H.\UT-CAN.'.I
Brockville George Sherwood.
Bytown \Vm. Stewart.
Carleton James Johnston.
Cornwall Rolland MacDonell.
Dundas ..G. MacDonald.
Durham • • •• • J-'^- ^Villiams.
Essex .'.^ . .John Prince
Frontenac '.T.'."."!; Henry Smith.
Glengany. ... .-.r; ..■".."■..."....'. .John S. Macdonald.
Grenville .^..'.,. . . .... H.-D. Jesslrp.
Haldimand ....:..;.'....... D. Thompson.
de prononcer le discours d'ouverture, Son Excellence pria la chambre d'assemblée de choisir sou président. M. le procureur-général Smith proposa k5ir Allan McNab comme candidat ministériel. Le colonel Prince s'opposa à cette nomination parce que Sir Allan ne parlait pas le français, et proposa le nom de M. Morin, qui avait l'avantage de connaître également bien les deux langues. M. Caùchon et M. Chauveau se prononcèrent fortement en faveur de M. Morin et dirent qu'en justice pour les Canadiens d'origine française, le président devait parler la langue des deux popu-
Halton est ..G. Chalmers.
Halton ouest James Webster.
.Hamilton Sir A.-N. McNab.
Hastings E. Mumey.
Huron Win. Dunlop.
Kent Hon. S. -B. Harrison.
Kingston John-A. MacDonald.
Lanark Malcolm Cameron.
Leeds Ogle-R. Gowan.
Lennox et Addington B. Seymour.
Lincoln nord W.-H. Merritt.
Lincoln sud James Cummings.
London Lawrence Lawrason.
Middlesex Ed. Ermatinger.
Niagara W.-H. Dickson.
Norfolk L-W. Powell.
Northumberland G.-B. Hall.
Northumberland nord A. -H. Meyers.
Oxford R. Riddell.
Prescott N. Stewart.
Prince Edouard J--P' Roblin.
Russell A. Pétrie.
Siincoe W.-B. Robinson.
Stormont D.-A. MacUonell.
Toronto Hon .-H. Sherwood.
W.-B. Boulton.
Wintworth Hermanus Smith.
York lère division J.-H. Price.
Voik 2e " G. Duggan.
York 3e " Hon. J.-E. Small.
York 4e " Hon. R. Baldvvin.
1844] METCALFK. 169
lations. C'est pendant ce débat qu'un député au Haut-Canada, M. ]î]rniating>'i-, déclara que, dans le parlement d'une province anglaise, il n'était pas nécessaire que le président connût la langue française ; il considérait que la chambre devait être anglaise de fait comme de nom. Le nom de ce .membre mérite de passer à la jwstérité. Sir Allan l'emporta de trois voix sur M. Morin.
Sir Allan avait certainement les qualités requises pour remplij; la charge de président de la chambre, si l'on excepte toutefois son ignorance de la langue française. Il était un des membres les plus remarquables, et avait autrefois occupé avec habilité le même poste dans l'ancienne chembre du Haut-Canada. Mais il faut avouer qu'on montrait peu de justice en faveur des Canadiens-français, en élisant pour président de la chambre un membre ne parlant pas leur langue. On ne prenait pas le moyen de les attacher à la constitution, et de se concilier leur esprit.
Le lendemain, le gouverneur vint prononcer le discours du trône. Il attira l'attention des deux chambres sur la. nécessité d'améliorer l'éducation du peuple, en amendant les lois existantes suivant le besoin de chaque section de la province ; sur les institutions municipales, dont plusieurs dispositions avaient été reconnues mauvaises et impraticables ; tur la nécessité de renouveler l'acte de milice, qui était expiré dans le Bas-Canada, et sur l'établissement d'une loi générale de milice dans toute la province. Il annonça que la reine avait reçu l'adresse de la chambre d'assemblée au sujet de la liste civile, et qu'elle était disposée à recommander au par-
170 METCALFE. [l844
lempiit impérial lo rappel de la partie de l'acte d'union qui se rattachait à liste civile, lorsque la législature du Canada aurait pris les mesures suffisantes pour pourvoir à une rémunération équitable des officiers publics. Dans la dernière partie du discours, il s'exprima ainsi sur le gouvernement responsable et la formation du ministère :
" Je continuerai à exercer la charge qui m'a été donnée par notre souveraine, suivant les principes reconnus de notre constitution provinciale, et de manière à rencontrer les vœux et les besoins du peuple.
" Aussitôt C[ue plusieurs des emplois les plus importants de l'administration sont devenu^ vacants, j'ai essayé de les remplir en nommant des Canadiens qui étaient censés jouir delà confiance du peuple. Des obstacles extraordinaires ont suscité des retards dans la réalisation de ce projet, malgré mes eftbrts incessants pour atteindre ce but."
La réponse au discours du trûne donna lieu pendant plusieurs jours à une chaude discussion entre le parti ministériel et l'opposition. M. Baldwin proposa i)lusieurs amendements, dont l'un exprimait le regret qu'avait la chambre, de ce que Son Exc(»llence avait été avisée de conduire les atf'aires d(^ la province })endant plusieurs mois sans Ibrmer une nouvelle administration, conduite, ajouta-t-il, qui était contraire aux principes de la constitution.
M. Bakhvin démontra qu'il n'}^ avait en Angleterre aucun précédent qui pût être cité pour justifier les actes du gouvernement. La dernière session s'était terminée sans qu'on eut formé de
ministère ; la province avait été nenl' nioih ^aiib chefs de départements ; on avait ensuite convoqué la législalure à une époqu-:" trop éloignée, car il n'y avait pas de subsides de ^'otés pour un temps aussi long ; et plusieurs mesures importantes, laissées de côté à la dernière session, exigeaient plus tôt la convocation du parlement. Il parla ensuite de l'inconséquence de M. Papineau, qui avait approuvé la retraite des chefs libéraux du ministère, et de M. Shêrwood, qui s'était montré si grand adversaixe du gouvernement coustitutionel.
