DE FER — CANAUX. — RETRAITE DE MM. LAFON- TAINE^ET BALDWIN
Kemaniemeuts ministériels. — Session de 1S50, discussion de l'adresse, motions de changements constitutionnels. — Projet de réforme électorale perdu. — Discussion des Réserves du clergé. — Allocations, réciprocité entre le Canada et les provinces maritimes, loi des écoles dans le Haut-Canada. — Réforme postale. — Exposition de 18-51. — Incendies à Montréal. — Evénements religieux, premier concile pros'incial, nouveaux diocèses. — Canaux et autres améliorations navales. — Session de 1851. — Discussion sur la tenure seigneuriale. — Projet de la représentation, confédération des provinces. — Actes des écoles, des élections contestées, du recensement, de la primogéniture, etc. — Loi des chemins de fer, chemin intercolonial.— Cour de chancellerie. — Retraite de' ï.I. Baldwin suivie de celle de M. LaFontaine. — Portraits de ces deux grands hommes.
Plusieurs changements eurent lieu dans le ministère avant la convocation des chambres. Au mois de novembre, M. L.-M. Viger donna sa démission, parce qu'il était opposé à la translation du siège du gouvernement à Toronto ; et M. Garon se retira également du cabinet, tout en conservant son poste de président du conseil législatif. M. Taché, qui avait été jusqu'alors premier commissaire des travaux publics, remplaça M. Viger comme receveurgénéral. Le 13 décembre, M. Chabot fut nommé commissaire en chef des travaux publics, poste qu'il n'occupa que jusqu'à la fin du mois de mars sui-
vant ; il fut remplacé par M. Merritt, président du conseil exécutif. Ces changements mettaient à la tête des travaux publics un homme d'une grande expérience, et dont les talents et l'énergie avaient été constamment mis au service de la prospérité matérielle de la province.
M. Malcolm Cameron donna aussi sa démission comme assistant commissaire des travaux publics : il avait réclamé le portefeuille de commissaire des terres, et s'était plaint de ce que son salaire n'était pas aussi élevé que les autres. Son ambition déplut à ses collègues, qui refusèrent de se rendre à ses désirs ; il passa à l'opposition comme chef du nouveau parti cleargnt. La place de M. Cameron fut d'abord donnée à M. Wetenhall. Ce dernier, se voyant abandonné dans la lutte électorale, par ses anciens amis, fut attaqué d'une aliénation mentale, et ne connut pas sa défaite; il mourut quelque temps après, à l'hospice des aliénés. Ce fut M. Joseph Bourret, ancien maire de Montréal et conseiller législatif, qui fut nommé assistant commissaire des travaux publics ; il remplit en môme temps les fonctions de président du conseil exécutif. Enfin, M. Blake ayant été élevé au poste de premier chancellier du Haut-Canada, la place de solliciteur-général de cette province fut acceptée par M. John-S. McDonald, sans siège dans le cabinet.
Au mois de mai 1850, le ministère ne comptait
. plus que huit membres, MM. LaFontaine, Taché,
Leslie et Bourret pour le Pas-Canada, et MM. Bald-
win, Hincks, Price et Merritt pour le Haut-Canada.
La session de 1850 (3e session du 3e parlement)
fut ouverte à Toronto, le 14 mai (i). Le gouvernement avait choisi cette ville pour capitale, conformément à l'adresse votée par la chambre d'assemblée, à la suite des excès commis par la population de Montréal, à la dernière session. L'arrivée du gouverneur au parlement fut saluée par des applaudissements frénétiques.
Dans le discours du trône, Lord Elgin mentionna le rétablissement du crédit de la province sur le marché anglais. Il suggéra l'idée d'établir la liberté de commerce entre le Canada et les provinces maritimes, de passer des règlements pour assurer un tarif postal uniforme et peu coûteux, d'augmenter la représentation, d'adopter une loi du jury, etc. Il parla aussi de la nécessité ou il s'était trouvé de sévir contre les annexionistes.
L'adresse, proposée par M. Fergusson, fut le sujet d'interminables débats, et de discours sur des questions déjà discutées ou inutiles pour le moment. Près de deux semaines furent employées à des récriminations violentes, à des luttes personnelles, l'opposition ne cessant d'amener amendements sur amendements, dans le but d'embarrasser le ministère.
Le colonel Prince commença par demander l'abolition de la cour de chancellerie du Haut-Canada. La majorité des membres des deux sections de la province s'y opposa ; elle voulait donner un temps d'épreuves à cette cour, qui avait été réorganisée à
(') Les nouveaux députés élus depuis la session de 1849, à part les ministres qui furent réélus, étaient MM. Louis Lacoste (Chambly), Peter Perry (York East), J. S. Sauborn (Sherbrooke comté), C. Hopkins (Halton) et Dunbar Poss (Mégantic).
la session de 1849. Le colonel aborda ensuite le sujet de l'annexion, et proposa un amendement tendant à blâmer le ministère d'avoir destitué les officiers de la milice et les magistrats signataires de l'adresse annexionniste. Il avait auparavant essayé de présenter une pétition de quelques Canadiens qui demandaient l'indépendance ; mais la chambre avait refusé de la recevoir, sept membres seulement avaient voté en sa faveur. Le colonel déclara que nulle menace ne l'empêcherait, d'agir librement comme sujet anglais. Tout homme, disait-il, est libre de pétitionner sans être censuré, et ceux qui avaient signé l'adresse annexionniste avaient droit de le faire. Il ajouta que le gouvernement avait montré peu de magnanimité, en destituant les signataires des charges qu'ils occupaient.
M. Holmes parla en faveur de l'annexion, et dit que ses constituants la désiraient, si elle pouvait être obtenue avec le consentement du gouvernement anglais. MM. DeWitt, Holmes, Papineau et quelques conservateurs, quatorze en tout, votèrent en faveur de l'amendement de M. Prince. M. DeWitt, ancien patriote, conservait de la mauvaise humeur contre le ministère, à cause de sa conduite envers les annexionnistes.
M. Boulton, de Norfolk, engagea la chambre à demander l'extension du principe électif au conseil législatif. Ce fut la première démarche faite dans ce sens depuis l'Union ; treize députés seulement se prononcèrent en sa faveur : MM. Papineau, Malcolm Gameron, Ghristie, Prince, DeWitt et Holmes^ étaient de ce nombre. Les ministres déclarèrent
qu'ils n'étaient pas prêts à dire, que rien ne pourra être fait dans la suite pour mettre le conseil sur un meilleur pied. Le temps n'était pas arrivé pour la discussion, et le peuple devait être consulté sur ce sujet important. M. Merritt alla jusqu'à dire que si le peuple demandait un conseil électif, il l'aurait. M, LaTerrlère se prononça pour le conseil électif, mais contre l'annexion aux Etats-Unis.
Un autre amendement du môme M. Boullon demandait d'effectuer des réductions dans les dépenses du gouvernement ; il ne réunit que vingt membres. M. Malcolm Gameron parla des réserves du clergé, et reprocha au cabinet de n'en point faire une question ministérielle.
Gomme dans la session précédente, M. Papineau condamna les actes du ministère, et déploya dans ses attaques une grande acrimonie. Il reprocha surtout aux ministres leur manque de fermeté lors de l'incendie du' parlement, condamna les destitutions des annexionnistes, et vota pour tous les amendements, quoiqu'il ne les approuvât pas tous. Dans un de ses discours, il déclara qu'aucun de ses compatriotes, ses collègues, ne comprenait les questions sur lesquelles ils votaient tous aveuglement à la suite des ministres. M. Papineau fut le seul Ganadien-Frangais qui se ligua avec les conservateurs, et fit avec eux une guerre souvent peu loyale au ministère.
Sir Allan McNab, suivant son habitude, se montra d'une violence extrême envers les ministres, et leur donna souvent le titre de rebelles. Son but était d'exciter les passions, en rappelant des scènes désa-
gréables. Mais il dégoûta plusieurs de ses amis^êutre autres le colonel Gugy, qui se rangèrent au parti ministériel. Ce dernier déclara que la conduite violente de ses amis conservateurs l'avait contraint de rompre avec eux. De plus, il voyait qu'ils ne pouvaient former un ministère. IL ajouta que les espérances des conservateurs avaient été détruites dans les flammes de l'incendie des bâtisses du parlement, et que ce parti ne retournerait plus au pouvoir.
MM. Baldwin, Hincks, Cauchon, Nelson, Merritt et plusieurs autres membres répondirent d'une manière habile aux attaques des adversaires du gouvernement.
L'adresse fut finalement adoptée sur une division de quarante-quatre contre quatorze. Au conseil législatif, elle fut votée presque sans discussion, un seul membre M. McKay, se prononça contre son adoption.
Les partis eurent le temps de se dessiner pendant les longs débats de l'adresse, à l'assemblée législative ; le gouvernement put connaître ses partisans véritables et ses adversaires. Ces derniers n'étaient pas plus nombreux qu'à la session précédente. S'il y avait eu quelques défections, d'autres s'étaient ralliés à la i^olitique ministérielle. L'annexion et l'indépendance, sorties des émeutes de Montréal, et défendues par quelques journaux, n'avaient réussi qu'à réunir six véritables adhérents (l). Le peuple montra, par la voix de ses représentants, qu'il était
(t) MM. Papineau, Holmes, DeWitt, Prince, Sanborn, Mc- Connell.
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attaciïé à la mélropole et qu'il voulait Mvre sous sa tutelle bienfaisante.
Parmi les autres adversaires du g r.ivernement, se trouvait le parti conservateur, qui cu;nptait quinzi; membres, et dont MM. McNab, John-A. MacDonalrl, SherwoodetCaley étaientles plus marquants. P^nfin, venait le nouveau parti cleargrlt, composé de cinq libéraux avancés, qui faisaient surtout profession d'être économes (i). Il avait pour chef en chambre M. Malcolm Gameron, qui venait de laisser le cabinet, parce qu on n'avait pas voulu l'approuver dans ses ambitions, et en dehors du parlement, le Dr.Rolph, homme d'un grand talent, qui abandonna le parti ministériel pour se venger de la démission de M. Park, son beau-frère. La destitution de ce dernier fut une des causes de la formation du parti cleav- (jril. Un autre sujet de griefs fut le refus, par l'administration, de faire une question minisiérielle des réserves du clergé. La désertion des cleargrils ne fit, pour le moment, que purifier le parti réformiste ou libéral de quelques hommes ambitieux et mécontents. Mais nous le verrons bientôt exercer une grande influence, surtout l'orsqu'il aura pour chef le trop célèbre George Brown.
