FONDATEURS
Ursniines de Québec jMme. de la Peltrie
Congrégation de N. D., Montrai !§^^'' Mu^. Boargeois.
Séminaire de Québec.
Séminaire de Saint-Solpice, Montréal
Sœurs de la Congrégation, Québec
Ursulines des Trois-Rivières. .
Collège de Montréal
Séminaire de Nicolet.
Collège de Saint-Hyacinthe
Collée de Sainte-Thérèse
Collège de Chambly
Collège de Sainte-Anne
Université de Toronto
Collège de l'Assomption
CoUége McGill, Montréal
Collège de Kingston.
Eksoles Clirétiennes, Montréal..
Mgr. de Laval
Comp. de Montréal.. .
Mgr. de Saint- Valier. .
Mgr. de Saint- Valier. .
M. Curratteau, Sulpic.
M. Brassard, curé
M. Girouard, curé ....
M. Ducharme, curé.. . .
M. Mignault, curé ....
M. Painchaud, curé. .
M. Labelle, curé, Dr.
Meilleur, etc.
Hon. P. McGill
Mffr. McDonell
MM. les Sulpiciens
Histoire du Canada en tableaux, par Mgr. Langevin.
La Congrégation de Montréal établit plusieurs missions : à la Montagne (1676), transférée plus tard au lac des Deux-Montagnes, à la Sainte-Famille, lie d'Orléans (1685), quelques années après, au Château-Richer, à La Chine et à la Pointe-aux- Trembles (Montréal), à BoucherviUe (1703), à la Prairie de la Magdeleine(ver8 1703), à la Pointe-aux-Trembles, Québec, (1715), à Saint-Laurent, lie de Montréal (1732), à Saint-Denis (1783), à la Pointe-Claire, lie de Montréal (1784), à Saint- Eustache (1838). (Histoire de la Sxur Bourgeois. )
A mesure que la population augmentait, et que le besoin se faisait sentir, surgissait un de ces magnifiques établissements, qui font aujourd'hui la gloire du Canada catholique. Ces institutions ont imprimé aux Canadiens un caractère religieux et moral, qu'ils ont su assez bien conserver jusqu'aujourd'hui, et qu'il est désirable de voir se perpétuer. On doit donc une reconnaissance éternelle à ces prêtres désintéressés, à ces femmes remplies do charité et de zèle, qui sacrifièrent à l'éducation de la jeunesse leur santé et leurs épargnes, dans les moments si critiques de notre histoire. Si les Canadiens eussent dépendu uniquement de l'ancien gouvernement, ils se seraient trouvés presque sansmoyens d'éducation. Ils auraient manqué d'hommes capables de défendre leurs droits politiques et leur nationalité. Ils auraient été sans influence et n'auraient pu conquérir leurs droits et leur privilèges.
Pour nous résumer, disons qu'en 1841 l'instruction classique était très-répandue. Dans le Bas- Canada, elle pouvait être comparée avec avantage à celle des peuples les plus instruits de l'Europe, eu égard à la population. L'instruction populaire se développait assez rapidement dans les villes et dans quelques paroisses privilégiées, mais elle manquait presque totalement, à part Téducation religieuse, dans le plus grand nombre de nos campagnes. Plus de la moitié de la population canadienne en était privée complètement.
Dans le Haut-Canada, on avait passé diverses lois d'éducation en 1816, en 1820 et en 1833. Ces mesures, de l'aveu des membres de cette province, avaient été trouvées insuffisantes ; elle avaient manqué de pro-
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duire des résultats satisfaisants. La nouvelle loi fut donc bien vue de tous les partis. L'éducation élémentaire était passablement répandue parmi le peuple : cependant plus de la moitié des enfants était privée des bienfaits de Tinstruclion. Un certain nombre d'écoles supérieures appelées écoles de grammaire étaient en opération. Gomme institutions de première classe, il n'y avait que TUniversité de Toronto, établie en 1827 et liée avec l'église d'Angleterre, et le collège catholique de Kingston, fondé en 1837 par Mgr. McDonell. V Académie du Haut-Canada^ qui existait depuis cinq ans, fut, incorporée on 1841, sous le nom de Collège Victoria de Cobourg. Au mois de septembre 1841, une charte royale fut octroyée au Queen's Collège^ de Kingston. Cette institution, qui était liée à Téglise presbytérienne, ouvrit ses classes Tannée suivante. Le collège McGill, établi en 1835 par la générosité de l'Hon. M. Peter McGill, était dans le Bas-Canada la seule institution anglaise de premier ordre.
