HAUT-CANADA
L’Hon. R. Baldwin, procureur-général, B. C.
S.-B. Harrison, secrétaire-provincial, B. C.
F. Hincks,inspecteur des comptes publics,
KR. -B. Sullivan, président du conseil exécutif,
J.-H. Dunn, receveur-général,
H.-H. Killaly, président du bureau des travaux publics.
J.-E. Small, solliciteur-général, H. C.
Il venait donc de se former un ministère dont les principes politiques différaient entièrement de ceux de son prédécesseur. Sa doctrine était de gouverner selon les vœux du peuple et de ses représentants; chaque origine devait être regardée comme ayant un droit égal à la protection
du pouvoir. Par là il voulait mettre réellement en pratique le gouvernement responsable, qui n'avait existé que de nom sous le ministère précédent, et donner à ce principe la plus grande extension possible. L'administration canadienne, telle qu'elle était constituée, possédait la confiance de toute la population, si l’on excepte le faible parti ultra-conservateur, que la coalition des libéraux des deux provinces venait de réduire à l'impuissance. Elle rentermait des membres d'élite et d’une capacité reconnue.
M. La Fontaine, premier ministre, devait à la franchise, à la noblesse et à l'indépendance de son caractère, le poste élevé qu'on venait de lui offrir ; 1l avait su mériter le respect et l’estime de toutes les nuances politiques. Doué d'une belle intelligence et de talents remarquables, il s'était toujours montré l’énergique défenseur des droits du peuple. C'était à lui que revenait le mérite de l’heureuse alliance des libéraux des deux provinces.
En sa qualité de chef le plus influent et le plus respecté des libéraux du Haut-Canada, M. Baldwin avait droit à la conduite des affaires dans sa province. Cœur probe et honnête, il sera maintenant l'ami inséparable de M. La Fontaine : ces deux hommes d'état distingués étaient dignes de commander aux destinées du pays. M. Baldwin avait invoqué, il est vrai, l’union des Canadas, mais uñe union juste envers tous les Canadiens. Aussi avait-il défendu les droits des libéraux du Bas-Canada chaque fois que l’ex-ministre les avait blessés,
M. Morin laissa le banc judiciaire pour venir occuper un emploi auquel le portait le vœu
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public. Humble et modeste à l'extrême, il so montrait énergique lorsqu'il s'agissait de défendre un principe. Toute la vie de cet homme laborieux et intègre avait été employée au bien de ses concitoyens. Na nomination fut donc accueillie favorablement.
M. Aylwin avait aussi mérité sa nouvelle position par ses lumières et ses principes politiques. Où pouvait en dire autant de M. Small, qui était du petit nombre des Hauts-Canadiens restés fidèles aux libéraux du Bas-Canada. MM. Dunn, Killaly et Harrison, membres de l’ex-ministère, appartenaient au grand parti réformiste. Il ne restait plus que M. Daly, qui n’était d'aucun parti, et M. Sullivan, conservateur modéré. On verra ce dernier adopter à l'avenir une poli: tique tout à fait libérale.
Le peuple du Bas-Canada, après s'être vu longtemps opprimé, pouvait maintenant se livrer à l'espoir d’un avenir de liberté et de bonheur. Il aurait regardé comme un malheur le refus des chefs canadiens-français d'entrer dans le ministère, surtout lorsqu'il ieur était permis d’en former partie tout en conservant leurs principes. C'était donc la première fois que les Canadiens se trouvaient dans une semblable position, leur role jusqu’à présent ayant toujours été forcément celui de l’opposition au gouvernement établi. C'était la première fois au’ils pouvaient accorder leur approbation la plus complète à la politique du représentant de la reine. Ils n'avaient encore que la seule espérance de voir adoucir leurs maux, comme conséquence de la doctrine fondamentale de la responsabilité, et ils s'empressaient de témoigner publiquement leur plus vive satisfaction à l'égard des faits nouvellementaccomplis.
