ADMINISTRATION DE LORD MONCK
(Suite,)
LES LIBÉRAUX AU POUVOIR, MINISTERB IfCDONALD-BICOT fE
1862-1863, et mcdonald-dorxon 1863-1864.
Avènement des libéraux au pouvoir, formation du ministère Me- Donald- Sicotte. — Son programme politique, amendement des lois de la milice et du tarif, allocations publiques. — Election de douze conseilLrs législatifs et des ministres. — Enquêtes dans les départements publics et sur les édifices parlementaires. — Organisation <les volontaires, négociations du chemin intercolonial. — Changements ministériels et autres. — Ouverture de la session de 1863.— M. Alex. Campbell, président du conseil législatif. — Débats sur l'adresse. — Loi des écoles séparées du Haut-Canada amendées. — Acte des jurés et jury, etc. — Projets ilc loi ministériels sur la milice, la banqueroute, etc., politique financière du cabinet. —Motion de non-confiance, avloptée. — Retraite des ministres du Bas-Canada. — Ministère McDonald- Dorioii. — EUections générales de 1863, le ministère en minorité dans le Bas-Canada et en majorité dans le Haut. — Ouverture de la session. — M. U.- J. Tessier, président du conseil législatif. M, Wallbridge, président de l'assemblée législative. — Discussion sur l'adresse, motion de non-confiance proposée par M. Sîcotte. — Défection de M. Sicotte, son élévation au banc judiciaire. — Lois de milice sédentaire et volontaire. — Exposé financier de M. Holton. — Votes de non-confiance. — Règlement du subside postal du Grand-Tronc et des vapeurs océaniques, et du prêt des incendiés de Québec. — Ouverture de la session de 1864. — Débats sur l'adresse. — Projets de loi présentés par le' ministère.— M. J.-Sandfield McDonald essaie inutilement de reconstituer le ministère. — Retraite du ministère McDonald- Dorion.
Après la chute du ministère Oartier-McDonald le gouverneur, Lord Monck, chercha les éléments d'une nouvelle administration parmi les libéraux, et choisit M. John-Sandfield McDonald
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pour son premier ministre. Celui-ci, après avoir pris pour ses collègues du Haut-Canada MM. Foley, McDougall, Howland, Morris et Wilson, pria M. Sicotte de former la section du ministère pour le Bas-Canada. M. Sicotte s'attacha M. Dorion afin d'avoir l'appui des démocrates, «hoisit MM. McGee et Abbott pour représenter la population anglaise du Bas-Canada, et MM. Tessier et Eranturel comme représentant le district de Québec. Le ministère libéral, tel que ci-après constitué, prêta serment le 24 mai 1862.
Haut-Canada.
Hon. MM. J.-S. McDonald, procureur-général, M.-H. Foley, maître-général des postes, W.-P. Howland, ministre des finances, Wm.-P. McDougall,commissaires des terres, James Morris, receveur-général, A. Wilson, solliciteur-général.
Bas-Canada.
Hon. MM. L.-V. Sicotte, procureur-général, " A.-A. Dorion, secrétaire-provincial, *' T.-D. McGee, président du conseil exécutif, " U.-J. Tessier, commissaire des travaux
publics, " F. Evanturel, ministre de Tagriculture, " J.-J.-C. Abbott, solliciteur-général.
Le succès de M. John-S. McDonald dans la formation du nouveau cabinet, et le ralliement des libéraux aulour de cet homme politique, qui n'avait presque pas d'adeptes, et qui était opposé à accorder au Haut-Canada une plus
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forte rtv réseutatioii, prit tout le monde ppr surprise. Le premier ministre, sans être un homme d'état comme M. John- A. McDonald, avait cependant de grandes qualités ; il était reconnu par ses talents, sa grande modération, son expérie^lce parlementaire. Il ix)8sédait un caractère indépendant, et était habile en ressources pour se tirer d'embarras. Il avait déjà été appelé à plusieurs postes élevés, à celui de président de l'assemblée législative et à <*elui de solli(4teurgénéral, sous l'administration LaFontaine. M. McDonald réussit, parce que les deux chefs de l'opposition MM. Sicotte et Foley consentirent à être ses collègues.
