BAS-CANADA. HAUT-CANADA
1825 423,630 iSii 77.000
(2) Gazette de Québec.
INTKUDUCTION. 43
Les Canadiens s'occupaient alors essentiellement cV agriculture. Comparativement à l'époque actuelle, ils se livraient peu aux diverses industries. Les manufactures étaient en très petit nombre ; elles consistaient principalement dans l'exploitation des mines de ier, la construction des navires et la préparation des bois pour l'exportation à l'étranger. On ne retirait aussi que i^eu de revenus des immenses pêcheries du jrolie.
Dans le Bas-Canada, l'agriculture était pratiquée par Tancienne population d'après le vieux système français. Il faut excepter cette partie des Omiom de fEsl où les immigrés venaient d'y introduire des améliorations nouvelles. Dans le Haut-Canada, au contraire, les colons européens avaient apporté les systèmes améliorés d'agriculture en usage dans leur pays respectifs. En outre, le sol était x^lus nouveau, le climat plus doux : ces circonstances firent que cette province put jouir d'une prospérité un peu plus grande.
Les deux provinces étaient en général prospères. Le sol, qui y est d'une grande richesse, est propre à produire les grains de toutes sortes et une grande variété de fruits, malgré un climat un peu sévère x>^'iidant les froids de son long hiver, climat qui est cependant des plus salubres et des plus agréables dans la saison tempérée.
Deux villes se distinguaient déjà par leur population et leur état florissant : Québec, ancienne capitale du Bas-Canada, qui comptait environ 35,000 âmes, et qui, par sa position, était le centre 2")rincipal du commerce d'outre-mer ; Montréal, entrepôt du commerce intérieur, ville qui allait surpasser de beaucoup son ainée par
son accroissement on richesse, l'extension de son commerce et sa population, qui était alors de 40,000 âmes.
Les villes de Toronto, de Kingston, d'Out:;ouais et d'Hamilton, aujourd'hui prosjicres, n'étaient alors que des villages d'à peine quelques mille âmes.
Jusqu'à cette époque, la colonisation, chose si essentielle au prog-rcs matériel du pays, avait été presque entièrement négligée par les législateurs. Les chemins manquaient, le prix des terres était trop élevé, et l'accès en était, pour ainsi dire, inaccessible. Ue plus, ces terres appartenaient à un certain nombre de grands propriétaires, qui semblaient ne les avoir acquises que dans un but do spéculai ion.
La liberté de commerce n'avait pas encore été concédée, de sorte que les vaisseaux des nations autres que l'Angleterre ne pouvaient naviguer dans les eaux du Canada, et qu'il n'y avait réellement aucune relation commerciale directe entre la colonie et les vieux pays de l'Europe. Le libre échange des produits canadiens avec ceux des Etats-Unis n'existait pas non plus. Comme aujourd'hui, le commerce d'exportation consi.-tait principalement en bois de construction et en céréales.
Les finances du Bas-Canada étaient dans un état très-prospère, et le gouvernement n'avait été obligé d'imposer ([iiv de très légèr(\s taxes, puisque le revenu total ne s'élevait, en 1840, qu'à =ei66,000. Il eut cependant mieux vainque l'administration prélevât des impôts plus élevés, afin de l'aire des améliorations locales et d'encourager surtout la colonisation. Le revenu du Haut-
('niiatl.i 110 s\''lov;iit qu'à t'7"),000 environ. \jc i>'«)UV«^rnfmoiit avait cependant (ommencé de grands travaux, et par là i>-revé son crédit d'une dette d('!^;";,458,523.0;>, fardeau (jue le Bas-Canada était appelé à partaii'cr d'après uni' cl.au.sc de l'acte d'union.
Les canaux de la province, bien que commencés depuis plusieurs années, n'étaient pour ainsi dire qu'ébauchés ; il fallait des sommes considérables pour les améliorer et les achever. Ces ti-nvaux terminés allaient faire du Saint-Laurent le plus beau Heuve du monde par la facilité qu'il otinrait au commerce.
Il n'existait encore aucune lig-ne téléofraphique, Aucune voie ferrée ne sillonnait la vaste ]>rovince. Les postes étaient sous le contrôle de la métropole ; le taux des lettres était très élevé, et le service ne se faisait qu'à des intervalles éloignés.
Dans le Bas-Canada, la tenure seigneuriale existait dans toute sa force, commet au temps de sa création, tandis que, dans la province sdnir. le système de /W///r et rommtni socrairp était en pleine vigueur.
