V.iudrcuil J.-B. Mongenais
Verchères James Leslie.
Yamaska - - - M. Fourqum dit Léveillé.
HAUT-CANADA
Brockville George ShÊrn'ood.
Byt*wn John Scott
Carleton Ed. Malloch.
Comwall Hon. J.-H. Cameron.
Dundas John-P. Crysler.
appuyaioiit celle du ministère. Le soUiciteurgéném Camerou, qui s'était présenté dans deux divisions électorales, fut défait dans celle de Kent ; M. Gowau, chef des orangistes, peràitson élection dans le comté de Leeds ; M. èherwood lui-môme faillit perdre la sienne dans la ville de Toronto, où il n'eût que 40 voix de majorité.
Durham , James Smith.
Esscx John Prince
Frontenac Henry Smith.
Gleogariy John S. Macdonald.
Grenville R. Berritt .
Ilaldimand D. Thompson.
Halton J. Wetenhall.
Hamilton Sir Â.-N. McNab.
Hastings \\ Flint.
Hunm •. Hon. W .Caley.
Kent Malcolm Cameron .
Kingston I Ion. John- A . MacDonâld .
I^nark Robert Bell.
Leeds W.-R Richards.
I^nnox et Addington B. Seymour. '
Lincoln W.-H. Merritt.
Lohdon John Wilson.
Middiesex Wm. Notman.
Niagara W.-H. Dickson.
Norfolk Hon. H.-J. Boulton.
Northumbcriand A. -H. Méyers.
Oxford .Hon. F. Ilinckfi.
reterlx>rough James Hall.
Prescott T.-H. Johnson.
Prince Kdoaard D.-B. Stevenson.
Kussell G.-B. Lyon.
Simcoe Hon.W.-B. Robinsoii.
Stormont A. McLean.
Toronto W.-B. Beuhon.
Hon. H Sherw«od.
Waterloo / James Webster.
Wcllahd b. McFarland.
Wintworth Hennanus Smith
York divisioi sud J.-H. Price.
York " ouest J.-C. Morrisôn.
York " est Wm.-H. Blake.
York ** nord Hon. Robert Baldwin;
Malgré cette défaite humiliante, les ministres conservèrent leurs portefeuilles jusqu'au dernier moment ; ils ne se retirèrent que sous le poids d'un vote de non-confiance.
L'assemblée lé^slative n'avait pas compté depuis l'Union un aussi grand nombre d'hommes distingués ; parmi les anciens députés, on remar-
Îuait MM. I^ Fontaine, Baldwin, McNab, Morin, ohn-A. McDonald, John-H. Cameron, Cauchon, Chauveau, LaTerrière, Leslie, Chabot, Hincks, Sherwood, Merritt, etc. Parmi les nouveaux députés, étaient MM. Papineau, Blake, Holmes, Joseph-Charles Taché, Dumas, H.-J. Boulton, Notman, Wetenhall, Wilson et J.-C. Morrison.
Mais les chambres avaient fait une perte irréparable dans la personne d'un de ses membres politiques les plus marquants, M. John Neilson, qui mourut le 4 février 1848. Originaire d'Ecosse, M. Neilson était arrivé encore jeune au Canada, et avait trouvé une arme puissante pour la défense et la propagation de ses idées dans la Gazette de Québec^ qu'il rédigea jusqu'à sa mort. Ses écrits, surtout avant l'Union, avaient eu )a plus grande influence. Il s'était principalement distingué comme membre de l'ancienne chambre'd'assemblée du Bas-Canada, s'était montré l'ardent défenseur des droits de la population française, et avait combattu le parti oligarchique de concert avec les Papineau et les Yiger. Deux fois M. Neilson avait été député avec eux en Angleterre pour prendre les intérêts canadiens. Le peuple et le clergé lui donnèrent leur confiance, et lui en retour plaida leur cause ; 11 fut leur ferme et constant ami. Comme membre du Conseil Spécial, il vota contre l'union des deux
1848] LORD SLGIN. <I9
Canadas. £lu en 1841 pour le comté de Québec, il protesta également contre Tacte qui {Nrôecrivait la langue française. Il demanda le rappel d'un acte aussi inique ; mais il se prononça contre le gouTemement responsable, auouel il nfaccordait nulle confiance. En 1844, M, Neilsoû fut appelé au conseil législatif, où il siégea jusqu'à sa mort. On se rappdle qu'à la demiàre session, il dirigea contre le ministère une motion indirecte de non-confiance, parce que les Oanadiens- Français n'étaient pas suffisamment représentés dans l'administration. Ce fut son dernier acte politique important.
M. Neilson avait surtout nue connaissance parfaite ^e l'histoire constitutionnelle ,et parlementaire ; il en avait fait une étude {wrticulière et constante. Dans sa longue carrière politique, il rendit des services éminents au Canada; aussi sa mémoire sera-t-elle en vénération parmi ceux dont il a défendu les droits avec tant de force et de dévouement
Les Canadiens avaient eu à déplorer, un an auparavant (1*1 février 1847), la mort d'une autre gloire nationale, d'un homme de génie, M. le juge en chef Yallières de Saint-Réal. Reçu avocat en 1812, il s'était bientôt placé, par ses talents et sa grande éloquence, à la tête des hommesxle sa profession. Elu député, il s'était distingué comme l'avocat ardent des libertés populaires, dans la longue lutte entreprise pour la conquête des institutions constitutionnelles, que réclamait le parti canadien ; il fut choisi président de la chambre en l'absence de M. Fapineau. Nommé en 1828, juge des Trois-Eivières, par Sir James Kempt, il occupa ce poste jusqu'à sa nomination
de juge en chef de Montréal, en 1842. La conduite de cet illustre canadien comme homme politique, comme ]uge, comme citoyen, a toujours été irréprochable. Ce lut à ses talents, à ses lumières et à ses connaissances qu'il dut son élévation aux premiers degrés de Téchelle sociale.
Le Canada perdit encore à cette époque plusieurs autres yétérans dans la politique ou dans la magistrature. M. Hagerman (184*7), juge en chef du Haut-Canada, qui avait joué un grand rôle comme ancien chef des conservateurs: M. Amable Berthelot (1847), patriote sincère et ami dévoué dé l'éducation ; M.C.-E. Casgrain (1848), ancien membre du Bas-Canada, et, en dernier lieu, un des commissaires des travaux publics (1) ; M. Austin Cuvillier (1849), un des plus grands négociants canadiens et x)résident de l'assemblée législative au premier parlement ; enfin M. Elzéar Bédard (1849), juge de la cour du banc de la reine, regardé par tous comme une des illustrations du barreau canadien.