Gomme on le voit, les membres de l'opposition formaient trois partis qui n'avaient ni les mêmes vues ni les mêmes principes ; les uns voulaient l'annexion aux Etats-Unis ou l'indépendance, les autres désiraient l'oligarchie et le pouvoir pour eux, tout en continuant à vivre à l'ombre du drapeau britannique. Ils n'avaient réuni leurs forces que
(i) MM. Malcolm Canieron, J.-H. Boultou, Hopkins, Perr)' et W. H. Boulton,
pour renverser le ministère ou luimellredes entraves. Ils avouaient eux-mêmes que nuls autres que les ministres libéraux ne pouvaient tenir les rênes du pouvoir.
Plusieurs autres tentatives furent faites par l'opposition, mais sans succès, pour changer la constitution. M. J.-II. Boulton, de Norfolk, essaya une deuxième fois de rendre le conseil législatif électif; il voulut fixer, par un projet de loi, le lieu et le temps de la réunion du parlement ; enfin, il proposa une autre mesure pour prohiber toute dépense qui ne serait pas autorisée par une loi. Vingt députés votèrent en faveur de cette dernière, et trente-six contre. M. Boulton était un jurisconsulte, qui avait été procureur-général dans le Haut-Canada, et juge en chef à Terreneuve ; il avait la manie de s'ingérer de tout, de parler sur tous les sujets, et de professer des doctrines plus ou moins absurdes.
Son neveu, M. W.-H. Boulton, proposa de changer entièrement la constitution, et de lui en substituer une autre aussi ridicule qu'impossible II voulait nommer le gouverneur à vie ou le faire élire par le peuple, convoquer les deux chambres ou seulement le conseil législatif, donner au Haut-Canada une représentation plus forte, etc. Les annexionistes seuls volèrent en faveur de cette constitution informe ; et la chambre, au lieu de l'adopter, vota une adresse à la reine pour la remercier des bienfaits qu'elle avait accordés au Cauada, en donnant la constitution de 1840.
MM. de Blaquière entrepfit de réformer le conseil législatif. Il voulut faire déclarer que le conseil tel
qu'il était alors constitué, ne posséderait pas la confiance publique tant qu'il serait sous le contrôle de l'exécutif;' ; il demanda en même temps de prier la reine de limiter le nombre des conseillers, et de statuer que le président ne fit plus à l'avenir partie du cabinet. Trois membres seulement, MM. Ferrier, de Boucherville et Gordon adoptèrent les vues de M. Blaquière.
Les conservateurs tentèrent de raviver la question si orageuse de l'indemnité, et d'exiter de nouveau les passions populaires. Sir AUan McNab présenta un projet de loi tendant à exclure de toute indemnité les Canadiens qui avaient trempé dans l'insurrection. Les députés ne daignèrent pas discuter son projet, qu'on trouva ridicule ; il réunit cependant dix-neuf voix au nombre desquelles était celle de M; Papineau. Une majorité des députés Hauts-Canadiens ratifia de nouveau l'acte d'indemnité de 1849. Peu après, M. Robinson revint à la charge avec une proposition à peu près semblable ; il n'eût pas plus de succès. Sir Allan McNab et les autres chefs conservateurs se montrèrent dans la suite beaucoup plus modérés. Ils s'apperçurent que le système de violence employé en 1849 et en 1850 ne pouvait que leur être nuisible.
Conformément au discours du trône, M. LaFontaine introduisit son projet de loi de la session précédente, par lequel il voulait élever le chiffre de la représentation à cent cinquante députés, et la répartir d'une manière plus équitable. Il ne réussit pas encore à réunir les deux tiers des membres (56) ; cinquante et un seulement votèrent en faveur du projet. M. Papineau s'y opposa encore ; il voulait,
comme la plupart des adversaires de la mesure, que la représenlation fût conforme au chiffre de la population. Le projet aurait été adopté sans l'absence de plusieurs députés, qui donnèrent pour excuse la maladie ou des affaires privées.
La législature fit pendant cette session les démarches préliminaires qui devaient assurer la sécularisation des réserves du clergé.
Par l'acte constitutionnel de 179 J, l'Angleterre avait mis de côté ou réservé le septième des terres de la couronne alors incultes et non concédées dans les deux provinces, pour le soutien d'un clergé protestant; elle avait en môme temps donné ^ux législatures le droit de changer les dispositions de l'acte qui constituait cette dotation. Le môme acte accordait aux gouverneurs le droit d'établir des cures ou rcctories dans les paroisses et cantons, et de les doter au moyen des terres réservées. Ce dernier pouvoir ne fat exercé qu'en 1836, par Sir John Colborne, de triste mémoire, qui établit cinquante-sept cures en faveur de l'église anglicane.
La métropole avait eu en cela l'intention de favoriser spécialement l'église d'Angleterre. C'était une grande faute que d'accorder à une secte privilégiée une aide pécuniaire au détriment des autres, dans un pays peuplé d'habitants professant une religion différente.
Le clergé anglican avait d'abord joui seul du revenu des terres réservées. De bonne heure, l'évêque Mountain s'était occupé de ces terres, qui furent d'abord considérées comme presque sans valeur. Dans l'hiver de 1818-19, il avait réussi à les placer
SOUS la direction de son clergé. L'églisse d'Ecosse fut la première à réclamer sa part dans les revenus des réserves, et l'Angleterre reconnut la justice de ses réclamations. Les autres sectes, devenues plus nombreuses par l'immigration, voulurent aussi puiser à cette source de richesses ; elles prétendirent, avec raison, que les églises d'Angleterre et d'Ecosse ne devaient pas profiter exclusivement des fonds qui leur appartenaient également. En effet, les juges de la métropole déclarèrent, en 1840, que les mots clergé protestant ,désignés dans l'acte de 1791, comprenaient les sectes protestantes de toutes les nuances- La question des réserves ne fut pas directement un sujet de griefs dans le Bas-Canada. Les catholiques ne désiraient pas participer aux revenus des terres réservées ; ils avaient par eux-mêmes le moyen de soutenir leur clergé. " On a dit avec raison, remarque M. Chauveau en 1852, que le Bas-Canada était demeuré parfaitement étranger à tout esprit de querelles religieuses. Pendant nos luttes politiques, déjà compliquées par l'élément national, nous avons toujours écarté avec soin l'élément religieux, qui aurait rendu désespérée une situation déjà hien difficile. Je ne veux pas de meilleure preuve de la tolérance religieuse, qui a toujours régné dans le Bas-Canada, que le silence que les catholiques y ont toujours gardé sur cette question des réserves, qui a si longtemps et si violemment agité le Haut-Canada. Tandis que chaque petite secte dans le Haut- Canada a réclamé, avec beaucoup de bruit, ces droits aux réserves, l'église catholique du Bas-Canada, qui aurait eu d'après une distribution sem-
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blable à celle qui se fait dans le Haut-Canada les quatre cinquièmes de ces terres, a laissé tranquillement un clergé protestant jouir d'une si large part de notre patrimoine."
Au contraire, dans le Haut-Canada, cette grande question créa des discordes et des jalousies entre les diverses sectes religieuses. Les réformistes ou libéraux, qui étaient pour la plupart méthodistes, baptistes, presbytériens, etc., demandaient la sécularisation des réserves et l'abolition des rectorics^ et proposèrent d'en appliquer les revenus aux progrès de l'éducation et au profit des municipalités. L'assemblée législative aiopta à plusieurs reprises une mesure dans ce sens ; mais la chambre haute, composée en partie d'anglicans, la repoussa toujours. Ce ne fut qu'en 1839 que fut passé, à une faible majorité des deux chambres, un projet de loi qui décidait la question d'une manière satisfaisante ; mais il ne reçut pas la sanction royale. Au contraire, le parlement impérial se chargea de passer un acte qui disposait du revenu des réserves d'une manière tout à fait contraire aux vœux si souvent exprimés par la majorité des Hauts-Canadiens ; cette mesure ne fit qu'augmenter le mécontentement public. En effet, les églises d'Angleterre et d'Ecosse se trou- ' valent à avoir la plus grande partie des revenus, bien que le nombre de leurs adeptes fût de beaucoup inférieur à celui dos autres.
Depuis l'Union, la question des réserves occupa encore constamment l'opinion publique, et devint, à plusieurs reprises, le sujet de discussion animées dans les chambres. Les uns considéraient les réserves comme une dotation, un octroi irrévocable,
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ime propriété inviolable ; les autres n'y voyaient qu'une cession de fonds par l'état, et révocable à volonté par le gouvernement. Vouloir maintenir les réserves et les dotations faites d'une manière si inégale, c'était conserver au sein de la société un brandon de discorde civile et religieuse. Les hommes politiques voulurent enfin remédier d'une manière efficace à cet état de choses, qui maintenait l'esprit d'exclusion d'une part, et de domination de l'autre ; mais le cabinet refusa d'en faire une question ministérielle, parce que IM. LaFontaine différait de ses collègues sur l'emploi à faire des revenus.
M. Price, commissaire des terres de la couronne, entreprit de régler cette question si épineuse ; et dans ce but, il proposa une série de résolutions qui furent ensuite rédigées sous forme d'adresse à la reine. Par ces résolutions, qui contenaient l'historique des réserves du clergé, les membres demandaient au parlement impérial d'autoriser lalégislature canadienne à disposer des revenus des terres réservées au clergé suivant qu'elle le jugerait convenable ; aucune secte ne devait être considérée comme ayant des droits acquis à ces biens, mais les émoluments assignés jusqu'alors aux titulaires devaient être conservés durant leur vie.
