‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 33 · LI. Z · texte numérisé non relu

LI. Z

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vince ecclésiastique de Québec. Le diocèse de Québec, érigé en 1674, comprenait toute la partie de l'Amérique Septentrionale située au nord des Etats-Unis. Il renfermait ces limites, si l'on

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lorsque Mgr Plessis prit la direction du diocèse en 1806. Cet illustre prélat comprit qu'il lui était impossible d’administrer avec soin les affaires religieuses d’un diocèse qui s’étendait depuis le lac Supérieur jusqu'au golfe Kaint- Laurent, et qui renfermait une population de plus de 200,000 catholiques. Il le divisa en plusieurs parties, et fit nommer des évêques suffragants. Mgr MacDonell devint, en 1820, administrateur du diocèse de Kingston, qui comprit d’abord tout le Haut-Canada. Mgr Lartigue eut l'année suivante la direction du diocèse de Montréal, et Mgr Provencher, celle du Territoire du Nord-Ouest, en 1822. Déjà, dès 1817, la Nouvelle-Ecosse avait été érigée en vicariat apostolique. Les évêques suffragants devinrenit dans la suite titulaires. L'évêché de Toronto fut aussi érigé en diocèse l’année 1842, et Mgr Power en devint le premier évêque titulaire,

On désirait depuis longtemps former en Canada une province ecclésiastique, dont Québec serait la métropole; mais ce projet avait rencontré des obstacles insurmontables. En 1819, le Saint- Siége avait déjà érigé le Canada en archevêché ; mais Mgr Plessis s'était abstenu de prendre le titre d'archevêque, parce qu'il avait, croyonsnous, rencontré de l'opposition de la part de l'Angleterre. Les obstacles furent enfin vaincus, et, le 12 juillet 1844, une bulle du Souverain- Pontife réunit les quatre diocèses du Canada,

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ceux de Québec, de Montréal, de Kingston et de Toronto, en province ecclésiastique, sous le titre province métropolitaine de Québec. La mème bulle conférait le titre d’archevéque à Mer Joseph Signaï, qui occupait le siége de cette dernière ville. Le pallium lui fut remis solennellement dans la cathédrale de Montréal, le 24 novembre de la même année. Tous les catholiques virent avec joie cet événement, qui fait époque dans les annales religieuses de la province.

Le recensement fait en 1844 dans le Bas-Canada porta la population au chiffre de 698,782 âmes : celui de 1851 indiquait 511,919, ce qui donnait en treize ans une augmentation de 186,863. Il fut reconnu que le recensement de 1844 était bien au-dessous de la réalité, les Canadiens s'étant refusés de répondre exactement aux commiscaires. En 1842, on avait aussi fait dans le Haut- Canada un recensement, qui avait donné à cette partie de la province une population de 486,055 âmes.

Au nombre des Canadiens remarquables décédés en 1843 étaient le Révd M. N. Dufresne, curé de Saint-Gervais ; l’'Hon. M. R.-J. Kimber, conseiller législatif, et l’adjudant-général Vassal de Monviel, un des rejetons de la vieille noblesse française ; en 1844, l'Hon. W.-W. Baldwin, conseiller législatif, l'Hon. Huges Henry, l'Hon. R. McKensie, tous deux anciens conseillers législatifs avant l’Union ; le Rév. M. J.-Z. Caron, vicaire-général, et le Rév. M. J.-0. Leprohon, curé de Nicolet : en 1845, M. P.-E. Taschereau, député de Dorchester, et l’Hon. M. Cartwright, de Kingston.

Au moin de juin 1845, mourut subitement à Montréal Sir Richard Jackson, commandant en chef des troupes anglaises dans l'Amérique du Nord. Le général Jackson était âgé de 67 ans: ilen avait passé cinquante dans l’armée, et s'était distingué dans plusieurs occasions. Il avait administré la province depuis la mort de Lord Sydenham jusqu'à l’arrivée de Sir Charles Bagot.