Lord Elgin convoqua le troisième i:>arlement, le 25 février 1848, et autorisa, le jour même, la chambre d'assemblée de choisir son président. Sir Allan McNab fut proposé une deuxième fois à cette dignité par M. Caley, qui fit son éloge. M. Baldwin proposa, de son côté, M. Morin, et démontra les avantages que ce dernier avait sur Sir Allan, parce qu'il connaissait également les deux langues parlées dans la province. Il rendit toutefois hommage à la conduite impartiale et digne du ci-devant président. Dix-neuf députés seulement votèrent en faveur de Sir Allan, cin-
(i) LTion. M. dsgrain, était le père de M. l'abbé H .-R. Casgrain .
1848] LORD ELOIN. 41
quante-quatre se prononcèrent contre. M. Morin fut ensuite élu par acclamation, et conduit à son siège au milieu de vifs applaudissements.
M. Morin avait toutes les qualités requises d'un bon président : expérience parlementaire, science du droit constitutionnel, connaissance des dcnix langues, il réunissait en lui tous les titres à la confiance de ses collègues. . Il avait constamment travaillé au bonheur de son pays, et avait fait pour servir les intérêts du peuple le sacrifice des plus grands avantages personnels.
Dans son discours officiel, Lord Elgin attira l'attention des chambres sur l'amélioration du système des postes et sur l'administration de la justice ; il recommanda en outre l'adoption d'une loi d'émigration et d'une autre concernant les chemins de for. •
La réponse au discours du trône fut proposée par le colonel Prince, et secondée par M. Christie, qui tous deux parlèrent en faveur des mesures spécifiées dans ce discours.
M. Baldwiu proposa un amendement exposant à Son Excellence que, dans le but de donner un résultat satisfaisant aux délibérations de la chambre et aux mesures- annoncées dans son discours, il était essentiel que l'administration possédât la confiance de la chambre et du pays, et que les conseillers d'alors ne jouissaient pas de cette confiance. M. Baldwin prononça un discours modéré, dans lequel il énuméra les principales causes de la chute du ministère, et du ré- . sultat des élections générales.
Ce fut M. Caley qui défendit les actes de l'administration. Il attribua la défaite du parti conservateur à la loi sur le tarif passée à la der-
nière session, à. la question de l'université de Tarontp, et surtout à la meilleure organisation des libéraux. Après les discours de M Price, Boulton et autres, Tamendement de M. Baldwin fut mis aux voix. Cinquante-quatre députés prononcèrent la déchéance du ministère conservateur, vingt sexilement votèrent pour son existence (1), Après cette défaîte, les ministres donnèrent leur démission.
I^ conservateurs avaient été élevés au jdouvoir en 1844, lors des difficultés survenues entre le gouverneur et le cabinet LaFontaine-Baldwin. Q-rftce à l-influence et à l'intervention de Lord Metcalfe, ils avaient, dans les élections générales de cette époque, obtenu une légère majorité. Ils avaient momentanément approuvé, par esprit de parti, la conduite inconstitutionnelle de ce gouverneur, <^ans ses prétenfions à nommer les officiers publics sans Tavis de ses conseillers, mais ils étaient revenus peu à peu de leur erreur, et avaient admis les principes du gouvernement constitutionnel. Avant de quitter la chambre,leur chef, M. Draper, avait confessé publiquement qu'il ne différait aucunement d'opinion
(l) Pour l'amendement — MM. Armstrong, Aylwin, Baldwin, Bwi1?ie9# Bell,. H. -J. Boulton, BoutiUier, Burritt, M. Cameron, Cauchan, Chabot, Cliaaveau, t)avi|[non, Dmmmoiul, Uuchcbnay, Damas, DeWitt, Egan, Flint, Fortier, Foumier, Fourquin, Gugy, GôiQet, Hall, Holmes, Hinks, Jobin, Johnson, La Fontaine, La TçrxihrCf Laurin, Lemieux, Leslie, Lyon, J.-S. McDonald, Marquis, McFarland, Merritt, Mongenais, Morrison, NcL<M>n, Notnian Paptneaiv Price, Richards, Sauvageau, John Sc«tt, James Smith, Hermanus Smith, Tache, Thompson, Watts et Wetenhall — 54.
Contre— MM. Badgiey, Brooks, Cayley, Christie, Cryslêr, Daly, J.-A. McDonald, McNab^ Maltoch, McConnell, Mcl^an, Prince, Robinson, Seymour, G. Sherwood, H. Sherwood, Henry Smith, Stevenson, Webster et Wilson — 20.
arec les chefs libéraux sur la question de la responsabilité ministérielle. Depuis le départ de Lord Metoalfe, ils avaient peu à peu perdu la confiance des membres et du peuple. Ils travaillèrent sans relâche à s'aflermir au i)Ouvoii, en cherchant à diviser le parti libéral du Bas- Canada ; ce fut toujovjTs sans succès. La retraite de M. Draper leur fit encore un tort immense ; et pendant la session de 1847, leur majorité n'était plus que de deux voix ; encore ne devaient-ils qu'aux intrigues une si faible majorité. A la dernière élection, leur défaite fut complète ; ils furent en minorité même dans le Haut-Canada, qu'ils avaient tant favorisé sous leur administration.
Il n'est pas étonnant que la conduite des conservateurs ait été condamnée, surtout par le Bas-Canada. On a vu dans quelle position désavantageuse s'étaient, trouvés ceux qui représentaient la population française. MM. Viger et Papineau se virent isolés de leurs compatriotes ; ils n'eurent pas assez d'influence pour empêcher que le Haut-Canada imposât des mesures injustes à l'autre province. Les biens des Jésuites furent détournés do leur destination première, les dépenses de l'administration de la justice, dans le Haut-Canada, furent portés sur le revenu public, les réclamations des habitants du Ras- Canada, qui avaient éprouvé des pertes lors des troubles de 183Y-38, furent négligées, tandis que celles du Haut-Canada furent exactement payées.
La chambre alla ensuite présenter au gouverneur l'adresse telle qu'amendée par M. Baldwin. Lord Elgen répondit que pour se conformer au vœu exprimé par la majorité de la représentation, il allait s'occuper immédiatement à former un
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nouveau conseil exécutif. Il appela auprès de lui MM. Lafontaine et Baldwin, et les chargea de la formation d'une nouvelle administration. Après quelques jours d'une attente anxieuse, on annonça un ministère, dont M. LaFontaine était le chef, avec M. Baldwin pour collègue, dans le Haut-Canada. Voici les noms des conseillers exécutifs, qui furent assermentés le 11 mars :
Bas-Canada.
Hon. L.-H. LaFontaine, procureur-général, B. C. James Leslie, président du conseil exécutif, R.-E. Caron, président du conseil législatif, E.-P. Taché commissaire principal des travaux publics, " T.-C. Aylwin, solliciteur-général, B. C, *' L.-M. Viger, receveur-général.
Haut-Canada.
