‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 33 · I.-W. Powell · texte numérisé non relu

I.-W. Powell

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lations. C’est pendant ce débat qu’un député au Haut-Canada, M. Ermatinger, déclara que, dans le parlement d’une province anglaise, il n’était pas nécessaire que le président connût la langue française ; il considérait que la chambre devait être anglaise de fait comme de nom. Le nom de ce membre mérite de passer à la postérité. Sir Allan l’emporta de trois voix sur M. Morin.

Sir Allan avait certainement les qualités requises pour remplir la charge de président de la chambre, si l’on excepte toutefois son ignorance de la langue française. Il était un des membres les plus remarquables, et avait autrefois occupé avec habilité le même poste dans l'ancienne chembre du Haut-Canada. Mais il faut avouer qu'on montrait peu de justice en faveur des Canadiens-français, en élisant pour président de la chambre un membre ne parla: t pas leur langue. On ne prenait pas le moyen ue les attacher à la constitution, et de se concilier leur esprit.

Le lendemain, le gouverneur vint prononcer le discours du trône. Il attira l’attention des deux chambres sur la nécessité d'améliorer l’éduation du peuple, en amendant les lois existantes suivant le besoin de chaque section de la province; sur les institutions municipales, dont plusieurs dispositions avaient été reconnues mauvaises et impraticables ; sur la nécessité de renouveler l'acte de milice, qui était expiré dans le Bas-Canada, et sur l'établissement d’une loi genérale de milice dans toute la province. Il annonça que la reine avait reçu l'adresse de la chambre d’asserublée au sujet de la liste civile, et qu’elle était disposée à recommander au par-

170 METCALFÉ. [1844

lement impérial le rappel de la partie de l'acte d'union qui se rattachait à liste civile, lorsque la législature du Canada aurait pris les mesures suffisantes pour pourvoir à une rémunération équitable des officiers publics. Dans la dernière partie du discours, il s'exprima ainsi sur le gouvernement responsable et la formation du ministîre :

‘Je continuerai à exercer la charge qui m'a été donnée par notre souveraine, suivant les principes reconnus de notre constitution provinciale, et de manière à rencontrer les vœux et les besoins du peuple.

“ Aussitôt que plusieurs des emplois les plus importants de l'administration sont devenu:

vacants, j'ai essayé de les remplir en nommant des Canadiens qui étaient censés jouir de la confiance du peuple. Des obstacles extraordinaires ont suscité des retards dans la réalisation de ce projet, malgré mes efforts incessants pour atteindre ce but.”

La réponse au discours du trône donna lieu pendant plusieurs jours à une chaude discussion entre le parti ministériel et l’epposition. M. Baldwin proposa plusieurs amendements, dont l’un exprimait le regret qu'avait la chambre, de ce que Son Excellence avait-été avisée de conduire les affaires de la province pendant plusieurs mois sans former une nouvelle administration, conduite, ajouta-t-il, qui était contraire aux principes de la constitution.

M. Baldwin démontra qu'il n’y avait en Angleterre aucun précédent qui pût être cité pour justifier les actes du gouvernement. La dernière session s'était terminée sans qu’on eût formé de

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ministère ; la province avait été neuf mois sans chefs de départements; on avait ensuite convoqué la législature à une époque trop éloignée, car il n’y avait pas de subsides de votés pour un temps aussi long ; et plusieurs mesures importantes, laissées de côté à la dernière session, exigeaient plus tôt la convocation du parlement. Il parla ensuite de l’inconsequence de M. Papineau, qui avait approuvé la retraite des chefs libéraux du ministère, et de M. Sherwood, qui s'était montré si grand adversaire du gouvernement constitutionel.