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128 BAGOT. [1842 Les anciens membres du parti libéral du Bas Canada, MM. Viger, Neilson, etc., accueillirent avec bonheur ces heureux changements, et se rangèrent sans hésitation sous la bannière de leur nouveau chef, M. La Fontaine. Ils présentèérent aussi leurs félicitations à MM. Baldwin et Small sur leur entrée dans le ministère avec MM. La Fontaine et Aylwin, et leur témoignèrent leur reconnaissance pour les services signalés qu'ils avaient rendus auparavant au Bas-Canada. La nouvelle coalition eut l’heureux résultat de rapprocher lés deux populations du Canada et de les mettre sur le même pied. Elle prouva que ces populations étaient destinées, désormais, non à continuer à lutter entre elles, mais à travailler à la prospérité commune de la province et à 11 conquête de leurs’ droits constitutionnels. Elle démontrait de plus, que, la constitution étant “mise en pratique dans un esprit de justice, les Canadiens d’origine française devaient avoir une grande influence dans la représentation. Ils ne formaient par la majorité, mais ils pouvaient la donner à tout parti un peu considérable. De plus, l'acceptation du pouvoir par MM. La Fontaine et Morin réfutait mieux que les meilleurs argr:ments les fausses imputations si souvent portées contre les Français du Bas-Canada, savoir: que leur lutte était une lutte de race, qu'ils étaient des hommes intraitables, guidés par leur seule haine contre le gouvernement établi, et qu'il était impossible de former une administration contre laquelle ils ne fussent prêts à se ranger. Comme on le voit, la politique de Lord Sydenham suivit de près son auteur dans la tombe.
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coté sur l'injustice, de Pautre sur le favoritisme. Dès son arrivée, Sir Charles Bagot suivit une conduite contraire, en pratiquant une politique modérée et juste. Il fit preuve de la plus grande libéralité dans la réorganisation du ministère ; il montra qu'il avait un cœur noble. Ses rapports avec M. La Fontaine ne faisaient voir que le désir ardent de rendre justice à nos compatriotes. Cette conduite ne lui fut pas seulement dictée par l'équité, mais encore par les règles d’une politique éclairée et habile. D'ailleurs, il ne fit que suivre les ordres qu'il avait reçus du gouvernement impérial. Il se rendit cher aux Canadiens, et les attacha davantage aux institutions britanniques.
Le pays en général approuva les changements laits dans le cabinet. Tous les Canadiens étaient heureux, surtout, de voir les chefs d’origine française parvenus au pouvoir. Les adversaires même les plus acharnés du nom français furent con- M d'approuver ce changement, qui devait
voir pour résultat de diminuer les dissensions nt les différentes races. La presse anglaise montra une plus grande modération dans ses écrits, et avoua, bien que trop tard, que, par leurs pr incipes justes et leur noble caractère, les C..nadiens auraient dû depuis longtemps faire partie du conseil exécutif. (1)
l'administration possédait aussi la confiance à peu près générale des représentants. La Chambre vota presque à l'unanimité une adresse au gouverneur, pour le féliciter de sa conduite
(1) ‘La conduite des Canadiens-Français, disait un jour le Jerald de Montréal, mérite tout éloge, d'autant plus qu’elle est marquée au coin du bon sens, de la modération et de la courtoisie, et qu’elle est digne de l’imitation générale. ”
et le remercier d’avoir appelé les Canadiensfrançais au ministère.
Plusieurs des députés anglais du Bas-Canada, MM. Dunscomb, Holmes, etc., qui avaient donné leur appui à l’ex-ministère, se rangèrent à la politique des nouveaux ministres, Îl en fut de même de tous les réformistes du Haut-Canada. La minorité ne se composait que des conservateurs des deux provinces, avec MM. McNab et Moffatt pour chefs. Mais le nombre en était si petit, qu'ils furent réduits au silence et ne purent plus faire de dupes ni recruter de partisans. Ce fut en vain que dans le Haut-Canada, après la session, ils essayèrent à soulever l'opinion publique en leur faveur. L'association constitutionnelle qu'ils formèrent dans ce but, n'eut aucun résultat ; elle to:1ba d'elle-même.