Dans un discours remarquable, M. Price fit l'historique de cette grave question. Nous donnons le passage suivant,qui complète ce que nous avons à dire sur ce sujet. «L'acte constitutionnel met en réserve pour le clergé, un septième des terres du Canada. Je vais maintenant établir l'énorme étendue de cette réserve. Le nombre d'acres ainsi réservés est de
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2,395,687, dont il a été vendu en vertu des actes 7 et 8 Geo. 4. 503,913 acres, et en vertu du statut 3 et 4 Vie. 568,540 acres, faisant en tout, 1,072,453 acres vendus. Il reste à disposer 1,323,234 acres. Le produit de la vente s'est monté à £720,756, dont £373,- 899. 4. 4. ont été payés, laissant à payer une balance de £346,856.-15.-8. Avec l'intérêt sur la somme payée, on aurait déjà un million de louis provenant des terres vendues ,et lorsqu'on aurait disposé de toutes ces terres, le produit en excédera deux millions de louis.
"Si l'on considère la population du Canada partagée en sectes, on verra qu'un bien petit nombre a profité de ces réserves. Sur une population de 723, 000 âmes, l'église d'Angleterre, compte pour 171,000, celle d'Ecosse, pour 68,000, faisant un total de 240, 000, et ces deux églises se sont fait la part du lion, en ne laissant comparativement rien au reste de la population formant 483,000 âmes.
"Dans ce dernier chiffre, se trouve l'église catholique romaine comptant 123,707 âmes, et recevant pour sa part £700 par année ; l'église Wesleyenne, de 90,363 âmes, recevant une misérable pitance. Il reste encore 269,000 âmes, qui ne retirent rien de ces réserves dont elles sont entièrement exclues.
" On a prétendu que le Bas-Canada n'était pas intéressé dans cette question ; mais on se trompe. Le nombre d'acres réservés pour le clergé dans le Bas- Canada, s'élève à 934,050 acres, dont 362,699 ont été vendus et ont produit £74,226. 2. 11, dont £16,703. 18. 5. sont encore dus. Le Bas-Canada a donc intérêt à ce que cette question soit réglée d'une manière équitable.
" Lord Sydenham s'est prononcé contre les réserves qu'il a qualifiées de source de la rébellion.(l)"
L'intention de la majorité des membres était de convertir ces biens à l'éducation de toutes les sectes. Quelques libéraux avancés, M. Malcolm Gameron entre autres, auraient même voulu enlever aux églises et aux titulaires les revenus qu'ils recevaient, sans leur donner aucune compensation'; mais ils ne réussirent pas dans leurs vues injustes. D'un autre côté, les conser\'ateurs proposèrent, sur motion de MM. Galey et Jolin-A. McDonald, de conserver les appropriations qui existaient alors, et de repartir les fonds en caisse et les revenus futurs entre l'église d'Ecosse, les méthodistes et les différentes sectes, les catholiques compris, qui n'avaient pas participé jusqu'alors à cette source de richesse. Seize députés seulement donnèrent leur concours à cette motion.
La plupart des membres d'origine française, MM. LaFontaiue, Gauchon, Ghauveau, LaTerrière, etc., votèrent contre la résolution qui déclarait qu'aucune dénomination religieuse ne devait être considérée comme ayant des droits acquis aux revenus des réserves. M. LaFontaine était d'opinion que ces terres appartenaient également à toutes les sectes protestantes pour des fins religieuses. Il maintenait fermement que les dotations, créées par l'acte de 1791, devaient être sacrées, et qu'on pouvait régler la question de manière à ce que toutes les sectes religieuses eussent leur juste part. Le discours qu'il prononça fit une impression profonde, et fut considéré par la
(') Tiré du Canadien. Il se trouve dans ces statistiques quelques erreurs typographiques qui sout peu importantes en ellesmêmes.
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plus grande partie de la presse comme le discours le plus logique et le plus convainquant qui fût prononcé sur le sujet.
Les adversaires de la sécularisation des réserves essayèrent à gagner les députés catholiques en faveur de leur cause. Ils employèrent même les menaces, et dirent que si l'on prenait les réserves dn clergé pour les employer à des usages séculiers, on pourrait également s'emparer des biens d'église possédés par les catholiques du Bas-Canada. Ils prétendaieni que les dotations faites à ces derniers n'étaient pas assises sur de meilleures bases que les réserves du clergé protestant. On leur répondit, avec raison, qu'il y avait une différence énorme entre les propriétés des catholiques et les réserves du clergé protestant. Les premières avaient été données par des particuliers, et payées par les catholiquss pour l'usage des pauvres et pour l'instruction religieuse, et elles avaient été en outre assurées par la foi des traités ; les réserves, au contraire, étaient un octroi «'onant de l'état, révocable d'après les terme? de la loi, sous le contrôle du parlement.
L'adresse, proposée par M. Price, fut à la fin adoptée sur une division de 46 contre 23. Dix-huit députés du Haut-Canada l'approuvèrent de leur vote, et dix-sept se prononcèrent contre. Mais parmi ces derniers, plusieurs approuvèrent le principe de la sécularisation des réserves, tout en différant d'opi nion sur certains détails ; les députés du Bas-Canada en sanctionnèrent le principe, parce qu'ils voyaient que la majorité du HauUCanada demandait depuis longtemps cette réforme ; ils désiraient en outre faire
cesser l'agitation eréée à ce sujet dans cette province.
Le ministère de lord John Russel se montra disposé à agréer la demande des représentants du Canada, et reconnut qu'il n'appartenait qu'à la législature provinciale de régler ses affaires locales. Mais le ministère Derby, qui lui succéda en 1852, refusa de présenter au parlement impérial une mesure qui permettrait au Canada de régler la question d'après les termes de l'adresse. Il douta que l'on pût détourner de sa destination les seuls fonds appliqués au soutien du culte divin ; et comme une élection générale eut lieu au Canada, en 1851, il déclara qu'il ne connaissait pas les vues de la nouvelle représentation. Ce ne fut qu'en 1854, comme nous le verrons plus loin, que la sécularisation des réserves fut consommée.
L'assemblée législative, à la demande de M. La- Fontaine, s'occupa sérieusement de la tenure seigneuriale ; mais elle ne vint encore à aucune décision sur ce sujet. Nous donnerons plus It^n l'opinion des membres sur cette question si importante.
Parmi les sommes affectées aux améliorations publiques, se trouvent £90,017 pour le canal Welland, et £58,712 pour les canaux Beauharnais, Lachine et Chambly. Une somme de £15,000 fut destinée à la construction d'une école normale dans le Haut-Canada, et une égale somme à l'achèvement de l'asile des aliénés à Toronto. Grâce à la sollicitude de M. LiTerrière, la législature vota £2,000 pour favoriser l'établissement d'une école de marine à Québec. Cette école ouvrit ses cours en 1853,
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SOUS la direction de M. Kingston ; mais faute d'encouragement, elle tomba avant d'avoir accompli les résultats qu'on en attendait (^).
La législature autorisa par une loi, le gouverneur en conseil à déclarer le libre échange d'un certain, nombre de produits, entre le Canada et les provinces maritimes. Le commerce, qui avait été jusqu'alors presque nul avec ces provinces, reçut une heureuse impulsion ; il ne devait pas toutefois prendre des proportions considérables avant l'avènement de la confédération et l'établissement de communications faciles.
Un projet de loi, qui reçut l'approbation générale des chambres, fut celui qui assignait des salaires fixes à certains officiers de la justice, dans le Bas- Canada, tels qu'aux shérifs, aux protonotaircs et aux greffiers des diverses cours.
Plusieurs lois importantes pour le Haut-Canada furent présentées par le ministère, et adoptées pendant la session ; l'une concernait les cours de division, la seconde établissait un système de cotisation plus équitable, la troisième enfin amendait et refondait les actes relatifs aux jurés.
Cette province fut dotée d'une nouvelle loi des écoles. Une des principales clauses de cet acte permettait aux catholiques et aux protestants d'avoir des écoles séparées, et de participer aux fonds destinés à l'enseignement. Les catholiques obtinrent
( ' ) Une nouvelle école de Navigation vient d'être établie à Québec (1871), par M. Mitchell, ministre de la marine. Déjà plusieurs Canadiens ont obtenu des brevets de capitaine de navires. On a vu avec plaisir la fondation de cette école, (jui qui est destinée à faire un grand bien.
cette concession grâce au concours des libéraux du Bas-Canada ; la plupart des membres Hauts-Canadiens s'y opposèrent. Ils ne revendiquaient cependant que les mômes droits accordés aux protestants dans le Bas-Canada ; ils désiraient comme eux avoir la liberté de procurer à leurs enfants une instruction conforme aux principes de leurs croyances religieuses. Mais dans le Haut-Canada, les protestants se montrèrent à ce sujet des plus fanatiques ; ils mirent obstacle au progrès et au fonctionnement des écoles catholiques. Le surintendant de l'éducation, le Dr. Ryerson, se montra lui-même favorable aux écoles mixtes, se soumettant en cela à l'opposition soulevée contre les écoles séparées. Les catholiques demandèrent des amendements à la loi, et les obtinrent en 1855 et en 18G3.
La principale mesure que présenta le ministère pendant cette session, fut celle qui pourvoyait à l'organisation et à l'administration des postes. Nous avons déjà mentionné que la métropole avait, en 1847, signifié aux colonies de l'Amérique du Nord son intention de leur abandonner la direction du département des postes, aussitôt qu'elles seraient tombées d'accord sur un système postal uniforme. Les colonies remplirent cette condition, et fixèrent le taux des lettres à six sous par demi-once. Le gouvernement impérial approuva ce règlement, et passa un acte (12 et 13 V. ch. 66), qui autorisait les législatures coloniales à faire des lois pour l'établissement des postes intérieures.
Le projet ministériel, qui fut très-bien accueilli par la législature, pourvoyait à la nomination d'un
maître-géuéral des postes, et diminuait de beaucoup le taux des lettres. Le revenu des postes devait être réuni au revenu provincial, et les dépenses de l'administration être défrayées avec les fonds publics ; le projet permettait encore l'émission de timbres pour le paiement anticipé des frais de port. Ce fut le 5 avril 1851, que les nouveaux règlements devinrent en force. Jusqu'à celte époque, un député maître-général des postes avait été chargé de toute l'administration de ce bureau. M. Stayner, qui avait rempli cet emploi avec zèle, pendant vingt-cinq ans, remit les affaires du bureau à M. James Morris, qui fut le premier maître-général des postes, avec siège dans le cabinet.