Une autre mesure importante fut celle qui établissait dans le Haut-Canada des corporations municipales, au moyen desquelles le peuple pourrait gérer à l'avenir ses affaires locales. Plusieurs réformistes s'opposèrent à certaines clauses, entre autres, à cellesqui laissaientàrexécutif la nomination des présidents et des trésoriers. Les libéraux du Bas-Canada les appuyèrent, tout en profitant de cette occasion pour essayer d'amender Tordonnance que le conseil spécial avait imposée à cette province, et qui était en plusieurs points semblable à la loi que l'on voulait établir dans le Haut-Canada. Ils désiraient enlever
au gouvernement la nomination des ofTiciers municipaux, changer les divisions des districts, et les chefslieux, que le gouvernement avait fixés d'une manière arbitraire. Ils ne s'opposaient pas aux institutions municipales, mais ils voulaient les établir sur un pied satisfaisant pour le peuple, qui les avait en aversion.
La loi fut discutée avec chaleur pendant plusieurs jours. M. Viger prononça un discours énergique, que nous reproduisons en partie : «J'ai examiné, disait-il, avec la plus stricte attention l'ordonnance du Bas-Canada, et je suis fâché de dire que le caractère de cette mesure ne peut être approuvé par personne. Elle a été passée par des personnes qui ne représentaient pas le peuple. Elle a établi un mécanisme de gouvernement inconnu jusqu'à présent du monde civilisé Le gouverneur divise à sa volonté la province,
qu'il morcelle en districts; il nomme certains officiers des conseils ; il contrôle les assemblées de ces conseils, et a le pouvoir de les dissoudre à sa volonté : c'est ce qu'on appelle des corporations municipales ! des institutions par lesquelles le peuple se gouverne lui-même ! Si la chambre peut se laisser prendre à un semblable piège, j'en serai bien étonné. Oh 1 mais le système est bien bon pour les pauvres Canadiens, diront certains membres, pour ces Canadiens à demi civilisés, qui n'ont aucun droit de se gouverner eux-mêmes ! Je ne veux pas que Ton me croie opposé aux institutions municipales ; mais celles qu'on nous offre ne sont pas ce qu'elles devraient être. Si l'ordonnance du Bas-Canada eût été soumise au peuple, elle ne serait pas devenue
loi ; parce que c'est une loi inique et sans exemple.... De telles lois, bien loin de promouvoir le bon gouvernement, ne peuvent que détruire la paix et l'harmonie du peuple. J'espère qu'on ne fera pas partager
au reste de la province le sort du Bas-Canada je
suis assez égoïste pour m'opposer à ce que tous ces beaux et grands avantages soient accordés aux Haut- Canadiens »)
M. le secrétaire Harrison, le moteur de cette mesure, dit que la responsabilité du gouvernement reposait sur ce projet de loi, et qu'il y tenait tel qu'il l'avait présenté. Il s'opposa à ce qu'on le comparât avec l'ordonnance du Bas-Canada. Comme cette dernière loi venait d'entrer en opération, il trouvait juste de ne pas l'amender pour le moment. Si l'expérience démontrait qu'elle contenait quelque chose de vicieux, il serait temps aloi*sd'y faire les changements nécessaires.
M. Baldwiu trouva injuste la conduite du ministère envers le Bas-Canada, en refusant d'amender l'ordonnance des municipalités. Ce n'était pas de cette manière qu'on gagnerait l'affectiiîn du peuple. « Si je croyais un seul instant, continua l'honorable membre, que le peuple du Haut-Canada fût disposé à agir injustement envers le Bas-Canada, je rougirais d'être son représentant. Tant qu'on établira de semblables distinctions, c'est en vain que l'administration nous dira qu'elle désire nous voir unis....» M. Baldwin engagea fortement le ministère à ne pas imposer une mesure contraire aux désirs du peuple, mais plutôt à l'amender de manière à la rendre utile et efScace.
