‹ Le Canada sous l'Union 1841-1867 (volume 3)Chapitre 23 sur 36 · I..a.Salle " A.-J. Duchesnay · texte numérisé non relu

I..a.Salle " A.-J. Duchesnay

Montarville " A.-K. Kiei^kowski,

Repentigny " P.-U. Archnmbault,

Soiel ** J.-B. Guévremont,

St. Lawrence " (i. C aw brd,

Tecumseth ** 1). McDonald,

York " G.-W. Allan.

L*élection de M. (ruévremont fut annulée en 1860 ; il fiit réélu dans la même division. Celle de M . Kierskowski fut aussi annulé en 1861 ; M. Louis Lacoste fut alors élu dans cette division.

Les membres de l'assemblée législative élus depuis la se^^sion de 1858, si l'on excepte 1^ ministres, étaient : M. A.-B. Foster (Shefford>, M. M. Hartcourt (Ilaldimand), M. H. Finlayson, (Brant E.), M. George Caron, (Maskinongé), M. James Ross, (Wellington N.)

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tions eurent lieu pour l'assemblée lé^slative. Les membres du ministère Brown-Dorion furent réélus, de même que MM. Gralt et Sherwood, membre de l'administration conservatrice. Dans ces diverses élections, les conservateurs gagnèrent du terrain, tandis que les libéraux, miQgré leurs démonstrations perdirent de l^ur popularité.

M. Wm.-Lyon Mackenzie se retira de la scène politique, où il avait combattu pendant de nombreuses années. Sa retraite causa peu de regrets : si son rôle avait été brillant avant l'Union, il l'avait terni depuis son retour de l'exil. Par son opposition systématique dans les chambres, et par ses écrits dans la presse, il ne cessa d'embarrasser ceux qui s'étaient chargés de faire fonctionner la constitution ; un de ses derniers actes fut de demander le rappel de l'Union. Il était un des derniers vétérans politiques restés sur la brèche. Déjà Sir Allan McNab, MM. Baldwin, Papineau, Viger et Bolph s'étaient retirés dans leur foyers domestiques, pour y terminer leurs îours dans une parfaite tranquillité, tandis que MM. LaFontaine, Draper et Morin rendaient encore service au pays sur le banc judiciaire.

Lia maladie contraignit M. D.-6. Viger à ne plus assister aux séances du conseil législatif. Ce noble vétéran mourut en 1861, après avoir consacré cinquante années de sa vie au service de ses concitoyens. Entré en 1809 à l'assemblée législative, il y était demeuré jusqu'en 1830, époque où il avait été appelé au conseil législatif. Il défendit de concert avec les Papineau, les Neilson, les Vallières, les droits de ses compatriotes aux époques les plus critiques de la domination anglaise ; il alla deux foisjporter en

Angleterre leurs griefs et défendre leur cause. Lors des troubles insurrectionnels, M. Viger se vit jeter injustement en prison ; les autorités furent obligées de l'en retirer quelques mois après, comme malgré lui, car il exigeait qu'on lui fît son [procès. De 1841 à 1848, il siégea à l'assemblée législative, et fut ensuite nommé conseiller législatif Si nous avons condamné sa cotiduite pohtique sous l'administration dont il était le chef, nous n'avons que des louanges à lui décerner pour les quarante années de services précédents.

Le ministère Cartier-McDonald avait annoncé, lors de sa formation, que l'opportunité d'une union fédérale des provinces anglaises serait sérieusement examinée, et qu'il ferait à ce sujet des ouvertures au gouvernement impérial et aux provinces maritimes.

Les hommes d'état commençaient à prévoir que la confédération serait le seul remède destiné à faire disparaître les difficultés des deux provinces, les questions de la représentation, des écoles, etc. Ce jJan avait été suggéré par lord Durham,.dans son fameux rapport. MM. Merritt et Sherwood avaient parlé ou écrit sur ce sujet. Le Canadien avait aussi publié à plusieurs reprises, notamment en 184t et 1853, des articles favorables à l'union fédérale. M. Etienne Parent, un de nos publicistes les plus distingués, à qui l'on attribue ces articles, prévoyait que cette question serait bientôt amenée devant le peuple ; il avait voulu l'éclaircir, afin de ne pas prendre par surprise le suffrage populaire. En 1857, la presse française avait discuté la question plus longuement. Le mouvement, parti des pro-

vînces maritimes, avait été continué dans le Canada. Le Journal de Québec et La Minerve, trouvèrent ce projet comme prématuré, et le combattirent fortement. M. J.-C. Taché le discuta favorablement et avec le plus grand talent, dans Le Courrier du Canada. Il énuméra les avantages que retireraient les colonies d'une union fédérale, qui serait bientôt amenée par la force des choses. C'est assez dire à la louange de ce travail, que les hommes d'état des provinces adoptèrent un projet de constitution différant peu de celui qu'il traça lui-même.

A la session de 1858, M. Galt proposa des résolutions favorables à une confédération ; il fit à ce sujet un discours remarquable, et développa ses vues avec son énergie et son talent habituels. Mais la question fut encore considérée comme prématurée et abandonnée pour le moment.

Apres la session de 1858, MM. Cartier, Galt et Ross se rendirent en Angleterre pour traiter de l'union des provinces avec le gouvernement impérial. Ils adressèrent au ministre des colonies une dépêche restée célèbre. Dans ce document, ils exposaient les difficultés que le Haut-Canada avait suscitée^, en voulant augmenter le nombre de ses représentants, recommandaient l'union fédérale de toutes les provinces anglaises de l'Amérique du Nord, comme moyen de régler ces difficultés; ils demandaient finalement au gouvernement impérial d'autoriser la réunion de délégués des colonies afin de considérer ce sujet important.

L'initiative d'une semblable question appartenait au gouvernement impérial ; le secrétaire des colonies se mit aussitôt en communication

En effet, M. Brown, homme doué de talents brillants et d'une grande énergie, n'avait épargné aucun moyen pour arriver au pouvoir. Il avait voulu dominer par l'intolérance, exciter une guerre de race et de religion entre les deux populations. Mais pendant cette lutte, le Bas-Canada s'était ligué contre lui, et l'avait rendu impossible comme chef d'un cabinet ; aussi allait-il lui donner un vote presque unanime de non-confiance.

M. Patrick fut chargé d'annoncer dans l'assemblée législative le nom des nouveaux ministres ; il ne donna aucune explication sur leur politique, et déclara que les ministres le feraient euxmêmes, lorsqu'ils seraient à leurs sièges. M. Bureau i^roposa ensuite d'émettre un bref d'élection i)our la cité de Montréal, en conséquence de l'élévation de M. Dorion a\i pouvoir. M. Langevin proposa d'ajouter l'amendement suivant : " Que tout en ordonnant l'émission du dit writ^ cette chambre reconnaît qu'il est de son devoir de déclarer que l'administration, qui a été formée dans le cours de cette vacance, ne possède pas la confiance de cette chambre ni celle du pays."

Soixante et onze députés A^otèrent pour la déchéance immédiate du ministère, trente et un seulement lui accordèrent leur appui. Le ministère eut contre lui une majorité de deux voix dans le Haut-Canada, où il était assez populaire, et tous les députés du Bas-Canada, à l'exception de MM. Laframboisse, Jobin, Hébert et Papineau, votèrent pour sa chute. Le conseil législatif,contre l'usaffe ordinaire, imita l'exemple de l'assemblée législative, et donna au cabinet un vote de non-

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confiance, sur une division de seize contre huit. Cet acte de condamner des ministres avant leur réélection, et avant l'exposition de leur politique, n'avait pas de précédent. M. Cauchon refusa de se joindre à la majorité, parce qu'il trouvait injuste de repousser les ministres avant de les entendre ; il ne vota pas.

Après cette condamnation si forte et si précipitée, par les doux-tiers des membres des deux chambres, le ministère Brown-Dorion insista auprès du içouverneur pour obtenir la dissolution du parlement. Sir Edmund llead, qui avait refusé cette demande lorsqu'il (*hargea M. Brown de former une administration, n'y consentit pas plus cette fois-ci. Il voulut épuiser tous les moyens avant de soumettre la province, une deuxième fois dans la même année, aux frais et à l'excitation d'une élection générale ; d'ailleurs, les travaux de la session n'étaient pas terminés. Il crut qu'il était possible de former une administration qui pût commander tine majorité parmi les membres nouvellement élus. Il était donc justifiable de refuser la dissolution que demandait M Brovrn, pour satisfaire ses ambitions, puisque le pays sortait des secousses d'une élection générale. Les ministres et leurs partisans libéraux so soulevèrent contre la conduite du gouverneur, et demandèrent plus tard son rappel dans leurs assemblées.

