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qu'il ne fût pas présenté aucune mesure ayant pour objet d'assurer au Haut-Canada sa juste partie de représentation. Plusieurs députés parlèrent en faveur de la motion, qui fut appuyée par quarante-deux membres du Uaut-Canada.
M. Langevin était d'avis que M. Siootte ne pouvait prétendre qu'il avait fait cesser l'antagonisme entre les deux provinces, puisque la plupart des députés, partisans du ministère dans le Haut-Canada, avaient roté pour une augmentation de représentants. Il n'avait rien de changé à ce sujet dans la position des deux partis.
M. McDougall avoua qu'il avait laissé un moment de côté ses principes sur la représentation, afin de former un gouvernement conforme aux vœux de la majorité des deux Canadas.
Le premier ministre, M. John-Sandfield Mc- Donald, déclara que le gouvernement s'était beaucoup efforcé de suivre la politique d'économie exprimée dans son programme, et qu'il était décidé, à passer toutes les mesures promises. Il expliqua la double majori té,af&rma qu'elle n'affecterait que les questions locales, et déclara que si le cabinet se trouvait en minorité sur une de ces questions, dans une province, il ne se croirait pas encore obligé de résigner ; il n'y aurait qu'un vote directe de non-confiance des membres de cette province qui pût lui commander cet acte.
Les membres de l'opposition, ayant reproché au ministère d'avoir mal agi dans la question du chemin intercolonial, M. Sicotte répondit qu'on avait accusé à tort le gouvernement de mauvaise foi. Il fit le récit des négociations sur ce chemin, et sur l'ouverture d'un autre chemin dans le Nord-Ouest, et dit que les documents
qui seraient fournis sur les deux questions, prouveraient ses avancés.
La discussion de l'adresse prouva que la position des libéraux n'était ni forte, ni brillante. L'attaque de leurs adversaires, sans être redoutable, eut, cependant, l'effet de préparer les voies à la discussion qui devait amener la chute du ministère.
La principale mesure de la session fut celle de M. Scott, qui amendait l'acte des écoles séparées du Haut-Oanada. Elle réglait une question épineuse à la satisfaction générale, et reçut l'approbation du clergé catholique et du Dr Ryerson, surintendant de l'éducation dans le Haut-Canada. C'est la loi qui est aujourd'hui en opération.
Le triomphe des écoles séparées était dû surtout aux efforts énergiques déployés depuis plusieurs années par M. Scott, député d'Outaouais, à M. McGree et aux conservateurs M. John-A. McDonald et ses amis qui s'unirent aux Bas- Canadiens. Les ministres libéraux du Haut- Canada supportèrent, il est vrai, la mesure, car ils étaient engagés par leur programme à le faire ; mais ils furent abandonnés de leurs amis deargrits qui, avec quelques conservateurs outrés, votèrent au nombre de 31 contre la mesure. Le ministère McDonald-Sicotte avait fait des écoles séparées un article de son programme. Il ne pouvait pas réclamer comme partie la passation de cette loi, qui était plutôt due à l'opposition, et qui avait été proposée par un membre conservateur. Comme la majorité des membres du Haut-Canada se prononcèrent contre les écoles séparées, ce vote hostile au ministère devait mettre lèpre-
1863] LOBD MONCK. 4Ï1
mier ministre dans la nécessité de résigner, pour se conformer au principe de la double majorité, car il s'était trouvé en minorité sur une mesure sectionnelle. Un instant, il crut' devoir le faire ; mais il foula bientôt aux pieds le principe de la double majorité pour conserver son portefeuille, contrairement à la conduite de ses devanciers, MM. Baldwin, Hincks, McNab, qui avaient donné leur démission dans des circonstances analogues.
Une mesure fut adoptée pour pourvoir à l'inspection de la fleur et du grain ; une aut^e pour amender l'acte du jury et des jurés du Haut- Canada ; une troisième permettait aux municipalités d'emprunter des argents pour aider, dans certains cas, les colons à ensemencer leurs terres.
Un projet de loi, préparé par M. Langevin, empêchait les exécutions capitales d'être publiques ; il fut accueilli par une majorité de l'assemblée législative, malgré une opposition de la plupart des conservateurs ; mais une majorité du conseil législatif le rejeta. L'abolition de la peine de mort fut discutée et approuvée par plusieurs libéraux. Le conseil législatif refusa aussi son concours à une mesure très-importante de M. J.-B.-E. Dorion, pour la protection des colons sans titre (squatters). Un autre projet de loi de M. Langevin, pour fixer le taux de l'intérêt, passa dans la chambre d'assemblée à une forte majorité, mais ne devint pas encore loi.
Le ministère libéral présenta toutes ses mesures, à part celle de la représentation : un projet de loi de banqueroute, préparé par M. Abbott ; un deuxième projet imposant des timbres sur les procédures judiciaires ; un troisième de
M. Sicotte, relatif à renrégistrement et au rachat des hypothèques. Deux autres projets amendaient la loi des jurés et jury et celle des écoles du Bas- Canada. La principale mesure du cabinet fut celle que présenta M. John-S. McDonald, pour organiser la milice. Elle créait un bureaux d'examinateurs pour donner des certificats de capacité à ceux qui deviendraient officiers ; une autre clause contraignait les hommes mariés de servir en cas de guerre, lorsque par l'ancienne loi, on n'appelait d abord que les hommes non mariés.
M. Howland exposa et développa la politique financière du ministère. Comme il y avait un déficit considérable, le gouvernement voulait élever le tarif afin d'établir l'équilibre entre le revenu et les dépenses. Le cuir et le tabac devaient être frappés d'un droit excessif, et les tanneurs et les marchands de cuir soumis à une forte taxe. Le gouvernement se proposait de remplacer l'ancien impôt dos banques, par une taxe d'un demi pour cent sur leur capital, de diminuer de vingt pour cent les octrois des hôpitaux et des institutions de charité, de vingt-cinq pour cent ceux des sociétés d'agriculture, de réduire de cent mille piastres à cinquante mille l'octroi voté depuis plusieurs années pour les chemins de colonisation.
Tout en diminuant ces allocations, le ministère se proposait de voter cinquante mille piastres pour ou^Tir une route dans le Nord-Ouest, de continuer les édifices d^Outaouais, d'accorder aux juges infirmes ou à ceux qui avaient quinze années de service une allocation égale aux deux tiers de leur salaire. Il désirait encore établir les
péages sur les canaux abolis en 1860 par les conservateurs.
Les représentants du peuple pouvaient, lorsque le ministère avait exposé la politique financière et présenté tous ses projets de loi, donner leur propre jugement. La lutte s'engagea alors entre les libéraux et les conservateurs.