Sir Allan McNab et quelques autre? coiiservateurs
parlèrent contre la mesure, parce qu'ils étaient oi» posés aux institutions municipales ; ils ne voulaient pas concéder au peuple de si grands pouvoirs. Une majorité de quelques voix se prononça en faveur de l'acte du Haut-Canada, et refusa en même temps d'amender l'ordonnance du Bas-Canada. On remarqua avec chagrin M. Hincks et quelques députés d'origine française appuyer le parti ministériel dans cette question si importante pour l'avenir du peuple (M-
La législation criminelle reçut de grandes modifications, grâce à trois lois qui furent rédigées par M. Black, député de Québec. Le premier de ces actes avait rapport au crime de larcin, le deuxième regardait les injures malicieuses et le troisième traitait des offenses contre les personnes. Ces changements adoucissaient la sévérité des lois criminelles, en réduisant de beaucoup les offenses capitales. La peine du pilori fut aussi abolie, et l'on substitua le pénitencier à la déportation. Les anciennes lois, par leur sévérité, répugnaient aux mœurs de ce siècle ; d'ailleurs, leur excès de rigueur assurait assez souvent l'impunité des coupables. Cette nouvelle législation mettait le Canada sur le môme pied que l'Angleterre, qui avait déjà adopté la même réforme. Le savant juge de l'amirauté reçut des Canadiens les plus grandes félicitations pour les changements qu'il venait d'introduire dans la législation canadienne.
Des amendements furent faits aux lois qui régissaient les cours de districts et à celles qui concer-
^ ' ) MM. Ruel, Quesnel, Tascherean et Raymond,
naient le recouvrement des petites dettes dans le Haut-Canada. Une autre loi établissait dans le Bas- Canada des cours de districts ayant juridiction dans les affaires civiles au-dessous de £20 (*), et des cours de divisions pour affaires au-dessous de £6 5 0. Cet acte, qui resta en force jusqu'en 1844, remplaça les cours de shérifs érigées par le conseil spécial.
Au nombre des autres actes importants étaient ceux qui pourvoyaient à la traduction des lois en français, à la fixation du cours monétaire et à la création d'un bureau des Travaux-Publics, dont la nécessité se faisait vivement sentir. Un projet de loi ayant pour but de perfectionner les actes des élections, fut aussi passé par les deux chambres, malgré l'opposition du gouvernement. Le gouverneur le réserva à la sanction royale : c'était vouloir qu'il ne devînt pas loi. C'est ce qui eut lieu en effet.
Le conseil législatif refusa son concours à dix-huit projets de loi soumis par l'assemblée. De ce nombre était celui qui accordait aux pétitionnaires des élections contestées un délai pour se conformer aux réquisitions voulues par la loi, un autre était relatif à l'indépendance des juges, un troisième devait rendre électif le conseil de ville de Québec. En rejetant des mesures si nécessaires et si justes, le conseil s'exposait à renouveler les anciennes divisions qui avaient existé entre les deux chambres et à s'aliéner l'esprit du peuple.
On peut dire qu'en général cette session porta de bons fruits ; elle vit passer plusieurs mesures de la
( ' ) Conformémeiit à cette loi, vingt-deux districts furent érigés dans le Bas-Canada et cinq juges furent nommés : MM. H. Guy, Wm. Power, A. -N. Morin, CT-E. Mondelet et C. McKay.
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plus grande utilité. Le commerce allait recevoir une nouvelle impulsion par les travaux qui devaient être exécutés; la législation crimineUe avait été dépouillée de son ancienne sévérité ; la loi des écoles était destinée à répandre les bienfaits de l'éducation par tout le pays, jusque dans les rangs les plus obscurs de la population. Ces mesures d'intérêt général, proposées par le gouvernement, furent accueillies avec plaisir par les libéraux, qui leur donnèrent un appui cordial. Ils auraient été pleinement satisfaits, s'ils eussentobtenu certaines réformes qu'ils réclamaient à bon droit. Quoique en minorité, ils protestèrent chaque fois que l'on refusa de leur rendre justice, et restèrent fidèles à leur devoir. Quelques-uns d'entre eux, dans une ou deux circonstances importantes, se rangèrent, il est vrai, à la politique ministérielle ; mais ils ne tardèrent pas à être condamnés sévèrementpar leurs constituants, qui allèrent jusqu'à leur demander de remettre leur mandat. L'opposition du ministère à l'amendement de l'ordonnance des municipalités, à l'examen des pétitions des élections contestées, à l'adoption du projet de loi des élections, était guère de nature à calmer la population libérale du Bas-Canada. Elle aggravait encore la position de ce parti, qui était déjà assez pénible.
