L.-M. Viger, Nicolet, à la place de A.-N. Morin
A. Turgeon, Bellechasse, à la place de A.-G. Ruel;
J. DeWitt, Leinster, à la place de J.-M. Raymond;
D.-B. Papineau, Ottawa, ? la place de C.-D. Day;
L’Hon. H.-J. Boulton fut déclaré élu pour la ville de Niagara en remplacement de M. Campbell, et prit son siége au milieu de la session.
Sept nouveaux conseillers législatifs furent nommés le 19 août 1842 : les hon. MM. KR. Dickson, Amable Dionne, Joseph Dionne, P,-G. Goodhus, S, Washburn, L.-P, Sherwood et W, Walker,
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Au nombre des nouveaux représentants étaiertt M. La Fontaine, que les réformistes du Haut-Canada élirent dans le comté de Hastings, pour montrer leur sympathie envers les Canadiens-Français ; M. Denis- Benjamin Papineau, frère du grand patriote canadien, élu à la place de M. Day par le comté d'Outaouais, où la majo-ité des électeurs était d'origine anglaise ; M. L.-M. Viger, qui succéda dans le comté de Nicolet à M. Morin, nommé juge du district de Kamouraska ; M. James Leslie, autre ami dévoué de la cause libérale, que la violence avait également empêché d’être éiu aux élections de 1851.
Avec l’aide des nouveaux députés, l'opposition était en état de livrer au ministère un rude combat iors de la discussion de l'adresse au discours du trône. La victoire l’attendait indubitablement. Elle comptait en outre sur l’appui de presque tous les réformistes, dont la plupart étaient disposés à rendre justice au Bas-Canada.
Sir Charles était convaincu depuis longtemps que le ministère ne possédait pes la confiance de la majorité des Canadiens. Il résolut de le reconstituer en y appelant des hommes éminents et populaires. Dès les premiers jours de la session, il s’adressa à M. La Fontaine, lui offrit le portefeuille de nrocureur-général du Bas-Canadà et deux autres pour ses amis libéraux. Comme M. Draper n'avait pas d’objection à remettre son siége, il était prêt à le donner à M. Baldwin. Une pension de retraite devait être e "cordée à MM. Ogden et Davidson.
M. La Fontaire ne crut pas devoir accepter ces offres, d’ailleurs assez avantageuses quant à son parti.
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Ce n’était pas tout pour lui d'entrer dans le ministère ; il lui fallait la certitude de pouvoir être dans une position indépendante, et de se maintenir dans le ministère un temps raisonnable. Il avait à se ménager l'estime et l'appui des libéraux du Haut-Canada, surtout de son ami fidèle, M. Baldwin, qui avait rendu à la dernière session de grands services aux libéraux du Bas-Canada. De fait, M. Baldwin refusait de se joindre à un ministère dont quelques-uns des memires ne posséaient pas sa confiance. Les objections de M. La Fontaine se réduisaient à trois : la stipulation d’une pension pour MM. Ogden et Davidsou, comme étant un précédent dangereux, la présence de M. Sherwood dans le conseil exécutif, l'insistance de M. Baldwin à avoir avec lui dans le conseil un de ses partisans. Ces conditions n'ayant pas été acceptées, les négociations furent rompues. La discussion de l’adresse commença alors. Après le discours de M. Forbes et de M. McDonald, moteurs de l’adresse, M. Draper, le premier ministre, prit la parole. Il donna communication d’une lettre du gouverneur à M. La Fontaine, au sujet des changements ministériels. Son but était de justifier sa conduite devant 14 chambre, de faire voir qu’il avait agi avec désintéressement et que les libéraux refusaient desoffres avantageuses. Dans son discours, qui sut très-modéré, il manifesta, tran tar@ peut-être, des sentiments bienveillants envers la population française. « Depuis que l’Union est devenue un fait accompli, dit l'honorable membre, j'ai toujours été protondément convaincu que les principes qui servent de base à l’Union, ne pouvaient pas être observés tant qu’une grande partie de la population
serait excluse de toute participation aux affaires pu- Muques ; et cette opinion, je l'ai exprimée dans toutes les occasions. Mais, pour agir suivant mes Convictions, il s’es, rencontré des difficultés insurmontables ; et j'informe maintenant la chambre que, loin d’avoir tenu à me maintenir au pouvoir pendant que je faisais partie du gouvernement, j'ai, en trois occasions différentes, placé mon portefeuille à la disposition du gouverneur. dJ’ai agi ainsi, afin de ne pas mettre obstacle à la mise en pratique de ces principes que J'ai toujours pratiqués. Je suis parfaitement convaincu que cette opinion est juste nonseulementen principe, mais encore que c'est la seule en vertu de laquelle le gouvernement du pays puisse se maintenir.