Lorsque l'on proposa de former la chambre en comité sur les subsides, M. John-A. McDonald présenta une motion directe de non-confiance, qui affirmait que l'administration, telle qu'elle était constituée, ne méritait pas la confiance de la chambre. C'était dans l'opinion de M. McDonald, le meilleur moyen de constater si l'administration avait le droit de gérer les affaires publiques. Il exposa tous les griefs qu'il avait contre elle, et passa en revue sa politique. Il s'attaqua surtout aux membres de l'administration qui avaient abandonné leurs doctrines sur la question de la représentation; il blâma la politique d'économie et de retranchements ; il déclara mauvais et inefficace le projet de la milice, reprocha aux ministres d'avoir foulé aux pieds le principe de la double majorité dans la question des écoles séparées, et d'avoir agi de mauvaise foi dans les négociations du chemin de fer intercolonial.
Le premier ministre, M. John-S. McDonald, répondit à M. John-A. McDonald, par un discours énergique. Il dit que l'administration avait fait son devoir et rempli autant que possible son programme. Il défendit ses collègues du Haut-Canada, qu'on avait accusés d'avoir abandonné leurs principes. Une preuve que l'opinion publique ne les condamnait pas,
c'est qu'ils avaient été élus par acclamation, et que les élections des conseillers législatifs avaient été favorables à leur politique. Il défendit ensuite- le gouvernement des inculpations de mauvaise foi portées contre lui, relativement au chemin intercolonial. I-es délégués canadiens avait reçu les instructions explicites de n'accepter aucune condition comi>ortant la création d'un fonds d'amortissement, et dans leur conduite, ils n'avaient lésé ni le respect dû aux autorités impériales, ni les droits des provinces maritimes. Il expliqua ensuite la double majorité ; le gouvernement avait pour principe de faire des lois en conformité aux désirs de chaque section de la province, et chaque fois qu'une section de l'administration aurait perdu la confiance des députés de cette section, on la verrait donner sa démission. Il était prêt en temps et lieu de démontrer que, relativement au projet des écoles séparées, le principe de la double majorité ne pouvait s'appliquer à cette question.
M. Langevin parla contre le projet de la milice, dit qu'il ne remplissait ni les désirs, ni l'attente du pays, et qu'il était contraire aux coutumes de la population. Il censura la conduite du gouvernement au sujet du renvoi de vieux serviteurs publics, de la réduction des octrois accordés aux institutions, aux sociétés d'agriculture et aux chemins de colonisation. Il déclara que le but des libéraux, en instituant des commissions, avait été de ternir la réputation des hommes d'état ; cependant ces commissions, qui avaient coûté de fortes sommes, n'avaient produit aucun résultat appréciable.
1868] LOBD MONCK. 4Ï5
M. Gralt commenta l'exposé financier de M. Howland. Il reprocha au ministère d'avoir refusé d'économiser' une somme considérable, en n'acceptant pas un arrangement proposé par la compagnie des vai)eur6 océaniques, et d'avoir payé seize mille piastres pour le service des bateaux remorqueurs au-dessus de Montréal, service dont il aurait pu s'assurer sans aucune dépense. Il avoua que l'impôt proposé sur l'industrie du cuir nuirait aux intérêts du pays, et que le commerce souffrirait beaucoup du rétablissement des droits sur les canaux.
M. Cauchon s'attacha à démontrer que le rapport de la commission des édifices parlementaires ' n'était qu'un tissu d'erreurs ; et cependant cette commission allait coûter cinquante mille piastres à la province. Il se défendit des accusations portées contre lui dans ce rapport, et déclara qu'il était pénible de voir les hommes publics exposés à la vengeance et aux intrigues d'invidus qui avaient juré leur perte.
La rapport contenait, en effet, tant d'erreurs que le gouvernement le jugeant inutile, abandonna 1^ conclusions des commissaires. La commission ne constata ni vols, ni brigandage, mais seulement de l'incurie et de l'imprévoyance. Les fautes commises furent en p'artie attribuées à Keefer, employé que les libéraux eux-mêmes destituèrent en s'appuyant sur les témoignages mêmes de MM. Ross et Cauchon. On se rappelle que M. Cauchon avait refusé les services do cet employé pour prendre ceux de M. Killaly.
M. A.-A. Dorion défendit la politique des libéraux, en exceptant toutefois le tarif et le projet de milice qu'il n'approuvait pas. Il répondit à
M. Cauchon au sujet des édifices d'Outaouais, et Taocusa d'avoir payé des sommes considérables sans avoir obtenu au préalable la recommendation des ingénieurs du gouvernement, conduite qui était en opposition directe avec la pratique suivie dans le département des travaux publics. Il défendit les commissions, prétendit qu'elles avaient eu de bons résultats, et chercha à établir le fait que les conservjateurs s'étaient servis des deniers publics avec une grande prodigalité.
M. Howland répondit au discours de M. Galt ; MM. Mackenzie, Mowat et J.-B. Dorion défendirent avec ardeur le gouvernement, tandis que MM Rose, Pope et DeOases furent sévères contre sa politique.
M. Brown fit une attaque contre les libéraux ; il vota cependant contre la motion McDonald, parce qu'il préférait encore la ix)li tique libérale. Il défendit le programme de la convention de Toronto ; il était disposé à accepter tout changament constitutionnel, dont le but serait de rendre justice au Haut-Canada.
Les jours du ministère McDonald - Sicotte étaient comptés. Les membres indépendants et conservateurs qui avaient amené la chute du ministère Cartier, et donné un temps d'épreuves au ministère libéral, se rallièrent aux conservateurs pour faire le procès de ce dernier gouvernement.
Les libéraux tombèrent, parce qu'ils méprisèrent la double majorité sur la question des écoles et voulurent taxer des articles de consommation générale, diminuer les octrois ëur la colonisation les hôpitaux, etc., pendant qu'ils se proposaient de faire d'autres dépenses moins utiles. Leur
1863] LOKT) MOXCK. 477
conduite dans les nejrociations du chemin intercolouial, dans les questions d'économie, des commissions, et de la malheureuse affaire Aplward, contribuèrent encore à leur chute.
Il faut convenir cependant que cette administration comptait des hommes modérés, d un patriotisme sincère, et tout à fait dignes de la confiance de la province. Ou doit lui savoir gré de ce qu'elle sauvegardait les droits du Bas- Canada par la double majorité, et par l'abandon de la question de la représentation.
La motion do non-confiance de M. John- A. McDonald fut adoptée à une majorité de cinq voix. M. Sicotte se trouva en minorité de plusieurs voix dans le Bas-Canada (i).