M. Papineau dit qu'on l'avait accusé à tort d'avoir usurpé la place de ses amis politiques, après les avoir approuvés lorsqu'ils avaient laissé les banquettes ministérielles. Il avait regretté leur démission ; mais, en les appuyant jusqu'aii dernier moment, il avait, comme plusieurs autres membres, modifié ses opinioi-s privées, afin de ne pas causer de division ; il n'avait fait qu'approuver les mesures passées alors j^ar la majorité de la chambre. " L'on m'a accusé, continua-t-il, d'avoir changé mes principes, dt* les avoir même reniés en consentant à entrer au ministère. Il n'y aurait donc que mes piédécesseurs qui auraient pu entrer dans l'administration sans abjurer leurs principes ? N'y aurait-il qu'eux qui jiussent avoir de la consistance, de riionnéteté, des talents ? La conséquence de la position qu'ils assument en me faisant ce reproche, serait de substituer une question de personnes à une question de principes ; ce serait dire qu'eux seuls peuvent l'aire le bien du pays, que sans eux il ne sera permis à personne de travailler ni de contribuer à promouvoir les
intérêts do notre commune patrie.... JVspère tjue mes com])atriotes voudront bien ne pas me retirer leur conlianco et ne me jug'er que par mes actions. "
M. Sherwood avoua qu'il avait été un ardent adversaire du gouvernement responsable, parce qu'il avait craint que son application dans la colonie n'eût un mauvais résultat. Mais puisque ce système avait été concédé et mis en pratique, il était de son devoir comme membre du gouvernement et de la chambre de l'accepter et de le mettre à exécution. Il défendit Sir Charles Metcalfe, et cita l'exemple du duc de Wellington, qui, en l'absence de Sir Robert Peel, avait retenu plusieurs portefeuilles pendant quelques semaines. M. Sherwood ridiculisa l'association de la réforme que les libéraux avaient organisée dans le but de soulever le peuple en leur faveur ; cependant une majorité approuvant le gouvernement avait été élue par le même peuple, ce qui montrait que les actes du gouverneur avaient reçu rappro])ation des Canadiens.
MM. Aylwin, Cameron (Malcolm), Chauveau, parlèrent en faveur de l'amendement de M. Baldwin ; MM. Gowan, Colville, etc., appuyèrent l'adresse ministérielle. L'amendement fut rejeté sur wmi division de 3(3 contre 42 (1).
(i) l'i.uii i.Ks AMt'.NDi^-.MEN rs : — MM. Armstrong, Aylwin, Halilwin, Heithelot, i'ertraïul, lioulliillier, Cameron, Caiiclion, Chabot, Chauveau, Chrisîie, Desaulnier, DeWitt, Diummontl, Fianchère, Jobin, Lacoste, La Fontaine, Lantier, Lnurin, Le Moine, J.e-^lie, MacDonald (tle Glengany), MacDonaKl (de Stormont), Me'thot, Moiii', Nelson, Powell, Price, Roblin, Rousseau, .Sinall, Smit'ïï (de Wentv.orth), Taché, Taschereau, Thompson — 36.
Contre : — M^L Boulton, Books, Chalmers, Colville, Cummings, Daly, DeBleury, Dickson, Duggan, Dunlop, Ermatinger, Foster, Gowan, Grieve, Guillet, Haie, Hall, Jessup, Johnston, Lawrason,
Comme on le voit, la majorité en laveur du ministère n'était pas trcs-1'orte.
Un des premiers actes des députés fut de voter unanimement, sur motion de M. La Fontaine, une adresse à la reine, la priant d'accorder une amnistie ornéiale pour toutes les otienses politiques commises dans les troubles de 1837-38 ; cette amnistie ne lut accordée qu'en 1849, Cependant, dès 1843, la métropole, à la soliicitation de i^ir Charles Metcall'e et de ses ministres, avait consenti à accorder la liberté aux détenus politiques, lorsque la demande en aurait été faite parleurs parents. C'est ce qui eut lieu en effet. On fit, dans le même moment, un appel à la générosité publique ; et des sommes considérables furent recueillies pour procurer aux exilés l'occasion de revenir dans leur patrie.
En 1845, presque tous ces infortunés eurent le bonheur de revoir, après une absence de six longues années, le foyer paternel, leurs familles, leurs parents et leurs amis. Il est difficile de peindre les privations, les sensations cruelles qu'ils avaient endurées sur la terre de l'exil. Ils avaient d'abord été traités avec dureté et soumis à une surveillance continuelle, à un travail abrutissant. Plus tard on leur avait laissé plus de liberté ; on leur avait même permis de sétablir et de travailler pour leur propre compte. Les exilés reçurent leur pardon avec une joie
M-acDjnalfl ('te CornwAlli, MacDonaM (de King>tr>ni, ^^l:Connell, Meytrs, Moftatt, Murney, Papineau, Pctric, RicMell, Robinson, .Scott, .Seymour, Sherwood (de Brockville), Shenvood (de Toronto), .Smith (de Frontenac), .Smith (de Missiskoui), Stewart (de Bytown), Stewart (de Prescott), Watts, Webster, Williams, MacDonell (de Dundas) — 42.
Ne votèrent pas Sir Allan McNab, président ; MM. Harrison, Le Boufhillier, Merritt, Prince, étaient absents.
inexprimable ; mais le bonheur qu'ils éprouvèrent d'abord fut mêlé de chagrins amers, lorsque la plupart d'entre eux virent leurs familles plongées dans la misère, leurs propriétés portant encore les traces de l'incendie et de la dévastation. Les Canadiens saluèrent avec le plus grand plaisir l'arrivée de ces victimes d'un trop grand patriotisme, que l'on avait punies avec beaucoup trop dcf sévérité.
