‹ Le Canada sous l'union, 1841-1867. --Chapitre 7 sur 23 · ADMINISTRATION DE LORD SYDENHAM · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE LORD SYDENHAM

MINlSTKllE DRAPKR-OdDEX.

Proclamation de lUiiion. — Formation du ministère. — Elections. — Obiervations sur les représentants du peuple. — Conseil législatif. — Ouverture de la législature. — Débats sur la réponse au discours du tn'uie. — Gouvernement responsable. — Elections contestées. — Sommes votées pour améliorations publiques. — Exilés politiques. L'acte des écoles, lois criminelles, actes des nuniicipalités du ' 'aut-Canada, ' etc. — Résultat de la session. — Mort de Lord .Sydenliam, jugement >ur sa politique. — Ditïicultés internationales.— Ch.ipitie de Montréal. — Monseigneur de Nancy et AL Vattemarre. — Décès des Canadiens remarquables.

Le ô février 1841. LHon. M. Thompson, qui venait d'être nommé l)aron de Sydenhani et de Toronto, lança une proclamation annonçant que l'union des provinces du Haut et du Bas-Canada serait en force le lU du même mois. Il prêta serment ce jour-là, 10 février, comme gouverneur de la nouvelle province, entre les mains du jug-e en chef Sir James Stuart, à l'hôtel du g-ouverne-

meiii, à Moiihval. TTiio salvo do 10 coups d.' canons lut tircc pour la circonstance. Dans l'après-midi, le uouv(^rnour tint un lever, et les réjouissances s(» tc^rminèrent par un bal à son château.

Lo même jour. Lord ^^vdiMiham publia une seconde proclamation, dans laquelh^l annonçait que, conformément aux ordri'S de Sa Majesté, il prenait les rênes du gouvernement de la province- Unie. Voici un extrait de cette proclamation, qui nous indiquera quels senti nKMits éprouvait le gouverneur à Tégard des habitants de chaque province :

" Par l'acte impérial qui fixe l'Union, le

gouvernement représentatif est rétabli pour le (l>as-Canada), et le ■•ontrôle du peuple sur ses propres allain^s, qui <\st regardé comme le plus haut privilège d(^s Anglais, lui c^st encore une ibis rendu. L'acte qui ] ourvoit à cela, altachi? à cet octroi certaines conditions sur lesquelles la législature provinciale ne peut exercer aucune autorité, tandis qu'il laisse à l'arbitrage définitif d(^ la, législature toutes que,'-ti;>ns auiresque C(dles que le parlement impéi-ial, dans sa sagesse, a cru essentiel de décider lui-même : la réunion législative, l'établissement d'une administration sûre et ferme du gouvern(mienl, et le maintien des relations convenables entre la coloni(^et la métropole. On s'est étudij à tromper sur ce point les ignorants, et particulièrement quelques-uns de nos co-sujets d'origine française ; à représenter ces dispositions comm*.' injustes, à les tTuiter comme susceptibles de changement ici, et à exciter une opposition qui ne pourrait qu'être aussi malfaisante qu'elle sera nécessairement inutile.

■• Je nie flatte cependant que ces ellbrts seront inlructneux, et j'en appelle à la loyauté et au bon sens des habitants du Bas-Canada, de quelque origine qu'ils soient, dans l'assurance qu'ils useront du pouvoir qui leur est maintenant remis entre les mains, de manière à justifier la coiiIia)ice que notre souveraine et le parlement impérial ont reposée en eux, et à participer cordialement à un elibrt pour avancer les intérêts communs de la province-unie.

" Dans le Haut-Canada, le sentiment du peuple a été pleinement et librement exprimé par ses organes constitutionnels, sur la grande question de l'union elle-même, et sur les principes sur lesquels elle devait être basée. Ces principes ont été adoptés par le parlement impérial ; et ce sera toujours pour moi un sujet de la plus grande satisfaction que mes humbles efïbrts aient aidé à raccomplissement d'une mesure c[ui, comme je le crois iermemeut, assure à cette province (le Haut-Canada), pour laquelle j'éprouve des sentiments d'affection aussi bien que d'intérêt, des avantages qu'elle n'aurait pu autrement atteindre.

