ADMINISTRATION DE LORD ELGIN (SUITE
CONTINUATION DU MINISTÈRE LA FONTAINE-BALDWIN. — SESSION DE 1849. — TROUBLES, INCENDIE DU PARLE- MENT.— MOUVEMENT ANNEXIONNISTE.
Changements ministériels. — Ouverture de la session de 1849. — Rétablissement de la langue française. — Débats sur la constitution et sur la réforme électorale, MM. Papineau et LaFontaine. — Loi électorale, émigration, commerce et tarif . — Université de Toronto, actes concernant l'éducation. — Chemins de fer. — Actes judiciaires. — Amnistie générale. — Acte d'indemnité, débats violents, scène de vandalisme. — Le gouverneur insulté, incendie des bâtisses du parlement et de la bibliothèque, dévastation de propriétés. — Approbation de la conduite du gouverneur, opinions des membres sur l'émeute. — Montréal perd le siège du gouvernement. — Ligue Britannique. — Mouvement annexionniste.
La session de 1849 fut ouverte le 18 janvier. Cette session est la plus mémorable de toutes celles de l'Union, et par le nombre de mesures importantes qu'elle vit passer, et par les luîtes formidables quienflammèrent les partis politiques, et qui ne se terminèrent que par l'incendie des édifices du parlement.
Après leur avènement au pouvoir, les ministres s'étaient présentés devant leurs électeurs, et avaient tous été réélus par acclamation, ou par une forte majorité. Ce résultat proclamait hautement la popularité des membres de l'administration. Quelques
changements avaient eu lieu pendant la vacance. M. W.-H. Blake fut fait solliciteur -général du Haut- Canada, et M. L.-T. Drummond accepta pour le Bas- Canada le môme poste, laissé vacant par la retraite de M. Aylwin, qui fut nommé juge à la cour du banc de la reine. Quoique ces deux emplois fussent responsables envers le peuple, les deux nouveaux solliciteurs-généraux n'eurent point de siège dans le cabinet. L'administration s'était en cela rendue au désir de plusieurs membres de la chambre, qui avaient, à la dernière session, émis l'opinion que les solliciteurs-généraux et les commissaires des travaux publics ne devaient pas faire partie du cabinet. Le 16 septembre, M. Sullivan donna sa démission, et fut nommé juge dans le Haut-Canada. Ce fut M. Leslie, président du conseil exécutif, qui le remplaça comme secrétaire provincial. Enfin, M. W.- H. Merritt fut nommé président du conseil exécutif. Si l'administration perdait dans MM. Sullivan et Aylwin les deux premiers orateurs des chambres, elle faisait une magnifique acquisition dans les personnes de MM. Merritt, Blakn et Drummond, qui étaient des hommes remarquables par leurs talents et leurs connaissances.
Trois nouveaux députés apparaissaient pour la première fois sur la scène politique : MM. L.-M. Viger, Polette et Cartier. Ce dernier, élu par le comté de Verchères, était destiné à parcourir une brillante carrière, et à devenir un de nos premiers hommes d'état. M. Galt, autre membre distingué, fut aussi, pendant la session, élu pour la première fois par le comté de Sherbrooke. Huit nouveaux membres
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avaient été appelés au conseil législatif depuis la session de 1848. MM. E.-P. Taché, Leslie, Turgeon, Quesnel, Bourret, Saveuse de Beaujeu, John Ross et Louis Méthot. Par ces nominations, le ministère LaFontaine-Baldwin voulut rendre justice à la population française. En effet, depuis l'Union, cette origine n'avait pas été représentée avec assez de justice dans le conseil législatif, elle n'entrait pas même pour le tiers dans la composition de cette chambre. Ces nominations donnaient, en même temps, une forte majorité en faveur de la politique libérale, dans cette branche de la législature.
Lord Elgin inaugura le rétablissement de la langue française dans le parlement canadien. L'Angleterre venait de rappeler la clause vexatoire de la constitution qui proscrivait notre belle langue dans les procédés législatifs ; elle s'était aussi déterminée à accorder une amnistie générale aux Canadiens impliqués dans les troubles politiques.
"Je suis fort heureux, dit Lord Elgin, d'avoir à vous apprendre que, conformément au désir de la législature locale, exprimé dans une adresse des deux chambres du parlement provincial, le parlement impérial a passé un acte révoquant la clause de l'acte d'union qui imposait des restrictions à l'usage de la langue française.
" Je suis autorisé à vous informer que Sa Majesté a résolu d'exercer la prérogative de sa clémence, en faveur de tous ceux qui sont encore sous le poids des conséquences pénales d'offenses politiques, résultant des malheureux événements de 1837 et 1838; et j'ai reçu ordre de la Reine de vous inviter à con-
courir avec moi à la passation d'un acte pour donner leur plein effet aux très-gracieuses intentions de Sa Majesté."
Lord Elgin poussa la générosité ,et la courtoisie jusqu'à prononcer lui-même le discours du trône dans la langue française. C'était une chose inouïe dans les fastes parlementaires ; car autrefois, les gouverneurs du Bas-Canada lisaient leurs discours en anglais, et le président du conseil législatif en repétait la lecture dans la langue française. Cette bienveillance de la part du gouverneur causa une profonde sensation Les Canadiens-Français étaient heureux de voir la réhabilitation de leur langue proscrite par les haines anglaises ; c'est à cette occasion que le vénérable M. Viger, laissa échapper ce cri d'une âme émue : " Que je me sens soulagé d'entendre dans ma langue les paroles du discours du trône ! "
Le gouv^erneur attira l'attention des chambres sur plusieurs mesures, entre autres, sur l'augmentation de la représentation, sur la modification des lois des écoles, de judicature et des municipalités, et sur la continuation des canaux du Saint-Laurent. Il annonça encore que le parlement impérial avait accueilli favorablement ses représentations au sujet du rappel des lois de la navigation.
L'adresse proposée par M. Dumas, fut discutée longuement. Les conservateurs ne présentèrent pas d'amendement, mais M. Papineau en présenta un au paragraphe suivant: " La chambre a l'assurance que les preuves qu'a données le peuple du Canada, pendant cette période d'excitation et de malaise
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général, de son amour de l'ordre et de son attachement à ses institutions, tendront à asseoir le crédit de la province sur une base plus solide, et à l'avancement de sa prospérité."
L'amendement de M. Papineau portait le cachet des idées démocratiques, et tendait à dire que le peuple canadien méritait, par son amour de l'ordre, une constitution meilleure que celle qu'il avait. Voici en quels termes était conçu cet étrange amendement :
" Que cette tranquillité que le peuple des Canadas a conservée au milieu de l'agitation profonde et générale qui a poussé les nations les plus éclairées de l'Europe aux plus nobles efforts, souvent suivis d'heureux succès, pour réformer leurs vicieux gouvernements, follement attachés à des usurpations surprises par la fraude, ou conquises par la violence durant la barbarie du moyen âge, mais devenus intolérables et bientôt impossibles en présence de la libre discussion de la raison et les lumières du dixneuvième siècle, prouve que les Canadiens de toutes les classes et de toutes les origines sont amis de l'ordre, à ce degré qu'ils ont bien droit d'être dotés d'une constitution politique beaucoup plus libre et libérale, que ne l'est la loi constitutive et défectueuse qui leur a été imposée, contrairement à leurs désirs connus et exprimés par leurs remontrances et leurs pétitions réitérées, contre la réunion des deux Canadas, sagement séparés, et pour leur mutuel avantage, en 1791 ; Que jusqu'à ce que le vœu philanthropique et judicieux de ce grand et prévoyant homme d'état, Charles James Fox, soit accom-
pli ; c'est-à-dire, jusqu'à ce que nos institutions aient été réformées par l'extension du principe électif à beaucoup d'autres emplois et départements que ceux où il prévaut, au point, disait-il, que les Canadiens ne devraient avoir rien àenvier à leurs voisins, nous n'avons pas plus de chance dans l'avenir que nous en avons eu durant un long et pénible passé, d'obtenir le bon gouvernement de la province, et par son bon gouvernement, la prospérité générale et le contentement général de ses habitants."
Au paragraphe de l'adresse concernant la réforme électorale, M. Papineau proposa que la représentation fut répartie d'après le chiffre de la population. Il fit trois longs discours dans lesquels il exprima sa satisfaction d'avoir entendu le discours du gouverneur dans sa langue maternelle ; mais il déclara ne voir rien de louable dans ce discours, qui n'était fait que pour tromper la chambre. Puis il dirigea ses attaques contre le ministère, contre l'union des provinces et contre la presse. Il reprocha aux ministres d'avoir accepté le pouvoir, et de s'être mis en contradiction avec eux-mêmes, et avec leurs protestations contre l'acte d'union, en 1841. " Loin de penser comm.e eux, ditril, je trouve la constitution extrêmement fautive, tyrannique et démoralisatrice. Conçue par des hommes d'état au génie aussi étroit que malfaisant, aussi petit qu'était grand un de ceux qui, dans des circonstances plus heureuses, avaient préparé l'acte de 1791, elle n'a eu jusqu'ici, et ne peut avoir dans la suite que des effets dangereux, des résultats ruineux et destructifs. C'est du moment que le parti lébéral est monté au pouvoir que
j'ai vu qu'on voulait nous demander cette approbation avilisante et sans condition de l'acte d'union, et c'est de ce moment que je résolus de ne plus donner ma confiance à des hommes sur de simples promesses, mais de toujours juger les hommes d'après
leurs actes Pour de véritables libéraux, il y avait
des conclusions plus nobles, infmiment plus honorables, et pour le gouvernement et pour le peuple, à tirer de la tranquillité qui règne, je dirai à un degré lamentable, dans la province : c'est, entre autres, que le peuple, qui savait ainsi aimer l'ordre, ne renonçait pas pour cela au désir d'obtenir plus de, liberté, n'était pas insensible à l'injustice de l'acte d'union des deux Canadas, mais que pour prix de cette tranquillité, il méritait la confiance des autorités supérieures, et que le temps était venu où l'on pouvait lui accorder de larges libertés."
M. Papineau demanda quelle était la disposition de l'acte d'union qui méritait d'être approuvée ? Le système de la représentation avait été faussé, sans l'ombre d'excuse, dans cet acte arbitraire ; les bourgspourris avaient été multipliés sans réserve. Le ministère s'attachait à les conserver, et il offrait une mesure de représentation où rien n'était changé, approuvant ce qu'il avait condamné dans des temps passés. Son opinion était que plus tôt viendrait la séparation des deux provinces, mieux ce serait pour elles. Jusqu'à présent l'attention s'était portée surtout à la réforme électorale, non pas parce que c'était la seule réforme désirable, mais parce qu'elle était un moyen de conduire au rappel de l'Union. Tous les hommes de bon sens voyaient combien
grande était la difficulté de législater pour deux pays si différents en tous points. " Quant à moi, dit-il, je ne veux ni souffrir ni pratiquer une injuste domination ; et si plus tard le Haut-Canada avait une population plus considérable, et demandait, ce qu'il ne peut manquer de faire, la majorité de la représentation, oui, je voterai pour l'application générale de ce principe essentiel au gouvernement constitutionnel, la représentation proportionnelle ù la population. Il n'y a aucun risque à ce que la différence de deux cent mille âmes, qu'il y avait en 1843, entre le Haut et le Bas-Canada, s'efface rapidement, pour que le procureur-général et le représentant de Saint-Maurice soient de leur vivant mis à l'épreuve, sur la manière dont ils auront à voter, dans l'éventualité d'un surplus de population dans le Haut-Canada. Loin de se décourager à la vue d'un accroissement beaucoup plus rapide de population dans une section que dans l'autre, la seule conclusion raisonnable et patriotique qu'il en faut déduiie, c'est qu'il n'y a pas un jour, une heure à perdre, mais qu'il faut au plus vite demander le rappel de l'acte d'union."
Dans un autre endroit, M. Papineau dit que l'annexion est inévitable, que tout l'amène. Ce n'est pas la guerre qui y conduira, ce sont les négociations. Elle n'est plus qu'une question de temps, nullement un sujet de doute et d'incertitude. Dans cette prévision, ceux-là seraient aveugles, qui imagineraient devoir ajourner jusque-là la demande du rappel de l'Union. 11 ne faut pas attendre que le fait soit accompli pour commencer à préparer le peuple à pouvoir se gouverner sous l'action de ses nouvelles destinées.