Les membres du cabinet Brown-Dorion durent donc céder devant le verdict qu'ils venaient de recevoir, et remettre leurs portefeuilles, deux jours après les avoir obtenus, sans accomplir un seul acte administratif Après avoir fait une guerre acharnée au ministère McDonald-Cartier,

iiement à Outaouais, et de transporter, suivant rengagement convenu, à QuéLei- le siège du gouvernement, en attendant la eonstrujtion des })'Atisses du parlement dans la nouvelle capitale. I7n grand ]iom}>re de députés ne pouvaient se résigner à s'exiler dans cette petite, ville; ils saisirent cette nouvelle occasion pour diriger leurs attaques contre It^ gouvernement.

M Sicotte, qui venait de donner sa démission comme mem})re du ca1)inet, voulu faire prévaloir ses idées sur la question de la capitale. Il proposa un amendement tendant à déclarer que les principes de la constitution veulent que l'opinion de la majorité soit respectée, et qu'en déclarant, à la session- précédente, qu'Outaouais ne devait i^as éirv^. li capitale, la chambre avait exprimé ses vues conformément à l'exercice ordinaire et consiitutionnel de ses privilèges.

M. Jjanixevin, partisan temporaire du parti représenté par M. Sicotte, seconda la motion, et traita le sujet avec beaucoup de modération. A SDU avis, le vote de la dernière session devait être décisif; ce vote déclarait que la chambre ne voulait pas aller siéger à Outaouais. Le pro(îurer-général du Bas-Canada ne pouvait faire croire que cette ville était la place la plus convenable i^our devenir le siège du gouvernement. La capitale devait être dans une localité où la population était mixte ; de plus, elle ne devait pas être fixée avant que la question de la confédération fût résolue.

MM. Ix)ranger, McG-ee, Dorion et Laberge se prononcèrent contre la politique du gouvernement dans la question de la capitale ; quelquesuns étaient d'avis de ditférer la construction des édifices dans la perspective d'une confédération.

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M. Cartier déclara que la positidn prise par le ministère était logique, et sa conduite constitutionnelle. Celui-ci demandait que la décision de la reine fût confirmée. La simple déclaration faite par la chambre, qu'Outaouais ne devait pas être la capitale, ne suffisait pas pour mettre cette décision de côté, et engager le ministère à en tenir compte. Le premier ministre pensait qu'Outaouais était un excellent choix, parce que la pression immédiate de Topinion publique se ferait moins sentir là qu'ailleurs. Les membres y seraient plus libres pour discuter les grandes questions politiques. Il ajouta qu'Outaouais était liée à Québec et à Montréal par son commerce, et que les Canadiens-Français y trouveraient une population en partie catholique, et ayant les mêmes institutions.

M. Turcotte, contrairement à son vote de 1858, se déclara décidé à soutenir la décision de la reine. M. Buchanan dit qu'il y allait de Thonneur du pays de maintenir cette décision. M. L.-S. Morin démontra l'inconséquence des membrea qui, après avoir été les avocats et môme les promoteurs de l'arbitrage, manquaient maintenant à leurs engagements. M. John-A. McDonald avoua qu'on ne pouvait violer les engagements de la province ; il ferait tout en son pouvoir pour rester fidèle à la promesse d'aller à Québec, comme il était fidèle aux engagements qu'il avait pris de se conformer à la décision de la reine.

La politique du gouvernement triompha, il est vrai, mais à une majorité de cinq voix seulement. C'était l'opposition du Haut-Canada qui donnait cette majorité ; en préférant l'intérêt local, elle manquait l'occasion de monter au

pouvoir. Outaouais restait donc la capitale, et les édifices du parlement furent commencés aussitôt après la session. M. McDougall proposa un amendement, par lequel il voulait s'opposer à la translation des départements publics à Québec en attendant l'érection des édifices à Outaouais. Cette motion pour laquelle votèrent MM. Dorion et Laberge, fut x^erduo par une forte majorité.

Les libéraux ou cleargrûs du Haut-Canada se prononcèrent contre le paragraphe de l'adresse qui concernait le rachat des droits seigneuriaux. M. Cartier donna sur ce sujet des explications très-satisfaisantes ; elles contribuèrent à lui assurer une majorité sur la question de la capitale.

Après une discussion prolongée, l'adresse fut enfin votée, et le ministère Cartier-McDonald conserva une majorité collective assez grande ; toutefois, il se trouva comme en 1858, en minorité de quelques voix dans le Haut-Canada.

Pendant la session de 1859, la législature vota plusieurs adresses à la reine. L'une d'elles priait la famille royale de visiter le Canada, et d'assister à l'ouverture du pont Victoria. M. Henry Smith, président de l'assemblée législative fut chargé de se rendre en Angleterre et de présenter luimême cette adresse. La reine ne put se rendre à l'invitation de la législature ; ses devoirs au siège de l'empire lui interdisaient une absence aussi longue ; elle consentit cependant à ce que le Prince de Galles assistât à la cérémonie en son nom.

Une deuxième adresse priait le gouvernement impérial de régler définitivement les prétentions de la Compagnie de la Baie d'Hudson, quant à

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la validité de sa charte et à retendue de son territoire. Une troisième demandait des changements qui permissent l'admission, dans les ports anglais, des bois et des produits du Canada expédiés par Portland, aux mêmes conditions que s'ils étaient expédiés directement du Canada. Une dernière enfin priait le gouvernement impérial de ne pas accordv;r de subv(»ntion à la ligne Cunard au détriment de la ligne canadienne et d'étendre à cette dernière les mêmes avantages accordés aux vapeurs des autres colonies. Malgré les droits de cette réclamation, on ne put obtenir aucun secours pour la ligne canadienne ; T Angleterre refusa au Canada les fiiveurs qu'elle accordait aux lignes étrangères.

Le ministère présenta et fit passer des projets de loi par lesquels étaient modifiées la loi de la milice de 1855, celle des écoles du Bas-Canada, celle qui définissait le droit électoral et pourvoyait à l'inscription des élect(»urs. Une autre mesure portait à six cent piastres l'indemnité accordée aux membres des deux chambres par session de plus de trente jours. Les lois concernant le bureau de poste furent amendées de manière à augmenter le revenu, considéré insuffisant pour rencontrer les dépenses. Le port sur les journaux, aboli en 1855, fut rétabli, et un taux additionnel de deux centins fut exigé sur les lettres non payées d'avance. Une excellente loi, présentée par M. Alleyn, amendait et refondait les actes qui régissaient la navigation des eaux du Canada.

Une autre mesure importante, présenté par M.

Rose, remplaçait et amendait les divers actes

relatifs aux travaux publics. Elle avait pour

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principal but de mettre le commissaire en chef de ce bureau sur un pied d égalité avec les autres chefs de département, en accordant à lui seul certains pouvoirs, tels que ceux de signer des contrats, de donner des ordres, etc. ; Tassistantcommissaire, officier non responsable aux chambres, avait partager jusqu'alors ces pouvoirs avec lui. La même mesure substituait à Tancien arbitrage une commission d'enquête permanente de trois arbitres.

Une lutte s'engagea entre le parti ministériel et l'opposition sur le droit d'appel de la décision des arbitres. M. Movsrat demanda, par un amendement, que les personnes qui, dans le Haut- Canada, auraient des réclamations contre le bureau des tra\ aux publics, eussent le même droit d'appel que ces personnes avaient dans le Bas- Canada. La différence était dans le Bas-Canada, que la cour pouvait modifier la décision des arbitres, tandis que dans le Haut-Canada la cour était tenue de rejeter ou d'accepter la sentence arbitrale telle qu'elle était. L'amendement fut rejeté à une majorité de huit voix ; MM. Sicotte, Loranger et Lange vin, votèrent avec la minorité, tandis que MM. Cauchon et Chapais comptèrent avec la majorité.

Le nouvel inspecteur-général, M. Galt, présenta à la considération des membres un nouveau tarif, par lequel on appliquait à tous les articles les droits ad valorem^ c'est-à-dire proportionnés à la valeur de chaque objet ; ils remplaçaient les droits spécifiques, impôt en rapport avec la quantité appréciée en livres, barils, -etc.

Ce système était plus juste, en ce qu'il fesait peser les droits également sur tous les consom-

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mateurs. Il allait encoiiragor et développer le oommerce direct entre le Canada et les pays 6tran<çers, pour le thé, le sucre, etc., commer(;e que les droits spécifiques avaient dirigé sur le marché américain. Le nouveau tarif ne fit pas hausser les prix sur ce dernier marché, mais il eut pour résultat fie faire baisser c^eux des marchés de Québec et de Montréal. Sous le régime précédent, les marchands du Haut - Canada n'étaient pas importateurs ; ils n'étaient que les détailleurs des marchands de New-York. Ils pouvaient maintenant importer eux-mêmes, ou acheter dans le Bas-Canada à des prix plus avaiitaûfeux. Ce tarif encouraofeait donc le commerce parla voie du Saint-I aurent, et faisait profiter les canaux et les autres grands travaux publics ; il élevait Québec et surtout Montréal à leur position naturelle d'entrepôts du comhierce canadien.