Hon. Robert Baldwin, procureur-général, H. C, '" R.-B. Sullivan, secrétaire-provincial,
F. Hincks, inspecteur-général des comptes, J.-H. Price. commissaire des terros de là
couronne, Malcolm Cameron, Asst. Com. Travaux Publics.
La place de solliciteur-général du Haut-Canada fut réservée à M. Blake, alors absent de la pro- Aânce.
MM. Lafontaine et Baldwin se voyaient i>our la deuxième fois appelés par les vœiix du peuple au sommet du pouvoir. Cette haute position, ils
ia mérituit'Ut A ju.L^ titre ; il« l'avaient c^uquiBe api es luio louGTuo oi belle lutte. Ils la devaient à leurs talents, à leur iutt»giûtt% à rindépendance de leur caractère. On les regardait, ajuste titre, comme les deux premiers hommes d'état du Canada.
M. Caron eut précisément le poste auquel il avait droit, et qu'il avait perdu en voulant rendre justice au Bas-Canada ; il devait nécessairement être rcconiponsé de son patriotisme et de son indépendance. La nomination de M. Taché fut accueillie avec joie, surtout dans le district de Québec, où il était très-populaire. On sait, qu'à plusieurs reprises, M. Taché- avait réclamé avec énergie du ministère conservateur, la paît à laquelle ce dislriit avait droit dans la distribution des deniers publics. MM. T^eslie et Price étaient des hommes d'une grande intégrité, et s'étaient toujours montrés les amis dévoués des Canadiens-Français. ' M. Hincks, ce financier de l>remier ordre, allait, par ses talents et son habilité, rétablir le crédit de la province, diminué par la crise commerciale de 184Ï ; MM. Aylwin, Blake et Sullivan étaient les premiers orateurs parlementaires, et possédaient les talents les plus brillants. '
En somme, le nouveau cabinet était recommandable sous le rapport de TinHuence politique, de Tintelligence et de l'intégrité. Tous, sans distinction de parti et d'origine, l'admettaient sans restriction. Aussi la Qiasse du i>euple accepta-t-elle avec plaisir l'avènement de MM. LaFoiUaine et Baldwin au pouvoir, et près des trois-quarts de ses représentants leur accordèrent leur appui et leur confiance. Il n'y eut que le
parti tîonservateur dirigée par MM. McNab et SheTWOod, qui ofla leur faire opposition, mais ce parti bris^ par les désastres de la dernière élection, ne comptait pins qu'une vingtaine de membres.
Les libéraux recueillaient les fi-uits de la patriotique et persévérante lutte qu'ils avaient soutenue depuis près de quatre ans. 0 était à leur généreuse démission de 1843, à leur lutte contre le gouverneur lui-même, à la fermeté inébranlable de leurs principes, que l'on devait le triomphe de la responsabilité ministérielle. Par leurs constants efforts, ils avaient enfin contraint leurs ad vékrsaîres à reconnaître tous les droits essentiels au gouvernement constitutionnel. Ce système était maintenant reconnu et par la métropole et par la province, hs gouvernement reposera donc à l'avenir sur l'élément populaire ; personne, pas môme le gouA'^erneur, ne pourra agir en opposition aux désirs du peuple.
La conduite de Lord Elgin dans les circonstances difficiles, où il s'était trouvé depuis le commencement de son administration, avait été digne de tout éloge. Il s'était d'abord vu entourré d'un ministère faible et sans influence. Pendant une année entière, il lui avait donné toutes les -chances possibles, de se maintenir au pouvoir et de se reconstituer. Lorsqu'il vit que le parti conservateur ne pouvait administrer plus longtemps les affaires publiques sans inconvénient, il ordonna la diesolution des chambres, donnant encore par là à ce parti l'espoir de gagner la confiance du peuple. La victoire resta au parti libéral. Lord Elgin attendit la convocation du parlement pour s'assurer des forces des deux
1848] LORD ELOIN. 4Ï
partis, et ce ne fut qu'après un vote de nonconfiance, qu'il appela au pouvoir les chefs du parti victorieux.
Ce noble gouverneur aA^ait compris son rôle mieux que ses prédécesseurs. Il avait en tous points suivi les principes du gouvernement constitutionnel. Par sa sage conduite, il asseyait sur des bases, solides ce système auquel les Sydenham et les Metcalfe, avaient mis des entraves pendant leur administration.
Un seul acte de quelque importance fut passé pendant cette session : celui qui concernait les émigrés. Puis les subsides furent votés, après quoi, le gouverneur prorogea lés chambres, afin de donner aux nouveaux ministres le temps de se faire réélire, et de mûrir les mesures qu'ils se proposaient de soumettre à la session prochaine.
M. Papineau s'opposa à la prorogation des chambres ; il était d'avis que la législature pouvait s'occuper de plusieurs mesures pressantes. Puis il fit un long et intéressant discours sur la situation du pays, se prononça pour la réforme électorale et le rappel de, l'Union ;* il approuva cependant les hommes qui venaient de monter au pouvoir.. MM. Chabot et Cauchon répondirent à M. Papineau et combattirent plusieurs de ses opinions. Quelques députés trouvèrent trop grand le nombre des membres du conseil exécutif. M. Chnstie proposa de résoudre que les solliciteurs-généraux et les commissaires des travaux publics ne fussent pas ministres. Les chefs des conservateurs et M. Papineau s'opposèrent à cette motion, à cause de l'absence des ministres de la chambre.
Pendant la vacance, deux questions très-im-
48 LORD El^GIN. (1848
portantes occupèrent la presse, et attirèrent vivement l'attention des Canadiens : la réforme électorale et la colonisation.
C'est à partir de 1848 que datent les grands efforts faits par les amis de la colonisation four rétablissement des Cantons de l'Est, du SaOTenay, etc. Depuis de nombreuses années, il ne restait plus de terres cultivables à concéder dans les seigneuries échelonnées sur les deux rives du Saint - Laurent. Les premiers rangs de ces seigneuries avaient d'abord été colonisés, et à mesure que les besoins s'étaient fait sentir, les colons étaient entrés dans l'intérieur de ces terres, qui furent ainsi presque toutes occupées. Bientôt, avec l'augmentation de la population, l'espace avait manqué, les propriétés se trouvaient fractionnées, le sol épuisé, et les réœltes allaient en diminuant. Ve plus, le commerce et les professions libérales étaient encombrées, l'industrie manquait presque complètement, faute de capitaux ou d'initiative. Les terres incultes de l'état se trouvaient, par l'absence de routes colonisatrices, fermées à ceux qui voulaient y pénétrer ; en outre, une partie des terres des cantons appartenait à des privilégiés, qui* par spéculation, refusaient de les concéder.