Comme chef d'un parti assez puissant, M. yicotte avait plus de droit au poste de premier ministre. Il était homme de talents, et avait des principes modérés. Son intégi-ité avait totijouis été hors de soupçons. Il en était de même des autres ministres MM. Dorion, Tessier et Evanturel, qui jouissaient de la plus grande honorabilité. M. McGee, un des chefs de la Jeune Irlande s'était, en 1848, réfugié aux Etats-Unis, il était venu peu après s'établir à Montréal, où il s'éleva à une haute position. Orateur des plus distingués, doué d'une belle intelligence, M. McGee était encore un écrivain de premier ordre. Comme M. Dorion, il s'était attaché au parti Brown.
La rentrée de M. Foley dans le cabinet fut une bonne acquisition. Il était un chef habile, modéré, et de plus, un orateur de mérite. Au contraire, celle de M. McDougall fut mal accueillie. Ce dernier était un digne adepte de M. Brown, fanatique et ambitieux comme lui ; on eût tort
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de placer cet ennemi de la population française, dans un département aussi important que celui des terres de la couronne.
On peut dire qu'en général, le ministère était composé d'hommes d'un caractère intègre et honorable ; aussi les députés et le peuple se montrèrent disi)osés à lui donner un temps d'épreuves. On remarqua cependant qu'il y avait moins de hautes capacités que dans le cabinet conservateur. Des hommes tels que M. Cartier, John-A. M-cDonald, Cauchon et Galt, étaient difficiles à remplacer.
Le ministère McDonald-Sicotte chargea MM. Wallbridge et Loranger de faire connaître son programme politique. Il reconnaissait le caractère fédéral de la constitution, ou l'égalité de la représentation dans chaque province, mais il voulait régler cette représentation d'une manière plus juste ; il admettait le système de la double majorité, et ne voulait imposer aucune législation à une province contre la volonté de la majorité de ses représentants. Il se proposait encore de passer une loi de banqueroute, amender la loi de la milice et celle du tari^ pratiquer l'économie dans le service civil, maintenir Outaouais comme capitale, et tenir une enquête sur les travaux des édifices parlementaires. Ce programme promettait de bons résultats ; mais nous verrons par la suite, que le ministère foula aux pieds les parties les plus importantes. ^
On fut beaucoup étonné de voir MM. Foley, McDougall et Wilson abandonner la représentation basée sur la x>opulation, question pour laquelle ils avaient combattu avec tant d'ardeur, et accepter l'égalité représentative et la double
majorité. Ces hommes avaient i)Otirtant fait des reproches amers aux conservateurs sur leur conduite. M. McDougal lui-même venait de proposer contre eux une motion de censure, parce qu'ils refusaient de régler la question. Ce sacrifice de leurs opinions réjouit le Bas-Canada. On félicita M. Sicotte d'avoir fait accepter, par le cabinet, Tégalité de la représentation et le règlement des écoles séparées.
MM. Cartier et McDonald déclarèrent que le ministère recevrait d'eux une opposition loyale, et qu'ils lui donneraient l'occasion de développer sa politique. En effet, ils ne mirent aucun obstacle à la réélection des membres du caî>inet, et à la passation des mesures urgentes, que le ministère crut devoir adopter. M. Cartier regretta seulement le choix de MM. McGree et Evanturel comme membres du cabinet.
M. John-H. Cameron reprocha aux ministres haut-canadiens d'avoir abandonné la question de la représentation ; il était d'avis que le principe de la double majorité ne pouvait être sérieusement mis en pratique. M. Connor et quelques autres libéraux tout en étant favorables au nouveau cabinet, se montrèrent mécontents du choix de M. John-S. McDonald, comme premier ministre. MM. Loranger et Drummond défendirent les membres de l'administration. Il est étonnant
u'ils n'aient pas été appelés à être ministres ;
s auraient certainement ajouté au prestige du cabinet. L'organe de M. Brown, le GZoftc, attaqua violemment la polique ministérielle. Il taxa de trahison la conversion de MM. McDougall, Foley et Wilson au maintien du caractère fédéral de l'Union.
