‹ Le Canada sous l'union, 1841-1867. --Chapitre 18 sur 23 · ADMINISTRATION DE LORD CATHCÂRT · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE LORD CATHCÂRT

CONTINUATION DU MINISTÈRE VIGER-DRAPER MINlf^TÈRE DRAPER-PAPINEAU.

Lord Carthcart cl'abord a(lmini^tratcul•, ensuite gouverneiii-général. —Difficulté entre l'Angleterre et les Etats-Unis au sujet de rOrégon. — Convocation de la législature — Débats sur l'adressa. — Correspondance Draper-Caron— Emprunts aux incendiés de Québec. — Liste civile. — Biens des Jésuites — Sommes votées pour des améliorations publiques. — Lois de la milice, des écoles, de l'administration de la justice, etc.- -Considérations sur le ministère. — Incendie du théâtre de Québec. — Lord Cathcart remet le rênes du pouvoir à Lord Elgin.

Après le départ de Lord Metcalfe, au mois de novembre 1845, radmiiiistration de la province était passée à Lord Cathcart, commandant des forces militaires du Canada, jusqu'à ce qu'un successeur fût nommé par la métropole. L'état alarmant des relations entre l'Angleterre et les Etats-Unis, causé par la question du territoire de rOrégon, décida le gouvernement impérial à laisser l'administration du Canada entre les mains d'un militaire jusqu'à la solution de cette difficulté. De fait, Lord Cathcart fut nommé gouverneur-général le 10 mars 1846, et prêta le serment d'usage à Montréal, le 24 avril suivant. La reine lui signifia cette nomination dans les termes les plus flatteurs, et lui assura que la réunion de l'autorité civile et militaire dans sa personne

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n'était pas l'oliot d'uiio combinaison due aux circonsiances, mais d'une conviction mûre et méditai» d(^ sa haute capacitée pour l'administrai ion de Tune <,>t de l'autre. Lord Cathcart était un olficier distingué et rempli de mérites : il était arrivé en Canada, au mois de juillet 1845, pour y pr<^ndre le commandement en chef des troupes britanniques à la place de Sir Richard Jackson, î^'on élévation au gouvernement civil lui donnait un surcroît de travail considérable, et lui imposait surtout une grande responsabilité.

L'Angleterre était à cette époque en difficulté avec la Républiqui^ Américaine, au sujet des limites et de la possession du grand territoire de rOrégon. Co territoire, situé entre les Montagnes Tvocheuses et l'Océan Pacifique, est arrosé par la rivière Colombia. Il avait été habité par des sujets anglais longtemps aA'ant qu'un citoyen américain eût mis le pied sur son sol. La compagnie de la Baie d'Hudson avait établit et possédait sur la (^olombia des comptoirs fortiiiés, où ]>rès de mille employés faisaient, en 18t5, le commerce des fourrures. L(^s américains avaient aussi une colonie assez considérable établie dans la vallée de la rivière Williametto, affluent de la Colombia. Le reste du territoire était peuplé de tribus ind [(Mines au nombre d'environ KO, 000 âmc^s.

I)e|)uis nom})re d'années lOrégon avait été habité en ccmimun par les deux colonies. En 1818, un traité avait été signé entre les deux parties pour régler la frontière septentrionale du territoire et déterminer pour 10 ans l'occupation conjointe. Le traité de 1827 confirmait celui que nous venons de citer, j our un temps indéfini, à

la volonté des deux parties, saiifà régler la queslioii ]")lus tard. Un des premiers a" -tes du président Polk lut de rouvrir le litige, en annonçant à son peuple (ju'il était du devoir du gouvernement de maintenir sur-tout le territoire son droit de propriété, qui était ineontestable selon lui, et qu'il l'allait protéger les citoyens qui iraient s'y établir II sionilia quelque temps après à la (irande-Bretagne l'abrogation du traité de 1827, et la eessalion de l'o/eupation commune du territoire à l'expiration d'une année. Comme dans toutes difficultés internationales, le gouvernement amérieain ne considéra pas si ees réelamations au sujet de ce territoire étaient justes et honnêtes ; mais il ne cliereha qu'à contenter son ambition et son esprit d'agrandissement. L'Angleterre, de son côté, n'était pas disposée à abandonner un si vaste pays et ses sujets qiii l'habitaient ; elle avait un droit clair et certain, et ses hommes détat voulaient le maintenir à tout prix. Mais, avant d'en venir à des difficultés, elle proposa de diviser le territoire par la Colunibia et de laisser la navigation de cette rivière libre aux deux x)euples. Ces propositions, pourtant si sages, lurent d'abord refusées par le gouvernement américain. Les négociations lïirejit reprises dans l'été de 1846, et couronnées de succès. Le territoire fut partagé entre les deux ])uissances, et la libre navigation du Columbia l'ut concédée à la compagnie de laBaie d'Hudson et aux sujets britanniques. M. James Buchanan, secrétaire d'Etat des Etats-Unis, l'Hon. M. Richard Packenhan, membre du conseil privé dv la reine, furent nommés pour régler le traité. Lord Cathcart convoqua les chambres le 20

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mars 184<^ (1). Il ouvrit la deuxième session du second parlement par un discours dans lequel il recommanda de voter une liste civile pour remplacer celle C[ui avait été établie par l'acte d'union, de réorganiser immédiatement la milice canadienne par une loi efficace, d'émettre des débentures pour nne certaine somme destinée aux incendiés de Québec, afin de les aider à reconstruire les propriétés détruites, etc. Il s'exprima ainsi sur le départ de Lord ]\Ietcalie : "' Tout en en vous annonçant que je suis devenu le suc(.:esseur de Lord Metcalle, vous vous joindrez à moi, j'en suis convaincu, pour exprimer de sincères regrets sur la cause pénible qui a forcé ce personnage distingué à abandonner un poste dont il a rempli les devoirs avec le même zèle et la même habileté qui lui ont valu, en toute occasion, la haute approbation de sa Souveraine, ainsi que le respect et la reconnaissance du peuple au gouvernement duquel il a présidé comme son représentant. "