Après cet échec, qui eut lieu le 8 mai, le ministère annonça, à la séance suivante, qui ne lui restait qu'un appel au peuple pour voir quel parti possédait sa confiance. Il avait obtenu la
(l) Pour la mot'on de non<con fiance : MM. Alleyn, Amlerson, Haby, lieaubien, Beaiulreau, Hcnjamin, Blanchet, Brou>seau, Juliiili. C'anicron, Mathew-C. Cameron, Carling, Caron, Cartier, Cauchon, CJhapais, Clarke, C'ockburn, Crawford, Daly, Daoust, De Boucherville, OcCasos, Denis, Desaulniers, Dostalcr, Joseph Dufrcsne, Dunkin, Fergubon, Fouruier, Galt, Gaiulcl, ILiultain, Jackson, Jones, Knight, Langevin, LePoutillier, John-.\. Mac- Donald, .Mongenais, Moriu, Morris, Monison, Morton, 0*Connor, Painchaud, Pinsonneaul^, Pope, Pou|K)fe, Powell, Robinson, Robitaille, Rose, J.-J. Ross, J .-S. Ross, Ryerson, Scott, Sherwood, Simard, Simpson, Street, Taschereau. Tassé, Tett et Walsh— 64.
Contre ; Abbott, Archambault, Ault, Hell, Benoit, Bii^j^ar» Bourassa, Brown, Buchman, Burwell, Cowan, Dawson, Dickson, A.- A. Dorion, J.-B.-E. Dorion, Dnimmond, Alexandre Dufresne, Dunsford, F.vanturel, Foley, Fortier, Gagnon, Hartcouit, Héliert, ilowland, Huntington, Huot, Jobin, Joly, Labrèclie-Viger, Lifrainboise, John-S. McDonald, D.-A. McDonald, Mackenzie, McDougall, McGee, McKelIar, McLachlin, Mowat. Munro, Notman, O'HoUoran, Patrick, i'révost, Price, Rémillard, Rykert, Rymal, Scatcherd, Scoble, Sicotte, Somerville, Starnes, Slirton, Sylvain, Wallbridge, White, Wilson et Wright— 59.
4^8 LOBD MOÎfCK. [1863
dissolution du parlement, mais il désirait auparavant procéder aux affaires les plus urgentes et voter les subsides.
M. Cartier remarqua l'absence des ministres du Bas-Canada, et en demanda la cause. Selon certains bruits qui circulaient, le ministère avait la faiblesse de modifier son personnel* poax se présenter devant le peuple, au lieu de consulter les électerurs comme il était constitué lors du vote de non-confiance. Le premier ministre assura qu'il ne connaissait aucun changement, et finit par déclarer que M. Sicotte et ses collègues avait l'intention de se retirer du cabinet. M. Cartier ne voulut pas procéder à aucune affaire avant d'avoir d'autres explications. Puis il proposa l'ajournement, au milieu de la plus grande confusion. M. John-S. McDonald répondit que cette motion prouvait que l'opposition était factieuse, et qu'elle arrêtait le vote des subsides. MM. Drummond et Brown blâmèrent aussi l'attitude prise par M. Cartier. Une majorité de onze voix vota cependant l'ajournement.
Le lendemain, le 12 mai, Lord Monck, après avoir sanctionné quelques projets de loi, prorogea les chambres en vue d'une dissolution immédiate.
Après le vote de non-confiance, M. J.-Sandfield McDonald déclara à M. Sicotte que ce vote nécessitait des changements ministériels, afin de commander une majorité. Il lui suggéra de s'adjoindre MM. Dorion et Holton ; il devait lui-même faire quelques changements dans le personnel des ministres haut-canadiens. M. Sicotte ne put réussir dans ses démarches, et dit qu'il était prêt
1863] ix)Hd]^Monck. 4Ï9
à se présenter devant le peuple avec ses mêmes collègues. M. McDonald insista sur l'entrée des chefs démocrates, le Haut-Canada l'exigeait ; il suggéra à M. Sicotte de proposer à M. Dorion d'être le chef de la section du ministère pour le Bas-Canada; il était certain qu'il acccepterait un portefeuille à cette condition. On savait que M. Sicotte n'accepterait aucune proposition humiliante pour lui. Le chef bas-canadien reconnut l'intrigue que lui avait joué le premier ministre, en le sacrifiant à M. Dorion ; il comprit que M. McDonald arait fait des propositions aux chefs démocrates pour le supplanter. Il donna alors sa démission, et son exemple .fut imité par tous ses collègues.
Après la retraite de M. Sicotte, M. J.-Sanfield McDonald s'occupa de reconstituer l'administiation : il remplaça MM. Foley et Wilson par MM. Mowat et Wallbridge ; les autres ministres MM, Howland, McDougall et IJlair restèrent dans le cabinet. Puis il s'adressa à M. Dorion pour présider au choix des ministres du Bas- Canada. M. Dorion offrit un portefeuille à M. Sicotte qui le refusa avec dédain ; il s'adjoignit ensuite M. Holton, son ami intime, financier de renom et tacticien parlementaire, M. Letellier de St-Just, démocrate modéré et jHWsédant des talents brillants, M. Thibaudeau, riche* marchand de Québec et un des plus habiles financiers de la province. Il offrit sans succès le portefeuille des travaux publics à M. Chapais. M. Drummond accepta un peu plus tard ce portefeuille, et M. Huntington, celui de solliciteurgénéral. L'administration McDonald - Dorion, formée le 16 mai 1863, se trouva finalement composée des membres suivants :
liOBD MONCK.
Haut-Canada.
Hon. MM. J.-SaufieldMcDoiiald,procureurrgéuéxal, Wm. McDqr^all, comxai^saire des terres, W.-R Howiand, receveur-général, Olivier Mowat, maître-général des postes, A.-Ferguson Blair, secrétaire provincial, Lewis Wallbridge, BolUcitenr-général.
Bas-Canada.
Hon. MM. A.- A. Dorion, procureur-général, Luther-H. Holton, ministre des finances, L.-T. Drummond, commissaire travaux publics, I. Thibaudeau, président du conseil eié-
/cutif, L. Letellier de St. Just, ministre d'agriculture, L. S. Huntington, solliciteur-général.
Le ministère McDonald-Dorion n'émit aucun programme politique. Seulement, dans leurs adresses électorales, les ministres firent connaîtra une partie de leurs principes. Ils abandonnaient la double majorité, et les négociations du chemin Jntercolonial ; mais ils devaient ordonner une nouvelle exploration de ce chemin. Us laissaient libre la question de la représentation, et maintenaient la loi des écoles séparées.
La politique du ministère précédent était donc complètement changée. M. John-Sandfield Mc- Donald abandonnait la double majorité, dont il
avait été un des plus ardents champious ; et il allait administrer les affaires publiques du Bas- Canada avec une majorité prise dans la province ouest, après avoir tant reproché aux conservateurs d'avoir gouverné le Haut-Canada par une majorité bas-canadienne. Il abandonnait aussi les négociations du chemin de 1er intercolonial, parce que le Haut-Canada était opposé à cette entreprise. H manqua de dignité dans su conduite, fut injuste envers M. Sicotte, sans se rappeler que c'était lui qui avait le plus contribué à lui donner le pouvoir. Maintenant, agissant sous la pression de M. Brown, il faisait abandon de ses principes modérés, parce que le Haut- Canada n'en voulait plus. Il lui eût été sans doute plus honorable de se retirer pour conserver intactes les doctrines qu'il avait jusqu'alors professées.