«Je dois cependant avouer une chose : c'est que, lorsque pour la première fois j'ai rencontré en chambre les honorables membres du Bas-Canada, je conservais encore certains préjugés à leur égard ; mais, grâce aux bons rapports que j'ai eus avec eux pendant la dernière session, grâce à cette courtoisie que j'ai trouvée en eux, courtoisie qui est le signe distinctif de la grande et chevaleresque nation de laquelle ils descendent, ces préjugés ont disparu.»
M. Draper avoua qu'il lui était impossible de faire partie d'un ministère dont M. Baldwin serait un des membres ; c'était pour cette raison qu’il avait mis son siége à la disposition du gouverneur, afin de ne pas empêcher le succès des négociations. IL tenait aussi beaucoup à ce que son collègue, M. Ogden, fût récompensé des services qu’il avait rendus au pays depuis de longues années.
M. Baldwin proposa une contre-adresse qui se ter.
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minait par un vote de A0n-Confiance envers l'adminisration. Après avoir Complimenté M. Draper sur sa conduite, il dirigea une atfaque très-habile Contre la politique du Ministère, Il reprocha encore à M. Hincks d’avoir abandonné Je parti libéral], Conduite qui avait brisé ieur ancienne amitié.
mandé de parler En anglais, il lui r
(L’honorable membre qu'on n représenté Comme ami de la pop a-l-ii oublié Que j'appartiens à cett blement Maltraitée Par l'acte d'union ? Si c'était Je cas, je le regretterais beaucoup. Il me demande de P'OnOnCer dans une autre Janet Maternelle, le Premier discours que j'ai à dans cette Chambre ! Je me défi
bres et le Public du sentiment de ne Crains pas d'en appeler, que qu naissance de la langue anglaise Mmilière que celle de Ja langue ferais pas moins mon Premier di sue de mes COMpatriotes Canadie
ce Que pour protester solennellement Contre cette
cruelle injustice de cette Partie de l’acte d'union qui
led à proscrire la langue Maternelle d'une moitié de la Population du Canada, Je le dois à me
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Parlant ensuite Canadiens-Français ’exprima ainsi :
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tement général, la coopération active des Canadiens- Français. Non-seulement ce serait là un acte de jus- C tice, mais c’est encore un appui que la nécessité ap pelle. Oui, cette coopération est absolument néces- LÈ saire au gouvernement, Oui, il la lui faut; oui,il À u nous faut la lui donner, mais à des termes qui ne | di puissent en rien diminuer ni affaiblir notre honneur À Ce et notre caractère. L’acte d'union, dans la pensée de À vre son auteur, a été d’écraser la population française : | ra mais l’on s’est trompé, car les moyens employés ne |$ que sont pas calculés pour produire ce résultat. Les deux {Æ mé populations du Haut et du Bas-Canada ont des inté- ÎE vou rêts communs, et elles finiront par sympathiser en- le ce semble. M.
« Oui, sans notre coopération active, sans notre par- Æ se se
ticipation au pouvoir, le gouvernement ne peut Æ les fonctionner de manière à rétablir la paix et la con. Æ temp, fiance qui sont essentielles au succès de toute admi- Œlke. nistration. Piacés par l'acte 4’union dans une situa- Æ tions | tion exceptionnelle et de minorité dans la distribution du pouvoir politique, si nous devons succomber, nous succomberons du moins en nous faisant respecter. Je ne recule pas devant la responsabilité | que j'ai assumée, puisque dans ma personne le gouverneur-général a choisi celui par lequel il voulait faire connaître ses vues de libéralité et de justice envers mes compatriotes. Mais, dans l’état d’asservissement où la main de fer de Lord Sydenham à cherché à tenir la population française, en présence des faits qu'on voulait accomplir dans ce but, je n'avais, comme Canadien, qu’un devoir à remplir La pos celui de maintenir le caractère honorable qui a dif allie
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Charles Bagot demanda:t-il une dernière entrevue à M. La Fontaine, afin de tirer le ministère de l’embarras où il se trouvait.