" Habitants de la province du Canada, puissiezvous dorénavant être unis de sentiments comme de ce jour, vous l'êtes de nom ! Qui pourrait visiter, comme j'ai eu la bonne Ibrtune de le l'aire, les régions étendues qui sont maintenant réunies sous une dénomination commune, et ne pas reconnaitre les immenses ressources qu'elles présentent pour tout ce qui peut contribuer au bien-être et au bonheur de l'homme ? Faisant, partie du puissant empire de l'Angieterre, x3rotégés par ses armes, aidés de ses trésors, admis

à tous les bénéfices du eomnieree comme ses citoyens, la liberté vous est garantie par ses lois, et vos droits soutenus par la sympatliii' de ses habitants vos co-sujets ; aucun pays du monde ne Jouit d'une meilleure position que celle du Canada.

" C'est à vous, ses habitants, de cultiver ces avantages, de profiter de l'ère nouvelle cjui s'ouvre devant vous. Notre gracieuse Souveraine et le peuple d'Angleterre attendent avec anxiété le résultat du grand changement qui vient de s'opérer aujourd'hui. Le premier vœu de la reine est de régner dans les cœurs de ses sujets, et de sentir qu'ils sont contents et qu'ils prospèrent sous son gouvernement doux cl Juste ; son parlement et son gouvernement, en vous conférant de nouvelles institutions, n'ont cherché que votre bonheur et votre avantage. En vos mains est maintenant votre sort ; et de la manière dont vous aurez profité de l'occasion dépend votre destinée " (1)

Le 13 du même mois, Lord tSydenham organisa son ministère, qu'il composa d'abord de huit membres, et dont les chefs ou /edf/crs étaient MM. Draper et Ogden, ci-devant procureursgénéraux dans leur province respective. Cinq des ministres appartiennent au Haut-Canada, et trois au Bas. Voici leurs noms :

Haut-Canada.

L'hoii. W.-H. Draper, procureur-général, H. C.

(I) Traduction de la Gazdte de Qiit'ho:. Nous devons déclarer que les traductions faites par les journaux de cette époque ne sont pas toujours fidèles ; on peut en dire autant de la traduction des documents officiels. Nous avons cependant préféré de donner ces

haductions telles iiu'elles sont.

L'Hon. K. - B. iSnllivaii. président du conseil executif, J.-H. Dunn, reeeveur-çénéral, L'Hon. J.-B. Harrison, secrétaire provincial. H.-C.

L'Hon. K. Baldvvin, solliciteur-général, H.-C.

Bas-Canada.

L'Hon. C-R. Ogden, procureur-général, B.-C " D. Daly, secrétaire-provincial, B.-C. " C.-D. I)ay, solliciteur-général, B.-C.

Le 17 mars suivant. Thon. H. Killaly entra au ministère comme président du bureau des travaux publics. (1)

Cette administration était composée d'hommes appartenant à des nuances politiques tout à fait opposées. MM. Baldwin et Dunn étaient de sincères libéraux, possédant, grâce à leur conduite passée, l'entière confiance du parti réformiste du Haut-Canada. MM, Harrison et Killaly étaient considérés comme ayant aussi des principes libéraux, sans avoir précédemment rendu de grands services à la cause populaire. Quoique

(l) Liste de quelques-uns des principaux employés du gouvernement en 1841 :

F.-W.-C. Mardoch, secrétaire du gouverneur ;

John Davidson, commissaire des terres de la couronne ;

V. Vassal de Monviel, adjudant-général de la milice, remplacé le 14 mars par B.-C. -A. Gugy ;

Th.-,. Parke, arpenteur-général ;

Jo.i. Bouchelte, député arpenteur-général ;

K.-A. Tucker, i"egistrateur provincial ;

F. -G. Heriot, aide-de-camp du gouverneur ;

(i.-A. Ryland, greffier du conseil exécutif ;

J. Monk, greffier-en-chef, bureau du procureur-général, B- C ;

T. Bouthillier, assist. -commissaire des terres de la couronne ;

T. Amiot, greffier dç li couronne en chancellerie.

M. Daly ne lut pas réformiste, il avait une certaine symjiathie pour les Bas-Canadiens ; il était le seul des ministres qui lïit eatliolique. De son côté, M. tStillivan avait des principes conservateurs très-modérés, et était un orateur de première force. Enfin, on considérait MM. Draper, Og-den et Day comme des conservateurs avancés et opposés à l'introduction des réformes libérales. Les plus remarquables d'entre ces ministres, par leurs connaissances i^arlementaires et leurs talents oratoires, étaient, sans contredit, MM. Draper, Baldw^in et Sullivan.