Dans un discours habile et lucide, M. Gralt passa en revue la condition financière de la province. Il insista sur la nécessité de mettre les finances sur un bon pied, afin que le Canada reiK^ontràt ses obligations. Il déclara que dans les dernières années, le déficit avait été considérable, il était de §2,r):3;),000 en 1858. Cela était du ;\ une diminution dans le revenu, à la crise commerciale de 1858, causée par le manque de récolte, et à Taugmentation des dépenses. La politique financière de M. Galt diminua le rf^/rVt/, qui ne fut que de $450,000 en 1859, mais il ne rétablit pas encore l'équilibre entre les dépenses et les recettes.

M. Cayley, partisan des droits spécifiques, s'éleva contre les changements proposés, parce

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que, dans son opinion, ils t(»ndiviont à favoriser la fraude, et à protéger le Bas-Canada au détriment de l'autre province. M. Buchanan, un des plus grands financiers du Haut-Canada, proposa de laisser les anciens droits sur le sucre, la mêlasse, le thé et les autres articles de première nécessité, et môme de les abolir en définitive. Il fut soutenu par les libéraux des deux provinces et par MM, Sicotte, Langevin, John-H. Cameron et Lemieux. Cet amendement fut perdu par sept voix de minorité. La plupart des Hauts-Canadiens considéraient le nouveau tarif comme injuste envers leurs constituants. M. Brown déclara que ce tarif enlevait les marchés de New- York et de Boston au prolit du Bas-Canada, et de Montréal surtout, et mettait le Haut-Canada dans une situation de vasselage vis-à-vis Tautre province. •

Le tarif fut donc voté au milieu des objections de toutes sortes faites j^ar l'opposition, et plusieurs membres (MM. Dorion, John-S. McDonald, etc.), qui avaient demandé, en 1858, 4es droits ad valorem^ s'y opposaient maintenant de toutes leurs forces. Ijq gouvernement triompha à la fin, après avoir été beaucoui^ exposé dans son existence.

La législature adopta aussi une mesure destinée à la consolidation de la dette publique. Cette loi changeait le titre CCim^pecteur-général des comptes en celui plus convenable de minùtre des fiminces, consolidait la dette existante en une seule garantie, pourvoyait à l'extinction graduelle de cette dette, par l'opération d'un fonds d'amortissement, et mettait de l'uniformité dans Je mode de paiement et de comptabilité. D'après un

état financier présenté à Londres par M. Galt, la dette directe et indirecte atteignait, en 1859, le chiffre de <£11,661,013 sterling, c'est-à-dire un peu plus de $55,000,000 courant (i).

La principale mesure de la session fut l'acte d'amendement seigneurial de 1859, présenté par M. Cartier. Il avait pour objet le rachat définitif de tous les droits seigneuriaux, à parties cens et rentes. Le fonds créé par la loi seigneuriale de 1854 n'avait pas été suffisant pour racheter les lods et ventes, la banalité et les autres droits casuels à la charge des censitaires. Ce fonds se trouvait réduit de ce400,000 à «£300,000 ; la commission seigneuriale avait coûté iî50,000, et le capital avait été entamé pour payer les rentes annuelles dues aux seigneurs. Il fallait une nouvelle appropriation de €400,000 à i:500,0Q0. Le projet de loi permettait de prendre cette somme sur le fonds consolidé d'emprunt municipal, sans que le censitaire eût à payer aucun intérêt. Il pourvoyait à ce qu'une somme égale à celle payable annuellement aux seigneurs en vertu de cet acte, fût accordée au Haut-Canada, et jwrtée au crédit du fonds d'emprunt municipal. Une somme proportionnelle fut aussi alloué à la population des Cantons (le l'Est. La mesure permettait aux seigneurs, s'ils le désiraient, de retirer le capital en sacrifiant vingt-cinq par cent. Elle l>ourvoyait encore à Tabolition de la tenure sei-

( I ) D^^iû directi'. Dette indircttc.

Canaux $17,000,000 Chemins de fer. .. .$20,300,000

Kav. et phares. . . . 2,800,000 Emprunt mun ici- Chemins 1,600,000 p.!! 9,057,000

Autres travaux ... . 3, 300; 000 Divers 1,770,000

gneuriale dans les seigneuries de Saint-Sulpice, du lac des Deux-Montagnes et de Montréal, qui avaient été exemptées par l'acte de 1854, parce qu'elles avaient déjà des lois particulières de commutation (i).

Le premier ministre, M. Cartier, développa, dans un savant discours, les princii)aux points de la mesure. Il prévoyait l'agitation qu'elle occasionnerait parmi la population du Haut -Canada: ** Il y aura, dit-il, un grand cri soulevé dans le Haut-Canada, sous prétexte que la législature vote une somme considérable au Bas - Canada d'après la volonté des membres de cette section de la province. Mais l'acte de 1854 a promis ce secours. En éteignant les droits féodaux, il est juste, cei>endant, d'ofl'rir une compensation au Haut-Canada et aux Cantons de l'Est; et c'est ce que le gouvernement propose. I^s municipalités prudentes, qui ne se sont pas endettées, doivent avoir part dans l'arrangement et un équivalent doit leur être donné. Le Bas-Canada, d'ailleurs, s'est montré vol on tiers libéral lors du vote sur la mesure de la sécularisation des biens du clergé, qui a été surtout favorable au Haut- Canada.

" En face des charges que les emprunts des municipalités du Haut-Canada ont imposées à la province, je ne pourrais comprendre, continuat-il, la résistance de cette section de la province à la mesure actuelle. La charge que l'extinction des droits casuels fera peser sur la province sera à peu près de $104,000 par an, tandis que le

(l) Il rotait encore les liefs de rellevue, de Saint -Augustin, de rHôtcl-Dîeu, etc., du discrict de Montréal, dont r.ilx)lition des droits ne fut consommée qu'en iS6o, par un acte spécial.

1859] SIR EDMUND IIEAD. 36t

Haut-Canada est arriéré dans Tafiaire de l'emprunt municipal de $1,300,000. Les municipalités endettées représentent un tiers de la population du Haut-Canada, et la dépense annuelle du trésor pour cet objet est de $116,000 annuellement, c'est-à-dire qu'elle est supérieure aux sacrifices demandés aujourd'hui pour le rachat des droits casuels. Le Bas-Canada a préféré se priver des avantages de l'emprunt municipal, plutôt que de s'exposer à ne pas payer à Téchéance. Les municipalités n'ont emprunté que $2,000,000, de sorte qu'il reste $4,000,000 réduit cependant à $2,000,000 par la mesure actuelle. En piésence de ces faits, au lieu de chercher à prémunir le Haut-Canada contre ce paiement, on devrait reconnaître la libéralité du Bas-Canada qui consent à se priver d'un emprunt de $2,000,000. " Tous les députés du Bas-Canada, à l'exception de Somerville, approuvèrent la loi ministérielle ; les libéraux comme les conservateurs unirent leurs efforts pour soutenir une mesure qui faisait disparaître de la législation les dernières trat^es de la tenure seigneuriale. Seulement, M. Dorion s'opposa aux clauses qui se rapportaient aux seigneuries possédées par les Sulpiciens ; il était d'avis, que la législation faite par le conseil spécial, en 1840, était sufiisante. Mais tous les députés du parti cleargrit et les quelques autres membres de l'opposition firent une guerre acharnée à la mesure ministérielle. Ils crièrent à l'injustice, avançant faussement que le Haut- Canada était pillé par le Bas-Canada, et que le projet de loi ferait peser sur la province une charge énorme. M. McDougall déclara que si cette loi était adoptée, il serait du devoir du Haut-

Canada d'agiter partout le rappel de TUnion. M. Brown, mécontent de ce qu'on l'eût éliminé du comité des comptes publics, recommença, dans la chambre et dans son organe le Globe, une lutte acharnée contre le Bas-Canada, menaçant de sa parole ardente, les hommes du ï)ouvoir dç soulever un mouvement populaire i>our les renverser.

Ces tentatives d'exciter l'opinion publique contre une mesure si juste, était peu généreuse. Ces membres connaissaient parfaitement bien, que le Haut-Canada avait été plus favorisé que l'autre province par les allocations publiques et par l'emprunt municipal, que le Bas-L'anada renonçait à son droit d'emprunt sur $2,000,000 et consentait à appliquer la balance au rachat des droits seigneuriaux. Mais lorsqu'il s'agissait de rendre justice au Bas-Canada, on était toujours certain de voir une majorité du Haut-Canada s'y opposer par fanatisme. On en a vu une preuve lorsque, lors de la discussion de l'adresse, ces mêmes hommes s'étaient opposés à la translation du siège du gouvernement à Québec.

Les chefs de ce parti, MM. Brown, .T.-S. McDonald, Connor, Mowat et Foley, qui s'oi^posèrent si ardemment à la mesure, s'étaient cependant engagés, en montant au pouvoir, de régler la question du rachat des droits seigneuriaux. Il est vrai qu'ils ne s'étaient pas entendus sur les détails. Les députés conservateurs se servirent de cette occasion pour connaître la manière que les libéraux entendaient régler l'affaire, et pressèrent M. Brown et ses collègues de s'expliquer. Cette demande donna lieu à des débats animés entre les libéraux du Haut et ceux du Bas- Canada.