L'éducation élémentaire était, à la vérité, ])eu répandue dans la province, surtout dans le Bas- Canada, où il n'y avait que r)7,0U0 enfants eiiA'iron qui, sur les 170,000 en âge de s'instruire. IVéquentaient les diverses écol(\s élémentaires ou supérieures. Le Haut-Canada, quoique un oeu plus favorisé sous ce rapport, n'en avait environ que 55.000 sur 180.000. D'un autre cùté, l'éducation supérieure était plus répandue dans le Bas- Canada. Un nombre assez considérable de collégr-s et d'écoles supérieures donnaient une édu-
cation dos plus soiiiiiôes à la population canadienne.
Au nonil)rG d(»s institutions scientifiques, on n'> remarquait quf^ la Société Littéraire et Histo- ((ue de Québec, fondée en 1824, et la So'ciété ([Histoire Naturelle de Montréal. L'Hôtel-Dieu <'i l'Hôpital-G-énéral des villes de Québec et de Montréal étaient presque les seules institutions d' bienfaisance et de charité. (1) On peut dire sans exagération que l'éducation élémentaire était trop -peu répandue, et que les institutions existantes ne suffisaient pas aux besoins du pays.
Quant à la littérature, aux sciences et aux arts, ils étaient peu cultivés et peu encourag-és. Le goût littéraire ne s'était presque pas encore fait sentir. Une pièce de poésie, une brochure littéraire ou historique était presque un événement remarquable. M. Michel lîibaud avait déjà publié le premier livre de poésies canadiennes, une histoire du C'anada sous la domination française et quelques autres ouvrages d'un mérite réel, eu égard au temps où ils ont été publiés ; M. Jos. Bouchette publia sa " Description topographique du Bas- Canada," ouvrago très utile et estimé ; M. .T. F. Perrault rédigea aussi divers ouvrages classiques et agricoles ; le Dr Meilleur publia ses " Lettres sur l'Education " et son " Cours de Chimie ; " l'honorable D. B. Yiger, divers mémoires intéres-
(i) L'Iîôlfl-Dieu «le (Québec fut fondé, en 1639, par la ducliesse cVAiguilIou ;
L'Hûtel-Dieu de Montréal, en 1642, par Mlle Mance et Madame de Bouillon ;
L'Hôpital-Gcnéral de Québec, en 1693, P^'' Monseigneur de Saint-Valier ;
L'Hôpital-Général de Montréal, en 1694, par MM. Charon, Le Ber et Frédin.
INTRODUCTION. 4t
saiity ; M. P.-A. De Gaspé, son ' Eoman de Mœurs oauadiennes ; " M. .T.-B. Faiibaiilt, son '" Oatalo- «i'ue (V ouvrages sur l'Histoire de l'Amérique. "
Durant les dernières années, la poésie avait lait quelques progTès. Plusieurs jeunes poètes avaient donné au public quelques pièces intéressantes et de o"oût ; nous nommerons, entre autres, MM. F.-X. Garneau. P.-.T.-O. Chauveau, y. -M. Dcrome. P. Laviolettt\ J.-G. Barthe et P. Petitrlair.
La littérature anglaise ne semblait guère plus avancé. Plusieurs ouvrages de mérite avaient été cependant publiés de temps à autre.
D'autre part, la presse périodique avait une assez grande circulation dans les deux provinces. Il y avait alors environ cinquante journaux Parmi ceux qui défendaient la cause libérale, on remarquait Le Canadien, rédigé depuis 1831. avec talent et patriotisme, par M. Etienne Parent, un des publicistes les plus renommés du pays ; La Gazette de Québec dans les deux langues, depuis de longues années sous la direction de l'honorable John Neilson, doyen des membres de la presse ; L'Aurore dea Canada>^, publiée à Montréal, et VExamiuer ae Toronto, rédigé par M. Francis Hincks, jeune publiciste de mérite. Dans la presse conservatrice, on distinguait le Merruri/, pul)lié à Québec, et rédigé par M. W. Kemble ; le Herald, le Courrier et la Gazette, joui'uaux anulais ]^u]>liésà Montréal : le Kiusçdon Ilfra'd. 1(^ Globe de Toronto, etc. (1) On peut
(i) Ai' Ciiitiuli.-'n, (Jiitlec, fonde en lSo5 par .M. Bédard et autres.
Tlu Macury, Qucber, fondé en 1S05 par M. (!ary.
La Gazelle <?.' Québec, dans le> deux langues, fondée en 1 764 par MM. Frown et Gilmoie.
ajouter Le Fanla?,que, journal humoristique, publié à Québec par le spirituel M. N. Aubin, et Le.s Mélan<>ej Religieux, recueil périodique, publié à Montréal dans les intérêts de la religion catholique, et sous la direction du Eév. M. Prince, sulpicien.