Les procès politiques commencés depuis longtemps contre MM. Papineau, O'Callaglian et Brovvn, avaient aussi été abandonnés en 184-^. M. La Fontaine avait même offert sa démission pour obtenir cette faveur, qu ■ le gouverneur avait d'abord hésité à accorder. Des lettres de grâce avaient été en même temps accordées à plusieurs chefs de l'insurrection réfugiés aux Etats-LTnis (i) L'honorable M. Louis -Joseph Papineau quitta la France pour le Canada en 1845. A son arrivée, l'illustre patriote reçut de l'élite de la société canadienne et anglaise les témoignages de la plus vive sympathie. Tous les Canadiens s'empressèrent d'aller le saluer et de lui souhaiter une cordiale bienvenue. M. Papineau était alors âgé de cinquanN> ans et avait conservé toute sa vigueur.
Nous devons en toute justice mentionner que si les exilés revirent aussi vite leur patrie, le mérite en revenait primipalement à !^ir Charles Metcalfe, qui avait employé toute son influence
!l) I.Cb Docteurs John l\olpli, Cliarks Ilunscomli et W. Nelson, MM. Ciilison, Montc^omery, Hoiu liette et L. Duvcniay étaient au nombre de ceux qui revinient au Canada à cette époque. En 1846, il y avait encore en Australie onze Canadiens ; ils avaient reçu leur pardon en même temps que les autres, mais ils continuèrent d'euxmêmes à séjourner dans cet endroit.
pour obtenir leur pardon. Il avait été activement secondé dans ses démarc^hes par les membres du ministère La Fontainedîaldwin et ceux de Fadministration Viu'er-Draper.
M U.-B. Papineau, ministre des terres de la couronne, fit pendant la session une démarche qui lui acquit la reconnaissance de ses compatriotes, et racheta son vote en faveur de Télection de 8ir Allan M<Nab à la présidence de la chambre. Il proposa, au nom du gouvernement, de voter à Sa Majesté une adresse pour rapj)eler la clause de l'acte d'union qui proscrivait la langue française dans les procédés législatifs. Oétte motion fut reçue avec la plus grande joie, et l'adresse fut v otée par ac<"lamation au milieu des applaudissements de toute la chambre. Les députés anglais, en agissant si loyalement, accomplirent un acte de justice et de génércsité. Plusieurs d'entre eux, entre autres M. MofFatt et le Dr Dunlop, rétractèrent ce cju'ils avaient autrefois dit contre la langue Française, et déclarèrent qu'ils seraient heureux de la voir sur le même pied que la leur. La langue française ne fut rétablie dans les procédés législatifs qu'à la session de 1849. L'Angleterre apporta un délai considérable à rappeler la clause de l'acte d'union qui proscrivait cette langue. Elle avait été bien mal tonseillée lorscpi'elle avait décrété une action si injuste, qui avait blessé dans ses intérêts les plus chers la majorité de la population du pays. On aura peine à croire plus tard qu'elle ait tenu envers les Canadiens-Français une conduite aussi arbitraire, qu'ils n'avaient certainement pas méritée.
Les élections contestées occupèrent la chambre
d'assemblée pendant un temps considérable. L'élection de M. Small fut déclarée nulle, et son adversaire, M. Munro, le remplaça ; celle de M. Malcolm Cameron fut aussi annulée, mais il fut réélu à une forte majorité (i). Plusieurs pétitions contre l'élection des députés du Bas-Canada furent reuAoyées, parce que les membres ministériels décidèrent que les pétitionnaires ne s'étaient pas conformés à la loi ; les libéraux étaient d'un avis contraire.
Au commencement de l'année 1845, les chambres apprirent que le g'ouvcrneur avait été créé pair du Koyaumj-Uni, sous le nom de Baron Metcalfe de Fernhill, au comté de Berks. Elles lui votèrent, à cette occasion, une adresse de félicitation.
Au milieu de la session, M. Draper laissa le conseil législatif pour venir diriger lui-même les mesures ministérielles dans la chambre d'assemblée. Ses collègues s'étaient montrés d'une incapacité complète et d'une grande ignorance du droit constitutionnel.
M. Draper s'était fait élire par la petite ville de London à la place de M. Lawrason, qui avait résigné en sa faveur. Il introduisit alors un projet de loi pour créer une institution c[u'on appellerait •' L'Université du Haut-Canada." L'église anglicane possédait depuis 1828 un établissement nommé Kiti^i^ Colleur ou Université de Toronto, qui avait été largement doté par l'Angleterre à même les terres du Canada. Depuis
(i) L'IIon. M. IVroiin, ayant éto ëlu clans deux comtés, celui du .Saguenay et celui de Bcllechasse, choisit ce dernier comté. L'Hon. P. de Sales Laterrière fut élu au Saguenay. Pendant la session, l'Hon. S.-B. Harrison accepta une charge de juge de district, H. C . ; il fut remplacé par M , Wood dans le comté de Kent.
1845] METCALFE. ItY
quelqut\s années, les aiitres sectes protestantes réclamaient leur part du revenu de ces terres, prétendant que la métrojwle en avait fait roctroi pour l'éducuition de tous les sujets appartenant à n'importe quelle dénomination religieuse. Les membres de l'église anglicane avaient joui exclusivement jusqu'à cette époque du revenu de ces terres,| et prétendaient de leur côté que la dotation n'avait été faite qu'en leur faveur. Pour régler la difficulté, le ministère proposa de mettre toutes les sectes protestantes sur un pied d'égalité, et de leur donner une part dans la distrii)ution des terres faite au collège royal. Pour cela, il voulut reconstituer le collège royal en une université qui porterait le nom d'Université du Haut-Canada ; mais ce même collège ne cessait pas d'exister, il devenait un collège affilié à l'Université, ainsi que le Collège de la Reine de Kingston et celui de Victoria.