Une grande catastrophe aflligea, en 1845, les citoyens de Québec. Dans la nuit du 28 mai, un tiers de cette ville fut consumé par les flammes L'incendie se déclara dans la rue Saint-Valier, et se répandit avec rapidité dans le populeux fau: bourg Saint-Roch, qu’il réduisit presque entière. ment en cendres ; 1l continua ensuite sa course dévastatrice dans le quartier du Palais, qui se relevait à peine de ses ruines, et s'arrêta dans la rue Saint-Paul, vis-à-vis la porte Hope, après avoir détruit plusieurs quais et chantiers dt construction ; il atteignit aussi le faubourg Naint- Jean, où une soixantaine de maisons furent brülées. Le feu se communiqua avec une telle rapidité qu'il fut impossible de sauver les effet, et que les citoyens s'échappèrent à peine des flammes ; plusieurs malheureux même y perdirent Ja vic.

Les Québecquois commençaient à peine à oublier les horreurs de la conflagration du 23 mai, lorsqu'une semblable et même plus grande calamité vint fondre sur eux le 28 juin suivant. Cette fois-ci l'incendie dévastait la partie du faubourg Saint-Jean qu'avait épargnée le premier feu, et presque tout le faubourg. Saint-Louis. Québec se vit alors réduit à la Haute-Ville, en dedans des murs, et à la Basse-Ville, depuis l’en-

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droit situé vis-à-vis la porte Hope jusqu’au CapBlanc, c'est-à-dire, que les deux-tiers de cette ville infortunée avaient disparu sous l'élément destructeur. Jamais aucune cité du Canada n'avait éprouvé un si grand malheur.

les quartiers brûlés dans ces deux incendies contenaient une population de vingt mille âmes, presque tous Canadiens-français ; plusieurs étaient riches, et la plupart propriétaires des maisons qu'ils habitaient, —la population totale de la ville était de 35,000 âmes.—Les citoyens de Québec se hâtèrent de venir au secours de tant d’infortunés : de sommes considérables furent souscrites par ies institutions religieuses et commerciales : les marchands des deux origines, surtout les marchands anglais, donnèrent des sommes énormesavec un empressecment et une libéralité tout à fait louables. La législature du Canada vota aussi une somme de sept mille louis, et le parlement impérial, une autre de vingt mille. Dans toutes les localités du Canada et dans les principales villes de l'Angleterre, on fit des collectes considérables. Avec des secours aussi généreux et une somme de cent mille louis que le g'ouvernement canadien émit plus tard en débentures pour être prêtée aux incendiés, Québec put se relever assez vite de ses ruines (1).

Plusieurs grandes institutions furent fondées

(1) Le 20 juin 1843, le joli village de Loucherville était aussi devenu la proie des flammes. Cette incendie avait consumé l’église, deux écoles et environ cent cinquante autres bâtisses. L’établissement de ce village datait de 1667.

Des troubles sérieux s’élevèrent, en 1843, entre les entrepreneurs du Canal de Beauharnois et les ouvriers. Ceux-ci se portèrent aux derniers excès, et une vingtaine de personnes furent tuées dans les rixes qui eurent lieu. Il n’y eut que la présence des troupes qui pût rétablir la paix.

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pendant l'administration de Lord Metcalfe: Jo séminaire anglican de Lennoxviile, établi en 18453 par le lord £vêque Mountain, le High School de Québec, par le Rév. Dr Cook. Cette dernière institution fut incorporée en 1845, en même temps que le Æigh School de Montréal, qui avait été établi auparavant. En 1843, le Collége McGill fut érigé en Université. Les colléges de médecine de Québec et de Montréal furent aussi incorporés en 1845.