Le ministère McDonald-Sicotte*"8e décida à passer les mesures les plus urgentes et à proroger ensuite les chambres. Il soumit un projet de loi qui amendait l'acte de la milice de 1865, et favorisait le déveloi^pement du système volontaire. Le nombre des volontaires était porté à dix mille ; ils devaient faire douze jours d'exercice et recevoir cinquante centins de solde par jour. Le projet autorisait la nomination de majors de brigade et de sergents-instructeurs. Enfin le gouvernement demandait $250,000 pour rencontrer les dépenses de la milice. M. John-A. McDonald trouva la mesure très-incomplète, et impuissante eu égard à l'organisation générale de la milice. Les hommes d'état d'Angleterre la considérèrent comme insuffisante pour aider les troupes impériales à la défense du Canada. I^e projet fut cependant adopté par les deux chambres.
Le ministère libéral adopta, après quelques modifications, le tarif que devait proposer M. Galt, et qui amendait celui de 1859. Les droits sur le sucre, le thé, la mêlasse, les liqueurs, etc., furent augmentés de manière à donner un revenu additionnel d'un million cinquante mille piastres.
Il faut dire que les libéraux parvenaient au pouvoir dans des circonstances difiBciles. Jja. guerre américaine avait affecté le commerce et diminué par là le revenu. M. Galt avait luimême prévu un déficit de plusieurs millions. Le nouveau tarif ne fut pas même suffisant pour rencontrer les dépenses, et le gouvernement eut recours à une émission de bons provinciaux.
La législature vota en bloc les estimés du pré-
cèdent ministèfe, à part l'Hllocation des édificcB d'OntaonaÏB qai fat diminée de ^tOO.OOO à |500,- 000, et celle de 1800,000 destinée au rachat des droits seigneuriaux, qui fut retranchée. Le budget contenait les sommeB suivantes : $490,510 pour les dépenses encourues en 1861, $200,000 pour les chemins de colonisation, $63,421 pour les chemins de Matapédiac, Matané, Témisconata. etc., ÎIBÏ.OOO pour les canaux.
Le ministère avait adopté Outaonais pour capitale, et avait demandé le vote de $500,000 pour les édifices parlementaires, afin de payer les dettes légitimement dues seulement après enquête laite sur les travaux déjà exécutés. M. Loranger dit que ces édifices avaient été la source de gaspillage et même de pîlli^e des deniers publics. MM. Chapais et Simard proposèrent de ne pas voter de nouvelles sommes avant que cette enquête fut faite. M. Chapais avait encore l'espoir que Québec resterait la capitale. M. Cartier regretta cet amendement, parce que la décision de la reine devait être maintenue. Il était heureux de voir ses adversaires adopter ta politique qu'avait suivie le gouvernement dont il était le chef.
La session de 1862 ne fut remarquable que par l'organisation du ministère de l'agriculture et do la colonisation, par l'augmentation de Voctroi annuel des chemins, par la chute du minis-
ilèri; conservateur, enfin, par les débats importants sur la colonisation, les édifices parlementaires et les écoles séparées.
Durant l'été de 1862, eut lieu l'élection de douze conseillers législatifs. Ces élections complétaient le nombre des conseillers élus par le
peuple en vertu de la loi de 1856 (1). Le conseil se trouvait au complet : il se composait de •soixante-onze membres, dont vingt-trois nommés à vie et quai ante-huit élus par le peuple. Au nombre des nouveaux conseillers, étaient MM. Holton, Âikins, Ijemieux et Bureau. Les élections furent favorables aux libéraux.
Le ministère McDonald-Sicotte employa la vacance à exécuter plusieurs parties de son programme. Il pratiqua l'économie dans le service civil, diminua le nombre des employés, et économisa par ce moyen une somme assez considérable. Mais cette économie se fit quelquefois par le renvoi de certains employés contre lesquels on n'avait aucun blâme. Parmi ces destitutions injustes, se trouve celle du Docteur Meilleur, respectable Aâeillard qui avait rendu à son pays des services signalés, et à qui le gouvernement Cartier avait donné une situation nominale comme rémunération de ses services passés. Le ministère remplaça quelques employés par ses partisans politiques; il fit quelques noraina-
(i) Les douzes conseillers législatifs élus en 1862 étaient :
De la Durantaye Hon. MM. François l^mieux,
De I^naudièrc *' A.-B. Lijoie,
De Loriniier ** J.-O. liureau,
Kennébec " Charles Cormier.