Après des changements aussi considérables dans le gouvernement, la session devait être nécessairement courte. Les ministres avaient à s'occuper de leur réélection et à préparer leurs mesures. On jugea done impossible de prendre en considération les sujets de réforme contenus dans le discours du trône, et ceux demandés par le peuple; ils furent ajournés à ia session sui-
vante, Les chambres se bornèrent, pour le moment, à passer quelques lois qui ne souffraient pas de délai.
La session ne dura guère plus d’un mois, et se termina le 13 octobre. |
Le temps ne permit pas aux représentants de continuer l’enquête sur les élections contestées du district de Montréal. Des résolutions furent passées à une grande majorité (40 contre 20) pour déclarer que la ville de Kingston n'était
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pas convenable pour être la capitule. On commençait à être fatigué de siéger dans ce petit bourg, qui n'était pas alors digne d'avoir le siége du gouvernement,
Il fut passé une loi qui imposait sur le blé américain importé au Canada un droit de trois chelins sterling pour chaque quarter de ce grain ; le blé importé pour l'usage des pêcheurs était exempté de ce droit. Cette mesure était demandée avec instance par la classe agricole, qui désirait être protégée contre l'introduction des produits des fermiers américains, avec lesquels elle ne pouvait soutenir la concurrence. Elle fut réservée à la sanction royale, et devint loi quelques mois après.
Une autre loi fut passée pour prévenir la violence et la corruption dans les élections. Cette mesure importante établissait un bureau de votation (poll) dans chaque paroisse ; l’ancienne loi n'en exigeait qu'un seul par comté. Sans être parfaite, cette loi était réellement un progrès, si on la compare aux actes antérieurs. C'était lu même que l’on avait passée l’année précédente, et qui avait été réservée à la sanction royale, mais que la reine refusa de sanctionner.
Les faubourgs des villes de Québec et de Montréal furent rétablis dans leur franchise électorale, On se rappelle que, pour seconder ses vues, Lord Nydenham avait privé de son droit de vote la plus grande partie de la population française de ses villes.
L’ordonnance de judicature passée par le conseil spécial fut rappelée. Cette loi était repoussée par tout le monde, parce qu’elle changeait l’ordre établi dans les cours, et qu’elle donnait trop de pouvoirs au juge en chef de la province.
132 BAGOT. [1842 L'ordonnance des chemins d'hiver fut amendée pour le district de Montréal, et suspendue pour deux ans dans les districts de Québec et de Gaspé, celle de l’enregistrement des hypothèques fut modifiée, et le temps fixé pour l'enregistrement fut prolongé jusqu’au 31 décembre 1843; celle qui établissait une police dans les villes fut abrogée.
Ainsi presque toutes les grandes mesures de Lord Sydenham et du conseil spécial furent ou rappelées ou amendées, de manière à satisfaire le peuple. Il restait encore l'ordonnance des municipalités que l’on ajourna avec la loi des écoles, et quelqu :s autres mesures d’une moindre impor- ‘ tance.
Il n’y avait qu'un instant que le nouveau ministère était à l’œuvre, et déjà plusieurs réformes avaient été faites. Les Canadi:n3 rendirent au gouvernement un témoignase éclatant d’approbation dans les nombreuses adresses qu'ils lui présentèrent.
Cette politique si sage souleva contre le gouverneur de l'opposition et même de graves injures de la part d’un certain nombre d'ultra-conservateurs, jaloux de la perte du pouvoir. Les organes de ce parti abreuvèrent d’amertumes et d'outrages ce sage administrateur, bien qu'il l'eussent déjà approuvé d’avoir engagé les Canadiens-français à participer au pouvoir. Ils s’élevèrent contre l'influence française, lorsque, sur les onze ministres, il n'y en avait que deux de cette origine, et sur les 84 députés, 20 seulement. Mais l'approbation sincère de la grande majorité des deux populations le rassura pleinement sur sa conduite. Peu après, il vit avec plaisir le minis-
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tère impérial approuver sa politique et confirmer les nominations qu’il avait faites. C'était l’mtention réelle du ministère Peel de maintenir dans cette province le gouvernement responsable tel qu’il existait en Angleterre. Dans une discussion concernant le Canada, le ministre des colonies, Lord Stanley, déclara que les instructions données à Sir Charles Bagot, à son départ, portaient que, dans l'application des lois et dans le choix des personnes que le gouverneur jugerait à propos d'appeler à son conseil, il ne serait fait aucune distinction d’origine ni de race; que le gouverneur devait oublier les transactions et les animosités récentes. Lord Stanley croyait que Sir Charles avait depuis sa nomination mérité l'approbation entière et cordiale du gouvernement de Sa Majesté ; et cela, par suite de la politique qui lui avait été tracée, de ne faire aucune distinction entre ceux qui auraient la volonté de coopérer cordialement avec le gouvernement pour l'avantage de la colonie. Plusieurs des principaux journaux de la métropole virent également d'un bon œil l'avènement des libéraux au pouvoir.
