‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme] (volume 2)Chapitre 28 sur 33 · RETIRE TRES FÉES · texte numérisé non relu

RETIRE TRES FÉES

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218 CATTIICART,. [1846

payer une rétribution mensuelle aux enfants qui fréquentaient les écoles, on obligeait tous les enfants @e sept à quatorze ans à payer le même montant, soit qu'ils assistassent où non aux classes. Ces changements furent mal accueillis dans certaines paroisses. On s’opposa au fonctionnement de la loi dans plusieurs localités, et ces ennemis de l'éducation reçurent avec raison le nom d’éfeignoirs.

L'acte des écoles du Haut-Canada passé en 1843 fut aussi rappelé et remplacé par un autre à peu près semblable, avec quelques amendements importants. Les auteurs de ces lois avaient pour but de les rendre moins embarrassantes et plus claires pour le peuple, en renfermant la loi et les amendements dans une seule mesure plutôt que de les avoir épars dans divers actes.

Il fut résolu que dorénavant, les dépenses de l'administration de la justice dans le Haut- Canada seraient payées, d’abord en partie et ensuite au total, à même les revenus de la province comme dans le Bas-Canada. Ces dépenses, qui se montaient à environ dix-huit mille louis annuellement, avaient été payées avant cette époque au moyen d'une taxe locale. Les ministres du Bas-Canada et tous les membres du Haut-Canada votèrent en faveur de cette mesure de spoliation envers le Bas-Canada. Les libéraux de cette dernière province s’y opposèrent seuls, alléguant avec. raison que l Angleterre, en proclamant l'Union, -avait laissé à chaque province ses charges, particulières sur le revenu public. Ce qui avait été payé à même le revenu dans l’une ou dans l’autre: province devait l'être après l’Unien, et ce qui était payé par des taxes locales devait continuer à l'être de la même manière.

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La chambre d’assemblée vota à la reine une adresse pour la prier de prendre des mesures afin d'assurer une transmission régulière des malles canadiennes en Angleterre tous les quinze jours au lieu d’une fois par mois, et de diminuer le taux des lettres qui était trop élevé : c’est ce qui fut accordé dans la suite. Une autre adresse fut aussi voté pour prier le gouvernement impérial d'admettre les produits canadiens dans les ports anglais sans payer de droits, et d'entamer des négociations pour que le gouvernement des Etats-Unis admit dans ses ports les produits canadiens aux mêmes conditions que Îles leurs l'étaient dans les ports de l'Angleterre et du Canada. L'adresse faisait remarquer que le g'ouvernement canadien venait de passer une loi pour abroger les droits sur les produits américains traversant le Canada, pour être exportés si le changement avait lieu.

Telles sont les principales mesures que la législature passa pendant cette session, qui fut prorogée le 9 juin. Comme on le voit, il y en avait peu d'importantes, si l’on excepte la loi de la milice et celle établissant une liste civile, et les sommes votées pour terminer les canaux canadiens et pour l'ouverture des grands chemins de colonisation. En outre, plusieurs compagnies avaient été incorporées pour construire une ligne de chemins de fer devant traverser le Haut- Canada. Mais le ministère avait négligé plusieurs mesures utiles qu’il avait promis de présenter à cette session, telle qu’une loi pour régler les élections du Bas-Canada et une autre pour indemniser ceux qui avaient souffert dans les troubles politiques. Le rapport d’une commis-

-yue le gouvernement avait nommée, suivant 1a promesse faite l’année précédente, pour s'enquérir des pertes, avait été cependant soumis à la chambre ; mais on ne fit rien pour cette maxse de malneureux dont les propriétés avaient été brûlées ou saccagées. Bien plus, on accorda une somme de £9,000 pour indéemniser un certain nombre de favoris et de privilégiés qui avaient été recommandés par une ancienne commission nommé par le conseil spécial. M. Draper avait pour ainsi dire abandonné la question é£ineuse de l’Université du Haut-Canada, introduite l’année précédente et mise de côté après sa 2e lecture; car, au lieu d’en faire à cette session une question ministérielle, 11 la présenta comme mesure libre, sans responsabilité pour les ministres : c'était évidemment vouloir qu'elle ne devint pas loi; en effet, la mesure fut perdue. M. Draper, en adoptant cetté conduite, mécontenta les conservateurs modérés qui étaient favorables à la mesure, tandis que le “high church party ” lui en voulait toujours pour avoir compromis l'existence d’une institution qui faisait sa force. Les ministres du Bas-Canada étaient également placés dans une mauvaise position à l'égard du clergé catholique, à cause de la manière injuste dont la question des biens des Jésuites avait été réglée. On leur reprochait aussi d'avoir voté la loi qui prévoyait à ce que les frais de l'administration de la justice dans le Haut-Canada fussent portés sur le revenu public. En approuvant ces deux mesures injustes, ils avaient sanctionné le principe de spoliation du Bas-Canada par le Haut, et ils avaient aussi montré combien peu d'influence ils exerçaient

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1846] CATHCART. 221 dans le cabinet. Le ministère avait perdu réellement beaucoup de son influence dans cette session, bien qu'il n’en eût jamais eu beaucoup. Il s'était vu en plusieurs circonstances dans une minorité, et M. Draper dut plusieurs fois assembler les membres du Haut-Canada et les menacer de remettre son portefeuille s'ils ne continuaient pas à le supporter. Il était facile de prévoir que le ministère allait subir une crise après la session.