M. Papineau dit qu'on l'avait accusé à tort d'avoir usurpé la place de ses amis politiques, après les avoir approuvés lorsqu'ils avaient laissé les banquettes ministérielles. Il avait regretté leur démission ; mais, en les appuyant jusqu’au dernier moment, il avait, comme plusieurs autres membres, modifié ses opinions privées, afin de ne pas causer de division ; il n'avait fait qu'approuver les mesures passées alors par la majorité de la chambre. ‘ L'on m'a accusé, continua-t-il, d'avoir changé mes principes, de les avoir même reniés en consentant à entrer au ministère. Il n’y aurait donc que mes prédécesseurs qui auraient pu entrer dans l’administration sans abjurer leurs principes ? N'y aurait-il qu'eux qui pussent avoir de la consistance, de l'honnêteté, des talents ? La conséquence de la position qu'ils assument en me faisant ce reproche, serait de substituer une question de personnes à une question de principes; ce serait dire qu'eux seuls peuvent faire le bien du pays, que sans eux il ne sera permis à personne de travailler ni de contribuer à promouvoir les

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intérêts de notre commune patrie... J'espère que mes compatriotes voudront bien ne pas me retirer leur confiance et ne me juger que par mes actions. ”

M. Sherwood avoua qu'il avait été un ardent adversaire du gouvernement responsable, parce qu'il avait craint que son application dans la colonie n’eût un mauvais résultat. Mais puisque ce système avait été concédé et mis en pratique, il était de son devoir comme membre du gouvernement et de la chambre de l’accepter et de le mettre à exécution. Il défendit Sir Charles Metcalfe, et cita l'exemple du duc de Wellington, qui, en l'absence de Sir Robert Peel, avait retenu plusieurs portefeuilles pendant quelques semaines. M. Sherwood ridiculisa l'association de la réforme que les libéraux avaient organisée dans le but de soulever le peuple en leur faveur : cependant une majorité approuvant le gouvernement avaît été élue par le même peuple, ce qui montrait que les actes du gouverneur avaient reçu l'approbation des Canadiens.

MM. Aylwin, Cameron (Malcolm), Chauveau, parlèrent en faveur de l'amendement de M.

Baldwin ; MM. Gowan, Colville, etc., appuyèrent l'adresse ministèrielle. L’amendement fut rejeté sur une division de 36 contre 42 (1),

(1) POUR LES AMENDEMENTS :-—-MM. Armstrong, Aylwin, Baldwin, Berthelot, Bertrand, Bouthillier, Cameron, Cauchon, Chabot, Chauveau, Christie, Desaulnier, DeWitt, Drummona, Franchère, Jobin, Lacoste, La Fontaine, Lantier, Laurin, Le Moine, Leslie, MacDonald (de Glengarry), MacDonald (de Stormont), Meéthot, Mori, Nelson, Powell, Price, Roblin, Rousseau, Small, Smith (de Wentworth}, Tache, Taschereau, Thompson— 36.

CONTRE :—MM. Boulton, Books, Chalmers, Colville, Cummings, Daly, DeBleury, Dickson, Duggan, Dunlop, Ermatinger, Foster, Gowan, Grieve, Guillet, Hale, Hall, Jessup, Johnston, Lawrason,

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Comme on le voit, la majorité en faveur du ministère n'était pas très-forte.

Un des premiers actes des députés fut de voter unanimement, sur motion de M. La Fontaine, une adresse à la reine, la priant d'accorder une amnistie générale pour toutes les offenses politiques commises dans les troubles de 1837-38 ; cette amnistie ne fut accordée qu'en 1849. Cependant, dès 1843, la métropole, à la sollicitation de Sir Charles Metcalfe et de ses ministres, avait consenti à accorder la liberté aux détenus politiques, lorsque la demande en aurait été faite par leurs parents. C’est ce qui eut lieu en effet. On fit, dans le même moment, un appel à la générosité publique ; et des sommes considérables furent recueillies pour procurer aux exilés l'occasion de revenir dans leur patrice.