Ce fut pendant i'administra.ion de Sir Charles Bagot que la question des frontières américaines, qui avait failli amener une rupture entre l’Ancleterre et les Etats - Unis, fut réglée après plusieurs années de négociations, par un traité signé à Washington le 9 août 1842. Par ce traité, l'Angleterre cédait des millions d’acres de terre qi appartenaient incontestablement au Canada et au Nouveau-Brunswick. Elle abandonnait, dans la vallée de Madawaska, plus de deux mille Canadien-Français et Acadiens, qui auraient préféré continuer vivre sous la constitution anglaise. Outre la fixation des limites
entre les Etats-Unis et les Possessions Britanniques, ce traité supprimait entièrement le commerce des esclaves africains, et pourvoyait à l’'extradition, dans certains cas, des criminels fuyant la justice. Les plénipotentiaires nommés pour négocier et conclure le traité, furent Lord Ashburton de la part de l’Angleterre, et M.
Daniel Webster, secrétaire d'état des Etats-Unis.
L'année 1842 voyait revenir au Canada les Pères de la Société de Jésus. Ce fut avec un grand plaisir que les catholiques saluèrent, après une longue absence, le retour des membres de cet ordre si distingué par sa science et son zèle apostolique. Les Jésuites avaient rendu d’immenses services au pays jusqu’à la suppression de leur ordre, lors de la conquête. Ils avaient instruit la population française, évangélisé les nations indigènes, découvert des pays nouveaux, enfin aidé à maintenir la bonne intelligence entre les Français et les natifs du sol américain.
C’est en 1842 que fut organisée pour la première fois, à Québec, la société nationale de Saint-Jean-Baptiste, dont le Dr P. M. Bardy fut le premier président. Le 24 juin, la fête dn patron des Canadiens-Français fut célébrée dans l’ancienne capitale avec pompe et enthousiasme : — procession, messe solennelle, banquet, discours patriotiques. — L'année suivante, on imita le même exemple à Montréal et dans plusieurs autres endroits. À Montréal, on réorgania l’association de la Saint-Jean-Baptiste, qui avait été fondée quelques .anrées auparavant par M.
Ludger Duvernay. (!) Ces belles sociétés de-
(1) C’est en 1834 qu'eut lieu la première réunion patriotique des Canadiens d'origine française pour célébrer la fête St-Jean-Baptiste,
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Le Canada commençait à peine à ressentir les effets d’une administration si juste, lorsqu'une grave maladie s’empara du gouverneur, et le ravit bientôt à l'affection des Canadiens. Cet événement déplorable contrista gravement le cœur de ses fidèles sujets, qui demandèrent à genoux sa prompte guérison. De toutes les parties du pays, s'élevèrent des concerts de prières pour obtenir le rétablissement de sa santé, et de nombreuses adresses de condoléance lui furent présentées par toutes les classes du peuple (1). Voyant que sa santé ne s’améliorait pas, Sir
leur patron national. La fête se borna à un banquet auquel prirent part une soixantaine de convives. M. Jacques Viger, pre:aier maire de Montréal, fut élu président de la societé. Le but de cette fête était de cimenter entre les Canadiens des sentiments d'union, de sympathie ét de fraternité. On renouvela cette fête en 1836 et 1837. (Minerve de 1834).