L'adresse en réponse à ce discours contenait les mêmes sentiments au sujet de Lord Metcalfe. Le colonel Prince, qui la proposa, se plut à louanger la conduite de l'ex-gouverneur, et à reconnaître en lui le meilleur administrateur que le Canada eût eu jusque-là. Il avait cependant apx)rouvé la conduite des chefs libéraux, et voté avec eux à la dernière session.

Les membres du parti libéral étaient loin d'approuver la politicpie de Lord Metcalfe, et ne

(i) Les députes élus depuis la dernière session étaient :

D.-B. Viger, Trois- Rivières, à la place de Ed. Greive ;

J.-A. Taschcreau, Dorchester, à la place de P.-E. Taschcrcau ;

Wm. Calcy, liuron, à la place de Wni. Dunlop ;

George Munro, 3c division York, à la place de J.-E- Small,

pouvaient voter la partie de l'adresse qui s'y rapportait. Ce parti, qui avait combattu son administration, existait encore ; il professait les mêmes principes et formait une opposition imposante. L'Hon. M. Baldwin proposa de retrancher cette partie et de la remplacer par une autre qui exprimerait simplement le regret qu'avait la chambre de la cause pénible c[ui avait forcé Lord Metcalfe à abandonner un poste aussi éminent. M. Bal w in regrettait de proposer cet amendement, il respectait chaque gouverneur de la province ; mais ses amis et lui ne pouvaient pas accepter les résolutions de l'adresse telles qu'elles étaient proposées, et ils n'étaient pas plus capal>les d'approuAcr la conduite de Lord Metcalfe qu'ils ne l'avaient été l'année précédente. Il approuvait lui-même cependant le reste de l'adresse, désirant mettre la milice sur un pied etfectif et espérant que la liste civile serait facilement réglée.

Dans le cours des débats sur l'adresse, M. Viger fut plusieurs fois l'objet d'attac[ucs de la part des membres de l'oi^position, surtout de M. Aylwin, qui lui demanda des explications sur sa persistance à garder si longtemps son siège dans le cabinet sans être élu par le peuple et sur la position qu'il occupait envers ses compatriotes.

M. Yiger, au lieu de répondre directement, défendit dans un long discours la conduite de Lord Metcalfe et la sienne. '' Il dit que le peuple devait l'octroi du gouvernement resxDonsable en Canada à Lord Metcalfe que l'on n'avait cessé de calomnier, et à lui, son ministre, bien qu'on les eût accusés tous deux d'en être les ennemis, pendant qu'ils en avaient été les plus fermes sou-

tiens. Lord Mctcalfe s'était mis dans l'impossil)ilité de pouvoir l'ébranler en prenant les résolutions de 1841 pour sa règle de conduite ; lui-même (M. Vigor) avait discuté le gouvernement constitutionnel d'une manière plus claire et plus précise ; il en aA'ait présenté l'étendue et les conséquences sous des points de vue plus favorables aux libertés publiques, que la majorité de l'assemblée ne l'avait fait dans son adresse aux ci-devant ministres. Pendant neuf mois le gouverneur avait suspendu la cassation du parlement pour offrir à la majorité de reconstituer le ministère avec les mêmes matériaux, et cependant on les avait dénoncés tous deux comme ennemis du gouvernement responsable. Comment alors les honorables membres pourraient-ils croire le gouverneur et son ministre, capable de pousser l'extravagance jusqu'à vouloir détruire un gouvernement qu'ils établissaient sur une base inébranlable. Les faits étaient accomplis, et l'histoire dira que, pour soutenir cette accusation d'avoir voulu renverser ce système do gouvernement, on avait jeté la proprovince dans une grande effervescence, et qu'on l'avait tenue dans cet état depuis plus de deux ans. On avait grossièrement calomnié Lord Metcalfe, dit encore M. Vigcr ; on l'avait représenté comme le plus mauA'ais des nos gouverneurs. Il ne fallait pas oublier sa conduite envers les exilés politiques et ses générosités en tous genres. Quant à lui-même, on lui avait r(^proché d'être l'objet de la haine de ses compatriotes ; mais cette haine avait été allumée par d'atroces calomnies. Ce n'était pas la première fois qu'il subissait une pareille épreuve : en

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181-2, on avait porté contre lui de graves accusations au sujet d'un acte de milice ; on reconnut plus tard qu'il avait eu raison et on lui avail rendu justice. Il comptait trop sur l'équitt'' <le ses compatriotes pour désespérer de l'obtenir encore cette fois."

Eien dans ce discours ne donnait les raisons (jui avaient déterminé M. Yiger à accepter le pouvoir, et ;\ demeurer deux années entières dans la position la plus anormale et la moins constitutionnelle. C'est ce que lui fit remarquer M. Cauchon dans un discours où il prit à parti tous les ministres du Bas-Canada, démontra la position humiliante qu'ils occupaient dans lecahinet et les actes injustes envers leurs compatriotes (|u'ils avaient sanctionnés de leurs votes. M. Chauveau s'appliqua à prouver que l'administration n'était pas numériquement aussi forte qu'elle 1(^ paraissait, que moralement et politiquement t'ile était faible, et que le pays ne devait aucune reconnaissance à Lord Metcalfe pour lui avoir lé<>'ué un tel ministère. D'autres discours furent prononcés par MM. Drummond, Robinson, etc, ; «'t le vote fut pris sur l'amendement, qui fut perdu par une minorité de seize voix. Plusieurs membres qui étaient de l'opposition à la session j)ré(;édente soutinrent le ministère, entre autres M. Christie et le colonel Prince.

