VISITE DU PRINCE DE GALLES
Formation du ministère Cartier-McDonald. — Fin de la session de 1858. — Election de douze conseillers législatifs. — Retraite de MM. Mackenzie et Viger.— Négociations au sujet d'une union fédérale des provinces. — Démission de M. Sicotte. — Ouverture de la session de 1859, débats sur la question de la capitale. — Adresses à la reine. — Lois de la milice, du bureau de poste, etc. , amendées. — Acte relatif au bureau des travaux publics. — Tarif de 1859, consolidation de la dette publique. — Acte amendant la loi seigneuriale de 1854.— Allocations publiques, discussion au conseil législatif sur le projet des subside .=«. — Incorporation de la Banqua Nationale, remarques sur la î>art prise par les Canadiens-Français dans le haut commerce. — Convention de Toronto, union fédérale projetée ; assemblée de Montréal. — Mission de M. Galt en Angleterre. — MM. L.-S. Morin et J,-C. Moirison ministres. — Session de 1860. — Acte des municipalités du Bas-Canada. — Statuts Refondus de la province.— Lois amendant les actes des bureaux d'enregistrement et de la judicature dans le Bas-Canada, et l'acte de la représentation. — Ports libres de Sainte-Marie et de Gaspé ; réduction de droits sur les produits français. — Subsides, opposition des libéraux, etc. — Motion de non-confîance. — Projet fédéral de M. Brown rejeté, abaissement de l'influence de ce membre. — Remarques sur la politiqr.e cleargrit et conservatrice.— Visite du Prince de Galles, rtception magnifique. — Visite du Prince Alfred, du Prince Napoléon, etc.
Après la chute précipitée du mininistère Brown- Dorion, Sir Edmund Head pria M. Galt de former une administration. Celui-ci déclina cette tâche difficile. Son E.xcellence crut alors devoir s'adresser aux membres conservateurs; il choisit M. Cartier pour son premier ministre. Celui-ci prit M. John-A. McDonald pour chef du Haut-Canada. Dans un
instant, une nouvelle administration fut formée, (le 6 août,) et se composa des membres du ministère McDonald-Gartier, à l'exception deMM.Gayleyet Loranger; ces derniers sacrifièrent leurs anciennes positions, afin de faciliter les nouveaux arrangements, et de permettre à MM. Galt et Sherwood de faire partie du cabinet. On confia les finances à un homme spécial et pratique, qui s'est fait une réputation européenne comme financier et comme homme d'état. Le ministère Gartier-McDonald, formé le 6 août 1858, se composait comme suit:
Bas-Ganada.
Hon. MM. G.-E. Gartier, procureur-général, B. G., " A.-T. Galt, inspecteur-général des comptes, " N.-F. Belleau, président du conseil législatif, " L.-V. Sicotte, ministre des travaux publics, '*• Gharles Alleyn, secrétaire-provincial.
Haut-Ganada.
Hon. MM. J.-A. McDonald, procureur-général, II. G., " P. M. Vankoughnet, ministre des terres, " Sydney Smith, maître-général des postes, " John Ross, président du conseil exécutif, etc., " George Sherwood, receveur-général.
Le ministère Gartier-McDonald fit aussitôt connaître son programme politique. Outre les questions renfermées dans le discours du trône, il devait s'occuper d'une union fédérale des provinces, remanier le tarif en prenant pour base le système des droits ad valorem ; il laissait la question de la capitale à l'action de la législature.
Une question constitutionnelle s'éleva au sujet de la réélection des ministres. Geux-ci reprirent les
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mômes portefeuilles sans se présenter devant leurs constituants ; ils s'appuyaient sur une clause de l'acte de l'indépendance des membres, qui exemptait de la réélection un ministre abandonnant un portefeuille pour en accepter un autre, avant l'expiration d'un mois. Afin d'éviter cette élection, plusieurs ministres aoceptèrent un portefeuille différent de celui qu'ils avaient occupé au moment de la retraite du ministère McDonald-Gartier, et le lendemain, ils reprirent leurs anciens portefeuilles. Les libéraux prétendirent qu'une pareille conduite était inconstitutionnelle ; la disposition de la loi, disaient-ils, avait été faite dans le but de faciliter les simples changements intérieurs dans le cabinet, mais elle n'avait pas pour but d'exempter les membres d'un nouveau ministère de la nécessité de se faire réélire. La majorité se prononça en faveur des ministres.
Après un intervalle de dix jours, le parti libéralconservateur, qui avait été au pouvoir depuis 1854, l^résida de nouveau aux destinées du pays, avec des conditions d'existence plus favorables, malgré les difficultés provenant de l'inconstance et de l'incertitude des députés du Haut-Canada. Il commanda une assez forte majorité, pendant le reste de la session, et conduisit à leur fin plusieurs mesures ministérielles. 11 proposa une série de résolutions, par lesquelles la chambre reconnaissait la nécessité de construire sans délai le chemin de fer intercolonial, et d'entamer des négociations avec les provinces maritimes dans le but d'obtenir leur coopération. Une adresse à la reine, basée sur ces résolutions, fut adoptée à une très-forte majorité.
Le parlement fut prorogé le 16 août. Cette session, si peu remarquable par les grandes mesures, fut cependant une des plus orageuses. La grande partie du temps se passa en débats stériles, en luttes personnelles, en appels violents aux passions, et tout cela sans aucun autre but que celui de conquérir des portefeuilles. La lutte se continua, après la session, dans la presse, et dans les élections des membres des deux chambres. Les partisans des libéraux fêtèrent dans des dîners les membres du ministère Brown-Dorion ; ils approuvèrent leur politique dans ces démonstrations et dans des assemblées publiques, condamnèrent la conduite du gouverneur et demandèrent son rappel.
Douze nouveaux conseillers législatifs furent élns dans l'été de 1858 (i). MM. Alexander Campbell, J.-Ulric Tessier, A.-J. Ducliesnay et Kierskowski étaient du nombre. Plusieurs élections eurent lieu
( ' ) Les conseillers législatifs élus en 1S58 étaient les suivants :
Aima Hon. MM. J. -F. Armand,
Catarakoui " Alex. Campbell,
Erié , " D. Christie,
Golfe " J.-U. Tessier,
Gore " G. Alexander,
LaSp-lle " A.-J. Duchesnaj^,
Montarville " A. -E. Kierskowski,
Rei^entigny " P.-U. Archambault,
Sorel " J.-B. GuésTremont,
St. LaTO-ence " G. Crawf ord,
Tecurnseth " D. McDonald,
York " G.-W. AUan.
L'élection de M. Guévremont fut annulée en ISGO ; il fut réélu dans la même division. Celle de M. Ivierskowski fut aussi annulé en 1861 ; M. Louis Lacoste fut alors élu dans cette division. Les membres de l'assemblée législative élus depuis la session de 1858, si l'on excepte les ministres, étaient : M. A.-B. Foster (Shefiford), M. M. Hartcourt (Haklimand), M. H. Finlaj'son, (Brant E. ), M. George Caron (Maskinongé), M. James Eoss (Wellington ^^ )
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pour l'assemblée législative. Les membres du ministère Brown-Dorion furent réélus, de même que MM. Galt et Sherwood, membres de l'administration conservatrice. Dans ces diverses élections, les conservateurs gagnèrent du terrain, tandis que les libéraux, malgré leurs démonstrations, perdirent de leur popularité.
M. Wm.-Lyon Mackenzie se retira de la scène politique, où il avait combattu pendant de nombreuses années. Sa retraite causa peu de regrets : si son rôle avait été brillant avant l'Union, il l'avait terni depuis son retour de l'exil. Par son opposition systématique dans les chambres, et par ses écrits dans la presse, il ne cessa d'embarrasser ceux qui s'étaient chargés de faire fonctionner la constitutition ; un de ses derniers actes fut de demander le rappel de l'Union. Il était un des derniers vétérans politiques restés sur la brèche. Déjà Sir AUan McNab, MM. Baldwin, Papineau, Viger et Rolph s'étaient retirés dans leur loyers domestiques, pour y terminer leurs jours dans une parfaite tranquillité, tandis que MM. LaFontaine, Draper et Morin rendaient encore service au pays sur le banc judiciaire.
La maladie contraignit M. D.-B. Viger à ne plus assister aux séances du conseil législatif. Ce noble vétéran mourut en 1861, après avoir consacré cinquante années de sa vie au service de ses concitoyens. Entré en 1899 à l'assemblée législative, il y était demeuré jusqu'en 1830, époque où il avait été appelé au conseil législatif. Il défendit de concert avec les Papineau, les Neilson, les Vallières, les droits de ses compa!triotes aux époques les plus criti-
ques de la domination anglaise ; il alla deux fois porter en Angleterre leurs griefs et défendre leur cause. Lors des troubles insurrectionnels, M, Viger se vit jeter injustement en prison ; les autorités furent obligées de l'en retirer quelques mois après, comme malgré lui, car il exigeait qu'on lui fît son procès. De 1841 à 1848, il siégea à l'assemblée législative, et fut ensuite nommé conseiller législatif. Si ^ nous avons condamné sa conduite politique sous l'administration dont il était le chef, nous n'avons que des louanges à lui décerner pour les quarante années de services précédents.
Le ministère Cartier-McDonald avait annoncé, ■ lors de sa formation, que l'opportunité d'une union fédérale des provinces anglaises serait sérieusement examinée, et qu'il ferait à ce sujet des ouvertures au gouv: nement impérial et aux provinces marilimes.