M. Papineau se plaignit de ce que le quorum de la chambre, fixé à vingt membres, n'étaitpas assez élevé, et il trouvait absurde la qualification des députés. Il n'y avait que le riche qui pût être envoyé au parlement ; un homme sans propriété, eût-il les plus grands talents, ne pouvait jouir du même droit. Aux Etat-Unis cette qualification n'existait pas. Il blâma l'administration d'avoir placé deux de ses membres sur le banc des juges, quoiqu'il reconnût leur capacité. Les juges doivent être pris hors de la chambre. Suivant lui, les canaux ne valaient rien, et les vaisseaux d'outre-mer ne monteraient jamais jusqu'aux lacs. Enfin, il déclara que le ministère ?orj/, dont il avait pensé tant de mal, et le ministère libéral, dont il avait espéré tant de bien, avaient également trompé ses espérances.
M. LaFontaine se leva pour répondre à M. Papineau, et dans un discours vraiement éloquent, il déclara qu'il s'était cru obligé d'accepter le pouvoir après les vives sollicitations de ses amis politiques. S'il avait alors commis une faute, ceux qui l'avaient supporté en étaient responsables autant que lui. "Toujours, dit-il, si cette faute a été heureuse pour quelqu'un, c'est pour le représentant du comté de Saint-Maurice (M. Papineau). Mais loin d'avoir commis une faute, je crois avoir rempli un devoir. Tous auront la conviction que les intérêts du Canada, loin d'avoir été foulés aux pieds, sont sortis vainqueurs de la lutte. Un des heureux résultats qui en soient découlés, est le rétablissement de l'usage de la langue française en parlement, C'est une preuve que pendant que nous étions en minorité, nous ne perdions pas de vue la pensée de l'Union.
" Quelles auraient été les conséquences de l'adoption du combat à outrance qu'on nous reproche do n'avoir pas adopté ? Si alors les représentants du Bas-Canada s'étaient tenus isolés, au lieu d'accepter les offres qui leur donnaient le moyen de faire disparaître cette clause de proscription, les Canadiens n'auraient jamais pris part à l'administration ; ils auraient été éôrasés. Auriez-vous obtenu, avec ce système d'opposition à outrance, le rappel de cette clause de l'acte d'union ? Non, vous ne l'auriez jamais obtenu, et mes compatriotes seraient aujourd'hui écrasés
"Si, en 1842, nous avions adopté le système de l'honorable membre, aurions-nous été dans une position à solliciter, à presser, comme nous l'avons fait, le retour au pays de nos compatriotes exilés ? Si nous n'avions pas accepté une place dans l'administration, en 1842, aurions-nous été dans une position à obtenir, pour l'honorable membre en particulier, la permission de rentrer dans sa patrie, permission, pour l'obtention de laquelle je n'ai pas hésité, pour vaincre des refus réitérés de la part de Sir Charles Metcalfe, d'offrir ma démission ù des emplois largement rénumérés, que je possédais alors. Voilà cependant l'homme qui, obéissant à son ancienne habitude de déverser l'injure et l'outrage, ose en présence de ces faits, m'accuser, ainsi que mes collègues, de vénalité, d'amour sordide des emplois, de servilité devant le pouvoir."
M. LaFontaine s'exprima ainsi au sujet des remarques de M. Papineau sur la représentation : " 11 (M. Papineau) trouve injuste ,1a clause de l'acte
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d'union qui veut que Tune des provinces ne puisse pas avoir un plus grand nombre de députés que l'autre. Je dis moi que la seule clause dans l'acte d'union qui puisse nous sauver, est celle qui dit qu'il faudra les deux-tiers de la chambre à la deuxième et à la troisième lecture d'un hill tendant à changer la représentation, pour le faire passer. Je déclare ici, que jamais je ne consentirai, quelque soit la population respective des deux provinces, à ce que le Haut-Canada ait une représentation plus forte que la nôtre, de même que je n'en désirerai jamais une plus forte pour le Bas-Canada. Je ne dirai pas moi, pour jeter de la poudre aux yeux du pays : '' Périsse la patrie plutôt qu'un principe," (paroles qu'il attribuait à M. Papineau) je dirai au contraire: "Que je périsse moi, s'il le faut, mais que ma patrie soit sauvée ! Voilà les convictions que le devoir m'inspire."
Le premier ministre soutint qu'il n'avait pas marché h la remorque du Haut-Canada ; preuve, c'est qu'il avait obtenu le changement du siège du gouvernement, et par ce déplacement, ses amis du Haut-Canada en avaient souffert; il en avait fait une question ministérielle. La coutume de choisir les juges parmi les membres de la législature était suivie en Angleterre : là, l'administration de la justice était respectée plus qu'ailleurs ; presque tous les juges avaient été membres, et des solliciteurs et procureurs-généraux avaient été pris parmi les juges. Il fit voir que le système de représentation aux Etats-Unis n'était pas uniquement basé sur le nombre des habitants. Les plus grands états n'avaient
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pas le droit d'envoyer plus de deux membres au sénat, les plus petits états avaient les mêmes privilèges ; là, un blanc avait une voix tandis que vingt noirs n'en avaient point. Il voyait que le but de M. Papineau était de faire passer la province sous la domination des Américains, ou de lui faire adopter leurs institutions : c'était là le rêve de sa vie, son unique pensée.
M. LaTerrière seconda l'amendement de M. Papineau, au sujet du rappel de l'Union. La constitution était, à son avis, plus que jamais nuisible aux intérêts du Bas-Canada.
M. Hincks fit un excellent discours en réponse à M. Papineau. Il dit que les canaux payaient déjà assez bien, et il espérait que dans la suite ils donneraient des revenus considérables. Gomme les deux provinces avaient des coutumes et des lois différentes, ce serait, suivant lui, un malheur que l'une d'elles eût la prépondérance sur l'autre. Il était évident que bientôt la population du Haut-Canada excéderait celle du Bas-Canada ; il ne pouvait s'expliquer comment M. Papineau pouvait désirer un système qui mettrait les Bas-Canadiens sur un pied d'infériorité. Quant à lui, il ne consentirait jamais, pas plus que M. LaFontaine, à ce que le Haut-Canada, devint-il supérieur en population à l'autre province, ait une plus forte représentation.
M. Christie chercha à démontrer que l'acte d'union loin d'être une mesure hostile dirigée contre le Bas-Canada, était plutôt un acte bienfaisant, destiné à son bonheur. M. Boulton, de Norfolk, espérait voir le principe de la représentation répartie
d'après le chiffre des habitants, dominer définitivement dans les colonies. Sir Allan McNah ne voulut pas proposer d'amendement à l'adresse. En Angleterre, on ne le faisait que dans des cas exceptionnels Il se plaignit de ce que plusieurs Canadiens impliqués dans les troubles (le capitaine Morin entre autres) avaient reçu un emploi officiel. Il blâma aussi le ministère de refuser la publication de la correspondance concernant l'amnistie. Si cette correspondance faisait honneur au cabinet, pourquoi, disait-il, refusait-on de la mettre au jour ? Le gouvernement fit observer qu'il lui était impossible de rendre publique une correspondance purement confidentielle.
M. Cauchon, démontra que le salut du Bas-Canada se trouvait dans la clause qui sanctionnait l'égalité de la représentation, et dans celle qui exigeait le concours des trois quarts des députés, pour apporter des changements dans la représentation. Il ne pouvait y avoir de garanties ni de sécurité pour les institutions et pour les lois de chaque province que dans cette égalité. Il ajouta que l'objet de M. Papineau, en attaquant le ministère, était de rendre le gouvernement impossible, et de pousser de nouveau ses concitoyens dans la voie des luttes à outrance.
Telle était l'opinion de plusieurs des hommes d'état canadiens sur les questions de l'Union et de la représentation. Mais les principes de MM. Papineau et LaFontaine fixèrent surtout l'attention publique. Tous deux étaient également chers à la population du Bas-Canada ; tous deux avaient un passé glorieux, et avaient servi leur pays avec honneur et patriotisme.
On les voyait maintenant en opposition directe, avec des principes tout à fait différents, bien qu'on les crût, sans aucun doute, animés d'un môme zèle pour le bonheur de leurs concitoyens. M. Papineau n'avait que des paroles de blâme à jeter sur la constitution et sur les hommes qui la régissaient : il voulait rappeler l'acte d'union, et imposer à sa patrie les idées démocratiques et le système du gouvernement américain. L'idée môme d'annexion à la république voisine s'emparait de lui, et tôt ou tard, le Canada finirait par cette voie ; il voulait déjà préparer le peuple à ce changement suivant lui inévitable. Mais ces opinions étaient trop nouvelles pour trouver d'écho dans la chambre. Gomme il l'était arrivé à son parent, M. Viger, le vide se fit autour de l'ancien tribun populaire. Ses compatriotes, ses anciens amis restèrent sourds à sa voix. Sa parole, si puissante sous l'ancien régime, cette parole qui tonnait avec tant de force contre l'oppression des droits et des libertés des Canadiens, n'avait plus la môme éloquence ; elle ne trouvait de sympathie que chez quelques adversaires des Franco-Canadiens. Les choses étaient changées. Avec la nouvelle constitution et la politique conciliatrice de l'Angleterre, le système d'opposition à outrance n'était plus possible ; la revendication complète de nos droits ne pouvait être l'effet que d'une politique calme et modérée.
M. LaFontaine fut l'homme de la circonstance. Il avait compris la nouvelle constitution, avec le gouvernement responsable, comme si elle eut été une vieille institution. Il était persuadé que le
Canada, au sortir des malheurs de 1837-38, et après les tempêtes tant de fois soulevées, pour la conquête du régime constitutionnel, au sein des chambres, avait besoin de calme et de repos pour discerner les réformes utiles à faire, et les entreprises nationales à réaliser. L'agitation était à son avis inopportune. Il avait donc accepté la constitution, tout en cherchant à l'amender à l'avantage de ses compatriotes. Il voulait obtenir, avec le concours de ses collègues, tous les avantages possibles du nouveau régime de gouvernement, qui avait commencé la regénération de ses compatriotes, les avait placés dans Une position plus avantageuse, et avait déjoué les dessins pervers des ennemis de leur nationalité. 'Déjà cette conduite, approuvée par le Bas-Canada, avait eu de magnifiques résultats. On espérait qu'avec le temps, viendrait le redressement des autres griefs auxquels la constitution avait donné naissance.
Trois députés seulement appuyèrent M. Papineau dans ses amendements (^). Mais sur l'adoption de l'adresse elle-même, la division fut de 48 contre 18. MM. Papineau et Ghristie votèrent contre avec le parti conservateur.
La question de la représentation fut encore discutée, lorsque le premier ministre, M. LaFontaine, présenta sa mesure de réforme électorale, (jui portait à 75, au lieu de 42, le nombre de députés dans chaque section de la province. Le but de l'auteur
(i) MM. Christie, LaTerrière, Papineau et Prince votèrent pour le premier amendement, et MM. Boulton de Norfolk, Chrittie, Laurin et Papineau, pour le second,
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était de diminuer l'influence des petites villes, en divisant les comtés populeux, et de faire en sorte que chaque localité fût, autant que possible, également représentée. Le projet était accompagné d'un tableau contenant le chiffre de la population, calculé d'après les deniers recensements. Ce calcul à peu près exact, donnait 45,000 âmes de plus au Bas- Canada qu'à l'autre section de la province.
Avant de voter le projet à sa seconde lecture, M. Chauveau proposa plusieurs résolutions. Elles déclaraient qu'il était regrettable que les habitants du Bas-Canada n'eussent pas été consultés lors de la passation de l'acte d'union ; que cet acte contenait des clauses injustes, particulièrement celle qui fixait à un nombre égal la représentation de chaque section de la province ; enfin elles concluaient qu'il était expédient de faire, aux frais du trésor public, un nouveau recensement dans le Bas-Canada.
M. Chauveau était d'opinion que la population du Bas-Canada était beaucoup plus considérable que ne le supposait le tableau accompagnant la mesure électorale. Avant de législater d'après des chiffres supposés, il fallait s'assurer des faits par un nouveau recensement. Il approuvait le projet de loi ; mais il voulait, par ses résolutions, protester contre l'acte d'union ; on ne devait négliger aucune occasion de le faire, afin de conserver le droit d'en demander le rappel quand on le jugerait à propos. Il lui semblait bon de donner au Haut-Canada l'occasion de repousser le principe de la représentation repartie d'après la population ; car lorsqu'il aurait refusé de reconnaître ce principe, le Bas-Canada serait plus fort contre lui.
M. Laurin seconda les résolutions de M.Chauveau. Il voulait que le nombre de députés fut proportionnel à la population de chaque province, pour Torcer le Haut-Canada à demander le rappel de l'Union.