M. Viger commença par donner sa démission au mois de juin, sans qu'on sût pour quelles raisons il agissait ainsi. M. Sherwood cessa en mème temps d’être solliciteur-général du Haut- Canada. Il fut remplacé par M. John-H. Cameron, membre conservateur (1). On parla de plusieurs autres changements qui n’eurent pas lieu dans le moment.

Loin d’avoir acquis de la gloire et de l'estime dans sa carrière ministérielle, M. Viger vit son prestige et son influence diminuer aux yeux de son ancien parti. Entré au pouvoir en opposition à l'opinion publique, dans le dessein de défendre les intérêts de ses compatriotes, il s'était rallié à là politique de Lord Metcalfe, que ces derniers avaient repoussée d’une commune voix. Il avait violé les règles les plus élémentaires du gouvernement constitutionnel en conservant son porte-

(1) Au nombre des principales nominations faites en 1846, on remarque les suivantes :

W.-B. Robinson, premier commissaire des travaux publics,

CE. Casgrain, second ‘€ ie sd

P. Young, adjudant-général de la milice,

E..P. Taché, député adjudant-général de la milice, B. C.

Donald McDonell, ? 4 Lé. H. Ç.

E.-H. Bowen, juge du district de Gaspé,

JG. Barthe, greffier de la cour d’appel,

Ed, Burroughs et Louis Fiset, protonotaires du district de Québec.

feuille, lorsque pendant neuf mois il ne put étre formé d'administration complète. Bien plus, après s'être vu refusé par deux des comtés les plus populeux du Bas-Canada, il avait continué à rester plusieurs mois dans le cabinet, jusqu’à ce que la ville des Trois-Rivières voulût bien l’élire en 1845. Il ne posséda pas un moment la confiance de la majorité des membres du Bas-Canada, condition essentielle d'existence pour lui dans le ministère. Au lieu de céder sa place aux chefs populaires, il fut la cause que les Bas-Canadiens furent gouvernés pendant deux ans par unc majorité du Haut-Canada : ce qui le mettait sans influence pour faire passer des mesures favorables à ses concitoyens. Aussi vit-on le Haut-Canada profiter de ses forces pour piller le Bas-Canada, témoin les mesures concernant les biens des Jésuites et l'administration de la justice dans la province supérieure, et le refus d’inderaniser le Bas-Canada des pertes qu'il avait souflertes en 1837-8. M. Viger s'était donc trompé grandement. On peut à peine comprendre qu’une conduite si contraire aux usages parleruentaires ait été tenue par ce patriote qui avait rendu, avant l’Union, les services les plus éminents à son pays dans une carrière toute remplie d'honneur et de patriotisme. Ses derniers actes ne devaient pas cependant mettre en oubli ce qu'il avait fait par le passé, et lui laisser au moins le bénéfice de bonnes intentions pour le bien de ses concitoyens.

Au mois de juillet, quelque temps après la démission de M. Viger, M. Draper fut chargt par Lord Cathcart de s'adresser à quelques Canadiens-Français pour les engager à entrer

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dans le cabinet. Il écrivit à MM. Morin et Caron, leur disant que le gouverneur ne leur demandait pas de former une administration, mais qu'il leur offrait le choix sur trois portcfeuilles dans le conseil exécutif. Cette démarche ne réussit pas plus que celle qu'on avait tentée en 1845. Les chefs libéraux ne voulaient pas consentir à siéger avec certains membres du cabinet ; ils refusaient d'accepter des portefeuilles seulement parce qu'ils étaient Canadiens-francais : ils réclamaient le ‘pouvoir comme parti, d'après Les principes du gouvernement constitutionnel, vu qu'ils possédaient la confiance de la rande majorité de la population du Bas-Canada. En s'associant à des hommes auxquels ils ne pouvaient se fier, ils n'auraient eu alors aucune sarantie pour faire adopter les mesures qu'ils croyaient favorables aux intérêts du pays; ils se seraient trouvés dans la même position que MM. Viger et Papineau.

Au nombre des autres événements arrivés en 1846, est l'incendie du théâtre Saint-Louis. Il y avait à peine un an que les deux tiers de Qu'bec avaicnt été détruits par l'incendie, lorsqu'un autre malheur venait, en 1846, plonger ses habitants dans un deuil déplorable. Dans la soirée du 12 juin, un grand nombre de citoyens se rendaient au théâtre Saint-Louis pour assister à l'exhibition des dioramas de M. Harrison. Au moment où les spectateurs commençaient à se retirer, le feu prit dans les scènes par une lampe à huile camphrée qui se détacha du plafond. La salle fut en un moment dans un trouble, une confusion indicibles. Ceux qui se trouvaient encore à l’intérieur se portèrent en masse vers la

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