‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 33 · MM. O0 M · texte numérisé non relu

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M. La Fontaine ne crut pas devoir accepter ces offres, d’ailleurs assez avantageuses quant à son parti. Ce n’était pas tout pour lui d'entrer dans le ministère ; il lui fallait la certitude de pouvoir être dans une position indépendante, et de se maintenir dans le ministère un temps raisonnable. Il avait à se ménager l'estime et l'appui des libéraux du Haut-Canada, surtout de son ami fidèle, M. Baldwin, qui avait rendu à la dernière session de grands services aux libéraux du Bas-Canada. De fait, M. Baldwin refusait de se joindre à un ministère dont quelques-uns des membres ne possédaient pas sa confiance. Les objections de M. La Fontaine se réduisaient à trois: la stipulation d'une pension pour MM.

Ogden et Davidson, comme étant un précédent dangereux, la présence de M. Sherwood dans le conseil exécutif, l’insistance de M. Baldwin à avoir avec lui dans le conseil un de ses partisans. Ces conditions n'ayant pas été acceptées, les négociations furent rompues.

La discussion de l'adresse commença alors.

Après le discours de M. Forbes et de M. McDonald, moteurs de l'adresse, M. Draper, le premier ministre, prit la parole. 11 donna communication d’une lettre du gouverneur à M. La Fontaine, au sujet des changements ministériels. Son but était de justifier sa conduite devant la chambre, de faire voir qu'il avait agi avec désintéressement et que les libéraux refusaient des offres avantageuses. Dans son discours, qui fut très-modéré, il manifesta, trop ‘tard peut-être, des sentiments

bienveillants envers la population française. ‘ Depuis que l'Union est devenue un fait accompli, dit l’honorable membre, j'ai toujours été profondément convaincu que les principes qui servent de base à l’Union, ne pouvaient pas être

observés tant qu'une grande partie de la popula-

tion serait excluse de toute participation aux affaires publiques ; et cette opinion, je l’ai exprimée dans toutes les occasions. Mais, pour agir suivant mes convictions, il s’est rencontré des difficultés insurmontables; et j'informe maintenant la chambre que, loin d’avoir tenu à me maintenir au pouvoir pendant que je faisais partie du gouvernement, j'ai, en trois occasions différentes, placé mon portefeuille à la disposition du gouverneur. J’ai agi ainsi, afin de ne pas mettre obstacle à la mise en pratique de ces principes que j'ai toujours pratiqués. Je suis parfaitement convaincu que cette opinion est juste, nonseulement en principe, mais encore que c’est la seule en vertu de laquelle le gouvernement du pays puisse se maintenir.

“ Je dois cependant avouer une chose: c’est que, lorsque pour la première fois j'ai rencontré en chambre les honorables membres du Bas- Canada, je conservais encore certains préjugés à leur égard ; mais, grâce aux bons rapports que j'ai eus avec eux pendant la dernière session, grâce à cette courtoisie que j'ai trouvée en eux, courtoisie qui est le signe distinctif de la grande et chevaleresque nation de laquelle ils descenGent, ces préjugés ont disparu.”

. Draper avoua qu'il lui était impossible de faire partie d'un ministère dont M. Baldwin serait un des membres ; c'était pour cette raison

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qu’il avait mis son siége à la disposition du gouverneur, afin de ne pas empêcher le succès des négociations. Il tenait aussi beaucoup à ce que son collèoue, M. Ogden, fût récompensé des services qu'il avait rendus au pays depuis de longues années.

M. Balwin proposa une contre-adresse qui se terminait par un vote de n02-conflance envers l’administration. Après avoir complimenté M. Draper sur sa conduite, il dirigea une attaque très-habile contre la politique du ministère. Il reprocha encore à M. Hincks d’avoir abandonné le parti libéral, conduite qui avait brisé leur ancienne amitié.

M. La Fontaine prononça ensuite en français un discours rempli de dignité. M. Dunn lui ayant demandé de parler en anglais, il lui répondit ainsi :

L’honorable membre qu’on nous a si souvent représenté comme ami de la population française, a-t-1l oublié que j'appartiens à cette origine si horriblement maltraitée par l’acte d'union ? Ki c'était le cas, je le regretterais beaucoup. 11 me demande de prononcer dans une autre langue que ma langue maternelle, le premier discours que j'ai à prononcer dans cette chambre ! Je me défie de mes forces à parler la langue anglaise. Mais je dois informer l'honorable membre, les autres honorables membres et le public du sentiment de justice duquel je ne crains pas d’en appeler, que quand même la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je n’en ferais pas moins mon premier discours dans la langue de mes compatriotes Canadiens-français, ne fût-ce

que pour protester solennellement contre cette cruelle injustice de cette partie de l’acte d'union qui tend à proscrire la langue maternelle d’une moitie de la population du Canada. Je le dois à mes compatriotes, je le dois à moi-même.” Parlant ensuite de la part que doivent avoir les les Canadien-français dans le gouvernement, il s’exprima ainsi :