1859] SÎU EDMUND IIEAD. 369

M. lîrown détlara s'être entendu avec M. Dorion pour 1(î niehat des droits seigneuriaux, au moyeu d'un fonds local pris dans le Bas-Canada ; il nia que le ministère eût Tintention de le faire avec les deniers publics. Dans cette position critique, M. Dorion Le donna que des explications éVïïSiives. De son (ôtt\ M. Laberi^e affirma qu'il avait été exprcssénïent entendu que Ton achèterait les droits casuels avec les fonds publics. MM. Drummond et ïliibaudeau confirmèrent cette assertion ; et à la session de 18G0, M. Jolm-S. McDonald en fit autant, et défia toute personne de le contredire. M. Brown resta seul à maintenir sa déclaration.

Les révélations de M. Laberge causèrent une scission entre les cleancrits et les libéraux du Bas- Canada. Ces derniers s'assemblèrent, et prièrent M. Drummond de i^orter à M. Brown l'expression de leur mécontentement au sujet de sa conduite, et de rompre tout lien politique avec lui. Il s'en suivit entre MM. Laberge, Brown et Drummond une correspondance animée qui fit assez de bruit. Cette mésintelligence entre les membres de l'opposition i)rofita au ministère et le rendit plus populaire.

Ai)rès les nombreux efforts de l'oiiposition pour amender la mesure, et des débats sans fin (une seule séance dura trente-neuf heures), le projet ministériel passa à une forte majorité (66-28). Ce succès était dû à la libéralité des conservateurs, dont les idées contrastaient singulièrement avec celle des cleargrits, et surtout à l'énergie et à l'habileté que M. Cartier déploya, pour obtenir Tadhésion de ses collègues du Haut-Canada.

Après une longue discussion, le conseil légis-

latif adopta également le j)rojet de loi a sa deuxième lecture, sur une division de vingt-cinq contre quinze. M. Dessaulles, tout en votant pour la mesure, censura d'une manière habile mais violente, toute la législation déjà faite sur la tenure seigneuriale et la présente mesure ; il les considérait injustes envers les seigneurs ; on traitait ces derniers comme une classe d'individus qui ne devaient attendre aucune justice de la législature. M. Dessaulles reçut une chaleureuse réponse de M. Yankougnet. MM. Campbell et Alexander parlèrent et votèrent contre la mesure, tandis que M. Koss et Sir Etienne Taché la défendirent fortement.

La législature diminua de $100,000 à $50,000 l'allocation annuelle accordée aux chemins de colonisation. Elle destina $20,000 aux chemins de poste et $63,000 aux canaux et aux phares. Un item de $466,000 pour les dépenses imprévues faites en 1858, fut voté malgré l'opposition. M. Brown proposa un amendement par lequel il censurait le gouvernement d'avoir dépensé cette somme sans la sanction du parlement, sur la simple responsabilité de l'exécutif. M. Brown ne fut supporté que par le tiers des députés.

Lorsque les subsides furent proposées, M. John- S. McDonald proposa aussi un vote de censure contre l'administration, j^arce qu'elle ne possédait pas la confiance de la majorité des membres Haut-Canadiens. Le ministère fut encore supporté par presque les deux tiers des représentants.

Le conseil législatif refusa d'abord de voter le projet de loi des subsides, sur une division de vingt-trois contre vingt. Lors de la discussion de

Tadresse, la iniijorité du conseil législatif s'était prononcée contre la translation du siège du gouvernement à Québec, en attendant Térection des M tisses du parlement à Outaouais. Nous avons vu que lo gouvernement était bien décidé à se rendre à Québi^c, et que la chambre d'assemblée l'avait ai)prouvé dans cet acte, mais le budjet ne contenait pas d'allocation destinée à rencontrer les dépenses que nécessiterait la translation de la capitale. I^rsqniî le projet des subsides fut soumis à la considération du conseil, la majorité, sur la proposition de M. Elaquière, vota un amendement, qui déclarait que le conseil ne prendrait pas le budjet en considération, tant que le gouvernement n'aui lit pas fait connaître sa volonté au sujet de la cj^pitale.

M. de Blaquière dit que le Bas-Canada n'avait pas droit de réclamer une dépense inutile pour avoir temporairement à Québec le siège du gouvernement. Il était contraire au principe du gouvernement constitutionnel de dépenser les deniers publics sans avoir l'assentiment de la législature.

M. Allan était d'avis que la translation de la capitale à Québec serait une dépense inutile, et que le gouvernement manquait d« respect envers le conseil législatif en ne le consultant pas. MM. Dessaulles, Kierskowski, etc., se joignirent à M. De Blaquière, et votèrent dans un sens contraire aux intérêts du Bas-Canada.

Sir Etienne Taché, MM. Tessier et Vankoughnet parlèrent contre l'amendement, et défendirent la conduite du cabinet. M. Vankoughnet insista sur l'engagement pris d'aller à Québec ; si le conseil refusait les subsides, il ferait un tort

considérable aux intérêts publics. La constitution cependant ne lui permettait pas d'amender la loi des subsides ; il pouvait les rejeter, s'ils contenaient des allocations qu'il n'approuvait pas. Mais l'article auquel la chambre s'opposait ne figurait pas dans le budget ; on n'était pas justifiable de rejeter ce dernier.

La conduite des conseillers législatifs causa une grande excitation, et la presse ministérielle fut très-sévère à leur égard. Leur triomphe fut de courte durée : plusieurs conseillers partisans du ministère arrivèrent, et le conseil^ revenant sur sa décision, adopta le projet des subsides à une majorité de quatre voix.

Un projet de loi permettant à John McLean de rompre les liens du mariage, fut passé par une faible majorité. Ce projet, réservé à la sanction de la reine, donna occasion aux députés catholiques de protester contre la loi inique du divorce.

La majorité des représentants refusa d'accorder un acte d'incorporation à V Ordre des Bons Templiers, sorte de société secrète ; et à une autre mesure de M. Gowan, dont l'objet était d'assujetir les institutions à une surveillance inusitée.

La chambre rejeta également des amendements, proposés par M. Brown, à certains projets de loi relatifs à l'incorporation des sociétés de bienfaisance et d'éducation. Ces amendements dirigés contre les catholiques, annulaient tout legs fait à ces institutions dans les six mois qui précédaient la mort du testateur ; ils furent approuvés par les deargrits et les jiro testants aveuglés, et même par quelques catholiques, MM. Dorion et John-S. McDonald entre autres.

Pendant cette session, La Banque Nationale

reçut son acte d'incorporation. En 1861, fut fondée à Montréal, Lm Banque Jacques-Cartier, Ces deux institutions, établies par des Canadiens- Français, sont devenues très-prospères ; elles donnent une preuve des aptitudes que la population française a pour le commerce et les finances. Nous prenons occasion de dire ici quelques mots sur ce sujet.

Si jusqu'à une époque assez près de nous, il a été peu possible aux Canadiens de prendre part au haut commerce et de développer les industries, c'est parce que les capitaux et l'instruction leur manquaient.' On sait qu'à la conquête, les nobles, les capitalistes, les marchands et les lettrés passèrent en France, et laissèrent les 00,000 Canadiens presque sans ressources, et dans une position très-critique. Pendant de longues années, ceux-ci restèrent naturellement stationnaires ; leurs progrès dans l'instruction, dans l'industrie et l'agriculture furent peu sensibles ; leurs efforts s'étaient d'abord portés à combattre pour la conquête des libertés politiques. Pendant ce temps, le commerce et l'industrie passèrent entre les mains de la population anglaise. Comme les Canadiens ne connaissaient pas la langue anglaise, qu'ils n'avaient pas de relations avec les marchands d'Angleterre, ni crédit auprès d'eux, ils ne purent entrer dans le nouveau mouvement commercial. Mais avec le temps, les capitaux se formèrent, l'éducation dans les deux langues se répandit dans les villes, et peu à peu, les Canadiens entrèrent en concurrence avec leurs concitoyens anglais, en dépit même du peu de faveur qu'ils reçurent des anciennes banques.

C'est alors que la concession du gouveruement constitutionnel permit à la population française de prendre part à Tadministration des affaires publiques, et d'exercer ses droits de contrôle sur les finances. Les bienfaits du nouveau système de gouvernement se firent bientôt sentir ; l'instruction, favorisée par le pouvoir, se répandit parmi le peuple ; le commerce et les industries, grâce aux grandes entreprises nationales, augmentèrent dans une étonnante progression. Les Canadiens prirent alors une part de plus en plus grande dans le haut commerce, monopolisé autrefois par les Anglais. Plusieurs grandes maisons se formèrent, parmi lesquelles on remarque celles de MM. Austin Ouvillier, de MM. Masson et Langevin, (aujourd'hui Thibaud^au, Thomas & Oie.,) de MM. Ephrem et Victor Hudon, de MM. Boisseau, Têtu, Hamel, etc.