En 1845, presque tous ces infortunés eurent le bonheur de revoir, après une absence de six longues années, le foyer paternel, leurs familles, leurs parents et leurs amis. Il est difficile de peindre les privations, les sensations cruelles qu'ils avaient endurées sur la terre de l'exil. Ils avaient d’abord été traités avec dureté et soumis à une surveillance continuelle, à un travail abrutissant. Plus tard on leur avait laissé plus de liberté; on leur avait même permis de s’établir et de travailler pour leur propre compte. Les exilés reçurent leur pardon avec une joie

MacDonald (de Cornwall}, MacDonald (de Kingsten), McConnell, Meyers, Moflatt, Murney, Papineau, Petrie, Riddell, Robinson, Scott, Seymour, Sherwood (de Brockville), Sherwood (de Toronto), Smith (de Frontenac), Smith (de Missiskoui), Stewart (de Bytown), Stewart (de Prescott), Watts, Webster, Williams, MacDonell (de Dundas)—42.

Ne votèrent pas Sir Allan McNab, président ; MM. Harrison, Le Bouthillier, Merritt, Prince, étaient absents,

174 METCALFE. [1845 inexprimable ; mais le bonheur qu'ils éprouvèrent d'abord fut mêlé de chagrins amers, lorsque la plupart d'entre eux virent leurs familles plongées dans la misère, leurs propriétés portant encore les traces de l'incendie et de la dévastation. Les Canadiens saluèrent avec le plus grand plaisir l’arrivée de ces victimes d’un trop grand patriotisme, que l’on avait punies avec beaucoup trop de sévérité.

Les procès politiques commencés depuis longtemps contre MM. Papineau, O’Callaghan et Brown, avaient aussi été abandonnés en 1843.

M. La Fontaine avait même offert sa démission pour obtenir cette faveur; qu: le gouverneur avait d’abord hésité à accorder. Des lettres de grâce avaient été en même temps accordées à plusieurs chefs de l'insurrection réfugiés aux Etais-Unis (1) L'honorable M. Louis - Joseph Papineau quitta la France pour le Canada en 1845. À con arrivée, l'illustre patriote reçut de l'élite äe la société canadienne et anglaise les témoignages de la plus vive sympathie. Tous les Canadiens s'empressèrent d'aller le saluer et de lui souhaiter une cordiale bienvenue. M.

Papineau était alors âgé de cinquante ans et avait conservé toute sa vigueur.

Nous devons en toute justice mentionner que si les exilés revirent aussi vite leur patrie, le mérite en revenait principalement à Sir Charles Metcalfe, qui avait employé toute son influence

(1) Les Docteurs John Rolph, Charles Dunscomb et W. Nelson, MM. Gibson, Montgomery, Bouchette et 1. Duvernay étaient an nombre de ceux qui revinrent au Canada à cette époque. En 1846, il y avait encore en Australie onze Canadiens ; ils avaient reçu leur pardon en même temps que les autres, mais ils continuèrent d’euxmêmes à séjourner dans cet endroit,

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pour obtenir leur pardon. Il avait été activement secondé dans ses démarches par les membres du ministère La Fontaine-Baldwin et ceux de l'administration Viger-Draper.

M. D.-B. Papineau, ministre des terres de la couronne, fit pendant la session une démarche qui lui acquit la reconnaissance de ses compatriotes, et racheta sôn vote en faveur de l'élection de Sir Allan McNab à la présidence de la chambre. Il proposa, au nom du gouvernement, de voter à Sa Majesté une adresse pour rappeler la clause de l'acte d'union qui proscrivait la langue française dans les procédés législatifs. Cette motion fut reçue avec la’ plus grande joie, et l'adresse fut votée par acclamation an milieu des applaudissements de toute la chambre. Les députés anglais, en agissant si loyalement, accomplirent un acte de justice et de générosité. Plusieurs d’entre eux, entre autres M. Moffatt et le Dr Dunlop, rétractèrent ce qu'ils avaient antrefois dit contre la langue Française, et déclarèrent qu'ils seraient heureux de la voir sur le même pied que la leur. La langue française ne fut rétablie dans les procédés législatifs qu'à la session de 1849. L’Angleterre apporta un délai considérable à rappeler la clanse de l’acte d'union qui proscrivait cette langue. Elle avait été bien mal conseillée lorsqu'elle avait décrété une action si injuste, qui avait blessé dans ses intérêts les plus chers la majorité de la population du pays. On aura peine à croire plus tard qu'elle ait tenu envers les Canadiens-Français une conduite aussi arbitraire, qu'ils n'avaient certainement pas méritée.