Vers la fin de la session, Lord Sydenham tomba grièvement malade des suites d'une chute de cheval. Cet accident hâta la fin delà session. Le 18 septembre, le parlement fut prorogé par le major général Clitherow, nommé à cet effet député-gouverneur. Le lendemain, le gouverneur mourut à Kingston, n'étant âgé que de 42 ans. Cette mort si inattendue
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causa un grand regret malgré les divergences d'opinion au sujet de sa politique. Il fut inhumé le 24, dans la capitale, avec tous les honneurs dus à son rang. Le môme jour, le général Jackson prêta serment comme administrateur de la province.
Lord Sydenham (connu d'abord sous le nom de Charles Poulett Thompson), est né en Angleterre en 1799. La réputation qu'il avait acquise dans les affaires commerciales le firent bientôt connaître des hommes d'état de la métropole, qui le placèrent à la présidence du bureau de commerce. Il occupa ce poste élevé pendant plusieurs années. En 1839, il fut appelé à remplacer Sir John Colborne, comme gouverneur-|?énéral des Provinces Britanniques. L'année suivante, on le créa pair du Royaume-Uni avec le titre de Baron de Sydenham et de Toronto^ et, quelques jours avant sa mort, il recevait le*^ insignes de l'ordre du Bain.
Lord Sydenham était remarquable par ses profondes connaissances. Il était surtout très-versé dans les affaires parlementaires, et possédait les qualités nécessaires pour la conduite d'un corps représentatif. Doué d'une énergie extrême, amateur du travail, il s'occupa sans interruption de la tâche que le gouvernement impérial lui avait imposée. Dans la vie privée, il gagna par ses belles manières l'affection de ceux qui furent admis dans son intimité.
Pour première mission, il reçut ordre de préparer les voies ù l'union des deux provinces. C'était une tâche très-difficile à remplir : les partis étaient divisés plus que jamais : ils se ressentaient encore de la secousse des troubles insurrectionnels. Lord Syden-
1 04 SYOENHASf . [1 84 1
ham arracha au conseil spécial du Bas-Canada un simulacre de consentement au projet d'union, et ne s'occupa nullement de la protestation de toute une population contre cet acte injuste. Dans le Haut-Canada, il parvint, à force d'habileté et d'intrigues, à gagner une majorité de la législature en faveur de ses vues. Fier de ce succès, il rédigea à la hâte, avec Taide de quelques amis, l'acte constitutionnel; il parvint, grâce à son influence et à des moyens plus ou moins honnêtes, à le faire adopter par le parlement impérial. Sans attendre la proclamation de l'Union et la convocation de la nouvelle législature, il lit passer par le conseil spécial, composé de ses créatures, plusieurs ordonnances dont les unes étaient bonnes dans leurs principes, mais mauvaises dans certaines de leurs dispositions ; les autres étaient iniques dans toute leur teneur. Ces ordonnances faisaient peser des taxes considérables sur les habitants du pays et changeaient plusieurs de leurs anciennes coutumes. Une autre mission de Lord Sydenham fut de faire fonctionner l'acte d'union et d'administrer les affaires d'après les principes du gouvernement responsable. Il pouvait rétablir la tranquillité publique, et être le régénérateur du pays, en rendant justice égale à tous les Canadiens, sans distinction d'origine ; par une conduite libérale, il eût posé les fondements d'une nouvelle ère de bonheur. Au contraire, il s'appliqua à briser les partis, afin de n'en laisser aucun gagner une position saillante sur la scène politique, et de conduire lui-môme les affaires publiques (i). Il
(^) Dans une lettre privée en date du 27 juin 1841, Lord Sydenham écrivait ce qui suit: " My officen (ministera),
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se plut surtout à exclure la moitié de la population française de toute participation aux affaires politiques et aux principaux emplois, et il la tint dans une position humiliante. Il donna une preuve de son mépris pour cette origine dans la proclamation de rUnion, où il exprimait pour le HautrCanada « des sentiments d'affection aussi bien que d'intérêt,» laissant à supposer par son- silence quels sentiments il éprouvait pour l'autre province.