Comme le remarque M. Cartier en 1862,. " ce fut la faute des gouvernements passés, surtout de ceux qui précédèrent l'Union, si la colonisation du Bas-Canada n'a pas marché avec le même progrès que dans le Haut-Canada. Bien loin d'encourager l'établissement des terres incultes, on prenait tous les moyens x>our empêcher les défrichements, et restreindre dans les plus étroites proportions le développement de la population française."
1848] LORD ELGTN. 49
Une politique aussi mesquine allait ouvrir la voie à Témif^ation si désastreuse des Canadiens aux Etat-Unis. C'était A^ers 1832. Les troubles de 183t-38 augmentèrent re mouvement. Un certain nombre de Canadiens impliqués dans ces troubles, ou ruinés par les déprédations des troupes, traverseront la frontière, et s'établirent, pour la plupart, sur le^ bords du lur (liamplain. En 1840, il y avait des «groupes d<» Canadiens assez considérables dans ce dernier endroit, à Saint-Louis, au Détroit, enfin dans plusieurs villes situées sur les frontières des liltats du Maine, de Vermont et de New- York.
Pendant les premières années de l'Union, l'émiîçration aux Etats-Unis aujormenta dans une grande progression. Un comité de la chambre d'assemblée, nommé, en 1849, pour examiner les causes de ce mouvement si funeste à notre nationalité, constata que, dans les quatre années précédentes, vingt mille Canadiens - Français avaient quitté le sol natal.
Une émigration aussi alarmante émut les Canadiens restés au pays. Ils se dirent qu'il n'y avait qu'un seul moyen d'y remédier ; c'était d'ouvrir à la colonisation l'immense étendue de terres qui était encore inculte. Ces terres comprenaient les Cantons de l'Est, les vallées arrosées par rOutaouais, le Saint-Maurice et le Saguenay ; enfin, les cantons des comtés de Gaspé, de Rimouski, de Kamouraskn, de l'Islet, etc. Les Cantons de l'Est, situés entre la rivière de la Chaudière à Test, et la rivière Chambly à l'ouest, contenaient surtout des terres fertiles, favorisées d'un excellent climat. Ces cantons avaient d'abord été colonisés par une population
50 LOED BLaur. [1848
composée d'émigrés de la G-rande-Bretagne, et de loyalistes qui avaient quitté les Etats-Unis après la déclaration de Tindépendance. Peu à peu, les colons Canadiens s'étaient mêlés à cette i>opulation primitive, ou avaient formé quelques petits groupes séparés, de distance en distance, au milien de la forêt. Mais avant 1840, le nombre de Canadiens-Français établis dans les cantons était peu considérable, puisqu'ils ne formaient pas le tiers de la population totale (^). Depuis cette époque, les Canadiens s'y portèrent en plus grand nombre.
Plusieurs raisons les empêchaient de s'y fixer : la nouvelle tenure des terres à laquelle ils n'étaient pas habitués, l'incertitude de la l(oi qui affectait cette tenure, Tabsence de communications faciles, et surtout le monopole des grands propriétaires
De. 1802 à 1815, une certaine étendue des terres des Cantons de l'Est (830,000 acres) était tombée entre les mains de plusieurs propriétaires ou sociétés de spéculateurs, qui les avaient obtenues à vil prix, et à des conditions qu'ils n'avaient pas remplies. Ces terres furent longtemps un obstacle à la colonisation: parmi les propriétaires, les uns, toujous absents de la province, ne s'occupaient nullement de leurs propriétés, et refusaient de contribuer aux frais des routes à ouvrir ; d'autres étaient inconnus, et tenaient à rester comme tels, afin de venir plus tard déposséder les colons qui auraient augmenté la valeur
(i) I)*après le Rap))Ort des missions du diocèse de Québec, il n*y avait, en 1S40, que 850 communiants dans la partie des Cantons df FEst qui comprend Blandfoid, Maddington, Aston, Bolstrod, Stanfold, Somerset, Arthabaska et Wanvick.
1848] LORD ELOIN. 51
de leurs terres, par la culture; d'autres enfiu, s'opposaient par esprit de lucre à rétablissement des terres qui leur avaient été accordées dans un but purement colonisateur, ou, ce qui revenait au même, demandaient des prix exhorbitants.
Cependant, un certain nombre de Canadiens étaient allés s'y fixer avec la conviction qu'elles appartenaient à la couronne, et avec la détermination d'en payer la juste valeur, lorsqu'ils en connaîtraient les véritables propriétaires. Ils formèrent ainsi le noyau de plusieurs paroisses aujourd'hui très-prospères.
Pendant longtemps, ces colons eurent à endurer, parla difficulté des communications, les plus grandes privations. Qui ne se rappelle les longues souiFrances des pionniers de Stanfold et d'Arthabaska, et la fin tragique de leur missionnaire, M. Bélanger ? Après avoir péniblement travaillé à défricher et à améliorer leurs terres, ils voyaient souvent arriver le propriétaire jusqu'alors inconnu, qui venait réclamer d'eux un prix exorbitant, quelouefois trois et mémo cinq piastres l'acre. I*armi ces" pau\Tes colons, désignés sous le nom de squatters ou propriétaires sans titre, les uns payèrent très-cher leur droit de propriété ; les autres, trop pauvres pour le faire, allèrent pour la plupart grossir le nombre de ceux qui prenaient le chemin de l'exil. Ils se plaignirent de la manière inhumaine dont ils étaient traités et demandèrent protection, afin de n'être pas privés du fruit de leur travail. La législature s'occupa du sort de cette classe d'infortunés, et €»ssaya, à diftérentes reprises, d'arrêter en leur faveur une mesure protectrice ; mais tout fut
32 liORD ELOIN. [1848
sans succès, le conseil législatif la repoussa toujours. Cepeudaiit, on contraignit les propriétaires à contribuer au fonds municipal et à la confection des cherains.
Le manque de communications faciles empêcha également la prompte colonisation des cantons. Avant TUnion, on n'avait encore presque rien fait pour l'ouverture des chemins. Mais dès 1841, la colonisation occupa l'attention des hommes d'état. Plusieurs sommes considérables ($300,000 environ) furent votées dt* 1841 à 1846 pour l'ouverture et l'amélioration de chemins dans les Cantons de l'Est, etc. Grrâce à cet octroi, la colonisation reçut une plus forte impulsion. Dans le même temps, le Haut-Canada fut l'objet de la faveur spéciale des conservateurs, alors an pouvoir, et reçut des sommes trois à quatre fois plus considérables.
Le gouvernement n'accorda certainement pas au Bas-Canada un encouragement proportionné aux besoins de cette époque. Il est vrai que nos hommes d'état portaient alors leur attention principale au développement du commerce.