Le goût littéraire commença vers cette époque à se réveiller un peu parmi la jeunesse d’origine française. À Québec furent fondées, en 1843, la Sociélé de Discussion et la Société Canadienne et Scientifique ; l’année suivante, la jeunesse de Montréal jetait les bases de l’Institut Canadien. Ces institutions portaient les jeunes gens à s’instruire et à développer leur intelligence par la discussion et par le travail. Des lectures publi. ques furent dans le même temps données par MM. Morin, Chauveau, Berthelot, Painchaud, Bardy, etc.

Quelques bons ouvrages avaient été livrés au public pendant les dernières années : ‘ Les Notions élémentaires de physique,” par M. Cauchon, “Les lois criminelles anglaises,” par M. Jacques Crémazie, “ L'histoire du Canada sous la domination anglaise.” par M. M. Bibaud, et le premier volume de “ L'histoire du Canada,” par M. Garneau. M. Chauveau avait commencé en 1842, dans le Courrier des Etats-Unis, une série de belles correspondances sur la politique du Canada. L'ouvrage de M. Garneau fait surtout époque : c'est un monument national qui a fait de cet écrivain une des gloires du Canada. Ecrite

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avec talent, avec des vues larges, avec patriotisme, l'histoire de M. Garneau a été reconnue supérieure à tous les ouvrages du même genre qui ont été écrits jusqu'à ce jour en Canada.

Lord Metcalfe laissa subitement le Canada le 26 novembre 1845. Une déplorable maladie aftai-

É Llissait depuis longtemps sa santé, et le contrai-

enit enfin à demander à la métropole son rappel. Un grand nombre de citoyens l’accompagnèrent à son départ, et donnèrent à l’illustre malade des marques de respect et de sympathie. Les dernières paroles qu’il prononça en laissant le pays furent une supplique au ciel, pour qu'il

répandit ses bénédictions sur ceux qu'il avait

eouvernés. [Il avait l'espoir de rétablir sa santé en changeant de climat; mais, en atrivant en Angleterre, son mal prit un caractère plus dansereux, et il expira au milieu des plus grandes souffrances, le 5 septembre 1846.

Né en 1785, Sir Charles Metcalfe entra, à l’âge

| de quinze ans, au service de la compagnie des

Indes Orientales. Il avait occupé, pendant les

Ltrente-sept années qu'il passa aux Indes, plu-

sieurs situations élevées, entre autres celle de gouverneur d’Agra et Ge gouverneur-général des Indes après Lord W. Bentinck. De 1839 à 1842,

il avait rempli, dans un moment très-critique, la

charge de gouverneur de la Tamaïque. Il avait eu là à envisager une guerre de race causé par là mauvaise administration des derniers gouverneurs. [l'était parvenu à rétablir la paix et la confiance parmi la population. Ses biographes

| saccordent à dire que sa carrière politique aux | Indes et à la Jamaïque frt marquée de succès

non interrompus.

192 MÉTCALFE.

Sir Metcalfe fut appelé à succéder à Sir Charles Bagot dans le gouvernement du Canada. Il prit les rènes de l'administration de cette province le 30 mars 1843, et les conserva jusqu'au 26 novembre 1845. Cette administration constitue, sans contredit, une époque remarquable dans notre histoire, par plusieurs mesures importantes qu'elle vit passer.

C’est sous elle qu'’eut lieu le changement du siége du gouvernement de Kingston à Montréal, que la législature demanda l’abrogation de la liste civile, que furent votées les lois de judicature du Bas-Canada,de l'indépendance de l’assemblée législative et des juges et celle des écoles du Haut-Canada. Ces questions furent résolues pendant que MM. La Fontaine et Baldwin étaient au pouvoir.