Les hommes d'état commençaient à prévoir que la confédération serait le seul remède destiné à faire disparaître les difïïcultés des deux provinces, les questions de la représentation, des écoles, etc. Ce plan avait été suggéré par lord Durham, dans son fameux rapport. MM. Merritt et Sherwood avaient parlé ou écrit sur ce sujet. Le Canadien avait aussi publié à plusieurs reprises, notamment en 1847 et 1853, des articles favorables à l'union fédérale. M. Etienne Parent, un de nos publicistes les plus distingués, à qui l'on attribue ces articles, prévoyait que cette question serait bientôt amenée devant le peuple; il avait voulu l'éclaircir, afin de ne pas prendre par surprise le suffrage populaire. En
1857, la presse française avait discuté la question [ilus longuement. Le mouvement, parti des provinces maritimes, avait été continué dans le Canada. Le Journal, de Québec et La 3Iincrve, trouvèrent ce projet comme prématuré, et le combattirent fortement. M. J.-G. Tache le discuta favorablement et avec le plus grand talent, dans Le Courrier du Canada. Il énuméra les avantages que retireraient les colonies d'une union fédérale, qui serait bientôt amenée par la force des choses. C'est assez dire à la louange de ce travail, que les hommes d'état des provinces adoptèrent un projet de conslilution différant peu de celui qu'il traça lui-même.
A. la session de 1838, M. Galt proposa des résolutions favorables à une confédération ; il fit à ce sujet un discours remarquable, et développa ses vues avec son énergie et son talent habituels. Mais la question fut encore considérée comme prématurée et abandonnée pour le moment.
Après la session de 1858, MM. Cartier, Galt et Ross se rendirent en Angleterre pour traiter de l'union des provinces avec le gouvernement impérial. Ils adressèrent au ministre des colonies une dépêche restée célèbre. Dans ce document, ils exposaient les difficultés que le Haut-Canada avait suscitées, en voulant augmenter le nombre de ses représentants, recommandaient î'union fédérale de toutes les provinces anglaises de l'Amérique du Nord, comme moyen de régler ces difficultés ; ils demandaient finalement au gouvernement impérial d'autoriser la réunion de délégués des colonies afin do considérer ce snjet impovtnnl.
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L'initiative d'une semblable question appartenait au gouvernement impérial ; le secrétaire des colonies se mit aussitôt en communication avec les provinces maritimes. Celles-ci ne montrèrent pas un grand empressement, et demandèrent du délai. La question de la confédération traîna en longueur, et fut finalement abandonnée. « De toutes les colonies, dit M. Cartier en 1865, Terreneuve fut la seule qui se déclarât prête à nommer des délégués ; les autres provinces ne crurent pas devoir coopérer avec le gouvernement canadien, pour la raison que le projet n'était pas assez connu de leur population.» M. McGee nous dit qu'en 1860, la Nouvelle-Ecosse se montra disposée à faire des démarches en faveur d'une union fédérale ; mais il n'y eut que le Nouveau-Brunswick qui consentit à marcher avec elle. Le Canada ne voulut pas dans le moment considérer de nouveau le sujet.
Le gouvernement Cartier-McDonald, après s'être formé avec l'intention d'effectuer l'union fédérale des provinces, ne put donc soumettre son projet aux chambres, et ne sembla plus s'en occuper après avoir échoué dans sa première tentative.
Les délégués canadiens s'occupèrent encore en Angleterre du chemin intercolonial, 'et se rencontrèrent à Londres avec des délégués des provinces du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse, qui étaient venus jjrécisément pour traiter le même sujet. Les trois colonies s'engagèrent à fournir collectivement une somme de £60,000, et demandèrent au gouvernement impérial de contribuer à cette grande entreprise pour une somme égale. Ce der-
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nier refusa tout secours ; il allégua que d'impérieuses circonstances appelaient ailleurs toutes ses ressources.
C'est lors de ce voyage, que le premier ministre du Canada, M. Cartier, fut reçu avec honneur au château de Windsor, où il devint l'hôte de la reine pendant trois jours.
Le seul changement qu'il y eut dans l'administration fut la retraite de M. Sicotte, qui fut remplacé par M. John Rose, au département des travaux publics. M. Sicotte différait de ses collègues sur la question du siège du trouvernement. Il était d'avis, qu'après le vote de la dernière session à l'assemblée législative, le gouvernement ne pouvait adhérera la décision de la reine, sans déroger aux principes des majorités; ses collègues s'étaient au contraire décidés à soutenir le choix d'Outaouais. M. Sicotte passa à l'opposition, et devint le chef d'un parti composé de quelques libéraux modérés.
La deuxième session du sixième parlement fut ouverte par Sir Edmund Head, le 29 janvier 1859. C'était pour la dernière fois que la législature se réunissait à Toronto.
Dans le discours du trône, le gouverneur défuiit la politique ministérielle au sujet du siège du gouvernement, recommanda aux chambres de voter une nouvelle allocation pour régler la tenure seigneuriale, d'adopter un tarif d'après le principe des droits ad valorem^ de réviser les lois municipales du Bas-Canada, etc.
La réponse à l'adresse fut proposée par M. Dufresne, et secondée par M. Burton. La discussion
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fut longue et animée ; la question du siège du gouvernement eu fut le principal sujet. Le ministère comme on le remarque dans le discours officiel, se croyait obligé de maintenir la décision de la reine fixant le siège du gouvernement à Outaouais, et de transporter, suivant l'engagement convenu, à Québec le siège du gouvernement, en attendant la construction des bâtisses du parlement dans la nouvelle capitale. Un grand nombre de députés ne pouvaient se résigner à s'exiler dans cette petite ville ; ils saisirent cette nouvelle occasion pour diriger leurs attaques contre le gouvernement.
M Sicotte, qui venait de donner sa démission comme membre du cabinet, voulut faire prévaloir ses idées sur la question de la capittile. Il proposa un amendement tendant à déclarer que les principes de la constitution veulent que l'opinion de la majorité soit respecté, et qu'en déclarant à la session précédente, qu'Outaouais ne devait pas être la capitale, la chambre avait exprimé ses vues conformément à l'exercice ordinaire et constitutionnel de ses privilèges.
M. Langevin, partisan temporaire du parti représenté par M. Sicotte, seconda la motion, et traita le sujet avec beaucoup de modération. A son avis, le vote de la dernière session devait être décisif ; ce vote déclarait que la chambre ne voulait pas aller siéger à Outaouais. Le procureur-général du Bas- Canada ne pouvait faire croire que cette ville était la place la plus convenable pour devenir le siège du gouvernement. La capitale devait être dans une localité où la population était mixte : de plus, elle ne
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devait pas être fixée avant que la question de la confédération fût résolue.
MM. Loranger, McGee, Dorion et Laberge se prononcèrent contre la politique du gouvernement dans la question de la capitale ; quelques-uns étaient d'avis de différer la construction des édifices dans la perspective d'une confédération.
M. Cartier déclara que la position prise par le ministère était logique, et sa conduite constitutionnelle. Celui-ci demandait que la décision de la reine fût confirmée. La simple déclaration faite par la chambre, qu'Outaouais ne devait pas être la capitale, ne suffisait pas pour mettre cette décision de côté, et engager le ministère à en tenir compte. Le premier ministre pensait qu'Outaouais était un excellent choix, par^ que la pression immédiate de l'opinion publique se forait moins sentir là qu'ailleurs. Les membres y seraient plus libres pour discuter les grandes questions politiques. Il ajouta qu'Outaouais était liée à Québec et à Montréal par son commerce, et que les Canadiens-Français y trouveraient une population en partie catholique, et ayant les mêmes institutions.
M. Turcotte, contrairement à son vote de 1858, se déclara décidé à soutenir la décision de la reine. M. Buchanan dit qu'il y allait de l'honneur du pays de maintenir cette décision. M. L.-S. Morin démontra l'inconséquence des membres qui, après avoir été les avocats et même les promoteurs de l'arbitrage, manquaient maintenant à leurs engagements. M. John-A. McDonald avoua qu'on ne pouvait violer les engagements de la province ; il ferait
tout eu son pouvoir pour rester ûdèle à la promesse d'aller à Québec, comme il était fidèle aux engagements qu'il avait pris de se conformer à la décision de la reine.
La politique du gouvernement triompha, il est vrai, mais à une majorité de cinq voix seulement! C'était l'opposition du Haut-Canada qui donnait cette majorité; en préférant lïntérét local, elle manquait l'occasion de monter au pouvoir. Outaouais restait donc la capitale, et les édifices du parlement furent commencés aussitôt après la session. M. McDougall proposa un amendement, par lequel il voulait s'opposer à la translation des départements publics à Québec en attendant l'érection des édifices à Outaouais. Cette motion, pour laquelle votèrent MM. Dorion et Laberge, fut perdue^par une forte majorité.
Les libéraux ou cleargrits du Haut-Canada se prononcèrent contre le paragraphe de l'adresse qui concernait le rachat des droits seigneuriaux. M. Cartier donna sur ce sujet des explications très- satisfaisantes; elles contribuèrent à lui assurer une majorité sur la question de la capitale.
Après une discussion prolongée, l'adresse fut enfin votée, et le ministère Cartier-McDonald conserva une majorité collective assez grande; toutefois, il se trouva, comme en 1858, en minorité de quelques voix dans le Haut-Canada.
Pendant la session de 1859, la législature vota plusieurs adresses à la reine. L'une d'elles priait la famille royale de visiter le Canada, et d'assister à l'ouverture du pont Victoria. M. Henry Smith, pré-
aident de l'assemblée législative, fut chargé de se rendre en Angleterre et de présenter lui-même cette adresse. La reine ne put se rendre à l'invitation de la législature ; ses devoirs aux sièges de l'empire lui interdisaient une absence aussi longue ; elle consentit cependant à ce que le Prince de Galles assistât à la cérémonie en son nom.