Les élections contestées occupèrent la chambre

176 METCALFE [1845 d’assemblée pendant un temps considérable L'élection de M. Small fut déclarée nulle, et son adversaire, M. Munro, le remplaça ; celle de M. Malcolm Cameron fut aussi annulée, mais il fut réélu à une forte majorité (1). Plusieurs péti. tions contre l'élection des députés du Bas-Canada furent renvoyées, parce que les membres minis tériels décidèrent que les pétitionnaires ne s'étaient pas conformés à la loi ; les libéraux étaieut d’un avis contraire.

Au commencement de l’année 1845, les chambres apprirent que le gouverneur avait été créé pair du KRoyaum:-Uni, sous le nom de Baron Metcalfe de dernhill au comté de Berks. Elles lui votèrent, à cette occasion, une adresse de félicitation.

Au milieu de la session, M. Draper laissa le conseil législatif pour venir diriger lui-même les mesures ministérielles dans la chambre d'assemblée, Ses collègues s'étaient montrés d'une incapacité complète et d'une grande ignorance du droit constitutionnel.

M. Draper s'était fait élire par la petite ville de London à la place de M. Lawrason, qui avait résigné en sa faveur. Il introduisit alors un projet de loi pour créer une institution qu ‘on appellerait “ L'Université du Haut-Canada.” L'église anglicanc possédait depuis 1828 un établissement nommé Æings College où Université de Toronto, qui avait été largement doté par l'Angleterre à même les terres du Canada, Depuis

(1) L'Hon, M. Morin, ayant été élu dans deux comtes, celui du Saguenay et celui de Bellechasse, choisit ce dernier comté. L'Hon. P, de Sales Laterriére fut élu au Saguenay. Pendant la session, l'Hon. 5.-B. Harrison accepta une charge de j juge de district, H. C, ; il fut remplacé par M, Wood dans le comté de Kent.

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quelques années, les autres sectes protestantes réclamaient leur part du revenu de ces terres, prétendant que la métropole en avait fait l'octroi pour l'éducation de tous les sujets appartenant à n'importe quelle dénomination religieuse. Les membres de l’église anglicane avaient jouiexclusivement jusqu'à cette époque du revenu de ces terres, et prétendaient de leur côté que la dotation n'avait été faite qu’en leur faveur. Pour régler la difficulté, le ministère proposa de mettre toutes les sectes protestantes sur un pied d’égalité, et de leur donner une part dans la distribution des t:rres faite au collége royal. Pour cela, il voulut reconstituer le collége royal en une université qui porterait le nom d’Université du Haut-Canada ; mais ce même coilége ne cessait pas d'exister, il devenait un collége affilié à l'Université, ainsi que le Collége de la Reine de Kingston et celui de Victoria.

Cette mesure, qui était à peu près la même que celle que M. Baldwin avait introduite à la session précédente, r'ncontra une vive opposition dans le Haut-Canada. Elle était considérée comme injuste par beaucoup de personnes. Le ministère allait être battu sur cette question sans la défection de sept ou huit réformistes. M. Draper ne crnt pas devoir eller plus loin que d'en faire voter la seconde lecture : il s'aperçut qu'elle n'était pas populaire, et qu’elle mettait le ministère en danger. Déjà M. Robinson avait donné sa démission, et le solliciteur-général Sherwood menacçait d’en faire autant, si la mesure passait dans toutes ses phases.

Üne somme de $500,800 fut votée pour contidéjà commencés,

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178 METCALFE. [1845 améliorer la navigation intérieure, et eù: tout encourager la colonisation par des chemins. La chaibre approuva un montant assez considé:4 ie que le gouvernement avait avancé les années précédentes, pour la continuation de certains ouvrages. De toutes ces sommes, le Haut-Canada eut, comme en 1841, la plus grande part. Les députés du Bas-Canada trouvèrent injuste cette conduite : car le gouvernement devait favoriser également toutes les parties du pays. M. Taché, dans un discours 1emarquable, prouva par des faits et des chiffres que le Bas-Canada avait été sacrifié depuis l'Union, aux intérêts du Haut- Canada, et n'avait pas reçu sa part des deniers publics ; que les districts de Québec et de Gaspé avaient été surtout privés de toute amélioration, bien qu'ils contribuassent autant que toute autre partie de la province à la prospérité du pays. M. Taché prenait rarement la parole ; mais chaque fois qu'il le faisait, 1l ne manquait jamais de faire sensation par une véritable éloquence et par un langage raisonné. M. Dewitt fit aussi, à la même occasion, un discours magnifique, défendant les intérêts du Bas-('nada.