Pris dans son ensemble, ce ministère ne représentaient certainement pas la confiance de la majorité du peuple canadien, surtout en ce qui regardait le Bas-Canada. La popularité de MM. Ogden, Day et Daly n'était pas proverbiale. Par leurs antécédents, surtout par leur conduite dans les dernières années, ces ministres étaient loin de mériter l'aj^probation de la majorité des habitants de cette province : on peut môme dire qu'ils étaient impopulaires. On remarquait que, dans ce conseil, il n'y avait pas un seul ministre possédant la confiance du grand parti libéral du Bas-Canada.

Lord Sydenham avait cependant essayé d'engager M. La Fontaine à accepter un portefouiUe ; mais ce dernier refusa cet honneur, parce qu'il n'entendait pas le gouvernement responsable de la même manière cpie Son Excellence. Il n'avait pas de confiance dans les membres de l'administration, et se serait ainsi trouvé presque sans iniluence au milieu de collègues qu'il considérait comme ses ennemis politiques. Il préféra conserver son indépendance.

Si Lord Sydonham ont voulu rendre justice au parti li})éral du Bas-Canada, surtout à la poi)ulation l'ranoaise. il aurait peut-être trouvé des Canadiens qui eussent approuv»'^ sa politique. Ces hommes n'eussent pas été plus justifiables d'accepter des emplois, mais le gouverneur aurait montré qu'il ne voulait pas mépriser tout un peuple qui formait la moitié de la population du Canada. C'eiit été accomplir une ombre de justice en leur faveur.

Lord Sydenham, en agissant ainsi, s'éloignait du système du gouvernement responsable, qu'il avait missio:! d'inaugurer dans la province. 11 l'aussait la déclaration publique qu'il venait de taire, '' d'administrer les affaires suivant les a'ooux (^t les intérêts bien entendus du peuple et de montrer pour ses sentiments tels qu'exprimés par ses représentants les égards qui leur étaient dus." Il lui était facile de prévoir que, sans le concours des députés libéraux du Bas-Canada, le gouvernement ne posséderait ni force ni stal)iïité.

Les brefs d'élections lurent lancés le 19 février, et la province fut aussitôt plongée dans une excitation extrême.

Les habitants du Bas-Canada, quoique maltrai'tés par l'acte d'union, privés de la moitié de la représentation à laquelle ils avaient droit, ne se laissèrent aller ni au découragement ni aux incertitiides. Au contraire, ils se levèrent comme un seul homme, et comprirent que le pays avait besoin du talent et de Ténergie de ses enfants. Jl leur fallait conquérir le peu de liberté que leur laissait entrevoir la nouvelle constitution, et travailler à rendre leur situation meilleure.

Ils étaient prêts à tendre la inain aux autorités, si justice leur était rendue ; sinon, ils agiteraient le rappel de la constitution. Des hommes éminents ne tardèrent pas à faire connaître leurs vues, et à éclairer le peuple dans leurs adresses électorales. A Québec, les Canadiens s'assemblèrent, à l'appel de MM. Neilson etMorin, pour jeter les bases d'un programme électoral, qui fut adopté^dans presque tous les comtés du Bas- Canada. Dans ce programme, on conseillwit aux électeurs de n'élire que des représentants qui désapprouvassent l'acte d'union, consentissent à en demander le rappel ou l'amendement, et s'opposassent à toute levée de taxes et à tout emploi des deniers publics par le gouvernement sans le con<-ours des représentants du peuple. De son côté, M. LaFontaine avait déjà, dans son adressse aux électeurs du comté de Terrebonne, expliqué les principes du gouvernement responsable. Il traita cette (juestion avec des vues larges, comme on pratiquait ce système dans la mère-pairie. Il annonçait aussi l'alliance très-probable des libéraux avec les réformistes du Haut-Canada, (i)

(I) Nous croyons devoir ilt)niier pies. |ue en entier cett.' niagnitîque adresse, ciui parle assez trelle-mênie, sans la faire suivre de commentaires.

" Les événements eue l'avenir piépare à notre pays,

seront de la plus haute importance. Le '.'anada est la terre de nos pncêtres; il est notre patiic, de même quil doit être la patrie adoptive des ditTérentes jiopuîations Cjui viennent, des diverses parties du globe, exploiter ses vastes forîts dan- la vue de s'y établir et d'y fixer permancmment leur demeure et leurs intérêts. Comme nous, elles doivent désirer, avant toutes choses, le bonheur et la prospérité du Cai;ada. C'est l'héritage qu'elles doivent s'efforcer de transmettre à leurs descendants sur cette terre jeune et hospitalière Leurs enfants devront être, comme nous et avant tout, Canadiens.