Les négociations furent cette fois couronnées d’un plein succès. La question des pensions qu'on désirait accorder à MM. Ogden et Davidson resta ouverte pour le moment(1)}. M. Sherwood et M. Ogden, quoique absents, furent sacrifiés ; ils furent même démis de leur position.
Le 15 septembre, MM. La Fontaine et Baldwin prêtaient serment comme procureurs-généraux et chefs de la nouvelle coalition. Quelques jours après, M. Aylwin devenait soiliciteur-général du Bas-(anada, et M. Smail, réformiste, solliciteur-général du Haut-Canada. Un siége dans le cabinet fut réservé à à M. Morin, qui devint, le 10 octobre, commissaire des terres de la couronne. Ce portefeuille avait été offert à M. Girouard, qui l'avait refusé pour des motifs personnels. La place de greffier du conseil exécutif fut donnée à M. Parent, député du Saguenay ; ce dernier abandonna son comté à M. Morin.
Les ministres qui restaient dans le cabinet étaient MM. Sullivan, Daly, Harrison, Dunn, Hincks et Killaly. Ils conservaient leur siége à la condition de se conformer à la politique de leurs nouveaux chefs. Le ministère, étant au complet, se composait de onze à membres, savoir : ;
BAS-CANADA
L'Hon. L.-H. La Fontaine, premier ministre, proc reur-général, B. C.
(') M. Ogden retourna en Angleteri2, et fut nommé en 184 procureur-général de l’île de Man. M. Davidson fut appelé: poste de collecteur de la douane à Hamilton. |
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En sa qualité de chef le plus influent et le plus - respecté des libéraux du Haut-Canada, M. Baldwin avait droit à la conduite des affaires dans sa pro. vince. Cœur probe et honnête, il sera maintenant l'ami inséparable de M. La Fontaine: ces deux hommes d'état distingués étaient dignes de commander aux destinées du pays. M. Baldwin avait invoqué, il est vrai, l’union des Canadas, mais une union juste envers tons les Canadiens. Aussi avait-il défendu les droits des libéraux du Bas-Canada chaque fois que l’ex-ministère les avait blessés.
M. Morin laissa le banc judiciaire pour venir occuper un emploi auquel le portait le vœu public. Humble et modeste à l'extrême, il se montrait énergique lorsqu'il s'agissait de défendre un principe. Toute la vie de cet homme laborieux et intègre avait été employée au bien de ses concitoyens. Sa nomination fut donc accueillie favorablement.
M. Ay!win avait aussi mérité sa nouvelle position par ses lumières et ses principes politiques. On pouvait en dire autant de M. Small, qui était du petit nombre des Hauts-Canadiens restés fidèles aux libéraux du Bas-Canada. MM. Dunn, Kiüllaly et Harrison, membres de l'ex-ministère, appartenaient au grand parti réformiste. IL ne restait plus que M.
Daly, qui n’était d'aucun parti, et M. Sullivan, conéervateur modéré. On verra ce dernier adopter l'avenir une politique tout à fait libérale.
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prospérité commune de la province et à la conquête de leurs droits constitutionnels. Elle démontrait de plus que, la constitution étant mise en pratique dans un esprit de justice, les Canadiens d’origine française devaient avoir une grande influence dans la représentation. Ils ne formaient pas la majorité, mais ils pouvaient la donner à tout parti un peu considérable. De plus, l'acceptation du pouvoir par MM. La Fontaine et Morin réfutait mieux que .es meilleurs arguments les fausses imputations si souvent portées contre les Français du Bas-Canada, savoir : que leur lutte était une lutte Ce race, qu'ils étaient des hommes intraitables, guidés par leur seule haïne contre le gouvernement établi, et qu'il était impossible de former une administration contre la. quelle ils ne fussent prèts à se ranger.