La chambre s'occupa, au commenccnnent de la session, de la corresjiondance qui avait eu lieu entre M. Draper et M. Caron dans le but de reconstituer le ministère et dont nous avons déjà dit un mot. M. Cameron proposa une adresse au gouveineur pour le prier de produire cette correspoadance. Le ministère s'opposa à cette propo-

.siiiou qu'il croyait incouveiiaiite ; il se considérait en droit de consulter coniidentiellement des amis, quoique membres de l'opposition, au sujet de quelques actes ministériels. Sans vouloir admettre ni nier l'existence de la correspondance, il crut qu'il était de son devoir de respecter l'inviolabilité du secret. Les membres de l'opposition étaient d'avis qu'il n'était ni constitutionnel ni parlementaire de la part d'une administration de faire à des membres de l'opposition des ouvertures en apparence sincères, et cela dans le but de connaitre les plans et les idées de ce parti. Ils citèrent des précédents en Angleterre qui autorisaient le parlement à s'enquérir même des bruits politiques. S'il existait réellement une correspondance semblable, elle ne pouvait être d'une nature privée et l'on devait la mettre au jour. La proposition de M. Cameron fut perdu par une minorité de six voix.

Les amis de M. Draper s'assemblèrent alors pour discuter cette question. On reconnut qu'ils représentèrent la conduite des chefs libéraux sous un faux jour. Les libéraux se réunirent de leur côté, prièrent M. La Fontaine de leur faire part de la correspondance qu'il avait entre les mains et résolurent de la livrer à la publicité. Quelques jours après, M. La Fontaine, afin de se justifier et de défendre sa position lisait en chambre une partie d^s lettres qui avaient fait le sujet de cette corres[)ondance devenue célèbre. Yoici le résumé fidèle des principales lettres qui avaient été échangées sur ce sujet.

Aux mois de juillet et d'août 1845, M. Drapar avait eu avec M. Caron des entrevues dans le but de faciliter un arrangement, au moyen duquel

en adjoiii'nant au ministère quelques Canadiens- Français, la majorité du Bas-Canada serait représentée comme celle du Haut-Canada. M. Caron, dans une lettre en date du 7 septembre, communiquait à M. La Fontaine la substance de ces entretiens, M. Draper lui avait déclaré qu'il serait très-flatté de voir quelques Canadiens-français, autres que ceux C|ui y étaient déjà, faire partie de l'administration. Il insistait fortement sur les avantages que le public et surtout la population française retirerait, de compter dans le cabinet des personnes connaissant les besoins de tous et en état d'y pourvoir. Il se présentait de graves difficultés pour opérer ce changement, mais il fallait s'assurer s'il n'y avait pas moyen de les surmonter. Il espérait pouvoir décider M. Yiger à se retirer ; quant à M. Papineau, il ne demandait pas mieux que de remettre son portefeuille. Ces deux situations devaient être remplies par des Canadiens-français. Une autre difficulté que M. Draper lui avait .sig'nalée concernait M. La Fontaine lui-même, parce que le gouverneur ne pouvait pas se rencontrer avec lui tant que Lord Metcalfe serait au pouvoir. Mais il était injuste de sacrifier un homme de son importance et de son mérite, et M. Draper était prêt à faire disparaître cette difficulté en le plaçant de manière à le satisfaire. Il priait M. Caron de communiquer ces détails à ses amis et de faire tout en son pouvoir pour effectuer un rapprochement, et engager les Canadiens-Français à prendre dans le conseil, les sièges qui pouvaient devenir vacants pour le moment. M. Caron terminait cette lettre en disant à M. La Fontaine que, d'après son opinion, cette ouverture valait la peine qu'on y réfléchit et il

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l'engageait à communiquer la chose à ses amis ; enfin, que l'état dans lequel t'^tail lo Eas-Canada ne pouvait durer longtemps.

M. La Fontaine répondit à cette lettrt^ le S du même mois. Il déclarait que la voie qu'avait prise M. Draper pour obtenir le résultat qu'il désirait, lui paraissait inconstitutionnelle ; car personne n'était responsable de la démarche qui avait donné lieu à la correspondance, personne n'était chargé de réorganiser le ministère. Cette circonstance le faisait hésiter à donner son entière opinion. M. Draper admettait C[ue la section bascanadienne du ministère ne représentait pas le Bas-Canada. Pourquoi alors la maintenir ? Pourquoi ne pa former, quant à cette section de la province, \; u? nouvelle administration à l'aide de quelqu'u.i qu'on chargerait constitutionnelle ment de le faire ? une admini^tiv^tion ainsi formée serait forte de rinflueiuo que lui donnerait l'appui de la majorité des représentants, et ferait prévaloir cette influence légitime dans le conseil. En introduisant dans le ministère deux nouveaux ministres canadiens français à la place de MM. Yiger et Papineau, ainsi que le voulait M. Draper, on cherchait à diviser et à aftaiblir le parti libéral un peu plus que ne l'avaient fait ces deux hommes politiques. Puisque l'on voulait retirer ces derniers, pourquoi ne pas congédier en même temps MM. Daly et Smith, qui ne représentaient pas plus qu'eux h' Bas-Canada. On cherchait évidemment à jeter nos compatriotes dans une division et dans une faiblesse mortelle. M. La Fontaine résumait ainsi ses remarques à M. Caron : " J'en viens donc à une conclusion sur laquelle vous ne pouvez pas vous

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mépronclro ; c'est qu'en fait d'administration, le Bas-Canada doit avoir ce qui est accordé au Haut- Canada ; rien de plus, mais aussi rien de moins. Voilà l'expression sincère de mes vues. Si je me trompe, l'erreur est mienne. Je le regretterai sans doute ; mais advienne que pourra ; je désire avant tout rester en paix avec mes convictions qui sont m.a conscience.