M. Papineau approuva aussi les résolutions, et repoussa le projet de la réforme électorale, parce qu'il consacrait la clause de l'acte d'union la plus injuste et la plus odieuse, c'est-à-dire l'égalité de la représentation. Il ne voulait d'injustice pour personne: l'égalité de la représentation était mauvaise alors, pour le Bas-Canada, et le serait également dans la suite pour le Haut-Canada, s'il venait, comme on le supposait, à dépasser la population de l'autre section. Il se déclara encore fortement pour le rappel de l'Union : les discussions orageuses qui avaient eu lieu, prouvaient que ni l'Union ni le gouvernement responsable ne pouvaient fonctionner. MM. Papineau et Laurin furent les seuls députés qui votèrent pour les résolutions de M. Chauveau.
M. LaFontaine fit observer que sa mesure, sans contenir de protestations formelle contre l'acte d'union, n'en renfermait pas non plus l'acceptation entière. Les clauses les plus vexatoires de la constitution étaient disparues ; il ne trouvait pas injuste celle qui proclamait l'égalité de la représentation ; au contraire, suivant lui, elle protégeait le Bas- Canada, et empêcherait le Haut-Canada de se faire une position de supériorité. Le premier ministre, entrant dans les détails de la mesure, démontra qu'elle rendait justice à la population anglaise; elle renfermait à peu près les dispositions de l'acte de 1829,
dont le pays avait été satisfait. Il ajouta qu'avec un peu de réflexion il était aisé de se convaincre que, dans un pays comme le Canada, la population ne pouvait être strictement la base de la représentation. Et alors, disait-il, pourquoi demander ce qu'on savait ne pouvoir obtenir ?
MM. Gauchon et Nelson firent chacun un discours remarquable en faveur du projet ministériel. Les conservateurs le regardèrent comme une question de parti, et votèrent contre à l'unanimité. M. Sherwood prétendit que la mesure avait pour but d'opprimer la population anglaise du Haut et du Bas- Canada, particulièrement cette dernière, qui se trouvait placée sous la domination de la race française. Le plan systématique du ministère, par l'acte d'amnistie, celui de l'indemnité et celui de la représentation, était de placer la population an^^laise sous l'influence prépondérante des Franco-Canadiens. Suivant M. Robinson, rien ne prouvait la nécessité d'augmenter le chiffre de la représentation : on pouvait continuer encore quelques années sous le même système.
On sait que l'acte de l'union exigeait le vote des deux-tiers des représentants, c'est-à-dire cinquantesix voix, pour changer les divisions électorales, et le nombre des députés. Le projet ministériel fut rejeté faute d'une voix. M. Papineau avait dit que, s'il était la cinquante-sixième voix, il n'hésiterait pas à la donner contre la mesure. C'est ce qui eut lieu, eu eflet. Il fut le seul membre Canadien- Français qui s'opposât à ce que ses compatriotes fussent représentés d'une manière plus équitable, et
retarda par là de trois années cette réforme importanle. Le vote de M. Papineau fut sévèrement condamné, et cela à bon droit, par tous ses concitoyens.
Le gouvernement présenta et fit passer une mesure pour amender et refondre les différentes lois d'élection. D'après la nouvelle loi, les régistrateurs dans le Bas-Canada, et les shérifs dans le Haut- Canada étaient nommés ofiiciers-rapperteurs, un bureau de votation était établi dans chaque paroisse ou canton, et la votation durait deux jours. Sans être parfaite dans toutes les dispositions, cet acte avait de grands avantages sur le précédent. Il fut amendé en 1855, 1858, etc., et est encore en force dans la province (S. R. G. ch. 6). M. Papineau parla contre la mesure, qu'il trouva mauvaise, surtout contre la clause qui confiait aux régistrateurs le devoir d'officier-rapporteur. Cette fois, M. LaFontaine prit feu, et reprocha sévèrement à M. Papineau de mettre des entraves aux mesures ministérielles par jalousie et par esprit de vengeance, et de ne savoir que détruire, sans édifier. M. Papineau répliqua qu'il resterait indépendant du ministère, qu'il soutiendrait les bonnes mesures, et qu'il repousserait constamment celles qu'il trouverait mauvaises.
Sur la proposition de M. Chauveau, un comité fut nommé pour s'enquérir des causes de l'émigration, du nombre des éniigrants, et des moyens à prendre pour prévenir le mal. En proposant ce comité, M. Chauveau énuméra les causes qui portaient ses compa triotes à déserter la patrie. Puis il indiqua les
mesures à prendre pour fixer les Canadiens sur le sol natal. C'était de leur donner du travail et des teiTes. On obtiendrait ce double résultat par la confection du chemin de fer de Québec à Halifax, par d'autres travaux publics, ainsi que par l'ouverture des chemins de colonisation. Il espérait voir le ministère rendre justice, dans la réalisation de ces travaux, au district de Québec, qui avait été constamment fidèle au parti libéral. Malheureusement, le mauvais état des finances ne permit pas au ministère de donner suite aux excellentes suggestions de M. Chauveau ; mais il promit que bientôt ce district, jusqu'alors si négligé, aurait sa bonne part des deniers de la province. Le comité de l'émigration fit un long rapport, dans lequel il estima à 20,000 le nombre de Canadiens qui s'étaient portés aux Etats- Unis, dans les cinq dernières années. 11 recommanda plusieurs améliorations publiques, surtout l'ouverture de routes dans les nouveaux établissements.
Le gouvernement et la législature s'occupèrent activement du commerce et de la navigation du Saint-Laurent. On vota une adresse, semblable à celle de 1847, dans laquelle on priait la métropole de permettre aux vaisseaux étrangers de navigueisur le Saint-Laurent. Cette demande fut accordée quelques mois après.
La chambre nomma un comité chargé de s'enquérir des obstacles qui entravaient la navigation dans le bas du fleuve, et de suggérer les meilleurs moyens d'y remédier. La législature favorisa encore le commerce en volant près de §400,000 pour les ca-
naux du Sainl-Laurent et l'achat de glissoires sur la rivière Outaouais. Mais elle n'oublia pas la colonisation ; elle accorda $80,000 piastres an cliemin nord de Toronto et à celui d'Arthabaska ; en outre, une égale somme fut affectée à l'ouverture d'autres chemins de colonisation.
Le ministère présenta et fit passer une mesure qui permettait l'entrée libre de certains produits des Etats-Unis, pourvu que les mêmes articles du Canada fussent également admis sur le marché américain sans payer d'impôt. Le ministère fit tout en son pouvoir pour obtenir la réciprocité commerciale; de son cûté, le congrès américain la prit plusieurs fois en considération ; elle fut acceptée par la chambre des représentants, mais une forte opposition s'éleva contre elle au sein du sénat. Plusieurs années devaient s'écouler encore avant la conclusion d'un traité de réciprocité.
Par l'entremise de M. Hincks, le ministère proposa au tarif de 1847 des changements importants. Ils furent adoptés après une forte opposition. Ces changements substituaient, autant que possible, les droits suivant la valeur des effets aux droits spécifiques. Bien que le tarif ne fût pas entièrement basé sur le principe du libre échange, il faisait un grand pas vers la liberté commerciale. Le taux moyen de ce tarif, qui dura jusqu'en 1854, fut de 13:^ par cent; celui de 1847 n'était que de lOJ. M. Caley aurait voulu accorder une protection raisonnable à quelques industries canadiennes. M. Papineau se déclara en faveur de la liberté illimitée du commerce. Il approuva le tarif, parce qu'il se rapprochait de ses
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vues, et facilitait les rapports commerciaux avec les Etats-Unis. M. Hincks fut à la fui obligé de faire quelque concession à la protection des industries nationales. Cet habile financier fit en sorte que la province pût entreprendre de grands travaux, et que son crédit se rétaljlît entièrement sur le marché anglais.
Une loi préparée par M. Hincks fut encore passée pour la meilleure direction de la dette publique, des comptes, du revenu et de la propriété publique ; on en passa une autre pour faciliter l'exécution du traité conclu, en 1842, entre l'Angleterre et les Etats- Unis, au sujet de l'arrestation et de l'extradition de certains prévenus. D'autres mesures furent adoptées pour la vente des bois, et pour l'administration des terres de la couronne.
Le projet de loi concernant l'Université de Toronto {King's Collège)^ fut passé à une grande majorité. Il abolissait la faculté de théologie qui avait existé jusqu'alors, et bannissait par là môme l'enseignement religieux : les facultés des arts, de droit et de médecine furent ouvertes aux élèves de toutes croyances, qui purent dès lors participer aux avantages d'une éducation universitaire. Cet acte fut amendé en 1853. On sait que les libéraux du Haut- Canada réclamaient depuis longtemps cette mesure avec celle de la sécularisation des réserves du clergé ; mais les torys ou conservateurs, la plupart anglicans, s'y étaient toujours opposés avec énergie. Les anglicans avaient jusqu'alors joui seuls des revenus et des avantages de cette université; ils jettèrent les hauts cris, et prétendirent que leur église
était attaquée. Eiifiu, ils dénoncèrent comme impie une institution qui ouvrait ses portes ù toutes les croyances, et qui avait aboli les chaires de théologie. Leparti anglican souscrivitdessommesiuusidérables, et créa une nouvelle université, le Trinity ColleQ(\ consacrée exclusivement à l'enseigement des doctrines de l'église établie. Cette institution fut incorporée en 1851, et ouvrit ses classes Tannée suivante.
Mgr. de Charbonnel fondait en môme temps (1851) le collège des PP. Basiliens, à Toronto. Plusieurs autres maisons de haute éducation avaient été créées pendant les années précédentes : le collège d'Ôutaouais (1847), établi par Mgr. Guignes; le collège Masson (1847), fondé à Terrebonne par Mdme. Masson ; le collège Joliette (1846), dû à la générosité de l'Hon. B. Joliette ; enfin, en 1849, les Pères Jésuites ouvraient à Montréal les classes de leur magnifique collège de Sainte-Marie, qui posséda même, pendant quelques années, une chaire de droit.
L'acte des écoles du Bas-Canada, passé en 1846, fut amendé pendant la session; les municipalités pauvres purent dès lors être exemptées d'une partie ou du total de la cotisation ; la cotisation pût être prélevée par contribution volontaire, etles membres du clergé furent éligibles comme commissaires.
Une autre excellente mesure fut celle qui prélevait, par la vente des terres publiques, une somme annuelle de £100,000 destinée au soutien des écoles élémentaires. Un nouvel acte des écoles pour le Haut-Canada remplaça l'ancienne loi. La loi des écoles des deux provinces était calquée sur celle de l'Etat de New- York, avec la différence qu'il n'y
avait pas, dans le Bas-Canada, de députés-surintendants dans les comtés ou districts.
Une nouvelle loi municipale, ainsi qu'une autre loi qui fixait la manière de pourvoir aux tax'^s locales dans le Haut-Canada, furent aussi passées. Une troisième amendait et refondait les lois concernant les Maisons de la Trinité, à Montréal et à Québec ; enfin une quatrième incorporait le Barreau du Bas- Canada.
Une des mesures les plus importantes de cette session fut celle des chemins de fer. La province avait à peine terminé la grande entreprise des canaux que toute Tattention des hommes d'état se porta vers la construction des chemins de fer, afin de procurer des communications faciles, surtout pendant la saison d'hiver, entre les principaux centres commerciaux, et d'assurer par là, le développement de l'agriculture et de l'industrie. Le gouvernement prit l'initiative en présentant une mesure destinée à encourager tout chemin de fer ayant plus de .soixante-quinze milles de longueur. Le projet ministériel promettait aux compagnies de ces chemins la garantie de la province de six par cent d'intérêt sur la moitié du coût des chemins faits par ces compagnies, à de certaines conditions. Cette mesure fut très-bien accueillie par les deux chambres, et elle donna l'élan pour la construction de nos grands réseaux de chemins de fer.
Redoutant les dangers auxquels cette loi, qui accordait la garantie à tous les chemins, pouvait pousser le pays, le gouvernement la remplaça, en 1851, par une autre, qui favorisait une seule
ligne, celle du Grand Tronc. Le chemin de Montréal à Portland ou de V Atlantique et du Saint-Laurent (partie du Grand Tronc), le Great Western et le Northern furent les seuls chemins qui profitèrent des avantages accordés par cette loi ('). La même mesure pourvoyait à la construction du chemin de fer intercolonial, de Québec à Halifax, dans le cas où l'Angleterre en entreprendrait la construction ; elle appropriait une somme annuelle de £20,000, et donnait des terres le long de la ligne pour aider à payer le déficit^ s'il y en avait. La Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick votèrent chacun une somme égale pour cette entreprise, indispensable à la prospérité des provinces et d'une importance incontestable au point de vue commercial, politique et militaire.