On alloua, de plus, ane som: de $40,000 au Haut-Canada, pour l’indemniser des pertes qu'il avait souflertes pendant les troubles civils. Des débentures devaient être émises pour ce montant, et les deniers provenant des licences dan: cette province étaient destinés à payer ces débentures. Le revenu des licences dans le Bas- Canada devait être aussi appliqué à des fins locales ; mais ce revenu était de beaucoup moindie dans ‘ette partie de la province que dans le M. LaFontaine, au nom de l'op-

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avantage au Bas-Canada. On allégua sans raison que le Haut-Canana avait passé avant l’Union une loi pour indemniser ceux qui avaient souffert dans les troubles, parce que cette province était alors dans un embarras financier, et que l'acte d'union n'avait pas pourvu à cette dette, M. Papineau répondit que le gouvernement n'était pas prêt à indemniser le Bas-Canada, parce que le montant de ses pertes n'était pas connu ; mais il s'engag'ea à le faire à la prochaine session, et à nommer une commission pour constater les dommages qu'avait éprouvés cette province. La mesure fut passée à une majorité de treize voix (43 contre 30).

La législature passa deux actes pour encourager l'agriculture dans les deux sections de la province, par le moyen d'associations agricoles qui seraient “tablies dans les comtés et dans les districts. Le gouvernement s’engageait à tripler les sommes souscrites par les sociétés, et cet argent devait être employé en prix décernés dans deux exhibiüons annuelles, ainsi qu'à l'importation d’animaux et de grains d’une espèce améliorée,

Une compagnie fut incorporée sous le nom de Compagnie de chemin à lisses du Saint-Laurent et de l'Atlantique ; elle s'obligeait à construire un chemin de fer de Montréal à Portlond. C'est de cette année que datent les premières démarches laite; pour la construction des chemins de fer en cette province. Dans le Haut-Canada, on projeta en même temps plusieurs voies ferréés devant relier les principules villes,

Un acte fut passé pour faciliter la commuta-

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180 METUALFE. [1845

tion volontaire de la tenure des terres, dans les seigneuries. Par cette loi, les propriétaires pouvalent s'entendre avec les seigneurs, pour libérer leurs terres de toutes charges seigneuriales. Une autre loi pourvoyait à une exploration géologique de la province. On rendit aussi aux membres du clergé le droit de voter aux élections, chose trèsjuste, à laquelle la loi de 1843 n'avait pas songé. Les lois concernant les cours de districts dans le Haut-Canada furent amendées et consolidées.

Les deux principales lois de la session étaient celles qui concernaient les municipalités et les écoles du Bas-Canada. En principe, ces deux actes étaient les mêmes que ceux qu'avait introduits M. Morin à la session précédente. Le mérite de la présentation restait toujours à l'administration actuelle, et M. Papineau, qui les prépara, montra un véritable désir de prendre les intérêts de ses concitoyens, Ces actes n'étaient pas sans défauts, et la rédaction :n était surtout défectueuse ; inais ils jetaient les bases d’un système préférable à l’ancien.

L'acte des municipalités rappelait l'ordonnance passée par l: conseil spécial, et pourvoyait à ce que chaque paroisse cu canton (fownship) formät une corporation municipale représentée par un cons2il de se;:t membres élus par le peuple.