Les Canadiens comptent aujourd'hui dans les différentes branches de commjrce un certain nombre de grands établissements qui ne le cèdent en rien aux premières maisons anglaises. Ils ont fondé les banques Nationale et Jacques-Cartier mentionnées plus haut, des caises d'économies, des compagnies d'assurance. Ils possèdent encore des chantiers de construction, des fonderies, des tanneries, et d'autres manufactures de toutes sortes. Ils ont établi entre Montréal et Québec une des plus belles lignes de bateaux à vapeur de l'Amérique, celle de la compagnie du Kichelieu, fondée en 1845. Ce ne fut donc pas, comme on l'a souvent répété, l'inaptitude pour les affaires, mais plutôt des circonstances incontrôlables, qui empêchèrent si longtemps les Canadiens-Français d'entrer dans le mouvement du haut commerce.

Les actes législatifs importants de la session de 1859, sont réellement peu nombreux. Ceux qui fixent le plus l'attention, sont le tarif, la réorganisation du département des travaux publics et l'abolition définitive de la tenure seigneuriale. Cette dernière loi éclipsait toutes les autres par son importance et par ses heureux résultats ; elle était le complément de Tacte seigneurial de 1854.

Après la session, les libéraux dn Haut-Canada s'organisèrent à la voix de leur chef, M. Brown, pour demander des changements constitutionnels. Cet homme puissant par son journal, par son habileté et son expérience, soulevait ses concitoyens en faveur de ses doctrines. Il maintenait que la constitution de 1840 n'avait pas atteint son but, qui était l'anéantissement des Canadiens d'origine française ; au contraire, elle avait servi à rehausser leur influence, car le Bas- Canada faisait la loi à la province supérieure. Il prétendait encore que le Bas-Canada, avec une population de quatre cent mille âmes de moins que celle du Haut-Canada, avait une représeutation égale, qu'il ne fournissait que le tiers du revenu provincial, et recevait cependant la plus grande partie des allocations et des octrois publics. Il criait enfin à la corruption ministérielle, au gaspillage, à la banqueroute inévitable. Le cri de ce triDun ambitieux devint le mot de ralliement des masses et envahit une partie du Haut- Canada.

Préparés par cette croisade, les cleargriis se réunirent plusieurs fois en convention, i)our traiter des affaires politiques. Plusieurs députés marquants, au nombre desquels étaient MM.

S16 SIR EDMUNB HEAB. [1859

Brown, Malcolm Cameron, McDougall et Adam Fergusson, y prirent part. Dans la dernière réunion, il y avait vingt-deux députés et cinq cent soixante citoyens, qni étaient les délégués de la grande partie des comtés. C'est l'assemblée politique le plus nombreuse qui ait jamais été tenue dans le Haut-Canada.

La convention de Toronto se prononça pour une division du Canada en deux ou plusieurs provinces, avec des législatures locales et l'établissement d'une autorité centrale chargée d'administrer les affaires d'un intérêt général. Jjîs deux principales résolutions étaient ainsi conçues :

** Que dans l'opinion de cette assemblée, le remède le plus praticable aux maux actuels du gouvernement du Canada se trouve dans la création de deux ou plusieurs gouvernements locaux, ayant le contrôle de toutes les matières d'un caractère local et sectionnaire, et d'un gouvernement général qui dirigerait toutes les matières nécessairement communes aux deux provinces.

" Que, bien que les détails des changements proposés dans la dernière résolution, soient nécessairement le sujet d'arrangements futurs, cependant cette assemblée croit qu'il est de son devoir de déclarer qu'aucun gouvernement général no satisferait le peuple du Haut-Canada, s'il n'avait pour base la représentation appuyée sur le nombre. "

Malgré que la convention fut nombreuse et composée d'hommes respectables, le projet adopté n'eut qu'un faible retentissement en dehors de l'assemblée. En outre plusieurs membres

influents de l'opposition, MM. John-S. McDonald et Buchanan entre autres, désapprouvèrent les plans de M. Brown, et restèrent complètement en dehors du grand mouvement qu'on' voulait créer. Ils niaient la nécessité d'un changement de constitution ; ils désiraient modifier la politique des libéraux de manière à se concilier le parti canadien-français, et monter avec lui au pouvoir. Cette différence d'opinion scindait l'opposition en deux partis distincts.

Un petit nombre de libéraux de Montréal suivirent l'exemple des cleargrits, et se plurent à favoriser le plan par lequel M. Brown voulait dominer le Bas-Canada. Ils se réunirent à Montréal, nommèrent un comité composé de MM. A.-A. Dorion, Drummond, McG-ee et Dessaulles, et les diargèrent de faire un rapport. Ceux-ci, après avoir exposé la gravité de la situation, conclurent à l'établissement d'une union fédérale des deux provinces, ou à la subdivision des deux Canadas en trois i)rovinces. Plusieurs membres de l'opposition, entre autres MM. Laberge et Lemieux qui venaient de rompre avec M. Brown, s'abstinrent d'assister à la réuion de Montréal.

Le plan des libéraux ne sourit pas aux Bas- Canadiens ; toute la presse, à l'exception du Pays, le repoussa. On refusait toute alliance avec M. Brown. En résumé, les Canadiens des deux provinces montrèrent peu d'empressement pour le projet des libéraux, qui tomba comme ceux de la Ligote britannique et du parti annexionniste.

Sorti triomphant de cette nouvelle impasse, le ministère Cartier-McDonald, qui possédait le pouvoir depuis le mois d'août 1858, continua sa marche avec tranquillité et assurance. M. Galt se rendit en Angleterre avec la mission officielle

3Y8 SIB EDMUND HEAD. [1859

de régler les finances de la province, et de conclure un nouvel emprunt de «£2,800,000, afin de faire face aux dépenses et racheter certaines dettes. Il publia sa brochure intitulée : " Le Canada de 1840 d 1859," dans laquelle il fit l'histoire du progrès du Canada, démontra les ressources et la prospérité de la province. Sa mission eut un plein succès; on lui offrit un emprunt bien plus considérable que celui qu'il demandait.

M. Sidney Smith, maître-général des postes, visita aussi l'Europe, et y créa de nouveaux arrangements avec diverses puissances, pour le transport des malles européennes par la ligne des vapeurs canadiens. Sa mission fut aussi heureuse ; lord Elgin, qui était à la tête du bureau des listes en Angleterre, contribua à ce résultat.

Deux nouveaux membres furent adjoints au cabinet ; MM. L.-S. Morin, nommé solliciteurgénéral du Bas-Canada, au mois de janvier 1860, et M, J.-C. Morrison, placé au même poste pour le Haut-Canada, au mois de février suivant (i).

(l) Le ministère Cartier- McDonald se trouva alors composé des membres suivants :

Bas-Canada.

Hon. MM. G. E. Cartier, ler ministre, proc-gén., B. C, " N.-F. Belleau, président du conseil législatif,

" A. -T. Galt, ministre des finances,

John Rose, commissaire des travaux publics, Cliarles Alleyn, secrétaire provincial, L.-.S. Morin, solliciteur-général, B. C.

IIaut-Canada.

lion. MM. John- A. Macdonald, procureur-général, II. C, P. -M . Vankoughnet, ministre des terres, S. Smith, maître-général des postes, John Ross, président du conseil exécutif, etc., George Sherwood, receveur-général, J.-C. Morrison, solliciteur-général, H. C.

Entré jeune dans la politique, M. Morin avait bientôt conquis parmi les députés la réputation d'homme de talent et d'orateur distingué. M. Morrison était un des membres les plus marquants du Haut-Canada ; il avait déjà été solliciteur-général et receveur-général sous les administrations précédentes. Malheureusement, il avait éprouvé une défaite aux élections générales, et le même sort l'attendait dans le comté de Grey, où il se présenta plus tard.

La législature fut convoquée, le 28 février 1860, à Québec, qui devenait capitale ix)ur la deuxième fois (i). Le siège du gouvernement resta dans cette ville jusqu'en 1866, époque où il fut transporté à Outaouais.

Sir Edmund Head ouvrit la session par un discours dans lequel il annonça officiellement la visite prochaine du Prince de Galles, le succès obtenu en Angleterre par le ministre des finances et par le maître-général des postes. Il recommanda ensuite à l'attention des membres la refonte des lois municipales du Bas-Canada, l'amendement des lois concernant le débiteur et le créancier, et la régi»^ des terres de la couronne.