La Nouvelle-Ecosse avait pris l'initiative de cette œuvre nationale que Lord Durham avait recommandée dans son rapport de 1839, et avait demandé une exploration, qui fut commencée en 1846, et terminée deux ans après par le major Robinson, sous la direction du gouvernement impérial. M. Robinson étudia plusieurs routes. Dans le rapport qu'il fit en 1849, il conseilla d'adopter la ligne de l'est, par la baie des Chaleurs, parce quelle lui parut préférable au point de vue militaire. Elle fut acceptée par le comte Grey, alors ministre des colonies, qui en donna avis à Lord Elgin. Les négociations commencèrent entre les trois provinces, et leurs délégués conclurent à Toronto, en 1851, un arrangement par-
{') Le chemin de l'Atlantique, suivant M. Galt, reçut §1,840,000 ; le Great- Western S'2,810,000 et le Northern $2,311,666.
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lequel ou s'eugageait à suivre le tracé du major Robinson. Nous verrons plus tard la suite de ces négociations.
Le chemin de fer du Saint-Laurent et de l'Atlantique, de Montréal et Saint-Hyacinthe, fut inaguré pendant la session, en présence des membres de la législature. C'était la première grande voie ferrée qu'on ait entreprise dans la province. Le chemin de l'Industrie à Lonoraie, bâti par M. B. Joliette, fut aussi mis en opération à la fin de 1849 ; sa longueur est de treize milles. Il n'existait auparavant que le chemin de fer de Laprairie à Saint-Jean, dont la longueur est de seize milles. Ce dernier chemin avait été entrepris par quelques citoyens de Montréal, qui commencèrent les travaux en 1835, et qui virent la première locomotive le parcourir deux ans après. 11 fut plus tard continué jusqu'à la frontière, à Rouse's Point, où il se joint à la ligne qui conduit à Boston.
Au nombre des mesures sérieuses adoptées pendant la session, étaient celles que rédigea et proposa M. LaFontaine pour réformer le système judiciaire du Bas-Canada. Le premier ministre fit, dans un discours remarquable, l'historique des divers systèmes de judicature établis dans celte province jusqu'en 1849. Il fit observer surtout qu'en vertu des nouveaux actes, le nombre de termes se trouvait diminué pendant que de nouveaux districts étaient créés.
Le premier de ces actes établissait la cour du banc de la reine, ayant judiridiction en appel et en matières criminelles. Cette cour fut composée de quatre
juges qui devaient siéger exclusivement dans ce tribunal ; car, par la loi de 1843, tous les juges faisaient partie de la cour d'appel, môme ceux qui avaient siégé en première instance. La nouvelle loi faisait donc disparaître ce grand inconvénient.
Le deuxième acte amendait les lois relatives aux diverses cours de juridiction civile en première instance, dans les causes de plus de deux cents piastres. Il recomposait la cour supérieure, qui compta dès lors, quatre juges à Montréal, quatre à Québec, un aux Trois-Rivières et un autre à Sherbrooke. Il créait deux nouveaux districts, ceux d'Outaouais et de Kamouraska. Le même acte établissait une cour de circuit, ayant juridiction dans les actions qui n'excédaient pas deux cents piastres. Le nombre des juges de ces cours était fixé à neuf. On pouvait appeler de la cour de circuit à la cour supérieure dans les causes audessus de soixante piastres.
Le troisième acte concernait les cours supérieures et de circuit dans le district de Gaspé.
Le nombre de cours et de districts judiciaires fut encore considéré comme suffisant pour les besoins du temps, mais l'augmentation des affaires ainsi que le développement de la population devaient nécessiter bientôt des districts additionnels : c'est ce qui eut lieu en 1857. Ces lois judiciaires, qui ont été considérablement amendées en 1851, 1857, etc., sont encore partiellement en force (S. R. B. G. ch. 77, 78 et 79). Elles sont un monument de la capacité en fait de législation, et de la haute intelligence du premier ministre. Tous les membres furent unanimes à admettre l'excellence de l'acte concernant la cour
d'appel; il y eut quelque divergence d'opinion sur l'acte des cours de première instance ( 0-
Le système judiciaire, dans le Haut-Canada, fut aussi modifié. Une cour supérieure additionnelle, celle des plaids communs, composée de trois juges, et une cour d'appel furent établies à Toronto. La cour de chancellerie du Haut-Canada, établie en 1837, et composée d'un seul juge, fut dès lors composée d'un chancellier et de deux vice-chancelliers (2). M. Baldwin requit, dans la préparation de ces actes, l'aide de M. Blake, un des membres les plus marquants du barreau. Une autre loi fut pa.ssée pour adoucir la rigueur des actes qui réglaient les relations entre les débiteurs et les créanciers, en abolissant l'emprisonnement pour dettes dans certains cas.
Comme l'annonça le gouverneur dans le discours du trône, l'Angleterre s'était décidée à accorder une amnistie générale aux Canadiens impliqués dans les troubles de 1837-38. Pour que cette amnistie devînt
(') Le 28 décembre 1849, les nominations suivantes furent faites en vertu du nouveau système judiciaire, dans le Bas- Canada :
Cour du banc de la reine : Sir James Stuart, juge en chef, MM. J.-R. Rolland, Philippe Panet et T.-C. Aylwin, juges puisnés.
Cour supérieure : MM. E. Bowen, juge en chef, D. Mondelet, C.-D. Day, R.-H. Gairdner, G. Vanfelson, Éd. Bacquet^ J.-F.-J. Duval et W.-C. Meredith, juges puinés.
MM. Vanfelson, Bacquet, Durai et Meredith étaient les seuls nouveaux juges ; tous les autres avaient siégé dans les anciennes cours.
C^) La cour d'appel du Haut-Canada fut composée vers la même date de Sir J. -B. Robinson, et de MM. Draper et Burns ; celle des plaids communs, de MM. Macauly, McLean et SuUivan ; enfin celle de chancellerie, de MM. Blake, Jameison et Esten. La seule cour d'appel qui avait existé jusqu'alors était composée des membres du conseil «xécutif, et était considérée comme inffufBsantei . '■
en force, il fallait que le parlement canadien pasSât une loi à cet effet. C'est ce qui eut lieu au commencement de la session, et cette loi, qui fut aussitôt sanctionnée par le gouverneur, guérit une cicatrice encore bien profonde ; elle réintégra dans leurs droits de citoyens les quelques canadiens qui restaient encore sur la terre de l'exil, et arrêta toute procédure civile ou criminelle pour offenses commises par ceux qui avaient agi sous le drapeau de la rébellion. M. Mackenzie, chef de l'insurrection du Haut-Canada, se hâta de profiter de l'amnistie, et revint dans sa patrie.
Il nous reste encore à parler de l'acte de l'indemnité. Avant de le faire, rendons hommage au gouvernement LaFontaine-Baldwin pour le nombre de mesures importantes, qu'il soumit à la considération des chambres, et qu'il fit adopter. Cette session fut inaugurée par la réintégration de la langue française dans les procédés législatifs, heureuse concession qui, avec l'acte d'amnistie générale, fut accueillie avec la plus grande joie.. Un autre acte de justice fut accordé aux Bas-Canadiens, par la loi d'indemnité, qui donna les moyens de réparer une partie des dévastations commises dans les troubles politiques. L'ancien système judiciaire du Bas-Canada fut remplacé par un autre mieux adapté aux besoins de la population rurale, et plusieurs comtés éloignés eurent dès lors l'avantage de posséder des cours et des prisons. La nouvelle loi électorale, celles qui concernaient l'éducation, les municipalités, l'université de Toronto, l'administration des postes, le commerce et les chemins de fer ; l'encouragement
donné à la colonisation, les allocations accordées pour l'achèvement des canaux, étaient toutes des mesures de la plus grande utilité ; elles prouvaient que les ministres libéraux, heureusement secondés par plus des deux-tiers des représentants, avaient rempli noblement leurs devoirs, et s'étaient acquis par là des droits à la reconnaissance des Canadiens. M. LaFontaine présenta des résolutions et ensuite un projet de loi, basé sur ces mômes résolutions, pour indemniser les Canadiens du Bas-Canada des pertes qu'ils avaient souffertes par l'insurrection de 1837-38. On sait que cette insurrection avait fait de nombreuses et innocentes victimes, qui imploraient depuis longtemps la réparation de leurs pertes. La mesure ministérielle accordait, à cet effet, £100,000 destinés au paiement des dommages causés par la destruction injuste^ inutile ou malicieuse des habitations, édifices et propriétés des habitants, et par la saisie, le vol ou V enlèvement de leurs biens et effets.
On sait qu'avant l'Union, le Haut-Canada avait passé une loi appropriant £40,000 à l'indemnité des pertes que ses habitants avaient subies pendant les troubles. Cette loi était demeurée sans exécution, parce que le trésor public était vide. Mais à la session de 1844-45, le ministère Viger-Draper avait passé une mesure pour la mettre à effet, et avait approprié le revenu des licences du Haut-Canada au paiement de cette somme. Les libéraux du Bas-Canada réclamèrent aussitôt la même faveur pour leur province ; et avant de voter la mesure, la chambre adopta, à l'unanimité, une adresse au gouverneur, afin qu'il prît des mesures pour assurer au Bas-Cana-
diéns une indemnité suffisante des pertes essuyées en 1837-38.
Conformément à cette adresse, le gouvernement nomma une commission chargée de classer, en des catégories différentes, ceux qui avaient trempé dans la rébellion, et ceux qui n'y avaient pas pris part, d'indiquer la nature et la cause des pertes, etc. Les commissaires, dans leur rajjport, constataient que les réclamations de toutes sortes se montaient à £250,000; mais ils étaient d'opinion qu'il faudrait au moins approprier £100,000 pour y faire droit. Le ministère LaFontaine- Baldwin adopta, comme on le voit, la recommandation des commissaires nommés par l'administration précédente, et appuya sa mesure sur le même principe qui avait inspiré celle du Haut-Canada.
Les conservateurs avaient donc admis le principe de cette mesure d'indemnité, dans l'adresse votée au gouverneur, et dans les instructions que leurs chefs, alors ministres, avaient données aux commissaires. Ils convenaient bien, comme les libéraux, que les personnes qui avaient souffert injustement, soit par la faute des troupes, soit par celle des révoltés, avaient droit à une indemnité; mais ils crurent trouver dans cette question un moyen de reprendre, par l'agitation et la violence, l'influence qu'ils avaient perdue dans les dernières élections. Ils ravivèrent les anciennes haines contre les libéraux ; leurs organes propagèrent le mensonge, et excitèrent les passions populaires en affirmant que le ministère voulait récompenser les rebelles français, et punir par là les loyaux de leur dévouement à l'empire.
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La question de l'indemnité souleva des orages difficiles à peindre. Ce fut une lutte acharnée entre les conservateurs et l^^s libéraux ; ils se dévoilèrent mutuellement leurs intrigues et leur politique passées, et répétèrent l'histoire de l'insurrection, ses causes, les abominations qui l'avaient accompagnée. Ce fut un spectacle aussi curieux qu'émouvant de voir aux prises, dans l'arène politique, ceux que l'insurrection avait même conduits sur les champs de bataille : Sir AUan McNab, le Dr. Nelson, M. Papineau, les colonels Prince, Gugy, Holmes, etc.
M. Sherwood ouvrit les débats, en demandant que la considération de l'indemnité fut remise à dix jours plus tard, afin de donner aux Canadiens le temps d'exprimer leur opinion. Il s'étendit ensuite sur la question, et nia que dans le Haut-Canada et parmi la population anglaise du Bas-Canada, on pût trouver un parti politique qui conseillât de payer les pertes réclamées par ces résolutions. « Le dernier ministère, dit-il, n'a pas voulu solder les pertes dans le Haut-Canada à môme les fonds consolidés de la province. C'est pourquoi il a affecté le revenu des licences à payer ces pertes dans le Haut-Canada, pendant que dans le Bas-Canada, le môme revenu fut appliqué à des fuis locales, c'est-à-dire pour la construction de chemins et de ponts. Maintenant, je dis: prenez le môme revenu, et aussi celui des licences de mariage, et appliquez-les aux mômes fins, et je voterai de tout cœur pour la proposition actuelle. Et je dirai môme que je suis prôt à voter pour l'indemnité, si les messieurs qui occupent les sièges ministériels promettent qu'on ne l'appliquera
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qu'à payer les réclamations des loyaux. Mais je ne connais rien dans l'histoire d'aussi abominable que de s'adresser à ceux qui ont pris les armes pour la défense de leur pays, et parmi lesquels un grand nombre ont perdu leurs proches comme leurs plus chers parents et amis, pour récompenser ceux qui ont été la cause de meurtres et de l'effusion du sang par tout le pays ! Je défie qui que ce soit de trouver
quelque chose de semblable dans l'histoire
Admettre le principe qu'il faille payer ceux qui ont pris les armes ou qui se sont engagés dans une rébellion, ce serait de fait inviter ouvertement à la révolte....»
