ASPECT GÉNÉRAL DU CANADA EN
A l'époque de l'Union, le Canada comptait une population d'environ 1.050.000 âmes, dont la moitié
appartenait à l'origine française. De ce nombre, 650,000 habitaient ie Bas-Canada. (M
Les Canadiens s'occupaient alors essentiellement d'agriculture. Comparativement à l'époque actuelle, ils se livraient peu aux diverses industries. Les manufactures étaient en très-petit nombre ; elles consistaient principalement dans l'exploitation des mines de fer, la construction des navires et la préparation des bois pour l'exportation à l'étranger. On ne relirait aussi que peu de revenus des immenses pêcheries du golfe.
Dans le Bas-Canada, l'agriculture était pratiquée par l'ancienne population d'après le vieux système français. Il faut excepter cette partie des Cantons de rEst où les émigrés venaient d'y introduire des amé liorations nouvelles. Dans le Haut-Canada, au contraire, les colons européens avaient apporté les systèmes améliorés d'agriculture en usage dans leur pays respectif. En outre, le sol était plus nouveau, le climat plus doux : ces circonstances firent que cette province put jouir d'une prospérité un peu plus grande.
Les deux provinces étaient en général prospères. Le sol, qui y est d'une grande richesse, est propre à produire les grains de toutes sortes et une grande variété de fruits, malgré un climat un peu sévère
( ' ) Cette population des deux Canadas est calculée d'après les statistiques suivants, qui ont été publiés dans V Appendice B. Journal de V Assemblée Législative, 1849 :
BAS-CANADA. HaUT-CAXADA.
(*) Oazette de Qaéhec.
pendant les froids de son long hiver, climat qui est cependant des plus salutres et des plus agréables dans la saison tempérée.
Deux villes se distinguaient déjà par leur population et leur état florissant : Québec, ancienne capitale du Bas-Canada, c[ui comptait environ 35,000 âmes, et qui, par sa position, était le centre principal du commerce d'outre-mer; Montréal, entrepôt du commerce intérieur, ville qui allait surpasser de beaucoup son aînée par son accroissement en richesse, Textension de son commerce et sa population, qui étaiî alors de 40,000 âmes.
Les villes de Toronto, de Kingston, d'Outhouais et d"Hamilton,aujourd'huiprospères, n'étaient alors que des villages d'à peine quelques mille âmes.
Jusqu'à cette époque, la colonisation, chose si essentielle au progrès matériel du pays, avait été presque entièrement négligée par les législateurs. Les chemins manquaient, le prix des terres était trop élevé, et l'accès en était, pour ainsi dire, inaccessible. De plus, ces terres appartenaient à un certain nombre de grands propriétaires, qui semblaient ne les avoir acquises que dans un but do spéculation.
La liberté de commerce n'avait pas encore été concédée, de sorte que les vaisseaux des nations autres que l'Angleterre ne pouvaient naviguer dans les eaux du Canada, et qu'il n'y avaitréellcmentaucune relation commerciale directe entre la colonie et les vieux pays de l'Europe. Le libre échange des produits canadiens avec ceux des Etats-Unis n'existait pas non plu^. Gomme aujourd'hui, le commerce d'exportation consistait principalement en bois de construction et en céréales.
Les finances dn Bas-Canada étaient dans un état très-prospère, et le gouvernement n'avait été ol^ligé d'imposer que de très-légères taxes, puisque le revenu total ne s'élevait, en 1840, qu'à £166,000. Il eût cependant mieux valu que l'administration prélevât des impôts plus élevés, afin de faire des améliorations locales, et d'encourager surtout la colonisation. Le revenu du Haut-Canada ne s'élevait qu'à £75,000 environ. Le gouvernement avait cependant commencé de grands travaux, et par là grevé son crédit d'une dette de $5,458,523.09, fardeau que le Bas-Canada était appelé à partager d'après une clause de l'acte d'union.
Les canaux de la province, bien que commencés depuis plusieurs années, n'étaient pour ainsi dire qu'ébauchés : il fallait des sommes considérables pour les améliorer et les achever. Ces travaux terminés allaient faire du Saint-Laurent le plus beau fleuve du monde parla facilité qu'il offrirait au commerce.
Il n'existait encore aucune ligne télégraphique. Aucune voie ferrée ne sillonnait la vaste province. Les postes étaient sous le contrôle de la métropole ; le taux des lettres était très-élevé, et le service ne se faisait qu'à des intervalles éloignés.
Dans le Bas-Canada, la tenure seigneuriale existait dans toute sa force, comme au temps de sa création, tandisque,dans la province-sœur, le système de franc cl commun soccage était en pleine vigueur.