Une deuxième adresse priait le gouvernement impérial de régler définitivement les prétentions de la Compagnie de la Baie d'Hudson, quant à la validité de sa charte et à l'étendue de son territoire. Une troisième demandait des changements qui permissent l'admission, dans les ports anglais, des bois et des produits du Canada expédiés par Portland, aux mêmes conditions que s'ils étaient expédiés directement du Canada. Une dernière enfin priait le gouvernement impérial de ne pas accorder de subvention à la ligne Cunard au détriment de la ligne canadienne, et d'étendre à cette dernière les mêmes avantages accordés aux vapeurs des autres colonies. Malgré les droits de cette réclamation, on ne put obtenir aucun secours pour la ligne canadienne ; l'Angleterre refusa au Canada les faveurs qu'elle accordait aux. ligues étrangères.
Le ministère présenta et fit passer des projets de loi par lesquels étaient modifiées la loi de la milice de 1855, celle des écoles du Bas-Canada, celle qui définissait le droit électoral et pourvoyait à l'inscription des électeurs. Une autre mesure portait à six cents piastres l'indemnité accordée aux membres des deux chambres par session de plus de trente jours. Les lois concernant le bureau de poste furent
amendées de manière à augmenter le revenu, considéré insuffisant pour rencontior les dépenses. Le port sur les journaux, aboli en 1855, fut rétabli, et un taux additionnel de deux centins fut exigé sur les lettres non payées d'avance. Une excellente loi, présentée par M. Alleyn, amendait et refondait les actes qui régissaient la navigation des eaux du Canada.
Une autre mesure importante, présenté par M. Rose, remplaçait et amendait les divers actes relatifs aux travaux publics. Elle avait pour principal but de mettre le commissaire en chef de ce bureau sur un pied d'égalité avec les au très chefs de département, en accordant à lui seul certains pouvoirs, tels que ceux de signer des contrats, de donner des ordres, etc.; l'assistant-commissaire, officier non responsable aux chambres, avait partagé jusqu'alors ces pouvoirs avec lui. La même mesure substituait à l'ancien arbitrage une commission d'enquête permanente de trois arbitres.
Une lutte s'engagea entre le parti ministériel et l'opposition sur le droit d'appel de la décision des arbitres. M. Mowat demanda; par un amendement, que les personnes qui, dans le Haut-Canada, auraient des réclamations contre le bureau des travaux publics, eussent le même droit d'appel que ces personnes avaient dans le Bas-Canada. La différence était que dans le Bas-Canada, la cour pouvait modifier la décision des arbitres, tandis que dans le Haut-Canada la cour était tenue de rejeter ou d'accepter la sentence arbitrale telle qu'elle était. L'amendement fut rejeté à une majorité de huit voix ;
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MM. Sicotte, Loranger et Langevin, votèrent avec la minorité, tandis que MM. Gauchon et Cliapais comptèrent avec la majorité.
Le nouvel inspecteur-général, M. Galt, présenta à la considération dés membres un nouveau tarif, par lequel on appliquait à tous les articles les droits ad valorem^ c'est-à-dire proportionnés à la valeur de chaque objet ; ils remplaçaient les droits spécifiques, impôt en rapport avec la quantité appréciée en livres, barils, etc.
Ce système était plus juste, en ce qu'il fesait peser les droits également sur tous les consommateurs. Il allait encourager et développer le commerce direct entre le Canada et les pays étrangers, pour le thé, le sucre, etc., commerce que les droits spécifiques avaient dirigé sur le marché américain. Le nouveau tarif ne fit pas hausser les prix sur ce dernier marché, mais il eut pour résultat de faire baisser ceux des marchés de Québec et de Montréal. Sous le régime précédent, les marchands du Haut-Canada n'étaient pas importateurs; ils n'étaient que les détailleurs des marchands de New-York. Ils pouvaient maintenant importer eux-mêmes, ou acheter dans le Bas-Canada à des prix plus avantageux. Ce tarif encourageait donc le commerce par la voie du Saint-Laurent, et faisait profiter les canaux et les autres grands travaux publics ; il élevait Québec et surtout Montréal à leur position naturelle d'entrepôts du commerce canadien.
Dans un discours habile et lucide, M. Galt passa en revue la condition financière de la province. Il insista sur la nécessité de mettre les finances sur un
bon pied, afm que le Canada rencontrât ses obligations. Il déclara que dans les dernières années, le déficit avait été considérable, il était de $2,535,000 en 1858. Gela était dû à une diminution dans le revenu, à la crise commerciale de 1858, causée par le manque de récolte, et à l'augmentation des dépenses. La politique financière de M. Galt diminua le déficit^ qui ne fut que de S450,000 en 1859, mais il ne rétablit pas encore Téquilibre entre les dépenses et les recettes.
M. Gayley, partisan des droits spécifiques, s'éleva contre les changements proposés, parce que, dans son opinion, ils tendaient à favoriser la fraude, et à protéger le Bas-Ganada au détriment de l'autre province. M. Buclianan, un des plus grands financiers du Haut-Ganada, proposa de laisser les anciens droits sur le sucre, la mêlasse, le thé et les autres articles de première nécessité, et même de les abolir en définitive. Il fut soutenu par les libéraux des deux provinces et par MM. Sicotte, Langevin, John- H. Gamerou et Lemieux. Get amendement fut perdu par sept voix de minorité. La plupart des Haut-Ganadiens considéraient le nouveau tarif comme injuste envers leurs constituants. M. Brown déclara que ce tarif enlevait les marchés de New- York et de Boston au profit du Bas-Ganada. et de Montréal surtout, et mettait le Haut-Ganada dans une situation de vasselage vis-à vis l'autre province.
Le tarif fut donc voté au milieu des objections de toutes sortes faites par l'opposition, et plusieurs membres (MM. Dorion,John-S. McDonald, etc.), qui avaient demandé, en 1858, les droits ad valorem^ s'y
opposaient maintenant de toutes leurs forces. Le gouvernement triompha à la fin, après avoir été beaucoup exposé dans son existence.
La législature adopta aussi une mesure destinée à la consolidation de la dette publique. Cette loi changeait le titre à' inspecteur-général des comptes un celui plusconvenable de ministre des finances, consolidait la dette existante en une seule garantie, pourvoyait à l'extinction graduelle, de cette dette, par l'opération d'un fonds d'amortissement, et mettait de l'uniformité dans le mode de paiement et de comptabilité. D'après un état financier présenté à Londres par M. Galt, la dette directe et indirecte atteignait, en 1859, le chiffre de £11,661,013 sterling, c'est-à-dire un peu plus de $55,000,000 courant (i).
La principale mesure de la session fut l'acte d'amendement seigneurial de 1859, présenté par M. Cartier. Il avait pour objet le rachat définitif de tous les droits seigneuriaux, à part les cens et rentes. Le fonds créé par la loi seigneuriale de 1854 n'avait pas été suffisant pour racheter les lods et ventes, la banalité et les autres droits casuels à la charge des censitaires. Ce fonds se trouvait réduit de £400,000 à £300,000 ; la commission seigneuriale avait coiité £50,000, et le capital avait été entamé pour payer les rentes annuelles dues aux seigneurs. Il fallait une nouvelle appropriation de £400,000 à
( ' ) Dette directe. Dette indirecte.
Canaux 17,000,000 Chemins de fer. .20,300,000
Nav. et phares. 2,800,000 Emprunt mimici-
Chemins 1,600,000 pal 9,057,000
Autres travaux 3,300,000 Diver.s 1,770,000
370 Sm EDMUND HEAD. [1859
£500,000. Le projet de loi permettait de prendre cette somme sur le fonds consolidé d'emprunt municipal, sans que le censitaire eût à payer aucun intérêt. Il pourvoyait à ce qu'une somme égale à celle payable annuellement aux seigneurs en vertu de cet acte, fût accordée au Haut-Canada, et portée au crédit du fonds d'emprunt municipal. Une somme proportionnelle fut aussi allouée à la population des Cantons de lEst. La mesure permettait aux seigneurs, s'ils le désiraient, de retirer le capital en sacrifiant vingt-cinq par cent. Elle pourvoyait encore à l'abolition de la tenure seigneuriale dans les seigneuries de Saint-Sulpice, du lac des Deux-Montagnes et de Montréal, qui avaient été exemptées par l'acte de 1854, parce qu'elles avaient déjà des lois particulières de commutation (i).
Le premier ministre, M. Cartier, développa, dans un savant discours, les principaux points de la mesure. Il prévoyait l'agitation qu'elle occasionnerait parmi la population du Haut-Canada : « Il y aura, dit-il, un grand cri soulevé dans le Haut- Canada, sous prétexte que la législature vote une somme considérable au Bas-Canada d'après la volonté des membres de cette section de la province. Mais l'acte de 1854 a promis ce secours. En éteignant les droits féodaux, il est juste, cependant, d'offrir une compeasation au Haut-Canada et aux Cantons de l'Est; et c'est ce que le gouvernement propose. Les municipalités prudentes, qui ne se sont pas endettées, doivent avoir part dans l'arrangement
( i ) Il restait encore les fiefs de Belicvue, de Saint- Augustin, de l'Hôtel-Dieu, etc. , du district de Montréal, dont l'abolition des droits ne fut consommée qu'en 1860, par un acte spécial.