Dans un second discours M. Sherwood déclara qu'il s'opposerait à la mesure chaque fois qu'elle viendrait devant la chambre, sous quelque forme que ce fût ; qu'il s'opposerait à son exécution, par tous les moyens imaginables ; et qu'il agiterait même le pays à ce sujet, parce que, selon lui, cette dette était évidemment injuste.
M. Hincks répondit à M. Sherwood, et justifia pleinement la position prise par le ministère. La dernière administration avait adopté le même mode proposé par le gouvernement, lorsqu'elle avait donné instruction aux commissaires de l'enquête de ne se guider que sur les décisions des tribunaux. Les pertes subies dans le Haut-Canada avaient été payées par une taxe directe sur les habitants, mais en réalité elles furent payées à môme le fonds consolidé. Le dernier ministère avait choisi une certaine partie de ce fonds, dont le revenu était plus grand dans le Haut que dans le Bas-Canada, et l'avaient appropriée
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aux différents districts. « L'honorable membre, continua-tril, s'est laissé emporter par son indignation contre les individus qui ontpris les armes en 1837-38; mais je demanderai qui sont ceux qui sont responsables de ces troubles, si ce ne sont les membres qui sont vis-à-vis de moi, et le parti qu'ils appuyaient alors? Oui, et de l'aveu de deux lords d'Angleterre, dont l'un a déclaré que la manière inconstitutionnelle dont le gouvernement se conduisait alors, justifiait pleinement la prise d'armes contre ce gouvernement. Ces messieurs ont vraimentbonne grâce de s'indigner, quand il est notoire que les événements de ces jours malheureux doivent leur être attribués »
Sir Allan McNab parla avec une chaleur et une haine extrêmes, taxant les Canadiens-Français de rebelles et cVétrangers. C'est le môme homme qui avait dit un jour, en 1843 : « Je regarde les Canadiens- Français qui se sont révoltés comme innocents comparés aux insurgés du Haut-Canada, parce que les premiers avaient à défendre leur nationalité; si j'étais né dans le Bas-Canada et de parents français, je ne crois pas que mon père m'eut enseigné à être autre chose qu'un français." Sir Allan déclara que le Haut-Canada était fortement opposé à la mesure. «Je puis assurer que jamais le peuple du Haut- Canada ne consentira à payer les pertes des rebelles Bas-Canadiens. Je ne donne pas des atTirmations irréfléchies ; je connais le peuple de cette province et ses opinions aussi'bien que qui que ce soit ; et je vous dirai de plus, qu'il y a une idée qui fait de rapides progrès dans le Haut-Canada, c'est que les
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Hauts-Canadiens, par la politique de concession mutuelle de leurs représentants, sont placés sous la domination de maîtres français. Ils sont maintenant convaincus de ce fait, que les réformistes Hauts- Canadiens paraissent subir quelqu'inlluence française, quand cette inllueuce est opposée aux intérêts de leurs constituants. SU eu est ainsi, l'Union a complètement manqué son but. Elle a été faite dans le seul motif de réduire les Canadiens-Français sous une domination anglaise. Et l'on obtiendrait l'effet contraire ! Ceux qu'on voulait écraser dominent ; ceux en faveur de qui l'Union a été faite sont les serfs des autres ! Telle est la conséquence de ce fameux acte d'union amené par Lord Sydenham, qui, avec son conseil spécial d'un côté, et ses places et ses pensions de l'autre, a réussi, en dépit de tous les obstacles, à nous placer dans cette position.
" Mais revenant à la question, je demande encore sur quoi, sur quelle autorité ou peut se fonder pour forcer les loyaux habitants de la province à indemniser les rebelles ? J'avertis le ministère du danger ; ce ministère qui m'a traité de rebelle, lorsque tous les actes de ma vie montrent que je me suis toujours efforcé d'être loyal, je l'avertis que la marche qu'il suit est propre à jeter le peuple du Haut-Canada dans le désespoir, et de lui faire sentir que s'il est pour être gouverné par des étrangers, il lui sera bien plus avantageux d'être gouverné par un peuple voisin et de même race, que par ceux avec qui il n'a rien de commur?.ni par le sang, ni par la langue, ni par les intérêts.»
M. Price, commissaire des terres de la couronne.
défila l'histoire du Family Compact. Gomme M. Hincks, il prouva que quelque fut le blâme que l'on pût jeter sur ceux qui avaient participé à la rébellion, les plus forts reproches devaient retomber sur les hommes qui l'avaient provoquée. Ce parti avait fait du gouvernement une oligarchie qui n'avait jamais eu la confiance du peuple, et qui avait violé tous les principes du gouvernement constitutionnel. Il dissolvait les chambres du Haut-Canada toutes les fois que les libéraux étaient en majorité, et qu'ils voulaient faire passer quelque mesure en opposition au parti conservateur. Ce parti assiégeait chaque gouverneur qui arrivait dans le pays, lui inculquait ses principes, et le dirigeait comme il l'entendait. Il allait môme jusqu'à formuler les dépêches qui étaient envoyées en Angleterre, pour revenir ensuite dans la colonie. Il avait aussi réservé, contre la volonté du peuple, un septième des terres de la couronne pour le soutien de l'église protestante, lorsque le désir de la populace était de consacrer ces terres à l'éducation. M. Price parla longuement de l'administration de Sir Francis-B. Head, qui agita la province pour obtenir une majorité, et qui fit tout en son pouvoir, par une administration malhabile, pour exciter le peuple à se révolter. Il réfuta Sir AUan qui avait dit que le procureur-général du Haut-Canada n'avait pas d'influence dans le Haut-Canada. Les rapports électoraux démontraient cependant que les réformistes représentaieut 1,202,000 habitants, tandis que les conservateurs n'étaient les mandataires que de 289,000 âmes.
Un discours très-éloquent, mais en môme temps
des plus violents, fut prononcé par le solliciteurgénéral Blake. Jamais discours ne fit dans la chambre une impression aussi forte. 11 déroula avec habileté les iniquités et les crimes politiques du Family Compact^ et n'épargna guères Sir Francis-B. Head. Dans une dépêche, ce gouverneur avait dit que le peuple du Canada ne méritait aucune confiance, et cette déclaration avait été approuvée par les membres de l'opposition, qui étaient alors au pouvoir. Ces derniers s'étaient conduits contre l'avis du gouvernement impérial après les troubles : par cette conduite, ils avaient forcé le peuple à prendre les armes pour le plaisir de pouvoir étouffer les principes des libéraux. " Si au lieu de vendi'e les droits du peuple, dit-il, Sir Francis-B. Head les avait pro tégés, son souvenir aurait été rappelé avec plaisir, et le peuple aurait prononcé son nom avec louange. S'il avai1> épargné le sang, il aurait acquis un grand nom, qui aurait été révéré par la postérité; mais non. il se vendit, et avilit son caractère...... Depuis
la première intervention britannique dans les affaires du Bas-Canada, jusqu'au temps, de. Lord Durham, toutes les espèces d'oppressions furent librement exercées. L'administration de la justice, les droits les plus chers à l'homme étaient violés avec impunité ; les personnes n'étaient pas môme protégées; et pis que cela encore, mille fois pis; une petite, une pitoyable mais loyale minorité accaparait toutes les situations qui dépendaient de la couronne, et méprisait journellement des hommes supérieurs à eux dans toute la force du terme. Et quel fut le remède proposé par lord Russell dans ses huit résolutions, qui furent dénoncées par lord Brougham, dans
un langage qui, je le souhaiterais, aurait dû avoir son effet sur les membres de l'opposition ? Que disaient ces huit résolutions? De prendre au Bas- Canada, par la force du sabre,, les argents que la législature refusait de donner, pour les appliquer aux besoins d'une autre province, et cela dans un temps où le ciel écrasait le Haut-Canada de ses malédictions.
"Je dirai à ces honorables et loyaux gentilshommes, qui se sont si fortement offensés l'autre jour, quand on les appela " rebelles," que je les appelle rebelles moi aussi, et qu'ils ne doivent pas s'attendre à avoir d'apologie de ma part."
Sir Allan se leva furieux et dit alors : " Si l'honorable membre a l'intention de m'appliquer le mot " rebelle," je dois lui dire que ce n'est rien moins qu'un mensonge." Sur la demande du président, M. Blake refusa de se rétracter. M. Robinson, d'ordinaire si paisible, prononça des paroles de vengeance. Dans le même temps, des applaudissements frénétiques éclatèrent dans les. galeries, et se mêlèrent aux sifflets du parti opposé. Il s'en suivit une scène affreuse et une rixe violente, et ce ne fut qu'avec peine que l'orateur parvint à faire vider les galeries. L'excitation des membres était extrême ; plusieurs échangèrent entre eux des cartels, qui n'eurent pas de suites, parce que le président confia ces membres à la garde du sergent-d'armes.
Les chefs conservateurs convoquèreaL une assemblée le soir même. L'Honorable M. Moffat y parut tenant un pavillon dans chacune de ses mains ; il fut élu président, et se montra des plus fanatiques.
102 LORD ELGIX. [1849
Des discours plus ou moins violents furent prononcés,
en différents endroits, par Sir Allan McNab, le Col. Prince, MM. Gugy, McDonald (John-A.), Molson, Rose, etc. Sir Allan conseilla à la foule de persister dans l'agitation, et d'aller chez le gouverneur pour montrer leur force menaçante. Il leur dit de ne pas craindre, qu'il serait prêt, au signal donné, à descendre en tête de vingt mille miliciens pour aider et protéger les loyaux de Montréal. Le Col. Prince prononça également des paroles menaçantes. Enfin, dans cette mémorable assemblée, on brûla l'effigie de M. LaFontaine. Gela n'empêcha pas le premier ministre de paraître le lendemain à sa place, • aussi gai qu'à l'ordinaire.
Les organes du parti tory ne furent pas moins violents. " Le défi est jeté, disaient-ils, et il faut que l'une des deux races, la saxonne ou la française, disparaisse du Canada. Nous sommes provoqués par la perfidie de LaFontaine, qui a enfin jeté le masque, et qui ne vaut pas mieux au fonds que Papineau. Eh bien ! nous allons nous mettre sur la défensive, jusqu'à ce qu'une occasion favorable se présente de prendre l'offensive. » Ils répétèrent que la province serait inondée de sang plutôt que de permettre aux Canadiens-Français de jouir du pouvoir. La presse du Haut-Canada fit circuler les bruits que le projet ministériel demandait £180,000, tandis que le montant réclamé n'était que de moitié, et elle ajoutait que cette somme serait prélevée par une taxe directe sur le Haut-Canada.
L'excitation fut à son comble dans les principales villes de cette province. A Belleville, les deux partis en vinrent aux mains, et le sang coula.
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Les conservateurs du Haut-Canada et de Montréal adressèrent des pétitions au gouverneur, pour le prier de dissoudre le parlement, ou de réserver le projet d'indemnité à la sanction de la reine. Leur but était d'effrayer les députés réformistes ou libéraux, et de les contraindre à voter contre l'indemnité, afin de renverser le ministère et de prendre sa place. Mais tous les libéraux du Haut-Canada, à l'exception de deux ou de trois, restèrent fidèles à leurs alliés du Bas-Canada, bien qu'ils s'exposèrent par là à perdre la confiance de leurs électeurs; ils étaient disposés à ne plus subir le joug du FamUy Compact^ et à l'anéantir s'il était possible.
A la séance suivante, M. Blake continua son discours, défendit Lord Durham, qui avait soustrait le Haut-Canada à la domination des tories^ et fit voir le contraste de la conduite de ces derniers, qui avaient institué la commission chargée de s'enquérir des pertes subies en 1837, et qui avaient pressé les commissaires à faire leur rapport, avec leur opposition à la mesure ministérielle, qui était semblable à celle que les tories avaient passée pour le Haut- Canada. Au lieu de se dévouer à la prospérité du pays, à entretenir la bonne intelligence entre deux colonies sœurs, ils voulaient faire revivre la discorde et les mauvaises passions. Il les exhorta vivement au nom de la civilisation et de l'humanité, à renoncer à ces haines pour travailler de concert au progrès commun du pays.
M. Papineau parla ensuite. Il dit que le Haut- Canada avait été traité avec bienveillance par le bureau colonial et par le parti qui avait le pouvoir
en mains. La lutte s'était faite pour la possession du pouvoir entre les familles influentes. Le Haut- Canada avait obtenu justice de presque tous ses gouverneurs. Il n'admit pas les louanges données par quelques membres à Lord Durham, qui avait fait alliance avec les libéraux du Haut-Canada et les tories du Bas-Canada. Ces deux partis s'étaient montrés également injustes et tyranniques dans l'odieuse détermination de regarder les Canadiens-Français comme des étrangers dans leur pays natal.
