CHAPITRE III ADMINISTRATION DE LORD METCALFE
CONTINUATION DU MINISTÈRE LA FONTAINE-HALDWIN AVÉNEMENT DU MINISTÈRE VIGER-DRAPER.
Arrivée de Sir Charles Metcalfe.--Tâche du ministère La Fontain:- Baldwin.—Ouverture de la 3e session. —Débats au sujet de l Siége du gouvernement.— Liste civile. — Elections contestées de 1841.--Actes judiciaires, actes de sociétés secrètes, de l'indépendance de l'assemblée législative, des écoles du Haut-
Canada, etc. —Reésignation du ministère La Fontaine-Bal Lwin. —question des emplois. Conduite du ministère approuvée .— MM. Viger, Draper et Daly ministres provisoires, observations sur M. Viger.—Conduite de Sir Charles Metcalfe.—Ministère Viger-Draper.—Dissolution du parlement.— Elections générales. — Nouveaux députés.—Première session du second parlement, discours d’ouverture.—Jébats sur l’adresse.—Exiles politiques. Adresse à la reine demandant le rétablissement de la langue française.—Projet de loi de l Université du Haut-Canada.—Indemnité des pertes souffertes dans les troubles de 1837-8 — Travaux publics... -Lois des municipalités et des écoles.— Résultat de la session. — Changements minisiériels.—Erection de la province ecclésiastique de Québec. —Recensement.—Incendie des faubourgs de Québec .—Canadiens décédés. — Institutions, mouvement littéraire.—Départ de Lord Metcalfe, sa vie, et sa politique.
Sir Charles Metcalfe, baronnet, fut nommé successeur de Sir Charles Bagot dans le gouvernement du Canada. Il arriva à Kingston le 29 mars 1843, et prit le lendemain les rênes du pouvoir. Le nouveau gouverneur s'était distingué per ses services aux Indes Occidentales et surtout par sa sage administration à la Jamaïque, ile où il avait réussi à rétablir la paix et la confiance parmi une population composée de différentes races. À en juger par la réputation qu'il avait acquise jusqu’à cette époque, on devait
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présumer qu’il continuerait la politique libérale de son prédécesseur.
À part M. Baldwin, les ministrés furent réélus par acclamation, ou par de fortes majorités. Les conservateurs employérent toute leur influence contre le procureur-général du Haut-Canada, et lui firent perdre coup sur coup deux élections (1). Les libéraux du Bas-Canada furent heurcux d'accueillir cet homme distingué et de l’élire par acclamation dans le comté de Rimouski. Ils s'acquittèrent par là d’une dette d'honneur contractée envers M. Baldwin, qui avait rendu le même service à M. La Fontaine, lorsque celui-ci avait été contraint, en 1841, d'abandonner le comté de Terrebonne.
Plusieurs mesures importantes devaient attirer l'attention du ministère. Il y avait les lois des écoles et des municipalités à amender, le système judiciaire à réformer, la tenure seigneuriale à abolir. M. La Fontaine, comme représentant les intérêts des Canadiens d’origine française, devaient s'occuper de plusieurs questions qui concernaient ses compatriotes. L'acte d'union existait avec toutes ces clauses arbitraires. Le rappel de cet acte était impossible. Avant d'en venir à cette nécessité, il fallait épuiser tous les moyens d'obtenir justice. L'Union était toujours un mul, mais un mal d’où pouvait résulter le bien : car le gouvernement responsable donnait au peuple un élément suffisant de réparation pour le passé.
(1) La chambre annula l'élection de M. Murney, qui s'était opposé à M. Baldwin dans le comté de Ilasting. La violence et le tumulte qui s'étaient manifestés d’une manière extraordinaire dan: ce comté, avaient nécessité la présence des troupes et rendu impossible ou dangereuse la votation de la part des électeurs, M, Murney se présenta de nouveau et fut réélu.