L'adresse en réponse au discours du trône fut proposée, dans la chambre d'assemblée, par M. Uésaulniers et secondée par M. Simpson. Elle

(i) Le gouvernement avait fait construire, pour l'usage dos chambres, sur l'emplacement de l'ancien édifice du parlement, une nouvelle bâtisse, que l'on destinait à servir plus tard de bureau de poste. Il avait employé à cet effet une somme de $6o,ooo, votée quelques années auparavant pour la construction d'un bureau de poste. Cet édifice n a jamais servi à cet objet. Depuis la confédération, il est à l'usage de la législature de (Québec. En 187 1, on a bâti un magnifique bureau de poste destiné à remplacer celui dont nous venons de parler.

fut votée dans une seule séance, sans qu'il y eût aucune division. Le conseil législatif, sur motion de MM. Boulton et LaTerrière, passa l'adresse également sans discussion. Les chambres procédèrent immédiatement à l'expédition des affaires.

Toutes les mesures annoncées dans le discours du trône furent adoptées. On remarque d'abord l'acte qui établit une ligne de séparation entre le Haut et le Bas-Canada ; celui des municipalités de cette dernière province. Cette dernière loi remplaçaient les actes des municipalitéss et des chemins de 1855, et fut passée sans opposition. Cette loi, qui était l'œuvre de M. Cartier, avait coûté à son auteur ainsi qu'à la législature beaucoup de soin et de travail. Ensuite vient la loi préparéo par M. Vankoughnet, concernant la vente et l'administration des terres publiques. Elle avait pour but principal d'augmenter les pDuvoirs du commissaire des terres, de lui permettre de régler toutes les questions de litige, qui étaient auparavant soumises au conseil exécutif.

L'acte relatif aux Statuts Refondus du Bas- Canada reçut la sanction royale pendant cette session, et fut mis en force en janvier 1861 («). Il complétait la grande œuvre entreprise par le gouvernement et les cominissaires nommés i)our la révision des lois du Canada. Les Statuts Refondus du Canada et ceux du Haut-Canada avaient été sanctionnés à la session de 1869. La refonte de nos lois a procuré à la iwpulatîon un

(l) Les membres de la commission nommée en 1856 pour la revision des statuts du Bas-Canada étaient : MM. A. Polette, G.- W. Wickstcad, A Stuart, T.-J.-J. Loranger, G. de Boucherville et K. McKay.

1860] SIR EDMUNB HEAB. 381

servico important et un immense avantage. Une autr^ loi autorisait les membres du conseil législatif à élire leur président.

Un projet de loi, préparé par M. Cartier, concernait les bureaux d'enregistrement et les privilèges et hypothèques dans le Bas-Canada. Il reçut d'abord une grande opposition, surtout du côté des libéraux ; mais il fut reconnu bon plus tard, lorsque le gouvernement promulgua en 1862, le tarif des honoraires, que devaient recevoir les régîstrateurs. La réduction des frais d'enregistrement fit disparaître une grande partie du mécontentement.

Une autre mesure de M. Cartier amendait les actes de l'administration de la justice dans le Bas-Canada, apportait des changements dans les clauses concernant Vhabeas corjms, et rejetait les dépenses des jurés et autres sur les fonds locaux (i). Les libéraux présentèrent plusieurs amendements à cette loi. M. Dorion proposa sans succès que la cour du banc de la reine n'accordât plus de permission d'appeler de ses décisions au conseil privé en Angleterre.

L'acte de la représentation fut amendé on ce qui concernait les villes de Québec, de Montréal et de Toronto. Les deux premières furent séparées en trois divisions électorales, et Toronto en deux. Ces changemimts furent bien accueillis, à l'exception de la subdivision de Montréal contre laquelle quelques membres s'opposèi*ent.

(I) En 1859, M. W.-C. Meredith fut fait juge de la cour d'apptl, et MM. Andrew Stuart, Aimé l^aFontaine, J.-A. Hiiiihelot et J.- G. Thompson, juges de la cour supérieure du lUs-Canada. En 1860, M»VI. Antoine Polette cl J.-T. Taschereau, fuient nommés juges puisnés de la cour supérieure, et M. Jacques Crémazie, recordzr de Québec.

Doux raosuios commeroiaL^s, présentées par M. Galt, reçurent Tapprobation générale des anembres. L'une établissait des ports d'entrée libre à G-aspé et à Sainte-Marie. Par ce dernier port, on voulait faciliter l'exploitation des mines du lac Supérieur, et attirer le commerce de la Ilivière-Rouîj^e vers le Canada ; par celui de Claspc, on voulait faciliter l'exploitation des pêcheries et faire de ce port un grand centre de commerce. Ces ports libres ne produisirent pas de bons résultats, et furent supprimés en septembre 1866.

Le deuxième acte réduisait les droits sur les vins de trente à vingt pour cent, ceux de Teaude-vie de cent à trente pour cent. Le gouvernement voulait par là favoriser les relations commerciales avec la France, et obtenir d'elle eu retour une reVluction sur les bois, les vaisseaux et les autres i)roduits canadiens. C'est ce qui eut lieu en effet. Le gouvernement français diminua son tarif de manière que les produits canadiens fussent admis en franchise ou avec des droits peu élevés. Les relations commerciales entre les deux pays augmentèrent. Depuis 1862, on a construit chaque année des vaisseaux pour le compte des armateurs français et expédié plusieurs cargaisons de bois dans les ports de la France. D'un autre côté, il nous est venu chaque année des ports français quelques navires chargés d'eau-de-vie, de vins, etc. Ce résultat était dû aux efforts de M. le Baron Grauldrée Boileau, consul français.

La législature passa encore un acte qui confirmait les arrangements faits par M. G-alt en Angleterre, relatifs au fonds d'amortissement pour le

rachat de l'emprunt garanti par lo gouvernement impérial.

X>e8 subsides furent le sujet de longues discussions, et furent fortement censurés par les libéraux. M. Brown proposa son amendement habituel, par lequel il blâmait le gouvernement d'avoir, sur sa seule responsabilité, dépensé plusieurs centaines de mille piastres. Il voulut encore faire censurer Tachât fait par le gouvernement des bateaux à vapeur de M. Baby, au prix de $225,000, et condamner l'intention d'employer ces bateaux aux frais de la province. Il s'opposa également aux subsides accordés aux institutions religieuses. Ces diverses motions furent re jetées par une grande majorité. M. Piché proposa d'interrompre les travaux des édifices publics à Outaouais, jusqu a la fin des prochaines élections générales, vu que le peuple devait se prononcer alors sur la confédération des provinces. Cet amendement fut également repoussé. Parmi les diverses allocations, on remarque un item de $411,000 pour les canaux, les phares et autres travaux sur le Saint-Laurent. La chambre d'assemblée pria le gouverneur de pourvoir aux dépenses nécessaires à la réception du Prince de Galles.

Le subside annuel accordé à la compagnie des vapeurs océaniques de Montréal, fut porté de $216,000 à $416,000. En 1863, il fut diminué à l'ancien taux. Cette compagnie venait d'éprouver des pertes considérables par le naufrage de plusieurs de ses vapeurs ; et comme elle avait fait de grands sacrifices pour établir une ligne si utile au commerce, on trouva juste de la rénumérer de ses i)ertes. On pourvut, par la même

loi, à rexteusion de la ligne télégraphique de la Pointe-aux-Pèrcs au Détroit de BoUe-Isle. La compagnie de MM. AUan, Rae & Cie a augmenté p3U à peu le nombre de ses vaisseaux, qui se compose aujourd'hui de vingt-deux splendides vapeurs. C'est certainement une des lignes les plus belles et les plus prospères du monde entier.

Plusieurs autres lignes de vapeurs océaniques ont été établies : Dominion^ Borrow Inferness^Beaver et London Temperlays, Cette dernière existe depuis plusieurs années, mais les trois autres n'ont commencé qu'au printemps de 1872. On peut dire que le Canada n'a rien à envier aux autres pays quant à la facilité des communications avec l'Europe. Il en est de même des communications intérieures. Plusieurs lignes magnifiques relient entre eux les principaux centres commerciaux de la Puissance. Nous mentionnons entre autres des Compagnies du Richelieu et des Vapeurs du Golfe,, qui sont des plus florissantes (i).

Le gouvernement se décida à abolir les péages sur les canaux canadiens, sous certaines conditions ; un ordre du conseil exécutif, en date du

(i) Ce fut en 1845, ^1"'"" compatriote entreprenant, M. Sinccnnes, conçut l'idée première de la Comfuigniedu Rklulieu, Elle fut formée jar les habitants échelonnés sur la rivière Chambly, et con truîsit un premier bateau à vapeur, qui fit le trajet de cette rivière à Montréal, et peu après un deuxième appelé jfiuqiuS'Cartier . La cuml).ignie reçut un jjrand encouragement et progressa l>eaucoup. En 1S56, elle mit à flot les vapeurs Victoria et A^apalthn, et commença le service régulier entre Québec et Montréal . Trois magnifiques vapeurs appelés Qm^ùcc, Montréal et Canada^ font aujourd'hui le trajet entre les deux villes. {La Patrie de 1857.)

La Compagnie des Vapeurs de Québec et des Ports du Golfe possède actuellement les va|>eurs suivants : Secret^ Miramichi, Geor^a, Alhambra et Pictou. Ces vapeurs^visitcnt les ports de la Nouvelle- Ecosse, du Nouveau- Brunswick, des isles du Prince- Edouard et de l'erreneuve .