Puis parlant des tempêtes que soulevait le projet d'indemnité, il ajouta : " Rien peut-il prouver plus évidemment les mauvais effets de l'acte d'union que toute cette haine que nous voyons s'exaler de la bouche des deux partis qui ont fait les frais de cette discussion ? Il s'en suit bien clairement que chaque fois qu'il y aura pour nous une mesure de justice, un commencement de restitution de tout ce qui nous a été enlevé, il y aura les mêmes appels aux passions mauvaises, aux préjugés nationaux les plus funestes, pour que le Bas-Canada n'ait pas justice : on regardera toujours le sacrifice de quelque argent en faveur du Bas-Canada comme quelque chose donnée à des étrangers. ...'"'M. Papineau dit que les conservateurs s'étaient montrés dans cette discussion indignes de jamais occuper le pouvoir par leur manque de générosité et par leurs idées étroites. Il s'étendit longuement sur les injustices dont l'Angleterre avait récompensé la fidélité des Canadiens, eux qui avaient défendu la colonie, pendant que les Anglais passaient à l'ennemi, ou se tenaient prudemment à l'écart. La récompense de leurs services fut une
longue suite d'abus et de tyrannie. Il raconta ensuite la cruauté des volontaires et des magistrats loyaux. " Nul autre pays constitutionnel, dans des circonstances semblables à celles où nous avons souffert, n'a été traité avec plus de barbarie. C'est le seul pays au monde où le droit criminel anglais étant en force, et ses cours de justice accessibles à tous, de nombreux citoyens, sans procès, sans le verdict d'un seul corps de jurés, ont perdu la vie, ont péri sur l'échafaud. Compatriotes infortunés, ils sont tombés victimes innocentes de la haine et des plus mauvaises passions ! Ont-ils cessé pour cela d'être chers à ceux qu'ils ont laissés derrière eux sur le sol de la patrie ? Leur mémoire est chère au peuple canac^en et le sera toujours. Ils sont morts en braves comme ils avaient vécu, répétant à l'envie les mots Dieu^ mon jjays et sa liberté. Il faudrait bien peu de courage moral ou civil, pour ne pas applaudir au patriotisme constant dont ils ont donné la preuve
éclatante "
M. LaFontaine fit un discours remarquable par sa logique, par des vues profondes et jiar sa modération. Il mit la question sur son véritable terrain, en prenant pour base deux propositions. La première était que le ministère marchait dans la môme voie que ses adversaires, qui formaient l'administration précédente, avaient tracée ou imposée relativement à la question des pertes souffertes par les Bas-Canadiens dans les troubles politiques, et que la mesure qu'il proposait n'était que la conséquence nécessaire de celle que les conservateurs avaient eu le mérite de présenter eux-mêmes, en 1845, mesure dont ils
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avaient alors pris aux yeux du pays rengagement de conduire à bonne fin. Ils devaient alors être sincères, parce qu'ils avaient engagé la foi du gouvernement. La seconde proposition consistait à réfuter l'assertion faite dans les débats, que l'adoption de la mesure ministérielle aurait l'effet de faire payer au Haut-Canada, et à son préjudice, des pertes que les troubles avaient fait essuyer aux Bas-Canadiens.
L'orateur fit ensuite le précis historique des mesures législatives adoptées pour les deux provinces sur l'indemnité.
En nommant la commission et en lui donnant les instructions, l'administration précédente avait donc reconnu qu'il y avait une classe de personnes qui, quoique peut-être moins privilégiée à ses ^eux, avait néanmoins droit à une indemnité. La conséquence était que tous ceux contre qui il n'y avait pas eu de sentence rendue, devaient être indemnisés. Or le but de la mesure ministérielle était de terminer ce que l'administration précédente avait si heureusement commencé. Au lieu de blâmer le ministère, on devait l'appuyer.
M. LaFontaine démontra ensuite que le paiement des pertes à même le fonds consolidé n'était pas une injustice envers le Haut-Canada. "Avant la loi de 1845, dit-il, donnant aux municipalités le fonds des licences d'auberges, et appropriant en même temps au paiement des £40,000 du Haut-Canada, la portion de ce fonds prélevé dans cette partie de la province, toute cette branche du revenu faisait partie du fonds consolidé. L'effet de cette loi a donc été de faire payer les pertes du Haut-Canada à même ce fonds
1849] LORDELGIN. 107
consolidé. En calculant le revenu de ce fonds durant les quatre dernières années, l'on trouve que la moyenne du revenu annuel des licences d'auberge dans le Haut-Canada est de £9,664-12-3, tandis que dans le Bas-Canada ce revenu annuel n'est que de £5,557-7-6, donnant au profit du Haut-Canada un excédant de £4,107-3-9, somme qui représente un capital de £08,454, dont cette province, par cette opération financière de 1845, se trouve avoir le droit de jouir annuellement, au préjudice du Bas-Canada. La même opération a eu lieu au préjudice du dernier par la loi de 1846, qui a soustrait du fonds consolidé de la province, le revenu des licences de mariages, en donnant à certaines institutions du Haut- Canada la portion qu'il contribuait à ce revenu, et appropriant celle du Bas-Canada au paiement de £10,000 des pertes dont j'ai déjà parlé. Comme dans le choix des licences d'auberges en 1845, l'on a eu soin, 61^1846, de soustraire du fonds consolidé une branche de revenu qui se trouvait produire plus dans le Haut que dans le Bas-Canada. En effet, dans l'année 1847, qui a suivi la passation de cette loi, le revenu net des licences de mariage a été pour le Haut- Canada de £2,197-12-7, et pour le Bas-Canada de £412-2-6, donnant au profit du Haut-Canada un excédant de £1,785-16-1, lequel représente un capital de £29,764-4-4 ; et si l'on ajoute ce capital à celui de £68,454, vous aurez un total de £98,218-4-4, dant ces deux opérations ingénieuses donnent annuellement l'intérêt au Haut-Canada. Aujourd'hui nous ne demandons que £90,000, car dans les £100,000 sont compris les £10,000 de la loi de 1846 ; par consé-
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quent nous vous demandons moins que ce que vous avez pris vous-mêmes, et cependant vous criez à l'injustice.» M. LaFontaine contraignit ensuite Sir AUan McNab à rétracter les mots offensants d'étrangers qu'il avait dits à l'adresse des Canadiens-Français. Il prouva aussi que la population anglaise n'était pas opposée à l'administration.
Plusieurs autres discours furent prononcés par MM. Davignon, LaTerrière Bouthillier et Drummond en faveur de la mesure, et par MM. Meyers, Sherwood de Brockville, RoMnson et Prince, qui se déclarèrent contre elle. M. Holmes, député de Montréal, supporta aussi les résolutions. Il déclara que les excès commis, en 1837-38, par les Anglais exaltés d'alors, avaient rendu odieuse la conduite des sujets loyaux ; il rougissait de leurs actes, et se félicitait d'avoir abandonné leur parti. M. Merritt, comme M. Blake, fit un éloquent discours, dans lequel il rendit hommage aux droits de la population française, et démontra que ce n'était pas une injustice pour le Haut-Canada de payer sa part de l'in» demnité que l'on proposait d'accorder à l'autre province. M. Jolin-A. Macdonald parla avec chaleur et avec violence contre l'indemnité. Il reprocha à M. Baldwin de demeurer muet sur une question qui intéressait le Haut-Canada à un si haut degré, et lui prédit la perte de sa popularité.
M. Boulton, député de Norfolk, proposa au sujet des résolutions un amendement tendant à exclure de l'indemnité les personnes qui avaient été convaincues du crime de haute trahison, et celles qui, après avoir été accusées de ce crime, s'étaient sou-
mises aux autorités, et avaient été transportées aux îles Bermudes. Le Dr. W. Nelson voulut hien seconder cet amendement, qui devait lui enlever du coup plusieurs milliers de louis. Il convainquit la chambre des bons motifs que lui inspirait cette conduite, parla longuement de l'insurrection, et défendit chaleureusement la conduite de la population française à toutes les époques de l'histoire.
Le ministère accepta l'amendement ; mais les conservateurs ne lui en surent aucun gré. Ils votèrent contre la motion de M. Boulton, qui leur enlevait une partie de leur capital politique, et ne persistèrent pas moins à dire qu'on voulait indemniser les rebelles.
Quelques députés du Bas-Canada reprochèrent aux ministres de reconnaître, par cet amendement, la légalité de la cour martiale. M. LaFontaine répondit que, pour sa part, il ne croyait pas à la légalité de cette cour ; mais tant qu'on aurait pas appelé des jugements de cette cour à un autre tribunal, on ne pouvait les mettre de côté. La spécification des pertes que l'on proposait pouvait t-tre admise dans ces circonstances. La chambre adopta l'amendement.
M. Baldvvin démontra l'injustice et la fausseté des arguments des conservateurs. Il déclara que la population du Haut-Canada montrait autant de confiance dans l'administration qu'avant l'introduction de la mesure.
La discussion fut orageuse pendant plusieurs jours ; la dernière séance dura jusqu'à onze heures le lendemain malin. Les résolutions, après plusieurs
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essais infructueux faits par les conservateurs pour les amender, furent enfin votées. Sur !a principale résolution, la division fut de qnaranii>-liuit contre vingt-trois (^). Vingt-quatre députés anglais votèrent avec la majorité ; c'est imc preuve que la mesure ne fut pas imposée par la population fi^mçaise.
M. LaFontaine introduisit ensuite un projet de loi, calqué sur les résolutions. Les mômes discussions se renouvellèrent dans les différentes phases que subit le projet. Bàns le conseil législatif, la mesure fut passée à une majorité de six voix (20 contre 14). MM. Caron, Quesnel, Ross, et Taché parlèrent dans un sens favorable à l'indemnité. M. Taché fit peut-être le meilleur discours qui fut prononcé sur le sujet. MM. Ferrie, McKie et McGill, se pronmi Gèrent fortement contre la mesure.
Gomme on le voit, le projet d'indemnité fut adopté par iuie forte majorité des deux chambres. On aurait cru alors que les conservateurs, se voyant vaincus, auraient terminé leur opposition, et se seraient conformés aux vœux de la majorité parlementaire. Tel ne fut pas le cas. Dans l'espoir que Lord Elgin
C^) Pour : Amstrong,^Baldmn,*Blake, Beaubien, Beulton de
Norfolk, Boutillier^ Cameron de Kent, Cartier, Cauchon, Chabot,
Chauveau, Davignon, DeWitt,''Drummond, Duchesnay, Dumas,
s Egan, 'iFergussou,> Flint, Fortier, Fournier, Fourquin, Guillet,
V Hall, Holmes, LaFontaine, LaTerrière, Laiirin, Lemieux,\Mac-
Donald de GlengaryV' McFarlaud,^ Merritt, Méthot, Mongenais,
^ Morrison, Xelson,. Xotman, Papiueaa, Polette, Price, Sau-
vageauj, Scott de B3^o^^^a,'^.Scott des Deux-^Iontagnesy' Smith de
Wenworth, Taché,vrhompson, Viger eMVatts, — 48.
Contre : Badgley, Brooks, Cayley, Christie, C'rysler, Dickson, Crugy, Johnson, Lyon, MacDonald de Kingston, McNab, Malloch, McConuell, McLean, Meyer, Prince, Kobinson, Seymour, Sherwood de Broekville, Smith de Durhaui, Smith de Frontenac, Stevenson et Wilson, — 23.
1849] LORD ELGIN. lit
ne sanctionnerait pas le projet, ils lui présentèrent des adresses qui le priaient de refuser la sanction royale ; par l'organe de leurs journaux, ils firent môme entendre des menaces s'il accomplissait cet acte de justice. De la violence de leurs discours et de leurs écrits, ils passèrent aux actes les plus honteux. Le gouverneur sans s'occuper de leur conduite, n'obéit qu'aux devoirs que lui dictaient et sa haute position et son rôle de chef constitutionnel. Le 25 avril, il se rendit au parlement pour sanctionner plusieurs actes, au nombre desquels était celui de l'indemnité. Au moment qu'il donnait la sanction à ce dernier, les conservateurs, placés en nombre considérable dans les galeries, firent entendre des cris de désespoir, que couvrirent les applaudissements des libéraux. Puis on les vit sortir, et insulter le représentant de la reine et son état major, leur lançant à leur départ des œufs gâtés et des pierres, qu'ils accompagnèrent de grognements et de vociférations. Après ces actes indignes, ils convoquent, pour le soir, une assemblée au Champ de Mars ; et là, sous la présidence de M. Moffat, passent des résolutions à la reine, la prient de désavouer l'acte d'indemnité et de rappeler Lord Elgin. Après plusieurs discours plus ou moins violents, ils décident de se rendre au parlement. Cette bande, sans aucun doute organisée d'avance, assiège l'édifice où l'assemblée législative était alors en séance. Ils lancent une grêle de pierres dans la salle, que les députés abandonnent en désordre. Puis ils entrent comme des furieux, brisent les pupitres et les fauteuils, et s'emparrent de la masse. Un de leurs chefs, assis sur
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le fauteuil du président, proclame, au nom du peuple, la dissolution du parlement. Un instant après, le cri nu feu! retentit. Au milieu de ce désorde affreux, les membres réfugiés dans la biblio- ■ thèque, sortent alors de l'édifice deux par deux, ayant l'orateur à leur tête; quelques-uns sont sérieusement maltraités par la populace.