Comme on le voit, la politique de Lord Sydenham suivit de près son auteur dans la tombe. Elle fut rejetée, parce qu'elle était fondée d’un côté sur l’injustice, de l’autre sur le favoritisme. Dès son arrivée, Sir Charles Bagot suivit une conduite contraire, en pratiquant une politique modérée et juste. Il fit preuve de la plus grande libérajité dans la réorganisation du ministère ; il montra qu’il avait un cœur noble. Ses rapports avec M. La Fontaine ne faisaient voir que le désir ardent de rendre justice à nos compatriotes. Cette conduite ne lui fut pas seulement dictée par l'équité, mais encore par les règles d’une politique éclairée et habile. D'ailleurs, il ne fit que suivre les ordres qu’il avait reçus du gouvernement impérial. Il se rendit cher aux Canadiens, et les attacha davantage aux institutions britanniques.
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Après des changements aussi considérables dans le gouvernement, la session devait être nécessaire ment courte. Les ministres avaient à s'occuper de leur réélection et à préparer leurs mesures. On jugea donc impossible de prendre en considération les sujets de réforme contenus dans le discours du trône, et ceux demandés par le peuple ; ils furent ajournés à la session suivante. Les chambres se bornèrent, pour le moment, à passer quelques lois qui ne souffraient pas de délai.
La session ne dura guère plus d’un mois, et se termina le 12 octobre.
Le temps ne permit pas aux représentants de continuer l'enquête sur les élections contestées du district de Montréal. Des résolutions furent passées à une grande majorité (40 contre 20) pour déclarer que la ville de Kingston n’était pas convenable pour être la capitale. On commençait à être fatigué de siéger dans ce petit bourg, qui était alors digne d’avoir le siége du gouvernement.
Il fut passé une loi qui imposait sur le blé américain importé au Canada un droit de trois chelins sterling pour chaque yuarter de ce grain ; le blé importé pour l'usage ‘1es pêcheurs était exempté de ce droit. Cette mesure était demandée avec instance par la classe agricole, qui désirait être protégée contre l'introduction des produits des fermiers américains, avec lesquels elle ne pouvait soutenir la concurrence. Elle fut réservée à la sanction royale, et devint loi quelques mois après.
Une autre loi fut passée pour prévenir la viclence et la corruption dans les élections. Cette mesure importante établissait un bureau de votation (poll) dans
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les en pou ans ( l'en temp qu'a polica Ai Syce où am lait e ajourn Mesure Il n° était à]
chaque Paroisse ; l’ancienne loi n'en EXigeait qu'un ue dans seul par Comté. Sans être Parfaite, cette loi était he vi réellement un Progrès, si on la Compare aux actes per de antérieurs, C'était la même que l'on avait passée °8. On l'année Précédente, É Qui avait été réservée à la sp sanction royale, mais que la reine refusa de sancur :
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L'ordonnance de Jjudicature Passée par le Conseil de > #0 spécial fut rappelée. Cette loi était repoussée »ar tout du ne le monde, Parce qu’elle chan Seait l'ordre établi dans assées : les cours, et qu'elle donnait trop de pouvoirs au juge Ne EE en chef de la Province.
lu la L’ordonnance des chemins d'hiver fut amendée d À pour le district de Montréal, et Suspendue Pour deux Un ans dans les districts de Québec et de Gaspé : celle de us l'enregistrement des hypothèques fut Modifiée, et Je blins D lemps fixé pour l'enregistrement fut prolongé jus : le blé À qu'au 31 décembre 1843 ; celle qui établissait urle mpté de à police dans les villes fut abrogée, instance Ainsi
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été faites. Les Canadiens renGirent au gouvernement un témoignage éclatant d'approbation dans les nom. breuses adresses qu'ils lui présentèrent.