L'éducation élémentaire était, à la vérité, peu l'épandue dans la province, surtout dans le Bas-Canada, où il n'y avait que 57,000 enfants environ qui, sur les 170,000 en Age de s'instruire, fréquentaient
les diverses écoles élémentaires ou supérieures. Le Haut-Canada, quoique un peu plus favorisé sous ce rapport, n'en avait environ que 55,000 sur 130,000. D'un autre côté, l'éducation supérieure était plus répandue dans le Bas-Canada. Un nombre assez considérable de collèges ou d'écoles supérieures donnaient une éducation des plus soignées à la population canadienne.
Au nombre des institutions scientifique . on ne remarquait que la Société Littéraire et Historique de Québec, fondée en 18-24, et la Société d'Histoire Naturelle de Montréal. L'Hôtel-Dieu et l'Hôpital-Général des ^•illes de Québec et de Montréal étaient presque les seules institutions de bienfaisance et de charité. (M On peut dire sans exagération que l'éducation élémentaire était trop peu répandue, et que les institutions existantes ne suffisaient pas au.\ besoins du pays.
Qua"nt à la littérature, aux sciences et aux arts, ils étaient peu cultivés et peu encouragés. Le goût littéraire ne s'était presque pas encore fait sentir. Une pièce de poésie, une brochure littéraire ou historique, était presque un événement remarquable. M. Michel Bibaud avait déjà publié le premier livre de poésies canadiennes, une histoire du Canada sous la domination française et quelques autres ouvrages d'un mérite réel, eu égard au temps où ils ont été
(') L'Hôtel-Dieu de Québec fut fondé, en 1639, parla duchesse d'Aiguillon ; ,,,.■,
L'Hôtel-Dieu de Montréal, en 1642, par Mlle Mance et Madame de Bouillon ;
L'Hôpital-Général de Québec, en 1693, par Monseigneur de Saint- Yalier ;
L'Hôpital-Général de Montréal, en 1694, par MM. Charon, Le
Ber et Frédiu, «
publiés ; M. Jos. Bouchette publia sa « Description topographique du Bas-Canada, » ouvrage trèsutile et estimé ; M. J.-F .Perrault rédigea aussi divers ouvrages classiques et agricoles; le Dr. ISieilleur publia ses » Lettres sur l'Education » et son k Cours de Chimie ; i> l'Hon. D.-B. Viger, divers Mémoires intéressants; M. P.-A. De Gaspé, son «Roman de Mœurs canadiennes;» M. J.-B. Faribault, son «Catalogue d'ouvrages sur l'Histoire de l'Amérique. »
Durant les dernières années, la poésie avait fait quelques progrès. Plusieurs jeunes poètes avaient donné au public quelques pièces intéressantes et de goût ; nous nommerons, entre autres, MM. F.-X. Garneau, P.-J.-O. Chauveau, F.-M. Derome, P. Lavioiette, J.-G. Barthe et P. Petitclair.
La littérature anglaise ne semblait guère moins avancée. Plusieurs ouvrages de mérite avaient été cependant publiés de temps à autre.
D'autre part, la presse périodique avait une assez grande circulation dans les deux provinces. Il y avait alors environ cinquante journaux. Parmi ceux qui défendaient la cause libérale, on remarquait Le Canadien^ rédigé depuis 1831, avec talent et patriotisme, par M. Etienne Parent, un des publicistes les plus renommés du pays ; La Gazette de Québec dans les deux langues, depuis de longues années sous la direction de l'Hon. John Neilson, doyen des membres de la presse ; UAurore des Canadas, publiée à Mont réal, et VExaminer de Toronto, rédigé par M. Francis Hincks, jeune publiciste de mérite. Dans la presse conservatrice, on distinguait le Mercury, publié à Québec, et rédigé par M. W. Kimlin ; le Herald le Courrier et la Gazette, journaux anglais publiés à
Montréal ; le Kingston Herald, le Globe de Toronto, etc. (^) On peut ajouter Le Fantasque, journal humoriste, publié à Québec par le spirituel M. N. Aubin, et Les Mélanges Religieux, recueil périodique, publié' à Montréal dans les intérêts de la religion catholique, et sous la direction du Rév M. Prince,
sulpicien.
En 1841, le Bas-Canada était divisé en deux diocèses catholiques : celui de Québec, dont le siège était occupé, depuis 1833, par Mgr. Josegh Signay, ayant pour coadjuteur Mgr. P-.F. Turgeon, évoque de Sidymc ; et celui de Montréal, qui, depuis un an
(.) ie Ca^mdlen, Québec, fondé en 1806 par M. P. Bédarfl et
^^'tZ' Mercury, Québec, fondé en 1805 par M. T Cary.