18o9j SIR EDMUND HEAD. 371
et un équivalent leur être donné. Le Bas-Canada, d'ailleurs, s'est montré volontiers libéral lors du vote sur la mesure de la sécularisation des biens du clergé, qui a été surtout favorable au Haut-Canada. »
«En face des charges que les emprunts des mumunicipalités du Haut-Canada ont imposées à la province, je ne pourrais comprendre, continna-t-il, la résistance de cette section de la j)rovince à la mesure actuelle. La charge que l'extinction des droits casuels fera peser sur la province sera à peu près de $104,000 par an, tandis que le Haut-Canada est arriéré dans l'affaire de l'emprunt municipal de $1,300,000. Les municipalités endettées représentent un tiers de la population du Haut-Canada, et la dépense annuelle du trésor pour cet objet e.4 de $115,000 annuellement, c'est-à-dire qu'elle est supérieure aux sacrifices demandés aujourd'hui pour [lour le rachat des droits casuels. Le Bas-Canada ù préféré se priver des avantagée de l'emprunt municipal, plutôt que de s'exposer à ne pas payer à l'échéance. Les municipalités n'ont emprunté que $2,000,000, de sorte qu'il reste $4,000,000 réduit cependant à $2,000,000 par la mesure actuelle. En pi'ésence de ces faits au lieu de chercher à prémunir le Haut-Canada contre ce paiement, on devrait reconnaître la libéralité du Bas-Canada qui consent à se priver d'un emprunt de $2,000,000.»
Tous les députés du Bas-Canada, à l'oxceptioif do M. Somerville, approuvèrent la loi ministérielle ; les libéraux comme les conservateurs unirent leurs efforts pour soutenir une mesure qui faisait disparaître de la législation les dernièros traces de la tenuro sei-
âîè Slft ÈèMÙND ttÈAfi. [i8S9
gneuriale. Seulement, M. Dorion s'opposa aux clauses qui se rapportaient aux seigneuries possédées par les Sulpiciens ; il était d'avis, que la législation faite par le conseil spécial, en 1840, était suffisante. Mais tous les députés du parti cleargrit et les quelques autres membres de l'opposition firent une guerre acharnée à la mesure ministérielle. Ils crièrent à l'injustice, avançant faussement que le Haut-Canada était pillé par le Bas-Canada, et que le projet de loi ferait peser sur la province une charge énorme. M. McDougalld éclara que si cette loi était adoptée, il serait du devoir du Haut-Canada d'agiter partout le rappel de l'Union. M. Brown mécontent de ce qu'on l'eut éliminé du comité des comptes publics, recommença dans la chambre et dans son organe le Globe, une lutte acharnée contre le Bas- Canada, menaçant de sa parole ardente, les hommes du pouvoir de soulever un mouvement populaire pour les renverser.
Ces tentatives d'exciter l'opinion publique contre une mesure si juste, était peu généreuse. Ces membres connaissaient parfaitement bien, que le Haut- Canada avait été plus favorisé que l'autre province par les allocations publiques et par l'emprunt municipal, que le Bas-Canada renonçait à son droit d'emprunt sur $2,000,000, et consentait à appliquer la balance au rachat des droits seigneuriaux. Mais lorsi^u'il s'agissait de rendre justice au Bas-Canada, on était toujours certain de voir une majorité du Haut-Canada s'y opposer par fanatisme. On en a vu une preuve lorsque, lors de la discussion de l'adresse, ces mêmes hommes s'étaient opposés à la translation du siège du gouvernement à Québec.
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Les cliefs de ce parti, MM. Brown, J.-S. McDonald, Gonnor, Mowat et Foley, qui s'opposèrent si ardemment à la mesure, s'étaient cependant engagés, en montant au pouvoir, de régler la question du rachat des droits seigneuriaux. Il est vrai qu'ils ne s'étaient pas entendus sur les détails. Les députés conservateurs se servirent de cette occasion pour connaître la manière que les libéraux entendaient régler l'affaire, et pressèrent M. Brown et ses collègues de s'expliquer. Cette demande donna lieu à des débats animés entre les libéraux du Haut et ceux du Bas-Canada.
M. Brown déclara s'être entendu avec M. Dorion pour le rachat des droits seigneuriaux, au moyen d'un fonds local pris dans le Bas-Canada ; il nia que le ministère avait l'intention de le faire avec les deniers publics. Dans cette position critique, M. Dorion ne donna que des explications évasives. De son côté, M. Laberge afTirma qu'il avait été expressément entendu que l'on achetterait les droits casuels avec les fonds publics. MM. Drummond et Thibaudeau confirmèrent cette assertion ; et à la session de 18G0, M. John-S. McDonald en fit autant, et défia toute personne de le contredire, M. Brown resta seul à maintenir sa déclaration.
Les révélations de M. Laberge causèrent une scission entre les clcargrits et les libéraux du Bas- Canada. Ces derniers s'assemblèrent, et prièrent M. Drummond de porter à M. Brown l'expression de leur mécontentement au sujet de sa conduite, et de rompre tout bien politique avec lui. Il s'en suivit entre MM. Laberge, Brown et Drummond une ror-
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respondance animée qui fit assez de bruit. Cette mésintelligence entre les membres do lopposition profita au ministère et le rendit plus populaire.
Après les nombreux efforts de l'opposition pour amender la mesure, et des débats sans fui (une seule séance dura trente-neuf heures), le projet ministériel passa à une forte majorité (66-28). Ce succès était dû à la libéralité des conservateurs, dont les idées contrastaient singulièrement avec celle des cleargrits, et surtout à l'énergie et à l'habileté que M. Cartier déploya, pour obtenir l'adhésion de ses collègues du Haut-Canada.
Après une longue discussion, le conseil législatif adopta également le projet de loi à sa deuxième lecture, sur une division de vingt-cinq contre quinze. M. Dessaulles, tout en votant pour la mesure, censura d'une manière habile mais violente, toute la législation déjà faite sur la tenure seigneuriale et la présente mesure ; il les considérait injustes envers les seigneurs ; on traitait ces derniers comme une classe d'individus, qui ne devaient attendre aucune justice de la législature. M. Dessaulles reçut une chaleureuse réponse de M. Vankoughnet. MM. Campbell et Alexander parlèrent et votèrent contre la mesure, tandis que M. Ross et Sir Etienne Taché la défendirent fortement.
La législature diminua de $100,000 à §50,000 l'allocation annuelle accordée aux chemins de colonisation. Elle destina §20,000 aux chemins de poste et 663,000 aux canaux et aux phares. Un item de $466,000 pour les dépenses imprévues faites en 1858, fut voté malgré l'opposition. M. Bro-^-n proposa un
amendement par lequel il censurait le gouvernement d'avoir dépensé cette somme sans la sanction du parlement, sur la simple responsabilité de l'exécutif. M. Brown ne fut supporté que par le tiers des députés.
Lorsque les subsides furent proposées, M. John-S. McDonald proposa aussi nn vote de censure contre l'administration, parce qu'elle ne possédait pas la confiance de la majorité des membres Haut-Canadiens. Le ministère fut encore supporté par presque les deux tiers des représentants.
Le conseil législatif refusa d'abord de voter le projet de loi des subsides, sur une division de vingttrois contre vingt. Lors de la discussion de l'adresse, la majorité du conseil législatif s'était prononcée contre la translation du siège du gouvernement à Québec, en attendant l'érection des bâtisses du parlement à Outaouais. Nous avons vu que le gouvernement était bien décidé à se rendre à Québec, et que la chambre d'assemblée l'avait approuvé dans cet acte, mais le budjet ne contenait pas d'allocation destinée à rencontrer les dépenses que nécessiterait la translation de la capitale. Lorsque le projet des subsides fut soumis à la considération du conseil, la majorité, sur la proposition de M. de Blaquière, vota un amendement, qui déclarait que le conseil ne prendrait pas le budjet en considération, tant que le gouvernement n'aurait pas fait connaître sa volonté au sujet de la capitale.
M. de Blaquière dit que le Bas-Canada n'avait pas droit de réclamer une dépense inutile pour avoir temporairement à Québec le siège du gouvernement.
Il était contraire au principe du gouvernement constitutionnel de dépenser les deniers publics sans avoir l'assentiment de la législature.
M. Allan était d'avis que la translation de la capitale à Québec serait une dépense inutile, et que le gouvernement manquait de respect envers le conseil législatif en ne le consultant pas. MM. DessauUes, Kierskowski, etc., se joignirent à M. De Blaquière, et votèrent dans un sens contraire aux intérêts du Bas-Canada.
Sir Etienne Taché, MM. Tessier et Vankoughnet parlèrent contre l'amendement, et défendirent la conduite du cabinet. M, Vankoughnel; insista sur l'engagement pris d'aller à Québec ; si le conseil refusait les subsides, il ferait un tort considérable aux intérêts publics. La constitution cependant ne lui permettait pas d'amender la loi des subsides ; il pouvait les rejeter, s'ils contenaient des allocations qu'il n'approuvait pas. Mais l'article auquel la chambre s'opposait ne figurait pas dans le budget ; on n'était pas justifiable de rejeter ce dernier.
La conduite des conseillers législatifs causa une grande excitation, et la presse ministérielle fut trèssévère à leur égard. Leur triomphe fut de courte durée : plusieurs conseillers partisans du ministère arrivèrent, et le conseil, revenant sur sa décision, adopta le projet des subsides à une majorité de quatre voix.
Un projet de loi permettant à John McLean de rompre les liens du mariage, fut passé par une faible majorité. Ce projet, réservé à la sanction de la reine, donna occasion aux députés catholiques de protester contre la loi inique du divorce.