Eu un instant, ce bel édifice devint la proie des flammes, avec les archives de la province, les deux bibliothèques qui renfermaient vingt-deux mille volumes. Le Canada perdit, dans cette conflagration, des livres rares et précieux et la belle collection d'ouvrages sur l'Amérique (seize cents vols.) formée par M. Faribault après les plus pénibles efforts. Les pertes furent estimées à plus de $400,000.
Les émeutiers eurent plusieurs jours la ville de Montréal en leur pouvoir, et commirent les actes du plus odieux vandalisme. Ils brûlèrent une partie des propriétés de M. LaFontaine, et saccagèrent le reste, ainsi que les demeures de MM. Hincks, Holmes, Nelson et Wilson. Ils furent encouragés par les organes des conservateurs outrés, La Gazette de Montréal et le Morning Courier. Ces journaux publièrent des articles d'une violence extrême, conseillant d'exterminer tout ce qui portait un nom français. C'était une guerre de races, disaient-ils ; il fallait qu'un des deux peuples vint à périr.
Ces émeutiers et leurs chefs étaient les mômes qui avaient fait un crime aux Canadiens-Français de leur soulèvement de 1837-38, faute excusable sous plusieurs rapports; c'étaient ceux qui avaient pris les armes contre des Canadiens égarés, ou qui
avait pillé, détruit leurs propriétés. Ces personnes qui se faisaient une gloire de leur loyauté, devinrent des rebelles, des incendiaires, parce que la majorité constitutionnelle n'obtempérait pas à leurs désirs. On comptait parmi eux des hommes qui avaient un nom, une position honorable, surtout des marchands ruinés par des spéculations hasardeuses, et par la dépression du commerce, depuis l'abolition des droits protecteurs par la métropole. Ces marchands voulaient un changement quelconque ; ils n'attendirent pas le résultat du nouveau système commercial, malgré les signes prochains d'une prospérité déjà renaissante. Ils inclinèrent surtout pour l'annexion de la province à la république voisine, et profitèrent de cette occasion pour parvenir à leur but.
On ne saurait trop blâmer les auteurs de ces actes ; mais combien étaient encore plus coupables les chefs conservateurs, Sir Allan McNab, M. Moffatt, et le colonel Prince, qui, par leurs discours et leur influence, encouragèrent la population anglaise de Montréal à commettre ces crimes, qui seront pour eux tous une tache ineffaçable. Ces chefs ne désiraient probablement pas aller aussi loin ; mais l'impulsion funeste qu'ils avaient donnée aux passions aveugles de la multitude, leur laisse la responsabilité de tous les excès qu'on eut à déplorer.
Les actes des conservateurs de Montréal furent l'objet de l'indignation universelle parmi les Canadiens. Ils ne trouvèrent de sympathies que de la part d'un petit nombre de fanatiques, qui auraient voulu l'anéantissement de la population française. Cette
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conduite dégoûta le plus grand nombre de leurs alliés du Haut-Canada, qui, en véritables amis de la liberté constitutionnelle et de l'ordre social, approuvèrent la conduite de Lord Elgin.
Le gouvernement demanda plusieurs fois le secours des troupes régulières. Il arma aussi plusieurs centaines de constables ; mais ces derniers furent renvoyés sur la demande du commandant des troupes, qui se chargea du maintien de l'ordre. Le gouvernement aurait pu agir avec plus de sévérité, et étouffer la révolte dans quelques heures. Les moyens d'anéantir les émeutiers ne lui manquaient pas. Mais il prit, autant que possible, des mesures pacifiques, et se borna à faire quelques arrestations (^]. On le blâma d'abord d'avoir agi avec trop de ménagement; cependant cette modération et cette prudence épargnèrent l'effusion du sang, et prévinrent peut-être une guerre civile. Sa conduite trouva l'approbation générale lorsque le calme fut rétabli.
Le lendemain de l'incendie, l'assemblée législative se réunit dans la Halle dn marché Bonsecours, où elle siégea plusieurs jours, sous la protection des bayonnettes. Elle se rendit plus tard dans les bâtisses de M. Hayes. Le conseil législatif se réunit dans le Trinity Church.
Un des premiers actes des députés fut de voter, sur une division de trente-six contre seize, une adresse au gouverneur, dans laquelle ils lui exprimèrent leurs sentiments de chagrin et d'indignation pour les actes commis par les fureurs de la populace, approu-
(') Parmi les prisonniers étaient M. Ferres, rédacteur du Montréal Gazette, M. Mack, secrétaire de la Ligue Britannique. Les prisonniers furent renvoyés ensuite sous caution.
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vèrent la justice et l'impartialité de sa conduite pendant l'administration de ce temps, et terminèrent en l'assurant de leurs sentiments de loyauté et d'attachement envers la personne et le gouvernement de Sa Majesté, et en lui offrant leur appui pour le maintien de l'ordre. Le conseil législatif vota une adresse à peu près semblable. Les conservateurs étaient disposés à voter l'adresse, moins la partie qui approuvait l'administration de Lord Elgin.
Lors de la discussion de ces addresses et d'autres sujets, les membres firent connaître leurs opinions sur les événements du 18 avril. Plusieurs de ceux qui avaient voté contre l'indemnité, condamnèrent en termes énergiques les actes des conservateurs. MM. Wilson et Galt furent de ce nombre, et approuvèrent la conduite de Lord Elgin. M. Sherwood se montra aussi plus modéré. Malheureusement, plusieurs autres essayèrent de justifier les ennemis de l'ordre, et le ton de leurs discours tendit plutôt à augmenter les troubles qu'à les appaiser. M. Caley surpassa tous les autres par la violence de son langage. " C'est une guerre de races, disait-il, et le gouvernement avait armé les Canadiens-Français contre les Anglo-Saxons " ! De son côté. Sir Allan McNab s'écriait : " Le ministère a proclamé que la loyauté était une farce, que l'insurrection était permise ; il recueille maintenant le fruit de ses doctrines." Il informa ses collègues qu'il proposerait de payer les dommages causés par l'incendie avec les fonds votés pour l'indemnité. Il demanda ensuite copie de la correspondance relative à la mesure de l'indemnité. La majorité de la chambre s'y opposa.
M. Boulton, de Norfolk, se prononça pour le
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rappel de l'Union. Suivant lui, les deux populations ne pouvaient plus vivre ensemble. Au conseil législatif, M. de Blaquière proposa des résolutions en ce sens ; mais comme ses opinions ne prenaient pas, il retira ses résolutions. M. Papineau attribua les troubles et l'incendie qui venaient d'avoir lieu, à l'indécision et aux hésitations des ministres ; ils avaient perdu toute présence d'esprit, et ne s'occupaient que de tirer partie des troubles, dans l'intérêt de leur popularité, sans songer à protéger la ville et la législature. M. Papineau fut applaudi des conservateurs; mais sa conduite, dans ces tristes circonstances, fut sévèrement blâmée par ses compatriotes. M. Merritt était d'a^às que la province entière approuvait la conduite du ministère, et que ce n'était pas à la populace de Montréal à dicter la loi à la province. Suivant M. Holmes, Montréal avait perdu, par les scènes de violence, le droit de posséder le siège du gouvernement. Il déclara que les hommes les plus iniluents parmi les conservateurs avaient encouragé les émeutiers ; qu'une enquête révélerait que tout a été conduit par ces chefs, et qu'ils n'ont reculé devant aucun excès ni aucun crime.
Lorsque Lord Elgin se rendit cà l'hôtel du gouvernement pour recevoir l'adresse de l'assemblée législative, il fut encore assailli par une grêle de pierres, quoiqu'il fût escorté par un détachement de cavalerie. Il fut même frappé à la poitrine, et plusieurs députés eurent le même sort. Le gouverneur, dans sa réponse à l'adresse, remercia les députés de l'approbation de sa conduite, et dit qu'il avait une entière confiance dans les autorités et dans
les amisde l'ordre. Lorsqu'il retourna à sa demeure, les émeutiers recommencèrent la même scène ; le commandant dçs troupes ordonna alors la charge, mais les émeutiers prirent la faite (i). C'est ce qu'ils firent plusieurs fois lorsque les troupes se préparaient à faire feu sur eux,
Dans ces circonstances si critiques pour le représentant de la couronne, tous les amis de l'ordre et de la constitution se réunirent autour de lui, et lui offrirent leur appui. Les libéraux du Haut-Canada, dans une conduite digne de tout éloge, s'unirent étroitement à leurs alliés du Bas-Canada; cette union pré\int une guerre civile, et sauva la constitution. Il ne s'agissait plus d'une question de parti, savoir, si l'administration avait eu tort ou non de présenter à la législature le projet d'indemnité. C'était une question constitutionnelle, savoir si le gouverneur devai-t sanctionner toute mesure d'intérêt local qui avait été adoptée par les deux chambres, et si, après avoir donné sa sanction, il serait exposé à être désavoué par le parlement impérial, parce que telle mesure aurait déplu à la minorité. L'existence de la constitution dépendait de cette question.
Les réformistes ou libéraux des deux provinces, qui formaient les trois quarts de la population, fu-
{') Après la prorogation des chambres, les émeutiers renouvelèrent à plusieurs reprises, leurs actes de vandalisme. Ils attaquèi'ent de nouveau la maison de M. LaFontaine ; mais ils comptaient sans les amis du premier ministre, qui le défendirent et repoussèrent les émeutiers après avoir tué un des leurs. Des misérables allèrent jusqu'à insulter Lady Elgin, qui se promenait dans sa voiture pour rétablir sa santé chancelante. Ce fut dans le même temps que le magnifique Hôtel Donegana fut incendié et que le feu prit à plusieurs autres bâtisses.
•lis LORDELGIX. [1849
rent unanimes à approuver la conduite de Lord Elgin et les actes de leurs représentants On en voit une preuve éclatante dans les adresses signées par deux cent mille citoyens de toutes les classes et de toutes les origines, pour lui offrir et lui exprimer le désir de le voir encore continuer à présider aux destinées du pays. Ces adresses comprenaient même la majorité des citoyens de Toronto, de Kingston et d'autres grands centres du parti conservateur.
Dans le même temps, les ultra-conservateurs de ces villes signaient une adresse à la reine pour demander le rappel du gouverneur, la dissolution du parlement et le désaveu de Tacte d'indemnité. Ils n'eurent aucune chance de ce côté. Le gouvernement impérial, par la voie de lord Grey, secrétaire des colonies, accepta la responsabilité des actes de Lord Elgin, alléguant que le gouverneur n'avait pas manqué aux règles de la justice en se conformant aux vues des trois quarts de la population. 11 avait confiance dans sa capacité et son jugement, désirait ardemment le maintenir dans son poste, et lui promettait tout son appui. La presse anglaise, le Times de Londres et plusieurs journaux influents approuvèrent également les actes de Lord Elgin, et se montrèrent très-sévères à l'égard des conservateurs.
La cause de ces derniers ne trouva pas plus de sympathies au sein de la chambre des communes. Une motion de M. Harries, par laquelle il priait la reine de refuser son assentiment royal à l'acte d'indemnité jusqu'à ce que l'on fût assuré qu'aucune des personnes qui avaient été impliquées dans' la rébellion ne serait pas indemnisée, fut rejetée à une
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très-grande majorité. La motion fut soutenue par M. Glastône et D'Israëli, et combattue par lord John Paissell, Roebuck, Bruce et Sir Robert Peel. Lord John Russell paya aux talents de Lord Elgin et à l'esprit -de son administration le tribut d'éloges qui leur était dû ; il déclara qu'il était du devoir du gouvernement impérial de laisser la loi d'indemnité en opération ; il avait confiance que ceux qui s'y opposaient et qu'il aimait à croire de loyaux sujets, feraient tout leur possible, quand l'excitation serait passée, ponr prévenir les mauvaises conséquences que cette loi pourrait avoir.