En Amérique, le plus grand bienfait dont jouissent ses habitants,

De fait, il était pour les libéraux do la plus haute importance de se créer des aiïiis politiques dans la province supérieure, aiin de ne pas se trouver isolés et sans inlluence dans la nouvelle chambre. Ils étaient parfaitement daccord sur plusieurs points constitutionnels. Ces deux

c'est l'égalité sociale ; elle y règne au plus haut degré. Si, dans quelques vieilles sociétés d'un autre hémisphère, elle senil)le suffire à leurs jouissances et à leurs besoins, il n'en saurait être ainsi ixnir les populations vigotireuses et fortes de ce nouveau continent. Outre l'égalité sociale, il nous faut la liberté politique. Sans elle, nous n'aurions pas d'avenir ; sans elle, nos besoins ne pourraient être satisfaits ; sans elle, nous ne pourrions atteindre ce bien-être que nous promet la nature si vaste en Amérique. Avec des efforts constants et dirigés avec fermeté et prudence vers ce but essentiel à notre prospérité, nous obtiendrons cette liberté jiolitiquc. Pour nous empêcher d'en jouir, il faudrait détruire l'égalité sociale, qui forme le caractère distinctif tant de la population du Haut-Canada que de celle du Bas-Canada. Car cette égalité sociale doit nécessairement amener notre liljerté politique. C'est le besoin irrésistible des colonies anglaises dans l'Amérique du Nord. Les mreurs sont plus fortes que les lois, et rien ne saurait nous soustraire à leur puissance. 11 ne peut exister en Canada aucune caste privilégiée, en dehors de la masse de ses habitants. L'on peut créer des titres un jour : le lendemain, vous voyez les enfants traîner le parchemin dans la boue.

" Mais le moyen d'obtenir cette liberté politique, si essentielle à la paix et au bonheur de ces colonies, et au développement de leurs vastes ressources ? Le moyen, c'est la sanction de la volonté populaire à l'adoption des lois ; c'est le consentement à voter l'impôt et à régler la dépense ; c'est encore sa jtarlicipation efficace à l'action de son gouvernement, c'est son influence légitime à faire mouvoir les rouages de l'administration, et son contrôle effectif et constitutionnel sur les individus plus immédiatement préposés à faire fonctionner cette administration ; c'est, en un mot, ce qui fait la grande question du jour : le gouvernement responsable, tel (ju'on l'a avoué et promis à l'assemblée du Haut-Canada, pour obtenir son consentement au principe de l'union, et non tel ([ue pent-étre on l'explique maintenant dans certain quartier.

" Ce principe ne constitue pas une théorie nouvelle. Il est le principal moteur de la constitution anglaise. Lord Durham, en reconnaissant la nécessité de son application aux colonies dans leurs affaires locales, a touché à la racine du mal et a recommandé le seul remède efficace. iJans les circonstances actuelles, l'importance de cette question est telle, qu'un candidat qui a des principes

partis oiitretenaient di's idées libérales, désiraient nue réforme honnête, un gouvernement responsable envers le peuple. Jusqu'alors ils avaient lutté contre la faction toi\ij pour contrecarrer son influence. De plus, les réformistes, quoique favorable à l'union, étaient opposés à

politiques et qui y attache quelque prix, ne doit pas hésiter à exprimer .'-.on opinion sur ce sujet. Je ne suis pas du nombre de ceux qui reposent vnie confiance aveugle dans les y^romesses du gouverneur-général à cet égard . Loin de là.* Je crois que dans la pratique il ne concédera pas ce principe de bon cœur, et je pense que le plus ou le moins d'étendue o\\ il entend aller, dépendra beaucoup de la composition de la nouvelle Chandjre d'Assendjlée. Four moi, je n'hésite pas à dire que je suis en faveur de ce principe anglais du gouvernement resjionsLdjle. Je vois, dans son opération, les seules garanties ([ue no s puission; avou- d'un bon gouvernement constitutionnel et efl" ;:T. Les colons doivent avoir la conduite de leurs propres aft'aire-. Ils doivent diriger tous leurs eftorts dans ce but ; et, pour y pa /nir, il faut qi» l'administr.Uion coloniale soit formée et diiigée/i?/ t'/ (7r'.'<- la majorité des Représentants clu peuple, comme étant le seul moyen " d'administrer !•> " gouvernement de cette province selon les désirs et les intérct . du " peuple, et d'avoir pour ses sentiments, tels qu'exprimés \)iv ses " Représentants, la juste déférence (|ui leur est due."