Ce fut M. Brown qui exigea la retraite des ministres modérés, MM. Sicotte, Foley, Tessier, etc., pour les remplacer par des hommes moins compromis sur les questions de la représentation et des écoles séparées, et ayant des tendances, des principes avancés, analogues à ceux des cleargrùs, MM. Mowat, Dorion, Holton et Wallbridge étaient certainement des hommes politiques de son choix. Aussi le vit-on se réjouir ae leur entrée dans le cabinet. Trop compromis a l'égard du Bas-Canadi, pour être lui-même le chef du ministère, M. Brown céda sa place à M. J.-Sandfield McDonald ; cette combinaison lui permettait encore de laisser libre carrière à son esprit dominateur et d'imposer ses partisans.
Ce ministère était une deuxième édition de
radmiuistration Browii - Dorion, une coalition d'hommes dominés par les principes démocratiques. Il devait inspirer une certaine défiance au Bas-Canada, dont la grande majorité de la population était conservatrice. Déjà il se montrait injuste en abandonnant le chemin intercolonial, parce que ce chemin devait être surtout favorable à cette province. Aussi dans les élections générales qui eurent lieu, au mois de juin, les électeurs laissèrent le parti démocratique ou le parti essentiellement ministériel dans une grande minorité. Deux ministres, MM. Dorion et Holton, et M. Young durent céder, à Montréal, devant les candidats de Topposition, MM. Cartier, Rose et McG-ee. Un autre ministre, M. Drummond fut battu dans deux comtés. Il céda alors son portefeuille, qui fut donné à M. Laframboise. Mais MM. Dorion et Holton se firent élire dans d'autres divisions électorales. Les électeurs furent donc en masse favorables à MM. Cartier, Sicotte et à leurs partisans politiques.
Le Haut-Canada fut favorable au ministère démocratique, qui promettait de favoriser ses intérêts. M. Brown reprit son influence passée ; il agita de nouveau le rappel des écoles séparées, une augmentation de la représentation, le transfert du siège du gouvernement à Toronto, en attendant l'achèvement des édifices parlementaires. Avee ce programme en mains, les candidats ministériels furent élus en grand nombre. M. John-A. McDonald et ses partisans, avec leurs principes de l'égalité représentative et du maintien des écoles séparées, furetft laissés dans une grande minorité. M. Scott, auteur de écoles séparées, et MM. Hobinson, Carling et Sherwood,
ex-collègues de John- A. McDonald, furent rejetés des électeurs, (i)
Les élections donnèrent au ministère une majorité dans le Haut-Canada, et une minorité dans le Bas-Canada. En somme, les deux partis se trouvèrent d'égales forces,
M. Dorion ne se trouvait supporté que par un petit nombre d'adhérents. Il assumait une
(1) Liste des députés élus aux dernières éU étions générales (1863) sons rUnion:
Argenteuil John^^. Abbott.
Bagot • Maurice Laframboise.
Beauce Henri-ElKéar Tasi'hertau.
Braubarnois Paul Denis.
Bellechasse Ed. Bémillard.
Bertbier Â.-H. Paquette.
Bonaventnre Théodore Robitaillc.
Brant (Est) John-Toung Bown.
Bmnt(0uf8t) Edmnnd-B. Wood.
Brockvillo F.-Henry Cbambers.
Brome : Christopher Dunkin.
Carleton William-Frederick Powell
Chambly Chas. Boucher de Boucht-rville.
Champlain John-Joncs Boss.
Charlevoix Adolphe Oagnon.
Chateauguay L'hon Luther-H. Holton.
ChicoQtimi et Saguenay David-Bd. Priée.
Compton John-Eeniy Pope.
Oomvall L^hon. John^S. McDonald.
Dorchester Hector-L. Langevin.
Deux>Montagne8 J.-B. Daoust.
Drommond et Arthabn^ka J..B..Eric Dorion.
Dundas John-Sylvester tfoss.
Durham (Est) John-8huter Smith.
Dnrham (Onest) Henry Mnnro.
Itlgin(£8t) LeonidasBurwill.
KIgin (Ouest) John Scoble.
Bssez
Frontenac William Ferguson.
Oaspé John LeBoutillier
Glengarry Donald- A. Macdonald.
Grenville (dnd) Walter Shanly.
Grey George Jackson
grande responsabilité en administrant les affaires seulement avec Tappui d'une grande majorité fanatique du Haut-Canada. Après avoir reproché amèrement aux chefs conservateurs d'être en minorité de quelques voit dans la province ouest, il se trouvait dans une minorité bien plus grande. Les rôles étaient changés ; tous l'administration Cartier, c'était le Bas-Canada qui com-
Haldimand David Thompson. ^
Halton John Whito.
Hamilton Isaac Buchanan.
Hasting (Nord) . , Thomas-C. Wallbridge.
Hafiting (Sud) L'hon. Lewis Wallbridge.
Horhelaga L'hr n. Ant.-Aimé Dorion.
HuntingdoD Robert-B Somerville.
Haron «'t Brucu James Dickson.
IberviMe Alexandre Dufresne.
Jacques-Cartier François-Z. Tassé.
Joliette , H Cornelier dit Grandchamps
Eamouraska JeanX^harlcs Cbapais.
Kent Archibald MiKellar.
Kingston L'hon. John-A. McDonald.
LambtoD Alexander MackeLzie.
Lanark (Noid) ,.,. Robert Bell. '
Lanark (Sud) Atexander Morris.
Laprairie Alfred Pinsonneault.
L' A ssomption , Louis Archarobeault.
Laval Joseph-H. Bellerose.
Lennoz et Addington R.-John CaHwright.
Leeds et Gren?ille (Nord) Fttincis Jones.
Leeds (Sud) ........ ^ Albert-N. Richards.
Lincoln Wm. McGiverin.
L*l8lt-t Louis-B. Caron.
Lévis Joseph-Goderic Blanchet
London L'hon. John Carling.
Lotbinière Henri.Gustave Joly.
Maskioongê Moïse Houde.
Mégaotic George Irvine.
Middlesex (Bst) Crowel Wilson.
Middlesex (Ouest) Thomas Scatcherd.
Missisquoi James O'fiaUorau.
Montcalm .^ Joseph Dufresne.
Montmagny Joseph-O. Beaubien.
Montmorency • «L'hon. Joseph Cauchon.
mandait avec sa majorité aux affaires du pays, maintenant c'était le Haut-Canada, avec M. Brown et les cleargrUs, qui allait gouyemer la province.
Aussitôt que les élections furent terminées, le ministère se hâta de convoquer les chambres. Lord Monck ouvrit la première session du huitième parlement, le 13 août 1863, et pria les deux chambres d'élire leurs présidents.
Montréal (ouest) L'hon. Thoroas-Darcy UcGuo.
'< (centre) L'hon. John Rose.
<< (est) L'hon. Oeorge-Etivnne Cartier.
Napierville S. Coupai dit Larcini*.
Niagara John Simpson.