“ L’honcrable procureur - général reçonnait qu'il faut au gouvernement, pour rétablir la paix et le contentement général, la coopération active des Canadiens-français. Non seulement ce serait là un acte de justice, mais c’est encore un appui que la nécessité appelle. Oui, cette coopération est absolument nécessaire au gouvernement. Oui, il la jui faut ; oui, il nous faut la lui donner, mais à des termes qui ne puissent en rien diminuer ni affaiblir notre honneur et notre caractère. L'acte d'union, dans la pensée de son auteur, a été d’écraser la population française ; mais l’on s’est trompé, car les moyens employés ne sont pas calculés pour produire ce résultat. Les deux populations du Haut #t du Bas-Canada ont des intérêts communs, et elles finiront par sympathiser ensemble.

‘ Oui, sans notre coopération active, sans notre partic'pation au pouvoir, le gouvernement ne peut fonctionner de manière à rétablir la paix et la confiance qui sont essentielles au succès de toute administration. Placés par l’acte d'union dans une situation exceptionnelle et de minorité dans la distribution du pouvoir politique, si nous devons succomber, nous succomberons du moins en nous faisant respecter. Je ne recule pas devant la responsabilité que j'ai assumée, puisque dans

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tenir la population française, en présence des faits qu'on voulait accomplir dans ce but, je n'avais, comme Canadien, qu'un devoir à remplir, celui de maintenir le caractère honorable qui a distingué nos compatriotes et auquel nos ennemis les plus acharnés sont obligés de rendre hommage. Ce caractère, M. le Président, je ne le ternirai jamais !

“ L'absence de tout nom français dans le ministère n'est-elle pas une circonstance qui comporte une injustice, même une insulte préméditée ? Mais, dira-t-on, ‘“ vous ne voulez pas accepter d'emploi ? ” Ce n’est pas là une raison ; mes amis et moi, il est vrai, nous ne voulons pas en accepter sans des garanties; mais puisque vous avez bien trouvé quelques noms français pour siéger dans le conseil, même pour assister à la cour martiale, ne pourriez-vous pas en trouver de même force pour siéger dans le cabinet ? ”

M. La Fontaine se plaignit de ce que les ministres se servaient de la lettre du gouverneur concernant les changements ministériels, sans lui avoir donné le temps de faire une réponse par écrit. On voulait par là le compromettre. Il fit ensuite le récit des négociations qui avaient eu lieu entre le gouverneur et lui, et dit que Sir Charles Bagot méritait son entière confiance. Il était convaincu que le but de Son Excellence avait été de rendre justice à la population fran-

124 BAGOT. [1842 “aise, autant qu'il était en son pouvoir. L'honorable membre ajouta que si quelques ministres avaient droit à sa confiance, ils n’y avaient pas droit collectivement.

M. Hincks défendit sa conduite, et donna les raisons pour lesquelles il avait accepté un portefeuille.

M. Ayiwin fit ensuite un discours éloquent contre la politique du ministère.

La position des ministres était des plus critiques ; ils allaient indubitablement succomber. Aussi Sir Charles Bagot demanda-t-il une dernière entrevue à M. La Fontaine, afin de tirer le ministère de l'embarras où il se trouvait.

Les négociations furent cette fois couronnées d’un plein succès. La question des pensions qu’on désirait accorder à MM. Ogden et Davidson resta ouverte pour le moment (1). M. Sherwood et M. Ogden, quoique absents, furent sacrifiés : ils furent même démis de leur position.

Le 15 septembre, MM. La Fontaineet Baldwin prêtaient serment comme procureurs-cénéraux et chefs de la nouvelle coalition. Quelques jours après, M. Aylwin devenait solliciteurgénéral du Bas-Canada, et M. Small, réformiste, solliciteur-cénéral du Haut-Canada. Un siége dans le cabinet fut réservé à M. Morin, qui devint, le 10 octobre, commissaire des terres de la couronne. Ce portefeuille avait été otlert à M. Girouard, qui l'avait refusé pour des motifs personnels. La place de creffier du conseil exécutif fut donnée à M. Parent, député du “ague-

(1) M. Ogden retourna en Angleterre, et fut nommé en 1844 procureur-général de l’île de Man. M. Davidson fut. ap elé au poste de collecteur de la douane à Hamilton.

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Les ministres qui restaient dans le cabinet étaient MM. Kullivan, Daly, Harrison, Dunn, Hincks et Killaly. Ils conservaient leur siége à la condition de se conformer à la politique de leurs nouveaux chefs. Le ministère, étant au complet, sc composait de onze membres, savoir :

BAS-CANADA

L'Hon. L.-H. La Fontaine, premier ministre, procureur-général, B. C.

D. Daly, secrétaire provincial, B. C.

A.-N. Morin, commissaire des terres de couronne,

T.-C. Aylwin, solliciteur-général, B. C.

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