Au nombre des citoyens remarquables que le Bas-Canada perdit en 142 furent l’Hon. M. Jules Quesnel, ci-devant membre du conseil spécial, et conseiller législatif depuis l’Union, et l’'Hon. M. Charles-E. Chaussegros de Léry, colonel et quartier-maître général de la milice.
Au mois de juillet, le bateau à vapeur Skamrock, qui voyageait entre Montréal et Kingston, périt par l’explosiôn de sa chaudière. À peu près cinquante personnes perdirent la vie dans cet accident.
(1) Un journal d'alors s’exprimait ainsi: ‘On vit un étrange spectacle présentant d’un côté le dévergondage et l’inhumanité avec lesquels, dans leur emportement, les #7-ys ont outragé le représentant de la reine jusque sur son lit de douieur, et les menaces de séparation qu’ils ont imprudemment adressées à l’Angleterre en conséquence de l’adoption de sa politique ; de l’autre côté, les unanimes et touchants témoignages de sympatñnie pour le noble invalide, et de loyauté franche et cordiale pour le gouvernement anglais, qui ont été comme le cri du cœur d’une population morale, religieuse et trop longtemps maltraitée.
Charles demanda à la métropole la nomination d’un successeur : il ne voulait pas que sa maladie nuisit aux affaires du pays. Au mois de mars 1843, il remit les rênes du pouvoir entre les mains de Sir Charles Metcalte. Na santé s’affaiblit peu à peu, et, le dix-neuf mai suivant, 1l rendit le dernier soupir entre les bras de son épouse éplorée. Queïques jours après, Lady Bagot partait pour l’Europe avec les restes mortels de cet exeellent gouverneur (!).
(1) Voici les belles et touchantes paroles que prononça Sir Charles Bagot sur son lit de mort, en prenant congé des membres du conseil exécutif :
‘Je vous ai réunis, messieurs, pour vous faire mes derniers adieux, et paur vous remercier de la manière la plus publique que je puisse le faire, pour le précieux appui que vous m'avez donné pendant une époque importante de la crise politique. Je vous remercie aussi pour la sympathie et la bienveillance que vous m'avez témoignées au milieu de mes angoisses ; par ce moyen les affaires publiques ont pu avancer, et l’attention la plus entière ètre accordée aux intérêts du pays, sans me charger que du trouble le plus minime possible, Ceci m'a été d’un grand soulagément personnel. Messicurs, je m'étais rendu garant à la mère-patrie de la ferme loyauté de ce pays ; et j'ai le plus grand plaisir de reconnaître que vous-mêmes, messieurs, et le pays, avez amplement justifié la garantie. S'il en eût été autrement, je serais descendu au tombeau avec la réputation d'un insensé. Tel que sont les choses, je sens que je n’ai rien dont je doive me repentir ; tout ce que j'ai fait, je le ferais encore sous de semblables circonstances. Nous ne sommes que des instruments entre les mains de l’Etre-Suprême, et nous ne pouvons prévoir les desseins de la Providence ; mais mon jugement est fort de la conviction que ce que nous avons fait sera, par la suite, prouvé être ce qu'il y avait de mieux à faire. Il peut y avoir des individus qui soient désappointés de Ia marche qui a été suivie, qui pensent que d’autres mesures auraient été préferables, et qui nous reprochent et À vous et à mi ce que nous avons fait sous la dictée de nos consciences. Je ne le puis empêcher. Je le regrette, et pardonne leur: injures. Je n'étais pas ici pour leur plaire, ni pour plaire à aucune coterie par le sacrifice des principes constitutionnels. Je le répète, je me réjouis de tout ce que j'ai fait, et me chagrins seulement de ce que je n’ai pu faire davantage. Je cesse d’être votre gouverneur et vous laisse le soin de défendre ma mémoire ; ce que vous ne sauriez mieux faire qu’en vous prévalant de la position que nous avons gagnée pour pousser vers sa consommation, par tous les moyens à
Sir tenait à l'Ang:l avec Elu m l'année des aff paix av ministr verain l'habile en le cr chevali déjà été privé.