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et pour le présent et de gasantie pour l'avenir. D'ailleurs, avec les concessions faites par Sir Charles Bagot, l'Union pouvait être tolérée par les Canadiens-français, tout en travaillant à l'amender autant que possible. Les clauses de la constitution concernant la proscription de la langue française et la liste civile devaient être nécessairement rappelées ; mais celle qui se rattachait à la dette du Haut-Canada ne pouvait l'être sans exciter le mécontement général de cette section de la province. La clause concernant l'égalité de la représentation dans le Haut et le Bas-Canada commençait à être envisagée sous un autre point de vue. Pendant les années précédentes, la province supérieure avait augmenté rapidement en population, grâce à l’immioration qui s'était portée à flots pressés sur ses terres fertiles. En continant à progresser sur le même pied, Ja population de cette province devait égaler bientôt et même dépasser celle du Bas- Canada. C'était donc faire preuve d’une sage politique que de ne pas penser à amender cette clause, D'ailleurs, il était impossible de réunir les deux-tiers des représentants (chiffre nécessaire pour changer la représentation) en faveur de ce changement, car les Hauts-Canadiens n’y consentiraient jafais.
Les chambres furent convoquées le 28 septembre. Au nombre des nouveaux députés étaient M. Henry Sherwood, conservateur influent et possédant des talents remarquables, M. Jean Chabot, avocat distingué, élu à la place de M. Burnet, pour la ville de Qubec, et M. E.-J. Wakefield, député du comté de Beauharnois. MM.
Draper, Massue et W. Baldwin étaient du nombre des sept conseillers législatifs nommés en 1843 (1).
Sir Charles Metcalle ouvrit la troisième session du premier parlement par un discours remarquable. Après avoir mentionné avec regret la mort de son illustre prédécesseur, il attira l'attention des chambres sur l'amélioration du système de judicature et du jury, des lois municipales et de l'éducation. Il annonça que le parlement impérial avait passé un acte qui facilitait l’introduction du blé et de la farine du Canada dans les ports du Royaume-Uni, en réduisant d'un chelin par mesure impériale de huit boisseaux, le droit sur le blé du Canada et en diminuant en proportion le droit sur la farine.
Ce fut M. D.-B. Viger qui proposa l'adresse en 1éponse au discurs du trône. Ce noble vétéran de la politique rendit hommage à la mémoire de Sir Charles Bagot. Il repassa Tune a: près l’autre les mesures d'intérêt public mentionnées dans le discours, et en félicita le gouverneur ainsi que ls ministres.
(1) Liste des nouveaux députés élus depuis la dernière session, non compris les n.embres du ministère :
Ed.-G. Wakefieid, élu pour le comté de Beauharnois, en remplacement de J.-W. Dunscumb ;
Henry Sherwood, Toronto, en remplacefhent de J. Buchanan ;
H. Judah, Champlain, sé R.-J. Kimber ;
Jean Chabot, Quebec, ik D. Burnet ; Vm. Stuart, Russell, Fe W.-H. Draper ; T. Franchère, Rouville, LS Wm. Walker ;
Les membres suivants furent élus pendant la session :
Louis Lacoste, Chambly, à la place de John Yule ;
A. Jobin, Montréal, (comté), ‘‘ L -M. Delisle ;
E. Murney, Hasting, 4 Baldwin ;
Pierre Beaubien, Montréal (ville), à la Fe de G. Moffatt.
Les nouveaux conseillers législatifs étaient les Hon. MM. W.-H. Draper, P.-B. DeBoucherville, A. Irving, R.-G. Kimber, Louis Massue, C. Widmer et W.-W. Baldwin.
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M. Merritt seconda l'adresse, et appuya principalement. sur les questions de commerce, de revenu et des travaux publics, sujets qui lui étaient familliers.
M. Henry Sherwood désapprouva presque tous les sujets de l’adresse, et fit un sombre tableau du pays. Suivant lui, la province ne s'était
jamais trouvée dans une si pénible position : les
cultivateurs manquaient de chemins, le revenu avait beaucoup diminué, l'intérêt de la dette avmentait. Le peuple du Haut-Canada était sur le qui-vive: c'est ce que les élections générales prouveraient.