" Je ne puis terminer sans vous dire un mot sur ma position à Tégard de mes amis politiques. Je l'ai souvent dit et je le répéterai encore, c'est qu'aucune considération qui me soit personnelle, ne doit les empêcher de former partie d'une administration qui, pour le Bas-Canada, serait organisée d'après les principes constitutionnels qui doivent diriû'er notre conduite.

" Je ne servirai pas d'instrument pour diviser mes compatriotes. Si l'on forme une administration c[ui mérite ma confiance, je la soutiendrai de bon cœur. Si cette administration n'a pas ma confiance, mais qu'elle possède celle de la majorité de mes compatriotes, ne pouvant la soutenir, je me retirerai volontiers de la représentation, plutôt que de jeter la division dans nos rangs. Si, sous le système d'accepter des places à tous prix, il est des personnes qui. pour un avantage personnel et moment.mé, ne craignent pas de détruire le seul bien qui fait notre force, l'union entre nous, je ne veux pas être et ne serai jamais de ce nombre."

M. Oaron, après avoir eu l'opinion de M. La Fontaine, de M Morin et de quelques autres membres libéraux, rendit compte de ses démarches à M. Draper, dans une lettre en date du 1 7 septembre. Il lui dit que tous ses amis étaient

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d'accord sur la nécessité d'un changement, et que ce changement, pour être durable et satislaisant, ne pouvait s'opérer qu'au moyen de l'union des deux partis les plus nombreux et les plus influents dans chaque section de la province. La direction des affaires devait ê[re entre les mains des deux partis dominants dans chaque section ; et l'administration ne devait pas plus conduire le Bas-Canada au moyen d'une majorité prise dans le Haut, qu'elle ne devait imposer la loi à la majorité du Haut-Canada, par suite de l'aide que lui donnerait le Bas, et qu'une administration quelconque ne devait durer que tant qu'elle serait soutenue par une majorité respective dans chacune des sections de la province. Ils n'avaient aucune objection quant à la manière dont l'administration était comjiosée dans le Haut-Canada, parce qu'elle était soutenue par la majorité ; mais il n'en était pas de même dans le Bas-Canada, où une faible minorité soutenait le ministère. Les ministres de cette dernière section de la province ne devaient pas être un obstacle à l'arrangement projeté, puisque, d'après le système du gouvernement responsable, en acceptant des portefeuilles, ils avaient dû s'attendre à les céder du moment que d'autres seraient en état de conduire les aftaires du pays d'une manière plus avantageuse. Il était nécessaire d'etlectuer un plus grand noinbi-e de vacances que celles dont il avait déjà été question, et de les remplir par ceux qui jouissaient de la confiance d(» la majorité. On devait charger quelqu'un d'éla])0]'er et de proposer les bases du nouvel arrangement, et de soumettre les noms de ceux que l'on voudrait faire entrer dans le

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ministère. Quant à M. La Fontaine, il avait déclaré qu'il supporterait une administration composée d'Jiommes possédant la confiance du pays, et dont il approuverait les principes. M. Caron terminait cette lettre en disant qu'il ne fallait pas songer à ne faire entrer dans le cabinet qu'un ou deux membres, ce simple changement n'aurait aucun résultat effectif: il fallait que l'administration du Bas-Canada fût entièrement reconstruite : c'était là l'opinion de tous ceux qu'il avait consultés. La réalisation de cet objet n'était pas sans difficulté, mais elle était possible ; et, si c'était le seul moyen d'établir la paix et la satisfaction dans le pays, il fallait l'obtenir à tout prix.

M. Draper répondit à cette lettre le 19 novembre. Il déclara à M. Garon qu'il avait beaucoup réfléchi sur le sujet en question avec un vif désir d'effectuer un rapprochement avec le parti libéral. La maladie de Lord Me tcalf l'avait empêché de lui soumettre la question. 11 allait cependant donner sans réserve le résultat de ses propres vues. Quant à lui, il était prêt à céder sa place s'il était nécessaire ; il n'appréciait pas assez la vie publique ponr se cramponner au pouvoir, et il considérait que M. Yiger devait faire un abandon de la sienne : MM. Daly et Papineau ne tenaient pas non plus à garder leurs places pour embarrasser le gouverneur dans la formation de son conseil. Il était d'opinion que les charges d'orateur du conseil législatif et de président du conseil exécutif pouvaient être réunies comme moyen d'économie publique. Maintenant que M. Draper, possédait l'exposé franc et intéressant des vues de M. Caron et de ses amis, il pouvait

îillor (le l'avant et .soiimettro la question au gouverneur et à ses collègues.

Quelquesjours après, M. Draper annonçait à M. Caron le départ de Lord Metcalfe. Il lui dit que ce départ influait sur la position dans laquelle il se trouvait et encore plus sur les pouvoirs qu'il avait pour effectuer quelque chose d'avantageux, mais il ne changeait pas son opinion quant à la nécessité de renforcer l'administration locale. 11 se hâtait de lui donner cette information cpii pouvait changer ses propres opinions dans celte affaire.