Chaque conseil devait élire un président appelé marre, et avait à peu près les mêmes pouvoirs que les couseils de districts créés par Lord Nydenham. {eite organisation par paroisse convenait mieux au peuple canadien, qui était habitué à régler en famille ses affaires locales. Enfin, l’acte contenait les changements que l’on avait demandés si énergiquement à l’ancienne

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ordonnance. Si cette dernière loi n'avait pas bien fonctionné, si elle avait excité tant de mécontentement, c'est qu'elle avait été imposée par un corps législatif non élu par le peuple, à la veille de la convocation du paiïlement sous l'Union ; qu’elle contenait plusieurs clauses injustes et reconnues impraticables, que l'administration de Lord Sydenham s'était refusé à amender, comme le voulait la grande majorité des députés du Bas-Cünada.

L'introduction du système municipal a été pour le peuple canadien d’un immense avantage. Elle lui a procuré la gestion de ses affaires locales, lui a donné les moyens de faire dans chaque localité de plus grandes améliorations et de développer son intelligence par la discussion des affaires dans le conseil.

L'acte des écoles était de la plus grande importance. Il devait hâter le progrès da l'instruction élémentaire: car le principe de la taxe compulsoire qu'il établissait, était le moyen le plus direct de procurer l'éducation au peuple. Les Canadiens conservaient cependant le droit de se cotiser volontairement pourvu que le montant ainsi réalisé égalât l'octroi accordé par le gouvernement. S'ils n'agissaient pas volontairement, la loi exigeait la cotisation générale suivant la valeur des propriétés. Les écoles se trouvaient maintenant indépendantes des autorités municipales ; les commissaires élus par le peuple et le surintendant de l'éducation en avaient seuls le controle.

Quelques progrés s'étaient accomplis, cependant, sous l'opération de la loi de 1841. Le nombre des écoles qui s'étaient mises #ous le

contrôle des commissaires et qui avaient eu part à l'octroi du gouvernement, n'avait été que de 651 en 1843; l’année suivante, il y en avait 1292. Si le résultat avait d'abord été lent, la faute retombait sur les conseils municipaux, qui avaient refusé de seconder les vues du gouvernement. Nous devons mentionner en justice que le surintendant du Bas-Canada, M. le Dr Meilleur, montra le plus grand zèle dans l’accomplissement de sa charge et fit tout en son pouvoir pour juire progresser l'éducation. Il fut grandement secondé par les membres du clergé, qui, ayant été nommés presque partout commissaires, avaient pris une part active à l'établissement de nouvelles écoles.

La législature fut prorogée le 29 mars, après quatre mois de session. Cent sept lois reçurent la sanction du gouverneur; la plupart d’entre elles concernaiïënt le Haut-Canada, et étaient d'une nature privée. Quelques-unes des mesures adoptées par les chambres, telles que les actes des écoles et des municipalités du Bas-Canada, des cours de ilistricts du Hant-Canada, l'adresse à la reine concernant le rétablissement de la langue française, étaient très importantes et faisaient le plus grand honneur au gouvernement. Il faut dire, à l'avantage de l'opposition, qu'elle seconda le ministère pour faire adopter ces mesures. Le gouvernement négligea cependant de s'occuper de plusieurs sujets importants mentionnés dans le discours du trône : les lois de milice, de jury, ainsi que la liste civile, furent laissées de côté. On continua l’ancienne loi de milice du Bas-Canada, qui venait d’expirer. Une nouvelle nomination d'ofliciers fut faite en 1845 ;

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mais elle fut d’une manière peu libérale. Les habitants canadiens-français des villes et des cHHpagnes ne reçurent presque partout que des urades inférieurs. La nomination des juges de paix, qui eut lieu vers le même temps, ne rendit pas plus de justice à la population française. Cette conduite aggrava encore le mécontentement des libéraux contre le ministère.