Nicolet .Joseph Gandut.
Norfolk Aquila Walsh.
Northumberland (Est) Jas.-Lyon Biggar.
Nerthumberland (Ouest) James Cockburn.
Ontario (Nord) Uhon. William McDougall.
Ontario (Sud ) L'hon. Oliver Mowat.
Outaouais (cité) Joseph- M Currier.
Outaouais (comté) Alonzo Wright.
Oxford (Nord) H.-F. Maekenzie.
Oxford (Sud) L'hom. George Brown.
Peel L'hon. JohD-Hirya*d Cameron.
Perth Bobert McFarlane.
Pt terborough Wm.-Se7mour (Singer
Pontiac Jolin Poupore.
Portueuf Jean-Docile Bronsseau
Prescott Thomas Higginson.
Prince-Edouard Walter Rosti.
Québec (est) Pierre-Gabriel Huot.
*< (centre) L'hon. Isidore Thibandtau
" (ouest) L'hon. Charles Âllejn.
Québec (comté) L'hon. François Evanturel.
Benfrew Bobert Mcintyre.
Bichmond et Wolfo . . . Wm. Honte Webb.
Bichelieu JosephFrs PerrtauH
Bimonski George Sylvain.
Bouville Joseph-N. Poultn.
BosseU Bebert Bel 1 .
Halnt-Hyaclnthe L'hon. L -Y. Sicotte.
Saint-Jean François Bourassa.
486 liOBD MONCK. [1863
Le conseil législatif choisit unanimement M. U.-J. Tessîer pour présider ses délibérations. M. Tessier s'était rendn digne de ce hant poste par l'intégrité de son caractère, et par son expérience politique et son indépendance.
A l'assemblée législative, le premier ministre proposa M. Wall bTÎdge,8ol lici teur-général, comme candidat à la présidence. Le nom de M. Wallbiidge fnt accueilli arec surprise, et excita une
Saint-M anrice Charlt-s Lajoie.
Shcfford. L'hon. i.nciiM-S. Hnntiiigtoii.
8h( rbrooke L*bon Alezander-T. G«lt.
Simcoe (Nord) Ths. David McCoiilE<»y.
8imcoe(8ad) Tlu.-Bobeit Ferguion.
SoahuigeB Willinm Dnckett.
StansteMl Albert Knîght
Stonnont Samn*-! Aalt
Témisoooatii Jtan-Bta Pooliol.
Terrebonne Looii Labrè(^ie>Vig«r.
Troift-EÎTÎèrrs Jofk'pb Ed. TurcoCt«.
Toron*o (enest) Jobn H cUooald.
(est) Al«z.-M. Smith.
Vaiidr nil ■ A.-C. de Lotbinièra»Harwoud>
Verchères Félix Gt^firioa
Victoria. ... Jamt- s-W. Dunidbrd.
Waterloo (Koid) Hod. M.-U. Folex-
Waterloo (Sad) Jamra Cowan,
Wel laad Thomag CUrk Str«4i.
Wellingtou f NordJ T.-8. Parker
Wcllingion [SndJ David Stirton.
Wvutworth [Nord] William Hotman.
Wei tworth [BadJ Joseph Bymal.
Yamabka Moïne Fortif r.
York I Nord] Jamea-P. WelU.
YorkritPtJ AmoaWrIgbl
York [OaestJ L'hon. Wm..P. Howiand.
Pendant la session, M. Sicotle ayant .icceptc une place de jagr, M. Rcmi Ra)'Tnond fut clu pour le comté de Satnt-Hracinlhc.
M. Rankin ftit dcclanf clu membre du comté d'Esscx à U kssmm de 1864.
Cincj nouveaux conseillers législatifs furent élus en 1863 : MM. A. -A. Rumham (Newcastle), E. Pnidhomme (R^bwU» J.-S. bom (Wellin^on). B, Flint (Tient) et A. Vidal '^
forte opposition de la part des conservateurs, qui firent ressortir l'inconvenance de placer un ministre dans le fauteuil présidentiel ; ils votèrent contre lui avec les partisans de M, Sicotte. M. Wallbridge fut élu à une majorité de huit voix.
Dans le discours du trône, le gouverneur attira l'attention de la législature sur les mesures les plus pressantes, sur une loi de banqueroute, sur l'amendement des lois de la milice, sur la question des finances, etc.
M. Perrault, jeune député, proposa l'adresse, qui fut secondée par M. Chambers. Les débats furent longs et intéressants ; ils commencèrent parles explications données sur la recomposition du ministère. MM. John-S. McDonald, Sicotte, Foley, Mowat et Evanturel parlèrent sur le sujet. Les explications furent contradictoires sur plusieurs points ; mais elles laissèrent l'impression que le premier ministre avait employé des intrigues pour sacrifier M. Sicotte et ses collègues, afin de se maintenir au pouvoir.
La principale discussion eut lieu lorsque M. Sicotte proposa un amendement tendant à déclarer que l'organisation du ministère avait été faite d'une manière contraire à l'esprit de la constitution et aux usages parlementaires. M. Sicotte exposa les motifs de son opposition au ministère, et répéta l'histoire des négociations qui avaient eu lieu lors de la formation du cabinet. Il s'attacha à démontrer que la conduite du premier ministre avait été inconstitutionnelle, et ajouta que le principe de la double majorité avait été violé par le ministère au péril du Bas-Canada.
M. McGree développa le principe qui préside en Angleterre à la formation des ministères, cita
plusieurfi cas de crise ministérielle où les membres du cabinet avaient ou donné leur démission en corps, ou s'étaient présentés devant le peuple avec le même personnel.
M. John-S. McDonald avouA qu'il n'y avait pas à la vérité de précédent qui pût justifier sa conduite, mais il ajouta que nul ministre anglais ne s'était trouvé dans sa position. Il demanda à ses adversaires s'ils voulaient mettre des bornes au droit qu'a la couronne de choisir ses conseillers.
MM. Porion et Mo wat défendirent la conduite du ministère, et dirent qu'il n'y avait rien d'inconstitutionnel dans la forms^tion du cabinet. M . Mowat contesta aux chefs conservateurs le droit d'accuser les libéraux, lorsqu'ils avaient euxmêmes, en 1858, violé la constitution en refusant de se présenter devant le peuple.
MM. Cartier, Langevin, Gralt, Dunkin et Cockbum parlèrent en faveur de l'amendement Sicotte, qui fut repoussé à une majorité de trois voix. Le ministère se trouva sauvé par le vote de quelques députés qui s'étaient fait élire comme indépendants ou partisans de M. Sicotte. Cette mcgorité n'était pas suffisant pour qu'il pût s'occuper des affaires publiques avec la force et l'efficacité nécessaires.
Fendant la discussion de l'adresse, les députés s'occupèrent de singulières révélations contenues dans la Montréal Gazette. Il s'agissait d'une offre faite ouvertement par trois ministres à M. Ferrier, directeur de la compagnie du Grand Troue, de porter à cent cinquante piastres par mille le subside postal, pour obtenir en retour l'influence du Grand Tronc dans les élections de Montréal.
