‹ Le Canada sous l'Union 1841-1867 (volume 3)Chapitre 12 sur 36 · CONTINUATION DU MINISTÈRE VIGER-DRAPER MINISTÈRE DRAPER-PAPINEAU · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU MINISTÈRE VIGER-DRAPER MINISTÈRE DRAPER-PAPINEAU

Lord Cathcart d'abord administrateur, ensuite gouverneur-général.-^Difficulté entre l'Angleterre et les Etats-Unis au sujet de rOrégon. — Convocation de la législature. — Débats sur l'adresse.— Correspondance Draper-Caron. — Emprunt aux incendiés de Québec. — Liste civile. — Biens des Jésuites. — Sommes votées pour des améliorations publiques. — Lois de la milice, des écoles, de l'administration de la justice, etc. — Considérations sur le ministère. — Incendie du théâtre de Québec. — l^ord Cathcart remet les'rênes du pouvoir à Lord Elgin.

Après le départ de Lord Metcalfe, au mois de novembre 1845, radministration de la province était passée à Lord Cathcart, commandant des forces militaires du Canada, jusqu'à ce qu'un successeur fût nommé par la métropole. L'état alarmant dos relations entre l'Angleterre et les Etats-Unis, causé par la question du territoire de l'Orégon, décida le gouvernement impérial à laisser l'administration du Canada entre les mains d'un militaire jusqu'à la solution de cette difficulté. De fait, Lord Cathcart fut nommé gouverneur-général le 16 mars 1846, et prêta le serment d'usage à Montréal, le 24 avril suivant. La reine lui signifia cette nomination dans les termes les plus flatteurs, et lui assura que la réunion

de Tautoriti!^ civile et militaire dans sa personne n'était pas l'effet d'une combinaison due aux circonstances, mais d'une conviction mûre et méditée de sa haute capacité pour l'administration de Tune et de l'autre. Lord Cathcart était un officier distingué et rempli de mérites : il était arrivé en Canada, au mois de juillet 1845, pour y prendre le commandement en chef des troupes britanniques à la place de Sir Richard Jackson. Son élévation au gouvernement civil lui donnait un surcroît de travail considérable, et lui imposait surtout une grande responsabilité.

L'Angleterre était à cette époque en difficulté avec la République Américaine, au sujet des limites et de la possession du grand territoire de TOrégon. Ce territoire, situé entre les Montagnes Rocheuses et rOcéan Pacifique, est arrosé par la rivière Colombia. Il avait été habité par des sujets anglais longtemps avant qu'un citoyen américain eût mis le pied sur son sol. La compagnie de la Baie d'Hudson avait établi et possédait sur la Colombia des comptoirs fortifiés, où près de mille employés faisaient, en 1845, le commerce des fourrures. Les Américains avaient aussi une colonie assez considérable établie dans la vallée de la rivière Williamette, affluent de la Colombia. Le reste du territoire était peuplé do tribus indiennes au nombre d'environ 80,000 âmes.

Depuis nombre d'années l'Orégon avait été habité en commun parles deux colonies. En 1818, un traité avait été signé entre les deux parties pour régler la frontière septentrionale du territoire et déterminer pour 10 ans l'occupation conjointe. Le traité de 1827 confirmait celui que nous venons de citer, pour

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un temps indéfini, à la volonté des deux parties, sauf à régler la question plus tard. Un des premiers actes du présidentPolkfutde rouvrir le litige, en annonçant à son peuple qu'il était du devoir du gouvernement de maintenir sur tout le territoire son droit de propriété, qui était incontestable selon lui, et qu'il fallait protéger les citoyens qui iraient s'y établir. Il signifia quelque temps après à la Grande-Bretagne l'abrogation du traité de 1827, et la cessation de l'occupation commune du territoire à l'expiration d'une année. Gomme dans toutes difficultés internationales, le gouvernement américain ne considéra pas si ces réclamations an sujet de ce territoire étaient justes et honnêtes; mais il ne chercha qu'à contenter son ambition et son esprit d'agrandissement. L'Angleterre, de son côté, n'était pas disposée à abandonner un si vaste pays et ses sujets qui l'habitaient ; elle avait un droit clair et certain, et ses hommes d'état voulaient le maintenir à tout prix. Mais, avant d'en venir à des difficultés, elle proposa de diviser le territoire par la Colombia et de laisser la navigation de cette rivière libre aux deux peuples. Ces propositions, pourtant si sages, furent d'abord refusées par le gouvernement américain. Les négociations furent reprises dans l'été do 1846, et couronnées de succès. Le territoire fut partagé entre les deux puissances, et la libre navigation du Colombia fut concédée à la compagnie de la Baie d'Hudson et auxsujets britanniques. M. James Buchanan, secrétaire d'Etat des Etats-Unis, l'Hon. M. Richard Packenhan, membre du conseil privé de la reine, furent nommés pourrégler le traité. Lord Cathcart convoqua les chambres le 20 mai's

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1846 (^). Il oiivritla deuxième session du second parlement par un discours dans lequel il recommanda de voter une liste civile pour remplacer celle qui avait été établie par Tacte d'union, de réorganiser immédiatement la milice canadienne par une loi efficace, d'émettre des débentures pour une certaine somme destinée aux incendiés de Québec, afin de les aider à reconstruire les propriétés détruites, etc. Il s'exprima ainsi sur le départ de Lord Metcalfe : « Tout en vous annonçant que je suis devenu le successeur de Lord Metcalfe, vous vous joindrez à moi, j'en suis convaincu, pour exprimer de sincères regrets sur la cause pénible qui a forcé ce personnage distingué à abandonner un poste dont il a rempli les devoirs avec le même zèle et la môme habileté qui lui ont valu, en toute occasion, la haute approbation de sa Souveraine, ainsi que le respect et la reconnaissance du peuple au gouvernement duquel il a présidé comme son représentant. »

L'adresse en réponse à ce discours contenait les mêmes sentiments au sujet de Lord Metcalfe. Le colonel Prince, qui la proposa, se plut à louanger la conduite de l'ex-gouverneur, et à reconnaître en lui le meilleur administrateur que le Canada eût eu jusque-là. Il avait cependant approuvé la conduite des chefs libéraux, et voté avec eux à la dernière session.