1859] SIR EDiMUND HEAD. 377
La majorité des représentants refusa d'accorder un acte d'incorporation à V Ordre des Bons Templiers, sorte de société secrète ; et à une autre mesure de M. Gowan, dont l'objet était d'assujetir les institutions à une surveillance inusitée.
La chambre rejeta également des amendements, proposés par M. Brown, à certains projets de loi relatifs à l'incorporation des sociétés de bienfaisance et d'éducation. Ces amendements dirigés contre les catholiques, annulaient tout legs fait à ces institutions dans les six mois qui précédaient la mort du testateur ; ils lurent approuvés par les cleargrits et les protestants aveuglés, et môme par quelques catholiques, MM. Dorion et John-S. McDonald entre autres.
Pendant cette session, Lu Banque Nationale reçut son acte d'incorporation. En 1861, fut fondée à Montréal La Banque Jacques-Cartier. Ces deux institutions, établies par des Canadiens-Français, sont devenus très-prospères ; elles donnent une preuve des aptitudes que la population française a pour le commerce et les finances. Nous prenons occasion de dire ici quelques mots sur ce sujet.
Si jusqu'à une époque assez près de nous, il a été peu possible aux Canadiens de prendre part au haut commerce et de développer les industries, c'est parce que les capitaux et l'instruction leur manquaient. On sait qu'à la conquête, les nobles, les capitalistes, les marchands et les lettrés passèrent en France, et laissèrent les G0,000 Canadiens presque sans ressources, et dans une position très-critique. Pendant de longues années, ceux-ci restèrent naturellement
stationiiaires ; leurs progrès dans rinstruction, dans l'industrie et l'agriculture furent peu sensibles ; leurs efforts s'étaient d'abord portés à combattre pour la conquête des libertés politiques. Pendant ce temps, le commerce et l'industrie passèrent entre les mains de la population anglaise. Gomme les Canadiens ne connaissaient pas la langue anglaise, qu'ils n'avaient pas de relations avec les marcbands d'Angleterre, ni crédit auprès d'eux, ils ne purent entrer dans le nouveau mouvement commercial. Mais avec le temps, les capitaux se formèrent, l'éducation dans les deux langues se répandit dans les villes, et peu à peu, les Canadiens entrèrent en concurrence avec leurs concitoyens anglais, en dépit môme du peu de faveur qu'ils reçurent des anciennes banques.
C'est alors quêla concession dugouvernementcoustitutionnel permit à la population française de prendre part à l'administration des affaires publiques, et d'exercer leurs droits de contrôle sur les finances. Les bienfaits du nouveau système de gouvernement se firent bientôt sentir ; l'instruction, favorisée par le pouvoir, se répandit parmi le peuple ; le commerce et les industries, grâce aux grandes entreprises nationales, augmentèrent dans une étonnante progression. Les Canadiens prirent alors une part de plus en plus grande dans le haut commerce, monopolisé autrefois par les Anglais. Plusieurs grandes maisons se formèrent, parmi lesquelles on remarque celles de MM. Austin Cuvillier, de MM. Masson et Langevin, (aujourd'hui Thibaudeau, Thomas & Cie.), de MM. Ephrem et Victor Hudon, de MM. Boisseau, Têtu, Ilamel, etc.
Les Canadiens comptent aujourd'hui dans les différentes branches de commerce un certain nombre de grands établissements qui ne le cèdent en rien aux premières maisons anglaises. Ils ont fondé les banques Nationale et Jacques-Cartier mentionnées plus haut, des caisses d'économies, des compagnies d'assurance. Ils possèdent encore des chantiers de construction, des fonderies, des tanneries, et d'autres manufactures de toute sortes. Ils ont établi entre Montréal et Québec une des plus belles lignes de bateaux à vapeur de l'Amérique, celle de la compagnie du Richelieu, fondée en 1845. Ce ne fut donc pas, comme on l'a souvent répété, l'inaptitude pour les affaires, mais plutôt des circonstances incontrôlables, qui empêchèrent si longtemps les Canadiens-Français d'entrer dans le mouvement du haut commerce.
Les actes législatifs importants de la session de 1859, sont réellement peu nombreux. Ceux qui fixent le plus l'attention, sont le tarif, la réorganisa, tion du département des travaux publics et l'abolition définitive de la tenure seigneuriale. Cette dernière loi éclipsait toutes les autres jjar son importance et par ses heureux résultats ; elle était le complément de l'acte seigneurial de 1854.
Après la session, les libéraux du Haut-Canada s'organisèrent à la voix de leur chef, M. Browm, pour demander des changements constitutionnels. Cet homme puissant par son journal, par son habileté et son expérience, soulevait ses concitoyens en faveur de ses doctrines. Il maintenait que la constitution de 1840 n'avait pas atteint son but, qui était
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ranéaiitissemeiit des Canadiens d'oiigiue française ; au contraire, elle avait servi à rehausser leur influence, car le Bas-Canada faisait la loi à la province supérieure. Il prétendait encore que le Bas-Canada, avec une population de quatre cent mille âmes de moins que celle du Haut-Canada, avait une représentation égale, quïl ne fournissait que le tiers du revenu provincial, et recevait cependant la plus grande partie des allocations et des octrois publics. Il criait enfin à la corruption ministérielle, au gaspillage, à la banqueroute inévitable. Le cri de ce tribun ambitieux devint le mot de ralliement des masses et envaliit une partie du Haut-Canada.
Préparés par cette croisade, les clear grils se réunirent plusieurs fois en convention, pour traiter des affaires politiques. Plusieurs députés marquants, au nombre desquels étaient MM. Brown, Malcolm Cameron, McDougall et Adam Fergusson, y prirent part. Dans la dernière réunion, il y avait vingt-deux députés et cinq cent soixante citoyens, qui étaient les délégués de la grande partie des comtés. C'est l'assemblée politique la plus nombreuse qui ait jamais été tenue dans le Haut-Canada.
La convention de Toronto se prononça pour une division du Canada en deux ou plusieurs provinces, avec des législatures locales et l'établissement d'une autorité centrale chargée d'administrer les affaires d'un intérêt général. Les deux principales résolutions étaient ainsi conçues :
«Que dans l'oxjinion de cette assemblée, le remède le plus praticable aux maux actuels du gouvernement du Canada se trouve dans la création de deux
OU plusieurs gouvernements locaux, ayant le contrôle de toutes les matières d'un caractère local et sectionnaire, et d'un gouvernement général qui dirigerait toutes les matières nécessairement communes aux deux provinces.
« Que, bien que les détails des changements proposés dans la dernière résolution, soient nécessairement le sujet d'arrangements futurs, cependant cette assemblée croit qu'il est de son devoir de déclarer qu'aucun gouvernement général ne satisferait le peuple du Haut-Canada, s'il n'avait pour base la représentation appuyée sur le nombre. »
Malgré que la convention fut nombreuse et composée d'hommes respectables, le projet adopté n'eut qu'un faible retentissement en dehors de l'assemblée. En outre, plusieurs membres influents de l'opposition, MM. John-S. McDonald et Buchanan entre autres, désapprouvèrent les plans de M. Brown, et restèrent complètement en dehors du grand mouvement qu'on voulait créer. Ils niaient la nécessité d'un changement de constitution ; ils désiraient modifier la politique des libéraux de manière à se concilier le parti canadien-français, et monter avec lui au pouvoir. Cette différence d'opinion scindait l'opposition en deux partis distincts.
Un petit nombre de libéraux de Montréal suivirent l'exemple des cleargrits, et se plurent à favoriser le plan par lequel M. Brown voulait dominer le Bas- Canada. Ils se réunirent à Montréal, nommèrent un comité composé de MM. A.-A. Dorion, Drummond, McGee et Dessaulles, et les chargèrent de faire un rapport. Ceux-ci, après avoir exposé la gravité de la
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situation, conclurent à l'établissement d'une union fédérale des deux provinces, ou à la subdivision des deux Canadas en trois provinces. Plusieurs membres de l'opposition, entre autres MM. Laberge et Lemieux, qui venaient de rompre avec M. Brown, s'abstinrent d'assister à la réunion de Montréal.
Le plan des libéraux ne sourit pas aux Bas-Canadiens ; toute la presse, à l'exception du Pays, le repoussa. On refusait toute alliance avec M. Brown. En résumé, les Canadiens des deux provinces montrèrent peu d'empressement pour le projet des libéraux, qui tomba comme ceux de la Ligue britannique et du parti annexionniste.
Sorti triomphant de cette nouvelle impasse, le ministère Cartier-McDonald, qui possédait le pouvoir depuis le mois d'août 1858, continua sa marche avec tranquillité et assurance. M. Galt se rendit en Angleterre avec la mission officielle de régler les fmances de la province, et de conclure un nouvel emprunt de £2,800,000, afin de faire face aux dépenses et racheter certaines dettes. Il publia sa brochure intitulée : « Le Canada de 1849 à 1859 », dans laquelle il fit l'histoire du progrès du Canada, démontra les ressources et la prospérité de la province. Sa mission eut un plein succès ; on lui offrit un emprunt bien plus considérable que celui qu'il demandait.
M. Sidney Smith, maître-général des postes, visita aussi l'Europe, et y créa de nouveaux arrangements avec diverses puissances, pour le transport des malles européennes par la ligne des vapeurs canadiens. Sa mission fut aussi heureuse ; Lord Elgin,
tSBO] SlR EDML'ND HEAD. 383
qui était à la tète du bureau des postes en Angleterre, contribua à ce résultat.