Cette mesure, qui était à peu près la même que celle que M. Êaldwin avait introduite à la session précédente, r.nicontra une vive opposition dans le Haut-Canada. Elle était considérée comme injuste par beaucoup de personnes. Le ministère allait être battu sur c^^tte question sans la défection de sept ou huit réformistes. M. Draper ne crut pas devoir aller plus loin que d'en faire voter la seconde lecture : il s'aperçut qii'elle n'était pas populaire, et qu'elle mettait le ministère en danger. Déjà M. Kobinson avait donné sa démission, et le solliciteur-général Sherwood menaçait d'en faire autant, si la mesure i:)assait dans toutes ses phases.
Une somme de 8500,800 fut votée pour continuer les travaux publics déjà commencés,
améliorer la navigation intérieure, et surtout encourager la colonisation x^ar des chemins. La chambre approuva un montant assez considérable que le gouvernement avait avancé les années précédentes, pour la continuation de certains ouvrages. De toutes ces sommes, le Haut-Canada eut, comme en 1841, la plus grande part. Les députés du Bas-Canada trouvèrent injuste cette conduite : car le gouvernement devait faVoriser également toutes les parties du pays. M. Taché, dans un discours lemarquable, prouva par des faits et des chiffres que le Bas-Canada avait été sacrifié depuis ITTnion, aux intérêts du Haut- Canada, et n'avait pas reçu sa part des deniers publics ; que les districts de Québec et de Gaspé avaient été surtout privés de toute amélioration, bien cju'ils contribuassent autant cjue toute autre partie de la ]>rovince à la prospérité du pays. M. Taché prenait rarement la parole ; mais chaque fois qu'il li^ faisait, il ne manciuait jamais de faire sensation par une véritable éloquence et par un langage raisonné. M. Devvitt fit aussi, à la même o:;casion, un discours magnifique, défendant les intérêts du Bas-Canada.
On alloua, de plus, une somme de $40,000 au Haut-Canida, pour findemniser des pertes qu'il avait souftertes pendant les troubles civils. Des débentures devaient être émises pour ce montant, et les deniers provenant des licences dans cette province étaient destinés à payer ces débentures. Le revenu des licences dans le Bas- Canada devait être aussi applic^ué à des fins locales ; mais ce revenu était de beaucoup moindre dans cette partie de la province que dans le Haut-Canada. M. LaFontaine, au nom de l'op-
position, se prononça contre cette mesure, par^o que le gouvernement refusa d'accorder le même avantage au Bas-Canada. On allégua sans raison que le Haut-Canana avait pass»'' avant l'Union une loi pour indemniser ceux qui avaient souffert dans les troubl(\s, parce que cette province était alors dans un embarras linancier, et que l'acte d'union n'avait pas pourvu à cette dette, M. Papineau répondit que le gouvernement n'était pas prêt à. indemniser le Bas-Canada, parce que le montant de ses pertes n'était pas connu ; mais il s'engagea à le faire à la prochaine session, et à nommer une commission pour constater les dommages qu'avait éprouvés cette province. La mesure fut passée à une majorité de treize voix (43 contre 30).
La législature passa deux actes pour encourager l'agriculture dans les deux sections de la province, par le moyen d'associations agricoles qui seraient établies dans les comtés et dans les districts. Le gouvernement s'engageait à tripler les sommes souscrites par les sociétés, et cet argent devait être employé en prix décernés dans deux exhibitions annuelles, ainsi qu'à l'importation d'unimaux et de grains d'une espèce améliorée.
Une compagnie fut incorporée sous le nom de ComjMg-ni'e de chemin à Ih^es du Saint-Ltiurent et de rAf/at/iif/ne ; elle s'obligeait à construire un chemin de fer de Montréal à Portland. C'est de cette année que datent les premières démarches faitej pour la construction des chemins de fer en cette province. Dans le Haut-Canada, on projeta en même temps plusieurs voies ferrées devant relier les principales villes.
Un acte fut passé pour faciliter la commuta-
tion volontaire de la teniire des terres, dans les seigneuries. Par cette loi, les propriétaires pouvaient s'entendre avec les seigneurs, pour libérer leurs terres de toutes charges seigneuriales. Une autre loi pourvovait à une exploration géologique de la province. On rendit aussi aux membres du clergé le droit de voter aux élections, chose trèsjuste, à laquelle la loi de 1843 n'avait pas songé. Les lois concernant les cours de districts dans le Haut-Canada lurent amendées et consolidées.
Les deux jn-incipales lois de la session étaient celles qui concernaient les municipalités et les écoles du Bas-Canada. En principe, ces deux actes étaieiït les mêmes que ceux qu'avait introduits M. ^^orin à la session précédente. Le mérite de la présentation r»'stait toujours A l'administration actuelle, et M. Papineau, qui les prépara, montra un véritable d'yir de prendre les intérêts de ses concitovenc. Ces actes n'étaient pas sans défauts, et la rédaction en était surtout défectueuse ; mais ils jetaient les bases d'un système préférable à l'ancien.
L'acte des municipalités rappelait l'ordonnance passée par le conseil spécial, et pourvoyait ù ce que chaque paroisse ou canton {tiurtiship) format une corporation municipale représentée par un conseil de se, t membres élus par le peuple. Chaque conseil devait élire un président appelé -huiire, et avait à peu près les mêmes ])ouvoirs que les c-onseils de districts créés par Lord îSydenham. Cette organisation par paroisse convenait mieux au peuple canadien, qui était habitué à régler en famille ses allaires locales. Enfin, l'acte contenait les changements que l'on avait demandés si énergiquement à l'ancienne
184ÔJ :metcalfe. 181
ordonnance. Si cette dcriiière loi n'avait pas bien fonctionné, si elle avait excité tant de mécontentement, c't^st qu'elle avait été imposée par un corps législatif non élu par le peuple, à la vt'illt' dt' la convocation du pavlement sous r Union ; qu'elle contenait plusieurs clauses injustes et reconnues impraticables, que l'administration de^.ord Sydenham s'était refusé à amender, comme le voulait la grande majorité des députés du 13a.s-Canada.