Les bienfaits de la réforme postale se firent sentir aussitôt. Ce département fut mieux administré ; le nombre de bureaux, qui n'était que de 600 en 1851, augmenta d'année en année, et se trouva porté à 2333 en juin 1867 (i). Tous les citoyens, pauvres comme riches, gagnèrent à ce système ; le commerce surtout profita grandement de cette amélioration. L'acte des postes, qui reçut dans la suite plusieurs modifications, resta en force jusqu'en 1807. La constitution fédérale ayant transmis au gouvernement général la direction des postes, la législature fédérale passa, à la session de 1867, une nouvelle loi uniforme pour toutes les provinces, et baissa le taux des lettres de cinq centins à trois centins.
(') En 1852, le revenu postal ëtait de $230,629, la dépense $276,191, le nombre de lettres 3,700,000, la longueur des routea postales 8618 milles. Le rapport du maître-général des postes de 1867 nous donne les chiffres suivants : revenu ?914,7S3, dépense $924,319, nombre de lettres 14,200,000, longueur des routes postales 18, 100 milles.
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Tels sont les fruits de la session de 185S, qui fut close le 1 0 août. L'administration LaFontaine-Baldwin était plus populaire que jamais. Elle avait pu faire passer les principales mesures de son programme, grâce à l'appui que lui avaient donné les deux tiers de la représentation nationale. Le peuple pouvait à bon droit continuer sa confiance aux chefs qui avaient déjà amené de grandes réformes, rétabli le crédit de la province, et favorisé les grandes entreprises publiques.
A la fin de l'année 1850, le Canada se trouvait dans une excellente position : le commerce devenait de plus en plus florissant; près de cent navires étrangers, profitant des avantages accordés par les nouvelles lois de la navigation, avaient visité les ports canadiens. Les canaux de la province venaient d'être achevés et livrés à la circulation commerciale ; plusieurs chemins de fer étaient en voie de construction ; en outre, une abondante récolte avait amené, en 1850, la prospérité dans les campagnes. Dans le même temps, la province jouissait à l'intérieur de la plus grande tranquillité ; aucune excitation, aucune question politique ne vint nuire au fonctionnement de la constitution, contraste frappant avec l'année précédente. L'idée annexionniste avait été abandonnée par ceux mêmes qui lui avaient donné le jour. Toute Tattention et toute l'énergie étaient fixées aux entreprises commerciales, à la construction des chemins- de fer, h la colonisation, etc.
La première exposition provinciale, qui eut lieu la même année, à Montréal, fît connaître les richesses
naturelles du pays, l'énergie et l'industrie des Canadiens. Elle s'ouvrit le 17 octobre, dans les salles du marché Bonsecours, au milieu d'un concours immense de Canadiens et d'étrangers, venus en foule pour examiner les objets d'art et d'industrie indigènes. Bien que cette exposition eût été préparée à la hâte, elle fit honneur à la province, et mérita les éloges des étrangers.
Les commissaires de l'exposition résolurent d'envoyer à l'exposition universelle tenue à Londres, en 1851, une partie des produits du Canada exhibés à Montréal. L'Angleterre donna, la première, l'exemple de ces expositions grandioses, exemple qui fut suivi par la France en 1855. Le Canada eut sa bonne part des honneurs industriels, dans cette grande concurrence de tous les peuples. Soixante-sept médailles et mentions honorables lui furent décernées. Il surpassa plusieurs pays plus anciens et plus populeux, et obtint la palme pour les produits agricoles. La collection d'échantillons minéralogiques, si habilement préparée par M. Logan, passa pour la plus complète et la plus intéressante ; plusieurs autres articles eurent aussi des premiers prix (1). "De toutes les colonies anglaises, dit M. Dufresnay, inspecteur-général des mines à l'exposition, le Canada est celle dont l'exposition est la plus intéressante et la plus complète ; on peut même dire qu'elle est supérieure à l'exposition minérale
(1) Parmi ceux qui obtinrent des prix et des médailles se trouvaient M. C.-H. Têtu pour du cuir de marsoin, MM. G. Perry & frère pour une pompe à incendie, MM. W. Gamble et J. Paterson pour des couvertures, iSI. P. Rodier pour une locomotive et M. Laurent pour du blé.
de toute les contrées." Le Canada conserva cette belle position à l'exhibition de New- York, tenue en 1853, et à celle de Paris, dont nous parlerons plus loin.
Ce fut pendant Tannée 1851, que fut décidée la question des frontières du Canada et du Nouveau- Brunswick. Depuis plusieurs années, cette dernière province contestait au Canada la possession d'un territoire de 3,000,000 d'acres en superficie. Les arbitres, nommés par les provinces et par l'Angleterre, donnèrent gain de cause au Nouveau-Brunswick,
Nous devons mentionner ici les épreuves que subit la ville de Montréal en 1852, Deux incendies dévastèrent ses quartiers les plus riches, celui de Griffmtown, au mois de juin, et le faubourg Saint- Laurent, au mois de juillet. Plusieurs centaines de propriétés devinrent la proie des flammes, entre autres la cathédrale, le palais de l'évêque, l'église éxjiscopalienne et l'établissement Molson.
Nous remarquons plusieurs événements religieux survenus à cette époque. L'église catholique du Canada perdit, le 3 octobre 1850, son chef vénérable, Mgr. Joseph Signai, qui occupait, depuis 1833, le siège épiscopal de Québec. Ce pasteur, dont la vie fut pleine d'édification, se fit surtout remarquer par sa douceur, par sa grande charité, et par l'intérêt qu'il porta constamment à la cause de l'éducation. Il était archevêque depuis 1844. Mgr. P.-F. Turgeon succéda à Mgr. Signai comme archevêque de Québec; et Mgr. C.-F. Baillargeou, ci-devant curé de Québec fut nommé son coadjuteur, sous le titre d'cvéque de Tloa.
Un des actes importants du nouvel archevêque fut de convoquer le premier concile provincial, qui fut ouvert, au milieu d'une grande pompe, le 15 août 1851. Tous les évoques du Canada, auxquels se joignirent ceux de Terreneuve et de File du Prince Edouard, se réunirent sous sa présidence, pour conférer des graves intérêts de la religion catholique. Ils décidèrent plusieurs questions religieuses importantes, entre autres, la création de deux nouveaux diocèses, érigés en 1852 ; celui des Trois- Rivières, qui eut Mgr. Thomas Gooke pour premier évêque titulaire, et celui de Saint-Hyacinthe, dont le siège fut occupé par Mgr. J.-G. Prince. Les évêques recommandèrent encore Férection d'une université catholique. Un deuxième concile fut convoqué, en 1854, par le même archevêque.
Le diocèse de Bytown avait déjà été érigé en 1847, et Mgr. Guignes en fut le premier évêque ; il occupe encore aujourd'hui ce siège épiscopal. En 1850, Mgr. de Gharbonnel, prédicateur distingué, devint évoque de Toronto, et conserva ce siège jusqu'à son départ du Ganada en 1859. Deux nouveaux diocèses catholiques furent érigés en 1856, celui de Hamilton, dont le siège fut occupé par Mgr. John Farrell, et celui de Sandwich, qui eut Mgr. Pinsonnault pour premier évêque titulaire.
En 1850, fut érigé dans le Bas-Ganada un deuxième évôché anglican, celui de Montréal. Le Rév. Dr. Fulfold, de Londres, fut nommé à ce nouvel évêché. L'évêque Mountain, qui avait administré tout le Bas-Ganada, prit alors le titre d'éveque de Québec, que portaient son père, le premier évêque angUcan du
Canada, et sou successeur immédiat, l'évoque Stuart. Le seul évôché protestant du Haut-Canada, celui de Toronto, avait pour chef, depuis de nombreuses années, le célèbre Dr. Strachan.
On peut dire que c'est de 1850, que date l'achèvement des canaux canadiens, qui avaient été ouverts au commerce l'année précédente. L'inauguration officielle du Canal Welland se fit, le 7 juin 1850, en présence de Lord Elgin et des membres de la législature. Nous avons cru qu'il était important de donner de grands détails sur ces immenses travaux, qui sont en si grande renommée. Sur tout le parcours du Saint-Laurent, les canaux forment une longueur totale de 70 railles ; le reste de la navigation s'effectue à travers les lacs, et sait le cours du fleuve. Ces canaux ont une ascension totale de 564 pieds, depuis le lac Erié jusqu'à l'océan : ce sont ceux que l'on appelle communément les canaux du Saint-Laurent, (Lachine, Beauharnais, Cornwall et Williamsburg), Hsquels rendent le fleuve navigable de Montréal à r.ingston, et le canal Welland, entre le lac Ontjrio et le lac Erié.
Les obstacles créés à la navigation par la nature commencent près de Montréal, par le saut Saint- Louis ; ce rapide est évité par le canal Lachine, dont la longueur est de 8^ milles. Ce canal commencé en 1821, fut terminé quatre ans plus tard. Il fut élargi sous l'Union, et complété en 1849. Ensuite vient le canal de Beauharnais, qui rachette les rapides des Cascades, des Cèdres et du Coteau, et relie la navigation entre les lacs Saint-François et Saint- Louis. Ce canal a une longueur de 11^ milles;
commencé en 1842, il fut achevé trois ans plus tard. Après le canal Beauharnais, vient celui de Gornwall, qui rackette les rapides du Long Sault, à l'extrémité du lac Saint-François. Il fut commencé, en 1834, par le Haut-Canada, qui consacra à sa construction 01,760,000. La législature du Canada-Uni alloua une somme additionnelle de $300,000 pour le compléter. Ce canal, dont la longueur est de 11^ milles, fut ouvert à la navigation en 1842-43.
Les derniers ouvrages des canaux du Saint-Laurent^ sont ceux de Williamsburg, construits pour éviter les rapides appelés Pointe Ferrar^ Rapide Plat^ Pointe des Iroquois et les Galops. Commencés en 1843, ces canaux furent complétés en 1847 ; leur longueur est de 12^ milles.