Les membres du parti libéral étaient loin d'ap-

( ' ) Les députés élus depuis la dernière session étaient :

i>. -B. Viger, Trois-Rivières, à la place de Ed. Greive ;

J. -A. Taschereau, Dorchester, à la place de P. -E. Taschereau ;

Wm. Caley, Huron, à la place de Wm. Dunlop ;

George Munro, 3e division York, à la place de J.-E. Small.

prouver la politique de Lord Metcalfe, et ne pouvaient voler la partie de l'adresse qui s'y rapportait. Ce parti, qui avait combattu son administration, existait encore ; il professait les mêmes principes et formait une opposition imposante. L'Hon. M. Baldwin proposa do retrancher cette partie et de la remplacer par une autre qui exprimerait simplement le regret qu'avait la chambre de la cause pénible qui avait forcé Lord Metcalfe à abandonner un poste aussi érainent. M. Baldwin regrettait de proposer cet amendement, il respectait chaque gouverneur de la province ; mais ses amis et lui ne pouvaient pas accepter les résolutions de l'adresse telles qu'elles étaient proposées, et ils n'étaient pas plus capables d'approuver la conduite de Lord Metcalfe qu'ils ne Tavaienl été l'année précédente. Il approuvait lui-même cependant le reste de l'adresse, désirant meWre la milice sur un pied effectif, et espérant que la liste civile serait facilement réglée.

Dans le cours des débats sur l'adresse, M. Vfger fut plusieurs fois l'objet d'attaques de la part des membres de l'opposition, surtout de M. Aylwin, qui lui demanda des explications sur sa persistance à garder si longtemps son siège dans le cabinet sans être élu par la peuple et sur la position qu'il occupait envers ses compatriotes.

M. Viger, au lieu de répondre directement, défendit dans un long discours la conduite de Lord Metcalfe et la sienne. «Il dit que le peuple devait l'octroi du gouvernement responsable en Canada à Lord Metcalfe que Ton n'avait cessé de calomnier, et à lui, son ministre, bien qu'on les eût accusés tous deux d'en être les eRnemis, pendant qu'ils en avaient

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été les plus formes soutiens. Lord Metcalfe s'était mis dans rimpossibilité de pouvoir Tébranler en prenant les résolutions de 1841 pour sa règle de conduite ; lui-même (M. Viger) avait discuté le gouvernement constitutionnel d'une manière plus claire et plus précise ; il en avait présenté l'étendue et les conséquences sous des points de vue plus favorables aux libertés publiques, que la majorité de l'assemblée ne l'avait fait dans son adresse aux ci-devant ministres. Pendant neuf mois le gouverneur avait suspendu la cassation du parlement pour offrir à la majorité de reconstituer le ministère avec les mêmes matériaux, et cependant on les avait dénoncés tous deux comme ennemis du gouvernement responsable. Comment alors les honorables membres pourraient-ils croire le gouverneur et son ministre capables de pousser l'extravagance jusqu'à vouloir détruire un gouvernement qu'ils établissaient sur une base inébranlable. Les faits étaient accomplis, et l'histoire dira que, pour soutenir cette accusation d'avoir voulu renverser ce système de gouvernement, on avait jeté la province dans une grande effervescence, et qu'on l'avait tenue dans cet état depuis plus de deux ans. On avait grossièrement calomnié Lord Metcalfe, dit encore M. Viger ; on l'avait représenté comme le plus mauvais de nos gouverneurs. Il ne fallait pas oublier sa conduite envers les exilés politiques et ses générosités en tous genres. Quant à lui-môme, on lui avait reproché d'être l'objet de la haine de ses compatriotes ; mais cette haine avait été allumée par d'atroces calomnies. Ce n'était pas la première fois qu'il subissait une pareille épreuve: en 1812, on avait porté contre lui de graves accusations au sujet d'un acte

de milice ; on reconnut plus tard cfif il avait eu raison et on lui avait rendu justice. Il comptait trop sur l'équité de ses compatriotes pour désespérer de Tobtenir encore cette fois.»

Rien dans ce discours ne donnait les raisons qui avaient déterminé M. Viger à accepter le pouvoir et à demeurer deux années entières dans la position la plus anormale et la moins constitutionnelle. C'est ce que lui fit reïiiarquer M. Cauchon dans un discours où il prit H parti tous les ministres du Bas- Canada, démontra la position humiliante qu'ils occu- I)aientdans le cabinet et les actes injustes envers leurs compatriotes qu'ils avaient sanctionnés de leurs votes. M. Chauveau s'appliqua à prouver que l'administration n'était pas numériquement aussi forte qu'elle le paraissait, que moralement et poli tiquement elle était faible, et que le pays ne devait aucune reconnaissance à Lord Metcalfe pour lui avoir légué un tel ministère. D'autres discours furent prononcés par MM. Drummond, Robinson, etc. ; et le vote fut pris sur l'amendement, qui fut perdu par une minorité de seize voi.i. Plusieurs membres qui étaient de l'opposition à la session précédente soutinrent le ministère, entre autres M. Christie et le colonel Prince.

La chambre s'occupa, au commencement de la session, delà correspondance qui avait eu lieu entre M. Draper et M. Caron dans le but de reconstituer le ministère et dont nous avons déjà dit un mot. M. Cameron proposa une adresse au gouverneur pour le prier de produire cette correspondance. Le ministère s'opposa à cette proposition qu'il croyait in-

convenante ; il se considérait en droit de consulter confidentiellement des amis, quoique membres de Topposition, au sujet de quelques actes ministériels. Sans vouloir admettre ni nier Pcxistence de la correspondance, il crut qu'il était de son devoir de res- .pecter l'inviolabilité du secret. Les membres de Topposition étaient d'avis qu'il n'était ni constitutionnel ni parlementaire de la part d'une administration de faire à des membres de l'opposition des ouvertures en apparence sincères,et cela dans le but de connaître les plans et les idées de ce parti. Ils citèrent des précédents en Angleterre qui autorisaient le parlement à s'enquérir môme des bruits politiques. S'il existait réellement une correspondance semblable, elle ne pouvait être d'une nature privée et Ton devait la mettre au jour. La proposition de M. Cameron fut perdue par une minorité de six voix.

Les amis de M. Draper s'assemblèrent alors pour discuter cette question. On reconnut qu'ils représentèrent la conduite des chefs libéraux sous un faux jour. Leslibérauxse réunirent de leur côté, prièrent M. La Fontaine de leur faire part de la correspondance qu'il avait entre les mains et résolurent de la livrer à la publicité. Quelques jours après, M. La Fontaine, afin de se justifier etde défendre sa position, lisait en chambre une partie des lettres qui avaient fait le sujet de cette correspondance devenue célèbre. Voici le résumé fidèle des principales lettres qui avaient été échangées sur ce sujet.