M. Caron répondit à M. Draper que le déi'>ar( de Lord Metcalfe devait en effet changer la nature des choses. Il termina les néii'ociations par les mots suivants :

" Dans les communications ([no nous avons eues ensemble, vous savez que je ne me suis jamais donné pour chef de parti ; je me suis seulement prêté, et cela je l'ai fait bien volontiers, à servir d'intermédiain^ entre ceux que notre parti regarde comme st's chefs et vous-même, afin de leur faire parvenir les commuiiications que vous avez bien voulu ino faire, et au.ssi pour vous transmettre hnirs vues et leurs idées sur le sujet (jui nous occupait. En m'acquittant de celte tâche, je n(^ vous ai pas caché mes pro])res opinions; mais cette partie n'étant (|ue secondaire, toujours, j'ai voulu vous faire connaitre ce que voulaient et exigeaieiit les guides du parti, avec lequel vous "^'oulez négocier un rapprochement. Je n'ai prêté mon ministère à cette fin. que j)arce que je savais qu'il existait des obstacles momentanés, qui empêchaient que les commimioations pussent aisément se faire d'une manière

directe, entre radministratioii actuelle et ceux auxquels il fallait s'adresser pour atteindre le 1)ut désiré. Les obstacles, ce me semble, n'existent plus et ne doivent plus exister, et par conséquent ma mission doit cesser avec les causes qu'ils l'ont lait naître.

" Je serais fâché pourtant que vous conclussiez de ceci que je refuse d'aider à un rapprochement que nous paraissons tous deux désirer ; tout au contraire, je suis prêt à faire tout en mon pouvoir pour en faciliter la conclusion. Mais, comme vous avez sur les lieux, ceux de qui dépend en grande partie le succès de l'arrangement, il me parait i^lus convenable, plus facile et plus expéditif de traiter directement avec eux, tout en vous invitant à ne vous gêner aucunement avec moi, et à m'indiquer librement de qu'elle manière Je puis être utile."

Le reste de la correspondance consiste en quelques lettres échangées entre MM. La Fontaine et Caron, au sujet de la publication de cette même correspondance. Les négociations s'étaient terminées sans amener aucun bon résultat, seulement M. Draper avait réussi à connaître les vues des membres influents du parti libéral, et avait mis lin à la correspondance sans dire s'il rejetait ou acceptait les propositions de M. Caron. îSon but était d'unir les deux majorités, aiinde tenter cette union par la suite, lorsqu'il reverrait le pouvoir lui échapper des mains. Evidemment il voulait jouer M. Caron et ses amis: il manqua de sincérité et de franchise à leur égard. Le départ de Lord Metcalfe n'était pas une raison pour faire cesser subitement les négociations entre les deux partis : les mêmes causes de fai-

blesse continuaient à exister dans le ministère. De plus, M. Draper avait fait ces démarclies à l'insu des autres ministres ; il voulait éA^demment sacrifier M. Viger et M. Papineau ; mais il tenait à conserver MM. Daly et Smith. 11 mettait M. Viger, son collègue, dans une étrange position. M. Viger aurait dû remettre immédiatement son portefeuille, et mépriser u!i homme qui avait voulu le jouer ainsi.

D'un autre coté, on voit par les lettres de MM. La Fontaine et Caron que les libéraux auraient été disposés à s'allier aux conservateurs du Haut- Canada et à accepter, comme essai, le système de la double majorité. Il leur élait douloureux de se séparer de M. Baldvvin et de M. Price, qui leur avaient toujours été fidèles ; mais ils avaient des devoirs à remplir envers leurs compatriotes ; et, pour faire cesser l'agitation politique qui existait depuis plus de deux ans, ils étaient prêts à faire des sacrifices personnels en s'alliant à un parti auquel ils avaient été opposés.

La conduite des chefs libéraux fut honorable ; elle leur acquit l'estime de leurs amis et même de leurs adversaires. Celle de M. Caron fut louable et remplie de patriotisme ; ses intentions étaient certainement pures, et il ne fut guidé que par le désir d'effectuer un utile rapprochement entre les deux partis. Quant à M. La Fontaine, il montra, comme dans les circonstances précédentes, de nobles sentiments, et le désir de s'elTacer, s'il était nécessaire, pour le bien de son parti. Les mêmes éloges peuvent être adressées à M. Morin.

La publication de la correspondance fut la cause d'un refroidissement passager entre M. La

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Fontaine et M. Caron. M. La Fontaine insista à mettre au jour quelques lettres, afin d'en tirer parti au jjrofit des libéraux. M. (^aron se trouva alors dans une situation critique, parce que M. Draper l'accusa d'abord d'avoir mis au jour les lettres échangées entre eux et même d'avoir lait reconnaître leurs intentions, qui étaient d'une nature privée ; mais le blàmc retombait plutôt sur M. La Fontaine qui avait compromis M. Caron en publiant la correspondance m;ilgTé ce dernier. D'un autre coté, il faut dire que la publication des lettres était devenue d'une grande nécessité au parti libéral.

La législature passa une loi autorisant le gouverneur à prélever, au mo)"en d'un emprunt de cinq par cent, une somme de cent mille louis pour être prêtée à trois par cent aux citoyens de Québec dont les propriétés avaient été détruites par le feu. Les incendiés furent près de deux ans avant de toucher aucun denier. Le gouvernement ne put d'abord emprunter la somme au taux fixé. La loi fut amendée à la session de 1847 ; on porta l'intérêt à six par cent, et l'on augmenta d'un par cent l'intérêt payable par les propriétaires. Mais, au lieu de donner de l'argent, le gouvernemet remit directement aux incendié.s des débentures, qui furent vendues, en x>artie aA'ec de grandes pertes, au profit des spéculateurs. Les libéraux blâmèrent avec raison la conduite peu généreuse du gouvernement à l'égard des incendiés.