Le canal Welland parcourt une longueur de 27 milles, et relie le lac Ontario au lac Erié, en tournant la célèbre chute de Niagara. Les premières démarches sérieuses qui ont été faites pour sa construction, datent de 1823. Une compagnie incorporée en commença les travaux Tannée suivante. Le premier projet ayant été abandonné, la même compagnie reprit ses travaux en 1825, avec un capital de $800,000. • Elle reçut quelques secours des législatures des deux Canadas et du parlement impérial, et poussa les travaux si vite, que les premiers vaisseaux purent le parcourir dès 1820. Cet ouvrage, fait sur un plan peu dispendieux, fut dû à l'énergie de quelques citoyens influents du Haut-Canada, de M. W.-H. Merritt surtout, qui a tant travaillé à la prospérité commerciale de cette province. En 183''- 40, la législature du Haut-Canada ach'-'ta cette grand»^
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entreprise, quelle considérait comme nationale, et destina de nouvelles sommes à son agrandissement. Les travaux furent continués sous l'Union. Dès 1841, §1,800,000 furent allouées à ce canal, et d'autres sommes considérables furent votées les années suivantes. Il ne fut parfaitement terminé qu'en 1850. Le canal Welland a coûté §6,260,000, dont 81,693,000 avant l'Union, et-34,576,000 depuis 1841.
Il est bon de remarquer ici, que les Américains ont construit un court canal à l'entrée du lac Supérieur, afin d'éviter le saut Sainte-Marie.
Au nombre des grands travaux destinés à améliorer la navigation fluviale, se trouvent ceux qui ont été exécutés dans le lac Saint-Pierre. La profondeur naturelle du chenal n'étant que de onze pieds, les vaisseaux de plus de 500 tonneaux ne pouvaient y passer et atteindre Montréal. Le gouvernement canadien résolut de lui donner un chenal de seize pieds; après avoir dépensé S300,000, sans avoir amélioré la navigation du lac, elle suspendit ses travaux, en 1847. Quatre ans plus tard, la commission du havre de Montréal reprit le creusement du lac, et réussit à donner au chenal une profondeur de vingt pieds, au prix da §382,198. Plus tard, la législature, considérant que ce travail étaj^ une entreprise publique, remboursa ce montant à la commission du havre. Cette entreprise, qui fut due surtout à l'énergie de MM. Young et Cartier, contribua puissamment au progrès de la ville de Montréal.
Jusqu'à ces dernières années, la profondeur du chenal fut regardée comme suffisante. Mais en 1871, des steamers d'un tonnage de 3,000 tonneaux et
plus, ayant visité le Saint-Laurent, furent contraints de laisser leur fret à Québec. Les citoyens de Montréal se sont aussitôt mis à agiter la question de donner au lac Saint-Pierre un chenal de vingtquatre pieds. Grâce à leur esprit d'entreprise, il est tout probable qu'ils réussiront. La législature fédérale vient de voter (1872), dans ce but, un octroi de $200,000, à la condition que la commission du havre de Montréal dépense une égale somme ; une autre somme de $350,000 a été allouée pour l'érection de basins et de quais dans le ijort de cette ville.
Afin de rendre la navigation du Saint-Laurent plus sûre, le gouvernement canadien a fait construire, de distance en distance, une suite de phares, destinés à guider les marins dans les endroits périlleux. Il a aussi fait construire dans le bas du fleuve plusieurs quais, dont quelques-uns sont d'une grande utilité à la navigation.
Gomme on le voit, la province a fait d'immenses sacrifices ($16,000,000 environ) pour améliorer la navigation du Saint-Laurent (i); mais ce n'est pas en pure perte. Si elle n'a pas encore retiré des profits considérables de ces gigantesques travaux, elle a obtenu du moins le but principal, celui de développer ses ressources, et de faire connaître les avantages de la navigation du Saint-Laurent. "Un autre résultat de cette amélioration, remarque iSI. Galt,
(') Le canal Lachine a coûté §2,400,000; celui de Beauharnais, $1,611,000; celui de Cornwall, $2,060,000; ceux de Williamsburg, $1,325,000 ; celui de Wellaud $6.269,000. Le creusement du Lac Saint-Pierre, l'érection des phares, quaia, etc. , ont encore coûté environ $3,000,000.
i56 LORD ELGIN. [1850
dans une brochure commerciale, a été de réduire le prix de transport des marchandises anglaises, en faveur du consommateur canadien à un minimum^ et en même temps d'augmenter considérablement le prix des céréales et du bois, au moyen desquels il effectue ses paiements. Ce résultat a été tel, qu'il y a vingt ans, le prix de transport des marchandises anglaises était à peu près de 100 pour 100 de leur valeur, et qu'il est actuellement (1862) réduit à 15 ou 20 pour cent. Le Canada a ouvert le Saint-Laurent à la circulation des marchandises, sans imposer de charges, depuis l'Atlantique jusqu'à l'extrême Ouest. Le commerce des Etats-Unis passe par le Canada sans subir de droits. Cet état de choses est clairement avantageux à l'Angleterre, car, sans la moindre charge, les négociants anglais peuvent envoyer leurs marchandises à Chicago à aussi bon marché qu'à New-York."
Il n"y a que deux voies naturelles pour le transport des produits de l'Ouest, si l'on excepte celle du Mississipi, qui a de trop grands obstacles à surmonter pour lutter avec les autres : ce sont celles du Saint Laurent et de New-York par le canal Erié. La supériorité de la première est reconnue depuis longtemps; les Américains l'admettent eux-même?. Elle est le débouché naturel des produits des Etats de l'Ohio, du Michigan, de l'Illinois, du Wisconsin, du Missouri et des autres Etats de l'Ouest, dont la population atteint actuellement près de 10,000,000 d'âmes. Elle offre des avantages réels et des sûretés plus grandes que la voie de New-York ; elle est plus rapide et plus économique, et met Québec beaucoup
plus près de Liverpool et de Londres que ne l'est New-York lui-même.
Le gouvernement canadien a donc compris les véritables intérôLs de la province, en faisant du Saint-Laurent la plus belle ligne de navigation intérieure du monde entier. Grâce aux améliorations qu'il a fait faire, des vaisseaux de 400 tonneaux peuvent parcourir le fleuve d'une extrémité à l'autre. (M Cependant, tout en admettant que ces travaux sont une œuvre nationale, il faut reconnaître qu'ils ont été exécutés en grande partie dans le Haut-Canada, et qu'ils ont particulièrement profité à la population de cette province, et au développement de ses ressources. De plus, on doit constater que le Bas- Canada n'avait pas besoin de canaux, pour assurer ses communications avec les principaux ports de l'Atlantique.
Jusqu'ici le commerce des grains de l'Ouest, par le Saint-Laurent, n'a pas été ce qu'il aurait dû être ; il est encore dans l'enfance. Il a cependant plus que doublé pendant les dernières années, tandis qu'il a diminué sur le canal Erié. " Si cet état de choses continue ainsi, remarquait dernièrement le Globe de Boston, les résultats seront avant longtemps désastreux pour les intérêts commerciaux de l'Union Américaine." Les Américains s'alarmeront encore davantage, lorsque les travaux, projetés pour l'élargissement des canaux canadiens et pour la construction de nouvelles voies ferrées, auront été exécutés.
Les Canadiens qui s'intéressent à la prospérité
(M Uu premier bâtiment fut expédié de Chicago à Liverpool en 1847, avec un chargement de 20,000 minots de pfraina.
commerciale de la province, demandent depuis quelques années, que l'on fasse de nouveaux sacrifices, afin de permettre à des navires trnii tonnage de neuf cents à mille tonneaux de se r 'udre à Chicago, et de transporter à plus bas prix, les produits en Angleterre et ailleurs sans transbordement. Le gouvernement fédéral a compiis de quelle importance il était d'améliorer la navigation, et, à la session qui vient de finir, celle de 1872, il a proposé de voter plus de deux millions pour commencer l'élargissement du canal Welland et de ceux du Saint- Laurent. Cette idée politique a été accueillie favorablement, et la législature lui a donné sa sanction. Plusieurs millions seront encore nécessaires à l'achèvement de ces travaux.
Espérons que sous peu d'années, le commerce de l'Ouest se doublera et môme se triplera, et le Saint- Laurent deviendra ce que la nature l'a fait. C'est alors que l'oii jugera de l'immense avantage que procurera à la Puissance l'entière possession de ce commerce considérable.
La province et le gouvernement impérial ont encore exécuté à grands frais d'autres travaux, qui ont complété la navigation du Richelieu et de l'Oulaouais, affluents du Saint-Laurent.
Les canaux de Chambly et de Saint-Ours rendent la rivière Richelieu navigable, et permettent aux vaisseaux de se rendre au lac Ghamplain et de communiquer, au moyen du canal américain de Whitehall, avec l'Hudson. Ces canaux ont coûté §756,000.
Le premier endroit où la navigation de l'Outaouais a été améliorée est à Sainte-Anne, à l'entrée du lac
des Deux-Montagnes. Le gouvernement canadien y a construit une écluse, qui permet à un gros steamer de naviguer de Lachine à Carillon, au pied du Long-Sault, distance de 45 milles. Entre Carillon et Grenville, se trouvent le Long-Sault et plusieurs autres rapides. Le gouvernement impérial y a construit les canaux de Carillon, de la chute à Blondeau et de Grenville, qui ont environ huit milles de longueur, et ont coûté un peu plus d'un million de piastres. La rivière est ensuite navigable jusqu'à Outaouais. La législature fédérale vient de voter une somme de S4G0,000, destinée à l'amélioration des canaux Grenville et Carillon. On a encore exécuté sur l'Outaouais et sur d'autres rivières, de grands travaux tels que des digues, des glissoires, etc., pour favoriser la descente du bois de construction.
Le canal Rideau fait communiquer la ville d'Outaouais à celle de Kingston. La législature du Haut- Canada avait d'abord eu l'idée de construire ce canal ; mais elle préféra ensuite améliorer la voie du Saint- Laurent, comme étant celle qui est la plus naturelle au commerce. Le gouvernement impérial, désirant avoir le contrôle de ce canal pour des fins militaires, se décida à le construire. Projeté après la guerre de 1812, il ne fut commencé qu'en 1826, Six ans plus tard, il était fini. Ce magnifique ouvrage, long de cent vingt-sept milles, a coûté $4,- 500,000.