En 1841, le B:is-Canada était divisé en deux diocèses catholiques : celui de Québec, dont le siège était occupé, depuis 1833, par Mgr Joseph Signay, ayant pour coadjuteur Mgr P. -F. Turgeon, évoque de Sidijme ; et celui de Montréal, c[ui, depuis un an avait pour chef Mgr Ignace Bourget. L'église d'Angleterre était dirigée par lord (i.-J. Mountain, I). D., évéque de Montréal, qui administrait en même temps le diocèse de Québec, dont le siège était alors vacant.
Le l'antasqjte, Québec, fondé en 1837 par M. Aubin.
V Aurore des Canadas, Montréal, fondée en 1838 par M. F. Cinq-Mars.
The Morning Courrier, Montréal .
T/ie Gazette of Montréal, établie en 1778.
The Montréal Herald.
Les l\Iélanges Religieux, Montréal, fondés en 1841 par le Kév. M. Prince.
The Canada Tintes, Montréal, fondé en iS.'i.o.
The Commereial Messenger, Montréal, fondé en 1840.
The Times &= Commereial Advertiser, Montréal, fondé en 1841.
The Transeript, Montréal.
The Sherbrooke Gazette.
The Byto'wn Gazette.
The Kingston Chroniele.
The Kingston Herald.
The Examiner, Toronto, rédigé par M. F. Hincks.
The Globe, Toronto.
'The Patriot, Toronto.
The Toronto Christian Guardian.
The St. Catherine yournal.
'l'he Broekville Kecordvr.
The London Examiner.
I^a Minerve, fondé en 1S27 par M. Morin avait cessé d'être publiée pendant les troiil>les insurrectionnels. Ce fut en 1S42 r]u'elle parut de nouveau.
INTKODUCTTON. 49
Dans le Haut-Canada, il n'y avait qu'un diocèse catholique, celui de Kingston, qui avait à sa tête Mq,i- Rémi (raulin, et un seul diocèse anglican, celui de Toronto, dont L^ siège était occupé par le lord évéque John Strachan.
Il y avait pour le Bas-Canada une cour d'appel, une cour du banc de la reine à Québec, une autre à Montréal, une troisième aux Trois-Rivières. Il existait aussi une cour provinciale dans les districts intérieurs de Crispé et de Saint-François, et une cour de vice-amirauté à Québec. (1)
Dans le Haut-Canada, on comptait une cour d'appel à peu près semblable à celle du Bas- Canada, une cour de chancellerie, quelques cours du banc de la reine et de véritication des testaments.
On pouvait considérer comme trop restreint le nombre des cours de justice dans les deux pro-
(I) Ln cour d'appel, établie par l'acte passe daiT. la 34e aniice du règne de (îeorge III, se composait du gouverneur, du lieutenant-gouverneur, des membres du conseil exécutif, du juge in chef de la province et du juge en chef de la cour du liane de la reine de Montréal.
La cour du banc de la reine ayant juridiction dan-j les causes criminelles, se cr.mposait, pour le di^trict de (Québec, des juj^es suivants :
Juge en chef. — lion. Sir James Sluart ;
i Hon. Kd. Bowcn, Jugés puînés Hor. Ph. Panet,
( Mon. El:/. Eédard.
Pour le district de Montréal,
Juge en chef
i Hon. George Pyke, Juges puînés Hon. [.-R. Rolland, ( Hi>n. Samufl Gale.
Le district des Trois- Rivière; avait pour juge l'Hon. Jos.-K. Vallières de St-Réal ; celui de .St. -François, l'Hçn. M. Fletcher, et celui de Gaspé, John-G. Thompson, Ecr. L'Hon. Henry Black était juge de la cour d'amirauté.
vinces. Les habitants étaient obligés de parcourir à o-rands frais dos distances considérables, pour obtenir des tribunaux le redresseniiMit de leurs o-riets ; la justice en soutirait beaucoup. En outre, la législation criminelle était très-sévère : la peine du pilori se trouvait encore on force, et la punition des délits de deuxième ordre était trop grande. Ct-tie législation, au lieu de corriger les criminels, pouvait avoir l'eliet de les décourager et de les plonger de plus en plus dans la voie du vice. Elle avait donc besoin d'une réforme sérieuse.
Après avoir parcouru rapidement l'histoivi» du l)ays jusqu'à TUniou, après avoir examiné les diverses circonstances qui ont imposé aux Canadiens la constitution de 1841, et jeté un coup d'œil sur Tétat du pays à cette époque, le lecteur pourra suivre, avec x)lus do satisiaction et d'intérêt, le grand progrès religieux, politique, industriel, commercial, etc., qui va S(^ dérouler sous ses yeux pendant les vingt-sept années qui vont s'écouler.