Deux nouveaux membres furent adjoints au ca binet ; MM. L.-S. Morin, nommé solliciteur-général du Bas-Canada, au mois de janvier 1860, et M. J.-G Morrison, placé au même poste pour le Haut-Canada, au mois de février suivant ('). Entré jeune dans la politique, M. Morin avait bientôt conquis parmi les députés la réputation d'homme de talent et d'orateur distingué, MM. Morrison était un des membres les plus marquants du Haut-Canada ; il avait déjà été solliciteur-général et recevenr-général sous les administrations précédentes. Malheureusement, il avait éprouvé une défaite aux élections générales, et le même sort l'altendaii dans le comté de Grey, où il se présenta plus tard.
La législature fut convoquée, le 28 février 1860, à Québec, qui devenait capitale pour la deuxième
(') Le ministère Cartier-McDonald se trouva alors composé (les membres suivants :
Bas- Canada.
lion. MM. G. E. Cartier, 1er ministre, proc.-gén., B. C, " N.-F. Belleau, président du conseil législatif, " A. -T. Galt, ministre des finances, " Jolm Rose, commissaire des travaux publics, " Charles Alleyn, secrétaire provincial, " L,-S. Morin, solliciteur-général, B. C.
IIaut-CxVJs'ada.
Hon. MM. John-A. McDonald, procureur-géuéi-al, H. C, " P. -M. Vankoughnet, ministre des terres, " S. Smith, maitre-général des postes, " John Ross, président du conseil exécutif, etc. " George Sherweod, receveur-général, " J.-C. Momson, solliciteur-général, H. C.
384 SIR EDMtMD MEAD. [1 860
fois (1).- Le siège du gouvernement resta dans cette ville jusqu'en 1866, époque où il fut transporté à Outaouais.
Sir Edmund Head ouvrit la session par un discours dans lequel il annonça officiellement la visite prochaine du Prince de Galles, le succès obtenu en Angleterre par le ministre des finances et par le maître-général des postes. Il recommanda ensuite à l'attention des membres la refonte des lois municipales du Bas-Canada, l'amendement des lois concernant le débiteur et le créancier, et la régie des terres de la couronne.
L'adresse en réponse au discours du trône fut proposée, dans la chambre d'assemblée, par M. Désaulniers et secondée par M. Simpson. Elle fat votée dans une seule séance, sans qu'il y eût aucune division. Le conseil législatif, sur motion de MM. Boulton et LaTerrière, passa l'adresse également sans discussion. Les chambres procédèrent immédiatement à l'expédition des affaires.
Toutes les mesures annoncées dans le discours du trône furent adoptées. On remarque d'abord l'acte qui établit une ligne de séparation entre le Haut et le Bas-Canada ; celui des municipalités de cette dernière province. Cette dernière remplaçait les actes
( ' ) Le gouvernement avait fait construii^e, pour l'usage des chambres, sur l'emiDlacement de l'ancien édilice du parlement, une nouvelle bâtisse, que l'on destinait à servir plus tard de bureau de poste. Il avait employé à cet effet une somme de §G0,000 votée quelques années auparavant pour la construction d'un bureaii de poste. Cet édifice n'a jamais servi à cet objet. Depuis la confédération, il est à l'usage de la législature de Québec. En 1871, on a bâti un magnifique bureau de poste destiné à remplacer celui dont nous venons de parler.
1 B60] Sm EDMÛND MEAD. 385
des municipalités et des chemins de 1855, et fut passée sans opposition. Cette loi, qui était l'œuvre de M. Cartier, avait coûté à son auteur ainsi qu'à la législature beaucoup de soin et de travail. Ensuite vient la loi préparée par M. Vankoughnet, concernant.la vente et l'administration des terres publiques. Elle avait pour but principal d'augmenter les pouvoirs du commissaire des terres, de lui permettre de régler toutes les questions de litige, qui étaient auparavant soumises au conseil exécutif.
L'acte relatif aux Statuts Refondus du Bas-Canada reçut la sanction royale pendant cette session, et fut mis en force en janvier 1861 (i). Il complétait la grande œuvre entreprise par le gouvernement et les commissaires nommés pour la révision des lois du Canada. Les Statuts Refondus du Canada et ceux du Haut-Canada avaient été sanctionnés à la session de 1859. La refonte de nos lois a procuré à la population un service important et un immense avantage. Une autre loi autorisait les membres du conseil législatif à élire leur président.
Un projet de loi, préparé par M. Cartier, concernait les bureaux d'enregistrement et les privilèges et hypothèques dans le Bas-Canada. Il reçut d'abord une grande opposition, surtout du côté des libéraux ; mais il fut reconnu bon plus tard, lorsque le gouvernement promulga en 1862, le tarif des honoraires, que devaient recevoir les rôgistrateurs. La réduc-
(') Les membres de la commission nommée en 1S5G pour la révision des statuts du Bas-Canada étaient : MM. A. Volette, G.-W. Wickstead, A. Stuart, T.-J.-J. Loranger, G. de Boucherville et R. McKay.
38G SIR ED.MUNt) HEAÎD. [180D
tion (les Trais d'enregistrement fit disparaître une grande partie du mécontentement.
Une autre mesure de M. Cartier amendait les actes de l'administration de la justice dans le Bas- Canada, apportait des changements dans les clauses concernant Vhabeas corpus^ et rejetait les déptinses des jurés et autres sur les fonds locaux (i). Les libéraux présentèrent plusieurs amendements àcette loi. ivl. Dorion proposa sans succès que la cour du banc de la reine n'accordât plus de permission d'appeler de ses décisions au conseil privé en Angleterre.
L'acte de la représentation fut amendé en ce qui concernait les villes de Québec, d-e Montréal et de Toronto. Les deux premières furent séparées en trois divisions électorales, et Toronto en deux. Ces changements furent bien accueillis, à l'exception de la subdivision de Montréal contre laquelle quelques membres s'opposèrent.
Deux mesures commerciales, présentées par M. Galt, reçurent l'approbation générale des membres. L'une établissait des ports d'entrée libre à Gaspé et à Sainte-Marie. Par ce dernier port, on voulait faciliter l'exploitation des mines du lac Supérieur, et attirer le commerce de la Rivière-Rouge vers le Canada ; par celui de Gaspé, on voulait faciliter l'exploitation des pêcheries et faire de ce port un
(') En 1859, M. W.-C. Mèreclitli fut fait juge de la cour d'appel, et MM. Andrew Stuart, Aimé LaFontaine, J.-A. Bertlielot et J.-G. Thompson, juges de la cour supérieure du Bas- Canada. En 1860, MM. Antoine Polette et J.-T. Taschereau, furent nommés juges puinéa de la cour supérieure, et M. Jacques Crémade, recorder de Québec.
grand centre de commerce. Ces ports libres ne produisirent pas.de bons résultats, et furent supprimés en septembre 1866.
Le deuxième acte réduisait les droits sur les vins de trente à vingt pour cent, ceux de l'eau-de-vie de cent à trente pour cent. Le gouvernement voulait par là favorise; les i^lations commerciales avec la France, et obtenir d'elle en retour une réduction sur les bois, les vaisseaux et les autres produits canadiens. C'est ce qui eut lieu en effet. Le gouvernement français diminua son tarif dj manière que les produits canadiens fussent admis en franchise ou avec des droits peu élevés. Les relations commerciales entre les deux pays augmentèrent. Depuis 1862, on ? construit chaque année des vaisseaux pour le compte des armateurs français et expédié plusieurs cargaisons de bois dans les ports de la France. D'un autre côté, il nous est venu chaque année des ports français quelques navires chargés d'eau-de-vie, de vins, etc. Ce résultat était dû aux efforts de M. le Baron Gauldrée Boileau, consul français.
La législature passa encore un acte qui confirmait les arrangements faits par M. Galt en Angleterre, relatifs au fonds d'amortissement pour le rachat de l'emprunt garanti par le gouvernement impérial.
Les subsides furent le sujet de longues discussions, et furent fortement censurés par les libéraux. M. Brown proposa son amendement habituel, par lequel il blâmait le gouvernement d'avoir, sur sa seule responsabilité, dépensé plusieurs centaines de mille piastres. Il voulut encore faire censurer Ta-
chat fait par le gouvernement des bateaux à vapeurs de M. Baby, au prix de $225,000, et condamner l'intention d'employer ces bateaux aux frais de la province. Il s'opposa également aux subsides accordés aux institutions religieuses. Ces diverses motions furent rejetées par une grande majorité. M. Piché proposa d'interrompre les tra^^aux des édifices publics à Outaouais, jusqu'à la fin des prochaines élections générales, vu que le peuple devait se prononcer alors sur la confédération des provinces. Cet amendement fut également repoussé. Parmi les diverses allocations, on remarque un item de $4 1 1 ,000 pour les canaux, les phares et autres travaux sur le Saint-Laurent. La chambre d'assemblée pria le gouverneur de pourvoir aux dépenses nécessaires à la réception du Prince de Galles.
Le subside annuel accordé à la compagnie des vapeurs océaniques de Montréal, fut porté de S21 6,000 à $416,000. En 1863, il fut diminué à l'ancien taux. Cette compagnie venait d'éprouver des pertes considérables par le naufrage de plusieurs de ses vapeurs ; et comme elle avait fait de grands sacrifices pour établir une ligne si utile au commerce, on trouva juste de la rénumérer de ses pertes. On pourvut, par la même loi, à l'extension de la ligne télégraphique de la Pointe-aux-Pères au Détroit de Belle- Isle. La compagnie de MM. Allan, Rae & Gie., a augmenté peu à peu le nombre de ses vaisseaux, qui se compose aujourd'hui de vingt-deux sjjlendides vapeurs. C'est certainement une des lignes les plus belles et les plus prospères du monde entier.