L'introduttion du système municipal a été pour le peux^le canadien d'un immense avantage. Elle lui a procuré la gestion de ses affaires locales, lui a donné les moyens de faire dans chaque localité de plus grandes améliorations et de développer son intellig-ence par la discussion des atfaires dans le conseil.
L'acte des écoles était de la plus grande importance. Il devait hâter le progrès de l'instruction élémentaire : car le principe de la taxe compulsoire qu'il établi '^sùit. était le moyen le plus direct de procurer l'éducation au peuple. Les Canadiens conservaient cependant le droit de se cotiser volontairement pourvu (jue le montant ainsi réalisé ég-alat Tovtroi accordé par le gouvernement. S'ilo n'agissaient pas volontairement, la loi exigeait la cotisation générale suivant la valeur des propriétés. Les écoles se trouvaient maintenant indépendantes des autorités municipales ; les commissaires élus par le peuple et le surintendant de l'éducation en avaient seuls le contrôle.
Quelques progrés s'étaient accomplis, cependant, sous l'opération de la loi de 1841. Le nombre des écoles qui s'étaient mises sous le
contrôle des commissaires et qui avaient eu part à l'octroi du gouvernement, n'avait été que de 651 en 1843 ; l'année suivante, il y en avait 1292. Si le résultat avait d'abord été lent, la faute retombait sur les conseils municipaux, qui avaient refusé de seconder les vues du gouAernement. Nous devons mentionner eji justice que le surintendant du Bas-Canada, M. le Dr Meilleur, montra le plus grand zèle dans l'accomplissement de sa charge et fit tout en son pouvoir pour faire progresser l'éducation. Il fut grandement secondé par les membres du clergé, qui, ayant été nommés presque partout commissaires, avaient pris une part active à l'établissement de nouvelles écoles.
La législature fut prorogée le 29 mars, après quatre mois de session. Cent sept lois reçurent la sanction du gouverneur ; la plupart d'entre elles concernaient le Haut-Canada, et étaient d'une nature privée. Quelques-unes des mesures adoptées par les chambres, telles que les actes des écoles et des municipalités du Bas-Canada, des cours de districts du Haut-Canada, l'adresse à la reine concernant le rétablissement de la langue française, étaient très importantes et faisaient le phis grand honneur au gouvernement. Il faut dire, A l'avantage de l'opposition, qu'elle seconda le ministère pour faire adoj^/ter ces mesures. Le gouvernement négligea cependant de s'occuper de plusieurs sujets importants mentionnés dans le discours du trône : les lois de milice, de jury, ainsi que la liste civile, furent laissées de côté. On continua l'ancienne loi de milice du Bas-Canada, qui venait d'expirer. Une nouvelle nomination d'officiers tut faite en 1845 ;
mais elle lut d'une manière peu libérale. Les habitants ••anadiens-lVançais des villes et des campagnes ne reçurent presque partout que des grades inférieurs. La nomination des juges de paix, qui eut lieu vers le même temps, ne rendit pas plus de justice à la population fi-ançaise. Cette conduite aggrava encore le mécontentement des libéraux contre le ministère.
Le parti libéral du Bas-Canada avait eu à se plaindre de plusieurs injustices commises à son égard par le gouvernement pendant la session. La somme de <£40,000 votée au Haut-Canada pour l'indemniser des pertes souffertes pendant la rébellion, avait été accordée contre sa volonté. On lui avait encore refusé d'amender la loi concernant les élections, afin d'éviter les scènes de désordres commises dans les élections générales de 1844 ; de fortes sommes d'argent avaient été votées jiour des améliorations dans la province supérieure, au détriment du Bas-Canada, tandis qu'on avait refusé d'accorder les mêmes avantages à cette dernière province. Les ministres du Haut-Canada, forts de leur influence, en profitèrent pour passer des lois favorables à leurs constituante. MM. Papineau, Smith et Daly les laissèrent tenir une conduite injuste envers la population qu'ils représentaient. Ces hommes politiques n'avaient été approuvés que par quelques députés anglais et deux Canadiens-français. Au lieu de remettre leurs portefeuilles à d'autres plus populaires, ils se cramponnèrent au pouvoir, et administrèrent les affaires avec une majorité des représentants du Haut-Canada.
Au mois d'août 1845, M. Caley devint inspecteur-général des comptes publics, et M. Joseph-
André Taschereau, juge de la cour de circuit, fut nommé sollicteur-g-énéral du Bas-Canada, sans aiége dans le ministère. M. Caley était un citoyen respectable, mais peu connu ; quant à M. Taschereau, il était un homme de grands talents. Sa conduite ne fnt pas, cependant, approuvée par ses concitoyens dans cette circonstance. Enfin, M. Viger obtint un siège dans la chambre d'assemblée, en se faisant élire par la ville des Trois-Rivières.
