capitale, la faute doit retomber sur les membres du district de Québec, surtout sur les trois ministres qui représentaient ce district, dans le cabinet. Si tous ces membres eussent montré plus d'énergie, le vote de la session précédente eût été maintenu. En 1843, M. LaFontaine obtint bien que le siège du gouvernement 'û'. transféré de Ivingston à Montréal, et cela x")arce qu'il en fît une question ministérielle et que les députés du Bas-Canada ne se divisèrent pts. Les ministres de cette province auraient dû suivre le même exemple, et mettre pour condition leur retraite du cabinet, s'ils n'obtenaient pas justice pour la ville de leur choix.
La session de 1857 fut mémorable parle grand nombre de mesures utiles qu'elle vit passer. On peut féliciter le ministère Taché-McDonald des lois dont il dota le pays ; les mesures comme celles de la décentralisation judiciaire, de la codiiication des lois, de l'encouragement de l'agriculture, de l'indépendance des chambres, de la meilleure organisation des prisons et des asiles, des améliorations publiques, sont plus que suffisantes pour perpétuer le souvenir des auteurs de ces lois. Il faut dire à l'honneur des députés hostiles au gouvernement que loin do faire, comme à la session de 185G, une opposition factieuse aux mesures ministérielles, ils les accueillirent presque toutes, et employèrent leurs talents joour les faire passer. Ils tentèrent toutefois de faire adopter plusieurs de leurs mesures favorites.
M. Mackenzie proposa la nomination d'un comité pour préparer un projet de loi qui devait
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introduire le vote an scrutin. C'était suivant lui, M. Doriou et quelques autres, le seul mode de mettre fin ù la corruption électorale, et de permettre aux électeurs l'exercice libre de leur droit de suffrage ;^e système avait réussi aux Etats-Unis à faire disparaître une partie des inconvénients qui accompagnent les élections. MM. Cartier et Cauchon ne voyaient pas qu'il pût résulter beaucoup d'avantages de l'adoption du vote au scrutin. Ce système ne devait pas suivant eux mettre fin aux scènes do violence. La motion fut perdue.
La chambre décida, cependant, sur motion de M. Brown, de pourvoir à un système d'enregistrement des voteurs, aux élections parlementaires, et passa à la session de 1858 une loi dans ce but. M. Dorion se prononça clairement pour le suffrage universel. Il ne voyait pas pourquoi un commis, cj^ui reçoit des gages élevés, serait privé du droit de voter, parce qu'il ne tient pas feu et lieu. Il appliqua la même règle aux lils qui demeurent chez leurs parents. M. Cartier refusa les arguments de M. Dorion, et dit que celui qui désirait être citoyen et en avoir les droits, devait en prendre les moyens.
Une motion de M. Mackenzie, condamnant le mode de voter en bloc l'argent octroyé pour la colonisation, fut aussi rejetée à une forte majorité. M. Felton voulut de son côté, faire fixer la réunion des chambres ; M. Sydney Smith proposa aussi, qu'il était expédient que les élections des conseillers législatifs se fissent de suite, dans les divisions électorales où elle n'avait pas eu déjà lieu, et de ne pas attendre le délai fixé par la loi de 185G. M. Cauchon, M. McDonald et
autres s'opposèrent à changer la loi avant de connaître quel serait le fonctionnement du conseil législatif tel qu'il venait d'être constitué ; il ne fallait pas faire et défaire les constitutions tous les ans ; de plus, on amènerait par là un conflit entre les deux chambres. Les membres de l'opposition, MM. Dorion, Foley et Brown reprochèrent aux ministres de s'opposer à une chose qu'ils avaient proposée par le projet ministériel de 185G. La motion de M. Smith fut rejetée sur une division de soixante-six contre quarante.
Un projet de loi, qui donnait une existence civile aux Sœurs de N. D. de Lorette, à Toronto, occasionna une chaleureuse discussion. Elle se termina par l'adoption d'une clause, en vertu de laquelle les sœurs ne pourraient posséder de propriétés foncières que pour leur usage et leur occupation. On vit avec chagi'in plusieurs députés d'origine française faire cause commune avec les fanatiques du Haut-Canada, afin de limiter à ces bonnes sœurs le droit d'acquérir ; MM. Papin, Turcotte et les deux MM. Dorion étaient du nombre.
Quelques députés mirent à nu leurs haines contre le catholicisme. M. Brown déclara qu'il était de la dernière imprudence d'établir dans la province des couvents et des monastères, et de leur laisser le pouvoir d'acquérir des immeubles ; ces institutions, disait-il, ne vont nullement au génie et aux mœurs du peuple du îlaut-Canada. M. AV.-Lyon Mackenzie voulut restreindre l'action de l'Eglise catholique dans les limites les plus étroites i:>ossibles, comme une chose redoutable aux libertés populaires ; l'histoire, dit-il, prouve qu'elle est essentiellement intolérante.
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Nous regrettons de voir M. Turcotte partager l'opinion de ceux qui croient, qu'il ne faut pas permettre aux sociétés religieuses d'acquérir des propriétés.
Pendant Tanné/ 185Y, eurent lieu des catastrophes terribles, qui ont laissé de si pénibles souvenirs dans le cœur des Canadiens, que nous avons cru devoir les raconter. Le 12 mars, un convoi de chemin de fer partait de Toronto pour Hamilton ; arrivé au pont tournant, sur le canal Desjardins, le pont s'écroula et le convoi fut précipité dans l'eau à une hauteur considérable. Sur quatre-vingt-dix personnes qu'il renfermait, soixante-dix se noyèrent ou furent massacrés. Au nombre des victimes se trouvaient M. S. Zimmermon, riche banquier, et le Hév. M. Booker.
Le 26 juin, le bateau à vapeur Montréal, commandé par le capitaine Rudolph, partait de Québec avec 400 passagers, la plupart émigrés d'Ecosse. Arrivé à la hauteur du Cap Rouge, le feu se déclara à son bord. Pendant qu'on faisait des efforts pour l'éteindre, le vaisseau continua toujours sa route ; mais tout fut inutile. Lorsque le Montréal fut dirigé à terre, il était trop tard ; le feu avait déjà fait de trop grand progrès. " La confusion qui eut lieu, dit un journal du temps, est plus facile à imaginer qu'à décrire. Les uns se tordaient dans le désespoir, les autres, pour éviter les llammes, se précipitèrent à l'eau, où un grand nomljre ont dû périr. Les chaloupes préparées par l'équipage, au premier moment de l'accident, n'oflraient qu'une mésirable ressource, dont l'utilité était rendue inutile par le tumulte et la confusion." Heureusement que le cai^itaine
Côté, du vapeur Napoléon vint au secours du Montréal. Son courage personnel et le dévouement de son équipage sauvèrent beaucoup de passagers. Le nombre des malheureux c[ui périrent dans les flammes ou se^ noyèrent fut de 252, parmi eux se trouvaient quelques Canadiens (i).
(i) MM. James McLaren, Jules Bigaouette, Dnie Dr P.Ianchet et M. S.-C. Philips, citoyen américain établi aux Trois-Rivières, étaient au nombre des noyés.
Un autre accident avait eu lieu en 1S56 ; il fut causé par une explosion à bord du vapeur traversier du Grand Tronc à Longueuil. Quarante personnes environ trouvèrent la mort dans ce sinistre.