La loi d'indemnité, malgré les horreurs dont elle fut l'occasion, fit plus de bien qu'aucun autre acte de la législature. Elle eut l'effet de rendre à la province le coptrùle de ses propres aiiaires, et de nul- Ufier l'appel fait en Angleterre par l'opposition ; la métropole ne voulait pins se mêler des affairés qui concernaient uniquement la colonie. C'était encoi'e une preuve que le gouvernement responsable ne devait plus être une moquerie ; une mesure locale adoptée par les deux chambres, devait être sanctionnée par le gouverneur.
Grâce à la conduite honteuse d'une partie de sa population, Montréal perdit le siège du gouvernement, qui lui convenait si bien par sa position au centre de la province. Sur la proposition de M. Sherwood, l'assemblée législative pria, dans une adresse. Lord Elgin de convoquer alternativement la législature dans les villes de Toronto et de Québec, à dés intervalles de quatre ans. Le ministère ne prit pas la responsabilité de cette adresse, qui fut adoptée
sur une division de 33 contre 25. Dans la minorité, étaient Sir Allan McNab, MM. LaFontaine, Papineau et Cartier. De son côté, le conseil législatif s'opposa à ce changement, qu'il trouva désavantageux.
La question du choix de la capitale appartenait de droit au gouverneur ; mais afin de se conformer aux vœux de la majorité des représentants, Lord Elgin choisit Toronto pour être le siège du gouvernement pendant le reste du parlement, c'est-à-dire deux années. Il fut convenu que Québec serait la capitale les quatre années suivantes. Cette décision fut prise au mois d'octobre 1849. Le système alternatif, qui dura jusqu'en 1866, eut, il est vrai, l'avantage de faire mieux connaître les populations, et de faire disparaître certains préjugés contre les Français du Canada. Mais il fui trop dispendieux à la province, et les frais qu'il occasionna auraient été plus que suffisants pour doter une capitale de splendides édifices publics. Voilà quel a été le résultat du défaut d'entente entre les législateurs sur le choix d'une capitale fixe.
La session fut close, le 30 mai, par le major-général Rowan, nommé à cet effet député-gouverneur. Lord Elgin ne voulut plus exposer la ville à de nouveaux troubles, et s'abstint de sortir jusqu'à son départ de Montréal.
Après les émeutes du mois d'avril, le parti oppositionniste ne s'avoua pas vaincu. A Montréal et dans quelques villes du Haut-Canada, il forma une association connue sous le nom de Ligue Britannique de r Amérique du Nord. Cette association se fit dans le but d'opérer des changements constitutionnels, et
de prendre en considération la crise commerciale. Au nombre de ses membres mar'^uants, étaient MM. Moffatt, Gowan, Sherwood et Duggan. Les partisans de la ligue tinrent plusieurs assemblées, dont l'une à Kingston, au mois de juillet, et une autre à Toronto, au mois de novembre. Ils adressèrent un manifeste politique aux Canadiens, dans lequel ils se prononcèrenjt pour l'union des provinces anglaises de l'Amérique du Nord, pour une plus sage distribution des deniers et pour la protection des produits indigènes. Dans leurs assemblées comme dans la presse, les conservateurs émirent des principes tout à fait contraires à leurs anciennes profession de foi politique, par exemple, l'élection des membres du conseil législatif. Mais bientôt la division se mit dans leurs rangs ; les uns voulaient rester attachés à l'empire, les autres désiraient la séparation de la métropole et môme l'annexion à la République Américaine. Par ce manque d'union et d'entente, la Ligue s'éteignit d'elle-même, et fit place au mouvement annexioniste.
Au mois d'octobre, les journaux de Montréal publièrent une adresse signée par quelques centaines d'altra-conservatcurs, d'Américains, de démocratescanadiens-français, et surtout d'un bon nombre de marchands ruinés par la crise commerciale ou par des spéculations hasardenses. Les signataires de l'adresse, après avoir fait un exposé de la situation du pays, déclaraient que le retour de la part de l'Angleterre à son ancien système protecteur, la protection des manufactures canadiennes, l'iniion fédérale des provinces, leur indépendance, la récipro-
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cilé de coninierce *vec les Ktats-Unis, ne sauraient nullement remédier aux maux du pays ; et que le seul remède àcesmaux était une séparation amicale et paisible d'avec l'Angleterre, et une union à des termes équitables avec les Etats-Unis. Ils ajoutaient que, sans le consentement de la métropole, cette séparation n'était ni désirable ni praticable.
Parmi les signataires, on remarquait MM. John Molson, S. de Bleury, B. Holmes M. P., J. DeWitt M. P., A. A. Dovion, John Rose et L.-H. Holton (^). MM. Papineau et Galt se pronpncèrent aussi en faveur de ce mouvement. Les partisans de l'annexion convoquèrent une assemblée dans le mois suivant, et passèrent des résolutions par lesquelles ils adhéraient aux principes émis dans l'adresse. Ils avaient pour organes le Herald, le Courier, V Avenir et le Moniteur Canadien, tous publiés dans la ville de Montréal.
Cette alliance des démocrates et des conservateurs du Bas-Canada est tout à fait étrange, lorsque l'on considère que ces derniers, il y avait à peine quelques mois, avaieut juré l'anéantissement de la race française. S'ils se montrèrent disposés à oublier leurs haines, ce ne fut pas par amitié, car ils détestaient naturellement les démocrates ; mais ils se servirent d'eux pour parvenir à leur but, et diviser le parti ministériel. Ce fat aussi par dépit qu'ils se dépouillèrent de leur manteau de loyauté, et qu'ils
(i) MM. Joha Torrance, Jos. Papin, J.-B.-E. Dorion, F. -G. Johnson, John Eedpath, D.-E. Papineau, L.-A.-G. Laflamme, Wm. AYorkmam, K. Laflamme, P. Blanchet, C. Laberge, Labrèche- V^iger, J.-R. Sincennes, A. Archambault, Joseph Doutre et Robert Jones, étaient au nombre des autres signataires.
voulurent rompre avec l'Angleterre. A peu d'exception près, leurs idées annexionnistes ne trouvèrent pas d'écho dans le Haut-Canada ; la population, sans distinction de partis, ainsi que toutes les feuilles périodiques, les répudièrent d'une commune voix.
Bien que les annexionnistes de Montréal se don • nèrent beaucoup de troubles pour répandre leurs principes dans le Bas-Canada, ils n'eurent guères de succès. Ils réunirent un nombre restreint de partisans à Québec et dans les comtés de Huntington et de Sherbrooke (M. Ils gagnèrent à une majorité de trente voix une élection dans ce dernier comté, celle de M. Sanborn ; puis ils essayèrent leurs forces à Québec, espérant que s'ils pouvaient gagner ce centre commercial, ils auraient une grande chance de bouleverser la province en leur faveur. M. Chabot venait d'accepter le portefeuille de ministre des travaux publics ; il se présenta devant ses électeurs pour se faire réélire. Les annexionnistes choisirent M. Légaré pour leur candidat; malgré le troubla qu'il se donnèrent, ils ne réussirent pas. M. Chabot eut huit cents voix de majorité sur son adversaire. Dans les autres élections qui se firent, il ne fut pas question d'annexion.
Les Canadiens de 1849 étaient opposés à leur union avec le peuple américain. Ils n'y voyaient aucun intérêt; au contraire, ils pensaient y perdre beaucoup. La province venait de conquérir non
{i) Une assemblée des annexioimisteg de Québec, se tint le 27 octobre, sous la présidence du Dr. P. -M. Bardy. Au nom bre de ceux qui se montrèrent favorables à l'annexion, étaien MM. T. Fournier, Jos. Légaré, A. Plamondon, J. -P. Ehéaum« P. Huot, H. Dubord, J.-B. Pruneau, C. AUeyn, A. Soularf John Gordon, T.-C. Lee, etc.
seulement le pouvoir de régler les affaires intérieures et municipales, mais même celui d'étendre les relations de commerce et de navigation, d'administrer les douanes et les postes, d'en employer les revenus, ainsi que celui des terres publiques, comme bon lui semblerait. Avec l'annexion, les Canadiens perdaient la direction de ces départements, qui auraient été transférée de leur législature au congrès américain, où leurs députés n'auraient eu presque aucune influence, car ils se seraient trouvés noyés parmi les nombreux députés de la République Américaine ; de plus, ils perdaient les revenus des douanes, des terres publiques, etc., qui seraient allé grossir le trésor fédéral. Leurs taxes indirectes, qui n'étaient encore que légères, auraient été doublées, même triplées ; ils auraient été en outre obligés de prélever un impôt direct pour le soutien de leur législature et le paiement des améliorations locales.
Les Canadiens-Français n'avaient aucune sympathie pour les Américains, avec lesquels leurs ancêtres avaient été souvent aux prises sur les champs de bataille. Monarchistes et conservateurs par leurs institutions, leurs mœurs et leur éducation, ils détestaient les principes républicains. Ils savaient que, sous le drapeau britannique, ils trouveraient ime sécurité parfaite pour leurs institutions et leurs privilèges, tandis qu'avec l'annexion, leur existence nationale courrait de grands dangers.
Le gouvernement impérial, se montra très-sévère à l'égard des annexionistes ; par l'entremise de lord Grey, il pria Lord Elgin de résister à toute tentaive faite dans le but d'amener la séparation du
Canada de la mère-patrie ; et dans l'évantualitc d'une semblable tentative, il lui enjoignit d'en traduire les auteurs devant les tribunaux. Il était déterminé à exercer toute l'autorité qui lui appartenait, afin de maintenir l'union de la colonie avec l'Angleterre, persuadé que le maintien de cette union était avantageuse aux deux parties. Il approuva Lord Elgin d'avoir destitué les magistrats et les officiers de milice, qui avaient signé l'adresse annexioniste, et sanctionna aussi le changement de la capitale. Dans le parlement anglais, lord John Russell se prononça également avec la plus grande sévérité contre les annexionnistes.
Les partisans de l'annexion prétendirent avoir le droit d'agiter la question. Ils nièrent à Lord Grey le droit de donner, par anticipation, la décision du gouvernement anglais sur l'annexion, et regardèrent son intervention comme arbitraire et inconstitutionnelle.
C'était surtout la crise commerciale, l'acte de l'indemnité et les désordres qui en furent la suite qui avaient excité le mouvement annexionniste. Les marchands croyaient retrouver dans l'annexion la prospérité qu'ils avaient perdue. Bientôt la province sortit de ce malaise, le commerce devint plus florissant, la prospérité reparut avec les spéculations et la construction des chemins de fer; on oublia alors l'annexion. Les démocrates français y renoncèrent eux-n\èmes, lorsqu'on 1854, après avoir élu plusieurs de leurs chefs, ils crurent apercevoir une chance de monter au pouvoir, sous le régime constitutionnel qu'ils avaient méprisé.
126 LORD ELGiy. [1849
Les libéraux-démocrates du Bas-Canada prirent, dès l'origine, une position qui les rendit impuissants et impossibles. Comme nous l'avons vu précédemment, ils s'étaient prononcés pour le rappel de l'Union et la réforme électorale d'après le chiffre de la population ; puis ils firent cause commune avec leurs plus mortels ennemis, en faveur de l'annexion aux Etats-Unis. Dans l'Avenir, qui était leur organe, ils professèrent les principes les plus démocratiques, tel que le suffrage universel, le vote au scrutin, l'éligibilité des magistrats et des employés publics, etc. Bien plus, ils se montrèrent hostiles à la religion de leurs pères et au clergé canadien, attaquèrent les biens de l'église, et demandèrent l'abolition des dîmes. Nous ne voulons pas dire que tous les li béraux-démocrates professèrent ces doctrines ; non, il y a de nombreuses exceptions, mais plusieurs de leurs chefs, ainsi que le principal organe du parti, les proclamèrent hautement. " Le partie rouv/e, remarque la Minerve de cette époque, s'est formé à Montréal sous les auspices de M. Papineau, en haine des institutions anglaises, de notre constitution déclarée vicieuse, et surtout du gouvernement responsable regardé comme une duperie, avec des idées d'innovation en religion et en politique, accompagnées d'une haine profonde pour le clergé, et avec l'intention bien formelle et bien prononcée d'annexer le Canada aux Etats-Unis."
Ces doctrines nouvelles et condamnables furent répudiées avec raison par la masse des Canadiens- Français, et énergiquemcnt combattues par les journaux catholiques importants. Ce peuple est trop
sincèrement catholique, trop attaché à ses coutumes religieuses, et respecte trop le clergé, qui s'était jusqu'alors montré le défenseur le plus intrépide de sa nationalité, pour qu'il en fût autrement. Les chefs démocrates eux-mêmes, comme nous le verrons plus tard, ne pourront conquérir les suffrages du peuple qu'après avoir rayé une partie de leur programme primitif: l'annexion, l'abolition des dîmes, lo suffrage universel, etc.