Le gouvernement proposa une loi pour établir une liste civile permanente, afin de rénumérer les fonctionnaires publics de la province. Cette liste devait remplacer celle que le gouvernement

impérial avait établie par l'acte d'union, aussitôt que la métropole l'aurait rappelée. Elle diminuait le salaire de plusieurs employés, qui était trop élevé, et augmentait celui de quelques autres. Tous les partis se réunirent pour voter ctîtte mesure : c'était iine grande victoire que la chambre venait de remporter ; victoire qui était le fruit des libertés constitutionnelles. 11 y avnii longtemps que la chambre élective réclamait le droit de disposer des deniers publics. S'on but fut réalisé par cette loi, bien qivô la différence entre la liste civile constituée par l'acte d'union et celle qui venait d'être votée pour la remplacer ne se trouvât x^our ainsi dire que dans la forme. Dans le premier cas, le gouvernement impérial s'était arrogé le droit do disposer à son gré de l'argent public, tandis que dans le deuzicme il reconnaissait solennellement ce principe : qu'on ne peut toucher aux deniers publics sans le consentement du jieuple. Cet acte fut sanctionné l'année suivante. Pour qu'il devint valable, la métropole annula (par acte passé la lie et la 12e Vict. ch. 61) les clauses de l'acte d'union qui établissait la première liste civile. La clause concernant la proscription de la langue française fut abrogée en même temps. C'étaient deux reformes que les Canadiens avaient désirées avec empressement depuis le Ibnrtionnement de la constitution de 1841. De gré ou de force, l'Angleterre donna satisfaction à une partie des griefs dont les Canadiens avaient eu à se plaindre. C'était de sa part une justice tardive, mais qui méritait certainement la parfaite reconnaissance de ses sujets.

La question des biens des Jésuites fut aussi

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ivglt'O par une mosuro qno proposa lo i>oiiveriiemeiit. La loi pourvoyait à ce que le revenu de ces biens, qui se montaient annuellement à c€5,500 environ, fut apx^liqué à l't'duoation commune dans le Bas-Canada. Pour Tannée 1846, iî5,496 furent distribués aux institutions et aux collèges catholiques et protestants de premier ordre. Mais ces biens ne se trouvaient pas appropriés au Bas-Canada seul ; on les avait réellement donnés aux catholiques et aux protestants des deux provinces, puisque les allocations qui furent, en 1846 et plus tard, portées sur le revenu de ces biens, avaient été jusque-là puisées à même le fonds consolidé de la province. Aussitôt que la mesure du gouvernement fut connue du pul)lic. les évéques catholiques du Bas-Canada réclamèrent ces biens dans une pétition à la législature. Ces biens, disaient-ils. avaient été donnés par les rois de France et par certains particuliers pour être employés à l'éducation des Français et à la propagation de la foi catholique parmi les sauvages, objets qui ne pouvaient être remplis que par le ministère des évêques catholiques, et le parlement ne pouvait pas en changer la destination sans commettre une injustice envers les catholiques. Si ces biens leur étaient rendus, les évêques s'engageaient à fonder une haute institution où des chaires pour le droit, la médecine et les arts seraient établies, et à rendre compte à la législature de Temploi des revenus de ces biens. Leur réclamation fut inutile.

Ce fut en vain que M. Morin proposa de mettre ces biens à la disposition du clergé catholique du Bas-Canada pour les tins de Téducation. et qu'il parla fortement en faveur de cette cause,

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toinme ï.é îireiit aussi MM. La Fontaine, Drummoncl, Ohauveau et Cauchon ; tout le parti ministériel, à l'exception de M. de Bk'ury, vota en corps pour la loi. De plus, tous les membres du llaut-Canada, y compris M. Baldwin, s'unirent pour enlever à l'église de Rome ce qu'elle considérait à })on droit comme sa propriété. MM. Viger, Pai)ineau etTaschereau furent sévèrement blâmés d'avoir voté pour une mesure si peu libérale envers leurs coreligionnaires. Puisqu'ils n'avaient pas assez d'influence pour en empêcher l'introduction dans la chambre, ils auraient dû se retirer : c'était la seule ligne de conduite qu'ils eussent à tenir. Au. conseil législatif, MM. Bruneau et Massue protestèrent aussi contre la mesure.

Une somme de iî539,833 iiit votée pour continuer les grands travaux de la province et pour la confection de chemins et d'autres améliorations publicpies. ^Sur ce montant o€201,531 étaient destinés à l'achèvement du canal AVelland, .£81,- 925 aux canaux du Saint-Laurent, X19,000 pour la construction de phares et de stations dans le llcuive et le golfe Saint-Laurent, <£24,889 pour le grand chemin des cantons de l'Est, .£10,^01 pour celui d'Arthabaska, et £9,500 pour le creusement du lac Saint-Pierre. Un acte fut passé pour négocier un emprunt de £500,000 alin de se procurer les fonds pour ces travaux ; car les revenus d(,^ la province n'étaient j^as suffisants pour rencontrer les dépenses civiles et pour exécuter les améliorations publiques. Ce nouvel emprunt allait porter la dette de la province à environ quatre millions de louis.