Aux mois de juillet et d'août 1845, M. Draper avait eu avec M. Garon des entrevues dans le but de faciliter \\n arrangement au moyen duquel, en adjoi-

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gnanl au ministère quelques Canadiens-Français, la majorité du Bas-Canada serait représentée comme celle du Haut-Canada. M. Caron, dans une lettre en date du 7 septembre, communiquait à M. La Fontaine la substance de ces entretiens. M. Draper lui avait déclaré qu'il serait très flatté de voir quelques Cajiadiens-Français, autres que ceux qui y étaient déjà, faire partie de Tadministration. Il insistait fortement sur les avantages que le public et surtout la population française retirerait de compter dans le cabinet des personnes connaissant les besoins de tous et en état d'y pourvoir. Il se présentait de graves difficultés pour opérer ce changement, mais il fallait s'assurer s'il n'y avait pis moyen de les surmonter. Il espérait pouvoir décider M. Viger à se retirer; quant à M. Papineau, il ne demandait pas mieux que de remettre son portefeuille. Ces deux situations devaient être remplies par des Canadiens- Français. Une autre difficulté que M. Draper lui avait signalée concernait M. La Fontaine lui-môme, parce que le gouverneur ne pouvait pas se rencontrer avec lui tant que Lord Metcalfe serait au pouvoir. Mais il était injuste de sacrifier un homme de son importance et de son mérite, et M. Draper était prêt à faire disparaître cette difficulté en le plaçant de manière à le satisfaire. Il priait M. Caron de communiquer ces détails à ses amis et de faire tout en son pouvoir pour effectuer un rapprochement, et engager les Canadiens-Français à prendre dans le conseil les sièges qui pouvaient devenir vacants pour le moment. M. Caron terminait cette lettre en disant à M. La Fontaine que, d'après son opinion, cette ouverture valait la peine qu'on y réfléchit et il l'engageait

à communiquer la chose à ses amis; enfin, que l'état dans lequel était le Bas-Canada ne pouvait durer longtemps.

M. La Fontaine répondit à cette lettre le 8 du même mois. Il déclarait que la voie qu'avait prise M. Draper pour obtenir le résultat qu'il désirait, lui paraissait inconstitutionnelle ; car personne n'était responsable de la démarche qui avait donné lieu à la correspondance, personne n'était chargé de réorganiser le ministère. Celte circonstance le faisait hésiter à donner sou entière opinion. M. Draper admettait que la section bas -canadienne du ministère ne représentait pas le Bas Canada. Pourquoi alors la maintenir ? Pourquoi ne pas former, quant à cette section de la province, une nouvelle administration à l'aide de quelqu'un qu'on chargerait constitutionnellement de le faire ? une administration ainsi formée serait forte de l'influence que lui donnerait l'appui de la majorité des représentants, et ferait prévaloir cette influence légitime dans le conseil. En introduisant dans le ministère deux nouveaux ministres canadiens- français à la place de MM. Viger et Papineau, ainsi que le voulait M. Draper, on cherchait à diviser et à affaiblir le parti libéral un peu plus que ne l'avaient fait ces deux hommes politiques. Puisque l'on voulait retirer ces derniers, pourquoi ne pas congédier en même temps MM. Daly et Smith, qui ne représentaient pas plus qu'eux le Bas-Canada. On cherchait évidemment à jeter nos compatriotes dans une division et dans une faiblesse mortelle. M. La Fontaine résumait ainsi ses remarques à M. Caron : «J'en viens donc à une conclusion sur laquelle vous ne pouvez

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pas vous méprendre : c'est qu'eu fait d'ailniiuistration, le Bas-Canada doit avoir ce qui est accordé an Haut-Canada; rien do plus, mais aussi rien de moins. Voilà l'expression sincère de mes vues. Si je me trompe, l'erreur est mîenne. Je lo regretterai sans doute ; mais advienne que pourra ; je désire avant tout rester eu paix avec mes convictions qui sont ma conscience.

t< Je ne puis terminer sans vous dire un mot sur ma position à Tégard de mes amis politiiiues. Je l'ai souvent dit et je le répéterai encore, c'est qu'aucune considération qui me soit persojuielle, ne doit les empêcher de former partie d'une adminislratioji (jui, pour le Bas-Canada, serait organisée d'après les principes constitutionnels qui doivent diriger notre conduite.

« Je ne servirai pas d'instrument pour diviser nies compatriotes. Si Ton forme une administration qui mérite ma confiance, je la soutiendrai dé bon cœur. Si cette administration n'a pas ma confiance, mais qu'elle possède celle de la majorité de mes compatriotes, ne pouvant la soutenir, je me retirerai volontiers de la représentation, plutôt que de jeter la division dans nos rangs. Si, sous le système d'accepter des places à tous prix, il est des personnes qui, pour un avantage personnel et momentané, ne craignent pas de détruire le seul bien qui fait notre force, l'union entre nous, je ne veux pas être et ne serai jamais de ce nombre. »

M. Caron, après avoir eu l'opinion de M. La Fou taine, de M. Morin et de quelques autres njembres libéraux, rendit compte de ses démarches à M. Draper, dans une lettre en date du 17 septembre. Il lui

dit que tous ses amis étaient d'accord sur la nécessité d'un changement, et que ce changement, pour être durable et satisfaisant, ne pouvait s'opérer qu'au moyen de Tunion des deux partis les plus nombreux et les plus influents dans chaque section de la province. La direction des affaires devait être entre les mainsdesdeux partis dominants dans chaque section ; et Tadministration ne devait pas plus conduire Ir Bas-Canada au moyen d'une majorité prise dans le Haut, qu'elle ne devait imposer la loi à la majorité du Haut-Canada par suite de Taide que lui donnerait le Bas, et qu'une administration quelconque ivj devait durer que tant qu'elle serait soutenue par une majorité respective dans chacune des sections de la province. Ils n'avaient aucune objection quant à la manière dont l'administration était composée dans le Haut-Canada, parce qu'elle était soutenue par la majorité ; mais il n'en était pas de même dans !♦* Bas-Canada, où une faible minorité soutenait le ministère. Les minisires de cette dernière section dt» la province ne devaient pas être un obstacle à l'arrangement projeté, puisque, d'après le système Ju gouvernement responsable, en acceptant des porlrfeuilles, ils avaient dû s'attendre à les céder du moment que d'autres seraient eu état de conduire les affaires du pays d'une manière plus avantageuse. Il était nécessaire d'effectuer un plus grand nombre de vacances que celles dont il avait déjà été question, et de les remplir par ceux qui jouissaient do la conflance de la majorité. On devait chargn quelqu'un d'élaborer et de proposer les bases du nouvel arrangement, et de soumettre les noms di» ceux que l'on voudrait faire entrer dans le ministère.

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Quant à M. La Fontaine, il avait déclaré qu'il supporterait une administration composée d'hommes possédant la confiance du pays, et dont il approuverait les principes. M. Garon terminait cette lettre eu disant qu'il ne fallait pas songer à ne faire entrer dans le cabinet qu'un ou deux membres, ce simple changement n'aurait aucun résultat effectif : il fallait que l'administration du Bas Canada fût entièrement reconstruite : c'était là l'opinion de tous ceux qu'il avait consultés. La réalisation de cet objet n'était pas sans difficulté, mais elle était possible ; et, si c'était le seul moyen d'établir la paix et la satisfaction dans le pays, il fallait l'obtenir à tout prix.