C’est encore pendant la même administration, sous le ministère Viger-Draper, que les lois des écoles et des municipalités du Bas-Canada et des cours de districts du Haut-Canada virent le jour, que le rétablissement de la langue française fut demandé à la métropole, et que les exilés politiques eurent le bonheur de fouler le sol de la patrie, faveur due principalement aux sollicitations de Lord Metcalfe: car toutes les démarches faites avant lui pour obtenir le retour des exilés étaient demeurées infructueuses. Tel est ls résamé des actes qui forment le beau côté de cette administration. |

À son arrivée, Lord Metcalfe avait trouvé la province paisible, un ministère fort, populaire et

jouissant de la confiance des deux sections du

Canada. C'était l’heureux résultat de la conduite de Sir Charles Bagot, quis’était entièrement conformé aux principes du gouvernement constitu-

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tionnel. Lord Metcalfe avait été accoutumé ail-

leurs à pratiquer un plus grand pouvoir, et 1l s'occupa peu de consulter sur toutes les questions les ministres du Canada. De 1à sa détermination à vouloir nommer seul les employés publics : l'appui qu'il reçut de plusieurs memhres ennemis au ministère le rassura dans sa prétention. Cette conduite amena naturellement la résionation du ministère La Fontaine-Baldwin. Lord Metcalfe ne put réussir à former un autre conseil, parce qu'il ne trouva pas dans l'opposition des hommes assez populaires. Que lit-il alors ? Au lieu de se conformer aux coutumes constitutionnelles, c’est-à-dire, de dissoudre les chambres pour en appeler au peuple sur le difitrend qui existait entre lui et ses ministres, ou bien de rappeler auprès de lui ses anciens conseillers, il gouverna le pays pendant neuf mois sans ministère responsable, sans chefs de dépar-

tements ; il viola, pendant neuf mois, les principes du gouvernement constitutionnel tels qu'établis par les résolutions de 1841. Ilse lit luimême chef politique, descendit dans l'arène pour défendre sa conduite et gagner des partisans. Il parvint à la fin à former un conseil de six ministres, dont plusieurs étaient des hommes nouveaux dans la politique et impopulaires, puis 1l se décida à dissoudre les chambres. Le résultat des élections générales donna cinq ou six voix de majorité au ministère, et ce faible résultat fut obtenu grâce à l'intervention du gouverneur.

En prenant une part aussi active dans la lutte politique, Lord Metcalfe déviait de la coutume constitutionnelle que devait observer le représentant de la couronne. Ce x’est pas le fait d’un

194 MÉTCALTE. [1X45 gouverneur de favoriser plus un parti qu'un autre ; il doit se tenir à l'écart de toutes les lutte: et appeler au pouvoir les hommes qui possèdent la confiance de la majorité du peuple. Ki Lord Metcalfe eût temu cette conduite, on n'aurait pas eu le triste spectacle d'une lutte de deux année, entre des portis de forces à peu près égales ; on n'aurait pas vu le pays dans une agitation continuelle, et une section de la province gouverne l'autre par sa majorité,et se servir de cette majorité pour lui imposer une politique injuste. Aussi à son départ laissa-t-11 le Canada, qu'il avait trouvé paisible et heureux à son arrivée, dans une triste position ; il Jui léoua un ministère sans force, sans influence, obligé de se maintenir par des changements continuels. Lord Metcalfe s'était donc trompé. Il ne comprit pas le gouvernement constitutionnel ou, s'il le comprit, il ne le mit pas en pratique. Aujourd'hui, un gouverne qui essaierait d'administrer le pays d'une semblable manière, ne réussirait certainement pas

Malgré les erreurs que nous venons de signaler, Lord Metcalfe avait de belles qualités : Il montra surtout un excellent cœur ; il en fi preuve par sa conduite envers les exilés poli tiques et par une générosité digne de tout éloge qu'il exerça abondamment envers les catholiques comme envers les yrrotestants. Contrairement à Lord Sydenham, il prit soin de ne blesser les sentiments d'aucune partie de la DR nton :

les Canadiens-français eurent leur part dans la distribution du pouvoir. Seulement, ceux qu'il choisit n'étaient pas les plus populaires : il essaya plusieurs fois, cependant, de nommer pour ses conseillers ceux qui possédaient une certaine influence.

ADMINIS

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