La loi de milice proposée par le gouvernement

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passa sans opposition. Il n'y avait des deux côtés de la chambre qu'un désir unanime de mettr<e la milice sur un pied efTicace. L'appui ferme et sincère qui fut donné à cette mesure parlementaire était un démenti à toutes les calomnies portées contre la loyauté des Canadiens-français depuis quelques années, surtout depuis les troubles de 183T-S. Ils étaient cependant peu satisfaits de l'état politique actuel du pays; le ministère qui avait introduit la loi était impopulaire, les dernières nominations faites dans la milice avaient été injustes envers eux. Mais, à la perspective d'une guerre entre la métropole et les Etats-Unis, occasionnée par la question de rOrégon, ils oubliaient leurs griets et tout esprit de parti ; ils étaient les premiers ù vouloir organiser la milice pour la défense du territoire contr(3 l'invasion étrangère. Le Dr Taché lit à cette occasion un discours rempli de patriotisme : il rappela les exploits de ses compatriotes en 1812, et il assura qu'ils étaient prêts à tenir une conduite aussi héroïque et aussi honorable lorsque l'occasion s'en présenterait.

Voici un extrait de ce discours :

"...Si une bonne organisation de la milice est si nécessaire, pourquoi le gouvernement a-t-il, depuis nos malheureux troubles de 1837 et 38, laissé tombé cette arme de la défen.se nationale? Si le gouvernement a cru voir un symptôme de désaffection générale chez nos compatriotes dans l'acte de quelques centaines d'hommes qui ont pris les armes, poussés au désespoir par des administrations llétries et condamnées par les premiers hommes d'Angleterre, le gouvernement s'est trompé : quatre-vingt-dix à cent mille

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hommos composant la milice canadienne étaient là et n'ont pas bougés ; ils ont continué à souflrir, à attendre, à csj)érer. Si la masse eût été entièrement désnftectionnée, comme nos ennemis se sont plu charitablement à le publier, il s'en fût suivi des conséquences incab-ulables. Il serait à désirer que le gouvernement voulût enfin, tout de bon, ouvrir les yeux et nous rendre justice ; et ouldiant et notre origine et l'impatience de quelques-uns dt^s nôtres, ne plus se ressouvenir que des services réels que nous lui avons rendus ; ne plus se ressouvenir que de ces jours de gloire où nous avons combattu pour le maintien de ses possessions sur ce continent ; que de ce jour mémorable où quatre cents hommes, tous Canadiens-français, depuis le commandant jusqu'au dernier trompette, se couvrirent d'une gloire immortelle en repoussant les efforts d'une colonne de plus de huit mille combattants, préservant par là 1(^ sol de la patrie de la souillure de la trace des pas de l'étranger. Ce que nos pères ont fait, ce que nous avons fait nousmêmes pour la défense de cette colonie, nos enfants seraient encore prêts à le faire, si l'on voulait rendre justice au pays. Notre loyauté à nous n'est pas une loyauté de spéculation, de louis, schellings et deniers, nous l'avons pas constamment sur les lèvres, nous n'en faisons pas un trafic. Nous sommes dans nos habitudes, par nos lois, par notre religion, comme l'a très-bien lemarqué mon honorable ami pour la cité de Québec, monarchistes et conservateurs-. Tout ce que nous demandons, c'est que justice nous soit faite ; et si un ennemi se présente, vous verrez nos légers et joj'^eux bataillons voler à sa ren-

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contre comme à un jour de fête et présenter hardiment leurs poitrines au fer de l'assaillant. Mais, diront nos détracteurs, vous êtes des mécontents ; un membre qui n'est pas à sa place nous disait, il y a quelques jours, a'ous êtes intraitables ; vous êtes des rebelles, nous diront les tdtra ; nous possédons seule la loyauté par excellence ! Mille et mille pardons, messieurs, traitez-nous comme les enfants d'une même mère, et non comme des bâtards ; un peu plus de justice égale, non dans les mots, mais dans les actes ; je réponds que si jamais ce pays cesse un jour d'être britannique, le dernier coup de canon tiré pour le maintien de la puissance anglaise en Amérique le sera par un bras canadien. Mais si tout le monde convient que la milice est nécessaire, je dois dire que pour rendre cette arme efficace, et telle qu'elle doit être un boulevard impénétrable contre l'aaTession étrangère, il importe de faire quelque chose pour le peuple, ])our ce peuple qui soutire depuis si longtemps. Il faut que l'administration, quelle qu'elle soit, agisse de manière à ce cpie l'on ne voie plus, dans cette immense province du Canada, qu'une grande famille connue sous le nom de sujets britanniques, ayant dans chacun do ses membres, quelles que soient son origine et sa croyance, les mêmes droits aux faveurs et à la protection du gouvernement. .. ."

L'act»^ des écoles du Ras-Canada passé à la session précédente fut rappelé et remplacé par un autre, qui contenait presque toutes les mêmes clauses, à l'exception de quelques amendements, dont les principaux étaient de faire cesser tout à fait les cotisations volontaires. Au lieu de faire

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payer une rétribution mensuelle aux enfants qui fréquentaient les écoles, on obligeait tous les enfants de sept à quatorze ans à payer le même montant, soit qu'ils assistassent ou non aux classes. Ces changements furent mal accueillis dans certaines pai'oisses. On s'opposa au Ibnctionnement do la loi dans plusieurs localités, et ces ennemis de l'éducation reçurent avec raison le nom (ïéLeignoirii.

L'acte des écoles du Haut-Canada passé en 1843 fut aussi rappelé et remplacé par un autre à peu près semblable, avec quelques amendements importants. Les auteurs de ces lois avaient pour but de les rendre moins embarrassantes et plus claires pour le peuple, en renfermant la loi et les amendements dans une seule mesure plutôt que de les avoir épars dans divers actes.