M. Draper répondit à cette lettre le 19 novembre. Il déclara à M. Garon qu'il avait beaucoup réfléchi sur le sujet en question avec un vif désir d'effectuer un rapprochement avec le parti libéral. La maladie de Lord Metcalfe l'avait empêché de lui soumettre la question. Il allait cependant donner sans réserve le résultat de ses propres vues. Quant à lui^ il était prêt à céder sa place s'il était nécessaire ; il n'appréciait pas assez la vie publique pour se cramponner an pouvoir, et il considérait que M. Viger devait faire un abandon de la sienne : MM. Daly et Papineau ne tenaient pas non plus à garder leurs places pour embarrasser le gouverneur dans la formation de son conseil. Il était d'opinion que les charges d'orateur du conseil législatif et de président du conseil executif pouvaient être réunies comme moyen d'économie publique. Maintenant que M. Draper, possédait Te.xposé franc et intéressant des vues de M. Garon et de ses amis, il pouvait aller de l'avant et soumettre la question au gouverneur et à ses coUègnes.

dit que tous ses amis étaient d'accord sur la nécessité d'un changement, et que ce changement, pour être durable et satisfaisant, no pouvait s'opérer qu'au moyen de Tunion des deux partis les plus nombreux et les plus influents dans chaque section de la province. La direction des affaires devait être entre les mainsdesdeuxpartis dominants dans chaque section ; et Tadministration ne devait pas plus conduire le Bas-Canada au moyen d'une majorité prise dans le Haut, qu'elle ne devait imposer la loi à la majorité du Haut-Canada par suite de l'aide que lui donnerait le Bas, et qu'une administration quelconque nv devait durer que tant qu'elle serait soutenue par une majorité respective dans chacune des sections de la province. Ils n'avaient aucune objection quant à la manière dont l'administration était composée dans le Haut-Canada, parce qu'elle était soutenue par la majorité ; mais il n'en était pas de même dans 1h Bas-Canada, où une faible minorité soutenait le ministère. Les ministres de cette dernière section de la province ne devaient pas être un obstacle à l'arrangement projeté, puisque, d'après le système Ju gouvernement responsable, en acceptant des portefeuilles, ils avaient dû s'attendre à les céder du moment que d'autres seraient en état de conduire les affaires du pays dune manière plus avantageuse. Il était nécessaire d'effectuer un plus grand nombre de vacances que celles dont il avait déjà été question, et de les remplir par ceux qui jouissaient dp la confiance de la majorité. On devait chargn quelqu'un d'élaborer et de proposer les bases du nouvel arrangement, et de soumettre les noms de ceux que l'on voudrait faire entrer dans le ministère.

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Quant à M. La Fontaine, il avait déclaré qu'il supporterait une administration composée d'hommes possédant la confiance du pays, et dont il approuverait les principes. M. Garon terminait celte lettre eu disant qu'il ne fallait pas songer à ne faire (Mitrer dans le cabinet qu'un ou deux membres, ce simple changement n'aurait aucun résultat effectif : il fallait que l'administration du Bas Canada fût entièrement reconstruite : c'était là Topinion de tous ceux qu'il avait consultés. La réalisation de cet objet n'était pas sans difficulté, mais elle était possible ; et, si c'était le seul moyen d'établir la paix et la satisfaction dans le pays, il fallait l'obtenir à tout prix.

M. Draper répondit à cette lettre le 19 novembre. Il déclara à M. Garon qu'il avait beaucoup réilécbi sur le sujet en question avec un vif désir d'effectuer un rapprochement avec le parti libéral. La maladie de Lord Metcalfe l'avait empêché de lui soumettre la question. Il allait cependant donner sans réserve le résultat de ses propres vues. Quant à luij il était prrt à céder sa place s'il était nécessaire ; il n'appréciait pas assez la vie publique pour se cramponner au pouvoir, et il considérait que M. Viger devait faire un abandon de la sienne : MM. Daly et Papineau ne tenaient pas non plus à garder leurs places pour embarrasser le gouverneur dans la formation de son conseil. Il était d'opinion que les charges d'orateur du conseil législatif et de président du conseil exécutif pouvaient être réunies comme moyen d'économie publique. Maintenant que M. Draper, possédait l'exposé franc et intéressant des vues de M. Garon et de ses amis, il pouvait aller de l'avant et soumettre la question au gouverneur et à ses collègues.

dit que tous ses amis étaient d'accord sur la nécessité d'un changemcnl, et que ce changement, pour être durable et satisfaisant, ne pouvait s'opérer qu'au moyen de l'union des deux partis les plus nombreux et les plus influents dans chaque section de la province. La direction des affaires devait ùtre entre les mainsdesdeuxpartis dominants dans chaque section ; et l'administration ne devait pas plus conduire Ir Bas-Canada au moyen d'une majorité prise dans le Haut, qu'elle ne devait imposer la loi à la majorité du Haut-Canada par suite de l'aide que lui donnerait le Bas, et qu'une administration quelconque ne devait durer que tant qu'elle serait soutenue par une majorité respective dans chacune des sections de la province. Ils n'avaient aucune objection quant à la manière dont l'administration était composée dans le Haut-Canada, parce qu'elle était soutenue par la majorité ; mais il n'en était pas de même dans If* Bas-Canada, où une faible minorité soutenait le ministère. Les ministres de cette dernière section dr la province ne devaient pas ùtre un obstacle à l'arrangement projeté, puisque, d'après le système du gouvernement responsable, en acceptant des porlrfeuilles, ils avaient dû s'attendre à les céder du moment que d'autres seraient en état de conduire les affaires du pays d'une manière plus avantageuse. Il était nécessaire d'effectuer un plus grand nombre d«* vacances que celles dont il avait déjà été question, et de les remplir par ceux qui jouissaient df la confiance de la majorité. On devait cliarg< r quelqu'un d'élaborer et de proposer les bases du nouvel arrangement, et de soumettre les noms dt* ceux que l'on voudrait faire entrer dans le ministère.

Quant à M. La Fontaine, il avait déclaré qu il supporterait une administration composée d'hommes possédant la confiance du pays, et dont il approuverait les principes. M. Caron terminait cette lettre en disant qu'il ne fallait pas songer à ne faire outrer dans le cabinet qu'un ou deux membres, ce simple changement n'aurait aucun résultat effectif : il fallait que l'administration du Bas Canada fût entièrement reconstruite : c'était là l'opinion de tous ceux qu'il avait consultés. La réalisation de cet objet n'était pas sans difficulté, mais elle était possible ; et, si c'était le seul moyen d'établir la paix et la satisfaction dans le pays, il fallait l'obtenir à tout prix.