Il est bon de remarquer que les canaux qui ont été exécutés par le gouvernement impérial, sont aujourd'hui la propriété de la province.
Le canal de la baie de Burlington, dont la longueur est d'un mille, permet aux vaisseaux d'atteindre la ville de Hamilton. Il a coûté $432,000. Il y a encore le canal Desjardins pour lequel la province a dépensé $100,000.
On a encore projeté plusieurs autres grandes entreprises : un canal doit relier Outaouais au lac Huron ; un autre, celui de la Baie Verte, qui doit faire communiquer le Saint-Laurent avec la Baie de Fundy ; un troisième, celui de Gaughnawaga, est des tiné à unir le lac Ghamplain au Saint-Laurent. M. Young a beaucoup travaillé à la réalisation de ce dernier; il n'a pu encore gagner à ses idées ses adversaires, qui sont d'avis que ce canal sera nuisible aux intérêts commerciaux de la Province de Québec, et surtout de Montréal.
Les seuls changements qui eurent lieu dans le ministère LaFontaine, furent la retraite de M.Merritt. Celuici remit, au ^lois de décembre, son portefeuille de premier commissaire des travaux publics, parce qu'il différait d'opinion avec ses collègues, sur la politique financière. M. Merritt avait de singulières idées sur les finances, qui furent considérées comme inacceptables, par les autres membres du cabinet. M. Bourret, le deuxième commissaire des travaux publics, le remplaça comme chef de ce département, tout en conservant la présidence du conseil exécutif. Nous avons déjà dit, que M. James Morris accepta la position de maître-général des postes, avec siège dans le cabinet. M. Morris, membre du conseil législatif, était un citoyen influent et respecté du Haut-Canada. M. Killaly, ci-devant ministre, fut
nommé, en 1851, assistant-commissaire des travaux publics, sans portefeuille.
Deux nouveaux députés firent leur apparition sur la scène politique : M. Letellier de St. Just, homme de talents remarquables, élu par le comté de Kamouraska, et M. W.-L.Mackenzie le chef des révoltés du Haut-Canada, lors des troubles de 1837-38. Ce dernier alla renforcir le parti cleargrît^ que l'on verra prendre bientôt une plus grande influence. M. Mackenzie suppléait à la médiocrité de ses talents, par l'activité de son esprit et la violence de ses actes: il aimait à faire du bruit, et professait hautement des doctrines démocratiques. Son rôle d'adversaire au pouvoir oligarchique avait autrefois porté ses fruits; mais avec le gouvernement responsable, il fallait autre chose que de faire de l'opposition à outrance.
La dernière session du troisième parlement fut ouverte à Toronto, le 20 mai 1851. Lord Elgin félicita les chambres de la prospérité générale qui régnait dans la province. Il suggéra entre autres choses de venir en aide à la construction des grandes voies ferrées, d'augmenter la roprésentation parlementaire, et d'effectuer des réductions dans les salaires de la liste civile.
L'adresse proposée par M. Dunbar Ross, fut adoptée sans division, dans une seule séance. C'était une chose inouïe dans les annales parlementaires.
Un des sujets qui occupèrent le plus l'attention des représentants fut la tenure seigneuriale. Depuis plus d'un quart de siècle, la demande de son abolition avait été répétée d'année en année ; mais en-
1848, et les années suivantes, cette question avait été agitée plus fortement; le peuple s'était assemblé et avait adressé à la législature de nombreuses pétitions, par lesquelles il demandait l'abolition entière du système seigneurial. Latenure était regardée plus que jamais, comme nuisible aux progrès de l'agriculture et de l'industrie.
A la session de 185G, la chambre s'était occupée de cette question importante, et M. LaFontaine avait proposé et fait adopter des résolutions qui devaient amener la suppression entière de ce système, et sa transformation en une tenure libre, tout en déclarant que ce changement ne pouvait se faire qu'en indemnisant les propriétaires des seigneuries. Plusieurs discours remarquables avaient été prononcés sur le sujet.
M. LaFontaine admit que la tenure seigneuriale était un bon système pour l'établissement d'un nouveau pays; mais il déclara qu'elle était nuisible aux classes qui avaient le plus besoin d'encouragement, nuisible au progrès de l'agriculture et du commerce. " Les tentatives qu'on a faites jusqu'ici, dit-il, ont été sans fruits, et les agitateurs ont fait tort aux seigneurs et diminué la valeur des seigneuries. Il est temps, afin de rendre justice aux deux parties, de détruire le mal dont on se plaint si fort Il y a des personnes qui veulent l'abolition sans indemniser les seigneurs; njais la chambre doit se prononcer, et dire qu'il ne peut y avoir de commutation sans indemnité aux seigneurs pour toute la valeur de leurs droits, en prenant soin de ne pas imposer de fardeau trop lourd aux censitaires : cela ne peut être effectué sans que la commutation soit obligatoire."
M. Papineau censura la conduite de ceux qui agitaient l'abolition de la tenure seigneuriale. Il soutint que le seigneur était propriétaire absolu de ses domaines, et prétendit que les cours de justice avaient toujours décidé que le taux des rentes était à la volonté du seigneur. " Cette tenure, contre laquelle on a tant crié, continua-t-il, est fondée sur la sagesse et sur la justice; et il est absurde de supposer que les seigneurs peuvent être forcés à concéder leurs terres bon gré malgré Quand les pro
priétés des seigneurs augmentent en valeur, ceux-ci peuvent augmenter la taxe, et personne n'a le droit de les restreindre. Trente personnes sur quatre mille ont profité de l'avantage offert par le Séminaire de Saint-Sulpice pour commuer ; c'est une preuve que le peuple du Bas-Canada ne désire pas l'abolition dé la tenure seigneuriale. L'agitation actuelle n'a
été créée que par des mendiants de popularité
Je suis un grand réformiste, dit-il en terminant, pour les changements politiques nécessaires, mais je suis un grand conservateur pour la conservation du droit sacré de propriété." Il est bon de remarquer que M. Papineau était seigneur lui-même.
M. LaTerrière, autre seigneur, prit également la défense de la tenure, tout en désirant réformer les abus qui se commettaient. Il était d'avis que le peuple se plaignait plutôt des abus que de la tenure elle-même.
M. Cartier déclara que la partie de la province établie d'après la tenure seigneuriale, n'avait pas -fait autant de progrès que celle qui avait été colonisée d'après le système de tenure libre. Les lods
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et ventes empêchaient les hommes prudents d'améliorer leurs propriétés, et mettaient des obstacles aux emprunts, parce que lès réclamations des seigneurs passaient avant toute autre. Il ajouta que c'était autant l'avantage du seigneur, que celui du censitaire, d'abolir la féodalité, et le moment était des plus propices pour l'eifectuer.
M. Davignon, le principal chef du mouvement favorable à l'abolition de la tenure, dans le district de Montréal, et plusieurs membres firent des discours remarquables en faveur de la réforme seigneuriale. La question fut renvoyée à un comité chargé d'examiner les moyens propres à lui donner une solution satisfaisante.
Ce comité continua ses séances à la session de 1851, et prépara deux projets de loi. L'un définissait les droits respectifs des seigneurs et des censitaires, et faisait disparaître tous les abus ; l'autre, introduit à la dernière heure, facilitait le rachat des droits seigneuriaux, et convertissait la tenure seigneuriale en tenure libre. Des débats longs mais paisibles eurent lieu, lors de la présentation de ces projets à la chambre par M. Drummond. MM. LaFon taine, Cauchon, Drummond et autres parlèrent en faveur, et MM. Gugy et L.-M. Viger se prononcèrent contre. Bien que ces projets de loi ne furent pas présentés comme mesure ministérielle, les membres du cabinet se déclarèrent fortement en faveur de la commutation, forcée de la part des seigneurs, et volontaire de la part des censitaires, tout en donnant aux premiers l'indemnité que la justice et l'équité demandaient. On remit la considération de ces
mesures à l'année suivante, parce que la session était trop avancée, et que les seigneurs n'eurent pas le temps de venir plaider leur cause. MM. Baldwin et Cartier manifestèrent le désir de résoudre immédiatement la question seigneuriale, et de prolonger la session dans ce but. M. LaFontaine s'y* opposa, parce que les projets de loi ne réglaient pas définitivement la tenure seigneuriale. Il ne. voulait pas seulement réformer et perpétuer le système, mais l'abolir entièrement. Quelques députés favorables au règlement immédiat, voyant que M. LaFontaine voulait temporiser, par prudence, montrèrent du mécontentement, et allèrent jusqu'à formuler contre lui des accusations de trahison. M. LaFontaine fut blessé de ces attaques injustes ; ce fut une des raisons qui le décidèrent à laisser la vie politique.
Les travaux du comité, et les débats de la chambre prouvèrent que l'abolition du système seigneurial ne pouvait être différée longtemps, et que cette question venait de faire un grand pas vers sa solution définitive.
M. LaFontaine soumit pour la troisième fois sa mesure, par laquelle il voulait porter la représentation nationale à cent cinquante députés. Elle fut rejetée faute d'une voix (55-18), et cette voix, comme en 1849, M. Papineau aurait pu la fournir, mais il préféra s'unir aux conservateurs avancés et aux clear- 5'?'t7s,adversaires decette réforme si nécessaire surtout au Bas-Canada.
On discat'i pour la première fois la confédération des provinces anglaises de l'Amérique du Nord. Ce fut M. Merritt qui proposa une adresse à la reine,
la priant de donner au gouverneur l'autorisation de convoquer une assemblée de délégués provinciaux, pour considérer et dresser un projet de constitution fédérale. Sept députés seulement, au nombre desquels était M. Henry Sherwood, votèrent pour cette adi'esse. Ce dernier avait môme publié une brochure favorable à la confédération.
Conformément à la recommendation d'un comité nommé à la session de 1850, le ministère présenta et fit adopter un projet de loi, qui réduisait le salaire des juges, des présidents des deux chambres et d'autres officiers publics. Cette mesure, modifiant la liste civile, fut sanctionnée par la reine. Les salaires de ces fonctionnaires furent cependant augmentés quatre années plus tard.