Plusieurs autres lignes de vapeurs océaniques ont
été établies : Dominion, Borroiv Infcrness, Bcavcr et London Temperlays. Cette dernière existe depuis plusieurs années, mais les trois autres n'ont commencé qu'au printemps de 1872. On peut dire que le Canada n'a rien à envier aux autres pays quant à la facilité des communications avec l'Europe. Il en est de même des communications intérieures. Plusieurs lignes magnifiques relient entre eux les principaux centras commerciaux de la Puissance. Nous mentionnons entre autres celles des Compagnies du Richelieu et des Vapeurs du Golfe, qui sont des plus florissantes C").
Le gouvernement se décida à abolir les péages sur les canaux canadiens, sous certaines conditions; un ordre du conseil exécutif, en date du 20 mai 1860, sortit dans ce but. Cette mesure n'eut pas l'effet d'attirer, autant que l'on s'y attendait, le commerce américain par la route du Saint- Laurent. Les libéraux s'y opposèrent, et rétablirent les droits, lorsqu'ils montèrent au pouvoir quelques années plus tard.
Plusieurs autres lois, non présentées par le mi-
{') Ce fut en 1845, qu'un'compatriote entreprenant, M. Sincennes, conçut l'idée premiers de la Compagnie dit Bichelieu. Elle fut formée par les habitants échelonnés sur la rivière Chambly, et construisit un premier bateau à vapeur, qui fit le trajet de cette rivière à Montréal, et peu après un deuxième appelé Jacques-Cartier. La compagnie reçut un grand encouragement et progressa beaucoup. En 185G, elle mit à Ilot les vapeurs Victoria et Na^joléon, et commença le service régulier entre Québec et Montréal. Trois magnifiques vapeurs appelés Québec, Montréal et Canada, font aujourd'hui le trajet entre les deux villes. (La Patrie de 1857.)
La Compagnie des Vapeurs de Québec et des Ports du Golfe possède actuellement les vapeurs suivants : Secret, Miramichi. (rtorgia. Alita mhra et Picfou. Ces vapeurs visitent les ports de la Nouvelle-Ecosse, du Nouvcau-Brunswick, d«s îsles du Prince- Edouard et de Terreueuve.
nistère, furent encore adoptées. L'une d'elles, préparée par M. Gowan, avait pour but d'empêcher les fraudes électorales ; une autre, présentée au conseil par Sir Etienne Taché, et par M. Cauchon à l'assemblée législative, incorporait les pilotes du Saint- Laurent, en bas de Québec.
Parmi les autres projets de loi soumis à la discussion des représentants, se trouve celui de M. Sicotte, qui donnait des moyens plus expéditifs de décider les élections contestées, en laissant cette décision aux tribunaux judiciaires ; un deuxième projet, présenté par M. Scott, d'Outaouais, amendait l'acte des écoles séparées du Haut-Canada; un troisième, rédigé par M. Cauchon, fixait le taux de l'intérêt ; un quatrième abolissait la qualification exigée des membres de l'assemblée législative. Ces divers projets de loi furent abandonnés après de longues discussions. Au conseil législatif, M. Tessier soumit aussi une mesure destinée à activer le projet du chemin de fer intercolonial.
La question de la représentation fut encore discutée. M. Wallbridge proposa qu'elle fût repartie d'après le chiffre de la population. M. Dorion proposa un amendement par lequel il répudiait ce principe, tant que l'Union subsisterait. Il protesta contre l'accusation portée contre lui par ses adversaires, savoir qu'il était en faveur de la représentation en rapport avec le chiffre des habitants. Il n'y eut pas de vote sur la question.
Nous avons vu que les libéraux avaient attaqué plusieurs des mesures ministérielles, ainsi que quelques articles du budjet, et que tous avaient été résolus en
faveur du cabinet à de grandes majorités. Ils firent une attaque directe contre le ministère par un vote de non-confiance, proposé par M. Foley. On prétendait que ce ministère ne possédait pas la confiance de la majorité des députés Haut-Canadiens, et qu'il nommait aux emplois publics, contrairement aux vœux de cette majorité. M. Foley accompagna sa motion d'un discours modéré, et plaida sa cause d'une manière très-habile. M. Sidney Smitli répondit à M. Foley, lui demanda quel remède il désirait porter à l'état des choses. Puis il accusa le ministère Brown-Dorion d'avoir tenté de gouverner la province, lorsqu'il était en minorité dans le Bas- Canada.
M. Ouimet proposa en amendement à la motion de censure de M. Foley, une motion directe de confiance dans l'administration. Il prononça à ce sujet un éloquent discours. On se plaignait, disait-il, de ce que la majorité du Bas-Canada soutenait un gouvernement qui n'avait pas la confiance du Haut- Canada. Pourquoi cette majorité abandonneraitelle sa position avantageuse? Quelle garantie auraitelle que justice lui sera rendue par l'opposition, si elle venait au pouvoir, lorsque les chefs de cette opposition étaient reconnus pour être hostiles au principe de la double majorité ?
M. Laberge proposa un sous-amendement, par lequel il déclarait «que la conduite de l'administration, en gouvernant continuellement et systématiquement une section de la province en opposition aux vœux de cette section, mettait en grand danger le bien-être de la province. »
M. Johii-S. McDonald avoua que l'administration Brown-Dorion ne serait pas restée au pouvoir à moins de posséder la confiance des deux provinces. M. Dorion déclara également avoir dit à M. Brown, lors de la formation de ce ministère, qu'il donnerait sa démission s'il ne commandait pas une majorité dans le Bas-Canada. M. John-A. McDonald reprocha auxlibéraux du Haut-Canada leur conduite agressive et intéressée, et la fit contraster avec la modération des députés du Bas-Canada. Il les ridiculisa sur l'insuccès de la convention de Toronto.
M. Jolin-H. Cameron se rallia au ministère et lui accorda sa confiance. M. Langevin expliqua sa conduite politique, et vota aussi en faveur du cabinet, bien qu'il n'approuvait pas tous ses actes. M. Loranger suivit le même exemple. Ces députés abandonnèrent les animosités politiques et se rallièrent au ministère Cartier, plutôt que de donner les rênes du pouvoir à M. Brown, et de lui permettre de donner efTet à ses doctrines injustes. M. Gauchon avait aussi abandonné Toxjposition depuis que M. Brown avait déclaré que son programme consacmit le principe de l'inégalité représentative.
L'amendement de M. Ouimet fut adopté sur une division de soixante- dix contre quarante-quatre. Celui de M. Laborge ne réunit que quarante- quatre députés.
M. Brown tenta de faire triompherles changements constitutionnels, qui avaient été adoptés, en 1859, par la convention des clcargriis, h Toronto. Il soumit à la considération des députés les résolutions suivantes, qu'un grand nombre de Haut-Canadiens avaient approuvées dans de nombreuses pétitions:
«Que l'union législative existante du Haut et du Bas-Canada n'a aucunement réalisé Tattente de ceux qui en ont été la cause, qu'elle a eu pour résultat d'endetter considérablement le pays, d'augmenter les taxes, a été suivie de grands abus politiques et du mécontentement de tous les partis, et que cette assemblée est fermement convaincue, d'après les divisions provenant des différences d'origine, des intérêts de localité et d'autres causes, que l'union dans sa forme actuelle ne peut pas exister longtemps avec avantage pour le peuple.
«Que cette chambre est d'avis que le meilleur moyen de remédier aux maux qui existent dans le gouvernement canadien, serait de former deux gouvernements locaux ou plus, auxquels serait confié le contrôle de toutes les affaires locales ou sectionnelles, et de charger quelque autorilé collective de l'administration des affaires nécessairement communes à toutes les sections de la province.»
M. Brov,'n, dans un long et habile discours, fit le procès de l'union ; il déclara qu'elle avait manqué son but, que tous les maux politiques dont on se plaignait découlait de la constitution, et que cet état avait été prévu par les hommes politiques de l'Angleterre. Il déroula ensuite tous les prétendus griefs dont le Haut-Canada avait eu à souffrir sous la pression de l'autre province. Le Haut-Canada n'avait pas le nombre de représentants auquel il avait droit, le tarif commercial qu'il subissait était injuste, les abus politiques étaient criants, etc., Si le Haut-Canada, dit-il en terminant, n'obtenait pas de changements constitutionnels, il devait alors avoir recours au parlement impérial pour les avoir.
M. Benjamin, dans un discours passionné, répondit à M. Brown, et se déclara favorable au maintien de la constitution. La population du Haut-Canada ne désirait pas de changements ; toutes les pétitions signées dans cette province ne méritaient guère qu'on s'en occupât, parce qu'elles avaient été signées à peu près sans examen.
M. McGee fit preuve d'une grande éloquence ; il se montra plutôt favorable à une confédération de toutes les provinces anglaises qu'à une simple union fédérale des deux Canadas. Il vota cependant pour le projet de M. Brown. M. Dorion donna aussi son appui au chef cleargrit^ et se prononça en faveur de ses résolutions. M. John-S. McDonald parla modérément contre le projet dont il s'était déjà déclaré l'adversaire, lors de la convention de Toronto. Il ne voulait plus subir le joug de M. Brown, ni porter la responsabilité de ses actes.
La principale résolution, la deuxième, fut repoussée par un vote de soixante et quatorze contre trente-deux. Elle fut approuvée par vingt-huit membres du Haut-Canada ; MM. Cameron, Connor, Foley, Merritt, McDougall, Howland et Mowat étaient du nombre. "Vingt-cinq votèrent le maintien de l'Union ; la majorité aurait été contre M. Brown si tous les membres eussent été présents. MM. Dorion, Drummond, McGee et D.-E. Papineau furent les seuls membres de l'opposition du Bas-Canada qui restèrent fidèles à M. Brown, et votèrent pour son projet constitutionnel. Les Bas-Canadiens repoussèrent presque unanimement les exigences des cleargrils; se voyant appuyés par un fort parti du
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Ilaut-Canada, ils préférèrent profiter encore des avantages qu'offrait la constitutimi, plutôt que d'agiter de nouveaux changements.