" Une autre question non moins importante, c'est celle qui résulte même de l'union des deux provinces. Elle est un acte d'injustice et de despotisme, en ce qu'elle nous est imposée sans notre consentement ; en ce qu'elle prive le Ras-Canada du nombre légitime de ses représentants ; en ce qu'elle nous prive de l'usage de notre langue dans les procédés de la Législature, contre la foi des traités et /(//(//v/f" du gouverneur-général; en ce qu'elle nous fait payer, sans notre consentement, une dette que nous n'avons pas contractée ; en ce qu'elle permet à l'exécutif de s'emparer illégalement, sous le nom de liste civile, et sans le vote des représentants du peuple, d'une partie énorme des revenus du pays.

S'ensuit-il que les représentants du Ras-Canada doivent s'engager d'avance et sans garanties à demander le rappel de l'union ? Non, ils ne doivent pas le faire. Ils doivent attendre, avant d'adopter une détermination dont le résultat immédiat serait peut-être de nous rejeter, pour un temps indéfini, sous la législation liberticide d'un Conseil Spécial, et de nous laisser sans représentation aucune. C'est une erreur trop générale de la part des partis politiques, dans les colonies, que de croire qu'ils ont de la sympathie à attendre de tel ou tel ministère impérial. Que le ministère, à Londres, soit tory, whig ou radical, cela ne fera aucune différence dans la situation politique des colonies. Le passé est là pour nous en convaincre.

1841] sydeniia:\i. G1

ceitaiiios clausos de l'acte, entre autres, à celle qui imposait à la in-ovince une énorm'' liste civile sans le consentement des représentants du peuple. Tl fut donc facile aux ( het' des deux partis de s'entendre, et de Jeter les bas(\s d'une alliance qui devait produire les résultats les plus satisfaisants.

Au grand mécontentement des conservateurs. M. La Fontaine, dans l'été de 1840. se mit en communit ation intime avec M. Baldwin, homme d'état au cœur honnête et aux vues lara'es, et avec M. Hincks, jeune publiciste d'un urand talent ; tous trois tombèrent d'accord sur la manière d'interpréter le g'ouvernement responsable et sur certains amendements à faire à la constitution.

Pendant le temps des élections, le pays fut livré aux plus grandes agitations. Dans le Bas-

" Les réformistes, dans les deux provinces, foriuem une majorité immense. Ce sont ceux du Haut-Canada, ou au moins leurs représentants qui ont assumé la rjsponsabilité de l'acte d'union, et de toutes ses dispositions injustes et tyranniques, en s'en rapportant, pour tous les détails, à la disciclion du gouverneurgénéral. Ils ne sauraient, ils ne peuvent pas approuver le traitement que cet acte fait aux habitanis du Ra~-Canada. S'ils ont été trompés dans leur attente, ils doivent réclamer contre des dispositions qui asservissent leur, intérêts politiques et les nôtres aux caprices de l'exécutif. S'ils ne le faisaient pas, ils mettraient les Réformistes du Bas-Canada dans une fausse position à leur égard, et s'exposeraient ainsi à retarder les progrès de la réforme pendant de longues années. Eux, comme nous, auraient à soufirir des divisions intestines, qu'un pareil état de choses ferait inévitablement naître. Cependant notre cause est commune. ] 1 est de l'intérêt des réformistes des deux provinces de se rencontrer sur le terrain législatif, dans un esprit de paix, d'union, d'amitié et de fraternité. L'unité d'action est nécessaire plus que jamais. Je n'ai aucun doute que, comme nous, les réformistes du Haut-Canada en sentent le besoin, et que, dans la première session de la législature, ils nous en donneront des preuves non équivoques ; ce qui,

j'espère, sera le gage d'une confiance réciproque et durable "

— Tiré du Canadien.