C'est dans cette vue que la législature aftecta plusieurs millions de piastres à l'achèvement des canaux commencés, et à Tamélioration de la navigation du Saint- Laurent. Le pays a retiré de grands avantages de cette politique. Mais comme le commerce était en grande partie entre les mains de la population anglaise, celle-ci se trouva à en retirer presque seule tous les avantages. De plus, les canaux étant presque tous construits dans le Haut-Canada, cette province en profita énormément ; ces travaux y attirèrent une immigration considérable. Ajoutons les deux millions
1848] LORD ELOIN. 58
de piastres qui Ini furent accordés (de 1841 à 1852) i)Our des chemins de colonisation, et on comprendra facilement pourquoi la culture y prit de si rapides développements, le commerce une si grande extension, et la population une marche ascensionnelle si considérable. Heureusement le ministère qui s'était plu à favoriser une nationalité au préjudice de l'autre, avait terminé son existence, et avait été remplacé par un autre, dont la devise était de rendre justice égale à tous, saiis distinction de races.
Il était de l'intérêt du ministère Lafontaine- Baldwin de favoriser l'établissement des natifs du pays, tout en protégeant l'immigration étrangère. La prospérité et la grandeur de la province déi>endait de cette démarche. Ce qu'il fallait pour activer la colonisation, c'était surtout d'ouvrir de grandes routes à travers la forêt, d'améliorer celles qui étaient déjà faites, de procurer des terres à des conditions faciles et à bas prix. C'était le moyen de ralentir l'émigration de la population française aux Etats-Unis, où du moins de l'empêcher de prendre des proportions considérables.
C'est alors que des hommes de cœur et de patriotisme firent un appel chaleureux aux Canadiens et au gouvernement, en faveur de l'établissement des terres incultes ; ils démontrèrent les avantages qu'il y avait à rester sur le sol canadien, et indiquèrent les obstacles qui empêchaient les colons à se porter dans la forêt. Des prêtres remplis de zèle et de charité, entreprirent une croisade en faveur de l'oeuvre. M. O'Reilly fut le premier qui fit connaître aux Canadiens, dans plusieurs écrits, combien il était
64 LORD EUIIN- [1848
urgent de diriger vers les cantons le surplus de la iK>pulation, '^ Faisons en sorte, disait-il, de conserver aux Franco-Canadiens ce qui reste encore de terres non-achetées dans le domaine de
la couronne Que toutes ces terres soient à
voufi, Canadiens-Français, à voutj à jamais, à vous dès maintenant. Alors seulement vous aurez fait un premier pas dans la route qui vous puisse assurer cette nationalité qui vous doit être si chère. "
Un autre missionnaire, M. Bédard, lit connaître par ses écrits, Tétat malheureux de ses i*ompatriotes des cantons, et contribua à améliorer leur sort. De leur côté, les évêques du Bas-Canada engagèrent les membres du clergé à favoriser rétablissement des Canadiens dans les cantons, comme le moyen le plus propre à arrêter l'émigration. " Vous n'ignorez pas, disait Mgr Turgeon, combien est profonde la plaie nationale à laquelle cette association (du district de Québec) se propose d'apporter un remède efficace ; à savoir, le départ annuel de milliers de jeunes gens et d'un grand nombre de familles qui abandonnent les bords du 8aint-Laurent, pour aller chercher fortune et bonheur sous un ciel qu'ils croient plus beau,- et sur un sol qu'on leur dit plus fertile. Ces jeunes prens (vous ne le savez que trop) ne reviennent pas parmi nous, ou ne reviennent que plus pauvres, souvent moins vertueux^ et avec les débris d'une santé que la fatigue oh le vice a pour toujours altérée. Ces familles, au lieu de trouver le bien-être qu'elles espèrent, ne rencontrent chez l'étranger que durs travaux et superbes dédains ; et loin . des autels de leur jeimesse et du sol de la patrie, elles pleurent
1848] liORD ELGIN. 56
Tabsence des joies religieuses de leurs premiers aiis et des jouissances du toit paternel. L'abondance même qu'un bien petit nombre peut atteindre, n'est qu'une faible consolation, quand on la compare à la paix, au contentement, à la franche et naïve piété, à la suave politesse, qui caractérisent notre Canada.
" C'est un mal que nous déplorons tous que cette émigration continuelle, avec ses tristes et inséparables suites. Le temps est venu d'y porter
remède Que les Canadiens-Français con(ri-
buent, tous selon leurs moyens et sans délai, à l'œuvre de la colonisation, et le succès ne sera plus un problème "
A la voix du clergé catholique, l'œuvre de la colonisation se poursuivit avec vigueur ; des af s^ci|iitions se formèrent dans les villes et dans beaucoup de campagnes, et engagèrent un grand nombre de familles canadiennes à se porter dans la forêt pour là féconder de leurs travaux.
I^ ministère La Fontaine-Baldwin se fit un devoir de seconder les vues des promoteui's de la colonisation. Il plaça à la disposition des Canadiens les meilleures terres de la couronne, et commença l'ouverture de plusieurs chemins. Il accorda gratis des lots de cinquante acres sur quelques grandes routes, et diminua considérablement le prix des autres. Les colons s'empressèrent d'accepter ces avantages ; et, avec l'aide des sociétés de colonisation, et Tencouragement du clergé, ils se dirigèrent, en 1848 et les années suivantes, en nombre considérable sur les terres nouvelles.
L'association de Montréal choisit le canton de Roxton, pour asseoir les premiers établissements
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qu'elle avait entrepris de diriger. Celle de Québec envoya une petite colonie sur les bords du lac Aylmer. M.le grand-vicaire Mailloux commença le défrichement des cantons de Buckland et Mailloux ; d'autres établissements furent fondés dans ceux de Saint-Maurice et de Shawinigan et dans la vallée fertile de TOutaouais, Mais ce fut surtout dans les Cantons de l'Est que la colonisation prit du développement ; dans l'espace de dix ans, plusieurs comtés doublèrent leur population.
MM. Boucher et Hébert dirigèrent dans la vallée du lac Saint-Jean chacun une petite colonie qui a été le noyau d'un grand établiss<»ment. Il y avait déjà, à cette époque, sur les bords du Saguenay, plusieurs paroisses prospères. Cependant les premiers travaux faits, dans cet aiidroit, par quelques personnes venues de la Malbaie, ne dataient que de 1838. Peu après, M. Price s'y était établi, et avait commencé l'exploitation de l'industrie du bois, qu'il a fait depuis sur une grande échelle. Les terres avoisinant la Baie des lia ! Ha ! furent arpentées, et les colons du comté de Charlevoix vinrent s'y fixer en grand nombre. Saint- Alexis, Saint- Alphonse et Chicoutimi se formèrent ainsi, dans un instant, et progressèrent avec rapidité.