M. Draper répondit à cette lettre le 19 novembre. Il déclara à M. Caron qu'il avait beaucoup rélléchi sur le sujet en question avec un vif désir d'effectuer un rapprochement avec le parti libéral. La maladie de Lord Metcalfe l'avait empêché de lui soumettre la question. Il allait cependant donner sans réserve le résultat de ses propres vues. Quant à lui, il était prêt cl céder sa place s'il était nécessaire ; il n'appréciait pas assez la vie publique pour se cramponner au pouvoir, et il considérait que M. Viger devait faire un abandon de la sienne : MM. Daly et Papineau ne tenaient pas non plus à garder leurs places pour embarrasser le gouverneur dans la formation do son conseil. Il était d'opinion que les charges d'orateur du conseil législatif et de président du conseil exécutif pouvaient être réunies comme moyen d'économie publique. Maintenant que M. Draper, possédait l'exposé franc et intéressant des vues de M. Caron et de ses amis, il pouvait aller de l'avant et soumettre la question au gouverneur et à ses collègues.

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dit que tous ses amis étaient d'accord sur la nécessité d'un changement, et que ce changement, pour être durable et satisfaisant, ne pouvait s'opérer qu'au moyen de l'union des deux partis les plus nombreux et les plus influents dans chaque section de la province. La direction des affaires devait ùlre entre les mainsdesdeux partis dominants dans chaque section ; et l'administration ne devait pas plus conduire le Bas-Canada au moyen d'une majorité prise dans le Haut, qu'elle ne devait imposer la loi à la majorité du Haut-Canada par suite de l'aide que lui donnerait le Bas, et qu'une administration quelconque ne devait durer que tant qu'elle serait soutenue par une majorité respective dans chacune des sections de la province. Ils n'avaient aucune objection quant à la manière dont l'administration était composée dans le Haut-Canada, parce qu'elle était soutenue par la majorité ; mais il n'en était pas de môme dans le Bas-Canada, où une faible minorité soutenait le ministère. Les ministres de cette dernière section de la province ne devaient pas être un obstacle à l'arrangement projeté, puisque, d'après le système cUi gouvernement responsable, en acceptant des portofeuilles, ils avaient dû s'attendre à les céder du moment que d'autres seraient en état de conduire les affaires du pays d'une manière plus avantageuse. Il était nécessaire d'effectuer un plus grand nombre de vacances que celles dont il avait déjà été question, et de les remplir par ceux qui jouissaient do. la confiance de la majorité. On devait charger quelqu'un d'élaborer et de proposer les bases du nouvel arrangement, et de soumettre les noms do ceux que l'on voudrait faire entrer dans le ministère.

Quant à M. La Fontaine, il avait déclaré quil supporterait une administration composée d'hommes possédant la confiance du pays, et dont il approuverait les principes. M. Garon terminait celte lettre en disant qu'il ne fallait pas songer à ne faire entrer dans le cabinet qu'un ou deux membres, ce simple changement n'aurait aucun résultat effecLif : il fallait que l'administration du Bas Canada fût entièrement reconstruite : c'était là l'opinion de tous ceux qu'il avait consultés. La réalisation de cet objet n'était pas sans difficulté, mais elle était x)0»sible ; et, si c'était le seul moyen d'établir la paix et la satisfaction dans le pays, il fallait l'obtenir à tout prix.

M. Draper répondit à cette lettre le 19 novembre. Il déclara à M. Caron qu'il avait beaucoup réiléchi sur le sujet en question avec un vif désir d'effectuer un rapprochement avec le parti libéral. La maladie de Lord Metcalfe l'avait empêché de lui soumettre la question. Il allait cependant donner sans réserve le résultat de ses propres vues. Quant à lui^ il était prêt à céder sa place s'il était nécessaire ; il n'appréciait pas assez la vie publique pour se cramponner au pouvoir, et il considérait que M. Viger devait faire un abandon de la sienne : MM. Daly et Papineau ne tenaient ' pas non plus à garder leurs places pour embarrasser le gouverneur dans la formation de son conseil. Il était d'opinion que les charges d'orateur du conseil législatif et de président du conseil exécutif pouvaient être réunies comme moyen d'économie publique. Maintenant que M. Draper, possédait Texposé franc et intéressant des vues de M. Caron et de ses amis, il pouvait aller de l'avant et soumettre la question au gouverneur et à ses collègues.

Quelques jours après, M. Draper annonçait à M. Caron le départ de Lord Metcalfe. Il lui dit que ce départ influait sur la position dans laquelle il se trouvait et encore plus sur les pouvoirs qu'il avaitpour effectuer quelque chose d'avantageux, mais il ne changeait pas son opinion quant à la nécessité de renforcer Tadministralion locale. Il se hâtait de lui donner cette information qui pouvait changer ses propres opinions dans celte affaire.

M. Caron répondit à M. Draper que le départ de Lord Metcalfe devait en effet changer la nature des choses. Il termina les négociations par les mots sui vants :

« Dans les communications que nous avons eues ensemble, vous savez que je ne me suis jamais donné pour chef de parti ; je me suis seulement prêté, et cela je l'ai fait bien volontiers, à servir d'intermédiaire entre ceux que notre parti regarde comme ses chefs et vous-môme, afin de leur faire parvenir les communications que vous avez bien voulu me faire, et aussi pour vous transmettre leurs vues et leurs idées sur le sujet qui nous occupait. En m'acquittant de cette tâche, je ne vous ai pas caché mes propres opinions ; mais cette partie n'étant que secondaire, toujours j'ai voulu vous faire connaître ce que voulaient et exigeaient les guides du parti avec lequel vous voulez négocier un rapprochement. Je n'ai prêté mon ministère à cette fin que parce que je savais qu'il existait des obstacles momentanés qui empêchaient que les communications pussent aisément se faire d'une manière directe entre l'administration actuelle et ceux auxquels il fallait s'adresser pour atteindre le but désiré. Les obstacles, ce me

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semble, n existent plus et ne doivent plus exister, et par couséquent ma mission doil cesser avec les causes qu'il Vont fait naîlre.

« Je serais fàçlié pourtant quj vous conclussiez de ceci que je refuse d'aider à un rapprochement que nous paraissons tous deux désirer ; tout au contraire, je suis prôt à faire tout en mon pouvoir pour en faciliter la conclusion. Mais, comme vous avez sur les lieux ceux de qui dépond en p:rande partie le succès de Tarrangement, il me parait plus convenable, plus facile et plus expédif de traiter directement avec eux, tout en vous invitant à ne vous g<>ner aucunement avec moi, et à m'indiqucr librement de quelle manière je puis être utile. "

Le reste de la correspondance consiste en quelques lettres échangées entre MM. La Fontaine et Caron, au sujet de la publication de cette môme correspondance. Les négociations s'étaient terminées sans amener aucun bon résultat, seulement M. Draper avait réussi à connaître les vues des membres influents du parti libéral, et avait mis fin à la correspondance sans dire s'il rejetait ou acceptait les propositions de M. Caron. Son but était d'unir les deux majorités, afui de tenter cette union par la suite, lorsqu'il reverrait le pouvoir lui échapper des mains. Evidemment il voulait jouer M. Caron et ses amis : il manqua de sincérité et de franchise à leur égard. Le départ de Lord Metcalfe n'était pas une raison pour faire cesser subitement les négociations entre les deux partis : les mêmes causes de faiblesse continuaient à exister dans le ministère. De plus, M. Draper avait fait ces démarches à l'insu des autre* ministres ; il voulait évidemment sacrifier M. Vige

210 CATHGART. [1846

et M. Papineau ; mais il tenait à conserver MM. Daly et Smith. Il mettait M. Viger, son collègue, dans une étrange position. M. Viger aurait dû remettre immédiatement son portefeuille, et mépriser un homme qui avait voulu le jouer ainsi.