62 sydënhaM. [1841

Canada, la lutte s'engagea entre les partisans de l'union et ceux qui étaient opposés à cet acte ou qui voulaient l'amender. Le gouvernement, ou plutôt le gouverneur lui-même, pour faire élire ses partisans et obtenir une majorité, tint une conduite peu digne. Il employa sur une grande échelle la corruption, le défrancimsement direct et indirect de plusieurs divisions électorales. Par une proclamation, il priva de son droit politique le plus précieux, la plus grande partie de la population française des villes de Québec et de Montréal. (1) Les bureaux de votation furent fixés à l'extrémité des demeures des habitants et loin des centres populeux afin de favoriser l'élection des candidats ministériels. Pas moins de six élections du Bas-Canada furent emportées par la violence, et plusieurs candidats importants durent céder devant la force armée. (2) De ce nombre, étaient M. La Fontaine, chef reconnu des libéraux, M. Leslie et M. L. M. Viger, autres citoyens importants. Des troubles également sérieux se produisirent dans le Haut-Canada. Ajoutons encore l'immense patronage mis à la disposition du gouvernement, par le grand nombre d'emplois à distribuer, et l'on aura une

(1) Une clause de l'acte d'union permettait au gouverneur d'assigner aux villes d'autres limites que les anciennes fixées par les vieilles lois depuis de longues années.

(2) Voici ces comtés, avec les noms de.; candidats : Beauharnais, candidat élu, J.-W. Dunscomb, contre, J. Dewitt. Vaudreuil, " J . .Simpson, " A. Jobin. Rcuville, " M.-A.deSalal>eny, " T. Franchère Montréal, comté, " A. -M. Delisle, " J. Leslie. Chambly, " J. Yule, " L. M. Viger. Terrebonne, " M. McCulloch, " L.-H.LaFon-

taine.

idée de la eonuptiou électorale de 1841. Jamais, depuis 1791, une élection ne s'était faite avec autant de désordres et d'indignités.

Dans une lettre qu'il adressa à ses électeurs, M. La Fontaine protesta publiquement contre les violences exercées dans son comté. Yoici un passage de ce fameux document : '

" Un fait patent que personne ne peut

nier, qui résulte des actes mêmes de Lord Sydenham, c'est qu'il s'est identifié personnellement dans la lutte électorale de notre district, dont il a pris un soin particulier à changer les places de poil ; et que, dans ces comtés, la lutte a été accompagnée de violence, de l'effusion de sang et de meurtres.

"En fixant pour votre comté le lieu de l'élection à New-Grlasgow, dans les bois, à l'extrémité des limites de ce comté. Lord Sydenham a commis une injustice flagrante ; il a voulu défranchiser virtuellement votre comté ; et un fait important à constater, c'est que là, lui, Loid Sydenham, est descendu dans l'arène pour combattre corps à corps avec un simple individu. C'est lui qui engageait la lutte avec moi ; le Dr McCulloch n'était qu'un prête-nom. Il ma vaincu ; mais il y a de ces défaites qui sont plus honorables que la victoire, surtout quand, pour remporter cette victoire, il faut marcher dans le sang de ses concitoyens amis ou ennemis." (1)

Malgré tant de fraudes, les Bas-Canadiens soutinrent la dignité de leur caractère. Presque partout où la franchise électorale fut observée, ils élirent des députés opposés à l'union, par là à la politique du gouvernement. Yingt-trois dé-

(l) Cette lettre a été publiée dans le CamiiHiii du 2 avril 1841.

pûtes libéraux ou anti-uiiionistos sortirent de l'urne électorale ; et dix-neuf unionistes, la plupart conservateurs anglais, supportèrent le gouvernement. Au nombre de ces derniers, six durent leur élection à la violence, trois au défranchissement des faubourgs des villes de Québec et de Montréal, et sept tenaient des emplois du gouvernement.

Le Bas-Canada remportait réellement une victoire éclatante. Ce résultat était magnifique ; il démentait l'assertion du gouverncMir. que cette province était en faveur de l'Union.

Dans le Haut-Canada, les élections ne se (irenl pas sur le principe de l'Union ; on était en général satisfait de cet acte, qui avait proi-uré à cette province de si grands avantages. La lutte eut lieu entre les conservateurs, qui étaient opposés au fonctionnement du gouvernement responsable qî désiraient en restreindre l'application, et les réformistes ou libéraux, qui voulaient, au contraire, une réforme aussi importante et en étendre l'application aussi loin qu(» possible. Ces diM'niers désiraient encore Tamendement d<^ certaines clau.ses de l'acte constitutionnel. Les réformistes restèrent victorieux et élirent vingt-six députés ; les conservateurs, seize seulement. (1)

(i) Li>te iljs ilc-puté> eliH pour le 1er p.iilement ciiLidien sous rLhiio.i :

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