Une croisade non moins importante que celle de la colonisation, fut entreprise en faveur de l'œuvre de la tempérance, par M. le grand- vicaire Mailloux et l'abbé Chiniquy. Les Canadiens s'enrôlèrent en masse dans la belle société de la tempérance, qui produisit un bien immense, et regénéra la population. Les heureux effets de cette croisade se font encore sentir dans un grand nombre de paroisses.
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L'agitation do la réforme électorale arait été commciioe'e lors des élections de 1847, et le Comité de la Réforme et duProg^rès en avait fait le principal article de son prô<ï^ramme. Tons les Bas-Canadiens regardaient cette modilication comme absolument nécessaire : tons convenaient qu il fallait augmenter le nombre de comtés, et régler la représentation d'une manière plus équitable ; mais ils n étaient pas d'accord sur certains points de détails. Les uns voulaient la représentation proportionnelle à la population, sans égard à la ligne de démarcation entre le Haut et le Bas- Canada ; les autres ne désiraient que doubler la représentation dans les comtés populeux des deux sections de la province, en conservant dans chacune d'elles un nombre égal de députés. Ces derniers, partageant l'opinion des ministres, représentaient la grande majorité de la population. Ils avaient pour organes, la Minerve, le Journal de Québec, la Revue Camidienne et le Pilot,
Il n'y a pas de doute que l'acte d'unioa avait amené une grave injustice, en donnant aux deux sections de la province un égal nombre, de représentants. Mais, dans la position où les deux Canadas se trouvaient en 1848, la réforme électorale, en rapport avec la population, ne pouvait guère réx>arer cette injustice, et être avantageuse au Bas-Canada. L'inégalité de la population était alors faible, comparée à celle qui existait en 1840. Le Haut-Canada avait augmenté en population dans une progression très-rapide, et le nombre de ses habitants allait dépasser celui du Bas-Canada dans l'espace de deux années. (De fait, le recensement de 1852 lui donnait déjà 60,000 âmes de plus.) Le Bas-
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Canada était donc plus intéressé à conserver l'égalité de la représentation sons le régime constitutionnel de 1840. Les quelques voix de plus qu'il pourrait avoir momentanément dans la chambre, ne lui aurait assuré aucun ^antage pratique ; car après deux ou trois ans écoulés, elles auraient été perdues par l'augmentation du nombre de députés dans la province supérieure. C'était par un semblable raisonnement qu'en 1843, les mêmes hommes, qui étaient alors au pouvoir, n'avaient pas voulu agiter cette grave question, et ils avaient été alors unanimement approuvés.
Une autre considération importante c'est qu'il fallait, d'après la constitution, . le concours des deux-tiers des membres de la législature pour changer le chiffre delà représentation. Or les députés du Haut-Canada ne pouvaient consentir à compromettre leurs intérêts, en détruisant l'équilibre qu'avait établi l'acte d'union, sans que Tacte projeté pour modifier la représentation, ne stipulât d'une manière explicite qu'aussitôt que le chiflâ-e de leur population dépasserait celle du Bas-Canada, ils auraient alors droit à une représentation proportionnelle. Les Bas-Canadiens étaient opposés en masse à demander la réforme électorale à ce prix, parce que, les intérêts des deux provinces n'étaient pas les mêmes, et que changer l'équilibre, c'était mettre en danger les intérêts de l'une, et les exposer aux passions et à la convoitise de l'autre.
Les partisans de la réforme électorale d'après le chiffre de la population avait pour organe Le Canadien, alors dirigé par Aubin, et L'Avenir, organe des démocrates. Suivant ces journaux.
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cette importante question, telle qu'elle était posée par Tautre parti, était une réforme trompeuse, fatale même au Bas-Canada ; c'était une reçour naissance implicite de l'acte d'union ; c'était admettre que les bases absurdes de la représentation étaient justes. Ce parti alla jusqu'à demander le rappel de l'Union, si la réforme n'était pas accordée telle qu'il la voulait. Il réunit sous sa bannière un certain nombre de Canadiens, parmi lesquels était M. Papineau, qui devint leur chef. Les Canadiens avaient accueilli avec joie la rentrée récente sur la scène politique de M. Papineau. Son nom était si populaire qu'il pouvait se faire élire dans n'importe quel comté du Bas-Canada. Cet illustre patriote avait, pendant plus d'un quart de siècle, guidé ses concitoyens dans les grandes luttes dirigées contre l'oppression et l'injustice. Il avait su faire respecter le nom canadien ; sa parole éloquente avait eu le plus grand retentissement et parmi ses concitoyens et à l'étranger ; elle avait soulevé les masses en faveur de la cause qu'il avait embralssée. M. Papineau avait présidé la chambre d'assemblée pendant vingt et un ans, et avait été délégué en Angleterre pour défendre ses compatriotes. Jusqu'en 183Y, sa conduite avait été admirable, et le peuple l'avait approuvée presque sans restriction. Les malheurs de 183Y-38 survinrent, et M. Papineau prit le chemin de l'exil. A son retour au pays, en 1845, il vécut quelque temps dans la solitude ; deux de ses parents, MM. Viger et D.-B. Papineau, étaient alors au pouvoir ; il les vit en antagonisme avec leurs compatriotes, mais il demeura simple spectateur de la lutte.
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Depuis son départ pour Texil, les choses avaient bien changé. Le gouvernement resi>onsable avait été octroyé avec la constitution de 1840 ; les chefs politiques de tous les partis l'avaient reconnu, et ils étaient disposés à le mettre en pratique. MM. La Fontaine et Morin, qui avaient autrefois marché à la suite de M. Fapineau, et qui depuis 1841 avaient été reconnus les chefs de la^-ause libérale dans le Bas-Canada, l'avaient également reconnu ; ils voulaient, comme nous l'avons déjà dit, s'en servir pour conquérir à leur parti la position à laquelle il avait droit, et réparer les griefs causés par la constitution ainsi que les injustices qu'elle renfermait.
Après avoir hésité longtemps, M. Papineau consentit à accepter un mandat du peuple lors des élections générales de 184t. A cette occasion, il exprima avec franchise ses vues sur l'état politique du Canada. Il se déclara contre l'union des deux provinces, et contre le gouvernement responsable; il ne croyait pas qu'il fût possible de rien obtenir d'efficace avec le principe de la responsabilité. Il donna cependant son approbation au parti libéral, et recommanda de l'appuyer.