Les ministres essayè^pntde se laver de ces accusations, et nièrent avoir sollicité la compagnie de prendre part aux élections.
Un amendement de M. Ferguson, par lequel il demandait pour le Haut-Canada une augmentation de députés, réunit trente-trois membres, la plupart deargrits.
Quelques jours s'étaient à peine écoulés depuis les débats de l'adresse, que Ton apprit la nomination de M. Sicotte au poste de juge puîné à la cour supérieure. M. Sicotte venait cependant de censurer les membres du cabinet à son égard, et on le voyait tout à coup déserter son poste pour accepter un emploi secondaire. On donna pour excuse qu'il était fatigué do la vie publique, et qu'il était sans moyens pécuniaires. M. Sicotte eut le tort de ne pas attendre des jours plus favorables pour sortir de la vie politique. Il était encore dans toute la force de son énergie et de ses talents ; ses partisans étaient encore nombreux, il pouvait même prétendre à une haute position ; mais il abandonna tout, et cela, au moment même où sa voix pouvait donner la victoire à l'opposition, trahissant ainsi ses amis, ses alliés, et préférant ses intérêts pécuniaires à ses devoirs et à son honneur. Le peuple et la presse furent très sévères à son égard, ses amis mêmes se montrèrent humiliés de sa conduite. Tous regrettaient de voir M. Sicotte terminer si mal une carrière politique, pendant laquelle il avait montré de l'habileté et de la dignité, et conquis l'estime et le respect de tous les partis.
Les chefs libéraux, en éliminant de la chambre un chef important, afin de se maintenir plus longtemps au pouvoir, méritaient également le
blâme. IIb avaient souvent reproché aux gouvernements précédents des actes de corruption, et flétri l'acceptation d'emplois publics par des députés ; et on les voyait, lorsqu'ils étaient encore à peine en possession du pouvoir, commettre l'acte de corruption le plus éclatant. Jamais avant eux, aucun gouvernement n'avait osé se débarrasser d'un chef pendant la lutte.
L'opposition crut devoir protester contre cette acte, et sur proposition de M. Cockburn, présenta un vote de non-confiance relativement à la promotion de M. Sicotte au banc judiciaire. M. Dorion essaya d'excuser et de justifier l'acte du ministère ; il prétendit que M. Sicotte était un membre indépendant, et qu'on n'avait pas été le chercher dans les rangs de l'opposition ; enfin, il fit valoir les aptitudes de M. Sicotte pour les fonctions qu'on lui avait conférées.
Le gouvernement fut encore victorieux ; une majorité de deux voix sanctionna l'acte de corruption le plus regrettable, et cette majorité fut due à MM. O'Halloran et Foley, deux membres de ropi)osition, qui crurent devoir voter avec le ministère.
Contrairement aux promesses faites dans le discours du trône, M. J.-Sandfield - McDonald annonça que le ministère ne présenterait qu'une loi de milice, ferait voter les subsides, et qu'ensuite il ajournerait les chambres.
Le premier ministre présenta deux projets d'organisation militaire, qui remplaçaient la loi de 1855. L'un avait rapport à la milice sédentaire, qu'il divisait en trois classes et donnait au commandant le pouvoir de lever un certain nombre de miliciens, qui seraient tirés au sort, et
feraient six jours d'exercice. Le deuxième projet avait rapport à la milice active ; il portait de vingt-cinq à trente - cinq mille le nombre des volontaires, qui seraient habillés et équippés, mais non payés i)our Texercice. Il établissait deux écoles militaires dans le but de procurer aux officiers les connaissances nécessaires.
Le montant que demanda le ministre des finances pour les dépenses de la milice fut de #462,- 000. Les libéraux, qui avaient été si opposés au projet de milice du ministère Cartier, parce qu'il était très-coûteux, demandaient une somme assez rapprochée de celle qui aurait été nécessaire pour la mise à exécution de ce projet.
Les deux projets de milice furent votés à la troisième lecture par les trois quarts des députés ; une partie des conservateurs, MM. Cartier, Blanchet, etc., votèrent avec le ministère, tout en protestant contre certaines clauses, mais ils voulaient avant tout i)ourvoir à la défense du pays.
M. Holton, dans un discours plein de lucidité et de franchise, exposa Tétat réel des finances. Il annonça un déficit de près de deux millions, et avoua que ce fait d'une nature fort grave plaçait le crédit de la province dans un danger éminent Le premier devoir de la chambre était de faire face aux difficultés financières. Il dit qu'il était trop tard pour présenter sa mesure de taxation, mais qu'il le ferait à la prochaine session. Il fallait cependant prendre l'engagement de rétablir l'équilibre entre les déi)enses et les revenus, par l'imposition de nouveaux droits, afin de pouvoir être en état de négocier des emprunts.
Le ministre des finances fit connaître que sa politique future serait le libre échange, la taxe
directe, et le rétablissement des péages sur les canaux. Voici son opinion au sujet des taxes :
" J'incline à croire que nous pourrions avec beaucoup d'avantages alléger le fonds général du pays d'un nombre considérable d'items importants, laissant aux municipalités à les fournir au moyen d'une taxe locale. Nous devons aborder la question des taxes directes courageusement en face, et le moyen d'y arriver, c'est de familiariser le peuple avec la taxe directe dont je viens de parler. Si plusieurs de ces items, qui sont d'un caractère strictement Jpcal, étaient payés à l'aide d'une taxe locale imposée par les municipalités, nous aurions fait par là un grand pas vers un système rationel de taxes."
Les débats sur les subsides furent longs et importants. Le gouvernement dans le but d'économiser, réduisit plusieurs items de vingt-cinq pour cent, entre autres les octrois en faveur des institutions charitables. L'octroi de la colonisation fut diminué de cent mille à cinquante mille piastres.
Cette réduction excita à bon droit une forte opposition. M. Evanturel proposa un amendement par lequel il blâmait le gouvernement de ne pas recommander un octroi plus considérable en faveur de la colonisation. M. Bellerose en proposa un autre poar censurer la réduction des octrois des institutions charitables. M. Dorion allégua que les octrois en faveur des hôpitaux et des autres institutions avaient tellement augmenté, que leur réduction était devenue nécessaire en conséquence de l'état critique des finances. Il ajouta que la somme allouée aux chemins était suffisante, i^arce que la saison était
avancée ; on ne pourrait même dépenser utilement cette somme avant l'hiver.
Ces raisons étaient peu justifiables ; on pou- "vait voter cent ou deux cent mille piastres comme auparavant et les dépenser Tannée suivante, et Ton n'aurait pas alors retardé le progrès de la colonisation L'état des finances exigeait, il est vrai, une grande économie, mais une écomie rationelle, et non celle qui retardait l'ouverture des terres incultes, et qui enlevait aux institutions le moyen de soulager les pauvres et les infirmes. La conduite du gouvernement fut approuvée à une forte majorité.