Il lui fallait cependant une majorité représentative pour faire approuver l'Union. Comme nous l'avons déjà vu, il obtint cette majorité par la violence, les intrigues, et priva les électeurs de leur droit de vote, moyens tout à fait inconstitutionnels. Mais cette majorité ne représentait pas les vœux du peuple. Plusieurs fois elle lui lit défaut et mit ses projets en grand danger: preuve, son projet d'émettre de papier-monnaie, qui fut repoussé ; les actes concernant les élections, qui furent adoptés malgré le gouvernement; l'acte des municipalités du Haiït- Canada, qui ne passa qu'à la majorité de quelques voix.
C'est à tort qu'on a vanté les succès de cette administration : ces succès ne furent qu'apparents. On crut que Lord Sydenham était parvenu à rétablir la
throngh the beat men, I believe, for their departments that can befoond, were unfortunately, many of them, turpopular from iheir previouB condact, and none of them sufficiently acquainted with the manner in which a govemement through parliament ■honld be condacted to render me any assistance in this matter. I had therefore to fight the whole battle myself ; and it has been a considérable poU on both one's address and temper— particalarly as I had a ministerial crisis on my hands on the*very day of the meeting. The resnlt, however, has been complète snç- ÇM8...... " {L^e ofLord Sydenham,)
X)aix ; cependant le mécontentement était presque général parmi le peuple. Ce gouverneur déclara luimôme qu'il ne pouvait laisser partir un seul soldat de la nombreuse armée que l'Angleterre entretenait à grands frais depuis les troubles. Il laissa donc à son successeur des embarras et des obstacles nombreux ; les affaires étaient dans un état de confusion. Les mesures importantes qu'il, fit passer, ne pourront jamais faire oublier la politique tyrannique qu'il suivit à l'égard de la population libérale : il ne lui laissa pas même une étincelle de confiance dans son cœur. Les faits sont là ; l'écrivain fidèle doit les consigner dans l'histoire de son pays tels qu'ils se sont produits. Jamais un Canadien-Français ne pourra louanger cette administration qui, dans le temps, a été honnie par tous ses compatriotes.
Cette politique si injuste ne pouvait subsister longtemps. En effet, on verra bientôt le parti qui l'a approuvée s'éteindre rapidement, et le parti libéral, si grandement outragé, sortira victorieux et plus puissant que jamais.
Quant aux Haut-Canadiens, ils furent généralement satisfaits de l'administration Sydenham, qui leur avait été favorable sous tant de rapports. Ils étaient devenus les maîtres du pouvoir ; ils avaient obtenu une représentation considérable, leurs finances étaient prospères, le siège du gouvernement et enfin une large part dans la distribution des deniers publics leur étaient accordés.
Les relations amicales entre l'Angleterre et les Etats-Unis faillirent être rompues à cette époque, par
deux graves difiBcultés. La première, la question des frontières entre la République Américaine et les Possessions Britanniques, dans les environs de la rivière Madawaska, existait depuis quelque temps, et fut sur le point de conduire à des hostilités ouvertes. Une partie du territoire en litige avait été occupée par les troupes anglaises à Madawaska. L'Etat du Maine considéra cette prise de possession comme une violation directe et flagrante des arrangements qui existaient alors. Cette question devait bientôt se régler paisiblement par des arbitres que nommèrent les deux pays.