M. Brown éprouva donc une défaite dans ses x>^"0jeLs. Il put voir combien il lui fallait peu compter sur les libéraux du Bas-Canada. Sa conduite lui avait aliéné la plupart de ces derniers, qui le reniaient pour leur chef ; il n'y eut que MM. Drummond, Dorion et McGee qui s'ohstin^ren t à marcher à sa suite. M. Brown fut abandonné de môme de M. John-Sanfield McDonald; en outre, plusieurs de ses partisans, MM. Foley et Gonnor, membres influents du Haut-Canada, laissèrent percer leur mécontentement contre lui dans leurs discours en chambre. L'influence considérable que M. Brown avait exercée depuis 1854, se mit à décroître graduellement, jusqu'à ce que ses propres électeurs refusassent de lui confier un mandat en 1861. En effet, cet homme était impossible comme chef politique, et tant que le parti libéral l'aurait eu pour chef, il n'aurait pu arriver au pouvoir. C'est pour s'être montré intolérant, c'est pour avoir renié ses engagements, et montré une haine implacable aux catholi- . ques, que plusieurs de ses partisans l'abandonnèrent^
Il fallait à l'opposition, pour réussir, un chef plus modéré dans ses opinions et dans ses principes. C'est ce qui faisait que la désunion j'égnait plus que jamais dans les rangs des libéraux, et que les chefs différaient d'opinion sur les principales questions politiques, celle de la constitution entre autres. Les uns tenaient à conserver encore M. Brown pour chef; les autres le rénudiaient ouvertement ou indi-
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rectement. II n'est pas étonnant que les députés du Bas-Canada aient refusé toute alliance avec les elcargrits ; ceux-ci s'obstinaient pour la plupart, à garder M. Brown pour chef, et à admettre ses principes injustes. On a vu ces mêmes hommes demander l'abolition des écoles séparées, la suppression des institutions religieuses et de bienfaisance, refuser l'incorporation des sociétés religieuses, l'abolition des derniers vestiges de la tenure seigneuriale ; tant qu'ils professeraient ces principes, ils ne pouvaient s'attendre à une alliance avec les députés du Bas-Canada. C'est pour se venger de cette résistance, que les cleargrits demandaient la représentation en rapport avec la population, et refusaient les écoles séparées.
Les Bas-Canadiens se reposaient sur le concours de la population anglaise.^ dans le Bas-Canada, et sur celui de la population modérée du Haut-Canada. Ils préféraient accorder leur confiance aux chefs du parti libéral-conservateur, MM. John-A. McDonald, Ross, l Morrison, etc. L'alliance politique qu'ils avaient contractée avec eux, avait offert jusque là plus de garantie et de sécurité. 11 suffit de comparer la conduite des deux partis pour s'en convaincre. M. John-A. McDonald et ses collègues avaient secondé M. Cartier dans l'accomplissement des grandes réformes que ce dernier avait entreprises comme successeur de M, LaFontaine. Ils s'étaient montrés libéraux, sans fanatisme contre les catholiques ; ils n'avaient pas décrié, comme les cleargrits, les institutions du Bas-Canada, et ils les favorisaient, au contraire, de leur concours. Ils étaient favorables
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au maintien de l'Union et à l'égalité représentative, ot se montraient disposés à favoriser également les deux provinces. Les conservateurs étaient donc les vrais libéraux, les héritiers de la politique Baldwin et nincks, tandis que les libéraux remplissaient le rôle des conservateurs de l'ancien régime. Il y avait encore entre les conservateurs des deux provinces plus d'union, et leurs chefs avaient une politique commune dans les principales questions parlementaires.
Seulement, il était regrettable de voir M. John-A- McDonald avec une constante minorité dans sa province. Il nous semble qu'il aurait "pu contracter une alliance avec quelques réformistes modérés, et obtenir par là la confiance de la majorité des représentants. Il se serait mis d'accord avec sa conduite de 1856, lorsqu'il avait donné sa démission, parce qu'il ne pouvait administrer les affaires avec le degré de vigueur nécessaire. M. McDonald était cependant encore le chef le plus populaire du Haut-Canada. Après la session, on lui donna,dans plusieurs endroits, des dîners ofTiciels pour approuver sa conduite politique. C'est dans une de ces dômontrations, qu'il se montra attaché à l'Union, et qu'il se déclara déterminé à maintenir les écoles séparées, conduite approuvée de ses collègues, et qui lui acquit des catholiques un surcroît de sympathies.
La visite du Prince de Galles au Canada fait époque dans les annales historiques. Ce fut au mois d août 18G0, que le fils aîné de la reine Victoria arriva dans la province. L'auguste visiteur était guidé par les avis du ministre des colonies, le duc de New-
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castle. Après avoir parcouru les provinces maritimos, le Prince Royal entra, le 12 août, dans le bassin de Gaspé, où il fut reçu par Sir Edmuml Head et les ministres canadiens, rendus là pour lui souhaiter la bienvenue (i). Le 18 le Prince débarqua à Québec, où il fut accueilli avec le plus grand enthousiasme. Le maire, M. Langevin, lui lut une adresse de bienvenue. Pendant son court séjour, il y eut illumination, feux d'artifices, etc. Il tint un lever officiel, reçut plusieurs adn:sses, entre autres celles du conseil législatif et de l'assemblée législative, qui s'étaient réunis pour la circonstance, et créa chevaliers leurs présidents, MM. N.-F. Belleau et Henry Smith. ■ ;,'jjiiiL
Ija population de Montréal montra le même entliousiasme pour le Prince Royal, qui présida à l'inauguration du Pont Victoria, le but principal de son voyage, et assista à l'exposition des industries de la province. Le Prince fit une courte visite aux villes des Trois-Rivières, de Saint-Hyacinthe et de Sherbrooke, puis il se rendit à Outaouais, la nouvelle capitale, où il présida à la pose de la première pierre des édifices du parlement. Le passage du Prince dans le Bas-Canada ne fat partout qu'une marche triomphale ; la population l'accueillit avec la plus respectueuse fidélité, lui donna des fêtes dignes d'un hôte royal.
Le Prince parti d'Outaouais rentra dans le Haut-
('-) La suite du Prince se composait du duc de Newcastle, du comte Saiut-Germain, de loi'd Stafford, du major-général Bruce, etc.
L'escadre royale se composait du Ilero de 91 canons, de VAr'iadne et du Flyîng Fish.
Canada, arrêtant im instant à Brockville avant d'aller à Kingston. Un incident regrettable l'empêcha de faire s°on entrée dans cette ville. La société orangiste avait résolit de bortir en corps avec ses insignes, et avait élevé des arcs de triomphes portant les emhltmes de la société. Lee catholiques avaient protesté contre le projet des orangistes, et en avaient informé le duc de Newcastle. Ce dernier déclara que toute démonstration de ce genre devait être supprimée, et que si les orangistes persistaient dans leur dessein, il aviserait le Prince de changer son itinéraire. On avait pareillement refusé de recevoir une adresse des francs-maçons. Le Prince attendit une journée pour leur donner le temps de changer leur dessein. Les orangistes voulant satisfaire leurs sentiments de rancune et de vanité, refusèrent de se rendre aux désirs du duc, et imposèrent leurs caprices à la majorité des citoyens, qui désiraient acceuillir le Prince et lui montrer.leur loyauté. Ils firent peser sur l'administration la conduite du duc de Newcastle à leur égard. Cette malheureuse affaire souleva de nouvelles passions et créa de graves mécontentements.
La même chose se pas^a à Belleville, où les orangistes avaient préparé de semblables démonstrations. Le Prince continua sa route sans y débarquer, et arriva à Toronto. Les orangistes avaient promis de ne faire comme corps aucune démonstration ; quelques-uns d'entre eux insultèrent cependant le duc de Newcastle. La population fit au Prince une brillante réception, et ces démonstrations se répétèrent à London, à Hamilton et dans les au-
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très villes que le prince visita. Ce dernier laissa le Canada après un séjour d'un peu plus d'un mois, et s'en retourna par les Etats-Unis qu'il parcourut incognito.
Le prince Alfred, deuxième fils de la reine, visita le Canada l'année suivante, et reçut de la population les mômes marques d'estime et de loyauté. Il si'ivit le même itinéraire que celui du prince de Galles. Un autre personnage distingué visita la même année (1860) le Canada : le prince de Joinville, descendant d'une race illustre. Ce prince, le troisième fils de l'ex-roi Louis-Pliilippe, évita soigneusement toute démonstration publique ; il excita cependant de vives sympathies parmi les Canadiens.
Ce fut aussi en 1860 que M. Rameau, l'auteur de La France aux Colonies., voulut visiter les lieux dont il avait si bien parlé. M. Rameau a fait dans son excellent ouvrage des études consciencieuses sur les développements de la race fi-ançaise en Amérique, surtout sur les Canadiens et les Acadiens. Ce livre précieux, qui est répandu en France, a contribué beaucoup à faire connaître les Canadiens d'origine française.
Un autre prince français, le prince Napoléon, fils du prince Jérôme, et neveu de Napoléon 1er, fit aussi en 1861, un voyage au Canada, où il fut reçu partout avec le plus grand enthousiasme.