Lorsque l'on demanda de former la chambre en comité des subsides, M. Galt proposa un vote de censure contre le ministère, parce qu'il voulait proroger les chambres avant d'avoir rempli la promesse faite dans le discours du trône, de faire disparaître le mauvais état des finances. M. Gralt, dans un discours modéré, parla longuement de l'état des finances, et reprocha à M. Holton de ne prendre aucune mesure pour porter remède à la crise financière, qu'il déclarait luimême imminente. Il rendit les libéraux responsables de la baisse qu'avaient subie les bons canadiens ; le rejet du projet de milice du ministère Cartier, la politique du ministère libéral au sujet du chemin intercolonial et du subside postal du G-rand Tronc, avaient contribué en Angleterre à créer de la défiance dans la stabilité de la politique canadienne. Le seul moyen d'arrêter la dépression du crédit était de pourvoir au déficit annuel, et il fallait le faire avant la prorogation dos chambres.
Au lieu de répondre aux accusations portées
contre lui et le gouvernement, M. Holton attaqua la carrière politique de M. Galt. Il répliqua que le gouvernement n'était pas responsable de la baisse des valeurs canadiennes sur le marché anglais, mais que certains membres de l'opposition s'étaient entendus avec les actionnaires du Grand Tronc, afin d'amener cette dépression dans le but de nuire au gouvernement.
MM. Rose, Langevin et quelques autres députés parlèrent de la question financière, après quoi, la motion de M. Galt fut mise aux voix et rejetée à une majorité de trois (i). Le ministère aurait été en minorité sans l'absence de M. Le- Boutiller et la défection de MM. Foley et O'Halloran, deux membres de ropiK)sition, qui votèrent avec le parti ministériel. La conversion de M. O'Halloran prit la chambre par surprise ; il
(i) Pour la motion de non-confiance : MM. Abbott, Alleyn, Archambault, Beaubien, 1^11 [Russell], Bellerose, Blanchet, Bown, Brousseau, Buchanan, Cameron, Carling, Cartier, Cartwright, Cauchon, Chapais, C»ckburn, Conger, Cornellier, Currier, Daoust, DeBouchemlle, Denis, Duckett,' DufresneS^Jpntcalm], Dunkin, Evanturel, Ferguson [Simcoc], Fergu on [ Frontenac], Galt, Gaudet, Harwood, Higginson, Irvine, Jackson, Jones, Knight, Langevin, John-A. McDonald, McGee, |Morris, Pin>onnault, Pope, Poulin, Poupore, Powell, Price, Raymond, Rob'taille, Ross [Champlain], Ross [Dundas], Shanly, Simpson, Street, Taschereau, Tassé, Turcotte, Walsh, Webb, Wilson et Wright [Outaouais] — 6i.
Contre : MM. Ault, Bell [Lanark], Biggar, Bourassa, Burwell, Caron, Chambers, Coupai, Cowan, Dickson, A. -A. Dorion, J.-B.- E. D«rion, Dufresne [Il)erville], Dunsford, Foley, Fortier, Gagnon, GeofTrion, Holton, Houile, Ilowland, Iluntington, Huot, Joly, Labrèche-Viger, Laframboise, Lajoie, D. A. McDonald, McDonald [Toronto], John-S. McDonald, Macfarlane, Mackenzie [Lambton], Mackenzie [Oxford], Mc(^ondey, McDougall, McGi vérin, Mcintyre, McKellar, Mowat, Munro, Nolman, O'Halloran, Parker, Paquet, Perreault, Pouliot, Rémillard, Richards, Ross [P. Edouard], Rymal, Scatcherd, Scoble, Smich [Toronto], Smiih [Durham], Soraerville, Stirton, Sylvain, Thibaudeau, Thompson, Wallbridge, Wells, White, Wood et Wright [York]— 64.
s'était engagé devant ses électeurs à ne pas supporter les libéraux et il avait été un des plus ardents à provoquer le vote de non-confiance. Il fut prouvé qu'il avait vendu son vote ; il en fut sévèrement blâmé et dans la chambre et par la presse. M. Foley, après avoir secondé la motion de censure proposée par M. Sicotte sur la formation inconstitutionnelle du ministère, crut devoir donner son vote en faveur du même cabinet. Sa conduite fut également censurée. Il passa cependant à l'opposition pendant la vacance.
Le résultat d'une session de trois mois fut une loi de milice, seule mesure du ministère, et une loi qui établissait une institution de crédit foncier. Le temps se passa en luttes ardentes et personnelles entre les libéraux et les conservateurs. Il était évident que les libéraux ne pouvaient continuer à occuper le pouvoir avec une majorité qui était tombée de huit à deux voix. Dans les trois luttes qu'ils eurent à soutenir, sous forme de votes de non-confiance, ils ne sortirent victorieux qu'à une majorité de deux et trois voix, et sans les actes de corruption Sicotte et O'Halloran, ils auraient été probablement défaits. Cette faible majorité les avait rendus incapables de faire une législation sérieuse, et forcés d'abandonner les mesures annoncées dans le discours du trône.
Les libéraux éprouvèrent dans la vacance une autre défaite ; leur nouveau solliciteur-général du Haut-Canada, M. Richards, fut vaincu à Leeds par M. Jones, son ancien adversaire. Ils essayèrent à refaire leur popularité au moyen de démonstrations publiques comme celles d'Outaouais et de Québec, qui n'eurent pas un grand
succès. Les conservateurs eurent aussi les leurs ; ce furent celles de Toronto et de Port Hope.
Les ministres réglèrent le subside postal du Grand Tronc en le fixant à cent piastres par mille. Ils conclurent aussi avec la compagnie des vapeurs de MM. Allan Jlae & Cie,un arrangement par lequel ils portèrent à cinquante-deux mille louis le subside annuel qui avait été de cent quatre mille louis depuis quelques années. Ils réglèrent encore la question du prêt des incendiés de Québec, et firent une remise des intérêts et de vingt par cent sur le capital. Les citoyens de Québec se hâtèrent de profiter des faveurs accordées par le gouvernement. Ils étaient surtout redevables de cette réduction à M. I. Thibaudeau, le président du conseil exécutif. Enfin, les ministres continuèrent les enquêtes dans plusieurs bureaux publics, et firent encore plusieurs destitutions.
^Le ministère McDonald-Dorion se décida à rencontrer les chambres sans apporter de changements dans son personel. Dans le discours que prononça le gouverneur, en ou^nrant la mémorable session de 1864, il annonçait plusieurs travaux publics, l'amélioration de la navigation du Saint-I^urent et de TOutaouais, une loi de banqueroute, l'amendement des lois sur les élections, sur Tenrégistremont et sur l'administration de la justice ; il parlait encore du traité de réciprocité, et de la translation prochaine du siège du gouvernement à Outaouais.