8i les libéraux du Bas-Canada avaient eu à se plaindre de la conduite du ministère à leur égard, ils n'étaient pas moins mécontents de plusieurs réformistes du Haut -Canada (MM. Merritt, Roblin, etc.), leurs alliés naturels, qui avaient voté en plusieurs circonstance avec le parti ministériel. MM. Baldwin et Price étaient l^resque les seuls qui leur fussent restés iidèles. La défection de ces réformistes devait naturellement aliéner la conllance des libéraux (Mivers eux, délier ceux-ci de leurs obligations et les mettre dans la né(M->ssité de les abandonner s'ils trouvaient ailleurs plus d'avantages. Voyant combien il lallait peu compter sur le parti réformiste, la presse du Bas-Canada commença à discuter une question très-importante, savoir : s'il ne serait pas possible deconvenir d'un arrangement au moyen duquel chacune desmajoriiés du Hau-t et du Bas-C^inada pourrait gouvr-rner sa province respective, l'administration des affaires devant être laissée aux ministres de chaque section de la province. Ce moyen était constitutionel, et pouvait être mis en pratique comme essai. Dès lors les députés du Bas-Canada pouvaient sans crainte s'allier au parti conser-
vateur, dont les chefs avaient considérablement modifié leur ancienne politique : car, à la dernière session, ils avaient mis en pratique les principes du gouvernement constitutionel. On devait aussi conclure que le gouverneur, d'après ses dernières déclarations, avait abandonné en quelque sorte la position qu'il avait d'abord prise de diminuer la responsabilité de ses ministres, en ne les consultant pas sur toutes les affaires de la province. Mais, pour opérer un rapprochement entre les libéraux et les conservateurs, il fallait des changements complets dans le ministère en ce qui concerne le Bas-Canada. Il n'était pas possible à MM. La Fontaine et Morin de supporter l'administration tant que MM. Daly, Papineau, etc., en feraient partie. Ils n'avaient pas d'objection, cependant, à ce que les ministres du Haut -Canada conservassent leurs portefeuilles, vu que ceux-ci étaient approuvés par la majorité de leurs concitoyen?.
Lord Metcalfe comprit donc que. s'il pouvait faire consentir quelques membres influents du parti libéral à entrer dans le ministère, il formerait une administration forte, puissante, et qu'il ferait cesser la lutte et l'agitation politique entre deux partis à peu près d'égale force. Ce fut alors que M. Draper s'adressa à M. Caron. Une correspondance s'échangea entre eux i)Our obtenir le rapprochement désiré. Mais le départ de Lord Metcalfe mit fin aux négociations.
Avant de donner une appréciation de la politique de Lord Metcalfe, nous raconterons les quelques autres événements arrivés sous son administration.
C'est eu 1844 qu'eut lieu l'érection de la pro-
viiice ecclésiastique de Québec. Le diocèse de Québec, érigé en 1674, comprenait toute la païtie de l'Amérique i^eptentrionale située an nord des Etats-Unis. 11 renfermait ces limites, si l'on excepte Terreneuve, qui en l'ut détachée en 1796, lorsque Mgr Plessis prit la direction du diocèse en 1806. Cet illustre prélat comprit qu'il lui était impossible d'administrer avec soin les affaires religieuses d'un diocèse qui s'étendait depuis le lav Supérieur jusqu'au golfe Saint- Laurent, et qui renfermait une population de plus de 200,000 catholiques. Il le divisa en plusieurs parties, et fit nommer des évêques sufFro- S'ants. MiiT MacDonell devint, en 1820, administrateur du diocèse de Kingston, qui comprit d'abord tout le Haut-Canada. Mgr Lartigue eut l'année suivante Li direction du diocèse de Montréal, et Mgr Provencher. celle du Territoire du Nord-Ouest^ en 1822. Déjà, dès 181t, la Nouvelle-Ecosse avait été érigée en vicariat apostolique. Les évêc^ues sufFragants deAànrent dans la suite titulaires. L'évêché de Toronto fut aussi érigé en diocèse Tannée 1842, et Mgr Power (>n devint le premier éveque titulaire,
On désirait depuis longtemps former en Canada une province ecclésiastique, dont Québec serait la métropole ; mais ce projet avait rencontré des obstacles insurmontables. En 1810, le Saint- Siège avait déjà érigé le Canada en archevêché ; mais Mgr Plessis s'était abstenu de prendre le titre d'archevêque, parce qu'il avait, croyonsnous, rencontré de l'opposition de la part de l'Angleterre. Les obstacles furent enliji vaincus, et, le 12 juillet 1844, une bulle du Souverain- Pontife réunit les quatre diocèses du Canada,
ceux de Québec, do Montréal, de Kingston et do Toronto, en province ecilésiastique, sous le titre province métropolitaine de Québec l.,a même bulle conterait le titre d'arehevèque :i Mgr Joseph Signai, qui occupait le siège de cette dernière ville. Le pa/fium lui l'ut remis solennellement dans la cathédrale de Montréal, le 21 novembre de la même année. Tous les catholiques virent avec joie cet événement, (|ui l'aii époque dans les annales religieuses de la province.
Le receDscment l'ait en 1844 dans le Bas-Canada porta la populatif»n au chittre de 008,782 ame.s : celui de 1851 indiquait 511,010, ce qui donnait en treize ans une augmentation de 186,8<38. Il fut reconnu que le recensement de 1844 était bien au-dessous de la réalité, les Canadiens s'étant refusés de répondre exactement aux commissaires. En 1842, on avait aussi fait dans le Haut- Canada un recensement, c|ui avait donné à cette partie de la province une population de 486,055 Ames.
Au nombre des Canadiens remarquables décédés en 1843 étaient le llévd M. N. Dufresne, curé de Saint-Gervais ; l'Hon. M. R.-J. Kimber, conseiller législatif, et l'adjudant-général Vassal de Monviel, un des rejetons de la vieille noblesse française ; en 1844, THon. W.-AV. llaldwin, conseiller législatif, THon. Huges Henry, l'Hon. 1». McKensie, tous deux anciens conseillers législatifs avant l'Union ; le Eév. M. J.-Z. Caron, vicaire-général, et le Rév. M. .1.-0. Lq^rohon, curé de Nicolet : en 1845, M. I*.-E. Taschereau, député de Dorchester, et l'Hon. M. Cartwright. de Kinsrstou.
Au moin de juin 1845, mourut subitement à Montréal Sir Richard Jackson, commandant en chef des troupes anglaises dans l'Amérique du Nord. Le général Jackson était âgé de 67 ans ; il en avait passé cinquante dans l'armée, et s'était distingué dans plusieurs occasions. Il avait administré la province depuis la mort de Lord 8ydenham jusqu'à l'arrivée de Sir Charles Bagot.