Sir Allan McNab condamna l'administration pour les actes qui regardaient le Haut-Canada. Il se plaignait de ce que les rebelles étaient récompensés, tandis qu’on méprisait les loyaux ! Les ministres, disait-l;, ne représentaient par les vœux de cette province ; pour -preuve, M. Baldwin avait été contraint de se faire élire dans le Bas-Canada. Le noble chevalier raconta des scènes désagréables de 1837-8, attaquant surtout gravement le caractère de M. Baldwin. Sir Allan fut blâmé par plusieurs de ses amis.
Après les discours de MM. Aylwin, Hincks et La Fontaine, qui défendirent leur politique, M. Baldwin se lava des accusations portées contre lui par Sir Allan. ‘ J'ai été souvent désigné, ditil, comme un rebelle et un traître..…...mais je ne m'occupe pas de ces bas outrages. J'ai, Dieu merci, une réputation, et je ne crains pas de la soumettre à l'épreuve du verdigt de mon pays. Qu'est-il résulté de toutes les injures portées contre moi? J’ai eu l'honneur d’être nomré à des emplois de haute confiance par trois diffé-
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rents représentants de ma souveraine, et cette confiance en moi m'est continuée par le chef actuel du gouvernement. Voilà ma justification Je puis, cependant, invoquer d’autres raisons à mon appui. Ne suis-je pas approuvé par cette chambre dont le braveet preux chevalier attaque les membres en m’attaquant ? Que l'honorable membre regarde aux registres de cette chambre, il y trouvera un vote de 55 contre 5 en revendication de ma conduite publique ; ce qui prouve également que je jouis de la confiance de mon pays.”
L'opposition se voyait si faible, qu’elle n'osa pas même provoquer une seule division. L'adresse fut votée sans amendement.
La question du siége du gouvernement fut une des premières agitées. À la dernière session, la majorité des représentants avait déclaré la ville de Kingston impropre comme capitale. Le gouvernement impérial, que l’on avait consulté, ne voulait pas en venir à une décision sans avoir l'avis de la législature. Le ministère se prononça en faveur de Montréal, et fit de cette mesure une question ministérielle. M. Harrison donna sa démission de membre du cabinet, parce qu'il ne voulait pas consentir à un changement qui allait priver ses électeurs du siège du gouvernement.
Il ne fut pas question de la cité de Québec, qui avait des droits légitimes à devenir la capitale de la province. Il s'agissait de décider entre Montréal et Kingston, Montréal était comme aujourd’hui la ville la plus populeuse (40,000 âmes en 1842), et la plus riche du Canada. Elle est le centre commercial entre les deux sections de la province, l’entrepôt où finit la navigation par
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mer et où commence la navigation par canaux, le centre des communications avec les Etats-Unis par le lac Champlain et la rivière Hudson. On pouvait la considérer avec Québec comme la ville la mieux qualifiée pour devenir le siége du gouvernement. Kingston n'était qu'un petit bourg insignifiant comparé à ces deux villes. Le projet ministériel passa à une majorité de vingt-quatre voix dans la chambre d’assemblée et de quelques votes au conseil législatif. Une adresse fut votée à la reine pour la prier de se rendre aux vœux de la législature. Quelques mois après, l’assentiment royal fut donné à la mesure, et Montréal devint la capitale du Canada.
Les conservateurs s'opposèrent avec force à la mesure, et s’en servirent pour en faire du capital politique. [ls dirent qu'ils avaient consenti à l’Union des Canadas à condition que le siége du gouvernement restàt dans le Haut-Canada ; d'ailleurs, Lord Sydenham le leur avait promis. Ils étaient convaincusque la translation de la capitale hors du Haut-Canada nuirait au fonctionnement de la constitution, et retarderait l'accomplissement du but politique de l'Union : l’anglification du Bas-Canada. Ce fut pour ces raisons que M. Moffat, député de Montréal, remit son mandat ; ses électeurs lui avaient demandé de voter pour la mesure ministérielle, MM. Harrison et Merritt, réformistes, votèrent aussi contre Montréal.