Cette politique si sage souleva contre le gouverneur de l'opposition et même de graves injures de la part d’un certain nombre d’ultra-conservateurs, jaloux de la perte du vouvoir. Les organes de ce parti abreu. vèrent d'amertume et d’outrages ce sage administra. teur, bien qu'ils l’eussent déjà approuvé d’avoir engagé les Canadiens-Français à participer au pouvoir. Ils s’élevèrent contre l'influence française, lorsque, sur les onze ministres, il n’y en avait que deux de cette origine, et sur les 84 députés, 20 seulement. Mais l’approbation sincère de la grande majorité des deux populations le rassura pleinement sur sa conduite. Peu après, il vit avec plaisir le ministère impérial approuver sa politique et confirmer les nominations qu’il avait faites. C'était l'intention réelle du ministère Peel de maintenir dans cette province le gouvernement responsable tel qu’il existait en Angleterre. Dans une discussion concernant le Canada, le ministre des colonies, Lord Stanley, déclara que les instructions données à Sir Charles Bagot, à son départ, portaient que, dans l'application des lois et dans le choix des personnes que le gouverneur jugerait à propos d'appeler à son conseil, il ne serait fait aucune distinction d'origine ni de race; que le gouverneur devait oubiier les transactions et les animosités récentes. Lord Stanley croyait que Sir Charles avait depuis sa
notnination mérité l'approbation entière et cordiale à
du gouvernement de Sa Majesté ; et cela, par suite de la politique qui lui avait été tracés, de ne faire au LE 4 à Po {;
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cune distinction entre ceux qui auraient la volonté de coopérer cordialement avec le gouvernement pour l'avantage de la colonie. Piusieurs des p.incipaux journaux de la métropole virent également d’un bon œil l’avénement des libéraux au pouvoir.
Ce fut pendant l'administration de Sir Charles Bagot que la question des frontières américaines, qui avait failli amener une rupture entre l'Angleterre et
les Etats-Unis, fut réglée après plusieurs années
de négociations, par un traité signé à Washiagton le 9 août 1842. Par ce traité, l'Angleterre cédait des millions d’acres äe terre qui appartenaient incontestablement aù Canada et au Nouveau-Brunswick. Elle abandonnait, dans ia vallée de Madawaska, pius de deux mille Canadiens-Français et Acadiens, qui auraient préféré continuer vivre sous la constitution anglaise. Outre la fixation des limites entre les Etats-Unis et les Possessions Britanniques, ce traité supprimait entièrement le commerce des esclaves africains, et jourvoyait à l’extradition, dans certains cas, des criminels fuyant la jus'ice. Les plénipotentiaires nommés pour négocier et conclure le traité, furentLord Ashburton de la part de l'Angleterre, et M. Daniel Webster, secrétaire d'état des Etats-Unis.
L'année 1842 voyait revenir au C£nada les Pères de Ja Snciété de Jésus. Ge fut avec un grand plaisir que les catholiques saluèrent, après une longue absence, le retour des membres de cet ordre si distingué par sa science et son zèlé apostolique. Les Jésuites avaient rendu d'immenses services au pays jusqu’à la suppression de leur ordre, lors de la conquête, [ls avaient instriit la population française,
rh ot A A ETUIS
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évangélisé les nations indigènes, découvert des pays nouveaux, enfin aidé à maintenir ia bonne intelligence entre les Français et les natifs du.sol américain.
C'est en 1842 que fut organisée pour la première fois, à Québec, la société nationale de Saint-Jean- Baptiste, dont le Dr. P. M. Bardy fut le premier président. Le 24 juin, la fête du patron des Canadiens. Français fut célébrée dans l’ancienne capitale avec pompe et enthousiasme :— procession, messe solennelle, banquet, discours patriotiques.—L'année suivante, on imita le même exemple à Montréal et dar plusieurs autres endroits. A Montréal, on réorgauisa Passociation de la Saint-Jean-Baptiste, qui avait été fondée quelques années auparavant par M. Ludger Duvernay (1). Ces belles sociétés devaient resserrer entre les Canadiens-Français les liens d’une union intime, faire disparaître les préjugés et les méfiances, etconserver plus intacts les caractères distinctifs cle leur nationalité.
(!) C’est en 1834 qu'eut lieu la première réunion pciriotique des Canadiens d’origine française pour célébrer la féte Nt. Jean-Baptiste, leur patron national. La fête se borna à un banquet auquel prirent part une soixantaine de convives. M. Jacques Viger, premier maire de Montréal, fut élu président de la société. Le but de cette fête était de cimenter entre les Canadiens des sentiments d'union, de sympathie et de fraternité. On renouvela cette fète en 1836 et 1837. (Minerve de 1834.)