A la session de 1848, MM. LaFontaine et Baldwin étant parvenus au pouvoir, l'illustre patriote déclara qu'il leur donnerait tout l'appui possible. Il aurait cependant voulu les voir s'occuper immédiatement des réfor-mes administratives que la province réclamait avec instance. Bientôt après, M. Papineau se sépara du parti libéral, et publia plusieurs écrite, dans lesquels il déclara ouvertement que le cabinet LaFontaine- Baldwin ne possédait plus sa confiance. Il se prononça encore pour le rappel de l'Union ; et
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loTS de la dlBoussiou de lu réforme électorale, il se déclara en faveur de la représentation repartie d'après la population. Autour de lui, se rallièrent les collaborateurs de V Avenir, et la plupart des membres de Tlustitut Canadien, à Montréal, qui professaient ses principes,et qui le choisirent pour leur chef. C'étaient MM. A.-À. Dorion, Dessaules, Laberge, Papin, LaBrèche-Viger, Doutre, J.-B.-E. Dorion, lîlanchet, Lillamme. etc., jeune phalange qui voyait dans ses rangs des talents remarquables, et se montrait pleine d'ardeur et d'enthousiasme. U Avenir fut leur organe, et le parti démocratique^ qui devait jouer un certain rôle, fut dès lors formé.
Le parti libéral se trouva donc divisé en deux camps: Tun, représentant la masse de la population du IJas-Cauada, avait M. La Fontaine pour chef; l'autre M. l\ipineau. Un antagonisme direct exista entre ces deux hommes également chers aux sympathies populaires, et qu'on avait yU autrefois marcher de concert à la conquête des libertés constitutionnelles.
Les Canadiens resrrettèrent vivement de voir M. Papineau montrer si peu de confiance dans la constitution, et surtout refuser de se joindre au parti libéral, pour en iissurer les effets. Son nom, ses talents et son expérience n'eurent pas manqué de lui donner dans la .législature une influence décisive, s'il eût prêté son appui à ceux dont le noble désintéressement avait gagné Tadmiration de leurs concitoyens, et obtenu des témoignages solt?nnels d'approbation. Il était dangereux de le voir condamner la constitution, lorsque plusieurs des clauses injustes — la liste civile, la prosiniplion diî la langue française —
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venaient d'être rappelées ; lorsque la population dans les deux sections de la province était presque égale, et que le gouvernement se proposait d'opérer la réforme électorale et d'autres changements importants; lorsque, enfin, l'Angleterre laissait au Canada la liberté d'administrer ses paires suivant ses propres désirs, et que le gouvemement responsable fonctionnait dans la plénitude de ses attributions. Il n'est donc pas étonnant que la masse de la population française ait blâmé Jtf. Papineau de vouloir détruire le fruit de plusieurs années de luttes.
ADMINISTRATION DE LORD ELGIN [Suite,)
CONTINUATION DU MINISTERE LA FONTAINE-BALDWIN. — SESSION DE 1849. — TROUBLES, INCENDIE DU PARLE- MENT.— MOUVEMENT ANNEXIONNISTE,
Changements ministcricls. — Ouverture de la session de 1849. — Rétahlissemcnt de la langue française. — Débats sur la constitution et sur la réforme électorale, MM. Papineau et La Fontaine. — Loi électorale, émigration, conmerce et tarif. — Université de Toronto, actes concernant l'cducation .^Chemins de fer. — Actes jn<liciaires. — Amnistie générale. — Acte d'indemnité, débats violents, scène <lc van<lalisme. — Le gouverneur insulté, incendie des l)âtisscs du parlement et de la bibliothèque, dévastation de propriétés.— Approbation de la conduite du gouverneur, opinions fies membres sur rémeute . — Montréal perd le siège du gouvernement.— Ligue britannique. —Mouvement annexionniste.
La session de 1849 fut ouverte le 18 janvier. Cette session est la plus mémorable de toutes celles de TUiiion, et par le nombre de mesures importantes qu'elle vit passer, et par les luttes formidables qui enflammèrent les partis politiques, et qui ne se terminèrent que par l'incendie des édifices du parlement.
Après leur avènement au pouvoir, les ministres s'étaient présentés devant leurs électeurs et avaient tous été réélus par acclamation, ou par une forte majorité. Ce résultat proclamait hautement la popularité des membres de Tadministration. Quelques changements avaient eu lieu
pendant la vacance. M. W.-H. Blake fut fait solliciteur général du Haut-Canada, et M. L.-T. Drnmmond accepta pour le Bas-Canada le même poste, laissé vacant par la retraite de M. Aylwin, qui fut nommé juge à la cour du banc de la reine. Quoique ces deux emplois fussent responsables envers le peuple, les deux nouveaux solliciteurs-généraux n'eurent point de siège dans le cabinet. L'administration s'était en cela rendue au désir de plusieurs membres de la chambre, qui av.aient, à la dernière session, émis l'opinion que les solliciteurs généraux et les commissaires des travaux publics ne devaient pas faire partie du cabinet. Le 16 septembre, M. Sullivan donna sa démission, et fut nommé juge dans le Haut- Canada. Ce fut M. Leslie, président du conseil exécutif, qui le remplaça comme secrétaire pro- \incial. Enfin, M. W. H. Merritt fut nommé président du conseil exécutif. Si l'administration perdait dans MM. Sullivan et .Aylwin les deux premiers orateurs des chambres, elle faisait une magnifique acquisition dans les personnes de MM. Merritt, Blake et Drummond, qui étaient de& hommes remarquables par leurs talents et leurs connaissances.
Trois nouveaux députés apparaissent pour la première fois sur la scène politique : MM. L.-M. Viger, Polette et Cartier. Ce dernier, élu par le comté de Verchères, était destiné à i^arcourir une brillante carrière, et à devenir un de nos premiers hommes d'état. M. Galt, autre membre distingué, fut aussi, pendant la session, élu jwur la première fois par le comté de Sherbrooke. Huit nouveaux membres avaient été appelés au conseil législatif depuis la session de 1848. MM.
E.-P. Taché, Leslie, Turgeon, Quesnel, Bourret, Saveuse de Beaujeu, Jolm Eoss et Louis Méthot. Par ces nominations, le ministère LaFantaine- Baldwin voulut rendre justice à la population française. En effet, depuis TUnion, cette origine n'avait pas été représentée avec assez de justice dans le conseil législatif, elle n'entrait pas même pour le tiers dans la composition de cette chambre. Ces nominations donnaient, en même temps, une forte majorité en faveur de la politique libérale, dans cette branche de la législature.
Lord El gin inaugura le rétablissement de la langue française dans le parlement canadien. L'Angleterre venait de .rappeler la clause vexatoire de la constitution qui proscrivait notre belle langue dans les procédés législatifs; elle s'était aussi déterminée à accorder une amnistie générale aux Canadiens impliqués dans les troubles politiques.
" Je suis fort heureux, dit Lord Elgin, d'avoir à vous apprendre que, conformément au désir de la législature locale, exprimé dans une adresse des deux chambres du parlement provincial, le parlement impérial a passé un acte révoquant la clause de l'acte d'union qui imposait des restrictions à l'usage de la langue française.