La seconde difficulté s'éleva au sujet d'un Canadien du Haut-Canada, nommé Alexander.McLeod, qui fut pris, au mois de janvier 1841, sur le territoire américain, et incarcéré par les autorités de l'Etat de New-York, sous l'accusation d'avoir participé au désastre dn bateau à vapeur « Caroline, » lors des troubles insurrectionnels. Le gouvernement anglais condamna amèrement cet acte, et demanda la mise en liberté du prisonnier McLeod. Il allégua que Tacte de l'incendie de la «Caroline» avait un caractère public ; que cet acte avait été comploté et exécuté par des personnes dûment autorisées, par le gouvernement colonial, à prendre les mesures jugées nécessaires pour la protection de la vie et des propriétés des sujets anglais ; et, comme ces personnes avaient accompli un acte de devoir public, elles ne devaient pas être jugées par un tribunal étranger. Le gouvernement américain ne tint pas compte de ces remontrances : il laissa régler la question par l'Etat de New-York. L'Angleterre souffrit cette hu-
miliation. McLeod eut son procès à Ulica ; mais le jury, faute de preuves sufTisanles, acquitta le prisonnier, qui fut libéré après environ un an de réclusion.
Ce fut le 21 janvier 1841 qu'eut lieu Tinstallation du chapitre de Montréal, institué pour le service de la cathédrale, afin d'aider Tévùque dans le gouvernement de son diocèse. Cette cérémonie, faite au milieu d'un grand concours, fut présidée par Mgr. de Nancy. Le chapitre se composa d'abord des chanoines titulaires A. Manseau, V. G , IL Hudon, J.-C. Prince, A.-F. Trudeau, Et. Lavoie et J.-O. Paré, et des Chanoines honoraires, les vicaires-généraux du diocèse, V. Quiblier, Viau, F. Deniers, P. Archambault et J.-Z. Caron. Cette institution n'était pas nouvelle dans l'église du Canada. Un chapitre avait autrefois existé dans l'ancienne capitale de la colonie ; et ce ne fut que par le malheur des temps que ce corps si utile s'éteignit (*).
Quelques missionnaires de la société des Oblats vinrent, en 1841, se fixer à Montréal, d'après la demande de Mgr. Bourget. Le Rév. Père Honorât, déjà connu par sa piété et ses connaissances, était le supérieur de la mission. Cet ordre s'est répandu ensuite dans plusieurs endroits du Canada, il a rendu à la religion de grands services par les prédications et le zèle apostolique de ses membres.
Les Canadiens reçurent, en 1840 et en 1841,1a visite du comte Forbin-Janson, évèque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine. Cet illustre prélat rendit son séjour remarquable par ses nombreuses
(^) Mélanges Hdigieux de 1841.
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et savaates prédications. Son éloquence fit une impression profonde sur toute la populatien catholique : aussi en reçut-il des" marques touchantes d'estime, et son souvenir est-il resté vivace dans son cœur.
Un autre personnage éminent, M. Vattemare, visitait aussi le pays, dans un hut tout à fait philanthropique : c'était de réaliser et de propager entre les diverses nations un système d'échange de livres, d'objets d'art, de science, etc. Le généreux et célèbre voyageur parvint à créer, dans les principales villes de r\mérique, une noble émulation pour réaliser ce but excellent. Son plan fut adopté par les deux populations du pays.
Les Canadiens-Français eurent à déplorer, en 1 84 1 , la mort de l'hon. M. Joseph Papineau, doyen des notaires du Bas-Canada, et un des premiers membres de l'ancien parlement provincial. Ce citoyen, aussi distingué par son caractère et son patriotisme, que par ses vertus et son grand âge (88 ans), était le père de riio'.î. M. Louis-Joseph Papineau. On remarque aussi le décès du colonel Joseph Bouchette, arpenteur-général du Bas-Canada, auteur du magnifique ouvrage intitulé « Description Topograi)hique du Canada» et de précieuses cartes de la province. On peut ajouter à ces deux noms celui de M. l'abbé Jean Raimbault, supérieur de Nicolet depuis de longues années. M. Raimbault, français de naissance, avait été contraint de fuir le flot révolutionnaire de 1793; il était arrivé deux ans après au Canada, qu'il adopta pour sa patrie et dont il fut une des gloires par ses talents et son intelligence (i).
(1) Moururent aussi en 1841 M. J.-L.-M. Sauvage du Chatillonnet, autre prêtre, français de naissance, de m maison do