Une grande catastrophe affligea, en 1845, les citoyens de Québec. Dans la nuit du 28 mai, un tiers de cette ville fut consumé par les flammes. L'incendie se déclai-a dans la rae Saint- Valier, et se répandit avec rapidité dans le populeux faubourg Saint-Roch, qu'il réduisit presque entièrement en cendres ; il continua ensuite sa course dévastatrice dans le quartier du Palais, qui se relevait à peine de ses ruines, et s'arrêta dans la rue Saint-Paul, vis-à-vis la porte Hope, après avoir détruit plusieurs quais et chantiers de construction ; il atteignit aussi le faubourg Saint- Jean, 011 une soixantaine de maisons furent brûlées. Le feu se communiqua avec une telle rapidité qu'il fut impossible de sauver les effets, et c[ue les citoyens s'échappèrent à peine des flammes ; plusieurs malheureux même y perdirent la vie.
Les Quebccquois commençaient à peine à oublier les horreurs de la conflagration du 28 mai, lorsc[u'une semblable et même plus gTande calamité vint fondre sur eux le 28 juin suivant. Cette fois-ci l'incendie dévastait la partie du lauboiyg Saint- Jean qu'avait épargnée le premier feu, et presque tout le faubourg Saint-Louis. Québec se vit alors réduit à la Haute-Ville, en dedans des murs, et à la Basse- Ville, depuis l'en-
droit .situé vis-à-vis la porte Ilope jusqu'au CapBlanc, c'est-à-dire, que les deux-tiers de cette ville iiitbrtunéi.^ avaient disparu sous l'éléroeut destructeur. Jamais aucune cité du Canada n'avait éprouvé un si grand malheur, les quartiers brûlés dans ces deux incendies con- , tenaient une population de vingt mille âmes, pre.s* que tous Canadiens-français ; plusieurs étaient riches, et la plupart propriétaires des maisons qu'ils habitaient, — la population totale de la ville était de 35,000 âmes. — Les citoyens de Québec se hâtèrent de venir au secours de tant d'infortunés : de sommes considérables furent souscrites par les institutions religieuses et commerciales : les marchands des deux origines, surtout les marchands anglais, donnèrent des sommes énormes avec un empressement et une libéralité tout à fait louables. La législature du Canada vota aussi une somme de sept mille louis, et le parlement impérial, une autre de vingt mille. Dans toutes les localités du Canada et dans les principales villes de l'Angleterre, on fit des collectes considérables. Avec des secours aussi généreux et une somme de cent mille louis que le gouvernement canadien émit plus tard en débentures pour être prêtée aux incendiés, Québec put se relever assez vite de ses ruines (i).
Plusieurs grandes institutions furent fondées
II) l.e20Juin 1843, le joli vill.ige de Boucheiville était aussi devenu la proie des Hamnies. Cette incendie avait consumé l'église, deux écoles et environ cent cinquante autres butis;es. L'établissement de ce village datait de 1667.
Des troubles sérieux s'élevèrent, en 1843, t-*"'''^ les entrepreneurs du Canal de Beauhainois et les ouvriers. Ceux-ci se portèrent aux derniers excès, et une vingtame de perscinnes furent tuées dans les rixes qui eurent lieu. Il n'y eut que la présence des troupes qui pût rétablir la paix.
pendant 1 a<hiniiit;halioii de Loid Metcall'e : le séminaire anglican de L?nnoxviile, établi eu 184^ par le lord évoque Mountain, le Hlgli i^chool de Quél)e(\ par le Hév. Dr Cook. Cette dernière institution tut intorporée en 1845, en même temps que le lîlgh Sdiool de Alontréal, qui avait été établi auparavant. En 1843, le Collège McGill fut érigé en Université. Les collèges de médecine de Québec et de Montréal lurent aussi incorporés en 1845.
Le goût littéraire commença vers cette époque à se réveiller un peu parmi la jeunesse d'origine française. A Québec lurent fondées, en 1843, la Société de. Dh-cKi^i^ion et la Société CduiuUenne et Scietdifujue ; Tannée suivante, la jeunesse de Montréal jetait les bases de Vlusiil/d Canadien. Ces institutions portaient les jeunes gens à s'instruire et à développer leur intelligence par la discussion et ])ar le travail. Des lectures publi- <jues furent dans le même temps données par MM. ?vrorin, C'hauveau, Berthelot, Painchaud, Bard}^ etc.
Qu<'kjues bons ouvrages avaient été livrés au publi'" pendant les dernières années : " Les Notions élémentaires d(^ physique," par M. Cau- < bon, "Les lois criminelles anglaises," par M. Jacques Crémazie, " L'histoire du Canada sous la domination anglaise." par M. M. Bibaud, et le in-emier volume de " L'histoire du Canada," par M. Garneau. M. Chauveau avait commencé en 1842, dans le Courrier des Etats-Unis, une série de belles correspondantes sur la politique du Canada. L'ouvrage de M. Garneau fait surtout éx)oque : c'est un monument national qui a fait de cet écrivain une des s'ioires du Canada. Ecrite
1845] MKTCALFE. 191
avec talent, avec des vues larges, avec patriotisme, l'histoire de M. Garneau a été reconnue supérieure à tous les ouvrages du même genre qui ont été écrits jusqu'à ce jour m (-anada.
Lord Metcalt'e laissa subitement le Canada le 26 novembre 1845. Une déplorable maladie atlaiblissait depuis longtemps sa santé, et le contraignit enfin à demander à la métropole son rappel. Un grand nombre de citoyens l'accompagnèrent à son départ, et donnèrent à l'illustre malade des marques de respect et de sympathie. Les dernières paroles qu'il prononça en laissant le pays furent une supplique au ciel, pour qu'il répandit ses bénédictions sur ceux qu'il avait gouvernés. Il avait l'espoir de rétablir sa santé en changeant de climat ; mais, en arrivant en Angleterre, son mal prit un caractère plus dangereux, et il expira au milieu des plus grandes souffrances, le 5 septembre 184G.