" Je suis autorisé à vous informer que Sa Majesté a résolu d'e^^ercer la prérogative de sa clémence, en faveur de tous ceux qui sont encore sous le poids des conséquences pénales d'offenses politiques, résultant des malheureux événements de 1837 et 1838 ; et j'ai reçu ordre de la Eeine de vous inviter à concourir avec moi à la passation d'un acte pour donner leur plein effet aux très-gracieuses intentions de Sa Majesté. "
Lord Elgiii poussa la générosité et la courtoisie jusqu'à prononcer lui-même le discours du trône dans la langue française. C'était une chose inouïe dans les fastes parlementaires ; car autrefois, les gouverneurs du Bas - Canada lisaient leurs discours en anglais, et le président du conseil législatif en répétait la lecture dans la langue française. Cette bienveillance de la part du gouverneur causa une profonde sensation. Les Canadiens-français étaient heureux de voir la réhabilitation de leur langue proscrite par les haines anglaises ; c'est à cette occasion que le vénérable M. Viger, laissa échapper ce cii d'une âme émue : " Que je me sens soulagé d'entendre dans ma langue les paroles du discours du trône ! "
Le gouverneur attira l'attention des chambres sur plusieurs mesures, entre autres, sur l'augmentation de la représentation, sur la modification des lois des écoles, de judicature et des municipalités, et sur la continuation des canaux du Saint-Laurent. Il annonça encore que le parlement impérial avait accueilli favorablement ses représentations au sujet du rappel des lois de la navigation.
L'adresse proposée par M. Dumas, fut discutée longuement. Les conservateurs ne présentèrent pas d'amendement, mais M. Papineau en présenta \\n au paragraphe suivant: " La chambre a l'assurance que les preuves qu'a données le peuple du Canada, pendant cette période d'excitation et de malaise général, de son amour de l'ordre et de son attachement à ses institutions, tendront à asseoir le crédit de la province sur une base plus solide, et à l'avancement de sa prospérité.'
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L'amendement de M. Papineau portait le cachet des idées démocratiques, et tendait à dire que le peuple canadien méritait, par son amour de Tordre, une constitution meilleure que celle qu'il avait. Voici en quels termes était conçu cet étrange amendement :
" Que cette tranquillité que le peuple des Canadas a conservée au milieu de l'agitation profonde et générale, qui a poussé les nations les plus éclairées de TEurope aux plus nobles efforts, souvent suivis d'heureux suarès, pour réformer leur vicieux gouvernements, follement attachés à des usurpations surprises par la fraude, ou conquises par la violence durant la barbarie du moyen âge, mais devenus intolérables et bientôt impossibles en i^résence de la libre discussion de la raison et les lumières du dix-neuvième siècle, prouve que les Canadiens de toutes les clases et de toutes les origines sont amis de Tordre, à ce degré qu'ils ont bien droit d'être dotés d'une constitution politique beaucoup plus libre et libérale, que ne Test la loi constitutive et défectueuse qui leur a été imposée,contrairement à leurs désirs connus et eximmés par leurs remontrances et leurs pétitions réitérées, contre la réunion desdeux Canadas, sagement séparés, et pour leur mutuel avantage, en 1791 ; Que jusqu'à ce que le vœu philanthropique et judicieux de ce grand et prévoyant homme d'état, Charles James Fox, soit accompli ; <î'est-à-dire, jusqu'à ce que nos institutions aient été réformées par l'extension du principe électif à beaucoup d'autres endroits et départements que ceux où il prévaut, au point, disaitil, que les Canadiens ne devraient avoir rien à envier à leurs voisins, nous n'avons pas plus de
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qhance dans l'avenir que nous en avons eu durant un long et pénible passé, d'obtenir le bon gouvernement de la province, et par son bon gouvernement, la prospérité générale et le contentement général de ses habitants. "
Au paragraphe de l'adresse concernant la réforme électorale, M. Fapineau proposa que la représentation fut répartie d'après le chiffre de la population. Il fit trois longs discours dans lesquels il exprima sa satisfaction d'avoir entendu le discours du gouverneur dans sa langue maternelle ; mais il déclara ne voir rien de louable dans ce discours, qui n'était fait que pour trom- I>er la chambre. Puis il dirigea ses attaques contre le ministère, contre l'union des provinces et contre la presse. Il reprocha aux minisires d'avoir accepté le pouvoir, et de s'être mis en contradiction avec eux-mêmes, et avec leurs protestations contre l'acte d'union, en 1841. *• Loin de penser comme eux, dit-il, je trouve la constitution extrêmement fautive, tyrannique et démoralisatrice. Conçue par des hommes d'état au génie aussi étroit que malfaisant, aussi petit qu'était grand iin de ceux qui, dans des circonstances plus heureuses, avaient préparé l'acte de 1791, elle n'a eu jusqu'ici, et ne peut avoir dans la suite que des effets dangereux, des résultats ruineux et destructifs. C'est du moment que le parti libéral est monté au pouvoir que j'ai vu qu'on voulait nous demander cette approbation avilisante et sans condition de l'acte d'union, et c'est' de ce moment que je résolus de ne plus donner ma confiance à des hommes sur de simples promesses, mais de toujours juger les hommes d'après leurs actes Pour de véritables libé-
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i-aux. il y avait des conclusions plus nobles, infiniment pins honorables, et pour le gouvernement et iK)ur le psuple, à tirer de la tranquillité qui règne, je dirai à un degré lamentable, dans la province : c'est, entre autres, que le peuple, qui savait ainsi aimer Tordre, ne renonçait pas jKjur cela au désir d'obtenir plus de liberté, n'était xmus insensible à l'injustice de l'acte d'union des deux Canadas, mais que pour prix de cette tranquillité, il méritait la confiance des autorités supérieures, et que le temps était venu où l'on pouvait lui a^?corder de larges libertés. "
M. Papineau demanda quelle était la disposition de l'acte d'union qui méritait d'être approuvée ? Le système de la représentation avait été faussé, sans l'ombre d'excuse, dans cet acte arbitraire ; les bourgH'pourrvi avaient été multipliés sans réserve. Le ^ministère s'attachait à les conserver, et il offrait une mesure de représentation où rien n'était changé, approuvant ce qu'il avait condamné dans des temps passés. Son opinion éùût que plus tôt viendrait la séparation des deux . provinces, mieux ce serait pour elles. Jusqu'à présent l'attention s'était portée surtout à la réforme électorale, non pas parce que c'était la seule réforme désirable, mais parce qu'elle était un moyen de conduire au rappel de TUnion. Tous les hommes de bons sens voyaient combien grande était la difficulté de législater pour deux ' pays si différents en tous points. '' Quant à moi, dit-il, je ne veux ni souffrir ni pratiquer une injuste domination ; et si plus tard le Haut- Canada avait une population plus considérable, et demandait, ce qu'il ne peut manquer de faire