d'amba 1814 a dans le des Pay retiré d succéde du Can
Ni sa diplom tint da Il se m rendit qui lui pendar seulem dans le
votre disp avons ach je me féli que je sui blables a Mélanges
lon | Sir Charles Bagot était né en 1781. Il appardie tenait à une des familles les plus illustres de ars l'Angleterre par son antiquité et par ses alliances les avec les maisons les plus nobles du royaume. hit Elu membre du parlement en 1807, il fut nommé dit l'année suivante sous-secrétaire d'état au bureau use des affaires étrangères. Au rétablissement de la aT- [ paix avec les Etats-Unis, en 1815, il fut désigné cet ministre plénipotentiaire dans ce pays. Son sou-
verain lui témoigna sa haute satisfaction pour l'habileté avec laquelle il avait rempli sa mission
les en le créant, à son retour en Angleterre, en 1820, nseil ] ‘ ; u ’ : . ‘ chevalier grand’croix de l’ordre du Bain. Il avait
niers déjà été élevé à la dignité de membre du conseil pre privé. On lui confia ensuite le poste éminent mer- d’ambassadeur à la cour de Russie. Nommé en avez 1814 ambassadeur à La Haye, il se distingua A 2S LA e L4 e. , ..
Ur dans les négociations de l'arbitrage des frontières rime des Pays-Bas. Depuis plusieurs années, il s'était ne : retiré de la vie politique, lorsqu'il fut appelé à est succéder à Lord Sydenham comme gouverneur Len du Canada.
HR Ni sa conduite dans les ditférentes missions sous | diplomatiques avait été honorable, celle qu'il cs tint dans dans ce pays ne fut pas moins loyale. " les . ‘
#24 Il se montra juste envers tous les partis. Ilse. e ce | rendit par là extrêmement populaire. Mais ce sé qui lui valut la grande popularité dont il a joui t'et pendant sa courte administration, ce ne sont pas ms- seulement les changements qu'il a introduits de dans le gouvernement, c’est plutôt la cordialité ète, pa 3 *
de votre disposition, l’œuvre que nous avons commencée, et que nous Leur avons acheminée jusqu'où les circonstances nous l'ont permis. Et au- je me félicite de la pensée que votre tâche sera d’autant plus aisée, ons que je suis remplacé par un homme dont les dispositions sont sem-
blables aux miennes, mais dont les talents sont plus grands. — Mélanges Religieux de 1843.
et la franchise qui ont brillé dans ses actes ; c'est la vive et sincère affection qu'il a témoignée pour une population que ses prédécesseurs avaient traitée avec mépris.
Quel singulier constraste n'offre pas cette administration avec celle qui l’a précédée, surtout pour ce qui regarde le Bas-Canada. Au temps de Lord Sydenham, le peaple manifestait les plus grands mécontentements, à cause de la conduite vexatoire de ce gouverneur. Il s'était trouvé blessé de l’adoption de certaines mesures qui avaient changé ses lois et ses habitudes, de la violation de la franchise électorale, de l’exclusion des chefs libéraux du pouvoir politique. Sir Charles Bag” & n’est pas plus tôt arrivé dans le pays, que ce même per de, méprisé et abattu la veille, se livre à une joie toute légitime. Fidèle apôtre de la liberté anglaise, il trouve le remède aux maux du passé, en appliquant d’une manière efficace le principe du gouvernement responsable. Les chefs aimés des Canadiens reçcoivent des places d'honneur, auxquelles ils ont droit par leurs talents et leur intégrité; les lois tyranniques sont abrogées ou amendées ; les électeurs recouvrent leur droit de vote; une loi électorale est passée de manière à empêcher, autant que possible, les excès commis aux dernières élections. Enfin, les dissentions font place à la paix et au bonheur. Aussi Sir Charles est-il béni de ce peuple, parce qu'il lui rend parfaite justice. Il laisse à la postérité un nom honorable une renommée sans tache. . Il doit être ajouté à la liste trop courte des gouverneurs anglais qui, par leur conduite noble et impartiale, ont été vivement regretté des Canadiens.