Chaouiniganc " C. Mailhol,
Victoria " Luther- H. Ilolton,
Exstern Hon. MM . T. Uennett,
Home ** J.-C. Aikins,
Malahide ** £. Léonard,
Midland " William McMasler,
Quinte •• R. Read,
Thames " O. Blake.
M. Lajoie, décédé peu après son élection, fut remplacé par M. L.-A. Olivier. M. Mollis Smith fut aussi remplacé par M. J.-S. Sanbom.
tions qui furent beaucoup critiquées, entre autres, celle de M. W. Powell au poste d'adjudant-général, à la place du colonel Nash. Il cyéa de plus des emplois nouveaux, et rappela plusieurs agents d'immigration envoyés en Europe par le ministère précédent, pour faire connaître les ressources du Canada.
Les libéraux nommèrent des commissions pour examiner les opérations financières des précédents ministères, et les travaux faits aux édifices d'Outaouais. Des enquêtes furent faites dans tous les bureaux publics ; elles prouvèrent que certains départements avaient besoin de réorganisation, mais elles coûtèrent des sommes considérables, et furent plutôt faites dans le but de nuire à leurs adversaires que d'opérer le bien public.
Poussé par le gouvernement impérial et le gouverneur, le ministère prit, à la fin de 1862, la détermination de créer des bataillons de volontaires ; il encouragea la formation de compagnies, forma des associations d'exercice, fournit des armes et habillements aux volontaires, mais il leur ôta la paie.
IjC chemin de fer intercolouial devint encore le sujet de négociations entre les colonies et la métropole. Des délégués des provinces maritimes se rendirent à Québec, discutèrent ce sujet ainsi que la réciprocité commerciale avec le gouvernement canadien. Les négociations se continuèrent en Angleterre, où se rendirent MM. Sicotte et Howland ; mais elles n'obtinrent pas de succès par le refus d'accorder un fonds d'amortissement. Les délégués s'occupèrent aussi de l'ouverture de communications entre le Canada et le Nord-Ouest.
La question du chemin intercolonial amena la retraite de M. Dorion du cabinet. M. Dorion était opposé à la construction de ce chemin, parce que l'état des finances n'était pas assez prospère. M. J.-O. Bureau fut nommé secrétaire provincial, au mois de janvier 1863. La maladie ayant containt M. Morris de laisser le cabinet, il fut remplacé par M. Ferguson Blair comme receveur-général .
D'autres changements importants se firent dans la politique et dans la magistrature. M. Loranger accepta le poste de juge des Trois-Eivières, après avoir refusé le portefeuille de secrétaire provincial, lors de la retraite de M. Dorion. Grâce à ses talents, à son éloquence et à ses principes modérés, il s'était conquis une place marquante dans l'arène politique ; il est malheureux qu'il n'y soit pas resté. M. Connor, qui accepta aussi une place de juge, mourut deux mois après. D'un autre côté, M. George Brown, retiré de la politique depuis sa défaite en 1861, fut élu à Oxford-Sud, et prit son siège au milieu de la session (i).
La mort moissonna trois des hommes les plus remarquables du Haut-Canada, Sir John B. Robinson, Sir Âllan McNab et l'Hon. M. Merritt. M. Merritt est un de ceux qui ont le plus fait pour la prospérité commerciale et matérielle de la province. Avant sa mort, il projetait (1861) d'unir Toledo à Québec, au moyen d'une ligne
(i) Les nouveaux députés élus depuis la session de 1862, étaient M. A. -A. Dorion (Hochelaga), M. T. -M. Daly (Perth) et M. P. Benoit (Napierville). Pendant la session de 1863 furent ^lus M . Brown (Oxford-Sud), M. Pinsonneault (Laprairie), et M. John O'Connor (Essex)
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