L'adresse ou plutôt la politique ministérielle fut longuement discutée, bien qu'aucun amendement ne fût proposé par l'opposition.
Quelques conservateurs, entre autres MM.
Bellerose et Blanchet, reprochèrent au gouvernement d'avoir apporté trop peu de soins à Torganisation des volontaires. Il avait dépensé près de cinq cent mille piastres pour l'entretien de la milice, et les résultats n'avaient pas été proportionnés à cette dépense, car une partie des volontaires s'étaient débandés. On discuta ensuite la destitution du major de Bellefeuille ; et, au grand scandale de la chambre, furent dévoilées des tentatives faites par le premier ministre pour gagner l'appui de trois membres de l'opposition. La défection de M. O'Halloran fut aussi mise à nu ; ces deux questions donnèrent lieu à des discussions trop animées et à des scènes désagréables.
M. Cartier, chef de l'opposition, passa en revue tous les actes du ministère depuis son avènement au pouvoir, ainsi que les questions mentionnées dans le discours du trône. Il traita avec succès et en homme d'état les questions des canaux et du traité de réciprocité. Il était d'avis que le rétablissement des péages sur les canaux était peu sage en présence du sentiment qui régnait aux Etats-Unis contre le traité de réciprocité, qui était à la veille d'expirer. Il fallait accorder la libre navigation des canaux aux Américains, afin de les engager à renouveler le traité. M. Cartier censura en termes énergiques le gouvernement sur sa conduite au sujet du chemin de fer intercolonial, blâma les destitutions de MM. Delisle, Brehault et autres comme injustes, et dit que les ministres les avaient destitués pour placer leurs propres amis.
M. John-Sandfield McDonald donna des explications au sujet du chemin intercolonial. Il
décl^kra que les négociations avaient été rompues avec les provinces maritimes. Mais le gouvernement avait fait entreprendre une nouvelle exploration par M. Fleeming, à ses propres frais, et sans s'être entendu avec les autres provinces. En faisant cette nouvelle exploration, le gouvernement ne s'engageait pas à la construction du chemin ; il voulait s'assurer du coût de cette vaste entreprise.
Il n'est pas étonnant que la question du chemin intercolonial n'ait pas été réglée ; la plupart des chargrits étaient opposés à cette entreprise, parce qu'elle favorisait spécialement le Bas- Canada, et plusieurs ministres, M. Dorion même, la considéraient comme trop coûteuse.
M. Gralt était surpris de voir dans le discours du trône des projets de travaux qui devaient exiger des dépenses considérables ; puis, examinant l'état des finances, il se demanda si les promesses de ces travaux étaient réellement faites de bonne foi. MM. Cauchon, liose, Langevin, McGee et Foley parlèrent contre la politique de l'administration. MM. McDougall et Mowat défendirent de leur côté, avec la plus grande habileté possible, la conduite du ministère, et attaquèrent les actes de l'administration des conservateurs.
Ce fut pendant les débats de l'adresse que l'on apprit la mort soudaine du juge en chef. Sir Louis-H. LaFontaine, qui causa des regrets universels. Les chefs de tous les partis, MM. Dorion, Cartier et autres, se plurent à rendre hommage au mérite et aux qualités de l'illustre baronnet. M. le juge Duval fut appelé au poste de juge en
chef, et M. Drummond remplaça M. Duval comme juge puîné de la cour du banc de la reine (i).
Après la discussion de l'adresse, il y eut quelques jours de calme. Le ministère McDonald- Dorion présenta plusieurs de ses mesures. Celle de M.Dorion, concernant les élections, pourvoyait à ce que les élections se fissent le même jour dans tous les comtés, accordait un seul jour de votation, augmentait le nombre de poils, et abolissant le jour de la proclamation. C'était une excellente mesure, qui dwait aroir l'effet de diminuer de beaucoup la corruption électorale, M. Dorion soumit encore un projet de loi judiciaire, qui créait de nouveaux tribunaux, et augmentait le nombre de juges, et une autre mesure concernant les shérifs. Un projet concernant les faillites, et un autre relatif aux mines et aux compagnies minières furent aussi présentés par d'autres membres du cabinet.
L'opposition, comme on l'a vu, n'avait présenté aucun amendement à l'adresse, ni aucun vote de non-confiance au ministère ; elle désirait donner au cabinet toute la latitude possible pour présenter ses projets, et voir s'il y avait de la sincérité dans ses promesses. Cei)endant les ministres libéraux ne recevaient pas de la chambre un appui suffisant ywur faire prévaloir leur jwlitique
(i) Depuis que les lib<frattx étaient au pouvoir, ilfi avaient fat juges les députés suivants: MM. Oonnor, Wllson, Loranger et Sicotte ; de plus, M. Drummond, qui n*avait pu se faire élire et M* C-J. Labcrge, juge suppléant. Parmi les autres nominations \m\ ortantes, on remarque les suivantes :
M. Malcolra Cameron, imprimeur de la reine, M. T. LeBcutillier, shérif de Montréal, M. L.-A. Dessaulles, greffier de la paix, Montréal, M. B . Holmej, percepteur des douanes, Montréal .
avec dignité, et passer leurs projets de loi. Ils essayèrent de se fortifier par quelques changements, et d'opérer une union avec les conservateurs.
M. John Sandfield McDonald fit des ouvertures à Sir Etienne Taché, afin de Tinviter à entrer dans le cabinet avec quelques-uns de ses amis, et lui laissa entendre qu'il n'aurait aucune objection à agir avec M. Cartier. Le premier ministre éprouva im refus ; Sir Etienne ne désirait pas entrer dansTa politique active. M McDo nald déposa alors sa démission et celle -de ses collègues entre les mains du gouverneur.
Le ministère McDonald-Dorion, abandonna le pouvoir, en s'avouant incapable de remplir son programme faute d'appui suJËsant. Il laissait les affaires de la province dans les mêmes difficultés où il les avait prises ; il n'avait accompli qu'un seul acte important celui de la milice, qui était reconnu plus ou moins efficace ; il avait encore réglé le subside jwstal accordé au Q-rand Tronc et à la compagnie des vs^eurs océaniques, et la^ questio^ des incendiés de Québec.
Ce ministère avait mal commencé son existence Le premier ministre avait répudié la double majorité avec plusieurs autres articles de son programme ; il avait chassé les hommes modérés du ministère, et les avait remplacés par des démocrates ou des libéraux aux vues dites • avancées. Son ministère avait été recomposé de manière à ne pas avoir le concours du tiers même des députés du Bas-Canada. Les intrigues trop évidentes du premier ministre pour s'attirer l'appui de plusieurs députés de l'opposition et la pénible affaire Sicotte, sont loin de jeter du crédit
1864] TiORD MONCK. 501
sur le» libéraux. Disons eu résumé que les libéraux, pendant les deux années qu'ils occupèrent le pouvoir, ne se montrèrent pas plus intégres que leurs adversaires, et commirent pour le moins les mêmes fautes qu'ils leur avaient si souvent reprochées.