C'est: aussi à la suite du vote sur cette question, dans le Conseil Législatif, que M. Jameison résigna son siége de président, et que treize autres conseillers laissèrent leurs fauteuils, et ne les reprirent que plus tard. Au commencement de la session, a conseil avait, dans un temps où
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146 METCALFE. [1842 presque tous les conseillers du Bas-Canada étaient absents, passé des résolutions pour conserver la capitale dans les limites du Haut-Canada. M. A. Dionne demanda un délai de quelques jours pour examiner une question aussi importante ; il voulut aussi qu'un appel nominal des conseillers fût fait. On ne l’écouta pas ; on lui refusa même la traduction des résolutions dans sa propre langue. Le conseil précipita donc le vote contrairement à tout esprit de justice et de loyauté. Lorsque la chambre d’assemblée demanda plus tard le concours du conseil lég'islatif sur le projei ministériel, les membres qui avaient voté en faveur des résolutions s’y opposèrent de touies leurs forces, alléguant qu'ils s'étaient déjà prononcés sur cette question.
M. Caron fut appelé à remplacer M. Jameison comme président du conseil législatif. Homme de talent, ami dévoué de son pays, M. Caron avait un droit acquis à ce poste élevé (1).
La chambre d'assemhlée vota à la reine üne adresse lui demandant d’abroger la liste civile, que l’on considérait incotistitutionnelle telle qu'établie par l’acte d'Union. La chambre reconnaissait à elle seule le droit de voter les demers publics ; elle s'engageait cependant à passer une loi pour défrayer les salaires des juges et des officiers, lorsque la liste civile serait abrogée. Le gouvernement s'était déjà mis en communication avec la métropole au sujet de cette liste.
Un comité fut chargé de s’énquérir des meil-
(1) Sir Charles Metcalfe avait, paraît-il, offert en premier lieu la présidence du conseil à M. L.-P. Sherwood, conservateur, sans avoir consulté les ministres. La même ufire avait été faite aussi à M. McGill et à M. Neiïlson. Aucun d’eux ne l'avait acceptée.
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leurs moyens à prendre pour favoriser la colonisation et l’immigration. Un autre fut choisi afin de continuer l'enquête sur les élections contestées de 1841, mais elle ne fut pas complétée ; un grand nombre de témoignages furent enregistrés dans les journaux de la chambre, et ils dévoilèrent beaucoup de moyens illégaux dont s'était servie l'administration de 1841 pour assurer l'élection des candidats ministériels. Plusieurs des membres dont les siéges étaient contestés, avaient déjà remis leurs mandats; ensuite eurent lien les élections générales en 1844, de sorte que cette enquête n'eut pas de suite.
Les chambres adoptèrent à une grande majorité, malgré l'opposition des députes orangistes, un projet de loi pour détruire les sociétés secrètes. On voulait par cette mesure empêcher les orangistes de renouveler des actes de vengeance qu'ils avaient souvent exercés contre les Irlandais catholiques. Ce projet fut réservé à la sanction royale ; mais elle lui fut refusée. On allégua que cette loi plaçait une classe de citoyens hors de la protection des lois ; et comme la législature du Canada avait passé, dans la même session, des lois pour restreindre les démonstrations tendant à troubler la paix publique, il était plus
Juste et plus constitutionnel de s’en reposer sur
le gouvernement, afin de prévenir les excès des sociétés secrètes,
Un autre acte fut réservé à la sanction royale : celui qui était destiné à mieux assurer l’indépendance de l’assemblée législative. La métropole le sanctionna, et il devint loi peu après. Cette mesure rendait inéligibles la plupart des employés publics, à moins qu'ils ne résignassent