Il fut résolu que dorénavant, les dépenses de l'administration de la justice dans le Haut- Canada seraient payées, d'abord en partie et ensuite au total, à même les revenus de la province comme dans le Bas-Canada. Ces dépenses, qui se montaient à environ dix-huit mille louis annuellement, avaient été pa3"ées avant cette époque au moyen d'une taxe locale. Les ministres du Bas-Canada et tous les membres du Haut-Canada votèrent en faveur de cette mesure de spoliation envers 1(> Bas-Canada. Les li})éraux de cette dernière province s'y opposèrent seuls, alléguant avec raison que l'Angleterre, en proclamant l'Union, avait laissé à chaqu(^ province ses charges particulières sur le revenu pulîlic. Ce qui avait été payé à même le revenu dans l'une ou dans l'autre province devait l'être après l'Union, et ce qui était payé par des taxes locales devait continuer à l'être de la même manière.

La chambre d'assemblée vota A la reine iiiie adresse pour la prier de prendre des mesures afin d'assurer une transmission régulière des malles canadiennes en Ang-loterre tous les quinze jours au lieu d'une fois par mois, et de diminuer le taux des lettres qui était trop élevé : c'est ce qui lut accordé dans la suite. Une autre adresse fut aussi voté pour prier le gouvernement impérial d'admettre les produits canadiens dans les ports anglais sans payer de droits, et d'entamer des négociations pour que le gouvernement des Etats-Unis admit dans ses ports les produits canadiens aux mêmes conditions que les leurs l'étaient dans les ports dé l'Angleterre et du Canada. L'adresse faisait remarquer que le gouvernement canadien venait de passer une loi pour abroger les droits sur les produits américains traversant le Canada, pour être exportés si le changement avait lieu.

Telles sont les principales mesures que la législature passa pendant cette session, qui fut prorogée le 9 juin. Comme on le voit, il y en avait peu d'importantes, si l'on excepte la loi de la milice et celle établissant une liste civile, et les sommes votées pour terminer les canaux canadiens et pour l'ouverture des grands chemins de colonisation. En outre, plusieurs compagnies avaient été incorj^orées pour construire une ligne de chemins de 1er devant traverser le Haut- Canada. Mais le ministère avait négligé plusieurs mesures utiles qu'il avait promis de présenter à cette session, telle qu'une loi pour régler les élections du Bas-Canada et une autre pour indemniser ceux qui avaient souffert dans les troubles politiques. Le rapport d'une commis-

sionquelo cfonYoriiomcntavoit nom]ii«^(\ suivant la promosso laite l'année ])rt'c<'donto, ponr s'enquérir des pertes, avait été cependant soumis à la chambre ; mais on ne fit rien pour cette masse de malheureux dont les propriétés avaient été brûlées ou sacca^-ées. Bien ]")lus. on accorda une somme de £9,000 pour indemniser un certain nombre de favoris et de privilégiés qui avaient été recommandés par une ancienne commission nommé par le conseil spécial. M. Draper avait pour ainsi dire abandonné la question épineuse de l'Université du Haut-Canada, introduite l'année précédente et mise do côté après sa 2e lecture ; car, au lieu d'en faire à cette session une question ministérielle, il la présenta comme mesure libre, sans responsabilité pour les ministres : c'était évidemment vouloir qu'elle ne devînt pas loi ; en effet, la mesure fut perdue. M. Draper, en adoi:>tant cette conduite, mécontenta les conservateurs modérés C[ui étaient favorables à la mesure, tandis que le " high church party " lui en voulait toujours pour avoir compromis l'existence d'une institution qui faisait sa force. Les ministres du Bas-Canada étaient également placés dans une mauvaise position à l'égard du clergé catholique, à cause de la manière inju.vte dont la question des biens des Jésuites avait été réglée. On leur reprochait aussi d'avoir voté la loi Cjui prévoyait à ce que les frais de l'administration de la justice dans le Haut-Canada fussent portés sur le revenu public. En approuvant ces deux mesures injustes, ils avaient sanctionné le principe de spoliation du Bas-Canada par le Haut, et ils avaient aussi montré combien peu d'influence ils exerçaient

dans le cabinet. Le ministère avait perdu réellement beaucoup de son influence dans cette session, l)ien qu'il n'en eût jamais eu beaucoup. Il s'était vu en plusieurs circonstances dans une minorité, et M. Draper dut plusieurs ibis assembler les membres du Haut-Canada et les menacer de remettre son portefeuille s'ils ne continuaient pas à le supporter. Il était facile de prévoir que le ministère allait subir une crise après la session.

M. Viger commença par donner sa démission au mois de juin, sans fpi'on sût pour c|uelles raisons il agissait ainsi. M. Sherwood cessa en même temps d'être solliciteur-général du Haut- Canada. Il fut remplacé par M. John-H. Camcron, membre conservateur (1). On parla de plusieurs autres changements qui n'eurent pijn lieu dans le moment.

Loin d'avoir acquis de la gloire et de l'estime dans sa carrière ministérielle, M. Viger vit son prestige et son influence diminuer aux yeux de son ancien parti. Entré au pouvoir en opposition à l'opinion publique, dans le dessein de défendre les intérêts de ses compatriotes, il s'était rallié à la politique de Lord Metcalfe, que ces derniers avaient repoussée d'une commune voix. Il avait violé les règles les plus élémentaires du gouvernement constitutionnel en conservant son porte-

(l) Au nombre cks principales nominations faites en 1846, on remarque les suivantes :

W.-B. Roljinson, premier commissaire des travaux publics,

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