20 mai 1860, sortit dans ce but. Cette mesure u*eut pas l'effet d'attirer, autant que l'on s'y attendait, le commerce américain par la route du Saint-Laurent. Les libéraux s'y opposèrent, et rétablirent les droits, lorsqu'ils montèrent au pouvoir quelques années plus tard.

Plusieurs autres lois, non présentées par le ministère, furent encore adoptées. L'une d'elles, préparée par M. Gowan, avait pour but d'empêcher les fraudes électorales ; une autre, présentée au conseil par Sir Etienne Taché, et par M. Cauchon à l'assemblée législative, incorparait les pilotes du Saint-Laurent, en bas de Québec.

Parmi les autres projets de loi soumis à la discussion des représentants, se trouve celui de M. Sicotte, qui donnait des moyens plus expéditifs de décider les élections contestées, en laissant cette décision aux tribunaux judiciaires ; un deuxième projet, présenté par M. Scott, d'Outaouais, amendait l'acte des écoles séparées du Haut-Canada ; un troisième, rédigé par M. Cauchon, fixait le taux de l'intérêt ; un quatrième abolissait la qualification exigée des membres de l'assemblée législative. Ces divers projets de loi furent abandonnés après de longues discussions. Au conseil législatif, M. Tessier soumit aussi une mesure destinée à activer le projet du chemin de fer intercolonial.

La question de la représentation fut encore discutée. M. Wallbridge proposa qu'elle fût repartie d'après le chiffre de la population. M. Dorion proposa un amendement par lequel il répudiait ce principe, tant que l'Union subsisterait. Il protesta contre l'accusation portée contre lui par ses adversaires, savoir qu'il était en

faveur de la représentation en rapport avec le chiffre des habitants. Il n'y eut pas de vote sur la question.

Nous avons vu que les libéraux avaient attaqué plusieurs des mesures ministérielles, ainsi que quelques articles du budget, et que tous avaient été résolus en faveur du cabinet à de grandes majorités. Ils firent une attaque directe contre le ministère par un vote de nonconfiance, proposé par M. Foley. On prétendait que oe ministère ne possédait pas la confiance de la majorité des députés Haut-Canadiens, et qu'il nommait aux emplois publics, contrairement aux vœux de cette majorité. M. Foley accompagna sa motion d'un discours modéré, et plaida sa cause d'une manière très-habile. M. Sidney Smith répondit à M. Foley, lui demanda quel remède il désirait porter à l'état des choses, fuis il accusa le ministère Brown-Dorion d'avoir tenté de gouverner la i>rovince, lorsqu'il était en minorité dans le Bas-Canada.

M. Ouimet proposa en amendement à la motion de censure de M. Foley, une motion directe de confiance dans l'administration. Il prononça à ce sujet un éloquent discours. On se plaignait, disait-il, de ce que la majorité du Bas-Canada soutenait un gouvernement qui n'avait pas la confiance du Haut-Canada. Pourquoi cette majorité abandonnerait-elle sa position avantageuse ? Quelle garantie aurait-elle que justice lui serait rendue par ropposition,si elle venait au pouvoir, lorsque les chefs de cette opposition étaient reconnus pour être hostiles au principe de la double majorité ?

M. Laberge proposa un sous-amendement, par

1860] SIR EDMTJND HEAD. 387

lequel il déclarait " que la conduite de Tadministration, en gouvernant continuellement et systématiquement une section de la province en opposition aux vœux de cette section, mettait en grand danger le bien-être de la province."

M. John-S. McDonald avoua que l'administration Brown-Dorion ne serait pas restée au pouvoir à moins de posséder la confiance des deux provinces. M. Dorion déclara également avoir dit à M. Brown, lors de la formation de ce ministère, qu'il donnerait sa démission s'il ne commandait pas une majorité dans le Bas-Canada. M. John-A. McDonald reprocha aux libéraux du Haut-Canada leur conduite agressive et intér.^ssée, et la fit contraster avec la modération des députés du Bas-Canada. Il les ridiculisa sur l'insuccès de la convention de Toronto.

M. John-H. Cameron se rallia au ministère et lui accorda sa confiance. M. Langevin expliqua sa conduite politique, et vota aussi en faveur du cabinet, bien qu'il n'approuvât pas tous ses actes. M. Loranger suivit le même exemple. Ces députés abandonnèrent les animosités politiques et se rallièrent au ministère Cartier, plutôt que de donner les rênes dn pouvoir à M. Brown, et de lui permettre de donner effet à ses doctrines injustes. M. Cauchon avait aussi abandonîié l'opposition depuis que M. Brown avait déclaré que son programme consacrait le principe de l'inégalité représentative.

L'amendement de M. Ouimet fut adopté sur une division de soixante-dix contre quarantequatre. Celui de M. Laberge ne réunit que quarante-quatre députés.

M. Brown tenta de faire triompher les chan-

S88 SIR EDMTJNB HEÀD. [1860

gements constitutionnels, qui avaient été adoptés, en 1859, par la convention des rïearf^ts, à Toronto. Il soumit à la considération des dé{)utés les résolutions suivantes, qu'un grand nombre de Haut-Canadiens avaient approuvées dans de nombreuses pétitions :

" Que l'union législative existante du Haut et du Bas-Canada n'a aucunement réalisé l'attente de ceux qui en ont été la cause ; qu'elle a eu pour résultat d'endetter considérablement le pays, d'augmenter les taxes, a été suivie de grands abus politiques et du mécontentement de tous les partis, et que cette assemblée est fermement convaincue, d'après les divisions provenant des différences d'origine, des intérêts de localité et d'autres causes, que l'union dans sa forme actuelle ne peut pas exister longtemps avec avantage pour le peuple.

" Que cette chambre est d'avis que le meilleur moyen de remédier aux maux qui existent dans le gouvernement canadien, serait de former deux gouvernements locaux ou plus, auxquels serait confié le contrôle de toutes les affaires locales ou sec^onnelles, et de charger cpielque autorité collective de l'administration des affaires nécessairement communes à toutes les sections de la province. "

M. Brown, dans un long et habile discours, fît le procès de l'union ; il déclara qu'elle avait manqué son but, que tous les maux politiques dont on se plaignait découlait de la constitution, et que cet état avait été prévu par les hommes politiques de l'Angleterre. Il déroula ensuite tous les prétendus griefs dont le Haut-Canada avait eu à souflFrir sous la pression de l'autre

1860] Sm EDMUND HEAD. 389

province. Le Haut-Canada n'avait pas le nombre de •représentants auquel il avait droit, le tarif commercial qu'il subissait était injuste, les abus politiques étaient criants, etc. Si le Haut-Canada, dit-il en terminant, n'obtenait pas de changements constitutionnels, il devait alors avoir recours au parlement impérial pour les avoir.

M. Benjamin, dans un discours passionné, répondit à M. Brown, et se déclara favorable au maintien de la constitution. La population du Haut-Canada ne désirait pas de changements ; toutes les pétitions signées dans cette province ne méritaient guère qu'on s'en occupât, parce qu'elles avaient été signées à peu près sans examen.

M. McGree fit preuve d'une grande éloquence ; il se montra plutôt favorable à une confédération de toutes les provinces anglaises qu'à une simple union fédérale des deux Canadas. Il vota cependant pour le projet de M. Brown. M. Dorion donna aussi son appui au chef clearffrit, et se prononça en faveur de ses résolutions. M. John- S McDonald parla modérément contre le projet dont il s'était déjà déclaré l'adversaire, lors de la convention de Toronto. Il ne voulait plus subir le joug de M. Brown, ni porter la resi)onsabilité de ses actes.

La principale résolution, la deuxième, fut repoussée par un vote de soixante et quatorze contre trente-deux. Elle fut approuvée par vingthuit membres du Haut-Canada ; MM. Cumeron, Connor, Foley, Merritt, McDougald, Howland et Mowat étaient du nombre. Vingt-cinq votèrent le maintien de l'Union ; la majorité aurait été contre M. Brown si tous les membres eussent

été présents. MM. Dorioii, Drummond, McG-ee et D.-E. Papineau furent les seuls membres* de l'opposition du Bas-Canada qui restèrent fidèles à M. Brown, et votèrent pour son projet constitutionnel. Les Bas-Canadiens repoussèrent presque unanimement les exigences des deargrits ; se voyant appuyés par un fort parti du Haut- Canada, ils préférèrent profiter encore des avantages qu'oflrait la constitution pliatôt que d'agiter de nouveaux changements.