Né en 1Y8Ô, Sir Charles Metcalfe entra, à l'âge de quinze ans, au service de la compagnie des Indes Orientales. Il avait occupé, pendant les trente-sept années qu'il passa aux Indes, plusieurs situations élevées, entre autres celle de gouverneur d'Agra et de gouverneur-général des Indes après Lord ^Y. Bentinck. De 1839 à 1842, il avait rempli, dans un moment très-critique, la charge de gouverneur de la Jamaïque. Il avait eu là à envisager une guerre de race causé par la mauvaise administration des derniers gouverneurs. Il était parvenu à rétablir la paix et la confiance parmi la population. Ses biographes s'accordent à dire que sa carrière politique aux Indes et à la Jamaïque fut marquée de succès non interrompus.
1 \rZ METCALFE. [1845
Sir Metcalfe fut appelé à. succéder à Sir Charles Eagot dans le gouvernement du Canada. Il prit les renés de Tadministration de cette province le 30 mars 1S43, et les conserva jusqu'au 20 novembre 18 tô. Cette administration constitue, sans contredit, une époque remarquable dans notre hisicire, par plusieurs m«'sures importantes qu'elle vit passer.
C'est SOU.S elle qu'eut lieu le changement du siège du gouvernement de Kingston à Montréal, que la législature demanda l'aVjrogation de la liste civil»*, que lurent votées les lois de judicature du ljas-Canada,de l'indépendance de l'assemblée législative et des Juges et celle des écoles du Haut-Canada. C'es questions furent résolues pendant que MM. La Fontaine et Baldwin étaient au pouvoir.
C'est encore pendant la même administration, sous le ministère Yiger-Draper. que les loLs des écoles et des municipalités du tas-Canada et des cours de districts du Haut-Canada virent le jour, que le rétablissement de la langue française fut demandé à la métropole, et que les exilés politiques eurent le bonheur de fouler le sol de la patrie, faveur due principalement aux sollicitations de Lord Metcalfe: car toutes les démarches faites avant lui pour obtenir le retour des exilés étaient demeurées infructueuses. Tel est 1j résumé des actes qui forment le beau côté de cette administration.
A son arrivée, Lord Metcalfe avait trouvé la province paisible, \w\ ministère fort, populaire et jouissant de la confiance des deux sections du Canada. C'était l'heureux résultat de la conduite de Sir Charles Bagot, qui s'était entièrement conformé aux jjrincipes du gouvernement constitu-
tionnel. Lord Metcalfe avait été accoutumé ailleurs à pratiquer un plus gr^i^^id pouvoir, et il s'occupa peu de consultt'r sur toutes les questions les ministres du C'anada. De là sa détermination à vouloir nommer seul les employés publics : l'appui qu'il reçut de plusieurs membres ennemis du ministère le rassura dans sa prétention. Cette conduite amena naturellement la résignation du ministère La Fontaine-Baldwin. Lord Metcalfe ne put réussir à former un autre conseil, parce qu'il ne trouva pas dans l'opposition des hommes assez populaires. Que fit-il alors ? Au lieu de se conformer aux coutumes constitutionnelles, c'est-à-dire, de dissoudre les chambres pour en appeler au peuple sur le ditférend qui existait entre lui et ses ministres, ou bien de rappeler auprès de lui ses anciens conseillers, il gouverna le pays pendant neuf mois sans ministère responsable, sans chefs de départements ; il viola, pendant neuf mois, les principes du o;^uvernement constitutionnel tels qu'établis par les résolutions de 1841 II se fit luimême chef politique, descendit dans l'arène pour défendre sa (Conduite et gagner des partisans. Il parvint à la lin à former un conseil de six ministres, dont plusieurs étaient des hommes nouveaux dans la politique et impopulaires, puis il se décida à dissoudre h^s chambres. Le résultat des élet-tions générales donna cinq ou six voix de majorité au ministère, et ce faible résultat fut obtenu grâce à l'intervention du gouverneur. En prenant une part aussi active dans la lutte politique. Lord Metcalfe déviait do la coutume constitutionnelle que devait observer le représentant de la couronne. Ce n'est pas le fait d'un
gouverneur de iavoriscr plus un parti qu'un autre ; il doit se Unùr à l'écart de toutes les luttes et appeler au pouvoir les hommes qui possèdenl la confiance de la majorité du peuple. ISi Lord Metcalfe eût tenu cette conduite, on n'aurait pas eu le triste spectacle d'une lutte de deux annéey entre des portis de forces à peu près égales ; on n'aurait pas vu le pays dans une agitation ( ontinuelle, et une section de la province gouverner l'autre par sa majorité,et se servir de cette majorité pour lui imposer une politic[ue injuste. Aussi à son départ laissa-t-il le Canada, qu'il avait trouvé paisible et heureux à son arrivée, dans une triste position ; il lui légua un ministère sans force, sans influence, obligé de se maintenir par des changements continuels. Lord Metcalfe s'était donc trompé. 11 no comprit pas 1»^ gouvernement constitutionnel ou, s'il le compîit, il ne le mit pas en pratique. Aujourd'hui, un gouverneur qui essaierait d'administrer le pays d'une semblable manière, ne réu.ssiiait certainement pas. Malgré les erreurs que nous venons de signaler, Lord Metcalfe avait de belles qualités ; il montra surtout un excellent cœur ; il en lit preuve par sa conduite envers les exilés politiques et par un(^ générosité digne do tout éloge qu'il exerça abondamment envers les catholiques comme envers les i rotestants. Contrairement à Lord Sydenham, il prit soin de n(^ l)lesser les sentiments d'aucune partie de la i^opulation : les Canadiens-français eurent leur ])art dans la distribution du pouvoir Seulement, ceux qu'il choisit n'étaient pas les plus po]mlaires ; il essaya plusieurs fois, cependant, de nommer pour ses conseillers ceux qui possédaient une certaine influence.
OHAPITRl!] IV.