Un autre projet de loi ministériel qui fut adopté, réglait les élections contestées ; auparavant chaque province avait sa loi d'élections. Cette loi est encore en force dans la province de Québec (S. R. C. ch. 7).
L'acte des écoles du Bas-Canada, passé en 1846, fut de nouveau amendé. Une des clauses nouvelles permettait au gouverneur de nommer un certain nombre d'inspecteurs d'écoles, qui allaient être d'un grand secours au surintendant; car ce dernier, malgré sa bonne volonté, ne pouvait suffire à la surveillance des écoles, qui augmentaient considérablement en nombre, aplanir toutes les difîlcultés, et faire face à l'opposition que l'on suscitait à l'opération de la loi. Nous devons remarquer, que les ennemis de l'éducation se portèrent, en 1850 surtout, à des désordres et même à des émeutes, notamment à Saint-Grégoire et à Saint-Michel d'Yamaska. La loi
%ovit sévèrement contre les émeutiers. Ceux-ci avaient été malheureusement conseillés par des démagogues, hom-mes sans principes, qui voulaient acquérir de la popularité, en conseillant au peuple de ne pas payer les cotisations. Cette sévérité eut un bon effet, et les quelques paroisses encore rebelles au fonctionnement de la loi, firent dès lors leur soumission. Une autre clause pourvoyait à la création d'une école normale; mais elle ne fut pas établie. Une nouvelle loi passée en 1856 pourvut à la fondation de trois écoles normales.
La législature pourvut par un acte, à ce qu'un recensement général et uniforme des deux Canadas fût fait en 1852, un deuxième en 1861, et ensuite à tous les dix ans. Le recensement de 1851-52, fait d'après cette loi, porta à 1,842,265 âmes la population du Canada, dont 952,000 appartenaient au Haut-Canada, et 890,265 au Bas-Canada. Le recensement de 1861 donna à la province le chiffre de 2,506,000 âmes.
Deux lois très-utiles au Haut-Canada furent encore adoptées : celle de M. Hincks, qui changeait les divisions territoriales, et celle qui abolissait la loi de primogéniture. Les libéraux considéraient comme injuste la loi de primogéniture, par laquelle lorsqu'un père mourait, tous ses biens passaient à l'aîné de ses fils. Ils désiraient depuis longtemps la changer de manière que, dans ce cas, tous les enfants eussent une part égale des biens paternels. Les conservateurs, au contraire, attachés aux vieilles institutions, la considéraient comme essentielle au bonheur du peuple. Cette réforme, due à M. Bald-
win, fut bien vue pai' la grande majorité des Hauts- Canadiens.
L'administration n'iiésita pas à adopter l'entreprise la plus gigantesque soumise jusqu'alors à la législature, en donnant l'appui et la responsabilité de la province à la construction d'un chemin de fer qui traverserait le Canada d'une extrémité à l'autre. Cette mesure rappelait l'acte de 1849, qui accordait la garantie provinciale à tout chemin de soixante-quinze milles, et limitait cette protection à cette seule voie qu'on appellerait le Grand Tronc. Le.s chemins du Great Western, et de M ontréal à Richmond, qui s'étaient prévalus des dispositions de l'acte de 1849, furent compris dans ce grand réseau, ainsi que celui de Québec à Richmond. Les travaux de ce dernier furent commencés en 1852.
Le même acte pourvoyait à la construction du chemin intercolonial. Des négociations eurent lieu à Toronto, en 1851, avec les autres provinces, et l'on conclut un arrangement, par lequel on s'engageait à suivre le tracé du major Robinson. Le gouvernement impérial, par la voie du comte Grey, avait promis une aide ou la garantie impériale. Mais en 1852, le ministère Hincks-Morin céda aux exigences du Nouveau-Brunswick, en changeant la route déjà adoptée pour celle de la vallée Saint-Jean. Lorsque M. Hincks et les délégués des provinces maritimes se rendirent en Angleterre pour régler les matières de détail, et assurer la garantie impériale, le nouveau ministre des colonies, Sir John Pakington, refusa l'aide promise, parce que la nouvelle route n'offrait pas, sous le rapport militaire, les mêmes avan-
tages que celle du major Robinson. M. Hiiicks laissa le chemin intercolonial, et s'entendit avec des capitalistes anglais pour la construction du Grand Tronc. On a accusé M. Hincks d'avoir négligé en dernier, lieu l'entreprise du cliemin intercolonial, et même d'avoir assuré son insuccès, parce qu'il portait plus d'intérêt au Grand Tronc, Cette belle entreprise, qui aurait été si utile à la province, et surtout au district de Québec, échoua pour plusieurs années. Plus tard, nous verrons le gouvernement canadien renouer, à diverses reprises, les négociations ; mais le succès ne sera pas assuré avant l'avènement de la confédération.
Ce fut en 1851, que le Canada se trouva, pour la première fois, à communiquer avec les Etats-Unis parles voies ferrées. La ligne de Montréal à Saint- Jean fut coutinuéeàRouse'sPoint,où elle fut réunie, à la fin de 1851, au chemin de fer central de Vermont, qui communique avec la ville de Boston. Le chemin du Saint-Laurent et de l'Atlantique, qui relie Montréal à Portland, fut aussi inauguré en 1853 Ces chemins donnèrent pendant l'hiver un débouché aux produits canadiens, et augmentèrent considérablement les rapports commerciaux. Au mois d'oc-~ tobre 1851, eut lieu à Boston une fête splendide, le grand jubilé des chemins de fer, en présence du Président Fillmore et de Lord Elgin, entourés des dignitaires des Etats-Unis et du Canada ; on y célébra l'union plus intime entre les deux pays.
La législature fit disparaître les droits de tonnage imposés sur la navigation, pour l'entretien des phares, et pourvut à ce que les dépenses fussent à l'avenir
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défrayées avec Les fonds provinciaux. Elle destina SlGG,000 à la construction de plusieurs jetées et phares dans le bas du fleuve, $40,000 à la construction de glissoires sur le Saint-Maurice, et une autre somme de $472,000 à la réparation des canaux. Gomme on le voit, le Bas-Canada n'était pas oublié par l'administration LaFontaine-Baldwin.
Le 31 août, Lord Elgin vint clore la session, et félicita les chambres sur les mesures importantes qu'elles avaient passées. L'abolition de la loi de primogéniture, la nouvelle loi des chemins de fer, les actes concernant les élections contestées et le recensement, étaient les travaux les plus remarquables de la session de 1851.
Au millieu de la session, un vote très-regrettable causa la retraite de M. Baldwin du ministère- Depuis quelque temps, l'opinion publique s'était prononcée contre l'existence de la cour de chancel- ' lerie dans le Haut-Canada, parce que, sans aucun doute, cette cour avait été mal administrée, dans les premières années qui suivirent son établissement. Le peuple désirait son abolition, et voulait parla assimiler les lois judiciaires du Haut-Canada à celles de l'autre province, qui n'avait pas de cours d'équité.
M. W. L. Mackeuzie proposa là nomination d'un comité qui serait chargé de rédiger un projet de loi destiné à la suppression de cette cour, et à la translation des pouvoirs d'équité, dans certains cas, aux cours de loi commune.
M. Baldwin s'opposa fortement à cette motion. Il allégua que la cour de chancellerie avait été remo-
délée, en 1849, par le vote presque unanime des représentants ; que la nouvelle loi ne fonctionnait que depuis quelques mois, et qu'il fallait lui donner un temps d'épreuve suffisant. Il ne voulut pas même consentir à une enquête sur cette cour. Les autres ministres approuvèrent les opinions de M. Baldwin.
La chambre se prononça contre la motion de M, Mackenzie, sur une division de trente-quatre contre trente, donnant ainsi une majorité de quatre voix en faveur des idées de M. Baldwin. Mais cette majorité fut acquise par le vote des membres du Bas-Canada. La plupart de ceux du Haut-Canada se prononcèrent en faveur de la motion Mackenzie ; plusieurs agirent ainsi sans raison, dans le but d'embarrasser le ministère ; quelques autres désiraient seulement établir une enquête.
M. Baldwin considéra ce vote, comme un vote de non-confiance de la part de ses partisans. Il en fut blessé vivement. Il déplora la division d'un parti qu'il avait formé avec tant de sacrifices, et l'ingratitude de ceux qui le délaissaient. Il ne put supporter cette humiliation, et remit son portefeuille, affirmant par là et la ténacité de ses convictions, et le principe par lequel les représentants d'une section de la province ne doivent pas imposer leurs volontés à l'autre. M. Baldwin conserva cependant le portefeuille de procureur-général jusqu'à la nomination de son successeur.
Tous les Canadiens, sans distinction de partis, déplorèrent la retraite de ce grand homme d'état. Son plus redoutable adversaire. Sir Allan McNab, fit même l'éloge de celui qui avait soutenu une
guerre continuelle contre le Family Compact, et regretta beaucoup la détermination qu'il venait de prendre. Le colonel Prince ne trouva pas la raison donnée par M. Baldwin suffisante pour justifier sa démission, et déclara que ses adversaires n'avaient pas été aussi scrupuleux.
M. Baldwin expliqua les motifs qui le décidaient à se retirer du cabinet; puis il exprima sa reconnaissance pour la courtoisie et les bontés qu'on lui avait prodiguées,. et conserva l'espoir que l'irritation qui s'était manifestée dans les débats, se calmerait bientôt. L'orateur rendit à ses collègues le tribut d'hommages dû à leur patriotisme, leur. offrit encore ses services, et ajouta qu'il n'oublierait jamais la manière dont il avait été traité par les Canadiens d'origine française. La chambre se montra un instant attendrie des adieux qu'il fit à la politique dans les termes les plus touchants.
La conduite de M. Baldwin fut admirable ; nous y applaudissons de tout cœur. Lorsqu'un chef politicfue diffère sur un point important de la majorité de la réprésentation, ou bien encore l'orsqu'il ne peut imposer ses vues que par le concours des députés d'une autre section, il doit généralement céder ou se retirer. Les représentants d'une province ne doivent pas s'opposer aux demandes que réclame la majorité des représentants de l'autre. Sous l'administration Viger-Draper, nous avons vu les mauvais résultats du système opposé, lorsqu'une majorité prise dans le Haut-Canada régla la question des biens des Jésuites et plusieurs autres, au détriment du Bas- Canada. Dans la question de la cour de chancellerie.
les députés du Bas-Canada auraient probablement mieux fait de ne pas voter, plutôt que s'opposer aux vues des membres du Haut-Canada, afin de ne pas s'exposer à ce que ces derniers imposassent à leur tour leurs volontés au Bas-Canada.