Le parti libéral du Bas-Canada avait eu à se plaindre de plusieurs injustices commises à son égard par le gouvernement pendant la session. La somme de Æ£40,000 votée au Haut-Canada pour l’indemniser des pertes souflertes pendant la rébellion, avait été accordée contre sa volonté. On lui avait encore refusé d’amender la loi concernant les élections, afin d'éviter les scènes de désordres commises dans les élections générales de 1844 ; de fortes sommes d'argent avaient été votées pour des améliorations dans la province supérieure, au détriment du Bas-Canada, tandis qu'on avait refusé d'accorder les mêmes avantages à cette dernière province. Les ministres du Haut-Canada, forts de leur influence, en prolitèrent pour passer des lois favorables à leurs constituants. MM. Papineau, Smith et Daly les laissèrent tenir une conduite injuste envers la population qu'ils représentaient. Ces hommes politiques n'avaient été approuvés que par quelques députés anglais et deux Canadiens-français. Au lieu de remettre leurs portefeuilles à d’autres plus populaires, ils se cramponnèrent au pouvoir, et administrèrent les affaires avec une inajorité des représentants du Haut-Canada.

Au mois d'août 1845, M. Caley devint inspecteur-général des comptes publics, et M. Joseph-

184 METCALFE. [1845 pp André Taschereau, juge de la cour de circuit, fut nommé sollicteur-général du Bas-Canada, sans siége dans le ministère. M. Caley était un citoyen respectable, mais peu connu ; quant à M. Taschereau, il était un homme de grands talents. Ka conduite ne fut pas, cependant, approuvée par ses concitoyens dans cette circonstance. Entin, M. Viger obtint un siége dans la chambre d’assemblée, en se faisant élire par la ville des Trois-Rivières. | Si les libéraux du Bas-Canada avaient eu à se plaindre de la conduite du ministère à leur égard, ils n'étaient pas moins mécontents de plusieurs réformistes du Haut-Canada (MM.

Merritt, Roblin, etc.), leurs alliés naturels, qui avaient voté en plusieurs circonstance avec le parti ministériel. MM. Baldwin et Price étaient presque les seuls qui leur fussent restés fidèles La défection de ces réformistes devait naturellement aliéner la conflance des libéraux envers eux, délier ceux-ci de leurs obligations et les mettre dans la nécessité de les abandonner s'ils trouvaient ailleurs plus d'avantages. Voyant combien il fallait peu compter sur le parti réformiste, la presse du Bas-Canada commença à discuter une question -très-importante, savoir : s'il ne serait pas possible de convenir d’un arransement au moyen duquel chacune des majorités du Haut et du Bas-Canada pourrait gouverner sa province respective, l'administration des affaires devant être laissée aux ministres de chaque section de la province. Ce moyen était constitutionel, et pouvait être mis en pratique comme essai. Dès lors les députés du Bas-Canada pouvaient sans crainte s’allier au parti conser-

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vateur, dont les chefs avaient considérablement modifié leur ancienne politique: car, à la dernière session, ils avaient mis en pratique les principes du gouvernement constitutionel. On devait aussi conclure que le gouverneur, d'après ses dernières déclarations, avait abandonné en quelque sorte la position qu'il avait d’abord prise de diminuer la responsabilité de ses ministres, en ne les consultant pas sur toutes les affaires de la province. Mais, pour opérer un rapprochement entre les libéraux et les conservateurs, il fallait des changements complets dans le ministère en ce qui concerne le Bas-Canada. Il n'était pas possible à MM. La Fontaine et Morin de supporter l'administration tant que MM. Daly, Papineau, etc., en feraient partic. Ils n'avaient pas d’objection, cependant, à ce que les ministres du Haut-Canada conservassent leurs portefeuilles, vu que ceux-ci étaient approuvés par la majorité de leurs concitoyens.

Lord Metcalfe comprit donc que, s'il pouvait faire consentir quelques membres influents du parti libéral à entrer dans le ministère, il formerait une administration forte, puissante, et qu'il ferait cesser la lutte et l'agitation politiqueentre deux partis à peu près d’égale force. Ce fut alors que M. Draper s’adressa à M. Caron. Une correspondance s'échangea entre eux pour obtenir le rapprochement désiré. Mais le départ de Lord Metcalfe mit fin aux négociations.

Avant de donner une appréciation de la politique de Lord Metcalfe, nous raconterons Îles quelques autres événements arrivés sous son administration. | C'est en 1844 qu'eut lieu l'érection de la pro-

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