Au nombre des citoyens remarquables que le Bas-Canada erdit en 1842 furent l’'Hon. M. Jules Quesnel, ci-devant membre LS conseil spécial, et conseiller législatif depuis l’Union, et l’Hon. M. Charles E, Chaussegros de Léry, colonel et quartier-maitre général de la milice.
Au mois de juillet, le bateau à vapeur Shamrock, qui voyageait entre Montréal et Kingston, périt par l'explosion de sa chaudière. À peu près cinquante personnes perdirent la vie dans cet accident,
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remière nt-Jeanier pré- 1adiensile evec e solennée suiletdar orgauisa avait été . Ludger resserrer Je union méfianistinctifs
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Le Canada commençait à peine à ressentir les effets d’une administration si juste, lorsqu'une grave maladie s’'empara du gouverneur, et le ravit bientôt à l'affection des Canadiens. Cet événement déplorable contrista gravement le cœur de ses fidèles sujets, qui demandèrent à genoux sa prompte gué rison. De toutes les parties du pays, s’élevèrent des concerts de prières pour obtenir le rétablissement de sa santé, et de nombreuses adresses de condoléance lui furent présentées par toutes les classes du peuple (1} Voyant que sa santé ne s'’améliorait pas, Sir Charles demanda à la métropole la nomination d’un successeur : il ne voulait pas que sa maladie nuisit aux affaires du pays. Au mois de mars 1843, il remit les rênes du pouvoir entre les mains de Sir Charles Metcalfe. Sa santé s’affaiblit peu à peu, et, le dix-neuf mai suivant, il rendit le dernier soupir entre les bras de son épouse éplorée. Quelques jours après, Lady Bagot partait pour l’Europe avec les restes mortels de cet excellent gouverneur (2).
Sir Charles Bagot était né en 1781. Il appartenait à "+ des familles les plus illustres de l'Angleterre par
‘} u journal d’alors s’exprimait ainsi : ‘ On vit un étrange specvac le présentant d’un côté le dévergondage et l’inhumanité avec lesquels, dans leur emportement, les {orys ont outragé le représentant de la reine jusque sur son lit de douleur, et les menaces de séparation qu’ils ont imprudemment adressées à l’Angleterre en conséquence de l’adoption de sa politique ; de l’autre côté, les unanimes et touchants témoignages de sympathie pour le noble invalide, et de loyauté franche et cordiale pour le-gou-
D vernement anglais, qui ont été comme le cri du cœur d’une po-
pulation morale, religieuse et trop longtemps maltraitée.
() Voici les belles et touchantes paroles que pronorça Sir Charles Bagot sur son lit de mort, en prenant congé des membres du conseil exécutif :
‘ Je vous ai réunis, messieurs, pour vous faire mes derniers
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son antiquité et par ses alliances avec les maisons les plus nobles du royaume. Elu membre du parlement en 1807, il fut nommé l’année suivante soussecrétaire d'état au bureau des affaires étrangères. Au rétablissement de la paix avec les Etats-Unis, en 1815, il fut désigné ministre plénipotentiaire dans ce
adieux, et pour vous remercier de la manière la plus publique que je puisse le faire, pour le précieux appui que vous m'avez
onné pendant une époque importante de la crise politique. Je vous remercie aussi pour la sympathie et la bienveillance que vous m'avez b: noignées au milieu de mes angoisses ; par ce moyen les affaires pub’iques ont pu avancer, et l’attention Ia plus entière être accordée aux intérêts du pays, sans me charger que du trouble le plus minime possible. Ceci m'a été d’un grand soulagement personnel. Messieurs, je m'étais rendu garant à la mèrepatrie de la ferme loyauté de ce pays ; et j’ai le plus grand plaisir de reconnaitre que vous-mêmes, messieurs, et le pays, avez am- Late justifié la garantie. S'il en eut été autrement, je serais
escendu au tombeau avec la réputation d’un insensé. Tel que sont les choses, je sens que je n’ai rien dont je doive me repentir; tout ce que j'ai fait, je le ferais encore sous de semblables circonstances, Nous ne sommes que des instruments entre les mains de l’Etre-Suprême, et nous ne pouvons prévoir les desseins de la Providence ; mais mon jugement est fort de la conviction que ce que nous avons fait sera, par la suite, prouvé être ce qu'il y avait de mieux à faire. Il peut y avoir des individus qui soient désappointés de la marche qui a été suivie, qui pensent que d’autres mesures auraient été préférables, et qui nous