D'un autre côté, on voit par les letti^es de MM. La Fontaine et Garon que les libéraux auraient été disposés à s'allier aux conservateurs du Haut-Canada et à accepter, comme essai, le système de la double majorité. Il leur était douloureux de se séparer de M. Baldwin et de M. Price, qui leur avaient toujours été fidèles; mais ils avaient des devoirs à remplir envers leurs compatriotes ; et, pour faire cesser l'agitation politique qui existait depuis plus de deux ans, ils étaient prêts à faire des sacrifices personnels en s'alliant à un parti auquel ils avaient été opposés.

La conduite des chefs libéraux fut honorable; elle leur acquit l'estime de leurs amis et même de leurs adversaires. Celle de M. Caron fut louable et remplie de patriotisme ; ses intentions étaient certainement pures, et il ne fut guidé que par le désir d'effectuer un utile rapprochement entre les deux partis. Quant à M. La Fontaine, il montra, comme dans les circonstances précédentes, de nobles sentiments, et le désir de s'effacer, s'il était nécessaire, pour le bien de son parti. Les mêmes éloges peuvent être adressés à M. Morin.

La publication de la correspondance fut la cause (Fun refroidissement passager entre M. La Fontaine et M. Caron. M. La Fontaine insista à mettre au jour quelques lettres, afin d'en tirer parti au profil des libéraux. M. Caron se trouva alors dans une situation critique, parce que M. Draper l'accusa

^84CJ CATHCART. 211

(l'abord d'avoir mis au jour les lettres échangées entre eux et même d'avoir fait reconnaître leurs intentions, qui étaient d'une nature privée; mais le blâme retombait plutôt sur M. La Fontaine qui avait compromis M. Caron on publiant la correspondance malgré ce dernier. D'un autre côté, il faut dire que la publication des lettres était devenue d'une grande nécessité au parti libéral.

La législature passa une loi autorisant le gouverneur à piélever, au moyen d'un emprunt de cinq par cent, une somme de cent mille louis pour être prêtée à trois par cent aux citoyens de Québec dont les propriiîtôs avaient été détruites par le feu. Les incendiés furent près de deux ans avant de toucher aucun deniei'. Le gouvernement ne put d'abord emprunter la somme au taux fixé. La loi fut amendée à la session de 1347 ; on porta Tintérôt à si.» par cent, et l'on augm3nta d'un par cent l'intérêt payable par les propriétaires. Mais, au lieu de -donner de l'argent, le gouvernement remit directement aux incendiés des débentures, qui furent vendues, en partie avec de grandes pertes, au profit des spéculateurs. Les libéraux blâmèrent avec raison la conduite peu généreuse du gouvernement à Togard dos incendiés.

Le gou\ ornement proposa une loi pour établir une liste civile permanente, afin de rémunérer les fonctionnaires publics de la province. Getlo liste devait remplacer celle que le gouvernement impérial avait établie pa-* l'acte d'union, aussitôt que la métropole l'aurait rappelée. Elle diminuait le salaire de plusieurs emnloyés, qui était trop élevé, et augmentait celui de quelques autres. Tous les partis se réunirent pour voter cette mesure : c'était une grande victoire que la chambre venait de remporter, vie-

212 CATHCAIIT. [1846

toire qui était le fruit des libertés conslitutionnelles. Il y avait longtemps que la chambre élective réclamait le droit de disposer des deniers publics. Son but fut réalisé par cette loi, bien que la différence

entre la liste civile constituée par l'acte d'union et celle qui venait d'être votée pour la remplacer ne se trouvât pour ainsi dire que dans la forme. Dans le premier cas, le gouvernement impérial s'était arrogé le droit de disposer à son gré de l'argent public, tandis que dans le deuxième il reconnaissait solennellement ce principe : qu'on ne peut toucher aux deniers publics sans le consentement du peuple. Cet acte fut sanctionné l'année suivante. Pourqu'ildevînt valable, la métropole annula (par acte passé la 1 1^ et la 12c Vict. cil. 61) les clauses de l'acte d'union qui établissait la première liste civile. La clause concernant la proscription de la langue française futabrogée en môme temps. G'étaientdeux réformes que It s Canadiens avaient désirées avec empressement depuis le fonctionnement de la constitution de 1841. Degré ou de force, l'Angleterre donna satisfaction à une partie des griefs dont les Canadiens avaient eu à se plaindre. C'était de sa part une justice tardive, mais qui méritait certainement la parfaite reconnaissance de ses sujets.

La question des biens des Jésuites fut aussi réglée par une mesure que proposa le gouvernement. La loi pourvoyait à ce que le revenu de ces biens, qui se montait annuellement h£5,500 environ, fût appliqué à l'éducation commune dans le Bas Canada. Pour l'année 1846, £5,496 furent distribués aux institutions et aux collèges catholiques et protestants de premier ordre. Mais ces biens ne se trouvaient pas appropriés au Bas-Canada seul ; on les avait réel-

lement donnés aux catholiques et aux protestants des deux provinces, puisque les allocations qui furent, en 1846 et plus tard, portées sur le revenu de ces biens, avaient été jusque-là puisées à même le fonds consolidé de la province. Aussitôt que la mesure du gouvernement fut connue du public, les évoques catholiques du Bas-Canada réclamèrent ces biens dans une pétition à la législature. Ces biens, disaientils, avaient été donnés par les rois de France et par certains particuliers pour être employés à l'éducation des Français et à la propagation de la foi catholique parmi les sauvages, objets qui ne pouvaient être remplis que par le ministère des évéques catholiques, et le parlement ne pouvait pas en changer la destination sans commettre une injustice envers les catholiques. Si ces biens leur étaient rendus, les évéques s'engageaient à fonder une haute institution où des chaires pour le droit, la médecine et les arts seraient établies, et à rendre compte à la législature de l'emploi des revenus de ces biens. Leur réclamation fut inutile.