M. Brown éprouva donc une défaite dans ses projets. Il put voir combien il lui fallait peu compter sur les libéraux du Bas-Canada. Sa conduite lui avait aliéné la plupart de ces derniers, qui le reniaient i)our leur chef ; il n'y eut que MM. Drummond, Dorion et McG^e qui s'obstinèrent à marcher à sa suite. M. Brown fut abandonné de même de M. John-Sanfield McDonald ; en outre, plusieurs de ses partisans, MM. Foley et Connor, membres influents du Haut- Canada, laissèrent percer leur mécontentement contre lui dans leurs discours en chambre. L'influence considérable que M. Brown avait exercée depuis 1854, se mit à décroître graduellement, jusqu'à ce que ses propres électeurs refusassent de lui confier un mandat en 1861. En eff*et, cet homme était impossible comme chef politique, et tant que le parti libéral l'aurait eu pour chef, il n'aurait pu arriver au pouvoir. C'est pour s'être montré intolérant, c'est pour avoir renié ses engagements, et montré une haine implacable aux catholiques, que plusieurs de ses partisans l'abandonnèrent.

Il fallait à l'opposition, pour réussir, un chef plus modéré dans ses opinions et dans ses prin-

cipes. C'est ce qui faisait que l'a désunion régnait plus que jamais dans les rangs des libéraux, et que les chefs différaient d'opinion sur les principales questions politiques, celle de la constitution entre autres. Les uns tenaient à conserver encore M. Brown pour chef; les autres le répudiaient ouvertement on indirectement. Il n'est pas étonnant que les députés du Bas-Canada aient refusé toute alliance avec les deargrits; ceux-ci s'obstinaient pour la plupart, à garder M. Brown pour chef, et à admettre ses principes injustes. On a vvi ces mêmes hommes demander l'abolition des écoles séparées, la suppression des institutions religieuses et de bienfaisance, refuser l'incorporation des sociétés religieuses, l'abolition des derniers vestiges de la tenure seigneuriale ; tant qu'ils professeraient ces principes, ils ne pouvaient s'attendre à une alliance avec les députés du Bas-Canada. C'est pour se venger de cette résistance, que les deargrits demandaient la représentation en rapport avec la population, et refusaient les écoles séparées.

Les Bas-Canadiens se reposaient sur le concours de la population anglaise, dans le Bas- Canada, et sur (îelui de la population modérée du Haut-Canada. Ils préféraient accorder leur confiance aux chefs du parti libéral-conservateur, MM. John-A McDonald, Ross, Morrison, etc. L'alliance politique qu'ils avaient contractée avec eux, avait offert jusque là plus de garantie et de sécurité. Il suffit de comparer la conduite des deux partis pour s'en convaincre. M. John-A. McDonald et ses collègues avaient secondé M. Cartier dans l'accomplissement des grandes réformes que ce dernier avait entreprises comme

seccesseur de M. LaPontaine. Ils s'étaient montrés libéraux, sans fanatisme contre les catholiques ; ils n'avaient pas décrié, comme les cleargrits, les institutions du Bas-Canada, et il les favorisaient, au contraire, de leur concours. Ils étaient favorables au maintien de l'Union et à l'égalité représentative, et se montraient disposés à favoriser également les deux provinces. Les conservateurs étaient donc les vrais libéraux, les héritiers de la politique Baldwin et Hincks, tandis que les libéraux remplissaient le rôle des conservateurs de l'ancien régime. Il y avait encore entre les conservateurs des deux provinces plus d'union, et leurs chefs avait une politique commune dans les principales questions parlementaires.

Seulement, il était regrettable de voir M. John- A. McDonald avec une constante minorité dans sa province. Il nous semble qu'il aurait pu contracter une alliance avec quelques réformistes modérés, et obtenir par là la confiance de la majo< rite des représentants. Il se serait mis d'accord avec sa conduite de 1856, lorsqu'il avait donné sa démission, parce qu'il ne pouvait administrer les affaires avec le degré de vigueur nécessaire. M. McDonald était cependant encore le chef le plus populaire du Haut-Canada. Après la session on lui donna, dans plusieurs endroits, des dîners officiels pour approuver sa conduite politique. C'est dans une de ces démonstrations, qu'il se montra attaché à l'Union, et qu'il se déclara déterminé à maintenir les écoles séparées, conduite approuvée de ses collègues, et qui lui acquit des catholiques un surcroit de sympathies.

La visite du Prince de Gralles au Canada fait

1860] sm EDMTJND HEAÎ). S93

époque dans les annales historiques. Ce fut au mois d'août 1860, que le fils aîné de la reine Victoria arriva dans la province. L'auguste visiteur était guidé par les avis du ministre des colonies, le duc de î^ewcastle. Après avoir parcouru les provinces maritimes, le Prince Koyal entra, le 12 août, dans le bassin de Gaspé, où il fut reçu par Sir Edmund Head et les ministres cnnadiens, rendus là pour lui souhaiter la bienvenue (i). Ije 18 le Prince débarqua à Québec, où il fut accueilli avec le plus grand enthousiasme. Le maire, M. Langevin, lui lut une adresse de bienvenue. Pendant son court séjour, il y eut illumination, feux d'artifices, etc. Il tint un lever officiel, reçut plusieurs adresses, entre autre.*^ celles du conseil législatif et de l'assemblée législative, qui s'étaient réunis pour la circonstance, et créa chevaliers leurs présidents, MM. N.-F. Belleau et Henry Smith.

La population de Montréal moirtra le même enthousiasme pour le Prince Royal, qui présida, à l'inauguration du Pont Vi(^toria, le but principal de son voyage, et assista à l'exposition des industries de la province. Le Prince fit une c(mrte visite aux villes des Trois-Rivières, de Saint- Hyacinthe et de Sherbrooke, puis il se rendit à Outaouais, la nouvelle capitale, où il présida à la pose de la première jiierre des édifices du parlement. Le passage du Prince dans le Baf;-C?nada ne fut partout qu'une marche iriomphale; la

(l) I^ suite tlu Princ<' so conr.^o^ait tlu duc de Ncwcasllc, du comte »Saint-(jcrniain, tlu luvd Slalford, du major-gcncral Bruce, etc.

L*escadre royale se composait du Ifcro de 91 canons, de WXriadne et du Flying Fis A .

394 Sm EDMUND HEAD. Î1860

population raccueillit avec la plus respectueuse fidélité, lui donna des fêtes dignes d'un hôte royal.

Le Prince parti d'Outaouais rentra dans le Haut-Canada, arrêtant un instant à Brockrille avant d'aller à Kingston. Un incident regrettable l'empêcha de faire son entrée dans cette ville. La société orangiste avait résolu de sortir en corps avec ses insignes, et avait élevé des arcs de triomphe portant les emblèmes de la société. Les catholiques avaient protesté contre le projet des orangistes, et en avaient informé le duc de Newcastle. Ce dernier déclara que toute démonstration de ce genre devait être supprimée, et que si les orangistes persistaient dans leur dessein, il aviserait le Prince de changer son itinéraire. On avait pareillement refusé de recevoir une adresse des francs-maçons. Le Prince attendit une journée pour leur donner le temps de changer leur dessein. Les orangistes voulant satisfaire leurs sentiments de rancune et de vanité, refusèrent de se rendre aux désirs du duc, et imposèrent leurs caprices à la majorité des citoyens, qui désiraient accueillir le Prince et lui montrer leur loyauté. Ils firent peser sur l'administration la conduite du duc de Newcastle à leur égard. Cette malheureuse affaire souleva de nouvelles passions et créa de graves mécontentements.

La même chose se passa à Belleville, où les orangistes avaient préparé de semblables démonstrations. Le Prince continua sa route sans y débarquer, et arriva à Toronto. Les orangistes avaient promis de ne faire comme corps aucune démonstration ; quelques-uns d'entre eux insultèrent cependant le duc de Newcastle. La popu-

lation fit au Prince une brillante réception, et ces démonstrations se répétèrent à London, à Hamilton et dans les autres villes que le Prince visita. Ce dernier laissa le Canada après un séjour d'un peu plus d'un mois, et s'en retourna par les Etats-Unis qu'il parcourut incognito.

Le prince Alfred, deuxième fils de la reine, visita le Canada l'année suivante, et reçut de la population les mêmes marques d'estime et de loyauté. Il suivit le même itinéraire que celui du prince de Galles. Uti autre personnage distingué visita la même année (1860) le Canada : le prince de Joinville, descendant d'une race illustre. Ce prince, le troisième fils de Tex-roi Louis- Philippe, évita soigneusemont toute démonstration publique ; il excita cependant de vives sympathies parmi les Canadiens.

Ce fut aussi en 1860 que M. Kameau, l'auteur de Iji France aux Colonies^ voulut visiter les lieux dont il avait si bien parlé. M. Rameau allait dans son excellent ouvrage dos études consciencieuses sur les développements de la race française en Amérique, surtout sur les Canadiens et les Acadiens. Ce livre précieux, qui est répandu en France, a contribué beaucoup à faire connaître les Canadiens d'origine française.

Un autre prince français, le prince Napoléon, fils du prince Jérôme, et neveu do N'apoléon 1er, fit aussi en 1861, un voyage au»Canada, où il fut reçu partout avec le plus grand enthousiasme.

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