reprochent et à vous età moi ce que nous avons fait sous la ,
dictée de nos consciences. Je ne le puis empêcher. Je le regrette, et pardonne leurs injures. Je n’étais pas ici pour leur plaire, ni pour plaire à aucune coterie par le sacrifice des principes constitutionnels. Je le répète, je me réjouis de tout ce que j'ai fait, et me chagrine seulement de ce que je n’ai pu faire davantage. Je cesse d'être votre gouverneur et vous laisse le soin de défendre ma mémoire ; ce que vous ne sauriez mieux faire qu’en vous prévalant de la position que nous avons gagnée pour pousser vers sa consommation, par tous les moyens à votre disposition, l’œuvre que nous avons commencée, et que nous avons acheminée jus: qu'où les circonstances nous l’ont permis. Et je me félicite de la pensée que votre tâche sera d'autant plus aisée, que je suis remplacé par un homme dont les dispositions sont semblables aux miennes, mais dont les talents sont plus grands.—Mélanges Re-
ligieux de 1843.
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18 les pays. Son souverain lui témoigna sa haute satisfacarle- tion pour l’habileté avec laquelle il avait rempli sa sous- mission, en le créant, à son retour en Angleterre, pères. en 1820, chevalier grand’ croix de l’ordre du Bain. is, en Il avait déjà été élevé à la dignité de membre du ans ce conseil privé. On lui confia ensuite le poste éminent d'ar.bassadeur à la cour de Russie. Nommé en 1814 ublique ambassadeur à La Haye, il se distingua dans les négo- "à ciations de l’arbitrage des frontières des Pays-Bas. 1ce que L Depuis plusieurs années, il s'était retiré de la vie de en- politique, lorsqu'il fut appelé à succéder à Lord Syr que du denham comme gouverneur du Canada.
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Si sa conduite dans les différentes missions diplo
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d plaisir matiques avait été honorable, celle qu’il tint dans ce
NS denis pays ne fut pas moins loyale. Il se montra juste en- Tel que vers tous les partis. Il se rendit par là extrêmement
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populaire. Mais ce qui lui valut la grande popularité dont il a joui pendant sa courte administration, ce ne sont pas seulement les changements qu'il a introduits dans le gouvernement, c’est plutôt la cordialité et la franchise qui ont brillé dans ses actes ; c'est la vive et sincère affection qu'il a témoignée pour une population que ses prédécesseurs avaient traitée avec mépris.
Quel singulier contraste n'offre pas cette administration avec celle qui l’a précédée, surtout pour ce qui regarde le Bas-Canada. Au temps de Lord Sydenham, le peuple manifestait les plus grands mécontentements, à cause de la conduite vexatoire de ce gouverneur. Il s'était trouvé blessé de l'adoption de certaines mesures qui avaient changé ses lois et ses habitudes, de la violation de la franchise élec-
torale, de l'exclusion des chefs libéraux du pouvoir politique. Sir Charles Bagot n’est pas plus tôt arrivé dans le pays, que ce même peuple, mé prisé et abattu la veille, se livre à une joie toute légitime. Fidèle apôtre de la liberté anglaise, il trouve le remède aux maux du passé, en appliquant d’une manière efficace le principe du gouvernement res ponsable. Les chefs aimés des Canadiens reçoivent des places d'honneur, auxquelles ils ont droit par leurs talents et leur intégrité ; les lois tyranniques sont abrogées ou amendées ; les électeurs recouvrent leur droit de vote ; une loi électorale est passée de manière à empêcher, autant que possible, les excès commis aux dernières élections. Enfin, les dissensions font place à la paix et au bonheur. Aussi Sir Charles est-il bén: te ce peuple, parce qu’il lui rend parfaite justice. Il laisse à la postérité un nom honorable, une renommée sans tache. Il doit être ajouté à la liste trop courte des gouverneurs anglais qui, par leur conduite noble et impartiale, ont été vive. ment regrettés des Canadiens.
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