Ce fut en vain que M. Morin proposa de mettre ces biens à la disposition du clergé catholique du Bas-Canada pour les fins de l'éducation, et qu'il parla fortement en faveur de cette cause, comme le firent aussi MM. La Fontaine, Drummond, Chauveau et Cauchon ; tout le parti ministériel, à l'exception de M. de Bleury, vota en corps pour la loi. De plus, tous les membres du Haut-Canada, y compris M Baldwin, s'unirent pour enlever à l'église de Rome ce qu'elle considérait à bon droit comme sa propriété. MM. Viger, Papineau et Taschereau furent sévèrement blâmés d'avoir voté pour une mesure si peu libérale envers leurs coreligionnaires. Puisqu'ils n'a

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valent pas assez d'iiifluoucc pour en empocher l'introdiicLion dans la chambre, ils aiiraieul du- te ivtirer : c'était la seule ligne de couiluile qu'il eussent à tenir. Au conseil législatif, MM. Bruneau et Massue protestèrent aussi contre la mesure.

Une somme de £539,833 fut volée pour continuer les grands travaux de la province et pour la confection de chemins et d'autres améliorations publiques. Sur ce montant £201,531 étaient destinés i r^,chève' ment du canal Welland, £81 ,925 aux canaux du Saint- Laurent, £19,000 pour la construction de pi ares et de stations dans le llcuve et le golfe Saiut-Laurent, £24,- 889 pour le grand chemin des cantons de l'Est, £10,- 761 pour celui d'Arthabaska et £9,500 pour le creusement du lac St. Pierre. Un acte fut passé pour négocier un emprunt de £500,000 afin de se procurer les fonds ponr ces travanx ; car les revenus de la province n'étaient pas suffisants pour rencontrer les dépenses civiles et pour exécuter les améliorations publiques. Ce nouvel emprunt allait porter la dette de la province à environ quatre millions cle louis.

La loi de milice proposée par le gouvernement passa sans opposition. Il n'y avait des deux côtés de la chambre qu'un désir unanime de mettre la milice sur un pied efficace. L'appui ferme et sincère qui fut donné à cette mesure parlementaire était un démenti à toutes les calomnies portées contre la loyauté des Canadiens-Français dei)nis quelques années, surtout depuis les troubles de 1837-8. Ils étaient cependant peu satisfaits de Tétat politique actuel du pays; le ministère qui avait introduit la loi était impopulaire, les dernières nominations faites dans la milice avaient été injustes envers eux. Mais, à la perspective d'une guerre entre la métropole er les Etals-

Unis, occasionné par la question de l'Orégon, ils oubliaient leurs griefs et tout esprit de parti ; ils étaient les premiers à vouloir organiser la milice pour la défense du territoire contre Tinvasion étrangère. Le Dr. Taché fit à cette occasion un discours rempli de patriotisme : il rappela les exploits de ses compatriotes en 1812, et il assura qu'ils étaient prêts à tenir une conduite aussi héroïque et aussi honorable lorsque l'occasion s'en présenterait.

Voici un extrait de ce discours :

«...Si une bonne organisation delà milice est si nécessaire, pourquoi le gouvernement a-t-il, depuis nos malheureux troubles de 1837 et 38, laissé tomber cette arme de la défense nationale ? Si le gouvernement a cru voir un symptôme de désaffection générale chez nos compatriotes dans l'acte de quelques centaines d'hommes qui ont pris les armes, poussés au désespoir par des administrations flétries et condamnées par les premiers hommes d'Angleterre, le gouvernement s'est trompé : quatre-vingt-dix à cent mille hommes composant la milice canadienne étaient là et n'ont pas bougé ; ils ont continué à souf • frir, à attendre, à espérer. Si la masse eût été entièrement désaffectionnée, comme nos ennemis se sont plu charitablement à le publier, il s'en fût suivi des conséquences incalculables. Il serait à désirer que le gouvernement voulût enfin, tout de bon, ouvrir les yeux et nous rendre justice ; et, oubliant et notre origine et l'impatience de quelques-uns des nôtres, ne plus se ressouvenir que des services réels que nous lui avons rendus ; ne plus se ressouvenir que do ces joui's de gloire où nous avons combattu pour

le mainlicn de ses possessions sur ce continent; que de ce jour mémorable où trois ou quatre oonts hommes, tous Canadiens-Français, depuis le commandant jusqu'au dernier trompette, se couvrirent d'une gloire immortelle eu repoussant les efTorts d'une colonne de plusde huit mille combatlanls, préservant par là le sol de la patrie de la souillure de la trace des pas de rélranger. Ce que nos pères ont fait, ce que nous avons fait nous-mêmes pour la défense de cette colonie, nos enfants seraient encore prêts à le faire, si Ton voulait rendre justice au piys. N'olre loyauté à nous n'est pas une loyauté de sjiéculation, de louis, schellings et deniers, nous ne 'avons pas constamment sur les lèvres, nous n'en iaisons pas un trafic. Nous sommes dans nos habitudes, par nos lois, par noire religion, comme l'a très-bien remarqué mon honorable ami pour la cité de Q lébec, monarchistes et co'.scrvateurs. Tout ce que nous demandons, c'est que justice nous* soit faite; et, si un ennemi se présente, vous verrez nos légers et joyaux bataillons voler à sa rencontre comme à un jour de fùte et présenter hardiment leurs poitrines au fer de rassaillant. Mais, diront nos détracteurs, voui êtes des mécontents; un membre qui n'est pas à sa place nous disait, il y a'^quelques jours, vous êtes intraitables ; vous êtes des rébelles, nous diront les ultra; nous possédons seule la loyauté par excellence ! Mille et mille pardons,messieurs, traitez-nous comme les enfants d'une même mère et non comme des bâtards ; un peu plus de justice égale, non dans les mots, mais dans les actes ; et je réponds que si jamais ce pays cesse un jour d'être britannique, le dernier coup de canon tiré pour le maintien de la

1646] CATHéART. 217

puissance anglaise en Amérique le sera par un bras canadien. Mais si tout le monde convient que la milice est nécessaire, je dois dire que pour rendre cette arme efficace et telle qu^elle doit être un boulevard impénétrable contre l'agression étrangère, il importe de faire quelque chose pour le peuple, pour ce peuple qui souffre depuis. si longtemps. Il fautque l'administration, quellequ'elle soit, agisse de manière à ce que Ton ne voie plus, dans cette immense province du Canada, qu'une grande famille connue sous le nom de sujets britanniques, ayant dans chacun de ses membres, quelles que soient son origine et sa croyance, les mêmes droits aux faveurs et à la protection du gouvernement...»