Le système de la double majorité, que M. Baldwin venait de sanctionner par sa retraite, était le seul moyen de rendre tolérable l'union de deux provinces habitées par des populations différant entre elles par l'origine, la religion, les lois et les usages. La majorité simple suffisait à la législation générale ; mais elle était injuste, lorsqu'il s'agissait d'une législation particulière à l'une des provinces. Cette distinction anormale, il est vrai, résulte de la position que l'Union a faite aux deux populations.
M. Baldwin est sans contredit une de nos plus belles figures politiques. Comme homme d'état habile et prudent, comme avocat constitutionnel et parlementaire, il n'eut pas de supérieur. En toutes circonstances, il montra les vues d'un véritable chef politique, d'un homme consciencieux, honnête et libéral. S'il chercha à dominer, ce fut pour faire triompher une bonne cause, des principes honnêtes et admis de tous. Admirateur passionné de la constitution anglaise, il a constamment travaillé à en introduire les principes dans son pays d'adoption. Le triomphe du gouvernement constitutionnel fut surtout son ambition; et c'est pour cela que le titre de Père du (jouvernement responsable lui a été décerné. Ce patriote parvint à abattre l'influence des chefs conservateurs, et les contraignit à se soumettre aux exigences du gouvernement responsable, et à respecter les voeux du peuple. Ce fut là son grand triomphe.
Nous avons été heureux de constater que M. Baldwin se montra l'ami du Bas-Canada, autant qu'ij était possible de l'être à un Haut-Canadien ; en retour, il reçut de cette province des preuves de sa reconnaissance, pour les bienfaits qu'il contribua à lui accorder.
Comme il est arrivé à plusieurs hommes illustres, les immenses services rendus à son pays par M. Baldwin furent payés d'ingratitude. Ce grand patriote fut honteusement répudié par ses anciens électeurs du comté de York, qui lui préférèrent le cleargrit Hartman, homme obscur et étalant partout ses principes démocratiques. La population du Haut- Canada et la presse surent apprécier la perte irréparable qu'ils éprouvaient par la défaite de M. Baldwin ; ils rendirent hommage à sa conduite honorable et patriotique, et espérèrent jouir encore de ses précieux services. Mais il refusa plusieurs fois dans la suite, de se porter candidat, et de monter sur le banc judiciaire ; il préféra passer le reste de ses jours dans le repos et la solitude. Cet homme distingué conserva toujours, dans la retraite, l'affection de ses amis et le respect de ses adversaires.
Nous terminons ces quelques remarques faites à la mémoire de ce grand citoyen, par la citation suivante, empruntée à un journal anglais important :
« Nul homme public, dit ce journal, n'a commandé au Canada, dans son temps, un respect aussi général, que Thon. M. Baldwin. Son intégrité était tellement au-dessus du soupçon, que jamais la calomnie n'osa souffler sur cette pure renommée. Il commandait au respect de tous les partis ; son nom
était une véritable puissance, il eut pu servir de ralliement aux débris dispersés du grand parti de la réforme.» M. Baldwin mourut au mois de décembre 1858 au milieu des regrets universels.
Lorsque M. Baldwin remit son portefeuile, M. LaFontaine fit l'éloge de son collègue, et annonça son intention de se retirer de la vie publique aussitôt la session finie. A peine âgé de quarante-quatre ans, il était déjà dégoûté de la lutte et fatigué de la politique. Il avait été blessé du mécontentement qu'avaient montré quelques libéraux, parce qu'il n'allait pas assez vite dans la voie des réformes. M. La- Fontaine se retira au mois d'octobre, de son propre mouvement, lorsqu'il était encore dans toute la vigueur de son intelligence et dans la plénitude de sa popularité. Après plus de vingt années de sa vie consacrées au service de ses concitoyens, il était sorti victorieux des luttes qu'il avait embrassées pour la conquête des libertés et des réformes populaires. Il était aussi respecté et aussi influent que jamais. Ses électeurs de Montréal lui en donnèrent un témoignage solennel : ils lui offrirent un magnifique banquet pour lui exprimer toute la reconnaissance que lui méritait sa conduite politique. M. Ampère, de l'Académie Française, qui visitait le Canada, était présent à cette démonstration.
La retraite de M. LaFontaine, comme celle de M. Baldwin, causa un regret universel. Jamais chef politique n'avait joui à un si haut degré de la confiance et de l'estime continuelles de ses concitoyens. Lorsqu'il s'agissait d'une réforme, d'une mesure importante, tous comptaient sur sa prudence, sa sagesse et sa fermeté.
Comme nous Tavous déjà dit, M. LaFontaine avait accepté l'Union, tout en protestant contre les injustices qu'elle renfermait. Il était convaincu qu'une plus longue résistance au pouvoir ne pouvait que renouveler les malheurs de 1837-38 ; que le gouvernement constitutionnel serait pour ses compatriotes un rampart contre les empiétements de la population anglaise. Il avait compris l'essence de la constitution anglaise, et grâce à l'union de toute la population française et à l'alliance bienfaisante de M. Baldwin, il put parvenir au pouvoir, et prendre effectivement en mains la cause de ses compatriotes. Le Bas-Canada sortit alors de l'état humiliant, où l'avaient placé l'acte d'union et l'administration des conservateurs; il reprit, autant qu'il était possible dans ces circonstances, ce pied d'égalité auquel il avait droit, et conquit sa juste part d'influence.
M. LaFontaine occupe sans contredit le premier rang parmi nos gloires nationales. Il possédait toutes les qualités requises à un homme d'état distingué : habileté, profonde érudition, vaste intelligence, fermeté, vues larges, noble désintéressement. Il aurait certainement brillé môme sur un théâtre plus grand, si les circonstances l'eussent permis.
Cependant, cet homme, modèle de patriotisme sous tous les rapports, fut lâchement attaqué. La presse démocratique ne cessa de répéter qu'il avait sacrifié ses compatriotes, et vendu le Bas-Canada pour des titres, des honneurs ; attaque la plus injuste, lorsque l'on considère tous ses actes, sa vie publique comme sa vie privée : on n'y voit, en effet, qu'une vie pleine d'intégrité, d'abnégation et de générosité.
En laissant la haute position de chef du cabinet, M. LaFontaine reprit au barreau la seule place qui lui convînt. En 1853, il fut nommé juge en chef de la cour d'appel, poste devenu vacant par la mort de Sir James Stuart. La reine lui conféra, Tannée suivante, le titre de baronnet, en môme temps qu'à M. Robinson, juge en chef du Haut-Canada. C'est le plus haut titre qui ait jamais été conféré à un Canadien. Autrefois l'Angleterre se plaisait à accorder des titres honorifiques aux ennemis des Canadiens ; mais cette fois-ci, elle récompensait, dans M. LaFontaine, le véritable bienfaiteur du Bas-Canada.
Les honneurs rendus à Sir Louis-H. LaFontaine rencontrèrent l'approbation générale ; ils étaient une juste récompense des services signalés qu'il avait rendus à sa patrie. Comme juge. Sir Louis acquit la réputation de jurisconsulte éclairé, d'administrateur impartial de la justice. Il présida la cour seigneuriale, et en dirigea activement et savamment les travaux. Ses observations sur la tenure seigneuriale resteront comme un monument de sa science profonde du droit.
Sir Louis.-H. Lafontaine avait des goûts littéraires, et aimait passionnément l'histoire de son pays. Au milieu des soucis de la politique, il s'occupait de recherches sur l'archéologie ; ces travaux étaient pour lui une véritable jouissance. Un autre de ses mérites était d'encourager les jeunes gens, qui se livraient à la politique, et de se montrer bienveillant envers eux.
Le ministère présidé par MM. LaFontaine et Baldwin, occupe sans contredit la plus belle époque de
notre histoire. Ses actes sont là pour le démontrer. Sous l'égide de ces chefs habiles, le Canada a fait un pas immense dans la voie des réformes administratives, et vers la prospérité matérielle.
L'administration de la justice, dans les deux sections de la province, reçut une transformation heureuse ; le contrôle des postes fut cédé à la province, et le taux des lettres fut beaucoup diminué ; la loi de primogéniture disparutde la législation duHaut-Canada; les lois d'élections etdes écoles reçurent des modifications importantes ; les actes d'amnistie et d'indem nité cicatrisèrent les blessures faites par les malheurs politiques de 1837-38. C'est encore sous leur administration, que le Saint-Laurent fut ouvert aux vaisseaux étrangers, que les canaux furent complètement terminés, que le crédit de la province, grâce à Ihabileté financière de M. Hincks, fut rétabli, que la colonisation reçut une grande impulsion, par Tôaverture de nouvelles routes, et par l'octroi des terres incultes à bas prix, et qu'enfin l'heureuse politique des chemins de fer fut inaugurée. Outre cela, les mêmes hommes firent les démarches préliminaires, aui devaient conduire à l'abolition de la tenure seigneuriale et à la sécularisation des réserves du clergé protestant; ils firent encore des tentatives, infructueuses, il est vrai, pour obtenir une représentation plus juste et un traité commercial avec les Etats-Unis. Telles sont les œuvres duesà ce ministère, pendant les trois années de son existence (1848-1851), voilà quel a été le résultat de l'alliance des libéraux ou réformistes des deux Canadas, et du triomphe complet de la responsabilité rhinistérielle.
1851] LORD ELGIN. l'O
Pendant tout le temps que MM. LaFontaine et Baldwin furent au pouvoir, ils possédèrent la confiance des deux tiers des représentants. Ils sanctionnèrent encore le principe de la double majorité en n'imposant aucune mesure sectionnelle qui ne fût approuvée' par la majorité; ils traitèrent les deux sections de la province avec une égale faveur. Enfin, ils n'employèrent jamais de basses intrigues pour parvenir à leur but, et conservèrent toujours cette indépendance, qui devint leur gloire, et leur mérita le respect du public.