La Gazette de Québec d^ns lc3 deux langues, fondée en 1/64 iiar MM. Bro-nn et Gilmore.
^ Le Fantasque, Québec, fondé en 1837 par M. Aubin.
L'^MT-orerfes Ca««rfa«, Montréal, fondée en 1838 par M. t.
Cinq-Mars. . ,r x < i
The Morniivj Courner, Montréal.
The Gazette of Montréal, établie en 1778.
S S:;f Set, Montréal, fondés en 1841 par le Rév.
^ TArCanacZa Time*-, Montréal, fondé en 1840.
The Commercial Messenger, Montréal, fonde en 1840. -
The Times <L- Commercial Advcrtiser, Montréal, fonde en 1841.
The Transcript, Montréal.
The Sherbrooke Gazette.
The Bi/town Gazette.
The Kingston Chroniclc.
The Kingston Herald. ,, t- xj- i
The Examiner, Toronto, rédige par A. F. Hmcks.
The Globe, Toronto.
The Patriot, Toronto.
The Toronto Christian Guardian.
The St. Catherine Journal.
The Brocknlle Becorder.
The London Ej:aminer. ,, ,, • •. . v-*
La Minerve, fondée en 1827 par M. Monn avait cesse d être pabUée pendant les troubles insurrectionnels. Ce fut en 184^ qu'elle parut de nouveau.
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avait pour chef Mgr. Ignace Bourget. L"église d'Angleterre était dirigée par lord G.-J. Mountain, D. D., évèque de Montréal, qui administrait en môme temps le diocèse de Québec, dont le siège était alors vacant.
Dans le Haut-Canada, il n'y avaitqu'un diocèse catholique, celui de Kingston, qui avait à sa tôte Mgr. Rémi Gaulin, et un seul diocèse anglican, celui de Toronto, dont le siège était occupé par le lord évoque John Strachan.
Il y avait pour le Bas-Canada une cour d'appel, une cour du banc de la reine à Québec, une autre à Montréal, une troisième aux Trois-Rivières. Il existait aussi une cour provinciale dans les districts inférieurs de Gaspé et de Saint-François, et une cour de vice-amiraute à Québec. (^ )
(') La cour d'appel, établie par l'acte pass.^ dans la 34e aauée du règne de George III, se composait du gouverneur, du lieutenant-gouverneur, des membres du conseil exécutif, du juge en chef de la province et du juge en chef de la cour da banc delà reine de ilontréal.
La cour du banc de la reine ayant juridiction dans les causes criminelles, se composait, pour le district de Québec, des juges suivants :
Juge en chef. — Hon. Sir James Stuart;
( Hon. Ed. Bowen, Juges puînés < Hon. Ph. Panet,
( Hon. Elz. Bédard.
Pour le district de Montréal, Juge en chef
( Hon. George Pyke, Juges puînés j Hon. J.-R. Rolland, ( Hon. Samuel Gale.
Le district des Trois-Rivières avait pour juge l'Hon. Jos.-R. Vallières de St. Real ; celui de St. -François, l'Hon Fletcher, et celui de Gaspé, John-G. Thompson, Ecr. L'Hon. Henry Black était juge de la cour d'amirauté.
Dans le Haut-Canada, on comptait une cour d'appel à peu près semblable à celle du Bas-Canada, une cour de chancellerie, quelques cours du banc de la reine et de vérification des testaments.
On pouvait considérer comme trop restreint le nombre des cours de justice dans les deux provinces. Les habitants étaient obligés de parcourir à grands frais des distances considérables, pour obtenir des tribunau.xle redressement de leurs griefs ; la justice en souffrait beaucoup. En outre, la législation criminelle était très-sévère : la peine du. pilori se trouvait encore en force, et la punition des délits de deuxième ordre était trop grande. Cette législation, au lieu de corriger les criminels, pouvait avoir l'effet de les décourager et de les plonger de plus en plus dans la voie du vice. Elle avait donc besoin d'une réforme sérieuse.
Après avoir parcouru rapidement l'histoire du pays jusqu'à l'Union, après avoir examiné les divers circonstances qui ont imposé aux Canadiens la constitution de 1841, et jeté un coup d'oeil sur l'état du pays à cette époque, le lecteur pourra suivre, avec plus de satisfaction et d'intérêt, le grand progrès religieux, politique, industriel, commercial, etc., qui va se dérouler sous ses yeux pendant les vingt-sept années qui vont s'écouler.