L'acte des écoles du Bas^Canada passé à la session précédente fut rappelé et remplacé par un autre qui contenait presque toutes les mômes clauses, à l'exception de quelques amendements, dont les principaux étaient de faire cesser tout à fait les cotisations volontaires. Au lieu de faire payer une rétribution mensuelle aux enfants qui fréquentaient les écoles, on obligeait tous les enfants de sept à quatorze ans à payer le môme montant, soit qu'ils assistassent ou non aux classes. Ces changements furent mal accueillis dans certaines paroisses. On s'opposa au fonctionnement de la loi dans plusieurs localités, et ces ennemis de l'éducation reçurent avec raison le nom à^éteignoirSn

L'acte des écoles du Haut-Canada passé en 1843

fut aussi rappelé et remplacé par un autre à peu

près semblable, avec quelques amendements impor

tants. Les auteurs de ces lois avaient pour but de les

rendre moins embarrassantes et plus claires pour

le .peuple, eu reufermant la loi et les amendemenls dans une seule mesure plutôt que de les avoir épars dans divers actes.

Il fut résolu que dorénavant les dépenses de l'administration de la justice dans le Haut-Canada seraient payées, d'abord en partie et ensuite au total, à môme les revenus de la province comme dans le Bas-Canada. Ces dépenses, qui se montaient à environ dix-huit mille louis annuellement, avaient été payées avant cette époque au moyen d'une taxe locale. Les ministres du Bas-Canada et tous les membres du Haut-Canada votèrent en faveur de cette mesure de spoliation envers le Bas Canada. Les libéraux de cette dernière province s'y opposèrent seuls, alléguant avec raison que l'Angleterre, en proclamant l'Union, avait laissé à chaque province ses charges particulières sur le revenu public. Ce qui avait été payé à même le revenu dans Tune ou dans l'autre province devait l'être après l'Union, et ce qui était payé par des taxes locales devait continuer à rôtre de la même manière.

La chambre d'assemblée vota à la reine une adresse pour la prier de prendre des mesures afln d'assurer une transmission régulière des malles canadiennes en Angleterre tous les quinze jours au lieu d'une fois par mois, et de diminuer le taux des lettres qui était trop élevé: c'est ce qui fut accordé'dans la suite. Une autre adresse fut aussi votée pour prier le gouvernement impérial d'admettre les produits canadiens dans les ports anglais sans payer de droits, et d'entamer des négociations pour que le gouvernement des Etats-Unis admît dans ses ports les produits canadiens aux mêmes condi-

1 846] CATHCAJIT. 2 1 9

tions que les leurs Tétaient dans les ports de TAngleterre et du Canada. L'adresse faisait remarquer que le gouvernement canadien venait de passer une loi pour abroger les droits sur les produits américains traversant le Canada pour ôtre exportés si lo changement avait lieu.

Telles sont les principales mesures que la législature passa pendant cette session , qui fut prorogée le 9 juin. Comme on le voit, il y en avait peu d'importantes, si l'on excepte la loi de la milice et celle établissant une liste civile, et les sommes votées pour terminer les canaux canadiens et pour Touverture des grands chemin de colonisation. En outre, plusieurs compagnies avaient été incorporées pour construire une ligne de chemins de fer devant traverser le Haut-Canada. Mais le ministère avait négligé plusieurs mesures utiles qu'il avait promis de présenter à cette session, telles qu'une loi pour régler les élections du Bas-Canada et une autre pour indemniser ceux qui avaient souffert dans les troubles politiques. Le rapport d'une commission que le gouvernement avait nommée, suivant la promesse faite l'année précédentes, pour s'enquérir des pertes, avait été cependant S3umis à la chambre ; mais on ne fit rien pour cette masse de malheureux dont les propriétés avaient été brûlées ou saccagées. Bien plus, on accorda une somme de £9000 pour indemniser un certain nombre de favoris et de privilégiés qui avaient été recommandés par une ancienne commission nommé par le conseil spécial. M. Draper avait pour ainsi dire abandonné la question épineuse de l'Université du Haut-Canada, introduite l'année précédente et mise de côté après sa 2c Icc-

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tare ; car, au lieu d'en faire à cette session une question ministérielle, il la présenta comme mesure libre, sans responsabilité pour les ministres : c'était évidemment vouloir qu'elle ne devînt pas loi; en effet, la mesure fut perdue. M. Draper, en adoptant cette conduite, mécontenta les conservateurs modérés qui étaient favorables à la mesure, tandis que le «high churcli party»lui en voulait toujours pour avoir compromis l'existence d'une institution qui faisait sa force. Les ministres du Bas-Canada étaient également placés dans une mauvaise position à l'égard du clergé catholique, à cause de la manière injuste dont la question des biens des Jésuites avait été réglée. On leur reprochait aussi d'avoir voté la loi qui prévoyait à ce que les frais de l'administration de la justice dans le Haut-Canada fussent portés sur le revenu public. En approuvant ces deux mesures injustes, ils avaient sanctionné le principe de spoliation du Bas-Canada par le Haut, et ils avaient aussi montré combien peu d'influence ils exerçaient dans le cabinet. Le ministère avait perdu réellement beaucoup de son influence dans cette session, bien qu'il n'en eût jamais eu beaucoup. Il s'était vu en plusieurs circonstances dans une minorité, et M. Draper dut plusieurs fois assembler les membres du Haut-Canada et les menacer de remettre son portefeuille s'ils ne continuaient pas à le supporter. Il était facile de prévoir que le ministère allait subir une crise après la session.

: M. Viger commença par donner sa démission an mois de juin, sans qu'on sût pour quelles raisons il agissait ainsi. M. Sherwood cessa en môme temps d'être solliciteur-général du Haut-Canada. Il fut

184G] CATHCAnx. 221

remplacé par M. JohuH. Cameion, membre cotiser* valeur (M- On parla de plusieurs autres changements qui n'eurent pas lieu dans le moment.

Loin d'avoir acquis de la gloire et de l'estime dans sa carrière ministérielle, M. Viger vit son prestige et son influence diminuer aux yeux de son ancien parti. Entré au pouvoir en opposition à l'opinion publique, dans le dessein de défendre les intérêts de ses compatriotes, il s'était rallié à la politique de Lord Metcalfe, que ces derniers avaient repoussée d'une commune voix. Il avait violé les règles les plus élémentaires du gouvernement constitutionnel en conservant son portefeuille, lorsque pendant neuf mois il ne put être formé d'administration complète. Bien plus, après s'être vu refusé par deux des comtés les plus populeux du Bas-Canada, il avait continué a rester plusieurs mois dans le cabinet, jusqu'à ce que la ville des Trois-Rivières voulût bien l'élire en 1845. 11 ne posséda pas un moment la confiance de la majorité des membres du Bas-Canada, condition essentielle d'existence pour lui dans le ministère. Au lieu de céder sa place aux chefs populaires, il fut la cause que les Bas-Canadiens furent gouvernés pendant deux ans par une majorité du Haut-Canada : ce qui le mettait sans influence pour faire passer des

(*). Au nombre des principales uominationa faite? en 1B4G, on lemaroue les suivantes :

W.-B. RobinsoUy premier commissaire des travaux publics,

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